Bruno Le Maire portrait d’un énarque atypique mais probable Président de la République

 

Portrait d’un énarque atypique et probable Président de la République

« Il n’y a rien de plus important dans une république que de pouvoir s’affranchir de ses origines. »
En délivrant ce majestueux credo, Bruno Le Maire imprime sa pensée dans celle de Hegel qui affirmait                « Deviens ce que tu veux. »

Cet épanouissement de l’Homme constitue- à n’en pas douter- l’ADN de Bruno Le Maire. Avouons-le tout de suite, j’ai plus qu’aimé son dernier livre « A nos enfants ».

Ce petit ouvrage, mais pourtant si dense, si riche, si beau m’a interpellé, captivé et fasciné. Il a surtout              « ébranlé mes certitudes et renforcé mes convictions ».
C’est un stimulant voyage auquel BLM convie chacun d’entre nous. Ce périple est en outre servi par une plume somptueuse, chose hélas trop rarissime parmi le personnel politique.

Si la littérature permet l’évasion poétique ou romanesque, elle serre, parfois au plus près l’aventure politique. Tel Chateaubriand, trop intelligent, pour ne pas discerner les étrécissements de l’ordre ancien mais sans souffrir d’amétropie quant aux promesses et dangers de l’ordre nouveau et sachant cependant en déceler immédiatement les formidables chances, Bruno Le Maire se révèle parfait héritier.

Un souffle qui balaie tout sur son passage!

Bruno Le Maire, c’est un souffle qui balaie tout sur son passage et qui laisse tout sauf indifférent.
Des idées à foison qui tourbillonnent gaiement dans la mondialisation et qui en tutoient avec virtuosité les pièges et les anfractuosités.
L’équivalent de la déconstruction des idoles chez Nietzsche.
Bruno Le Maire ou le grand style !
Mais c’est avant tout un homme de valeurs sculptées au burin de la dignité de l’être humain, du respect de l’autre, de la fierté de ses racines et de la confiance sur les capacités intactes de rebond de la France.

Ce livre vous permettra de découvrir qui est Bruno Le Maire, quel est son crédo, quelles sont les valeurs qui sous-tendent ses idées économiques, sociales, et politiques.
Et de mieux comprendre le moteur intime du possible –et pour ma part souhaitable –prochain Président de la République en 2022 !

Me reste de mes lointains souvenirs scolaires cette superbe citation de Montaigne. « La première noblesse de cœur d’un écrivain est de montrer le chemin. »
« A sauts et à gambades », c’est tout ce à quoi BLM va s’attacher dans cette espèce de parcours mémoriel qu’il partage en une douce émotion, à travers ses quatre enfants, avec les Français.
Je vous invite donc à respirer les mille et une senteurs de ce livre.

Ce qui, à mon sens, caractérise d’abord BLM, c’est le souci de l’autre dans la veine si bien décrite par Ernest Renan et son « vouloir vivre ensemble. »
Ainsi cette superbe phrase : «… Mais les souvenirs des familles heureuses trahissent les souffrances des autres familles… »

Souci et connaissance de l’autre, comme il le relate avec l’épisode de sa grand-mère Isabelle dans son rapport à Proust.
Cet esprit d’ouverture aux autres – et aux autres Etats – court tout au long du livre. BLM chaloupe avec virtuosité et sans jamais s’encalminer entre les deux rives escarpées, qui se confortent mutuellement, d’une extrême et généreuse tolérance aux idées qui ne sont pas les siennes et une extrême et exigeante fierté de ses racines. Mieux, il en est l’emblématique émerillon d’affourche.

Ce refus de l’exclusion, héritage intelligent-ô combien-de son éducation jésuite, mais non loyolitique, est la marque d’un esprit de discernement tout empreint du doute si nécessaire pour se forger des convictions, l’a conduit- malgré son milieu familial et contre les sirènes si souvent tonitruantes de son propre camp- à refuser de condamner le mariage pour tous et de joindre sa parole au rejet de l’autre.

« Plus je gagnais en conviction, plus je perdais en certitudes. » C’est paradoxalement le moyen le plus sûr d’éviter des mesures que la réalité de la société impose de retirer aussi vite qu’elles avaient été conçues.

Qu’on en juge «… Il existe d’autres déracinements que celui des origines : je pense à nombre d’amis qui, pour avoir choisi un mode de vie différent ou assumé leur homosexualité, ont vécu une expérience semblable, faite de rejet et de solitude. »
«… Vous qui portez un héritage dont vous devez être fiers, il vous appartient de faire une place à chacun. Ne renvoyez pas vos compatriotes à leur appartenance religieuse, vous ferez de leur religion une prison, qui génère la violence. Les millions de compatriotes d’origine étrangère qui se trouvent sur notre sol, et que la crise a enfermés dans le chômage, vous avez le devoir de leur faire une place à la hauteur des espérances que porte notre nation : la place que leur valent leurs mérites, pas la place à laquelle les condamnent leurs origines… »

Chez BLM la dignité n’est pas un vain mot. C’est une dévorante exigence.

Dans cette adresse à l’élégance adamantine se trouve la vraie réponse à Le Pen ! Puissent tous nos hommes politiques s’en inspirer. Pour autant et, lecteur, vous le verrez plus loin BLM ne verse pas dans un irénisme béat ni dans un angélisme aveugle. Il fait également siennes les préoccupations des Français apeurés, atterrés et paralysés par les ravages de l’insécurité, du chômage et de l’acculturation.

Pour aller de l’avant une nation se doit d’être unie, rassemblée et soudée autour de ses valeurs propres. Parmi celles-ci, lecteur, ne soyez donc pas étonnés de l’importance, par lui accordée, à la langue.
La langue non seulement pour structurer la pensée – et Dieu seul sait combien en cette période où les modes les plus insipides- se succèdent à un rythme effréné, ont pris sa place. Mais la langue comme facteur d’unité de la nation !

« De tous les liens qui ont uni ma grand-mère à ses petits-enfants et à sa fille, Viviane, la langue française aura été sinon le plus fort, du moins le plus durable. Il ne reste que des mots des sentiments qui ont passé, mais la langue les a gardés vivants, disponibles, il suffit de se replonger dedans. Un jour vous sortirez de France et vous comprendrez qu’il existe non pas un monde, mais mille mondes. Vous verrez ces mille mondes et je suis certain que vous les aimerez. Partez le temps que vous voudrez, laissez derrière vous ce que vous voulez, sauf votre langue. Elle vous rassemblera, comme elle rassemble tous les Français. Elle vous donnera la solidité intérieure qui permet de résister à tous les ébranlements. Apprenez toutes les langues, les plus rares et les plus courantes, puisque les langues étrangères se nourrissent les unes des autres, ne méprisez jamais la langue française, qui restera la langue que vous avez entendue quand vous ne parliez pas encore. »

Ite missa est ! Tout, ou presque, y est espéré, proclamé et martelé.
Le rappel ému et aimant du passé, un pont pour la découverte de l’autre, la perception d’un monde aux innombrables polysémies.
Un jésuite en campagne

Pour assurer, ancrer davantage et renforcer l’insertion réussie de la France dans la mondialisation, pour réinventer son rôle certes fané mais qui ne demande qu’à sortir d’un soleil blafard dans lequel les erreurs et démissions l’ont plongé, BLM assume en toute lucidité nos responsabilités- mais aussi et surtout- les siennes propres lorsqu’il était l’hôte des ors des palais dorés de la République.

Bruno Le Maire a une vraie lucidité sur la place du politique dans la société. Un sacerdoce certes mais pas à vie ! Pour lui – c’est en tout cas ce qu’il affirme – il y aura autre chose après la politique.
D’où l’interdiction du cumul des mandats et dans leur nombre et dans le temps. Coller au plus près des individus et ne pas rester enfermé dans une tour d’ivoire.
Il rejoint ce qu’écrivait, il y a quelques années déjà, Aristote : « l’objet principal de la politique est de créer l’amitié parmi les membres de la cité. »

Il insiste d’ailleurs sur la « re- responsabilisation » de la société dans toutes ses strates et à tous les niveaux. Le lecteur, inquiet ou désabusé, devant le délitement de la société objectera -à bon droit- qu’il n’y a là rien que de très nouveau.
Sauf que ! Sauf que, Bruno Le Maire a accordé ses actes à son credo en démissionnant, à ses risques et périls, de la fonction publique. Le fait est trop rare en France, mais pas forcément à l’étranger, pour qu’il ne soit pas souligné.
Ceci comme garant de ses promesses futures à n’en pas douter !

Un souci de l’autre, gravé au plus profond de son esprit, une tolérance viscéralement et émotionnellement enracinée jusque dans son intimité la plus profonde ont pourvu cette remarquable mécanique intellectuelle d’une véritable et incontestable ouverture d’esprit.

Ouverture d’esprit envers l’autre et à sa différence, mais aussi ouverture d’esprit comme outil intellectuel lui permettant de vouloir une France, ouverte, conquérante et non frileuse en Europe et dans la mondialisation. Chez lui l’expérience personnelle nourrit sa volonté politique en une parfaite anastomose.

« Élargissez votre regard, ne méprisez jamais les nations qui ne sont pas la France, ne pensez pas un instant que qui que ce soit sur la planète suivra nos idées, si nous ne nous donnons pas les moyens économiques de les défendre. On noircit la mondialisation pour la discréditer : elle est un fait, pas une valeur. »

En porte témoignage son marathon épique lors du G20 agricole. Ne jamais brader les intérêts de la France, toujours considérer et respecter les besoins des autres nations.
Une anecdote savoureuse, négociant avec la Chine :

-BLM « Donc il vous faut une référence à la souveraineté alimentaire de la Chine ! Une référence claire. Vous avez conscience que tous les autres états du G20 risquent de demander la même chose et d’affaiblir le texte ? »
Réponse du ministre chinois : « Nous ne sommes pas tous les autres états du G20 Monsieur le Ministre » 1

Ouverture aux idées, technologies nouvelles ou faits sociétaux surgis dans la brume du quotidien, il sait les discerner, les anticiper et les analyser.
Trop libre pour accepter benoîtement les idées reçues, il se projette avec passion dans l’avenir. Mais sa vision, et c’est ce qui le rend si touchant, se nourrit de son souvenir et de son histoire familiale. La mémoire féconde la créativité future !

À cet égard, j’incite le lecteur à lire son livre si émouvant Sans mémoire le présent se vide.
Il dénote un une rare élévation d’âme, une pensée parfaitement quintessenciée et il en chantourne la stature de celui qui a l’envergure d’un Homme d’État et non d’un politicien.

Ainsi il évoque et convoque sa grand-mère à propos des médias modernes :
« Sur vos visages bleuis par la réverbération de l’écran, elle n’aurait pas lu un quelconque abêtissement ou le recul de la culture mais la naissance d’un savoir nouveau. »

L’enfermement est contraire à la tradition française et à toutes ses valeurs. C’est ce à quoi s’attache le futur candidat à l’élection présidentielle de l’UMP avant de s’attaquer tranquillement, sereinement et sans impatience -pour le moment du moins- à l’élection reine.
L’ancien élève de Normale Sup (reçu major tout de même) doit avoir en mémoire ce qu’écrivait Tocqueville : «Je soutiens qu’on est presque toujours trop sage, tout l’art des gens de génie est de savoir à quel moment il faut devenir fou… »

« C’est en fouillant notre passé et en apprenant ailleurs que nous réussirons. Car le modèle français est suffisamment éloquent pour ne pas l’abandonner et en prendre un autre. »
L’on objectera – facilement – que si la théorie est séduisante, la pratique est quant à elle beaucoup plus délicate.

Européen de cœur, dont la raison nourrit son profond attachement à l’Europe il veut y faire cohabiter un nationalisme par temps de paix mais le détacher de la chose militaire. C’est aussi cela sa réponse à Le Pen.
C’est pour cela qu’il était aussi critique quant à la querelle de l’identité nationale chère à Nicolas Sarkozy et au –très – remuant- et -benoitement – fidèle Brice Hortefeux !

Pour lui la réponse est bien davantage dans la culture française et dans l’ouverture. Pour autant, il n’est pas aveugle devant les débordements et exactions occasionnés par des minorités tonitruantes et agissantes, autrefois appelées les « sauvageons de la République.»

BLM se nourrit même de la confiance qu’il porte au challenge.
« On est plus souvent dupé par la défiance que par la confiance » 2
Le regard vers l’autre lui permet « de se nourrir de lui ». Chez BLM la mondialisation est heureuse car c’est une vraie chance pour la France. D’évidence, il en accepte l’augure avec espoir et réalisme.

Ce qui m’a touché et ému au plus haut point, c’est l’équation personnelle de Bruno Le Maire. Un lecteur cynique m’objectera que cela n’influe pas forcément sur la conduite des affaires de l’État.
Voire ! Voire, car à trop vouloir détacher l’éthique de la responsabilité de l’éthique de la conviction on gère peut-être un État, mais on ne maintient pas la cohérence d’une nation par gros temps.
La politique se fait avec la tête mais pas seulement disait Max Weber.

Son énergie, il la puise dans le passé de la France et dans sa propre histoire familiale. Son énergie, il la ressource dans les formidables opportunités de l’avenir. Cette imbrication lui est nécessaire pour imaginer les solutions qui remettront – selon lui – la France d’aplomb et lui permettre de retrouver son rang.
C’est « La France des vieilles solidarités, qui attachait peu de prix à l’argent, beaucoup aux liens familiaux et qui est aussi la mienne. »
Les censeurs socialistes arcboutés dans leur dénonciation du mur de la finance, hypnotisés par leur funeste, ridicule et stupide taxe de 75 %, mais englués dans les affaires et par leurs affaires seraient bien avisés de faire retraite.
Pour autant, BLM est tout sauf aveugle devant les compromissions de son propre camp. D’évidence il stigmatise ce genre de pratiques avec fureur et indignation.
Il y a du Péguy chez Bruno Le Maire !

Optimisme béat ? Sûrement pas ! Bruno Le Maire est tout sauf cela. Parce qu’il connaît les atouts-encore nombreux- de la France, car pénétré de ses valeurs, il est à même de pointer les dysfonctionnements de l’État et d’y porter remède.
Lucidité ! « Ne cédez pas aux caricatures qui décrivent un délitement de notre société quand simplement elle se recompose. »
« Certaines (dérives] virent au rejet de la France et de ses principes. Toutes procèdent désormais de la faiblesse de notre culture. Réaffirmons notre culture, réaffirmons notre langue, elles sont des remparts contre la montée du radicalisme. Personne ne peut grandir sans racines, aucune racine ne prend sans culture. » « Les menaces réelles ici et ailleurs ne doivent pas nous paralyser et surtout ne pas nous faire pointer du doigt des boucs émissaires. C’est en nous que nous trouverons l’énergie du redressement économique social et moral. »

Voilà une vraie réponse aux immenses et réels problèmes posés par l’immigration incontrôlée et parfois rétive aux lois de la République. Voilà, une fois de plus, une vraie réponse aux sirènes nauséabondes dont l’odeur âpre et écœurante nous envahit et pollue les vrais et nécessaires débats.
Bien sûr comment ne pas s’enthousiasmer devant une telle profession de foi ? Le problème viendra dès lors qu’il devra envisager des solutions.
Pour autant ce livre n’est pas et ne se veut pas un programme de gouvernement. Que le lecteur, donc, n’y cherche pas des conclusions et solutions préfabriquées. Ce livre est un cri d’alarme et une vibrante symphonie d’espoir, aux staccatos allegro vivaces

Une indéfectible amitié

Il appert de ce livre que contrairement à Giscard, Bruno Le Maire a le sens du tragique de l’histoire. Est-ce la conséquence, ou au contraire ce qui lui a permis de s’ouvrir aux autres, lui, dont l’éducation aurait pu l’engoncer dans des certitudes tellement confortables.

Dans ce livre de mémoire et d’espoir, Bruno Le Maire nous offre le souvenir de l’amitié qui l’a lié de façon indélébile entre lui, issu d’une famille bourgeoise et Pierre- de confession juive et issu d’un milieu modeste et dont des membres de sa famille furent déportés.
Leur dialogue, leur complicité, leurs divergences n’ont pu fleurir leur amitié que parce qu’elle s’est nourrie à l’abri et à la sève de notre bienheureuse laïcité.
« Il était juif et athée. Le petit catholique que j’étais, élevé dans un collège jésuite pendant douze ans, n’avait jamais eu un ami d’une autre confession que la sienne; il fut le premier. Il me dit avoir eu à souffrir de ses origines juives, ce qui, en France, me semblait appartenir à une époque révolue. J’avais tort: le pire revient toujours vite, sous des déguisements divers. » «… Pendant les trois années que nous avons passées ensemble à Normale Sup, il a fait beaucoup plus que de me dévoiler une culture différente de la mienne, il a versé en moi une partie de son esprit ; il a orienté mon attention vers des choses, des lieux, des rites, une mémoire devant lesquels, sans lui, je serais passé sans un regard. »

Donc le sens du tragique ! Donc le sens de l’ouverture au monde ! Donc une formidable curiosité intellectuelle !
« Pierre m’aura aidé à sortir de mes certitudes, sans jamais les mépriser ou les abîmer ; il aura été une étape importante dans la compréhension de la diversité des mémoires françaises, qui ne tiennent ensemble en définitive que par nos valeurs nationales. »

En ces temps de trahison politique – et je ne résiste pas au plaisir de rapporter cette délicieuse pensée de Winston Churchill : « Tout le monde peut retourner sa veste, mais il faut une certaine adresse pour la remettre à l’endroit. »
L’ancien Secrétaire d’État aux affaires européennes a la fidélité – et non la servilité – chevillée au corps. Il peut ainsi pratiquer le grand écart entre Nicolas Sarkozy, Jean-Louis Debré et Dominique de Villepin dont il a su s’imposer-de haute lutte- comme son jeune et sémillant directeur de cabinet.
« En politique moins qu’ailleurs on se construit seul : la politique entraîne au contraire une lente transformation de soi par les autres. »
Montaigne affirmait déjà « Je ne me trouve pas où je me cherche et me trouve plus par rencontre que par inquisition de mon jugement. »

Son ressort ultime réside dans la fierté qu’il a d’être français. C’est aussi le meilleur moyen de combattre Le Pen. Sa force, c’est sa capacité à responsabiliser les Français. C’est aussi le meilleur moyen de combattre les agités nostalgiques de l’enfermement Français.

Mais lucidité d’abord et lucidité avant tout !
« Soyez toujours fiers de la France, mais voyez ce que les Français ont fait à d’autres Français, ne dissimulez rien, essayez de comprendre pour surmonter. N’oubliez jamais que des enfants de votre âge sont morts dans des camps parce que des hommes du mien n’ont pas su dire non ; n’oubliez jamais que notre idéal national de raison, de tolérance, de sagesse et de courage a été trahi par un petit nombre, avec la complicité de certains et le silence de tous, ou presque. »

BLM n’a pas le nationalisme vengeur ou ravageur. C’est assurément le meilleur moyen de ne pas verser dans la peur, la haine et la xénophobie qui paralysent toute action politique. Pour un homme catalogué à droite, il ne craint pas de houspiller et bousculer les hiérarchies. Il a su et il saura aller- à bon escient et au nom de ses convictions- contre sa famille politique.
Une bonne gouvernance future se devra de sortir des sentiers battus, des carcans idéologiques, des postures héritées des situations acquises. Dans son précédent livre, Sans mémoire le présent se vide, BLM expliquait qu’une nation ne peut se reconstruire après une catastrophe sans avoir le courage d’affronter son passé.

A l’heure où nombres d’hommes politiques sont doués ou frappés (c’est selon) de schizophrénie, il est rafraîchissant et rassurant de constater que cela n’est pas son cas. Sa gestion de la double fidélité à Sarkozy Président et à Dominique de Villepin en est, au trébuchet des relations politiques passionnément conflictuelles, que plus remarquable.

Chez lui son enracinement familial est la matrice et le garant de son engagement et de ses convictions. Ainsi sa grand-mère se refusait à rouler en Renault car : « (elle) ne se voit pas financer une firme dont les fondateurs ont collaboré pendant l’occupation… »

Son crédo et ses solutions

Pour résumer BLM croit :
– au respect d’une histoire commune
– à la culture française davantage qu’à l’identité nationale (hélas si souvent mal comprise malmenée et galvaudée)
– à la puissance de la raison
– à la force de la loi (hélas si souvent battue en brèche)
– à la séparation du politique et du religieux
– à la défense sans compromission de la laïcité.
– « Et surtout à une indéfectible confiance dans un avenir meilleur pour nos enfants »

Le lecteur, circonspect, n’y verra certes rien que de très commun. Voire !
Voire, car tout dépend de ce que l’on entend ! Les auberges espagnoles font – hélas – toujours recette en France.

Et puis comment résister au plaisir d’évoquer Tocqueville : « Ce sont les nuances qui se querellent pas les couleurs »

Avant que d’aborder l’analyse de Bruno le Maire quant aux raisons du délitement français et les solutions qu’il envisage pour y remédier, il m’a semblé juste – lecteur que j’espère toujours avec moi – de rapporter les propos délicats et pudiques qu’il tient sur son épouse. Visiblement il s’agit là d’une corde sensible qui lui tient à cœur (sans jeu de mots) et qu’il lui importait de rappeler telle une offrande.
Il lui accorde une place centrale, toute empreinte d’amour, de reconnaissance méritée et d’une immense estime.
« Au nom de quelle vision rétrograde de la place des femmes serait-elle sans cesse avec moi et sacrifierait-elle son talent ? »
« Le combat pour la place des femmes dans notre société est à poursuivre, non pas pour leur garantir à toute force la première place, mais une place égale et surtout la place que chaque femme aura choisie. »

Est-ce le fruit du hasard, je vous ai rendu compte récemment du très beau livre d’Alain Duhamel. Les similitudes tant politiques que personnelles entre ce dernier et Bruno Le Maire m’ont sauté aux yeux !

Quatre dangers menacent la cohésion française. Et pour BLM, l’œuvre de redressement économique ne peut se faire sans cette dernière.
Brochant sur elle il dénonce :
– le communautarisme
– le fondamentalisme religieux
– la misère sociale
– les défauts de perspective.

Mais surtout, « la France protège les plus forts et laisse les plus faibles se débrouiller seuls, ou presque. »

L’énarque- atypique – pense que la France après avoir eu la « religion des titres a aujourd’hui la religion des diplômes ; ils valent brevet de respectabilité… »
Pour lui, l’ENA, de par sa rigidité et son élitisme étouffe, verrouille et enchâsse la France !

Pour autant, et peut-être plus que tout, la menace première c’est l’affaiblissement de l’école.

Des solutions, le futur candidat en a plein sa besace. Elles sont bien entendu pertinentes, complètes, variées, cohérentes et couvrent l’ensemble du panorama français.

Mais outre que ce n’est pas l’objet principal du livre, elles me font penser à l’anecdote racontée par Kissinger lors de la crise chypriote.
Makarios- à l’intelligence aiguë mais surdimensionnée- pour le confetti chypriote, les Anglais dépassés par un conflit qui mettait (déjà) aux prises la Turquie et la Grèce, deux alliés de l’OTAN, transmirent-espérant un nouveau miracle- le bébé à Kissinger.
Celui-ci répondit avec sa modestie coutumière et légendaire :
« Cela me fait penser à un épisode de la deuxième guerre mondiale. Les alliés ne sachant que faire pour stopper l’hécatombe des navires coulés par des U-Boat allemands demandèrent à Lord Ismay, Chef d’Etat-Major Impérial, que faire ?
Ce dernier drapé dans le superbe flegme britannique répondit :
« Fort simple il faut voir les U-Boat allemands et donc faire baisser le niveau de la mer.
Surpris (on le serait à moins) les officiers britanniques demandèrent alors
– soit mais comment procéder ?
– Gentleman, je vous ai indiqué la stratégie. À vous de voir pour les détails. »
Je n’ai pu quant à moi résister à cette délicieuse analogie.

BLM aligne toute une théorie de solutions pour redonner allant et vivacité au phaéton des affaires de l’Etat. Certes ce n’est pas l’objet du livre, je me bornerai donc à simplement les rappeler.

La première condition, celle sur laquelle il s’appesantit, c’est la défense vigoureuse de la laïcité. Mais la laïcité sans intégration ne suffit pas. Les deux doivent être étroitement concertées. Elles participent du même problème.
A ce propos le lecteur lira avec grand intérêt le très beau livre de Dominique Reynié : La montée des populismes.
« La laïcité fait de chacun de nous en France, un homme divisé : homme public, homme privé, homme des convictions et homme des certitudes intimes. Comme il existait deux corps du roi, le mortel est celui dont la dignité passait la mort, il existe deux corps du citoyen. Montaigne faisait du français un « homme dissocié ». Il avait raison. Avec cette dissociation qui fait depuis si longtemps notre singularité nationale, nous saurons retrouver notre unité. Jetez-la aux oubliettes, vous aurez une France en morceaux, qui ne cessera de souffrir de sa division nationale, pour avoir refusé de maintenir la division propre à chacun. Montaigne avait raison et Pierre aussi. »

La complexité des réglementations est aujourd’hui un des principaux freins à la créativité, à l’initiative entrepreneuriale et à sa compétitivité. Sortir les politiques de leur horizon étréci est urgent. Désencastrés de leur gangue étriquée, il faut qu’ils retrouvent la capacité d’apprendre de tous et de ne rejeter personne.

BLM ou le jésuite nostalgique des enfants de Mai 68

BLM invite les citoyens non pas au « Grand Soir » (il ne faut pas demander au brillantissime énarque de dessangler ses réflexions) mais à un changement complet des mentalités ankylosées. C’est au moins un changement complet des mentalités peut être davantage qu’un catalogue de mesures économiques qui lui semble nécessaire dans son entreprise de réforme.
Pour autant, il ne veut ni toucher aux sacro-saintes fonctions régaliennes, ni « jeter aux orties ce qui fait la cohésion et la singularité de notre nation. »
En ceci, il se sépare- et fort heureusement – des apprentis sorciers d’un libéralisme sauvage !

Assouplir la fonction publique, « refonder la sécurité sociale autour du seul principe de solidarité et non de gratuité », tailler dans les dépenses inutiles, dans le millefeuille territorial, dans la forêt tropicale des élus, redonner du souffle à l’État, de la vie aux citoyens.
Bref tout y passe. Il y a du soixante-huitard chez BLM !

Pour ne pas enkyster la vie politique française par le cumul des mandats, il suggère de les limiter en nombre et -fait nouveau- également pas à plus de trois successifs.

Pour permettre une meilleure respiration des idées, leur meilleure traduction législative, et leur meilleure acceptation dans la société, il veut plus de consultation et – fait plus intéressant – une plus grande facilité et rapidité de leur contestation.

Si la politique de la France ne se faisait ni à Washington ni à la corbeille, désormais elle émanera toujours davantage des réseaux sociaux.
Amputée par le haut par des instances européennes, arasée par la toile et les médias sociaux certes ! Pour autant BLM ne souhaite pas voir le temps de la démocratie se confondre avec le «temps immédiat ».

D’où l’urgence de trouver des solutions pour que la démocratie ne demeure point l’apanage d’une petite caste d’élus et de hauts fonctionnaires.

Le hasard de mes promenades littéraires (mais est-ce vraiment le hasard) a fait que j’ai lu Bruno Le Maire juste après « une histoire personnelle de la Vème République » d’Alain Duhamel.
J’y ai respiré le même bonheur, la même harmonie, le même légato ! J’y ai trouvé le même amour de la belle langue, une même exigence morale, le même respect de l’autre, le même corpus de valeurs chevillées au corps et cette même revendication de la mémoire pour réinventer l’avenir et réaffirmer le rôle de la France dans la mondialisation. Les deux livres dialoguent et rivalisent d’intelligence !
Duhamel parle de l’invention d’un nouveau roman national ; Bruno Le Maire en précise les contours : « D’où tu viens, cela est tout à fait anodin. Fais du mieux possible avec ce que tu es. Et surtout : deviens ce que tu veux devenir, pas ce que les autres veulent que tu deviennes. »

Alain Duhamel pense que les institutions françaises étaient dangereusement déficientes il y a 50 ans alors que la société fonctionnait. Pour lui c’est aujourd’hui l’inverse.
Pour Bruno Le Maire si la société française a de très nombreux atouts il est urgent de refonder les institutions de la Ve République, victimes de leur trop grande efficacité.
Terminus ad quem !

BLM veut reconstruire et redéfinir l’architectonie des pouvoirs publics français et la réactivité de la société française. Y parviendra-t-il ? C’est tout son défi.
C’est en tout cas ce à quoi il lui faudra trouver des solutions concrètes et une majorité en adéquation avec ces dernières s’il veut être élu en 2022.

Sa route sera semée- à plaisir- d’embûches et de chausse-trappes, et visiblement il n’a pas que des petits camarades parmi les jeunes louveteaux au sein de la meute UMP.
Être brillant suscite toujours plus d’envieux que d’amis.
Et il est tout sauf sûr que le chef actuel- sinon réel- de la meute voit avec plaisir son ancien ministre jouer les prima donna et rouler pour son propre compte !
L’homme est cependant parfaitement équipé pour s’imposer et déjouer les pièges les plus redoutables en un combat qui sera à n’en pas douter féroce !

BLM possède néanmoins quelques qualités d’Homme d’État. Tout jésuite qu’il est, il sait mieux qu’un autre que « Pour discerner en connaissance de cause le faux du vrai il faut quitter la pensée que l’on détient la vérité. » 3

Il sait en outre que « dans l’histoire, la lâcheté politique commence par un manque d’imagination et finit par un excès de crainte. » 4

Qu’il me soit permis -à titre personnel – d’ajouter à l’intention de ceux qui doutent de sa capacité d’enthousiasmer les foules, que pour avoir suivi ses cours à Sciences-Po, l’homme est un remarquable professeur doté d’un sens de l’humour décapant, qu’il a un réel charme personnel, une profonde gentillesse et qu’il sait emporter l’adhésion non seulement de la raison mais aussi des cœurs !

Leo Keller

Notes
1 Bruno Le Maire in jours de pouvoir
2 Cardinal de Retz Mémoires
3 Saint-Augustin
4 Bruno Le Maire in Jours de pouvoir

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