Gagner la guerre mondiale contre l’islamisme.par Renaud Girard journaliste au Figaro et Professeur à Sciences Po

Gagner la guerre mondiale contre l’islamisme

Par Renaud Girard

 

Situation inouïe dans l’Histoire de notre pays, sept cents synagogues et écoles religieuses juives sont, depuis lundi 17 janvier 2015, gardées par la police. Pour que les Juifs se sentent, en tant que juifs, menacés physiquement dans notre pays, il faut remonter à la sinistre époque du général Carl Oberg, chef de la SS et de la Gestapo en France, qui leur imposa dès le printemps 1942 le port obligatoire de l’étoile jaune, avant d’organiser leur déportation vers les camps de la mort. Pour qu’une telle abomination se produise chez nous, encore avait-il fallu que notre armée fût auparavant battue à plate couture par l’Allemagne nazie, dans une guerre éclair où quand même 100000 jeunes soldats français périrent. Nous avions été prévenus. Dès 1925, dans Mein Kampf, Hitler avait annoncé à la fois sa volonté de casser la puissance française et son projet d’élimination du judaïsme européen.

Le calife Ibrahim, lui aussi, nous avait prévenus. Le chef de l’Etat islamique vient de gagner la première manche de la guerre qu’il a déclarée à la France. Sans Stukas, ni Panzers, Aboubakar al-Baghdadi a réussi à semer l’effroi et à traumatiser un pays de soixante-cinq millions d’habitants, doté de l’arme nucléaire. Animé, entre autres, par une haine obsessionnelle des Juifs, il a réussi à ce que les lieux de culte de cette vieille communauté française, parfaitement intégrée à la nation depuis 1791, doivent être gardés par des hommes en armes. Cette victoire – provisoire, espérons-le – sur la France, ne lui a pratiquement rien coûté. Amedy Coulibaly s’est montré un soldat très efficace, que le Calife Ibrahim n’a eu ni à nourrir, ni à éduquer, ni à soigner, ni à loger. Dans l’histoire de la stratégie, rarement meilleur rapport qualité-prix n’aura été atteint. Pauvre France qui, 70 ans après la paix de 1945, doit déployer des soldats sur son propre territoire, afin de protéger ses propres citoyens, menacés par une cinquième colonne de tueurs nourris en son sein ! Le général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe.

Attentats de Madrid, de Londres, de Paris : c’est toute l’Europe qui est visée. Comment doit-elle réagir ? Elle doit d’abord faire le ménage chez elle. Tony Blair a commis une erreur stratégique en 2003. Il aurait dû nettoyer le « Londonistan » de tous ses dangereux prédicateurs salafistes. Au lieu de cela, il est allé guerroyer en Irak, aux côtés des Américains, pour renverser un dictateur laïc. Saddam Hussein était tout sauf un être sympathique, mais ce sunnite peu religieux ne s’en prenait jamais aux vies et aux intérêts des Occidentaux. En donnant aux chiites, sous-couvert de démocratie, le monopole du pouvoir en Irak, les anglo-américains ont frustré considérablement la communauté sunnite, la jetant dans les bras des activistes arabes islamistes les plus radicaux. Sans l’invasion anglo-saxonne de l’Irak en 2003, jamais un mouvement aussi violent que l’Etat islamique ne serait apparu au Levant et en Mésopotamie.

Les leaders des pays européens doivent enfin regarder la réalité en face : ils ont tous raté l’intégration de leurs immigrés musulmans. Même la Hollande, le pays qui s’est montré le plus ouvert, le plus généreux, le plus compréhensif, a échoué. Rappelons-nous l’assassinat, en 2004, de Théo van Gogh. Le cinéaste avait été égorgé par un islamiste néerlandais d’origine marocaine pour avoir réalisé Submission, avec la courageuse somalienne Ayaan Hirsi Ali. Dans ce film, on osait représenter des femmes s’adressant à Allah les yeux dans les yeux. Elles lui avouaient que la soumission à sa loi était source de tant de malheurs pour elles, qu’il devait intervenir. Au cas où il ne ferait rien, elles cesseraient de se soumettre…

Les dirigeants européens ne doivent plus se voiler la face et s’interroger sur la proportion réelle des musulmans européens qui considèrent en leur for intérieur que les dessinateurs de Charlie Hebdo l’ « avaient bien cherché ». Il faudra beaucoup de temps, de courage et d’éducation pour bien faire adhérer aux valeurs multiséculaires de l’Europe ses résidents musulmans. D’ici là, puisque la machine à intégrer ne fonctionne plus, il est urgent d’arrêter le flot des immigrés. Les pays européens doivent ensemble suspendre le regroupement familial. En Méditerranée, ils doivent bâtir une politique sérieuse de lutte contre l’immigration clandestine, au lieu de laisser la marine italienne se dépêtrer toute seule.

Depuis une génération, les Européens ont stratégiquement agi cul par-dessus tête. Ils ont négligé d’asseoir chez eux leurs valeurs ancestrales, tout en voulant les exporter par la force en terre étrangère (désastres d’Irak ou de Libye). Ils n’ont créé chez eux que la confusion, et à l’étranger que le chaos. Nous ne gagnerons pas la guerre mondiale contre l’islamisme tant que nous n’aurons pas mis fin à notre propre dérèglement stratégique.

Renaud Girard est Grand Reporter au Figaro , Professeur de stratégie à Sciences-Po Paris et expert en géopolitique et a publié de nombreux ouvrages.

 je suis Charlie

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