Sadate, le courage de la Paix Par Jean d’Ormesson de l’Académie Française

Visite d'Anouar El-Sadate (1918-1981), homme d'Etat Ègyptien, en Israel. Golda Meir (1898-1978), ancienne Premier ministre israÈlienne lui offrant un cadeau. 21 novembre 1977.

En guise d’introduction.

Shimon Peres, Yitzhak Rabin, Menachem Begin, Anouar el-Sadate.
Il m’a semblé juste et pertinent d’associer ces quatre Prix Nobel de la Paix. Certes tous n’ont pas été assassinés par des sauvageons issus de leur propre camp.


Mais tous ont osé aller contre leur propre camp.
Ils ont tous osé braver l’idéologie qui les avait façonnés. Tous ont osé braver interdits et tabous. Et tous ont assimilé les leçons de la realpolitik. Il ne saurait y avoir de paix sans reconnaissance de l’autre et que contrairement- à l’opinion communément répandue- la religion n’est qu’un prétexte brandi des deux côtés afin de retarder, qui des concessions territoriales, qui une reconnaissance de l’autre et de vaines espérances et haines recuites.

Quatre leaders, quatre visionnaires ! Hélas ! Hélas aujourd’hui le drame du Moyen-Orient c’est aussi que les deux parties, l’une comme l’autre, ont à leur tête des leaders qui ne sont finalement que de petits tacticiens encalminés dans leur idéologie passéiste, désuète et frappée d’imbécillité !

Léo Keller
Neuilly le 13/11/2016

Sadate, le courage de la Paix Par Jean d’Ormesson de l’Académie Française

Le président Sadate restera à beaucoup de titres dans la mémoire des hommes.

D’abord, à cause de sa mort. Elle semble tirée d’un film de James Bond, revue par le sombre génie d’un Orson Welles ou d’un Coppola qui se seraient intéressés au terrorisme et qui auraient travaillé sur un scénario d’André Malraux. Mais la réalité et l’histoire sont naturellement bien supérieures en tragique invraisemblance à tous les délires de l’imagination. Une fois de plus, après Reagan et après le Pape, la télévision, formidable pourvoyeuse de drames, nous aura présenté à chaud des images insoutenables. Ces troupes en train de défiler, ce véhicule militaire qui s’arrête subitement, ces soldats qui en jaillissent et s’avancent, courbés, l’arme à l’épaule, la grenade à la main, vers la tribune présidentielle, ce flamboiement de massacres, ce haut personnage qui tient son bras arraché, ces cadavres de militaires, de diplomates, d’hommes d’État fusillés par des hommes sortis des rangs de la troupe qui leur rendait les honneurs : des millions et des millions de spectateurs bouleversés, haletants, ont cru participer à un cauchemar collectif et éveillé. Ce n’était que l’histoire de notre temps.

Mais c’est la vie surtout du président Sadate qui est digne du souvenir de l’admiration. Un seul mot la résume : le courage. Il y a un courage militaire, un courage de la guerre ; le président Sadate en a donné des preuves, et souvent victorieuses. Il y a aussi un courage civil, un courage de la paix ; Sadate, à lui tout seul, l’incarne mieux que personne.

Au moment où il disparaît, il y a un peu d’amertume avouée que ses efforts surhumains pour surmonter une haine séculaire et millénaire ont été, par nous, insuffisamment secondés. Beaucoup de larmes sont versées sur sa fin, beaucoup de belles paroles auront été prononcées sur sa tombe. Mieux aurait valu, sans doute, lui apporter, vivant, une aide plus efficace.
Camp David était une formidable aventure. Inachevée, incomplète. Mais c’était l’hommage le plus audacieux que l’esprit de guerre dominé rendait à l’esprit de paix. Le voyage de Sadate à Jérusalem était, pour une fois, un coup de tonnerre pacifique dans un ciel de tempête. Parce que l’acte de paix était soutenu par les États-Unis, ni les Nations unies, ni l’Europe, ni la France, par une caricature intempestive d’un gaullisme dénaturé, n’apportèrent à l’entreprise le soutien enthousiaste et massif qu’elle aurait mérité. Bien sûr, ce n’était qu’un début. Mais c’était un début. Et dans la lutte contre la haine, le plus dur, c’est les débuts. Le président Sadate était l’homme de ces débuts.

D’extrême droite ou d’extrême gauche – d’extrême droite et d’extrême gauche –, la haine et la violence ne pouvaient pas laisser vivre cet ennemi de la haine et de la violence. L’attentat du Caire était inscrit dans les faits comme y étaient inscrits aussi – et y restent encore inscrits – tant d’autres attentats, de Washington et de Rome jusqu’à la Mecque et ailleurs. Il n’y avait aucun mérite à prédire l’assassinat du président Sadate : il devait mourir, comme tant d’autres doivent mourir, dans cette guerre qu’on annonce et redoute pour demain ou après-demain, mais qui est déjà déclenchée. Elle n’est ni chaude ni froide. Elle s’appelle terrorisme.

 

Frères musulmans ? Kadhafi ? Khomeiny ? Palestiniens ? Kremlin ? Faut-il croire, comme on l’assure, qu’il n’y a eu, au Caire, ni conspiration ni tentative de coup d’Etat ? Il y a eu, en tout cas, cette contagion du terrorisme qui s’étend comme une lèpre de violence et de haine sur l’ensemble de la planète. Un des paradoxes les plus étonnants de notre âge de chantage, d’imposture et d’hypocrisie, c’est l’alliance objective entre l’eau et le feu, entre le fanatisme religieux exacerbé et le matérialisme révolutionnaire. Dans ce climat soigneusement entretenu naissent, avec une spontanéité provoquée et préparée dans le détail, les assassins du Pape ou du raïs égyptien. Et de bien d’autres encore.

 

Il est juste de rendre hommage au courage disparu. Mais les larmes ne servent à rien qui coulent sur le passé. Il s’agit maintenant de regarder vers l’avenir. Sadate a été tué parce qu’il était un ami de l’Occident, un ennemi du communisme, un apôtre de la paix entre les Juifs et les Arabes. Le seul hommage convenable au grand homme disparu, c’est de poursuivre l’œuvre qu’il avait entreprise. Avec l’aide des États-Unis, de l’Europe, de la France, il faut maintenir l’Égypte dans le camp choisi par Sadate et partager, dans ce coin du monde qui est l’un des plus menacés, la justice et la paix entre Juifs et Arabes.

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Jean d’Ormesson
le Figaro 10 octobre 1981

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Comments

  1. Il ne faut pas cesser d’applaudir ces héros de la paix . Notamment Sadate assassiné par les mêmes types de voyous qui ont tué Rabin . Je me pose aussi une question concernant Sharon qui a dirigé Israel pendant un certain temps et qui semble après 8 ans parait il de vie végétative a complétement disparu des colonnes de l’histoire dans tous les commentaires concernant Israel . A l’époque , j’avais l’impression après tous les échecs , qu’il avait son idée pour arriver a régler le conflit Israélo Palestin

    ien . Je me trompe peut être mais j’ai le sentiment que sa disparition a arrangé beaucoup de monde. En ce qui me concerne j’avais une certaine estime pour cet homme de caractère

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