Les racistes utiles par Gérard Biard de Charlie Hebdo du 4 Janvier 2017

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La livraison du Charlie Hebdo de ce 4 janvier 2017 est d’une cuvée exceptionnelle. Il se déguste sans modération. Tout y est de qualité. Riss y est, comme à son habitude, excellent. Un professeur et ami m’a recommandé plus particulièrement l’article de Gérard Biard.
Je n’ai pas pu résister à l’envie de vous faire partager sa chronique, intitulée : Les racistes utiles
C’est l’article que chacun rêverait d’écrire au moins une fois dans sa vie. Remarquablement construit avec un joli brin de plume mais surtout caustique à souhait, n’épargnant aucune catégorie bien-pensante mais frappée au sceau d’un formidable humanisme et d’une laïcité impeccable. Il pétille en outre d’intelligence. Trois choses qui ont hélas déserté nombre de penseurs et d’hommes politiques.
Il y a du Mauriac ou du Camus chez Gérard Biard. Son article épatant m’a ramené à ce qui écrivit l’indépassable Albert Camus dans le deuxième tome de ses carnets. « Quand on brûlait Jan Hus, on vit arriver une douce petite vieille apportant son fagot pour l’ajouter au bûcher. »

Leo Keller
Neuilly le 10/01/2017

Les racistes utiles par Gérard Biard Charlie Hebdo du 4 janvier 2017

Les « musulmans de France » n’ont vraiment pas de chance. Ils sont détestés par des crétins haineux qui les voient comme des parasites ou des terroristes en puissance. Leur parole est soi-disant portée par des individus sans aucune légitimité et plus ou moins illuminés, qui ont pour objectif de les réduire à une identité sociale exclusivement religieuse et de les convaincre de rejeter toute espèce d’adhésion à une citoyenneté laïque – laquelle ne serait que l’expression de « l’islamophobie » de la société française. Enfin, ils sont « soutenus » comme le croc de boucher soutient la carcasse de bœuf, par de doctes pédants spécialistes de tout et de rien, qui, tout en se drapant dans la défense des minorités discriminées, les méprisent et les instrumentalisent peut-être encore davantage que les deux catégories précédentes.

Que disent au fond tous ces éminents sociologues, ethnologues, politologues, expertologues, chroniquologues, toujours à l’affût des dérives « laïcistes » et « républicanistes » qui empêcheraient les musulmans de pratiquer
« pleinement » leur religion ?
Que disent-ils vraiment, une fois que l’on a débarrassé leur rhétorique des frous-frous sémantiques destinés à cacher leur fond de pensée – et de commerce ?
Que dit Edwy Plenel, par exemple, lorsqu’il évoque ses « deux grand-mères bretonnes qui portaient le foulard » pour s’émerveiller du port du burkini? Que les bigoudens étaient à l’avant-garde de la modernité ? Evidemment pas.
Il dit que ceux qu’il regroupe d’autorités sous le vocable réducteur et essentialiste de « musulmans » sont imperméables au monde qui les entoure. Que « leur » société n’aurait pas loin d’un siècle de retard sur « la nôtre ». Que ceux parmi eux, pourtant nombreux, qui s’opposent ici et ailleurs au totalitarisme religieux et à ses diktats sociaux, qui affirment leurs convictions laïques – et, pour certains, qui revendiquent leur athéisme –, ne sont que des traîtres à leur « culture », des pions entre les mains de l’Occident impérialiste.

L’éventualité qu’ils puissent avoir un avis – qu’il est toujours possible de contester –, un libre arbitre et l’envie de l’exercer est inconcevable…
Quelle sympathique vision ethnocentrique du monde, quel beau regard condescendant que voilà… Il rappelle celui que portait, à peu près à la même époque où naissaient les grand-mères de Plenel, justement, les visiteurs qui se pressaient dans les « zoos humains » pour admirer les spécimens exotiques ramenés de nos contrées coloniales.
Ne nous y trompons pas, si les avocats de ce différentialisme si tendance sont aussi acharnés contre la laïcité – sans adjectifs ni suffixes –, c’est qu’elle est un facteur d’émancipation et d’égalité. Ils ont pour les opprimés qu’ils prétendent défendre les yeux du colon qui tapotait affectueusement la tête de son boy pendant qu’il se faisait servir du thé. Ils ne leur jettent plus des bananes, mais des tribunes dans Le Monde ou dans Libé. Lesquelles, bien que paraissant dire tout le contraire, font écho à d’autres tribunes, que l’on retrouve, elles, dans valeurs actuelles…

Car tout cela présente au moins l’avantage de former un chœur antique cohérent. Avec les islamistes les plus radicaux, ils proclament qu’un « bon » musulman a forcément une pratique rigoriste de l’islam.
Avec l’extrême droite, ils affirment que « les musulmans » sont par nature incompatibles avec notre modèle républicain et laïque – décernant par la même occasion un « brevet » de laïcité à un camp politique qui ne le mérite aucunement.
Et l’ensemble entonne le refrain qui met tout le monde d’accord : les droits des femmes, des homosexuels, des libres-penseurs doivent céder devant les « traditions » et « l’identité ».

Ceux qui accusent Charlie d’être raciste et néocolonialiste se trompent volontairement de cible, mais savent assurément de quoi ils parlent.
Nous avions jadis les idiots utiles du stalinisme et du maoïsme, nous avons aujourd’hui les racistes utiles de l’islamisme.

Gérard Biard
Charlie Hebdo le 04/01/2017

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