Donald Trump, ou la fin de l’idylle juive américaine ? Par Pierre Lazar économiste au FMI


Nous avons le plaisir de publier une contribution de Pierre Lazar ,économiste distingué au FMI, et dont la longue expérience américaine permet de décoder un des éléments de la personnalité à tout le moins controversée du désormais Président des USA.

pierre-lazarPierre Lazar né a Strasbourg en 1949, Pierre Lazar a vécu 25 ans a Washington ou il a été économiste au Fonds Monétaire International et a la Banque Mondiale. Docteur en Sciences Économiques et licencié en philosophie, il a étudié en France et aux États Unis ou il enseigne dans plusieurs universités. Après son départ du FMI en 2007, Il a vécu pendant cinq ans a Istanbul ou il a enseigne a l’ancienne université américaine. De retour en France depuis 2013 il se consacre aux études et a la recherche.



Donald Trump, ou la fin de l’idylle juive américaine ?

Lors de la récente élection présidentielle aux Etats Unis, 71% des juifs américains ont voté pour Hillary Clinton et 24% pour Donald Trump. Ces résultats ne sont pas nettement différents de ceux des trois dernières élections présidentielles où on a vu le vote républicain habituellement très largement minoritaire chez les juifs, oscillant entre 19% et 30% des voix[1].
La grande différence avec les élections précédentes est le contexte extrêmement passionnel dans lequel s’est déroulée la campagne. La plupart des institutions juives, ainsi que de nombreux intellectuels juifs, ont fortement critiqué les prises de positions de Donald Trump, comme étant contraires aux principes de la démocratie et aux valeurs juives.
Par ailleurs, le vote pro-Trump des juifs a visiblement été peu sensible aux ambiguïtés de la campagne d’un candidat qui jouait sur des thèmes dont les échos antisémites étaient évidents – ou pour le moins reconnus comme tels – par les groupes d’extrême droite qui soutenaient sa candidature. Quels ont été les facteurs qui ont poussé les électeurs juifs à voter pour l’un ou l’autre candidat ? Les différences de point de vue reflètent-t-elles les circonstances ou au contraire des changements plus profonds au sein de la communauté juive ?


Avant d’essayer de comprendre la position politique des juifs américains, Il n’est pas inutile de rappeler que tout sondage se fonde sur les déclarations des votants. Or parmi ceux qui se déclarent juifs, il y a ceux qui sont nés de mère juive (ou convertis par le rabbinat orthodoxe), ceux qui sont nés d’un père juif, reconnus comme tels par le judaïsme réformé, qui, à lui tout seul, compte deux millions de personnes, et des personnes qui se disent être juives tout en déclarant être athées ou sans religion, y compris des personnes se réclamant du judaïsme sans avoir aucun lien familial ou de conversion avec le judaïsme.

Les résultats des sondages sur le vote juif n’ont donc qu’un rapport assez lointain avec la définition de l’identité juive selon la tradition orthodoxe. Quoi qu’il en soit, sur la base de l’identité juive retenue par les sondages (voir texte encadré qui résume les résultats d’une étude récente et importante sur la population juive américaine[2]) et contrairement aux idées reçues, il faut retenir que le vote juif pour Trump recouvre tout le spectre de la population juive, même si, exprimé en pourcentage, le vote des juifs orthodoxes était nettement plus en faveur du candidat républicain que la moyenne. On estime, que 40% des juifs orthodoxes ont voté pour Donald Trump. En partant des données sur la population juive de 2013, il y aurait à peu près 1,3 millions de juifs qui auraient voté pour Trump dont un peu plus de 200 000 juifs orthodoxes. Sur les 24% des juifs qui ont voté pour Trump, 4% seraient des juifs orthodoxes. Cela tient largement au fait que seulement 10% des juifs américains sont orthodoxes.

Il faut également rappeler la place très particulière de l’engagement politique de la communauté juive aux Etats Unis. Vers le milieu du XXe siècle, les juifs américains, descendants des survivants des persécutions antisémites avant et pendant l’holocauste, ont, pour l’écrasante majorité, adhéré aux positions libérales. Contrairement au sens qu’on lui donne en France, où le mot libéral a surtout une connotation économique – croire que le libre jeu du marché est la meilleure manière de réguler l’économie et la société – aux Etats Unis, il relève plus des questions d’égalité sociale et de mœurs. On se souvient, par exemple, que la communauté juive s’était largement mobilisée dans les années 1960, dans la lutte pour l’égalité des droits des noirs.


Défenseurs traditionnels des idées libérales, les juifs américains ont connu ces dernières années un double défi. D’abord, sur la gauche il ont vu que la critique de plus en plus importante des élites allait de pair avec celle de la politique de l’Etat d’Israël, celle-ci s’est élargie jusqu’à devenir – surtout dans les universités – une critique de la légitimité de l’Etat. Ensuite, sur la droite, ils se sont trouvés confrontés avec une extrême droite populiste, largement présente sur internet depuis le début des années 2000, mais peu visible jusqu’aux dernières élections. Il n’y aucun doute que certains des éléments de cette nébuleuse soient antisémites, mais il est difficile de dire pour le moment ce que cela représente et surtout dans quelle mesure l’idéologie raciste a pu motiver les électeurs de Trump.
Le très célèbre journaliste conservateur du New York Times, David Brooks, qui avait pris position contre Donald Trump, écrivait peu après l’élection : « Nous ne savons tout simplement pas à quel point le racisme et la misogynie ont motivé les électeurs de Trump. Il est vrai que ces électeurs ont une plus grande tolérance que les autres pour les idées réactionnaires. Mais si vous êtes coincés dans une ville où il n’y a pas d’emploi et que vous avez du mal à payer votre facture d’électricité, vous êtes sans doute prêt à avaler pas mal de saloperies[3] ».
Face à ce double défi, les réactions ont été diverses. D’une part, une partie de l’intelligentsia juive libérale a plus ou moins fait sienne la critique de la politique du gouvernement d’Israël sans aller toutefois jusqu’à remettre en question la légitimité de l’Etat. Toutefois, la plus grande partie des juifs américains a continué de soutenir Israël, quelles que soient les politiques menées par son gouvernement, ce qui a amené une partie d’entre eux à se rapprocher des positions du parti républicain, plus favorables à Israël. En même temps, dans le monde orthodoxe, l’évolution vers la vers la droite de l’échiquier politique, s’est faite parallèlement avec le déclin relatif du courant « modern-orthodox » qui pratique un judaïsme respectueux de la halakha tout en adoptant des positions libérales sur la société et en s’ouvrant à celle-ci[4].
D’une manière générale, le monde juif qui s’est très vite mobilisé contre l’antisémitisme d’extrême gauche a beaucoup moins réagi à l’antisémitisme d’extrême droite qu’il n’a pas su ou pas voulu voir. C’est une des raisons du choc que constitue l’élection de Donald Trump.


L’élection de Donald Trump n’a pas seulement révélé les tendances profondes de la société américaine et du monde juif ; elle a remis en question l’idylle américaine qu’ont vécue les juifs depuis le milieu du XXe siècle, si bien décrite par de nombreux romanciers juifs[5]. Le sentiment que l’on était arrivé à la fin d’une époque s’est largement répandu. Les juifs étaient, croyait-on, bien intégrés dans la société américaine et avaient réussi dans tous les secteurs, tout en conservant s’ils le souhaitaient, leurs pratiques religieuses et leur mode de vie traditionnel. Tout ceci était remis en question. Le monde juif libéral qui, avec l’élection du président Obama, venait juste de voir l’Amérique accomplir enfin son idéal de tolérance, est sidéré. Ce sentiment est parfaitement décrit par Chemi Chalev : « C’était la meilleure époque, sans doute, mais aussi la pire des époques. C’est ce qu’ont dû ressentir la majorité des juifs américains qui se sont réveillés avec une énorme gueule de bois à cause des résultats de cette élection choc, en prenant conscience que Donald Trump sera bientôt président des Etats Unis[6] ».

Le discours populiste de Donald Trump et la multiplication des actes antisémites d’extrême droite durant la campagne ont été une source d’angoisse pour les uns qui y voyaient le retour des années 1930[7], et l’annonce de la tempête, voire de la révolte pour d’autres. Léon Wieseltier, l’auteur du livre « Kaddish », écrivait peu après l’élection : « Les démons qui ont hanté notre société depuis des décennies et même des centaines d’années, le vil libéralisme qui discrédite actuellement d’autres gouvernements dans le monde occidental, va maintenant habiter la Maison Blanche. Les temps difficiles vont laisser la place aux temps sombres, et les temps sombres demandent une lucidité et une vigilance particulières et une férocité de principe. Nous ne devons pas perdre notre foi dans le progrès moral et le progrès social mais nous devons nous souvenir que le progrès moral et le progrès social ne sont pas des phénomènes linéaires[8] ».


Apres l’élection, la nomination de Steven Bannon, comme conseiller principal à la Maison Blanche a soulevé un tollé, y compris parmi des membres du Congrès républicains[9]. Bannon dirige le site alt-right Breibart News, une plate-forme pour une nébuleuse de groupes d’extrême droite, allant des nationalistes populistes aux néo-nazis. Pour cette frange extrémiste, c’est l’idéologie libérale, (identifiée aux juifs chez les néo-nazis), qui est la cause de tous les malheurs de l’Amérique. La grande majorité des juifs américains espérait qu’après sa nomination, Donald Trump désavouerait les groupes extrémistes qui avaient soutenu sa campagne. S’il a, en effet, bien condamné l’antisémitisme après l’élection, la nomination de Bannon a fait subsister ce doute[10]. L’Anti-Defamation League, la plus importante organisation juive américaine contre l’antisémitisme, qui avait été relativement silencieuse durant la campagne électorale, a immédiatement dénoncé la nomination de ce dernier. Le mouvement juif Conservateur – qui regroupe 18% des juifs américains – a demandé officiellement au président élu de revenir sur la nomination de celui qui  a été compromis dans le nationalisme blanc, l’antisémitisme, l’islamophobie et la misogynie.

Breibart News est un site qui promeut la droite alt-right, un mouvement qui est contraire à nos valeurs juives et américaines[11] ». Dans une lettre adressée au président élu, un collectif d’associations juives écrit : « En tant que communauté d’immigrants, les juifs américains s’identifient fortement avec le sort des nouveaux arrivants et sont déterminés à les aider … Parce que beaucoup de nos familles se sont réfugiées dans ce pays pour fuir les persécutions, et parce que beaucoup parmi eux sont morts quand les frontières se sont fermées, nous sommes déterminés à défendre l’identité de notre pays comme terre de refuge[12] ».

Le fait que de nombreux juifs aient voté pour un candidat républicain n’est pas nouveau ; c’est le cas depuis quatre ou cinq élections présidentielles. Ce qui est nouveau, c’est qu’ils l’aient fait malgré le soutien qu’ont apporté à ce candidat les groupes d’extrême droite et malgré le malaise que beaucoup d’entre eux ont quand même dû ressentir en entendant les invectives populistes du candidat Trump. Leur crainte de l’antisémitisme et de l’antisionisme de gauche était sans doute plus importante que celle qu’ils pouvaient ressentir face à la réémergence d’un antisémitisme d’extrême droite qu’ils croyaient avoir relégué aux marges de la société.
Parmi ceux qui ont voté pour Trump l’accent était mis, avec des valences différentes selon les individus, sur le rejet de Hillary Clinton et de la continuation de la politique menée par le président Obama qu’elle était supposée incarner, ainsi que sur les politiques présentées par Donald Trump sur des questions clés, notamment la politique vis-à-vis de l’état d’Israël.

D’après Nathan Diament, le président d’un des principaux lobbys juifs orthodoxes[13], la raison principale pour laquelle les juifs orthodoxes auraient voté pour Donald Trump est la conviction qu’il défendra mieux la sécurité d’Israël. « Trump a violemment critiqué les politiques du président Obama vis-à-vis d’Israël ». Il s’agit là d’une allusion à la déclaration faite par le comité des conseillers de M. Trump durant la campagne, dans laquelle il était indiqué que l’administration Trump ne se sentirait pas tenue par l’engagement pris par les Etats Unis pour une solution à deux Etats[14].
M. Diament poursuit : « De plus l’engagement de Mr. Trump, une fois réalisé, de relocaliser l’ambassade des Etats Unis à Jérusalem pourrait envoyer au monde le message le plus utile aux ennemis d’Israël depuis des décades. Egalement, Trump a régulièrement parlé contre l’accord Etats-Unis- Iran sur le nucléaire et a promis de l’abolir ». Isi Leibler, dans Jewish Press et dans le Jerusalem Post, dénonce d’une manière beaucoup plus polémique l’attitude de ceux qui, selon lui ne voient pas, combien Trump, loin d’être une menace, est un grand ami des juifs et d’Israël : « Ainsi après l’élection d’un gouvernement des plus pro-Israël dans lequel les juifs et les amis déclarés d’Israël ont de forte chance d’être promus a des positions clés … beaucoup de juifs ont perdu le sens commun. Un nombre de synagogues reformées et conservatrices ont fait des offices de deuil, pour se lamenter de l’arrivée du fascisme en Amérique ».[15]

Sur le plan de la politique intérieure, les juifs de la mouvance « modern-orthodox » (la position du monde ultra-orthodoxe est plus compliquée) ont mis l’accent sur les politiques que Trump s’est engagé à prendre pour réduire le cout de l’enseignement privé en redirigeant des fonds alloués au système d’éducation publique vers les écoles privées : Ainsi Nathan Diament écrit : « Le coût de l’éducation juive est le souci majeur dans de nombreux foyers juifs. Une telle réforme (du financement de l’enseignement privé) devrait permettre de relever le défi que pose le coût excessif de l’éducation juive ».[16] Enfin, Mr. Diament souligne que de nombreux « traditionalistes » ont voté Trump, soucieux de maintenir la liberté religieuse, « les Etats Unis étant au milieu d’un débat sur les relations entre l’augmentation des droits des homosexuels et la liberté religieuse ». Il s’agit là d’un clin d’œil compréhensif aux positions de la droite chrétienne sur la famille et sur l’avortement qui pourraient être validées grâce à la nomination par le Président Trump d’un juge conservateur à la Cour Suprême[17].


De nombreux partisans de Donald Trump se sont sentis rassurés à l’idée que ses avocats, ainsi que plusieurs de ses conseillers sont juifs[18]. Le fait que sa fille, Ivanka, soit mariée à un juif orthodoxe Jared Kushner, l’héritier d’une des plus grande fortunes de l’immobilier de New York, et qu’elle ait été convertie par un rabbin orthodoxe éminent, les tranquillise. Toutefois, nombreux sont ceux qui restent inquiets : « Je suis sûr qu’il regarde avec affection ses petits-enfants à la table du shabbat. Je suis persuadé qu’il soutient ses nombreux amis juifs ainsi que ses partenaires d’affaires juifs. Mais en tant que candidat, il cherche à représenter les américains qui se sentent aliénés culturellement par l’élite américaine et pour certains d’entre eux, cette élite est synonyme de juifs.
Trump ne veut pas rejeter ces supporters, en partie parce qu’il a besoin de leurs votes et en partie, parce que son narcissisme l’incline à penser que quiconque l’admire ne peut pas être mauvais. Pour Trump comme pour d’autres leaders à travers l’histoire, faire écho aux groupes extrémistes fait partie d’un projet politique. Il n’y a là rien de personnel. Il s’agit d’une méthode permettant d’arriver au pouvoir[19] ».

 Bien que moins d’un quart seulement des juifs américains aient voté pour Donald Trump aux dernières élections présidentielles américaines, le vote Trump a déclenché une tempête dans le monde juif. Plus que la polarisation qui concerne toute la société américaine, le monde juif semble vivre la fin de son idylle avec l’Amérique. Cette idylle était fondée sur le fait que jusqu’à une période récente, tant les juifs libéraux que les juifs républicains, tant les juifs athées que les juifs orthodoxes, tous trouvaient leur compte avec les valeurs prônées par la République américaine. Ces valeurs, la tolérance religieuse, une très grande liberté d’opinion, l’égalité des chances, et une certaine forme de communautarisme qui n’était pas perçue comme antagoniste avec l’idée de l’Etat (relisez Tocqueville !) avait permis le développement d’une communauté juive diverse, prospère et fière d’elle-même et de ce fait, partie intégrante du rêve américain.

Pour la très grande majorité des juifs américains qui a continué de voter démocrate, ou tout au moins pour sa frange la plus libérale, il reste que la plupart des valeurs, des objectifs et des politiques annoncées par le candidat Donald Trump sont contraires à celles dont ils se sentent dépositaires en tant qu’américains mais aussi en tant que juifs, descendants pour la plupart d’hommes et de femmes qui ont fui les persécutions antisémites en Europe. Ils soutiennent une politique d’immigration ouverte, le pluralisme en politique, le multiculturalisme, les réformes sociales, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le droit à l’avortement etc. Le fait que Trump soit entouré de juifs et qu’il ait promis de mener une politique « pro-Israël » radicalement différente de son prédécesseur, des facteurs décisifs dans le vote juif pro-Trump, étaient pour la plupart des juifs qui ont voté contre lui des éléments secondaires. Non par ce qu’ils étaient contre Israël, mais parce que, peut-être pour la première fois depuis des années, beaucoup d’entre eux s’interrogeaient sur la viabilité de la politique menée par le gouvernement israélien. Quant aux valeurs pro-familles affichées par le candidat républicain, elles n’ont pas eu l’adhésion de la majorité des juifs qui sont favorables à la séparation de l’Eglise et de l’Etat. C’est dans ce contexte de profonde division et peut-être de fin de rêve, qu’il faut comprendre l’hystérie qui s’est emparée du monde juif américain, les uns accusant les autres de trahison. Il est possible que cette hystérie se calme quand les institutions juives commenceront à collaborer avec la nouvelle administration qui sera bien obligée de faire des compromis, mais il faut s’attendre à de nombreux jours d’orage.

Pierre Lazar
Paris le 19/2/2016

 

  Qui est juif aux Etats Unis ?

D’après le rapport Pew (2013), le niveau de la population adulte qui se définit comme juive sur la base de la religion s’élève à 4.2 millions de personnes soit 1.8% de la population américaine totale. A ce chiffre, il faut ajouter 1,2 millions de personnes adultes qui ont été élevés comme juifs et dont au moins un des parents est juif mais qui se déclarent être athées ou sans religion. Ce total de 5, 3 million (2, 2% de la population américaine totale) définit la population juive de base. En ajoutant les 1,2 millions d’enfants élevés comme juifs, la population juive américaine de base s’élève à 6,7 millions de personnes.

En plus de cette population juive de base, le rapport introduit deux catégories. D’abord, les juifs d’origine, nés de père ou de mère juifs mais qui se réclament d’une autre religion, principalement le christianisme, soit 2,4 millions de personnes (1% de la population américaine). Ensuite, il y aurait 1,2 millions de personnes (0,5% de la population américaine) qui se considèrent comme juifs ou proches du judaïsme bien qu’aucun de leur parents ne le soit, qu’ils n’aient eu aucune éducation juive et qu’ils ne se soient pas convertis au judaïsme ; cette catégorie est définie comme les personnes se réclamant d’une affinité avec le judaïsme. Si l’on intègre toutes ces catégories, on obtient ce qu’on pourrait qualifier de nébuleuse juive, près de 9 millions de personnes, soit 3, 8% de la population totale.

Qu’en est-il du niveau de la population juive selon la définition de la tradition orthodoxe (halakha) ? A peu près 90% des juifs qui se déclarent juifs par religion et deux tiers de ceux qui se déclarent juifs sans religion déclarent en même temps avoir une mère juive, ce qui donne un total de 4.4 million de juifs (adultes). Il faut noter que parmi les 2,4 millions de juifs d’origine- qui ne sont pas classes comme juifs dans l’étude parce qu’ils se réclament d’une autre religion- 1,3 millions, déclarent aussi avoir une mère juive.

Parmi ceux qui se déclarent de religion juive, 35% s’identifient au mouvement Réformé, 18% au mouvement Conservateur, 10% se disent être Orthodoxes et le reste se définit comme sans dénomination. Plus de 70% des juifs orthodoxes se définissaient en 2013 comme ultra-orthodoxes et ils sont nettement plus jeunes que la moyenne de l’ensemble de la communauté juive.

 

[1]   How the faithfull voted :  A preliminary  2016 analysis.  Pew Research Center. 9 Novembre 2106.  A noter que d’après l’enquête du centre de recherche Pew,  le score juif est  le plus faible réalisé par Donald Trump  parmi les groupes  qui se réclament d’une religion.  Ainsi 81% des protestants évangéliques, 58 % des protestants en général et 60% des catholiques « blancs.» ont choisi  le vote républicain. Le vote pour Mme Clinton a été le plus fort chez les juifs, les catholiques d’origine hispaniques et les personnes ne se revendiquant d’aucune religion.  Contrairement à ce qui se passe dans notre pays, le phénomène du vote religieux est largement analyse aux Etats Unis et cela d’une manière tout à fait détachée,  sérieuse et scientifique.

[2] A Portrait of Jewish Americans-Findings from a Pew Research Center of US Jews. PewResearchCenter. October 1, 2013.Le rapport Pew (Octobre 2013) Cette étude a fait l’objet d’une analyse dans cette revue (Montevideo31, 2014)

[3] New York Times: The view from the Trump Tower. 11 Novembre 2016.

[4] Voir Samuel C. Heilman: As Modern Orthodoxy declines, a Jewish Trump voting religious right is ascendant. Haaretz 21 Novembre 2016. Du même auteur, voir le livre: Sliding to the Right. 2006

[5] Je pense en particulier aux romans de Philip Roth, notamment  à  La «  Pastorale Américaine ».

[6] Chemi Chalev: President Trump has shattered Jews’ American idyll. Haaretz 14 Novembre 2106.

[7] Trump’s Election Triggers Old Nightmares for Holocaust Survivors in America- Haaretz 18 Novembre 2016.

[8] Leon Wieseltier:” Stay angry. That’s the only way to uphold principles in Trump’s America. Washington Post, 11 Novembre 2016.

[9] Allison Kaplan Sommer: Steve Bannon’s appointment is a moment of truth for US jews. Haaretz 15 Novembre 2016.

[10]   Les avis sont divisés toutefois sur le fait que Bannon soit lui-même un antisémite. Dans la seule interview qu’il ait donnée jusqu’à présent, Stephen Bannon  se définit comme un nationaliste : « je ne suis pas un nationaliste blanc, je suis un nationaliste. Je suis un nationaliste économique. Les mondialistes ont abandonné la classe ouvrière américaine et ont créé une classe moyenne en Asie…Si nous réussissons nous aurons 60% du vote blanc et  40% du vote noir et hispanique…Tout est lié à l’emploi.  Je suis l’homme qui pousse pour un plan de réhabilitation des infrastructures de un billiard de dollars  D’après Michael Wolff: Ringside with Steven Bannon. The Hollywood Reporter 18 Novembre 2016.

[11] Conservative Movement calls on Trump to rescind Bannon nomination. Haaretz 19 Novembre 2016.

[12] Jewish leaders across America deliver warning letter to Trump: We will not sit idly by ; Haaretz 19 Novembre 2016.

[13] Nathan Diament est le directeur  du ” Orthodox Union Advocacy Center.

[14] Le texte de la déclaration dit; “ Une solution a deux états entre Israël et les palestiniens est impossible aussi longtemps que les Palestiniens  ne sont pas prêts à renoncer à la violence contre Israël ou à reconnaitre le droit d’Israël à exister comme un état juif”.  Voir Judy Maltz: Where does President-elect Donald Trump stand on Israel? Haaretz 11 Novembre 2016.

[15] Isi Leibler: The Trump Revolution, Israel and American Jews. The Jewish Press, 22 Novembre 2016. Jerusalem Post 21 Novembre 2016.

[16] La scolarité dans les écoles juives est en effet fort onéreuse :  30,000 dollars par an pour mettre un enfant à l’école maternelle à New York , 40,000 dollars par  dans l’école primaire, and up….

[17] Nathan Diament: Worst Fears, Best Hopes. Jewish Telegraphic Agency , 21 Novembre 2016. Une des grandes inquiétudes des libéraux est que le président Trump nomme prochainement à la Cour Suprême des Etats Unis un juge  conservateur, ce qui ferait basculer la majorités des juges en faveur des conservateurs, rendant ainsi possible le fait que la Cour rescinde  sa décision (Roe versus Wade) autorisant l’avortement.

[18] A closer look at Trump’s Jewish Inner Circle. Haaretz 16 Novembre 2106.

[19] Peter Beinart: Who cares that Ivanka Trump is Jewish. Haaretz, 1 er Juin 2016.

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