Angela Merkel ou le courage dans la politique.


Angela Merkel ou le courage dans la politique.
Madame,
Nous vous devons tant. Nous savons combien la route est ardue pour vous aujourd’hui. Vous avez, un jour de grâce, prononcé cette phrase lumineuse qui restera gravée dans la mémoire des générations futures.
« Wir Schaffen das. »
La force tranquille d’une démocratie solide, responsable, généreuse, ouverte. Permettez-moi de vous dire, Angela, à mon tour en remerciement : « Ihr werdet das Schaffen » !

Essayons de comprendre l’invraisemblable. Quel est donc l’écheveau d’éléments qui ont amené ce dimanche 19 novembre 2017 l’Allemagne, et peut-être bien davantage l’Europe, au bord du Cliff–face comme aiment à le dire les politologues anglo-saxons.
Il y a toute une raison d’une théorie de raisons. Alignées comme des planètes cela peut sembler difficile à surmonter. Pour autant chacune d’elle est susceptible de céder à votre intelligence, à votre courage et surtout à ce que vos partenaires prennent conscience de l’état du monde.
Car s’il y a bien une chose que nous ne voulons pas c’est, pour employer la langue de Goethe : « Wir wollen keinesweg amerikanische Verhältnisse einführen ».
Vous avez en effet subi le pire alignement des planètes que l’Allemagne a connu depuis la fin de la guerre. Situation économique mise à part. Mais l’homme, surtout l’hommo-electoralis, ne vit pas que de pain. Il vit d’espoir et parfois–hélas trop souvent par les temps qui courent–de peur, d’acrimonie et surtout d’animadversion.

En premier lieu, vous avez été victime de votre indéniable courage en accueillant des réfugiés par centaines de milliers. Quel courage ! Quel courage, mais aussi quelle sagesse ! Passées les premières et inévitables tensions, l’Allemagne est aujourd’hui à peu près apaisée hormis les brutes épaisses de l’AFD à la cervelle de poisson rouge. Le « Wir Schaffen das » s’est révélé être une prophétie juste. N’en déplaise au clown de la Maison-Blanche. Il est des clowns drôles et intelligents(Grock) ; celui-là ne l’est pas. En outre, il faudra moins d’une génération pour que vos enfants en récoltent les justes et savoureux fruits économiques. À l’heure où les populismes le disputent aux nationalismes, vous avez fait montre de caractère, de générosité et de courage en disant : « Si nous devons maintenant nous excuser d’avoir montré un visage amical dans une situation d’urgence, alors ce n’est plus mon pays. » « Tant que je serai Chancelière, il n’y aura pas de barbelés à la frontière allemande. » 1
Le courage finit toujours par payer face aux caractères irrésolus et lâches.

Puis vint l’atmosphère générale en Europe. Un peu comme si certains de vos électeurs avaient voulu rejouer un Brexit–à peu de frais–à l’allemande. Certes aucun des leaders que ce soit Christian Lindner du FDP, Martin Schultz du SPD ou Cem Özdemir de Die Grüne ne semble atteint d’euro réticence ou d’euroscepticisme.
Mais il était inévitable que l’ambiance morose qui gangrène l’Europe ne finisse par contaminer à son tour l’Allemagne. Mais cet état d’esprit, le couple Macron- Merkel est en mesure de l’éradiquer. Quelques embellies sur le front économique avec un zeste de pédagogie devraient carguer les voiles du SPD dont on ne comprend pas vraiment–hormis l’ego de Martin Schultz – l’isolement et le refus de mettre les mains dans le cambouis. Péguy disait : « Le kantisme a les mains pures mais il n’a pas de mains. » Et après tout, feu la RFA puis l’Allemagne ne se sont pas si mal portées des « grandes coalitions. »
De nos jours vouloir conduire une vision avec succès, un projet avec bonheur ne peut pas se faire sans un contrat de gouvernement construit autour d’objectifs précis. Aucun parti, qu’on le regrette ou pas, (pour notre part nous ne le déplorons pas) n’a désormais en ces temps d’incertitude et de mondialisation la capacité d’assumer seul le pouvoir. N’en déplaise à tous les hystérisés identitaires, libéraux ou ultralibéraux ou doux rêveurs nostalgiques d’un socialisme que d’aucuns, même en Allemagne, voudraient faire revenir. Oskar Lafontaine ou Horst Seehofer sont des vestiges révolus. Révolus parce qu’inutiles.

La très grande force de l’Allemagne, et Angela Merkel en est l’exemple le plus abouti, (même si d’aucuns daubaient son immobilisme ou sa réactivité décalée et soufflée par les événements) a cette formidable capacité de consensus. C’est aussi cela la démocratie Habermassienne. Notons au passage que pour un parti de droite elle a –esprit de conciliation–accepté l’instauration d’un SMIC en Allemagne et que c’est sous sa mandature qu’elle a décidé–seule–de clore l’ère nucléaire en Allemagne en devenant ainsi plus verte que les Verts.
Pour autant sa formidable décision d’accueillir des réfugiés ou immigrants provenait du cri du cœur de la jeune fille qui a connu les ravages du communisme. Aucun calcul.

Quand les Allemands et leurs dirigeants–après avoir joué si près du Brinkmanship–ré–intégreront dans leur doxa que la force de l’Allemagne c’est cette formidable faculté d’empathie envers l’autre, cette religion du consensus, clé de leur succès plus que tout autre recette économique, alors, il y a fort à parier que les passions égotistes redescendront et qu’un nouveau round de discussions sera possible. Habemus Kanzlerin !
Une bonne réforme doit être acceptée et non imposée par le plus grand nombre. Pour cela, elle doit faire des mécontents parmi toutes les strates d’une population. Elle est donc forcément incomplète. Et c’est heureux ainsi ; n’en déplaise aux idéologues de tout poil. Henry Kissinger disait d’ailleurs qu’un bon accord est celui où les deux parties sont également mécontentes.

Ces précédents points peuvent donc être résolus, certes difficilement. Mais faisons confiance à Franck Walter Steinmeier pour œuvrer à la tâche.
Les Allemands dès lors qu’ils sont délestés et repus du prurit prussien sont gens éminemment raisonnables. Même Bismarck, n’en déplaise aux ignorants de l’histoire, l’avait compris.
Reste un certain nombre de points qui posent effectivement problème. L’irruption sur la scène parlementaire de six partis au Bundestag, outre le fait qu’il affaiblit le débat politique, libère les ambitions. Désormais l’Allemagne s’est à son tour italianisée. Chacun se découvre une ambition nationale. Chacun se voit désormais calife à la place du calife. Tant que chacun pense qu’il peut être le gagnant ou le plus grand gagnant, le modèle allemand risque de naviguer par gros temps.
A cet égard reconnaissons que Das Mädchen n’a pas non plus été toujours très élégante ni reconnaissante envers son mentor Helmut Kohl à qui elle doit tant.
Mais quoi, il n’est guère de père qui ne finisse par être tué en politique. De Brutus à Macron, de Fabius à Sarkozy, les routes sont jonchées des cadavres des grands hommes.
Tant qu’il y aura six partis d’importance au Bundestag, la situation n’est pas près de s’améliorer. La dernière chose sur laquelle nous nous risquerions à pronostic, c’est sur une disparition d’un tel état de fait. La parabole du dentifrice nous enseigne qu’il est plus facile et tellement plus plaisant de faire sortir le dentifrice de son tube que de l’y faire rentrer. Ou pour le dire plus élégamment : « La porte du noir Pluton est ouverte nuit et jour. Mais revenir sur ses pas et remonter à la lumière d’en haut, c’est là le pénible effort, la dure épreuve. » 2

La conséquence de cette profusion des partis est que dorénavant le junior partner de la coalition se range difficilement sous la bannière d’un chancelier ou chancelière prima donna. Ce phénomène est d’autant plus aggravé paradoxalement par la prégnance (et c’est heureux ainsi) chaque jour plus forte de l’Europe dans la vie des nations. En effet traditionnellement, le Vice-Chancelier était en charge des Affaires Etrangères. L’on a tous en souvenir la mémoire de Willy Brandt, Walter Scheel, Joschka Fischer, Hans- Dietrich Genscher inamovible ministre des Affaires Etrangères etc.
Or non seulement l’Europe est de plus en plus présente dans le débat interne et impose (heureusement) ses normes sociales que le monde nous envie, mais de façon peut-être encore plus forte l’Allemagne est présente et pèse chaque jour davantage en Europe et dans le monde. L’Allemagne participe désormais–même de façon soft–à des opérations extérieures. Quand bien même s’agit-il d’un reluctant power. Cette répartition des tâches, hier harmonieuse, est désormais et aujourd’hui par la force des choses plus heurtée. Or l’Allemagne, démocratie accomplie (probablement la plus accomplie aujourd’hui au monde) vit sous un régime où la verticalité du pouvoir est beaucoup plus subtile qu’en France. Les frictions sont donc inévitables.

Or les questions qui fâchent sont en plus triangulaires. Sur les questions d’émigration le duo CDU–Les Verts qui fonctionne parfaitement se heurte frontalement au FDP ; ce désormais parasite dévoré d’ambition que nous avons autrefois appelé Der grosse Bremse.
Sur les questions environnementales, voire sociales, la CDU et son accessoire CSU, petit mais remuant, se retrouvent pour se heurter aux Verts. Cette équation à trois inconnues a une solution : une nouvelle grande coalition. Quelques colifichets devraient calmer l’ambition dévorante de celui qui fut un bon voire très bon Président du Parlement Européen mais qui n’était peut-être pas taillé pour exercer la fonction de Chancelier. Quand bien même cela ne reflète pas l’opinion qu’il a de lui-même.
Nous nous permettons de rappeler à Martin Schulz la pensée de Chateaubriand : « L’ambition dont on a pas les talents est un crime. »
Les problèmes d’egos certes ne sont pas les moindres.

En outre Madame Merkel souffre d’une maladie chronique en ces temps de dégagisme : 12 ans au pouvoir c’est long, c’est très long, à fortiori 16 ans. Mais après tout elle n’est pas la seule. Adenauer, Kohl ont été de formidables chanceliers. La longévité comme la jeunesse sont des affections qui passent et dont on ne guérit pas.
Il est un autre handicap pour Merkel. La méthode de la Chancelière repose d’abord (n’oublions pas que c’est une physicienne de haut vol) sur une parfaite et lente analyse des rapports de force, une manducation du raisonnement hors des gesticulations démagogiques.

Mais la politique consiste aussi parfois, et hélas, à entrainer le vulgum pecus. Madame Merkel a commis l’erreur de se reposer sur ses seules même si immenses réussites économiques.
Sir Winston Churchill, expert es art de galvaniser les foules posa un jour la question suivante : « Que se serait-il passé si, au lieu d’avoir dit « Nous nous battrons sur les plages » j’avais dit « les hostilités seront engagées avec notre adversaire sur le périmètre côtier. »
Il est probable qu’une aussi longue pratique des hautes sphères des relations internationales l’a amené à négliger ces mets épicés qui font les joies et délices de tant de gouvernants.

A-t-elle cru que son aura incontestable, son prestige moral immense, ses réussites économiques brillantes, sonnantes et trébuchantes la dispenseraient de ce fastidieux labeur. À sa décharge elle n’aura pas été la seule à succomber à ce piège. Churchill ne fut-il pas éjecté de son poste de Premier Ministre après avoir vaincu (seul pendant très longtemps) l’hydre nazie ! De Gaulle, Général Imperator, ne fut-il pas mis en ballottage face un Mitterrand roué et madré à cause d’un Lecanuet certes sympathique et sémillant, mais personnage falot face à Zeus se refusant de descendre de son Olympe pour se colleter à ce qu’il considérait des combats triviaux.

La formation rapide d’un dernier gouvernement Merkel dépend donc aussi de la capacité de Merkel à descendre dans l’arène. Merkel avait aussi tendance à laisser pourrir les situations et fatiguer ses adversaires pour arriver au consensus. Là aussi sa recette n’a pas fonctionné. Mais cela peut se travailler.
Pour autant cette crise révèle une vraie déchirure dans le système allemand. Au-delà des egos, une vraie crise de confiance mine désormais ce fameux consensus allemand. Et là, force est de constater que si la confiance n’est pas rétablie entre les différents partenaires, on ne retrouvera pas de consensus.

Alors est-ce pour autant la fin de ce fameux ADN allemand tant envié mais jamais égalé, qu’on retrouve à tous les étages de la société allemande et de la nation allemande qui est fondamentalement ne l’oublions pas une Kultur-Nation. Consensus dans la gestion des entreprises, consensus dans le droit, consensus dans les valeurs de la démocratie, consensus dans la répartition des pouvoirs des Lands et de l’État fédéral, consensus encore quant à l’Europe. Il est probable que toute l’histoire allemande (récente) porte suffisamment témoignage et permette sa résilience. Des habitudes aussi lourdes, aussi pourpensées procurant autant d’avantages ne se quittent pas aussi facilement. Pour autant cette irruption de six partis n’est pas un simple accident.
Et la plus forte percée de l’AFD dans l’ex Allemagne de l’Est n’est pas anodine. On ne plaque pas ex nihilo des pratiques et une culture démocratique sur une population abreuvée, anesthésiée et assommée par 40 ans de communisme après 12 ans de nazisme. Quand bien même l’Allemagne de l’Ouest a déboursé sans compter pour leur intégration. Erik Orsenna a une superbe formule : « Les orages ont des causes qu’il faut parfois chercher un peu loin dans le temps. »
Cette ingression des six partis (ou plutôt d’un seul) vient en outre illustrer (souvenir hélas déjà ancien de mes études à Sciences-Po) les fameuses trois lois sociologiques de Maurice Duverger qui pointait que les modes électoraux pouvaient seulement accélérer ou freiner l’émergence de tel ou tel parti. Il s’agit donc bien d’une modification en profondeur du paysage politique allemand. Si l’AFD s’y inscrit désormais durablement, il n’est pas impossible que le FDP connaisse, lui, le sort des libéraux anglais.

Or donc, l’Allemagne n’a pas l’habitude d’un tel chaos. C’est à la fois un problème, car les allemands ne connaissent pas les combinazione italiennes, mais c’est aussi une chance car cela leur permettra peut-être de trouver une solution originale sans a priori. Nietzsche disait d’ailleurs : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort. »

Au reste, on ne voit plus très bien comment le FDP peut trouver sa place entre un SPD fortement droitisé depuis les années Schroeder et une CDU fortement socialisée avec les préoccupations d’une chancelière dont les années est-allemandes chantournent sa sensibilité et ses actions.
Le FDP est donc celui qui porte la responsabilité principale de l’impasse actuelle. Même s’il n’est pas le seul. Le comportement de Horst Seehofer n’est pas non plus exemple de tout reproche quand bien même des élections compliquées l’attendent en Bavière. C’est Lindner qui pour d’obscures raisons a rompu les négociations ; sans doute a-t-il voulu imiter de façon théâtrale Robert Fabre lors de la rupture des négociations sur le programme commun en France.
Christian Lindner est, au demeurant, un charmant jeune homme que d’aucuns qualifient outre Rhin de « young camera loving. » Robert Fabre n’ayant pas laissé un souvenir impérissable dans la vie politique française, nous nous permettons de suggérer à Monsieur Lindner : « Passen Sie auf ». Il se grandirait s’il daignait indiquer ses véritables raisons et s’il expliquait pourquoi il faut aller au compromis.
D’habitude ce sont les Verts qui nous ont accoutumé à une telle pusillanimité. La raison avancée pour cette rupture est qu’il y a selon Lindner: « too many issues and conflicting goals and thus no common basis for trust. » « It is better not to rule than to rule wrongly. » Selon lui, les partis n’étaient pas capables de s’accorder sur : « a common idea of how to modernize Germany. »
Lindner n’était pas encore de ce monde que Churchill disait : « Il est sur cette terre des hommes à qui l’imminence du désastre et de la ruine procure une exaltation aussi farouche qu’à d’autres celles de la victoire. » Il nous avait échappé qu’une telle rigueur était la marque de fabrique du FDP. Dans la guerre des deux Helmut, Schmidt a perdu le pouvoir du jour au lendemain au profit de Kohl parce que le FDP a subitement tourné casaque au Bundestag. Sans vouloir faire preuve d’ironie mal placée que l’on permette à l’auteur de ces lignes de noter que Hans Dietrich Genscher, inamovible Vice-Chancelier et tout aussi inamovible Ministre des Affaires Etrangères est resté à son poste, à ce même poste. Sans doute, peut-on supposer qu’il fut rassuré par la continuité du prénom des deux chanceliers. À moins que l’intérêt supérieur de la Nation…

Il semble en tout cas, et la dernière déclaration du Président de l’Allemagne va dans ce sens, que l’on fera tout pour ne pas aller à de nouvelles élections dont le gagnant probable serait l’AFD qui augmenterait vraisemblablement ses suffrages. De nouvelles élections anticipées seraient une première dans l’histoire allemande depuis la guerre. Frank Walter Steinmeier, ancien dirigeant du SPD, a peut-être en vue une grande coalition. Peut-être et pourquoi pas ?
« Dieu voulant réconcilier les deux ennemis et ne pouvant y réussir les y attacha tous deux par leurs extrémités. » 3
Donc cette Grande Coalition vers laquelle on se dirige car c’est celle qui fait véritablement sens, serait sûrement la moins mauvaise des solutions sinon la meilleure. « All parties involved should pause for a moment and reconsider their positions. » Ses pouvoirs honorifiques en temps normal lui confèrent une plus grande marge de manœuvre en cas de crise.

Crise peut-être, oui effectivement. Leadership affaibli bien évidemment, même si nombre de leaders fraîchement élus se contenteraient du score d’Angela Merkel. Crise peut-être, oui effectivement. Angela Merkel est probablement le leader à être allé le plus souvent en Chine. Gageons qu’elle connaît la signification de ce mot en chinois. Crise se définit en effet par deux idéogrammes Way et Ji. Way signifie danger et Ji signifie opportunité, point de basculement, mouvement décisif. La chancelière sait aussi se montrer redoutable guerrière.
Un mot, lourd de signification et chargé du poids de l’histoire, revient à longueur de colonnes dans nos journaux. : Weimar. Bruno Tertrais dans son dernier et comme à l’accoutumée remarquable livre : La Revanche de l’Histoire nous met à juste titre, en garde contre l’utilisation intempestive, biaisée et souvent erronée de l’histoire. Il souligne que c’est tout sauf anodin.

Il faut être ignorant ou imbécile (probablement les deux) pour oser comparer la République de Weimar et l’Allemagne d’aujourd’hui.
Mettre en parallèle une démocratie faible, jeune et déjà sénescente d’un pays vaincu, dans une guerre où ses vainqueurs n’ont pas même foulé le sol allemand, une société en pleine déliquescence qui n’avait pas de vécu démocratique au sein d’une Europe fracturée avec une société riche, bardée de pare- feux sociaux, ayant pour emblème la ville de Karlsruhe au sein d’une Europe apaisée n’a absolument aucun sens. Il faut s’appeler Bartolone ou Arnaud Montebourg pour avoir une dilection certaine pour les critiques envers nos voisins allemands. La société allemande a les reins suffisamment solides pour surmonter ce trou d’air qui certes laissera des traces et que nous ne minimisons pas non plus.
Alain Duhamel écrivit il y a déjà un certain nombre d’années qu’une démocratie saine peut survivre à une société composée d’un tiers d’abstentionnistes, d’un tiers de votes extrémistes rejetant peu ou prou le système démocratique et d’un seul un tiers de votes utiles. Nous sommes encore loin de cet étiage en Allemagne. Même si certains signes ne lassent pas d’inquiéter. À cet égard qu’un député AFD ose prononcer le nom de Goering en plein Bundestag est plus qu’inquiétant. C’est juste obscène.
Angela Merkel paye donc au prix fort ce que Camille Grand ancien directeur de la Fondation pour la Recherche Stratégique disait : « L’Allemagne est dans une phase de traumatisme très profond en politique étrangère. Son roc transatlantique vacille et son Ostpolitik est quasiment détruite. »
« Laudat fidem, dat poenas. » 4

Lindner est un apprenti ce sorcier. Face aux menées subversives de Poutine et aux billevesées de Trump, même si Macron fait une entrée fracassante sur la scène internationale, Angela Merkel demeure, peut-être, le seul roc dans ce qu’il était convenu d’appeler autrefois le monde occidental.
On le voit la quasi-totalité des raisons qui ont amené ce « tsunami » politique peut s’effacer devant l’action résolue de Merkel. La direction morale du Président allemand et une meilleure appréciation de la situation par le SPD qui recevrait pour prix de son civisme (ralliement, opportunisme ?) des portefeuilles que son seul poids électoral ne justifierait pas forcément.
Merkel n’a pas vraiment cherché à se représenter. Elle fait partie de ces rares (très rares) dirigeants pour lesquels il y a une vie après la politique. Ce qui l’a décidée à se représenter c’est l’élection de Trump. Quelqu’un devait tenir la barre. Tenir bon et tenir sur les valeurs démocratiques et d’ouverture, c’était le message qu’Obama, en sa grande sagesse, lui a transmis lors de son voyage d’adieu.
Osons un pari. Une coalition CDU/SPD/ Die Grüne pointe son nez. Et en realité elle pointait son nez dès l’origine.
Ce ne serait sûrement pas la solution la plus mauvaise. En outre elle refléterait parfaitement la personnalité d’Angela Merkel OPNI.5

Angela Merkel, héritage de son pasteur de père, est un personnage hors du commun. La jeune étudiante de l’Allemagne de l’Est possède de par son histoire personnelle une vraie éthique, (il y a du Max Weber qui coule dans son sang), un sens profond des responsabilités, un immense et viscéral respect pour ceux qui ne se coulent pas dans le monde du conformisme bourgeois.
Un dernier mot l’Allemagne est suffisamment forte pour surmonter ses tensions. Formons le vœu que l’Europe ne soit point la victime collatérale. Mais, heureusement, l’Histoire européenne qui s’écrit et progresse de crise en crise trouvera une fois de plus matière à satisfaction et espoir dans ce ballet électoral.
N’est-ce pas William Shakespeare qui disait : « Un ciel si sombre ne pouvait s’éclaircir que par un orage. »
Que l’on me permette de conclure.
Frau Bundeskanzlerin, ich begrusse und beglückwunsche Sie von ganzem Herz.Viel Glück.

Leo Keller
Neuilly 23/11/2017

Notes
1 propos cités par Marion Van Renterghem in Angela Merkel ovni politique.
2 Virgile
3 Platon
4 On loue la fidélité, mais elle procure des peines.
5 Objet politique non identifié

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Comments

  1. What doesn’t kill you makes you stronger c’est Kelly Clakson qui l’a dit, pas Nietzsche:

  2. What doesn’t kill you makes you stronger. What if I cut off your leg, would it make you stronger. would it.

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