Riss, Gérard biard,Charlie Hebdo, Chateaubriand, Camus, Churchill et les gilets jaunes

Ce que le vicomte Chateaubriand , Albert Camus, Winston Churchill et Charlie Hebdo pensent des « Gilets Jaunes »

Pour accompagner ces deux éditos de Charlie Hebdo en tout point remarquable, même si nous n’en partageons pas la totalité des idées, nous avons pensé à un très court texte de Chateaubriand et deux citations de Churchill et Albert Camus.
En vous souhaitant à tous un joli et joyeux Noël

« Un état politique où des individus ont des millions de revenu, tandis que
d’autres individus meurent de faim, peut-il
subsister quand la religion n’est plus
là avec ses espérances hors de ce monde pour expliquer le sacrifice ?…
À mesure que l’instruction descend dans ces classes inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l’ordre social irréligieux. La trop grande disproportion des
conditions et des fortunes a pu se supporter en ce qu’elle a été cachée ; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a
été porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques ; essayez de persuader au pauvre, lorsqu’il saura bien lire et ne croira plus, lorsqu’il possédera la même instruction, essayez de lui persuader qu’il doit se soumettre à toutes les privations tandis que son voisin possède mille fois le superflu :
pour dernières ressources, il vous le faudra tuer. » Chateaubriand

 » L’honneur est un luxe réservé à ceux qui ont des calèches. … Non il est la dernière richesse du pauvre » Albert Camus in les justes

« Ceux qui prétendent que rien n’a jamais été réglé par la guerre disent des âneries .En fait, rien dans l’histoire n’a jamais été réglé autrement que par la guerre » Propos tenus par Winston Churchill en octobre 1940 à Lord Ismay et au général Brooke

Mignonne, allons voir si votre bagnole flambe.
L’édito de Riss Charlie Hebdo

On essaie de comprendre ce qui s’est passé hier, ce qui se passe aujourd’hui est ce qui se passera demain. Les émeutes qui secouent le pays mettent à l’épreuve l’économie, les commerçants, mais aussi les petites entreprises de commentaires que sont les médias.

Tout le monde est convoqué sur le pont du bateau qui tangue pour élucider les événements. Politologues, sociologues, journalistes ou démographes étalent leur diagnostic sur les plateaux de télévision comme les médecins de Molière autour d’un malade enfoncé dans son grand lit. Qui élaborera le bon diagnostic pour soigner et guérir ? En descendant dans la rue, les « gilets jaunes » ont pointé du doigt ce qui, selon eux, ne fonctionne plus dans notre société. Sans le savoir, ils ont aussi révélé les limites des médias, des universitaires et des commentateurs, parfois eux aussi à bout de souffle.

Les questions économiques sont toujours ennuyeuses. Pour faire diversion et dissimuler son impuissance, on agite l’épouvantail de la violence. On critique les stratégies policières, on appelle à l’aide des blindés de la gendarmerie. Car les problèmes de sécurité sont plus faciles à aborder les questions sociales et économiques. Parce qu’on peut les matérialiser aisément avec des vidéos spectaculaires d’incendie et de vitrines cassées, alors que la misère est bien plus difficile à filmer. Le désespoir n’a pas de visage, et notre époque obsédée par les images ne sait pas comment le regarder en face.

On interroge dans la rue des passants pour savoir s’ils avaient déjà vu ça. Et comme par hasard, ils confirment ce que le journaliste vient de leur suggérer : « ça fait 30 ans que je vis dans ce quartier, et je n’ai jamais vu ça. » On interroge les badauds des villes en feu, comme les témoins d’une crue qui vient d’emporter leurs maisons, et, comme tous les sinistrés, il prononce les mêmes phrases : « ça fait 30 ans que je vis dans ce quartier, et je n’ai jamais vu ça. »

On interroge les badauds des villes en feu, comme les témoins d’une crue qui vient d’emporter leurs maisons, et, comme tous les sinistrés, ils prononcent les mêmes phrases : « ça fait 30 ans que je vis dans ce quartier, et je n’ai jamais vu ça. » « Ma maison a été emportée par les flots. » « Mon commerce a été incendié par des pillards. » La violence des casseurs est traitée comme celle d’un ouragan ou d’une tempête. C’est un fléau qui ne pense pas et ne réfléchit pas. Comme le vent et l’orage, la violence n’a pas de cerveau. C’est en tout cas ce que les médias diffusent en boucle pour nous en convaincre.

Des langages plus raffinés qu’il n’y parait

Mais au détour d’un énième débat télévisé, un « gilet jaune », ancien syndicaliste, explique pourquoi lui et ses collègues ont un jour tout cassé. Depuis trois semaines, ils occupaient pacifiquement un lieu public, mais personne ne voulait les recevoir. Alors ils en ont eu marre et ont tout saccagé. Deux jours après, ils étaient reçus enfin par le préfet.
Pourquoi les manifestations pacifiques n’aboutissent jamais à rien ? Parce que les hommes politiques s’en foutent totalement. Vous pouvez bien défiler avec de belles pancartes, des cercueils en carton peints en noir et déclamer des slogans amusants, la classe politique n’en a strictement rien à foutre. Le langage civilisé que les manifestants pacifiques prennent soin de pratiquer pour être audibles est méprisé depuis des décennies par les politiques.

Alors, quand les mots et les phrases ne sont pas écoutés, la violence sort de sa tanière, retrousse ses babines et dévoile ses crocs.
Elle brûle, casse et pille. Elle impose sa grammaire primitive aux lâches et les contraints de regarder droit dans les yeux ce que leurs oreilles ne voulaient pas entendre.
Depuis cinq semaines, beaucoup de destructions auraient pu être évitées si la classe politique au pouvoir avait écouté les mots et les phrases de ceux qui défilent depuis des années dans les rues. Les hommes politiques auront peut-être appris quelque chose avec les « gilets jaunes ».
Une manifestation, une grève, un blocage, sont des langages plus raffinés qu’il n’y paraît, et ils doivent être écoutés avec la même attention que des vers et des alexandrins.

Riss
Charlie Hebdo 12 Décembre 2018

Vivre ensemble
Macron cherche l’appli
Gérard Biard Charlie Hebdo

S’adresser aux Français. Oui, bien sûr. Mais pour leur dire quoi et sur quel ton ? Quand vous lirez cette chronique–écrite quelques heures avant que le président de la République ne prenne la parole–, nous serons sans doute fixés.
Ou pas, allez savoir… difficile d’aller contre sa nature. C’est toute la question : Macron a-t-il enfin trouvé la bonne « appli » ? Depuis que cette histoire de « gilets jaunes » a tourné au vinaigre, on a l’impression qu’il tapote frénétiquement sur sa tablette afin de dénicher la solution 3.0 lui permettant de se de sortir de ce bourbier en un clic. Rien sur l’App Store, rien sur Google Play, rien sur Alibaba.com… Il sait que ça urge, car il est de moins en moins « liké ». Personne dans son entourage, pas même Mounir Mahjoubi, pourtant chargé du grand virage numérique, ne l’avait prévenu que l’application « La pédagogie pour les gueux et les losers se–éléments de langage », qu’il avait précautionneusement téléchargée sur tous ses appareils au début de son mandat, était obsolète…

Obsolescence programmée

Quelle drôle de situation, tout en paradoxes. Ce président « disruptif » rêvant de faire entrer la vieille Gaule dans le monde du business high-tech se retrouve face à un mouvement qui épouse nombre de ses désirs. Il voulait une « start-up nation », il s’en est créé une sous ses fenêtres, particulièrement dynamique et évolutive.
Il voulait des citoyens « connectés » qui enjambent les partis politiques et envoient bouler les corps intermédiaires, il est servi. Il voulait que les Français traversent la rue, ils traversent. L’ennui c’est qu’ils veulent traverser la rue du faubourg Saint-Honoré, et avec des torches…

Mais alors, qu’est-ce qui cloche ? L’intrusion dans l’algorithme présidentiel de deux éléments étrangers à Emmanuel Macron, car résolument trop « ancien monde » : le facteur humain et le mur de la réalité, au pied duquel se trouve aujourd’hui le chef de l’État. Parler de dématérialisation des services publics à une population pour laquelle ces services sont déjà largement virtuels, expliquer à des sous-smicards que la suppression de l’ISF, c’est pour leur bien et qu’ils comprendront quand ils seront moins « Gaulois réfractaires » ou encore s’exclamer que les filets et les minima sociaux coûtent « un pognon de dingue », c’est ignorer avec mépris ces deux éléments, au cœur des revendications des « gilets jaunes », parmi lesquels beaucoup ne veulent faire ni un putsch, ni la révolution, mais seulement avoir de quoi finir les fins de mois, voire de quoi les commencer.

Emmanuel Macron a été élu pour la première fois de sa vie–a-t-il même été un jour délégué de classe ? Pas sûr…–il y a 18 mois. Pour ne rien arranger, ses troupes sont pour l’essentiel constituées de néophytes politiquement incultes. Qu’ils soient auréolés du label « société civile » n’y change rien. Pour le dire de façon lapidaire, nous avons à la tête de l’État un banquier d’affaires qui confond illumination et vision, convaincu qu’un pays se dirige comme une entreprise, entouré majoritairement de directeurs du marketing et de techno-geeks pédants.

L’amateurisme des nouveaux parlementaires et de certains ministres, qui amusait les commentateurs et avait presque un côté rafraîchissant au début du quinquennat, aggravé par la politique brutale, injuste et dogmatique qu’ils ont menée au pas de charge, s’est vite avéré insupportable et dangereux. Nous y sommes et ça chauffe.
En démocratie, les violences physiques, les destructions systématiques et les attaques contre les institutions ne sont pas excusables. Mais on ne s’en sortira pas avec un numéro vert égrenant « pour éteindre le feu : tape 1. Pour renouer le dialogue : taper 2. Pour tenir jusqu’en 2022 : taper 3 ».

Gérard Biard
Charlie Hebdo
12 Décembre 2018

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Comments

  1. michel FOUQUIN says:

    Je ne suis pas un inconditionnel de CH mais je trouve les deux articles parmi ce que j’ai lu de mieux sur le sujet

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