Charlie Hebdo en reconnaissance de ma dette Edito de Riss de Fevrier 2015

Charlie Hebdo

En reconnaissance éternelle à Charlie Hebdo Blogazoi republie ce que Blogazoi avait écrit le 13 Janvier 2016 et l’édito époustouflant et impératif de Riss le 25 Février 2015

Un an après cet attentat barbare que reste-t-il ? L’indicible et le dicible.

Le dicible. Avant tout une dette inextinguible que rien ni personne n’éteindra.
Le dicible. C’est ma reconnaissance pour le courage qu’il a manifesté de façon d’abord éclatante puis hélas sanglante.
Le dicible c’est pour la lucidité et la vigueur de leur combat pour notre démocratie quand bien même je ne partage pas toujours leurs dessins.
Le dicible c’est la dignité et la vigueur de leur réaction.
Le dicible c’est pour leur part de rire qui égaye l’actualité.
Le dicible c’est pour rappeler que Voltaire sévit toujours. Dieu merci !
Le dicible c’est surtout pour réveiller, remémorer et commémorer cette idée si lumineuse que la démocratie est toujours plus forte que la barbarie et l’obscurantisme.

L’indicible c’est dire merci. Merci tout simplement !
Car rien ne pourra jamais traduire ce que je leur dois. : La liberté de me tenir droit et debout !
L’indicible c’est dire je soutiens Charlie Hebdo mais confortablement installé derrière ma plume. Je ne risque rien. Eux ont simplement perdu la vie ! Ils ont perdu la vie pour que je puisse continuer à me regarder.
L’indicible c’est tout simplement parce que Charlie Hebdo me permet de faire mienne la pensée d’Alain : « Aimer c’est trouver sa richesse hors de soi. »
L’indicible, merci à Charlie Hebdo qui me permet de savourer chaque instant de la vie en me rappelant, peut-être et surtout, que je suis l’héritier de Racine qui écrivit ses si beaux vers, hélas ou heureusement, incompréhensibles pour ces barbares sauvages mais incultes.
« Pourrais-je, sans trembler, lui dire : je vous aime ?
Mais quoi déjà ! Je tremble ; et mon cœur agité
Craint autant ce moment que je l’ai souhaité. »
C’est cela aussi la vie !

En hommage à Charlie Hebdo j’ai donc voulu vous rappeler ce que Riss écrivit dans son éditorial le 25 février 2015 après les massacres.
J’ajoute tout simplement, en conclusion, que tout journaliste rêverait d’écrire une fois, une seule fois, dans sa vie un édito aussi brillant. Mais cela n’engage que moi. Et libre à vous de ne pas partager mon sentiment !
Merci Charlie Hebdo !
Leo Keller
13 Janvier 2016

L’éditorial de Riss du 25 Février 2015

Longtemps, j’ai cru que la pire des choses que pouvait subir un dessinateur de presse, c’était l’emprisonnement. Comme celui qu’ont connu Daumier ou Philippon sous le règne de la vieille poire Louis-Philippe.
Alors quand Charb, Luz ou moi-même, jeunes dessinateurs, allions proposer quelques croquis aux journaux satiriques du début des années 90, il n’y avait rien à craindre car sur nos têtes planaient l’ange bienveillant de notre art : la sacro-sainte liberté d’expression.

On espérait rire et faire rire avec quelques dessins. Mais, au bout de plusieurs années, à force de dessiner tous ces personnages célèbres dans des situations risibles, une question venait à l’esprit : caricaturer, dessiner, au fond ça sert à quoi ?
Après tout, un dessin, ce n’est qu’un dessin. Un petit truc gribouillé qui essaye d’amuser tout en espérant faire un peu réfléchir. Rire et faire réfléchir : le voilà, le dessin idéal ! Plaisir de surprendre le lecteur par un point de vue original, par un petit pas de côté qui oblige à regarder les choses de biais sous un angle inhabituel, différent de la vision majoritaire.

L’outrance et l’excès souvent reprochés aux dessinateurs de « Charlie Hebdo » ne sont en réalité qu’une méthode pour s’aventurer sur des chemins inconnus.
C’est peut-être cela que ne supportaient pas les assassins du 7 janvier. Ceux-ci n’ont en réalité jamais rien osé. Ils se sont laissé enfermer dans le confort d’une religion qui a déjà toutes les réponses et dispense de réfléchir et douter.
Car le doute est le pire ennemi de toute religion. Il ne faut pas douter quand on décide d’entrer dans une rédaction pour en tuer tous les membres.
Les dessinateurs et les rédacteurs de « Charlie », eux, passent leur temps à douter. De tout et surtout d’eux-mêmes, de leur talent, de leur inspiration. Ce qui les rend parfois un peu chiants.

Wolinski se posait la question après l’incendie du journal en 2011 : «N’avons-nous pas été trop loin ? » Seul un honnête homme se pose ce genre de questions. Jamais un assassin. Wolinski avait le courage d’exposer ses doutes. Il avait fait de l’expression de sa vulnérabilité un art. Voilà pourquoi un dessinateur ne deviendra jamais un tueur et pourquoi il est malhonnête de mettre sur le même plan les soi-disant « provocations » des dessinateurs avec la violence des tueurs en proclamant « ils l’ont bien cherché ».

Mais, pour douter, on a besoin des autres, de tous ceux qui ne pensent pas comme vous. Qu’est-ce qu’on s’ennuierait si tout le monde pensait comme nous !
Dans quel triste monde devaient vivre les assassins du 7 janvier… Un monde uniforme ou la moindre tête qui dépasse est décapitée, où la moindre voix discordante est tranchée. Alors, imaginez, pour ces petits cerveaux, l’idée de faire des petits dessins sur un prophète !
Pauvres hères qui ont foutu en l’air la vie des autres pour oublier d’avoir gâché la leur. Comme Luz l’écrivait à la une de « Charlie », on leur pardonnerait presque d’être à ce point le peu qu’ils étaient.

Malgré des flots d’encouragement et de soutien, on est cependant en droit de se demander qui a réellement le courage de mener ce combat. Car, franchement, qui a envie de se battre pour le blasphème, qui a envie de défier le religieux, si c’est pour finir protégé par 10 policiers 24 heures sur 24 ? Personne !
Tout le monde a soutenu « Charlie » : « allez-y les gars, on est derrière vous ! » Mais combien oseront dessiner et publier un dessin blasphématoire ? Si peu. La foule soutient « Charlie » comme elle soutient le taureau dans l’arène. Car qui sait, un jour peut-être « Charlie » mourra, épuisé par les banderilles, sous les applaudissements admiratifs de la foule.

Et voilà qu’au moment où « Charlie » s’apprête à reparaître, un attentat quasi identique a lieu à Copenhague. Moins de morts mais les mêmes objectifs : faire taire ceux qui croient à la liberté d’expression et exterminer des juifs.
Ceux qui tentent de trouver des raisons, pour ne pas dire des excuses aux meurtriers en accusant les dessinateurs de « jeter de lui sur le feu », qu’auront-ils comme explication pour atténuer la responsabilité des tueurs antisémites ? Car les juifs victimes à l’Hyper Cacher ou à Copenhague, n’ont pas dessiné de caricatures de Mahomet. Et pourtant, ils ont été assassinés. Supporter une telle violence est déjà assez éprouvant, entendre des discours pseudo-intellectuels plus ou moins complaisants est juste insupportable.

Les attaques de Paris et de Copenhague sont d’abord des attaques contre une conception moderne des rapports entre les individus, contre la pluralité, des idées et des hommes. Pendant des siècles, les religions ont contesté avec violence ces valeurs-là. L’époque moderne semblait avoir ramené à la raison de ces religions rétrogrades et leurs prétentions hégémoniques sur les hommes et les esprits. Les attaques de Paris et Copenhague indiquent qu’il faudra encore du temps et du sang pour que toutes les religions acceptent définitivement ce cadre démocratique non négociable.

Riss
Edito de Charlie Hebdo du 25 Février 2015


Ensemble, défendons la Liberté
Par Un collectif de médias — 22 septembre 2020

Une centaine de médias interpellent leurs concitoyens et s’alarment des menaces qui pèsent sur la liberté d’expression.
Ensemble, défendons la Liberté
Il n’est jamais arrivé que des médias, qui défendent souvent des points de vue divergents et dont le manifeste n’est pas la forme usuelle d’expression, décident ensemble de s’adresser à leurs publics et à leurs concitoyens d’une manière aussi solennelle.

Si nous le faisons, c’est parce qu’il nous a paru crucial de vous alerter au sujet d’une des valeurs les plus fondamentales de notre démocratie : votre liberté d’expression.
Aujourd’hui, en 2020, certains d’entre vous sont menacés de mort sur les réseaux sociaux quand ils exposent des opinions singulières. Des médias sont ouvertement désignés comme cibles par des organisations terroristes internationales. Des Etats exercent des pressions sur des journalistes français «coupables» d’avoir publié des articles critiques.

La violence des mots s’est peu à peu transformée en violence physique.
Ces cinq dernières années, des femmes et des hommes de notre pays ont été assassinés par des fanatiques, en raison de leurs origines ou de leurs opinions. Des journalistes et des dessinateurs ont été exécutés pour qu’ils cessent à tout jamais d’écrire et de dessiner librement.

«Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi», proclame l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, intégrée à notre Constitution. Cet article est immédiatement complété par le suivant : «La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.»

Pourtant, c’est tout l’édifice juridique élaboré pendant plus de deux siècles pour protéger votre liberté d’expression qui est attaqué, comme jamais depuis soixante-quinze ans. Et cette fois par des idéologies totalitaires nouvelles, prétendant parfois s’inspirer de textes religieux.

Bien sûr, nous attendons des pouvoirs publics qu’ils déploient les moyens policiers nécessaires pour assurer la défense de ces libertés et qu’ils condamnent fermement les Etats qui violent les traités garants de vos droits. Mais nous redoutons que la crainte légitime de la mort n’étende son emprise et n’étouffe inexorablement les derniers esprits libres.

Que restera-t-il alors de ce dont les rédacteurs de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 avaient rêvé ? Ces libertés nous sont tellement naturelles qu’il nous arrive d’oublier le privilège et le confort qu’elles constituent pour chacun d’entre nous. Elles sont comme l’air que l’on respire et cet air se raréfie. Pour être dignes de nos ancêtres qui les ont arrachées et de ce qu’ils nous ont transmis, nous devons prendre la résolution de ne plus rien céder à ces idéologies mortifères.

Les lois de notre pays offrent à chacun d’entre vous un cadre qui vous autorise à parler, écrire et dessiner comme dans peu d’autres endroits dans le monde. Il n’appartient qu’à vous de vous en emparer.
Oui, vous avez le droit d’exprimer vos opinions et de critiquer celles des autres, qu’elles soient politiques, philosophiques ou religieuses, pourvu que cela reste dans les limites fixées par la loi. Rappelons ici, en solidarité avec Charlie Hebdo, qui a payé sa liberté du sang de ses collaborateurs, qu’en France, le délit de blasphème n’existe pas. Certains d’entre nous sont croyants et peuvent naturellement être choqués par le blasphème. Pour autant ils s’associent sans réserve à notre démarche. Parce qu’en défendant la liberté de blasphémer, ce n’est pas le blasphème que nous défendons, mais la liberté.

Nous avons besoin de vous. De votre mobilisation. Du rempart de vos consciences. Il faut que les ennemis de la liberté comprennent que nous sommes tous ensemble leurs adversaires résolus, quelles que soient par ailleurs nos différences d’opinion ou de croyances. Citoyens, élus locaux, responsables politiques, journalistes, militants de tous les partis et de toutes les associations, plus que jamais dans cette époque incertaine, nous devons réunir nos forces pour chasser la peur et faire triompher notre amour indestructible de la Liberté.

#DéfendonsLaLiberté

Signataires : Alliance de la presse d’information générale, BFMTV, Canal +, Challenges, Charlie Hebdo, CNews, Courrier international, Europe 1, France Télévisions, l’Alsace, l’Angérien libre, l’Avenir de l’Artois, l’Echo de l’Ouest, l’Echo de la Lys, l’Equipe, l’Essor savoyard, l’Est-Eclair, l’Est républicain, l’Express, l’Hebdo de Charente-Maritime, l’Humanité, l’Humanité Dimanche, l’Indicateur des Flandres, l’Informateur Corse nouvelle, l’Obs, l’Opinion, l’Union, la Charente libre, la Croix, la Dépêche du Midi, la Nouvelle République, la Renaissance du Loir-et-Cher, la Renaissance lochoise, la Savoie, la Semaine dans le Boulonnais, la Tribune républicaine, la Vie, la Vie corrézienne, la Voix du Nord, le Bien public, le Canard enchaîné, le Courrier français, le Courrier de Gironde, le Courrier de Guadeloupe, le Courrier de l’Ouest, le Courrier picard, le Dauphiné libéré, le Figaro, le Figaro magazine, le Journal d’ici, le Journal des Flandres, le Journal du dimanche, le Journal du Médoc, le Journal de Montreuil, le Journal de Saône-et-Loire, le Maine libre, le Messager, le Monde, le Parisien-Aujourd’hui en France, le Parisien week-end, le Pays gessien, le Phare dunkerquois, le Point, le Progrès, le Républicain lorrain, le Réveil de Berck, le Semeur hebdo, le Télégramme, les Dernières Nouvelles d’Alsace, les Echos, les Echos du Touquet, LCI, Libération, Libération Champagne, M6, Marianne, Midi libre, Monaco-matin, Nice-matin, Nord Eclair, Nord Littoral, Ouest-France, Paris Match, Paris Normandie, Presse Océan, Radio France, RMC, RTL, Sud-Ouest, Télérama, TF1, Var Matin, Vosges Matin.

Comments

  1. Un grand merci pour votre combat pour la liberté d’expression, de pensee, d’opinion et de religion. Je vous soutiens totalement

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