À franc étrier, j’accourais vers une femme libre ! Cela est si rare de nos jours !

Histoire d’une femme libre de Françoise Giroud

À franc étrier, j’accourais  vers une femme libre ! Cela est si rare de nos jours !

Tel est le titre de la superbe-mais partielle- autobiographie de Françoise Giroud. Il est des livres que l’on aimerait ne pas avoir encore lu pour en garder intact le plaisir de la découverte de l’écriture  d’une femme suprêmement intelligente.!

De Christine Ockrent à Laure Adler tout a été dit et, fort bellement, sur Françoise Giroud. Il serait donc bien impertinent de notre part d’y surajouter quelques lignes. Notre seule ambition : capter le caractère dyadique de cette femme, dans sa vie, son métier, ses relations, et jusque dans sa passion.

 Françoise Giroud, c’est d’abord un beau visage, un merveilleux visage !

Un visage ou deux yeux -pétillant de malice- catapultent immédiatement une formidable intelligence parfaitement acérée !

C’est une voix dont la sensualité vous enveloppe et vous rend prisonnier-volontaire- de son charme ! D’elle nous gardons, gravé en notre mémoire, son sourire envoûtant.

 Françoise Giroud : une plume précise, fine, étincelante, caustique à souhait !

Son écriture journalistique a habillé les grands événements de ce monde, les parant, tantôt de mille  feux étincelants, tantôt des habits de la tragédie.

C’est son sens de la formule juste et brillante, souvent assassine qui claque et qui frappe fort !

Qui ne se souvient de son célèbre « on ne tire pas sur une ambulance » adressé à Jacques Chaban-Delmas qui n’en demandait certes pas tant et qui ne l’avait point mérité.

 Françoise Giroud aimait à ferrailler avec les idées et les paradoxes. Les mots étaient ses armes. Elle en jouait avec un bonheur inégalé !

 Femme engagée à une époque où cela n’était pas aussi fréquent, elle n’avait pas l’indignation sélective. Son billet à l’Express au moment de l’affaire des condamnés de Burgos est resté célèbre.

 Si vous avez lu son livre « Demain déjà » cette autobiographie ne vous apprendra donc, probablement, rien de nouveau sur sa vie. Peu importe ! Et là n’est surtout pas la question ! Car ce livre éclaire parfaitement et différemment toute son existence.

 Avant que d’évoquer Jean-Jacques Servan-Schreiber qui fut la grande affaire de sa vie, sinon la seule, musardons auprès de cette femme fascinante. Il y a tant à apprendre en sa compagnie !

 Françoise Giroud c’est aussi, et peut être surtout, une formidable et gargantuesque appétence pour la vie ! Un culot monstre !

C’est une femme qui a constamment brisé tous les interdits, et, pour cela nous la remercions. C’est si rare et si précieux car peu d’êtres  en ont les moyens.

Et les moyens, diantre, Françoise Giroud les avait !

Féministe, -et dans le vrai sens du terme- elle l’était jusqu’au bout, du clavier de sa machine à écrire dont elle usait comme d’une mitraillette.

 De Tocqueville elle a du retenir « Je soutiens qu’on est presque toujours trop sage. Tout l’art des gens de génie est de savoir à quel moment il faut devenir fou. »

Gageons qu’elle a du aussi faire son miel de cette pensée tocquevillienne : « la nature se dédommage en secret des contraintes que les lois lui imposent. »

 Reprenons donc ses propres mots : « la vie, c’est demain et demain sera beau. »

Ainsi parla -non Zarathoustra- mais Françoise Giroud, heureuse héritière, des leçons de vie de sa mère.

Elle se qualifie elle-même « d’agrégée de vie » et a pour habitude lorsqu’elle sort de « laisser son malheur à la maison »

« Je suis une femme libre. J’ai été, donc je sais être une femme heureuse. Qu’y a–t-il de plus rare au monde ? »

Méphisto se chargera de rappeler à Françoise Giroud que Faust la guette.

Son père étant décédé alors qu’elle était encore enfant Françoise Giroud héritera, de sa mère et de cette douloureuse absence  une gaîté portée en bandoulière  et une culpabilité omniprésente. Culpabilité que  viendra renforcer l’épisode du chien à son pensionnat. «… Maman, je ne peux pas encore être un homme. J’ai 12 ans ; je peux seulement ne pas rentrer ce soir à la maison… »

Françoise Giroud a été durant toute sa vie une rebelle !

Cet épisode douloureux énoncé dans toute sa brutalité tracera profondément le sens du devoir chez elle.

Il lui fera chercher et combattre, sa vie durant, les « dragons ». Il explique aussi sans  l’excuser deux faits qui ne sont pas à la hauteur du personnage.

 Son caractère trempé dans l’acier lui interdira de laisser apparaître ses sentiments.

De son père, trop tôt disparu, cette phrase, oh  combien révélatrice, « Petite fille sans Père – c’est peu de dire que jamais il ne fut auprès de ma mère, remplacé – j’ai âprement cherché la protection qui m’avait été dérobée. Petite fille rebelle, je n’ai jamais su la solliciter ni même peut-être la recevoir. »

 À propos de son père, elle écrit, ce qui expliquera (si tant est que la psychanalyse explique quoique ce soit) «… Mais à celle de la grâce physique mêlée d’audace et de fantaisie. Il apparaît les hommes à mes yeux d’un habit de lumière que je reconnais dès que l’un d’eux le porte. Albert Camus en était revêtu ! »

À cette aune là  JJSS brillera au firmament !

Ses contradictions ; là non plus la directrice de l’Express n’en était point économe. Allons jusqu’à dire que cela augmentait son charme.

«… Le bonheur, je l’ai reçu ; je l’ai nourri, je l’ai poncé, poli, aiguisé ; – et puis j’ai du le rendre. J’en abusais. En recevrai-je un autre et de quelle nature ? »

«… Car pour la liberté, j’avais des aptitudes mais peu de dons pour le bonheur… »

 Enfant gâtée d’une éducation intellectuelle et grande bourgeoise parfaite, toute d’élégance et de générosité, elle ne trouve pas sa place parmi ses pairs en éducation, le manque d’argent se faisant sentir.

Et lorsqu’elle devient dactylo elle dira « ai je senti à l’époque que l’on ne se naturalise pas ouvrière… Je sais que cette dignité que je souffre d’avoir perdue, ce sont les miens qui me la contestent et que ce sont les autres qui peuvent me la rendre, ceux avec qui je travaille. »

«… Sur la carte géographique de la société on m’avait brutalement déplacée… »

 Enracinée par sa naissance, écartelée par les injustices elle ne saura où aller.

A cette aune, se gaussant de sa tenue Chanel, combien seront ridicules les lazzis qui ont accueilli sa visite aux grévistes en 1961.

 Avoir assume auprès de sa mère son rôle de soutien, sacrifié ses études et remplacé son père  en aurait entravé plus d’une. Chez elle point de trace de handicap, de rancœur ou de goût du malheur. Juste un amour immodéré de la vie !

Ce sera pour elle une science, une conduite de vie parfaitement pourpensée. «… Tendre toujours vers le merveilleux pour y atteindre parfois… »

 François Giraud ne croit qu’en  elle ! Et fort heureusement ! La peur, elle la nie, avec la dernière énergie  et ne la connaît point!

 

Le lecteur que- nous espérons toujours là-, nous pardonnera d’utiliser cette transition un peu facile pour aborder les chapitres les plus  intéressants et les plus brûlants de sa vie : Jean-Jacques Servan-Schreiber. JJSS.

En quatre initiales  qui claquent au vent « ite missa est ! »

Disons-le tout de suite ,et très vite,  ce qui a trait à JJSS  dans ce livre est de la meilleure eau. De la meilleure eau  dans le livre, dans leur vie et dans l’histoire de l’Express.

  JJSS / Françoise Giroud : un couple mythique !

Un couple dont l’alchimie détonante et la magie ont marqué au fer rouge l’’histoire du journalisme français des années 1955 à 1975.

Un couple marqué au fer rouge de la passion brûlante, dévorante.

Un « couple », un enfant : l’Express !

 

Un journal, un vrai, qui a acquis ses lettres de noblesse dans son combat contre la guerre d’Algérie. Porté sur les fonts baptismaux par JJSS et Françoise Giraud, François Mauriac lui donnera élégance et  courage ! Plus tard, Raymond Aron lui apportera en dot ses analyses impeccables ciselées au seul parti pris de la raison froide mais triomphante !

Rendons en  grâce à JJSS et Françoise Giroud ! Nous devons tout cela à leur  passion tumultueuse dont le seul fruit de leurs amours sera l’Express.

 À cet égard nous conseillons-bien humblement- au lecteur, de ne surtout pas comparer ce qu’un vrai journal est avec un catalogue publicitaire. « O tempora o mores ».

La dure loi de la presse ne leur était pas étrangère. Mais leur était étrangère la médiocrité ! Leur était insupportables les ragots !

 Françoise Giroud  JJSS, nous vient naturellement à l’esprit ce qu’a fort  bellement dit Michel Eyquem (que d’aucuns  connaissent peut-être sous le nom de Montaigne) à propos de La Boétie. « Parce que c’était lui parce que c’était moi ».

Traits  pour traits, leurs caractères gémellaires ont permis une aventure humaine, une réussite journalistique à nulle autre pareille. Cette dernière sera le creuset de toute une génération de journalistes.

Traits  pour traits, leurs caractères antagonistes formeront une parfaite anastomose. De cette assonance naitra  une explosion intellectuelle.

Notre propos n’est pas tant de colliger tous ces éléments. Nous voudrions juste en retenir les points saillants, qui expliquent la quasi fusion de ces deux êtres.

 

D’abord, et peut-être avant tout, le refus du manichéisme, le refus de toute posture émotionnelle.

 Aristote écrivit dans l’Ethique à Nicomaque  que « l’objet principal de la politique est de créer l’amitié parmi les membres de la cité. »

À coup sûr ce fut le ciment de leur union fusionnelle. À coup sûr c’est le message qu’ils délivrent. La politique est  pour eux la chose la plus noble de la «res publica ». Chez eux rien ne va  sans l’autre.

Leur fusion humaine, quasi thermonucléaire, ne peut naître et se concevoir que dans  la politique, pour la politique et que par la politique.

Françoise Giroud résume cela de façon clinique  en nommant  l’homme adulé par son nom de famille, lors du départ de JJSS en Algérie. « … peut-être parce qu’ils n’en avaient pas envie, peut-être parce qu’ils avaient compris que personne ne pouvait alors s’insérer entre Servan-Schreiber et moi. Ce fut d’ailleurs l’une des forces de notre attelage… Nous formions un monolithe… ».

Femme  éperdument amoureuse, Françoise Giroud nous brosse avec une lucidité  impitoyable  dont elle ne se départira que rarement, le portrait de JJSS. Portrait qui évoluera au fil des ans et des  épreuves.

Il y a du Saint-Simon dans cette femme là !

 

Deux « égo », deux monstres d’intelligence, se rencontrent ! La collision et la collusion seront au rendez vous de l’Histoire !  

« Je crois que JJSS m’a plu parce qu’il ne parlait jamais des autres, bien que j’aie mis moins de huit jours pour comprendre que cette attitude n’était pas hauteur d’âme mais cécité. Les autres il  ne les voyait pas. »

 « Ni grenouilleur, ni bavard, Servan-Schreiber voyait dans la politique la plus haute expression de l’activité humaine. Il était juvénile, impatient, refusant d’admettre qu’avant de commander il faut non seulement se faire reconnaître pour chef, mais se faire pardonner d’en avoir l’étoffe. Tout cela prend du temps et  il ressemblait au héros  de Paul Morand, l’homme pressé… Il ignorait le travail du temps, et comment l’homme et son action s’y inscrivent. Il était une merveilleuse mécanique de précision, vibrante et  délicate, trouvant toujours un point d’application à l’énergie qu’elle développait, mais tournant trop vite pour tourner tout le temps sans, parfois, rompre… » « Quoi, était-il interdit de respirer, de rire, de déguster une cigarette, un film, un spectacle, sans se sentir aussitôt responsable d’entraver la marche de la France et accessoirement celle de Servan-Schreiber vers sa destinée ? Un déjeuner qui se prolongeait au-delà de 20 minutes donnait, avec lui, une conscience de sybarite aux sens épais. Une conversation qui ne roulait pas sur l’Indochine – plus tard ce fut sur l’Algérie –, une conscience de commère de village. En fait, il haïssait les plaisirs avec la violence d’un homme qui les aime et qui craint  de ne pas se maîtriser. »

  « Jean –Jacques n’a jamais eu ni l’intelligence des êtres humains, ni le sens du possible. Ce fut le meilleur de sa force, cette faculté de nier  et les autres en même temps que l’impossible. Aussi, que n’a-t-il pas détruit, qui n’a-t-il pas détruit, à considérer les choses et gens, y compris la France et les Français, comme s’ils n’existaient pas avant lui, comme s’ils ne pouvaient exister hors de lui ou sans lui. Mais sur chaque nouveau chantier de démolition, ce bâtisseur ne doutait pas qu’il élèverait  un jour l’orgueilleuse  cathédrale donc il serait la flèche. »

 

Ils furent tous deux unis et soudés en une inlassable  faculté de comprendre les autres et les événements. « Nos lignes de force ne pouvaient pas se heurter puisqu’elles étaient parallèles. »

 Visiblement Françoise Giroud avait la modestie à géométrie variable !

Soyons justes, si JJSS a tant  reçu de Françoise Giroud – à commencer par une incroyable capacité de travail – il lui a permis de se réaliser.

Elle n’a jamais su, pu et voulu accepter de protection. JJSS l’a lui a apportée.

 JJSS et FG, au nom de leur dignité commune ont constamment refusé de se solidariser avec leur classe.

 Pour la première fois -grâce à JJSS- elle se permettra de ne pas se sentir coupable.

Tous deux ont une conscience de classe au sens de la caste. Pour employer une formule moderne, mais ordinaire, nous dirions que leur côté bourgeois était mâtiné

de «snobisme ».

JJSS a permis a permis à cette individualiste  farouche- mais toute en empathie- de se réaliser. Et lorsque leur émerillon d’affourche se disloquera, il manquera fortement dans une partie de l’intelligentsia  française!

 Mais surtout avec  JJSS elle fut heureuse car elle put, croyait elle- ou se leurrait-elle vivre en égal, vivre en homme !

 Son combat à l’Express lui a permis de lutter contre les « dragons ». Il lui a permis de réussir une «  carrière d’homme et une vie de femme ». « Chaque jour, je m’éveillais  avec la perspective d’un combat à livrer pour essayer de comprendre et de faire comprendre. Et celui que je retrouvais le soir, le dimanche, m’aimait assez pour me lisser les ailes au lieu de les rogner ; il se sentait assez fort pour me hisser le plus haut possible sans craindre que je le dépasse jamais. Il régnait sur la moitié de l’androgyne, l’autre moitié pouvait se déployer sans le gêner, au contraire. J’étais à l’intersection de l’équilibre heureux entre deux accomplissements, l’accomplissement féminin et l’accomplissement viril réunis en une seule personne. Cela peut exister puisque je l’ai vécu, et pendant plusieurs années. Donc, d’autres que moi le trouveront, si elles le cherchent. »

 La femme éperdument amoureuse qui a pu voir en JJSS un compagnon de lutte deviendra petit à petit le compagnon de lutte farouchement et désespérément amoureuse !

Car les dés  étaient peut-être pipés dès le départ. De miel les différents portraits de JJSS deviennent vinaigre.

 

Ayant été au bout de sa liberté elle ne put tolérer que JJSS la quitte pour une femme qu’elle appelle « une petite péronnelle docte ».

Elle ne lui pardonne point de « devenir auprès d’elle, un méchant loup encagé ».

Leur fidélité  réciproque consistait à demeurer fidèles à eux-mêmes.

Fidèle à lui-même, assurément, JJSS l’a été !

Fidèle, à elle-même, assurément Françoise Giroud l’est restée ! Et pourtant leur fidélité divergea alors.

 Laissons la parole à Françoise Giroud pour nous dire avec une lucidité triste, désabusée, mais aimante ce qu’elle a vécu comme un coup de poignard.

« Jean-Jacques avait raison de dire qu’il ne me trahissait pas. C’est lui qu’il trahissait, qu’il abandonnait ou plutôt qu’il rejoignait après un long détour ».

 Dans son incommensurable  lâcheté, comment trouver un  autre mot, il veut conserver une relation unique et spéciale avec elle. Mais elle n’est point dupe. Elle en connaît la raison : l’Express.

Françoise Giroud, avec une délicatesse infinie – nous fait partager sa souffrance, elle si forte, elle si gaie, elle si indépendante.

Elle aura beau faire des efforts désespérés pour embellir sa rupture, elle ne cessera de l’aimer-usant de tous les subterfuges- pour se convaincre du contraire.

Son histoire avec JJSS ne retiendrait pas tant notre attention si elle n’avait charpenté ses combats et si ce dernier ne l’avait utilisée plus souvent qu’à son tour.

 A sa demande de rester à la tête de l’Express et subsidiairement de conserver ou d’inventer   une relation spéciale et unique (à notre connaissance il n’existe qu’un seul cas de relations spéciales et uniques  c’est entre les USA et la Grande Bretagne et encore, il a donné des signes de refroidissement dans un passé récent. Messieurs Heath et Nixon en savent quelque chose) Françoise Giroud nous livre son cœur.

Pathétique, elle est, mais digne, elle reste lorsqu’ elle écrit : »Et je me revois au bord de lui dire : »ne partez pas, Jean-Jacques. Je suis en hémorragie de vie, comme vous de retour d’Algérie. Ce que j’ai fait alors, faîtes le pour moi aujourd’hui .Ou alors c’est nous ne formons plus équipage pour le meilleur et pour le pire. » « J’ai dit seulement : »Vous ne restez pas déjeuner ? Vraiment ? » « Il a répondu : Non »

 « Mais j’étais fatiguée, Jean-Jacques, trop fatiguée depuis que je n’avais plus où  refaire mes  forces, ni auprès de ma mère, ni auprès de vous. « Je vous ennuie », disait-il tristement. Non. Il ne m’ennuyait pas. Il me ruinait »

 Et dans un dernier accès de tendresse mêlée de lucidité, elle nous livre un portrait lapidaire de l’être qui restera l’être aimé jusqu’à la fin de sa vie.

« En le regardant partir, je me dis que je l’avais toujours bien-jugé : loyal, généreux, constant dans ses objectifs, mais implacable pour qui risquait de le déranger. Avec tout cela on fait de grandes choses, mais pas de l’amitié. Il avait aussi, à un rare degré, l’intelligence et la délicatesse du cœur à l’égard de ceux  qu’il aimait. Mais il aimait peu, très peu. En tout cas ce matin là, il ne m’aimait pas. »

Après avoir rappelé combien JJSS avait donné une triste fin à leur  histoire, affleure le douloureux souvenir de l’intervention de JJSS lors de sa tentative de suicide.

« Jean-Jacques n’a pas eu peur pour moi, Jean-Jacques a eu peur  pour lui parce que j’ai dit, très bas, avant de le quitter : « vous avez fait de moi une femme perdue… » Et qu’il me savait peu encline a l inflation verbale.»

Force est  de constater qu’elle livre à notre examen un JJSS tout sauf flamboyant.

 

Bien entendu l’Express continuera mais il ne sera plus l’Express ! Bien évidemment Françoise Giroud y reviendra ! Comment pouvait-elle abandonner son enfant auquel elle tenait tant !

 Mais leur équipage défait, l’Express se délitera peu à peu.

 Sans Françoise Giroud, Servan-Schreiber se dispersera. Le côté trublion de cette superbe mécanique intellectuelle l’emportera sur son côté visionnaire. Quel dommage ! Quelle acedia ! Quel gâchis !

« L’agité du bocal  » pour reprendre la pique de Chirac effacera le côté visionnaire sachant impeccablement analyser les futures lignes de fractures de la société !

Le député de Nancy -éphémère ministre des réformes  administratives- filera-telle une étoile. Françoise Giroud -quant à elle- ne sortira pas non plus indemne sur le plan politique pour ne pas parler de sa vie personnelle.

Qui se souvient encore qu’elle n’a été qu’une pale Secrétaire d’État à la Culture de Giscard. Une Secrétaire d’État dont l’aura ne pourra déployer ses ailes face à la gloire naissante et impériale  de Simone Veil.

Tant qu’ils auront été l’un pour l’autre ils seront chacun à leur zénith.

 Affleure  enfin dans le livre, l’enfant qu’elle attendait de JJSS .Enfant dont il n’a eu  le courage,  ni de l’assumer ,ni de ne pas l’assumer, lui laissant une fois de plus  le choix de la décision.

 Même pour une femme aussi forte que Françoise Giroud, il est des moments où l’on a envie de poser sa tête sur les épaules de l’autre.

 Ayant repoussé et désiré tout ce que JJSS  lui avait apporté, elle avait accepté d’en payer le prix : le prix de sa liberté !  

Un prix qu’elle finit par trouver lourd !

 

S’étant évertuée à mettre de la distance  entre elle-même et les autres, elle commettra l’irréparable !

 Par délicatesse nous n’évoquerons pas à ce sujet. Que le lecteur nous pardonne.

Nous avons délibérément choisi de n’en point parler.

 Sa tentative de suicide, heureusement avortée, c’est son combat. Il ne nous appartient pas d’y assister et encore moins de le livrer.

Quant à elle, en avoir parlé, fort dignement, vaut – du moins le supposons-nous – thérapie. N’étant pas  – tant s’en faut – psychanalyste nous nous abstiendrons. Nous assumons ce choix, mieux nous  le revendiquons !

La vie  a quand même été plus forte pour elle. Elle se décide enfin à vivre pour elle-même. « Me souffrir, quelquefois, remorquée et non remorqueur. »

 

À toutes et à tous, je vous souhaite autant de joie et de bonheur que j’ai eu moi-même, à dévorer,le  livre d’une femme, engoncée dans ses contradictions, mais d’une femme  libre, mais d’une femme merveilleusement intelligente .Mais d’une femme à l’appétence  de vie colossale et dont le bonheur pour n’avoir  pas été parfait -car peut-être trop exigeante-a cependant été intensément riche !

 

Cette femme a vécu appassionata !Cela est si rare ! Pour cela aussi nous la remercions.

En guise de  conclusion que le lecteur me  permette de citer cette  pensée d’Alfred  de Musset qui  caractérise si bien sa vie. « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. »

 

Leo keller

 

English: Jean-Jacques Servan-Schreiber in 1973...

English: Jean-Jacques Servan-Schreiber in 1973 during Reform Movement Congress Français : Jean-Jacques Servan-Schreiber en 1973 lors d’un congrès du Mouvement Réformateur (Photo credit: Wikipedia)

Français : Françoise Giroud à une journée dédi...

Français : Françoise Giroud à une journée dédicaces. (Photo credit: Wikipedia) 

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