les plus belles poésies pour vos vacances. « L’homme n’a pas besoin de voyager pour s’agrandir ; il porte avec lui l’immensité.»Hugo,Musset ,Peguy,Chateaubriand

English: Woodburytype of Victor Hugo

English: Woodburytype of Victor Hugo (Photo credit: Wikipedia)

Chateaubriand

« L’homme n’a pas besoin de voyager pour s’agrandir ; il porte avec lui l’immensité.»

Chateaubriand

«Veux-tu connaître le monde ? 
Ferme les yeux, Rosemonde. »
Giraudoux

Les vacances sont là. 
Il est des opéras- tel Nabucco de Verdi où dès l’ouverture nous sommes habités par le drame qui va se jouer et où les principaux airs nous envoûtent dès les premières notes.
Tantôt le drame y est déjà inscrit comme dans Phèdre, chez Racine, tantôt l’heureux dénouement est déjà connu.
Sans aller jusqu’à la récente tautologie du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault  disant sans sourciller : « le chômage doit baisser et c’est souhaitable » (pour dire le vrai nous aimerions bien savoir combien d’années a-t-il étudié pour pondre une telle assertion), nous sommes persuadés que les vacances vous seront joie, bonheur, émerveillement et enrichissement intellectuels, vous  permettant des temps de pause et de réflexion, oubliant ainsi momentanément la dictature de l’instant.

Pour ceux  qui le désirent voici un florilège de poèmes qui nourrissent notre Panthéon personnel. 
Ce choix- pour arbitraire qu’il soit traduit- nos émotions de toujours.
Parfois y affleurent  aussi des événements de l’actualité immédiate et pour laquelle le recul est salutaire.

Mais ces émotions ont aussi une syntaxe. Le beau  et l’ouverture d’esprit -sans exclusive- sont nos guides.

Si, comme aime à le dire Lucchini : »La Fontaine c’est final », les auteurs que nous avons retenus confinent au génie absolu avec Victor Hugo. Chateaubriand c’est une formidable appétence de vie !
Nous les avons mêmement choisis car ils ont chanté l’amour tout aussi bellement et ont prédit les événements politiques avec une rare  prescience.

Victor Hugo est trop immense pour  que nous osions écrire quoique ce soit. Cependant ce qui le rend d’autant plus attachant et fascinant c’est qu’il navigue- tout comme Chateaubriand- entre ses origines sociales et sa conscience universelle.

« Mon père vieux soldat, ma mère vendéenne » disait Victor Hugo.

Chateaubriand, quant à lui est cher à notre cœur parce que la musicalité de sa langue est somptueuse, mais surtout parce qu’il sera sa vie durant incapable de sacrifier les honneurs à l’Honneur.

Ou pour le dire autrement parce que son Honneur lui interdira d’être dupe  des honneurs.
Chateaubriand dont Jean d’Ormesson a écrit une superbe biographie disait :
«Dans la première partie de sa carrière il devra aux femmes les postes qu’il occupera, dans la seconde il devra les femmes aux postes qu’il occupera. »

Nous avons choisi Musset car les deux passions à l’intérieur desquelles l’âme humaine se meut depuis toujours sont l’amour et la mort.
Et Musset fut un grand chantre de l’amour. Georges Sand put en témoigner !
Montaigne était tout aussi génial mais nous avons eu beau relire (en partie) ses« Essais » nous n’y avons pas trouvé trace de poésie.

Lecteur que nous espérons aussi ému que nous  par la beauté sidérale de leurs vers, vous verrez avec une admiration amusée qu’ils auraient pu-sans déparer- les écrire aujourd’hui. A cette aune le poème de Victor Hugo « Ultima Verba » est d’une actualité brulante.

Pour autant parce que des nuages s’amoncellent sur notre démocratie en privilégiant l’angoisse et la peur que Spinoza stigmatisait déjà, nous avons choisi de débuter ce florilège par un texte politique – très court – de Chateaubriand.
Le piquant de l’affaire est que le Vicomte ne s’était jamais manifesté –à notre humble connaissance du moins- comme un précurseur de Marx ni meme de Jaurès !

Un dernier mot. D’aucuns s’étonneront de trouver une citation du Général de Gaulle.

Plusieurs raisons. En cette veille de l’anniversaire du déclenchement de la Première Guerre Mondiale, nous l’avons associé à Péguy. Soit dit en passant, et c’est notre premier coup de cœur Otto von Bismarck « regnante » il n’y aurait probablement jamais eu de Première  Guerre Mondiale !
Ensuite car nous préparons une chronique sur la Libération de Paris. Nous avons donc relu certains de ses discours dont ceux consacrés à la Grande –Bretagne .Et parce que passionnément amoureux de l’idée européenne les tergiversations britanniques commencent à nous agacer prodigieusement. Force est de constater qu’il en avait signalé les dérives. C’est notre deuxième coup de cœur en cette veille estivale !

L’autre passion que Spinoza constatait au Siècle d’or des Pays-Bas était  l’espoir.

C’est pourquoi figurent en fin de florilège  dans ce blog  des odes à l’amour.
Et là aussi Victor Hugo fut un géant. Quant à Chateaubriand, auteur du génie du christianisme, s’il fut selon le bon mot de Sainte Beuve  « un épicurien à l’imagination catholique » son dernier rêve ce fut pour… »
Lecteur qui musardez en vacances pardonnez-nous de ne pas avoir complété  la liste des « rêves de Chateaubriand la liste en  serait trop longue !
Et comme les vacances sont des invitations au voyage quelques réflexions générales.
De parti-pris nous sommes, nous le revendiquons et l’assumons fièrement et  nous en acceptons bien volontiers la critique. 

Pour ceux  qui projettent d’aller à Prague prochainement nous espérons vous livrer quelques impressions de voyage dans les jours à venir.

A très bientôt pour de nouveaux blogs.

Leo Keller
Chateaubriand

« Un état politique où des individus ont des millions de revenu, tandis que
d’autres individus meurent de faim, peut il 
subsister quand la religion n’est plus 
là avec ses espérances hors de ce monde pour expliquer le sacrifice ?…
À mesure que l’instruction descend dans ces classes  inférieures, celles-ci découvrent la plaie secrète qui ronge l’ordre social irreligieux. La trop grande disproportion des
conditions et des fortunes a pu se supporter en ce qu’elle a été cachée ; mais aussitôt que cette disproportion a été généralement aperçue, le coup mortel a
été porté. Recomposez, si vous le pouvez, les fictions aristocratiques ;essayez de persuader aux pauvres, lorsqu’il saura bien lire et ne croira plus,
lorsqu’il possédera la même instruction, essayez de lui  persuader qu’il doit se soumettre à toutes les privations tandis que son voisin possède mille  fois le superflu :
pour dernières ressources,il vous le faudra tuer. »


Victor Hugo 

Ultima verba

«… Quand même grandirait l’abjection publique
A ce point d’adorer l’exécrable trompeur ;
Quand même l’Angleterre et même l’Amérique
Diraient à l’exilé : – va-t’en ! Nous avons peur !

Quand même nous serions comme la feuille morte,
Quand, pour plaire à César, on nous renîrait tous ;
Quand le proscrit devrait s’enfuir de porte en porte,
Aux hommes déchirés comme un hayon au clou ;

Quand le désert, où Dieu contre l’homme proteste,
Bannirait les bannis, chasserait les chassés :
Quand même, infâme aussi, lâche comme le reste,
Le tombeau jetterait dehors les trépassés ;

Je ne fléchirai pas ! Sans plainte dans la bouche,
Calme, le deuil au cœur , dédaignant le troupeau,
Je vous embrasserai dans mon exil farouche,
Patrie, Ô mon autel, Liberté, mon drapeau !

Mes nobles compagnons je garde votre culte ;
Bannis, la République est là qui  nous unit.
J’attacherai la gloire à tout ce qu’on insulte ;
Je jetterai l’opprobre à tout ce qu’on bénit !

Je serais, sous le sac de cendres qui me couvre ,
La voix qui dit :malheur ! La bouche qui dit: non !
Tandis que tes valets te montreront ton Louvre,
Moi je te montrerai, César, ton cabanon.

Devant les trahisons et les têtes courbées,
Je croiserai les bras, indigné, mais serein.
Sombre fidélité pour les choses tombées,
Soit ma force et ma joie et mon pilier d’airain!

Oui, tant qu’il sera là qu’on cède ou qu’on persiste,
Ô France ! France aimée et qu’on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre , douce et triste ,
De mes aïeux et ni  de mes amours !

Je ne reverrai ta rive qui nous tente,

France ! Hors le devoir, hélas ! J’oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente.
Je resterai proscrit, voulant rester debout.

J’accepte l’âpre exil , n’eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et  sans considérer
Si quelqu’un a plié qu’on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s’en vont qui devraient demeurer

Si l’on n’ est plus que mille , eh bien, j’en suis !
Si même ils ne sont plus que cent, je brave encore Sylla ;
S’il en demeure dix, je serais le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un je serai celui-là ! »

Victor Hugo à Jersey le 2 décembre 1852

Charles Peguy

«Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.

Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut lieu
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.

Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu
Et les pauvres honneurs des maisons paternelles,

Car ils sont l’image et le commencement
Et le corps et l’essai de la maison de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts dans cet embrassement,
Dans l’étreinte d’honneur et le terrestre aveu…

Heureux ceux qui sont morts, car il sont retournés
Dans ce premier terroir d’où Dieu les révoqua
Et dans ce reposoir Dieu les convoqua.
Heureux les grands vaincus, les rois dépossédés…

Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans ce premier terreau nourri de leurs dépouilles,
Dans ce premier cargo, dans la tourbe et la houille.
Heureux les grands vaincus, les rois désabusés.

Heureux les grands vainqueurs. Paix  aux hommes de guerre.
Qu’ils soient ensevelis dans un dernier silence.
Que Dieu mette avec eux dans la juste balance
Un peu de ce terreau d’ordures et de poussière.

Que Dieu mette avec eux  dans le juste plateau
Ce qu’ils ont tant aimé, quelques grammes de terre,
Un peu de cette ligne un peu de ce coteau,
Un peu de ce ravin sauvage et solitaire…

Mère, voici vos fils qui se sont tant battus.
Qu’ils ne soient pas pesés comme Dieu paix un ange.
Que Dieu mette avec eux un peu de cette fange
Qu’ils étaient en principe et sont redevenus.

Mère, voici vos fils et leur immense armée.
Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère.
Que Dieu mette avec un peu de cette terre
Qui les a tant perdus et qu’ils ont tant aimée. »

Charles Peguy

 Charles de Gaulle
«Vieille France accablée d’Histoire, meurtrie de
guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au
déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau !
Vieil homme, recru d’épreuves, détaché des entreprises, sentant venir le froid
éternel, mais jamais las de guetter dans l’ombre la lueur de l’espérance ! »

 Charles de Gaulle

Ronsard
«Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,

Las ! Le temps non mais nous nous en allons. »

Ronsard

Bossuet

«Que nous avons bien raison de dire que nous passons  notre temps ! Nous le passons véritablement,
et nous passons avec lui. »

Bossuet

Montaigne  
«Certes, c’est un sujet merveilleusement varié,
divers et ondoyant que l’homme. »Montaigne  

Victor Hugo

«Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots ou se répand le cœur  mystérieux;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

Puisque j’ai vu briller sur ma tête ravie
Un rayon de ton astre, hélas ! Voilé toujours ;
Puisque j’ai vu tomber dans le monde de ma vie
Une feuille de rosée arrachée à tes jours ;

Je puis maintenant dire aux  rapides années :
– Passez ! Passez  toujours je n’ai plus à vieillir !
Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
J’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

Votre aile  en le heurtant ne fera rien répandre
Du vase ou je m’abreuve et que j’ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !
Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !

Victor Hugo

Alfred de Musset.

« J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N’est ce point  assez d’aimer sa maîtresse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C’est perdre en désirs le temps du bonheur ?

Il m’a répondu : ce n’est point  assez,
Ce n’est point assez d’aimer sa maîtresse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et cher les plaisirs passés ?

J’ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N’est ce point  assez tant de tristesse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C’est à chaque pas trouver la douleur ?

Il m’a répondu : ce n’est point assez,
Ce n’est point assez de tant de tristesse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

Alfred de Musset. Tristesse

«J’ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté ;
J’ai perdu jusqu’à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.

Quand j’ai connu la Vérité,
J’ai cru que c’était une amie ;
Quand je l’ai comprise et sentie
J’en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d’elle
Ici-bas ont  tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu’on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d’avoir quelquefois pleuré. »

Alfred de Musset

Paul Verlaine .chanson d’automne

«Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure ;
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.

Paul Verlaine

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