Alain Duhamel ou le clavier bien tempéré.Une histoire de la Vè république

Alain Duhamel ou le clavier bien tempéré.

En ces temps de désespérance et de déshérence auto-flagellées, auto-suggérées voire auto-souhaitées, il faut se précipiter sur le dernier livre d’Alain Duhamel: Une histoire personnelle de la Ve République.
Un véritable bain de jouvence rafraîchissant, salvateur et viril !

Tout au long de 41 portraits ou moments délicieusement ourlés, délicatement perlés, subtilement et chirurgicalement analysés, Alain Duhamel découvre – et se découvre – tel qu’en lui-même- brillant successeur de Saint-Simon et impeccable disciple du « vouloir vivre ensemble » d’Ernest Renan.

Disons-le tout de suite, son « histoire personnelle de la Ve République » est peut-être son meilleur millésime. Il se déguste tel un grand cru. Il a la puissance d’un Château-Petrus, l’onctuosité ronde d’un Château-Margaux, l’exquise saveur triomphante du Château-Yquem et l’élégance pétillante d’un champagne Krug (peut-être le préféré de Sir Winston Churchill) !

Son livre est le meilleur et pourtant la compétition est serrée parmi la vingtaine d’ouvrages qu’il a commis.
Camus disait « Je puis nier une chose sans me croire obliger de la salir ou de retirer aux autres le droit le droit d’y croire. »
À l’exception près du triste sire- Jérôme Cahuzac – objet de son ressentiment et de son juste courroux – c’est la marque de fabrique d’Alain Duhamel.

Même Le Pen (père et fille) et Jean-Luc Mélenchon que – visiblement – il ne porte pas dans son cœur, sont traités, sinon avec respect, du moins avec une équitable neutralité.
Alain Duhamel ou le Grand Siècle !
Alain Duhamel ou le grand style aurait dit Nietzsche.
Alain Duhamel c’est peut-être- d’abord et avant tout – un amoureux de la belle phrase, de la belle langue dont il sait couler les longues périodes après des formules courtes et incisives qui fusent et qui font mouche à tous les coups.
Sa plume élégante, précise et racée nous promène donc à travers 50 ans d’histoire française. C’est toute notre histoire qu’il croque en se pourléchant les babines.
L’histoire politique certes, mais s’il souligne les blocages de la société française, il redonne aussi éclat, confiance et espoir à ses atouts (plus nombreux que l’on ne pense).

Si ce livre chevauche partiellement ses précédents tableaux, il en diffère pourtant profondément. Alain Duhamel, cette fois-ci, illustre les problèmes de la société française à travers les portraits de ses personnages, et non l’inverse.
Au détour de ceux-ci affleurent – peut-être plus qu’auparavant – ses sentiments intimes.
Le mémorialiste huguenot, au caractère bien trempé, campe fièrement de vraies valeurs. Si l’on perçoit son admiration pour un Port-Royal politique, l’homme possède un solide sens de l’humour. Sous le parpaillot l’on devine aussi un gai luron.

Ce que Duhamel possède au plus haut degré, et que les éditorialistes lui envient bien évidemment, c’est son sens inégalé de la nuance. Même lorsqu’un projet, ou un homme politique, ne trouvent pas grâce à ses yeux, il saura y découvrir ce qui est positif ou ce qui l’explique.

Au trébuchet du concours journalistique, Alain Duhamel rejoint sur le plan de la politique intérieure ce qu’a été André Fontaine en politique étrangère. Le lecteur aura connu pire comparaison !

Alain Duhamel est-il journaliste, éditorialiste, mémorialiste ou professeur ? Pour avoir eu la chance de suivre ses cours à Sciences-Po j’avoue, toute honte bue, ne pas pouvoir me prononcer.
À coup sûr, si le Général De Gaulle, daignait redescendre de sa céleste Olympe pour siéger en majesté ici-bas, il pourrait – agacé par les jugements sans complaisance d’Alain Duhamel – lui adresser sa fameuse phrase :    « Raymond Aron est ce ce journaliste au collège de France et ce professeur au Figaro ? »

« J’admirais le général, mais je renâclai devant les méthodes si cavalières » Homme de la nuance et homme de la mesure, mais surtout indépendance d’esprit et rétif à toute coterie. Alain Duhamel aura toute sa vie suivi cette difficile pente escarpée et étroite. « Trop gaulliste pour mes camarades de gauche naturellement, pas assez pour mes camarades de droite bien sûr ».
« En somme il aurait mieux valu que le leader socialiste soit élu en 1974 et le prétendant libéral en 81. Mais dans les deux cas la suite aurait été plus positive pour la France. »1

Le jeune et sémillant éditorialiste, adepte précoce mais averti des sondages eût été assurément un médiocre politicien. À preuve : « J’avais abordé mai 68 avec Pierre Mendès-France. Je l’achevais avec Raymond Aron. Je regrettais l’échec politique prévisible du premier et, au fond, je regrettais aussi le triomphe intellectuel trop écrasant du second. Pierre Mendès-France me confia pourtant que « la Révolution introuvable, était, hélas, ce qu’il avait lu de plus lucide sur ces semaines enfiévrées. J’acquiesçais ».

Vision prémonitoire de son appel à voter François Bayrou dont les positions européennes, courageuses et lucides, valaient à ses yeux un engagement ferme et unique dans sa carrière. Lorsque les grands principes, les socles fondamentaux de la République, de l’Europe, ou de la démocratie sont en jeu le spectateur Alain Duhamel, sait et veut être « spectateur engagé. »
Les grandes biographies sont- en règle générale-celles où l’on ressent une réelle empathie de l’auteur pour son personnage.
C’est le charme d’Alain Duhamel. Hors les exceptions citées plus haut- Mélenchon est traité « d’enragé » ; Cahuzac de « répugnant » « alors qu’il déteste l’outrance », Marine Le Pen l’insupporte « l’aversion était aussi instinctive que réciproque », Alain Duhamel, respecte considère et aime ses personnages.
Il les goûte avec gourmandise et chatterie ; pour autant il affectionne bien volontiers d’y ajouter sa petite musique de nuit avec une touche acidulée.
Il avoue avoir eu un coup de cœur pour VGE, « reconnaître que les « deux premières années de son septennat furent les plus brillantes du demi-siècle », cela ne l’empêche pas- ou cela lui permet tout au contraire- d’écrire : « Monarque né, élevé dans l’idée, qu’il aurait un destin flamboyant, sa supériorité intellectuelle se compliquait d’une infériorité psychologique. »

Ainsi si Alain Duhamel professe de l’admiration pour Raymond Barre, cela n’obscurcit point son jugement: « Il va se révéler plus chirurgien intraitable qu’homéopathe aimable. »
Tout est dit : la rondeur abrupte de Raymond Barre, l’impérieuse nécessité des réformes et la douloureuse et congénitale aporie des Français à les adopter.

L’honnêteté intellectuelle d’Alain Duhamel lui commande de savoir – et de le faire savoir – de réviser et revisiter ses jugements. Après avoir été « horripilé » par Michel Debré il lui consacre un portrait superbe (mais l’ombre impériale du Général explique peut-être cela): « Durant trois ans et trois mois, celui-ci (Michel Debré) avait abattu un travail de Romain, enchaîné les réformes de structure sur un rythme sans précédent que personne depuis n’a eu le souffle ou le pouvoir d’imiter. »

Impossibilité des réformes en France, voire ! Le premier Premier Ministre du Général De Gaulle était tout sauf taillé à la serpe.
À propos d’Édouard Balladur : «… S’il sera un piètre candidat… En revanche, comme gouvernant il agit en réformateur méthodique d’inspiration libérale et de tempérament dirigiste, à la française. »

Il n’y a qu’Alain Duhamel capable d’une telle portraiture. Quant à sa description de Balladur elle colle parfaitement au personnage. Elle est toute de préciosité amusée et délicieusement surannée.

Au registre des réformes, hommage est rendu à Alain Juppé que les flammes de l’actualité et Dame Chance éclairent à nouveau de mille feux.
Avec la chute d’Alain Juppé « le meilleur d’entre nous » «… Une chance de réforme importante vient de disparaître et les Français applaudissent. Alain Juppé a fini par devenir depuis l’une des deux ou trois personnalités de droite les plus populaires, peut-être la plus respectée. Le peuple n’a pas toujours raison et les français sont inconstants. Les électeurs sont souverains, ils ne sont pas infaillibles. »

Que le lecteur nous pardonne de citer Victor Hugo « Souvent la foule trahit le peuple. »

L’auteur montre à l’envi que droite comme gauche essayent de réformer en irritant – à proportions symétriques – leur camp sans désarmer les critiques pareillement virulentes et vociférantes de l’opposition.
De l’oxymore en politique !
Pour expliquer l’échec de François Hollande en politique intérieure, mais point cependant en politique étrangère, il explique que le Président de la République a dû « créer le mythe provisoire d’une radicalisation » « et que l’on ne saurait être capable le matin et incompétent l’après-midi ».

Les réformes ont-elles une chance d’aboutir ? Lord Byron disait « Le meilleur de tous les prophètes c’est encore le passé ».
« Idéologiquement François Hollande aboutit publiquement là où Manuel Valls commence. »

Zeus a certes avalé Methis, mais Cassandre est bien trop souvent triomphante ! On assiste selon Duhamel à la troisième mort du socialisme, mais est-ce cependant le prélude à la naissance du socialisme (libéral mais peu importe le nom) futur ?

En matière de presse l’homme parle d’or. Il y joue à domicile. Nous vivons dans une époque bénie. L’on ne se rappelle plus- en effet- combien l’information et la presse pouvaient être corsetées, engoncées, encalminées, apeurées et censurées sous le Général De Gaulle voire Pompidou.

Ô tempora Ô mores ! La presse fut bridée très certainement ; mais bien davantage par des seconds couteaux ou courtisans serviles et incapables d’imagination.

Ainsi lors de son émission « Une heure avec le Président » les conseillers de VGE assaillent Alain Duhamel afin de lui soutirer les questions qu’il désirait poser. Ce dernier s’en plaint à Giscard qui lui répond : « Pourquoi voulez-vous que je cherche à connaître les questions puisque je connais les réponses. »

Quant à Raymond Barre il fut le plus agréable à interroger tant il acceptait le débat. Pourtant «… Il regardait la presse avec une désolation qu’il n’essayait pas de dissimuler, la jugeant imprécise, subjective, superficielle. Il supportait mal les inexactitudes et la mauvaise foi le hérissait trop visiblement. Plus : en universitaire pointilleux, il redressait les erreurs et soulignait les contresens, ce qui ne lui faisait pas des amis. Il fut donc maltraité, injustement maltraité. C’était Alceste en politique. »

Quant aux Le Pen, Alain Duhamel n’en est point dupe. « Ils (les médias) ont toujours été allergiques à Jean-Marie Le Pen, ils sont fascinés par les maquillages et camouflage de Marine Le Pen. »

Dans la presse, on passe au crible à l’occasion de l’Europe, sujet cher au cœur de l’auteur, les dangers de la démocratie d’opinion et du paradoxe des élections européennes. Comment découpler l’enjeu européen du sort des problèmes nationaux ?
Paradoxe ou plutôt posture du sage, il se méfie comme de la peste de la démocratie d’opinion. Précurseur de l’analyse des sondages, il stigmatise les excès dévastateurs de la démoscopie. Le référendum est pour lui l’occasion – rare – de sortir de son rôle.
Ayant soutenu le oui, ce qu’il ne regrette pas, il devinait pour autant l’issue fatale du vote, mais contrairement à d’autres politiciens son honnêteté intellectuelle lui commande d’accepter la voie référendaire assurée du rejet plutôt que la voie royale de la procédure parlementaire, car frappée au coin du déficit démocratique.

C’est aussi cela Alain Duhamel : « le peuple est souverain, il n’est pas infaillible. Les éditorialistes ne sont pas infaillibles, ni moins encore souverains : c’est une autre leçon de l’épisode – mais cela, au moins, on le savait déjà. »

C’est toujours ce vieux fond huguenot tout en finesse et rigueur intellectuelle qui permet à l’Homme de savoir ne pas s’effacer devant le journaliste lorsqu’il est question de l’Homme. « Après coup, je me reprochais cependant d’avoir fait dériver une interview (Marine Le Pen) en débat, parce que j’en brûlais trop d’envie ! »
Alain Duhamel possède au plus haut degré de vraies valeurs.

L’homme de l’art sait que l’on ne peut croquer ses personnages dans leur action politique sans comprendre leur psychologie.
Pour autant il ne tombe ni dans le voyeurisme ni dans la petitesse ou la méchanceté. Il aime décocher des flèches qui claquent leur cible et qui sifflent. Tel Cyrano il frappe d’estoc et de taille et il vise toujours juste et à bon escient. La mesquinerie lui est par contre étrangère.

Il a un corpus de valeurs et il n’y déroge pas. Le manque de respect de la parole donnée lui permet de stigmatiser tel homme politique.

Alain Duhamel est un OPNI : observateur politique non identifié !
Homme d’une extrême modernité, il a été un des précurseurs de l’analyse politique moderne par les sondages ; il est cependant arc-bouté au plus profond de lui-même dans des valeurs hélas trop souvent reléguées au musée de leur propre passé.

Il a-chevillé au corps- le sens de l’État.
Son portrait de Mauroy en porte témoignage. « Mauroy, malheureux comme les pierres, fut le courage incarné. Il n’aimait pas les décisions choisies, il savait bien qu’il en serait la victime expiatoire, ses rêves étaient ruinés mais il n’a pas hésité. Son sens de l’État l’a emporté sur son intérêt politique égoïste. Il s’est consciemment sacrifié pour le bien commun. Durant ces neuf jours de folie et d’angoisse, je l’ai vu deux fois. Il ne cachait rien de ses tourments, de son amère déception – il avait cru à ce qu’il avait fait – mais aussi de sa détermination. Dans ces circonstances décisives, il a été à la hauteur de la situation et de sa fonction. »

Ite missa est ! Il y a du Thierry d’Argenlieu chez Alain Duhamel. Mais du Thierry d’Argenlieu d’avant l’Indochine.

Le sens des convenances illustre aussi sa démarche. À cet égard l’épisode du livre de chevet devant la dépouille mortelle de François Mitterrand est significatif.
De Mitterrand, qu’il a souvent reçu chez lui, et bien qu’il ne partage point son programme économique il écrit : « L’homme était plus haut que l’œuvre. »
Derrière la lucidité acide un immense respect !

Chez Alain Duhamel tout est grand ! Spectateur engagé il respire l’idéal républicain. C’est peut-être parce qu’il refuse la déliquescence de l’État et de la Nation qu’il est profondément, viscéralement un européen de cœur et de raison.

Tous ses portraits en témoignent. Il a de vraies idées sur l’Europe et d’intéressantes pistes de réflexion pour revigorer la société française.
C’est aussi un (fort bel) esprit indépendant tout aussi capable d’aimer ceux qui ne partagent point ses idées que d’avoir peu d’empathie envers ceux qui les partagent.
Alain Duhamel n’est pas seulement un analyste pur et dur de la chose politique. Il en est le Pieter de Hooch. Il dépeint ses « clients » avec une minutie amusée, il leur donne vie dans toute leur chromatique. La brouille entre VGA et Chirac : prévisible car celui-là sera le meilleur allié de celui-ci.

À tout Seigneur, tout honneur. Quand Mitterrand, monstre sacré, affronte le Commandeur Raymond Barre      «… Cependant que François Mitterrand se pourlèche les babines à l’idée de croquer tout cru un néophyte au Palais-Bourbon… »
Le monstre sacré, redoutable bretteur à l’éloquence classique sera parfois désarçonné par le Vice-Président de la Commission Européenne à l’éloquence impeccable mais parfaitement désuète et tout aussi parfaitement redoutable et précise.

En parfait scholliaste de la Ve République, l’auteur en débusque toutes les diaconies et toutes les querelles de chapelles. Des anecdotes savoureuses décrivent ainsi un des principaux éléments structurants de la vie politique française : les guerres que nous avons civiles appelées. À gauche comme à droite. Mais à droite peut-être un peu plus ! Ainsi la « division réussit à Mitterrand, elle fut fatale à Giscard. »
L’oxymore de la vie politique française que Balladur a cohabitation appelé est méthodiquement analysé en ses délices et poisons.
«… Tous deux (François Mitterrand et Jacques Chirac) se préparent en fait à une guerre de tranchée de deux ans, puisque Jacques Chirac ne rêve que de d’Élysée et que François Mitterrand l’installe d’autant plus promptement rue de Varenne qu’il espère bien l’y voir se casser le nez et qu’il a même toute une série d’idées pour l’y aider… »
Le Grand Style disait Nietzsche !

Que l’on permette à l’auteur de ces lignes d’ajouter en toute humilité à propos de Balladur Chirac et Balladur Mitterrand : « Comment veux-tu être mon ami si tu n’es pas capable d’être mon ennemi : » 2

Les haines recuites, les vengeances familiales ont– tout autant que les passions, les idéologies ou les pesanteurs sociologiques –durablement façonné dans le marbre de la vie politique de la Ve République les combats politiques.

D’une formule au tranchant meurtrier il croque une situation : « En combattant François Mitterrand, Georges Marchais l’a servi. Mazarin est d’une autre étoffe que Scapin. »

Dans son livre Alain Duhamel revisite donc toute l’architectonie de la Ve République : la force de dissuasion nucléaire, l’aventure européenne, la problématique du programme commun, les pesanteurs sociologiques, la guerre des droites, la crise de l’identité française, les peurs françaises, l’irruption du Front National suite à la chute du Parti communiste, l’emprise rémanente du socialisme romantique mais aussi les atouts de la France. « Ainsi la gauche se croyait en 1789, la droite craignait d’être en 1793. »

Un salutaire rappel vient, à point, nous remémorer que l’homme courageux du « lui c’est lui moi c’est moi » à propos de Jaruzelski, voulut quitter le SME et appela à voter non lors du référendum européen sans être toutefois exclu du parti socialiste.

Défilent également les styles de la Présidence.
Les effets de manche avec Sarkozy « la délinquance ne recula que modestement, mais sa popularité augmenta considérablement. »

Les différents styles présidentiels ou ceux du personnel politique, toujours Sarkozy « L’homme des crises est à lui-même son pire ennemi »
L’outrance : Mélenchon est un « enragé »
Alain Juppé : « La raideur d’un écuyer en chef du cadre noir de Saumur ».Il est vrai qu’il a révisé son jugement depuis.
L’ambiguïté présidentielle : «… Puisqu’avant de devenir un responsable important de la Résistance (Mitterrand) il a fait son chemin dans la ville d’eau (Vichy) pressé de s’imposer, aventureux à l’excès, trop à l’aise dans le double jeu… » 3

Le surgissement des affaires qui atteint son acmé avec Cahuzac : « Ce matin-là j’ai eu le sentiment de voir toutes mes croyances démenties. »
Il qualifie ainsi le ministre du budget de « répugnant » et ne le regrette pas. Sur DSK, sa fraîcheur huguenote relève de la saine et plaisante naïveté et d’une distanciation bienvenue et effervescente devant l’aspect pour le moins déplaisant du personnage.

Animé et profondément animé par la recherche du bien commun, il incarne charnellement ce qu’est le vouloir vivre ensemble » d’Ernest Renan. Il rappelle « l’antique formule » « classes laborieuses, classes dangereuses. »
Et pointe leur double méfiance – qui n’a jamais été aussi prégnante envers les boucs émissaires que sont les immigrants et les élites. Le cocktail est -à terme explosif- si rien n’est entrepris.
Le lecteur rapprochera utilement sa lecture de celle du livre de Dominique Reynié : La montée des populismes.
Alain Duhamel se garde bien pour autant de stigmatiser les élites. La démagogie n’est pas-tant s’en faut-son genre de beauté.
Pour notre part, osons aller à rebours des idées politiquement correctes. L’Histoire retiendra un jour que les élites françaises sont une vraie chance pour la France et qu’elles ont régulièrement permis à la France –grâce à leur exceptionnelle qualité –de ne pas sombrer à la trappe de l’histoire .
Au demeurant –à de rares exceptions près –les incursions ou excursions d’hommes et de femmes issus de la société civile ne se sont point toujours distinguées par des succès foudroyants et immémorables.

Il nous a pourtant semblé déceler, chez Duhamel, une légère note de pessimisme- par rapport à une de ses thèse- émise il y a une vingtaine d’années lorsqu’il affirmait que la démocratie française était suffisamment forte pour vivre avec un tiers d’abstention, un tiers de votes extrémistes et un seul tiers de votes utiles.

Si rien n’est fait « ce ne sera pas le tocsin mais le glas qui sonnera. » Pour illustrer cette situation à tout le moins tendue et compliquée : « Il y a un demi-siècle la société allait bien et la République allait mal. Désormais les institutions sont solides, mais la société politique est atteinte. »

L’on permettra l’auteur de ces lignes de relever la thèse de René Rémond pour qui la France -même aux pires dangers- trouve toujours l’énergie et le ressort pour ne pas sombrer. Ainsi c’est précisément l’esprit « ancien combattant » qui a sauvé la France du fascisme entre les deux guerres.

Pour Alain Duhamel la France conserve de très nombreux atouts
– aucune raison objective d’être plus pessimiste que des pays bien plus ravagés quelle
– des institutions solides et admises.
– Des infrastructures compétitives et modernes qui attirent les investissements étrangers.
-Une main-d’œuvre parfaitement qualifiée
– Son esprit.
– Elle continue –quoi qu’en disent les esprits chagrins- de peser dans le Monde et en Europe.
– Elle attend juste un nouveau roman national.

Après ce livre joyeux et rafraîchissant quel plus beau remerciement que d’adresser cette phrase de Camus à Alain Duhamel : «Ce qui compte c’est que nos amis soient heureux et de ce que nous écrivons. »

Leo Keller

Notes
1 in portraits souvenirs 50 ans de vie politique
2 Hegel
3 In portraits souvenirs 50 ans de vie politique

14 Octobre 2014

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