Obama le droit de véto après le vote du Congrès autorisant les poursuites contre l’Arabie Saoudite

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Il existe dans la vie internationale, comme dans la vie de chacun d’entre nous, des moments ou des événements qui surgissent et déboulent des cachots de l’Histoire laquelle semblait prendre un malin plaisir à les y oublier.

Ces occurrences interpellent notre quiescence béate, questionnent notre conformisme paresseux, dévorent notre curiosité bienvenue mais elles ont l’immense mérite de rappeler à notre mémoire, oublieuse des leçons de l’histoire que celle-ci, tapie après tant d’années, tient – après la géographie- sa revanche elle aussi.
Ne pas y prêter attention au prétexte trompeur qu’elles paraissent anodines ou isolées et surtout noyées dans le flot continu d’informations contradictoires surabondantes et volatiles, peut souvent – certes pas toujours- soit nous occulter un monde ou une politique finissants.
Mais bien souvent – et c’est le plus intéressant- elles annoncent aussi comme l’analysait Alain Peyrefitte dans son Maître livre : « du miracle en économie » une société qui telle une pile atomique est prête à diverger, et à abandonner les chemins de traverse vers un monde sinon meilleur (en fait la grande leçon de l’histoire et peut-être la seule c’est – n’en déplaise aux déclinistes grincheux et frileux qu’il finit toujours par être meilleur) en tout cas différent.

J’ai personnellement été toujours fasciné par ces micros événements qui tantôt entrent parfois en résistance, parfois avec une indocilité sidérante mais finalement obéissante ou qui tantôt sonnent le glas d’une politique.
Assister aux naissances de ces nouvelles politiques ou prononcer l’oraison funèbre de l’ordre ancien permet à coup sûr d’en tirer le meilleur parti.

C’est en outre un exercice intellectuel d’une fort belle eau ! Cela permet aussi comme le stigmatisait Flaubert de ne pas prêter le flanc à cette pensée : « Calomnient leur temps par ignorance de l’histoire. »
Valéry disait : « Les événements m’ennuient ; les événements ne sont que l’écume des choses, ce qui m’intéresse c’est la mer. »

Je vais donc tâcher de repérer chaque semaine un tel événement, d’en tirer en quelques lignes sa substantifique moelle, d’en déceler les changements ou au contraire d’en comprendre la persévérance d’une situation que rien ne prédisposait à perdurer.
Dans cet exercice périlleux l’art de tracer les futures lignes de force est toujours très risqué et incertain (surtout lorsque cela concerne l’avenir), mais ô combien passionnant.

Je garderai, dans ces exercices, toujours à l’esprit quelques principes simples qui guideront ma réflexion.

1 Thucydide nous a appris que trois principes guident toute analyse pour comprendre les relations entre les nations.
-Phobos (la peur)
-Kerdos (l’intérêt)
-Doxa (l’opinion)
cela reste indépassable comme méthode d’analyse.

2 Dans un livre passionnant : « la Revanche de la géographie » Robert Kaplan rappelle que : « La position d’un pays sur la carte est la première chose qui le définit plus encore que son régime politique. »
Kaplan nous rappelle à toutes fins utiles que, et, suivant en cela les enseignements de Hans Morgenthau que : « le simple fait qu’une nation soit démocratique n’implique en aucun cas que sa politique étrangère soit plus éclairée que la politique appliquée dans une dictature. »
Je vous demande donc, chers lecteurs qui avez eu l’amabilité de m’accompagner depuis trois ans, dans ce nouvel exercice votre complicité patiente et bienveillante. Pour autant soyez rassurés je continuerai à privilégier le format- un tantinet plus long- de mes articles habituels !

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Le fait : le veto de Obama au vote du Congrès autorisant les poursuites judiciaires contre l’Arabie Saoudite suite aux attentats du 11 septembre

Que peut faire le Congrès ? Il peut passer outre au veto présidentiel. Pour ce faire il lui faut une majorité des deux tiers dans chaque chambre.

Le point d’histoire.
Première utilisation par George Washington le 5 Avril 1792.Premier succès du Congrès dans ce bras de fer le 3 mars 1845.
Roosevelt l’a utilisé 635 fois. Plus de 2500 fois dans l’histoire américaine. Obama s’en est servi deux fois jusqu’à présent.

◊ À cela trois raisons cumulatives
– il est un fin connaisseur du Congrès
– il est plus respectueux que ses prédécesseurs des pouvoirs du Congrès
– il est plus consensuel

Même lors de la vente d’Awacs à l’Arabie Saoudite Reagan a vaincu l’opposition et les réticences du Congrès grâce à l’appui des Républicains et de certains Démocrates. Même après l’accord nucléaire avec l’Iran le Congrès n’a pas pu réunir le nombre suffisant de parlementaires pour vaincre Obama et invalider l’accord avec l’Iran.

♦ Le Président américain triomphe donc dans la quasi-totalité des cas.

L’origine des relations.
L’alliance avec l’Arabie Saoudite fondée le 14 février 1945 à bord du cuirassé Quincy est renouvelée en 2005 pour 60 ans.

La raison principale : les hydrocarbures (même avec le gaz de schiste) Mais en réalité cette alliance stratégique recouvre et les intérêts stratégiques vitaux des États-Unis (cf. la première guerre du Golfe où l’Arabie Saoudite a été un immense porte-avions US) et c’est aussi et surtout la garante de la stabilité de la monarchie saoudienne.

Les conséquences internes
Après des mises en cause externes ce sont les institutions américaines qui pourraient être elles aussi mises en cause.

Les conséquences en matière de politique étrangère.
Une telle loi aurait compromis définitivement les relations déjà tendues entre les USA et l’Arabie Saoudite. Pour cela il aurait fallu un réel réamorçage des relations entre les USA et l’Iran. Cette hypothèse qui pouvait faire sens ne semble pas se réaliser. (En tout cas pas dans un avenir immédiat) L’alliance (voir nos différents articles) Saoudo- USA ne retrouvera probablement pas de sitôt son lustre d’antan mais un simple regard sur la carte suggère voire impose sa permanence.
Les USA ne commettront pas l’erreur de précipiter le royaume wahhabite dans les filets de Xi Ji Ping et de Poutine

Ultime conséquence la tension irano-saoudienne se calmera, la marine américaine restant présente dans le golfe.

L’argument invoqué par Obama pour utiliser son droit de veto
« neither protect Americans from terrorist attacks nor improve the effectiveness of our response to such attacks. »
The measure would be « detrimental to U.S. national interests more broadly. »

Leo Keller
Neuilly le 25/09/2016

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