La fatalité du populisme ? Par Sophie Caillaud

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Cher(e) lecteur (trice)

J’ai le plaisir de vous proposer un article sur le populisme de Sophie Caillaud que je suis fier d’accueillir dans les colonnes de ce blog.
Problème épineux, désormais et hélas omniprésent et combien difficile.
Elle a brillamment posé sa problématique en ce début d’année 2017.
Sophie Caillaud est étudiante (brillante) en Master Politiques Publiques à Sciences-Po Paris. Après avoir obtenu l’obtention du diplôme de la meilleure étudiante en double licence, elle est en 2016 Bachelor du collège universitaire de Sciences-Po Paris mention Summa cum Laude.
Chroniqueuse pour la radio étudiante de Sciences-Po, elle contribue enfin au projet Inventions 2017

A toutes et à tous, je vous souhaite le même plaisir que j’ai eu à découvrir son talent d’analyste.
Leo Keller

La fatalité du populisme ? Par Sophie Caillaud

So long 2016, et qu’on ne te revoit plus !

Tout partisan des valeurs démocratiques ne peut que se réjouir de la fin de l’année 2016. L’année qui vient de s’écouler est à placer sous le signe du populisme en France, en Europe, mais aussi dans le monde entier. Que l’on croie ou non à l’astrologie chinoise, il ne semble pas anodin que 2016 ait été l’année du singe, animal imprévisible, malin, sournois. Faisant honneur à son animal astral, l’année écoulée a fait un véritable pied de nez à la sphère politique établie.

Populisme en cascade

Le ton a été lancé en France dès décembre 2015 par l’inquiétante percée du Front National qui avait obtenu 27,73% des suffrages au premier tour des élections régionales, pour ne remporter finalement – de justesse – aucune région au second tour. Si les mois suivants se sont révélés relativement calmes, laissant croire à une prise de conscience de l’ensemble de la classe politique quant à la nécessité de lutter contre les discours populistes et les partis extrêmes, tout a basculé à partir du mois de juin, comme si le monde sombrait soudainement sous une avalanche de dangers politiques.

Le référendum britannique du 23 juin a marqué la victoire des promesses irréalistes de ceux qui revendiquaient la souveraineté du Royaume-Uni, avant qu’ils ne se rendent amèrement compte de l’ampleur et la difficulté de la tâche dans laquelle ils s’étaient engagés en promettant la sortie de leur pays de l’Union Européenne.
Cela fait maintenant près de six mois que la population s’est laissé séduire par ces discours électoralistes, et la situation britannique n’a pas bougé d’un iota, Theresa May étant toujours aux prises avec son administration.

Plus tard dans l’été, un tournant a été marqué le 15 juillet dans la politique de Recep Tayyip Erdogan, Président de la ‘République’ de Turquie, qui, sous couvert de protéger son pays d’un coup d’Etat militaire, a peu à peu mis en place un réel régime dictatorial dans lequel il détient les pleins pouvoirs et fait régner la terreur à coup de purges dignes de la Russie des années 30.
Mais plus inquiétante encore est l’absence de réponse de la communauté internationale qui a assisté, piteusement, à la mise en place d’un régime autoritaire aux portes de l’Union Européenne. A cause de la peur panique de cette dernière de voir rompu l’accord passé avec la Turquie sur l’accueil de migrants, la seule menace qu’elle a été capable de formuler réside dans l’arrêt des négociations du processus d’adhésion de la Turquie à l’UE, menace à laquelle Erdogan a répondu par un haussement de sourcils dédaigneux.

Si le sujet de l’accueil des migrants est si sensible pour les dirigeants de Bruxelles, c’est que la crise migratoire qui a frappé l’Europe a permis la montée en puissance de différents partis en appelant aux réflexes de repli- les plus bas- des citoyens.
Exacerbant le nationalisme, le racisme et la xénophobie, ces mouvements ont profité de la peur suscitée par l’arrivée massive de migrants du Moyen-Orient pour dénoncer les politiques mises en place par les dirigeants, comme Angela Merkel en a, à tort ou à raison, fait les frais. En réaction à cela, le Premier ministre hongrois conservateur Viktor Orban est allé jusqu’à soumettre au référendum un projet d’amendement constitutionnel tendant à interdire tout plan de réinstallation de demandeurs d’asile sur le territoire national, et cela après avoir littéralement fait construire un mur à la frontière serbe.
Malheureusement pour lui, heureusement pour le reste de l’Europe, la consultation populaire du 2 octobre a été invalidée, faute de votants !

Toutefois, le Vieux continent n’a pas été le seul à être touché par cet inquiétant raz-de-marée. L’élection du 8 novembre dernier de Donald Trump en tant que Président des Etats-Unis, jugée par tous tout bonnement improbable quelques mois plus tôt, a représenté un réel choc pour la communauté internationale, et un signe alarmant du succès récolté par le discours anti-élite du candidat auprès de la population américaine; celle-là même qui avait fait preuve quatre ans plus tôt d’un progressisme historique en réélisant pour un second mandat son premier président noir.
La campagne de Donald Trump fut une campagne populiste par excellence, pendant laquelle il n’a eu de cesse de dénoncer l’establishment politique aux Etats-Unis pour s’adresser au peuple, aux oubliés, aux exclus, faisant montre d’une démagogie à toute épreuve alimentée par des promesses électoralistes visant à flatter les électeurs sans souci du Bien Commun, sans souci non plus du réalisme de ses propositions et de la possibilité de les mettre en œuvre une fois au pouvoir.

Moins d’un mois plus tard, l’Italie a été contaminée par ce virus populiste avec l’échec du référendum constitutionnel proposé par Matteo Renzi. Dénonçant la classe politique en place et son éloignement des préoccupations réelles des citoyens, Beppe Grillo et son « Movimento 5 Stelle » ont su convaincre la population italienne de voter « non » à une réforme qui aurait conforté la politique pro-européenne d’austérité de Renzi.

Non à la fin de la démocratie, oui à l’engagement

Partageant cet affligeant constat, l’ONG Transparency International s’inquiète, dans son rapport annuel paru le 25 janvier dernier, de l’essor des mouvements populistes tout autour du globe.
Mais comment expliquer que le monde entier soit en train de sombrer ainsi dans cette dérive politique ?
Faut-il appliquer à notre vielle démocratie la théorie de la marche de l’histoire de Karl Marx, selon laquelle le capitalisme serait voué à s’autodétruire à cause de ses crises intrinsèques ? La dérive populiste et la fin de la démocratie sont-elles une fatalité ?

Non, bon nombre d’intellectuels convaincus par les valeurs démocratiques se refusent à accepter leur autodestruction. Peut-être vaut-il mieux se tourner vers le constat de « désenchantement du monde » établi par Max Weber et Marcel Gauchet et l’adapter au monde politique, dans lequel les citoyens ne croient plus et par lequel ils ne se sentent plus représentés. Plus que la fin d’un système, l’année 2016 a été le symbole du ras-le-bol des populations que l’on astreint à la rigueur et qui voient leurs dirigeants vieillir sans renouvellement des générations.
Ce n’est pas d’un nouveau système dont la société a besoin, mais bien de nouveaux dirigeants, plus jeunes, plus terre-à-terre, plus en prise avec les sujets qui intéressent réellement le peuple. Cette année qui vient de s’achever doit agir comme un électrochoc aussi bien sur le corps politique, qui doit se renouveler et laisser place à la jeune génération, que sur la population, à qui il revient désormais de prendre son avenir en main et de s’engager pour façonner le monde dans lequel elle souhaite vivre en 2017.

En effet, il ne faut pas perdre espoir, au contraire. Il faut désormais agir. Si le bilan dressé ici fait frémir par son alarmisme, il ne faut pas oublier que des lueurs d’espoir existent. Le prouvent : les laborieuses élections présidentielles autrichiennes qui se sont étalées sur huit mois pour finalement faire élire à la tête du pays le 4 décembre le candidat indépendant écologiste Alexander van der Bellen face au candidat nationaliste d’extrême droite Norbert Hofer.

En outre, on assiste ces derniers mois partout en Europe à l’émergence de nombreuses initiatives et mouvements citoyens visant non pas à renverser le système et la caste politique établis, mais bien à permettre aux citoyens de s’exprimer et de participer au débat public. Les plateformes collaboratives telles que Make.org ou La Ruche.io sont le symbole de ce renouveau de la politique qui vise à donner directement sa voix au chapitre à l’ensemble de la population.


Totalement apolitiques, ces initiatives visent à orienter les décideurs dans leur prise de position et se perçoivent comme des relais permettant aux citoyens de formuler leurs idées pour ensuite les transmettre aux sphères politiques. Contrairement aux mouvements agitateurs évoqués plus hauts, il n’est pas question ici de personnalisation du pouvoir ou d’ambitions électoralistes. Les propositions émergeant de tout un chacun ne subiront pas le prisme déformant de la démagogie et l’hypocrisie du discours politique.

Il est donc désormais temps de saisir ces opportunités qui nous sont offertes à tous, de nous engager, d’agir pour mettre fin au cercle vicieux du populisme et pour que, dans un an, nous puissions dire que 2017, à l’inverse de 2016, aura été l’année du rétablissement démocratique.

« Souvent, la foule trahit le peuple », écrivait Victor Hugo. Ne restons pas une foule passive et malléable, reprenons notre place de peuple, de citoyens désireux de construire un monde meilleur pour demain.

Sophie Caillaud
Paris le 30 Janvier 2017

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