L’affaire de l’avion syrien: Much ado about nothing! N’étaient les 500 000 morts syriens

L’affaire de l’avion syrien: Much ado about nothing!
……N’étaient les 500 000 morts en Syrie !

Après un bref rappel des faits, nous tâcherons d’expliquer pourquoi cette escarmouche n’ira vraisemblablement pas beaucoup plus loin.

A Les faits

Le 18 juin 2017 un SU-22 syrien a été abattu par un F/A–18 de l’armée de l’air américaine. Cet avion faisait partie des forces de la coalition. Le Pentagone a confirmé le combat en précisant: «…in accordance with rules of engagement and in collective self-defense of Coalition partnered forces, was immediately shot down by a U.S. F/A-18E Super Hornet.”
Les mots ont un sens : conformité aux règles, self défense, coalition.

Suite aux menaces syriennes et aux bombardements contre les troupes US et SDF, et après avoir averti les Russes en vertu des accords de déconfliction, les Américains ont donc riposté et abattu l’avion syrien.
Les Russes ont aussitôt suspendu ces mêmes accords.

Pour autant les Russes connaissaient vraisemblablement les visées syriennes. Les Américains avaient de surcroît riposté auparavant avec ce que l’on appelle dans le jargon militaire des « strafing runs ». Chronologiquement ils ont eu lieu après que les Américains eurent prévenu les Russes dans le cadre du protocole de déconfliction.
Malgré ceci point de Russes sur zone.
Lors du combat proprement dit le SU-22 a lancé des « defensive flares ».Après le largage des bombes contre les forces SDF et de la Coalition par le SU -22, les deux FA-18 E Super Hornet, en provenance du petit bijou technologique qu’est le porte-avions nucléaire Georges H.W. Bush (coût 6 milliards de dollars) ont lancé un missile air-air à courte portée Sidewinder, et ce après les « defensive flares ».

Notons que ce n’est pas la première fois que ces accords ont été rompus avant d’être promptement rétablis.
Déjà le 7 avril 2017, en réponse à une attaque chimique déclenchée sur Khan Cheikhoun par Assad, les Américains avaient frappé la base de Shayrat avec 59 Tomahawks évitant cependant un hangar où se trouvait du gaz sarin.
Les Russes avaient été d’ailleurs prévenus, laissant probablement le temps aux Syriens de s’organiser. Ce qui explique le nombre relativement peu élevé de victimes.

Cinq enseignements peuvent être, dès à présent, retenus et rappelés à ce stade.
– Le fait qu’il s’agisse d’un acte isolé relève davantage d’un coup de communication à bon marché de Trump.
– Cet évitement du hangar prouve qu’Obama avait lui aussi peu de cartes dans son jeu. Éradiquer une menace chimique est peut-être aussi compliqué que faire disparaître une menace atomique.
– Soutien indéfectible des Russes à Assad, ou si l’on préfère, les Russes tiennent absolument à conserver l’asset syrien dans leur jeu ; ce qui n’est pas tout à fait pareil.
– les Russes n’ont pas tout révélé en ce qui concerne le désarmement chimique syrien ; ce qui en dit long sur leur volonté de coopérer dans le grand bain international dès lors que leurs intérêts vitaux sont en jeu même lorsqu’il s’agit des problématiques de prolifération et de terrorisme.
– L’absence de vraie réaction russe lors de ces deux incidents ou des Syriens ont perdu hommes et armes est aussi un signal russe à Assad et doit être interprété comme un rappel à l’ordre à Assad pour les avoir trompé ou être allé trop loin. Les Russes ne se battent pas pour Assad ; ils se battent tout simplement pour eux.
– Le Président Obama et John Kerry ont peut-être été dupés par le duo Lavrov- Poutine.

Relativisons donc les choses. Il n’y a pas non plus d’escalade du côté américain, ce genre d’opération étant couvert par une autorisation datant de 2011 du Congrès dans le cadre de la lutte contre Al Qaïda. Il s’agit d’autant moins d’une escalade US que c’étaient des Syriens aidés par le Hezbollah qui–probablement rendus plus courageux et plus hardis par les différents reculs et échecs de Daesh ont attaqué les SDF et les Américains à Tabqa si proche de Raqqa.
Les Américains, pensant à juste raison, que ce genre d’incident arriverait peut-être de plus en plus fréquemment avaient redéployé, depuis quelque temps déjà, depuis la Jordanie le fameux HIMARS (High Mobility Artillery Rocket System).

Pour ne pas rester silencieux, à Deir Ez Zor l’Iran a concomitamment exhumé quelques missiles de son coffre à jouets afin de montrer à Assad qu’il n’est pas seul.
Cette carte postale avait trois destinataires sinon principaux à tout le moins acteurs majeurs. Israël, dont le ministre de la défense s’est dit curieusement non impressionné, la Russie certes alliée d’Assad enfin les USA.

Si un consensus commence à se dessiner dans la région c’est bien sur le maintien- au moins provisoire–d’Assad au pouvoir. La récente déclaration du Président Macron ne fait d’ailleurs que suivre cette tendance.

À mesure que Daesh reculera et entraînera dans sa chute de nombreux morts, l’on assistera de plus en plus à des actes terroristes déterritorialisés puisqu’ils coûtent moins cher à financer et monter que des « opérations terrain. » La violence sur zone de Daesh ne fait d’ailleurs que copier les « Werwolf » nazis.
Pour autant et même sur le terrain, les derniers tisons d’un incendie sont souvent ravageurs et provoquent des retours de flamme.
L’incident, somme toute exceptionnel, du SU- 22, tend à prouver que les accords de « safe zone » s’ils servaient à essayer de protéger des civils, avaient peut-être tout aussi prioritairement pour but de limiter les frictions entre des alliés prédateurs (Iran, Russie) et alliés spectateurs indécis (Américains et forces de la Coalition).
L’on pourrait presque dire qu’il y a un étrange parallèle entre le soutien à géométrie variable de la Chine à la Corée du Nord et celui des Américains aux SDF et Kurdes. C’est pourquoi les Américains ont finalement fourni des armes aux rebelles mais pas suffisamment pour que les Kurdes, par effet collatéral, ne s’emparent des poches de pouvoir tombé en déshérence en Syrie.
La Syrie n’a pas fini d’être un bateau ivre !

B Les réactions russes et américaines.

Le 19 Juin, soit le lendemain même du crash de l’avion, le Président des Chefs d’Etat-Major, le Général Joseph Durnford a déclaré au National Press Club : «“I’m confident that we are still communicating between our operations center and the Russian Federation’s operations center,” “I’m also confident that our forces have the capability to take care of themselves.”
On le voit, pas de provocation inutile, la porte du dialogue reste grande ouverte mais pour subliminale qu’elle soit la mise en garde adressée aux Russes est claire. Minimiser l’incident et ne pas faire perdre la face aux Russes tout en restant lucide. Durnford de continuer : «The Russian Federation has indicated that their purpose in Syria, like ours, is to defeat ISIS, and we’ll see if that’s true here in the coming hours,”
Et pour que les choses soient claires, le porte-parole de la coalition le colonel Ryan Dillon, déclare : «We will continue to conduct air operations throughout Syria,” despite the Russian rhetoric, The shoot-down was in “accordance with the rules of engagement and international law.”
Quant aux Russes, ils sont restés relativement peu menaçants. Ils se sont contentés du service minimum. Ils se sont en effet bien gardés de dire, comme en d’autres temps, qu’ils abattraient tout avion de la coalition.
L’avion U-2 américain abattu le 1er mai 1960 est rentré dans les limbes de l’histoire. Les termes officiels russes sont donc relativement mesurés: « (they) warned that any coalition aircraft “will be followed by Russian ground-based air defense and air defense aircraft as air targets.”
En Syrie tout le monde teste tout le monde ! Sauf que la guerre civile espagnole a été aussi un immense test.

Pour autant cette situation, toutefois, n’implique ni absence de dangers ni absence de significations.
Depuis la Bosnie tout le monde réfléchit à deux fois avant de jouer avec les muletas. Depuis la Serbie, la Russie est particulièrement chatouilleuse quant à son honneur ou plutôt quant à ses intérêts.

Pourquoi ce silence ? La question que l’on peut légitimement se poser est l’absence abyssale de réactions russes tant après les frappes de Tomahawks qu’après le SU-22 abattu le 18 juin.
Au poker pour bluffer il faut quand même avoir quelques cartes en main, bonnes si possible. Or dans ces deux configurations, la Russie–par ailleurs non démunie mais particulièrement efficace dans son soutien à Assad–n’a pas les moyens de la totalité de ses ambitions.
Une attaque est aujourd’hui un système complet et complexe. Les Américains sont ceux qui possèdent non seulement le plus d’atouts (pour ne pas dire tous) dans la région mais ils sont ceux qui savent les faire fonctionner comme un orchestre symphonique en jouant de tous les instruments.

Pourquoi les Russes n’ont-ils donc rien fait contre les 59 Tomahawks et pour protéger l’avion syrien? Les deux absences de réaction relèvent de la même logique.
Tout simplement rien, car ils en étaient incapables !
Les S 400 étaient tout simplement inefficaces dans cette configuration. Un système S 400 comporte quatre types de missiles. L’un couvre jusqu’à 400 km et l’autre 40 km. Son altitude idéale est 100 mètres. Temps de déclenchement 10 minutes. Le S 400 ne semblait pas l’arme idéale contre le F/A 18. Et l’on imagine pas les Russes engager un combat aérien contre les Américains.
Ils étaient donc positionnés trop loin de Shayrat et de Tabqa.
Or les tomahawks filent à 5 m du sol à une vitesse subsonique et selon leur propre itinéraire. De plus le relief montagneux de la région handicape gravement les S 4OO.
En fait les S 4OO couvrent prioritairement les assets et bases russes de Lattaquié et Tartous. Les Américains avaient frappé Shayrat qui est à 75 km de Tartous et 120 km de Lattaquié. Et à Tabqa les Américains jouent presque à domicile.
Le S 400 est donc à son maximum d’efficacité sur 40 km. Son radar pourtant redoutable, balaye effectivement jusqu’à 400 km, voire 600, mais à très haute altitude. Toujours selon le Royal United Services Institute de Londres, ce n’est pas le système le plus efficace pour des cibles en terrain montagneux ou à basse altitude.
Ce sont aussi les mêmes raisons ainsi que le délai très court de l’engagement final (mais pas de la totalité du combat) qui expliquent l’absence de réaction russe à Tabqa.
Pour résumer l’on pourrait dire que le S 400 est la Ferrari des systèmes sol-air anti-missiles mais qu’il est relativement démuni contre le couteau suisse qu’est le Tomahawk dont la mise en service, même s’il a été maintes fois amélioré, remonte à 1983. Pour information son coût unitaire est aujourd’hui de 936 000 $.

Mais il est peut-être une autre explication à la paralysie russe émise par certains officiels russes. Selon cette deuxième hypothèse, les S 4OO seraient efficaces (les habitants de Moscou peuvent donc respirer) car les Russes auraient sciemment refusé d’activer les S400 d’une part parce qu’ils avaient été prévenus par les Américains en vertu des accords de déconfliction et à Shayrat et à Tabqa, mais surtout parce qu’ayant parrainé les accords de désarmement chimique, ils ont voulu donner une leçon à Assad qui semble, ces derniers temps- au fur et à mesure que Daesh recule- vouloir trop user et abuser de ce qu’il croit être son indépendance.
Et s’il y a une chose que les Russes ne goûtent que très modérément c’est de voir leurs séides jouer leur propre carte.
Enfin les Russes ne veulent pas que les Syriens les entraînent dans un conflit non souhaité (peut-être car insuffisamment armés) avec les Américains. Un proverbe chinois rappelle que : « toucher les fesses du tigre n’est jamais anodin. » Et les USA sont tout sauf un tigre de papier.

Ainsi Aytech Bizhev, l’ancien commandant adjoint de l’armée de l’air russe a dit à l’agence Interfax: « the flight path was set to bypass our missile-defense system so that they would not enter our strike range. The Americans are also not idiots. »
L’on s’en serait douté! Encore que tous les présidents américains ne se ressemblent pas ! L’on pardonnera à l’auteur de ces lignes de rapporter le délicieux propos tenu récemment, par Elie Barnavi ancien Ambassadeur d’Israël à propos de Trump :  « Trump est innocent de toute pensée cohérente. »

Et même à supposer que les Russes aient activé les S 400, ils n’auraient pu stopper une telle vague de Tomahawks même avec l’aide des Pantsir S1 qui est un système anti aérien de courte à moyenne portée. Son code Otanien porte le savoureux nom de Greyhound. Tout un programme.

Selon Michael Kofman, analyste à la CNA Corporation, la raison est que les batteries côtières russes: « they probably can only see only at really high altitudes, and even then it’s doubtful they can see out that far east, to target aircraft near Raqqa.”
L’étonnant n’est pas ces deux affrontements mais bien plutôt qu’il n’y en ait point eu davantage et plus tôt. Car aussi précis qu’ils soient des accords de déconfliction portent en eux les germes de dérapage voire d’escalade.


C Les raisons politiques qui limiteront ces escalades.

Certes, escalade limitée car ce conflit a déjà à son actif 500 000 morts et un pays rappelant d’une certaine façon la peau de léopard vietnamienne.
Il est de bon ton de pointer la menace iranienne aujourd’hui en tout cas fortement émasculée ; le terrorisme et la barbarie d’un autre âge de Daesh dont l’appareil militaire subit désormais revers après revers ; haines sunnites-chiites ; face-à-face Russo-Américain ; une Turquie dont les sympathies et les actions sont à géométrie variable ; un Israël n’arrivant pas à décider où est son intérêt stratégique mais ayant cependant le mérite d’une action humanitaire impeccable .Il ne manque que la Chine dans ce Monopoly moyen-oriental .
Comment faire la guerre dans ces conditions ?

Mais enfin le scénario-catastrophe, que l’on a évité de justesse à Berlin lorsque les chars russes et américains se dévisageaient, moteurs ronronnant et gueule de canon contre gueule de canon, Cuba ou encore l’alerte Defcon III, n’est pas près de se reproduire à Tabqa.
Et ce scénario-catastrophe ne se reproduira pas car les deux puissances qui mènent la danse en Syrie ont chacune leur handicap.
Le Président Obama avait dans un langage fleuri (rare chez lui) dit : « Don’t do stupid shit » et ne voulait pas de  « boots on the ground ».
Trump dans son inconstance privilégie en principe l’America first.
Les Américains, tournés vers le pivot, n’ont pas mis le Moyen-Orient et particulièrement la Syrie à l’agenda de leur hégémon.
Les Russes, quant à eux, aimeraient bien considérer le Moyen-Orient, ne serait-ce que pour montrer à Xi-Ji Ping) que Poutine n’est pas un Junior Partner.

Il y a certes un choc entre ces deux puissances ; mais il se joue dans un théâtre- imité du Kabuki japonais- bien circonscrit avec certains objectifs certes contradictoires mais en tout cas avec un adversaire partiellement commun : Daesh. S’il est un objectif qui réunit pratiquement tous les acteurs-partenaires-adversaires c’est l’élimination de l’hydre Daesh .Même si pour certains, un Daesh affaibli continuera à porter certains bénéfices tactiques. Paradoxalement Daesh est aussi une des assurances- pouvoir d’Assad et l’on se rappellera utilement que la Russie n’a pas combattu prioritairement Daesh.
Pour la Russie l’asset syrien revêt beaucoup plus d’intérêt et d’importance que pour les USA qui ont d’autres points d’appui dans la région. Pour mémoire, leur plus grande base aérienne à l’étranger est située au Qatar.

Pour la Russie, l’étranger proche est beaucoup plus important que le Moyen-Orient. La Syrie est un marchepied. Objectifs et intérêts divergeants militent donc pour un conflit que chacun espère- secrètement- maintenir soft. Il y a donc tout à parier que les futurs affrontements se joueront à fleurets mouchetés.

Le comportement erratique de Trump empêche aussi les USA de jouer pleinement leur rôle. La gestion militaire est donc davantage laissée au Pentagone ; ce qui somme toute à l’heure actuelle est plutôt réconfortant. Maurice Garçon écrivit avec finesse dans son journal de guerre : « La seule chose consolante est que les généraux et les militaires en général aiment moins la guerre que les civils. Elle offre en effet pour eux trop de risques. ».

Difficile dans ces conditions de voir autre chose que des accrochages limités. Le 18/6/2017 un porte-parole de la coalition déclare ainsi : « The Coalition’s mission is to defeat ISIS in Iraq and Syria. The Coalition does not seek to fight Syrian regime, Russian, or pro-regime forces partnered with them, but will not hesitate to defend Coalition or partner forces from any threat.« 
The Coalition presence in Syria addresses the imminent threat ISIS in Syria poses globally. The demonstrated hostile intent and actions of pro-regime forces toward Coalition and partner forces in Syria conducting legitimate counter-ISIS operations will not be tolerated.
The Coalition calls on all parties to focus their efforts on the defeat of ISIS, which is our common enemy and the greatest threat to regional and worldwide peace and security.”
On ne saurait être plus clair.

Alors oui, bien évidemment, l’on remplacera de temps à autre quelques avions abattus, essentiellement syriens, peut-être aussi quelques russes et américains. Oui l’on remplacera les Tomahawks et autres munitions usagés, oui l’on assistera à quelques duels aériens et oui l’on apercevra quelques tanks détruits et tout fumants de la fureur des combats, mais cela restera étroitement corseté, parfaitement réglementé, et joliment chorégraphié comme un ballet.

Certes nous n’ignorons pas ce que Clausewitz appelait l’autonomie de la guerre, la fureur de la guerre. Nous n’en sommes pas là en Syrie, car ni les Russes ne le peuvent vraiment ni les Américains ne le veulent. Ceux-ci car ils n’ont pas de véritable but en Syrie sauf à considérer que le containment est un but ; ceux-là car ils n’en possèdent pas les moyens.
S’il était besoin d’une preuve, l’incident de l’avion russe abattu par la chasse turque le démontrerait amplement. La Russie peut mobiliser des moyens contre un adversaire faible. Cela fait toute la différence.

On ne saurait être plus clair. Le Ziel et le Zweck. Les buts de guerre, les buts dans la guerre. Clausewitz est toujours aussi moderne et percutant !
La stratégie américaine, comme le décrit si bien le Secrétaire à la Défense James Mathis, est une                                    « Strategy-free-time » qui consiste en fait à éviter tout engagement. La non escalade est ainsi pensée à tous les échelons.
L’affaire de l’avion syrien rappelle les bruits de bottes dont nous avions prévu le relatif étouffement entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. Certes une ambassade saoudienne attaquée et incendiée à Téhéran en janvier 2016 après l’exécution de 47 « terroristes » en Arabie Saoudite ne relève pas d’une simple promenade de santé.
Il n’empêche en novembre 2016, grâce aux bons offices russes, Téhéran et Riyad ont signé des accords pétroliers dans le cadre de l’OPEC.
Ce conflit n’ira pas beaucoup plus loin car malgré les rodomontades de Trump, les USA ne veulent ni ne peuvent se permettre le luxe de rentrer en conflit ouvert sinon larvé avec l’Iran.
En Syrie, le statu quo dont Bachar El Assad restera la figure de proue arrange à peu près tout le monde. L’objectif des Américains n’est pas d’abattre Assad, ni même de chasser les Russes de leur imperium syrien, ils savent que c’est désormais hors de leur portée, mais d’abattre la barbarie Daesh. Accessoirement de conserver un minimum d’équilibre dans la région.
Dans ces conditions, une fois de plus, il est difficile de déceler comment on irait vers un conflit généralisé.
L’on ira pas vers un conflit généralisé entre les USA et la Russie, car les USA ne savent pas très bien par qui ils remplaceraient Assad. Ni les sunnites extrémistes, ni les chiites ni les… kurdes.
Il arrive aussi qu’en géopolitique les expériences passées assènent leurs enseignements. À Washington on est désormais diplômé es Irak et es Libye !

Peuple martyrisé, peuple sacrifié, peuple héros et peuple courageux, les Kurdes sont à l’avant-garde du combat contre Daesh et contre Assad. Ils sont devenus le peuple tampon. N’étant pas en bons termes avec Assad, ils sont ceux à qui profiterait immédiatement sa chute. Or ni l’Iran ni surtout la Turquie ne verraient favorablement un État kurde indépendant, de surcroît, à leur porte. Les Kurdes sont en quelque sorte la deuxième assurance-pouvoir d’Assad. Les Américains les soutiendront avec une corde très courte et brigueront leurs velléités indépendantistes.
Comme il n’y a pas de vision américaine en Syrie, qu’Assad vienne à tomber et ce sont les Kurdes qui s’engouffreront dans la béance du pouvoir. Ce dont, Israël mis à part, personne ne veut. L’indépendance kurde n’est pas pour demain. Là aussi, l’affrontement Moscou -Washington est étroitement circonscrit.

Les Perses ont inventé le jeu d’échecs, mais en Syrie la situation relève davantage du jeu de Go. Monsieur Trump a beau tempêter et tonner contre les accords de Lausanne portés sur les fronts baptismaux par son prédécesseur, force lui est de reconnaître leur utilité dans la région.
Chacun tient l’autre, même- imparfaitement–en otage. Une escalade US risquerait d’entraîner un soutien accru de l’Iran à son protégé. Nonobstant la contamination en Irak.
Comme les Américains ne veulent à aucun prix de ce scénario, il n’y aura pas d’escalade.

Les Russes quant à eux ayant déjà empoché quelques jolis bénéfices, toute porte à croire qu’ils ne briseront pas cet équilibrium pour des chimères risquées. Il est une pensée qui qualifie parfaitement l’imbroglio syrien. Antoine Coppolani cite dans son remarquable livre « Nixon » le propos de Kissinger dans son livre « Les années orageuses » : « La détente consiste à mitiger les conflits entre les adversaires non à cultiver une amitié entre eux. » Il suffit de changer le mot détente et l’ordre de la phrase.

Faire la guerre nécessite une conjonction de facteurs, la plupart d’entre eux–fort heureusement–font défaut dans la région. C’est en ayant en tête cette théorie de raisons que Tom Shannon, Sous-Secrétaire d’État aux Affaires Politiques et Sergey Ryabkov Ministre adjoint des Affaires Etrangères de Russie se sont rencontrés à Saint-Pétersbourg dès le 23 juin pour déminer la situation. Même si du côté russe non sans une certaine aigreur, les responsables semblent confirmer une volonté de non-escalade.
Qu’on en juge. Joseph Durnford a déclaré devant le National Press Club le 19 juin 2017: «The worst thing any of us could do right now is address this with hyperbole, »
Rester ferme mais surtout ne pas envenimer, telle semble être la position US. Le porte-parole de la coalition, le Colonel Ryan Dillon, est tout aussi précis et rassurant: «We are going to make sure that we have the right aircraft in the right places, » “that some aircraft may have to avoid « high-threat » areas.”
Là aussi on ne saurait être plus précis et soucieux d’éviter tout clash !
Quant au ministre russe de la défense, il n’est pas en reste. « We view these actions by the U.S. military as a deliberate failure to heed its obligations, »
Cet avertissement visant uniquement l’Ouest de l’Euphrate, on aura connu des postures autrement plus menaçantes.

Le mercredi 21 Juin le Chef d’Etat-Major de l’armée de l’air américaine, le Général David Goldfein, déclare au Senate Appropriations Committee que la ligne de déconfliction « remains open ».
Qu’on en juge : « There’s actually a line we have with the Russians that’s a de-confliction line, and that line remains open and we remain in conversation with them, » « So our hope of course is that we return to a little bit sense of normalcy and we continue to keep the dialogue open. »

En Syrie la partie de poker infernal peut se poursuivre, le statu quo garantit–qu’il y aura toujours autant de malheureux réfugiés syriens errant comme de simples troupeaux abandonnés sur les routes européennes dans l’indifférence quasi générale, la plupart du temps hypocrite !
Angela Merkel, seule, sauvant l’honneur de la conscience européenne !
Il y aura toujours autant de morts, les Kurdes seront toujours en quête de leur Etat. Bachar El Assad peut dormir tranquille ! Rassurons-nous on aura évité le pire !

Leo Keller
Neuilly le 26/06/2017

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