Le nouveau déséquilibre du monde de Dominique Moïsi. Un voyage en première classe!

Le nouveau déséquilibre du monde de Dominique Moïsi
Aux Editions L’Observatoire Les Echos

Dans son dernier livre, l’auteur nous convie, comme à l’accoutumée, à un voyage en première classe car c’est la classe de l’humanisme le plus étincelant et de la géopolitique la plus pointue.
On entre dans ce livre comme l’enfant, ébloui, devant la devanture des magasins de bonbons de mon enfance. On en ressort plus intelligent comme à la sortie d’un recueil de poésie. Pour reprendre une expression glanée dans un de ses précédents livres : « Life could be much more unpleasant ».

L’art des chroniques hebdomadaires, puisqu’il s’agit d’un recueil de ses chroniques hebdomadaires parues dans les Echos, est un exercice particulièrement périlleux. La fraîcheur, ou la brutalité, de l’actualité en font leur saveur. La redoutable épreuve du temps en altère bien souvent la violence de l’urgence, l’amnésie impitoyable, ou la mémoire ethno-centrée font le reste.
Ici rien de tel. La patine du temps, ailleurs bien sévère à juste titre, souligne pour l’esprit curieux de tout honnête homme, le délicat fumet de l’unité de la pensée complexe mais structurée de Dominique Moïsi et réjouit nos cœurs de son merveilleux humanisme et de sa foi incommensurable en l’homme. Peu de livres auront autant illustré pour moi cette superbe pensée de Camus : « Ce qui compte c’est que nos amis soient heureux et émus de ce que nous écrivons. »

Chaque chronique, comme par enchantement, de Moïsi éclaire à la façon d’un tableau impressionniste le puzzle d’un monde que l’on aura rarement connu aussi labile et aussi polychrome.
Autant d’alertes qui nous interpellent, autant de signaux qui portent en eux et la possibilité de vaincre nos peurs (petites et grandes, réfléchies ou irréfléchies) et de triompher de nos enfermements et qui pourtant- hélas- en annoncent trop souvent l’exact opposé.
Dominique Moïsi est un géopoliticien adepte–tout comme Kissinger- de la Realpolitik. Mais il sait tout comme ce dernier que toute Realpolitik déconnectée des valeurs humaines est vouée à l’échec.
Camus écrivait dans les justes : « La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur terre. J’étais libre et ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves. »

L’idée centrale qui transparaît dans ses chroniques des Echos, par ailleurs développée lors d’une remarquable conférence donnée à l’Ecole de Guerre, c’est le glissement des plaques tectoniques qui sédimentent le monde. Glissement qui signifie que la nouvelle architectonie du monde n’est pas stabilisée. Émergence ou ré-émergence de la Chine, nouveau rôle et nouveau rang des USA. Fracture des plaques, lieu de tous les dangers, mais aussi lieu de nouvelles opportunités. Thucydide Trap n’est pas loin.

Ce qui m’a frappé avant tout dans ce livre, qui couvre les années 2008 à 2016 et toutes les régions susceptibles de poser problème sans oublier bien entendu les problèmes de société qui lui sont si chers, c’est la formidable honnêteté intellectuelle de Dominique Moïsi. C’est dire l’intérêt de cet ouvrage.
Pour autant à travers ses éditoriaux, Dominique Moïsi n’assène pas ; il soumet à réflexion, à questionnement. Comme si la liberté de conscience, la capacité ou la volition d’analyse de ses lecteurs était son bien le plus précieux. Il fait en outre confiance à l’intelligence de son public et non pas aux effets de manches.
Point d’idées reçues, mais une formidable capacité de nuancer sa réflexion. Il n’a donc rien changé à ses textes originaux et a même publié les très rares (je crois deux) où il avoue s’être trompé. Cela concernait Trump et le Brexit, mais il est vrai qu’aucun intellectuel- sain d’esprit-ne pouvait envisager le scénario de la victoire de Trump. Il y a là une rigueur intellectuelle que je trouve profondément rafraîchissante.

Plutôt que de déformer sa pensée, je vous propose donc des extraits expressis verbis des idées maîtresses de son livre.
« Eclairer les autres, mais aussi comprendre moi-même comment j’avais pu me tromper à ce point en ne voyant pas venir l’événement qui restera sans doute comme le plus important, le plus potentiellement déstabilisateur de toutes les années que je couvre dans ce livre, l’élection de Donald Trump comme 45e président des États-Unis. »
Car s’il y a une chose dont l’héritier intellectuel de Raymond Aron (il a de nombreux titres à cela) a horreur c’est la démagogie, l’obscurantisme et l’ignorance des faits. Dominique Moïsi a enseigné dans divers pays et dans les universités les plus prestigieuses (Harvard, Kings College, Israël etc.) L’homme sait donc de quoi il parle. Expérience des choses vécues, savoir joyeux et encyclopédique.

Sur les USA

Admirateur raisonné et raisonnable des USA, en tout cas avant que Trump ne vienne pour tout saccager, il n’est pas aveugle devant les défauts les plus criants et les plus honteux de la société américaine.
« Le rejet c’est celui d’Obama, le premier président noir des États-Unis. Il y a un « problème blanc » de l’Amérique, dont je n’ai mesuré ni la persistance ni l’intensité. »
Que n’écrirait-il donc aujourd’hui après les événements dégradants de Charlottesville ?
Affirmer que l’Amérique : « était hier encore le bouclier des valeurs démocratiques, l’assurance-vie vie ultime contre les risques de dérapage du monde, en dépit de ses propres dérives du Vietnam à l’Irak. Elle est passée brutalement à l’avant-garde du populisme » ne l’empêche pas d’être parfaitement lucide.
Dominique Moïsi a le courage de l’introspection.
« N’ai-je pas voulu voir ce qui se passait vraiment aux États-Unis, où y avait-il des raisons valables à mon analyse. »

J’avoue pour ma part avoir été profondément ému devant une telle honnêteté intellectuelle.

À propos de Trump, il a cette subtile formule qui tout en affichant sa Doxa en la matière ne tombe pas dans la caricature outrancière.
« Ce ne sont pas les « portes de l’enfer qui se sont ouvertes en 2016, mais celles de toutes les incertitudes.»
Maître Maurice Garçon, peut-être le plus grand avocat français du XXème siècle, disait dans ses carnets de guerre:   « On n’a pas envie de rire et l’on n’a pas encore l’occasion de pleurer. »

La démocratie a perdu son champion. 14/11/2016
«Ce qui vient de se briser sous nos yeux, c’est l’image de l’Amérique et le rêve qu’elle pouvait incarner pour une partie importante du monde. » Et d’ailleurs pour Moïsi peu importe si le président habille et habite les idées nauséabondes du candidat Trump ; il les habite et c’est ce qui compte.

Sans négliger le hard power, n’oublions pas qu’il fut l’élève puis l’assistant de Raymond Aron (on aura connu des titres universitaires moins éclatants) il connaît parfaitement la force des émotions en géopolitique et le soft power.
Il a ainsi écrit le 25/05/2009 : la dernière arme des Etats-Unis: « S’il est un domaine où l’Amérique possède encore un avantage comparatif qu’elle se doit de renforcer, c’est celui des idées et des idéaux. Personne ne rêve de devenir chinois. Il existe encore des millions de personnes qui, de par le monde, rêvent de devenir américaines. L’idéal universaliste de la Philosophie des Lumières, incarnée par les Pères Fondateurs, de la République américaine, l’idée simple et forte portée par des hommes aussi divers que Jefferson et Madison hier et Obama aujourd’hui (aurait-il donc oublié de mentionner Trump) que « les hommes naissent libres et égaux de droit » demeure la carte maîtresse des États-Unis La modernité de l’Amérique n’est plus et ne sera plus «matérielle» ; elle doit demeurer forte et créatrice dans le domaine des idées et des idéaux. »

Les signes d’un déclin le 29/06/2009
« S’il y a un président qui concilie en sa personne les qualités intellectuelles et le pragmatisme politique des Pères Fondateurs de la République américaine, c’est bien Barack Obama. » Obama a d’ailleurs cité dans son discours du Caire si courageux, intelligent et brillant et pourtant si décrié cette pensée de Thomas Jefferson : « »I hope that our wisdom will grow with our power, and teach us that the less we use our power the greater it will be. »

Notre chroniqueur est également un fin connaisseur non seulement de la politique américaine et des tréfonds les plus cachés de cette société si polychrome. 23/02/2009 Harvard à l’heure asiatique : « Il y a une formule « politiquement incorrecte » qui n’est jamais formulée ouvertement mais qui affleure dans le débat américain actuel. « Et si ce qu’il y avait de plus remarquable chez Obama était la couleur de sa peau. »
Sous les propos de l’ancien professeur d’Harvard, couchés sur le papier dès le 30 août 2010, l’on sent poindre les événements nauséabonds de Charlottesville et la réaction non moins nauséabonde de Trump.

« C’est le paradoxe et la force de l’Amérique d’avoir su et pu porter à la présidence ce « Tiger Woods de la politique » plus proche dans ses références des « aristocrates » qui ont fondé l’Amérique que bien des « héritiers » du système, à commencer par son prédécesseur immédiat. Ses qualités exceptionnelles suffiront-elles ? Il est permis d’en douter. »
L’auteur, dans sa chronique du 30/08/2010 : Une Amérique divisée, porte cependant un regard sans complaisance sur Obama.
« Pourtant, les doutes de l’Amérique sont d’une autre nature et peut-être d’une autre profondeur aujourd’hui. Ils tiennent à l’adéquation entre un homme, peut-être moins exceptionnel qu’on ne pouvait l’espérer, et des problèmes plus exceptionnels que l’on nous pouvait le craindre. » C’est ça la marque de Dominique Moïsi: des valeurs, une capacité d’enthousiasme et d’admiration mais sans rien concéder à l’analyse implacable des faits.
Clausewitz disait dans un autre domaine certes : « Die Sache muss entscheiden.»

Avoir professé une réelle admiration pour Obama ne l’empêche pas de porter un jugement des plus nuancés sur ce dernier. Obama et la fin de l’Amérique toute puissante le 05/05/2014
« Si l’Amérique a à sa tête un Président certes charismatique et cérébral mais qui, sur le plan international est sans doute plus fait pour gérer la continuité que pour intégrer le changement radical. Le Président n’a de plus, pas pu, s’entourer, c’est le moins que l’on puisse dire, d’une équipe de stratèges visionnaires. »

Pour autant, sur ce dernier point, je prie en toute humilité Dominique Moïsi de bien ne pas me tenir rigueur de ma téméraire inconscience de proposer une lecture quelque peu dissonante de son appréciation. Le Président Obama, profondément sûr (peut-être trop) de sa supériorité intellectuelle avait cette formidable capacité de faire cohabiter dans son équipe des rivaux. Il a toujours privilégié les points de vue divergents. C’était la méthode chère à Lincoln qui aimait le « robust debate ». D’où peut-être, comme le souligne Dominique Moïsi, cette absence de stratèges visibles. Il est quand même le Président du « new pivot » qui certes n’a pas la puissance des « conceptual breakthrough » de Kissinger.

Et puis Obama est aussi le Président de l’optimisation du rapport coûts- risques. A charge et à décharge.
Obama est aussi le Président à avoir eu le courage de ne pas faire du « Playbook »washingtonien l’alpha et l’oméga de la politique étrangère américaine et de savoir reconnaître lorsque ses propres lignes rouges ont soit été mal placées soit ne correspondent plus à la réalité.
Quant au jugement sur la politique étrangère d’Obama, Kissinger l’a qualifié dans un entretien désormais culte à Jeffrey Goldberg de B + quant au long terme.

La fin d’une Amérique ouverte au monde le 10/11/2016
« Ce n’est pas la fin du monde, c’est la fin d’un monde. Celui où l’Amérique pour le meilleur pour le pire s’intéressait aux « autres » autant qu’à elle-même.» L’Amérique de l’hégémon est ainsi devenue à proportion asymétrique l’Amérique de la simple prépotence.

Sur la Chine

Il est certes très à la mode de disserter sur ce pays et d’en disséquer les intentions. Dominique Moïsi ne pouvait donc faire exception à la règle. Dans cette pente, il suit la pensée complexe mais décomplexée d’Henry Kissinger dans De la Chine et désormais tout empreinte d’irénisme, pour qui tout consiste, doit et peut, insérer cette dernière dans le jeu mondial.
Mais l’auteur ne se contente pas de cette évidence. Il écrit ainsi dès le 12 octobre 2009 dans les Échos, Ombres et lumières chinoises :
« Le rythme trop rapide à leurs yeux du déclin relatif de l’Amérique est tout autant pour eux une source d’embarras à court terme qu’une source de satisfaction à long terme… la puissance de la Chine est « en creux » ; elle compte avant tout sur les fautes de son adversaire. »
Vision prémonitoire qui illustre à la fois le Thucydide Trap et la façon dont la Chine espère ou croit pouvoir le contenir puis le contourner et l’agressivité retenue de Bismarck. Quant aux fautes de l’adversaire, pouvait-elle rêver un scénario plus favorable que l’élection de Trump. On se rappellera donc la fameuse pensée de Deng Xiao Ping qui disait sagement : « Cacher ses talents et attendre son heure. » Xi Ji Ping, quant à lui, semble penser que l’heure est désormais et enfin venue. Pour autant Dominique Moïsi relève les problèmes inhérents de la Chine.
Chaos du monde, ou tout simplement un monde en marche qui ne sait pas où il va. Toujours est-il que pour Dominique Moïsi, ce n’est peut-être pas tant le péril des puissances émergentes, voire le terrorisme qui sont les menaces les plus prégnantes. Non « c’est un no man’s land de la décision. »

Quand le monde marche sur la tête 26/11/2011
«Ceux qui veulent agir n’en ont plus les moyens seuls et si ceux qui devraient s’engager bien davantage ne prennent pas leurs responsabilités, il n’est pas étonnant que le système marche sur la tête. »
Dans de la Chine Henry Kissinger écrivait « La question est de savoir si la Chine va prendre la place laissée vacante par l’URSS comme rivale de l’Occident ou si elle choisira la coopération avec nous. » « Pour peser sur ce choix, il y a un prix. Les États-Unis sont-ils prêts à le payer pour atteindre un objectif stratégique ? C’est la question. Il ne s’agit « pas de savoir si les valeurs démocratiques doivent l’emporter ». « La Chine sera un facteur majeur de la politique mondiale, avec ou sans Tienanmen. »

La politique du pivot a-t-elle été un succès ? Pour Dominique Moïsi, le jugement est forcément nuancé. Ainsi le 01/06/2015 La politique étrangère d’Obama sans boussole
« En affichant des ambitions et une doctrine militaire plus « agressive » face à une Amérique plus incertaine, la Chine traduit la nature réelle de ses ambitions. Pourquoi devrait-elle faire preuve de plus de prudence face à une Amérique si pusillanime. »

Pour autant ce déclin américain trouve aussi peut-être sa source dans la comparaison qu’il établit le 2/12/2013 dans l’Iran et l’Amérique ou l’amour d’un renversement d’alliances. Certes, il vise le Moyen-Orient mais il suffit de changer à nouveau les noms des pays.
« Remplaçons la France par les Etats-Unis d’Amérique, l’Autriche par l’Iran et l’Empire Ottoman par les monarchies du Golfe et Israël, tous les ingrédients sont bien présents. Et comme en 1756, les Etats-Unis d’aujourd’hui, pas plus que la France d’hier n’ont pleinement le contrôle de la situation.
L’on se rappellera avec bonheur la formule particulièrement savoureuse de Bismarck que rapporte Henry Kissinger dans son livre : l’ordre du monde « Dans l’époque singulière où nous vivons, le fort est faible par son hésitation et le faible est fort par son audace. »
« L’ambition de Barak Obama d’entrer dans l’histoire comme un président qui a transformé profondément et pour le mieux l’Amérique de l’intérieur était parfaitement légitime en elle-même. Mais elle n’était sans doute pas compatible avec l’évolution du monde sous ses deux mandats. C’est bien là tout le drame. » Lucidité et indépendance de jugement de Dominique Moïsi sur la Chine et sur Obama  comme sur d’autres sujets !
Kissinger ayant visiblement de la peine à réviser son jugement initial et révolutionnaire à l’époque sur la Chine n’emploierait peut-être plus aujourd’hui le terme « agressif ». Il n’est pas facile de tuer le père. Surtout quand il s’agit de soi-même.

« En mer de Chine et désormais dans le ciel aussi bien que sur les flots, Pékin semble perdre progressivement le sens de la mesure. Elle fait preuve d’une impatience qui semble contraire aux intérêts de la Chine. »

Pour autant la Chine devance déjà les États-Unis dans le domaine des satellites quantiques et a mis au point un système maritime anti navires et antimissiles capable de déjouer l’armada américaine. De Fortress in la Chine est devenue Fleet being in.
Quand la Chine doute d’elle-même le 2/11/2015 :
« De fait, tout se passe comme si moins la Chine avait confiance en elle-même à l’intérieur, plus elle durcissait le ton à l’extérieur. »


Chine-Japon.

En expert particulièrement au fait des arcanes de la Realpolitik et des rapports de force, Dominique Moïsi excelle dans l’analyse de la Doxa. Pour lui la géopolitique des émotions n’est pas une formule vaine. Qu’on en juge au détour d’une phrase.
« Les Japonais demeurent persuadés que l’arme atomique n’aurait pas été expérimentée sur un peuple « blanc ». Que les Japonais aient bien évidemment tort, semble bien sûr frappé au coin du bon sens, et ne change rien à l’affaire. Il n’en reste pas moins que c’est le ressort intime de la représentation qu’ils se font d’eux-mêmes.

Le Japon face à l’exercice difficile de la repentance le 4/05/2015
Dans certains cas, contrairement à ce que prétendent certains, la repentance est un signe de force, et non de faiblesse.
Le survol du triangle Pékin-Séoul-Tokyo est absolument fascinant de par le lien qu’il établit entre la réussite économique et la non réconciliation entre les nations.

Sur la France

Lettre au nouveau Président 7/05/2012
Son constat sur la société française est doublement triste. Il souligne que lors du débat entre les deux tours de la présidentielle 2012 « Jamais le mot Chine n’a été prononcé, jamais a-t-on eu le sentiment que la France était entrée dans un Nouveau Monde. Tout s’est passé comme si la peur de l’Islam ou la dénonciation du caractère excessif de cette peur servait de substitut à une réflexion en profondeur sur l’évolution d’un monde dont l’Europe, pas plus que les États-Unis, ne constituent désormais le centre unique. Intégrer les transformations du monde passe par la formulation d’une diplomatie du respect qui présuppose un mélange d’ouverture et d’écoute de l’autre, qui constitue la meilleure des protections face à la tentation d’or du repli sur soi. »

Sur l’Europe

Et si la chance de l’Europe ça n’était pas la victoire de Trump et du Brexit car- toutes les hypothèques étant désormais levées- tout laisse à croire que la relation franco-allemande va retrouver son lustre et son éclat d’antan. Réalisme, idéalisme, rêverie, (je ne me rappelle plus qui disait : qui osera rêver les rêves que nous n’osons plus rêver.)
Froide analyse, peu importe quel facteur est le plus déterminant chez Dominique Moïsi. C’est un cocktail assonant qui ne laisse place à aucun dissensus. Car c’est précisément au nom de ses valeurs qu’il porte fièrement comme un gonfalon que Dominique Moïsi scrute, ausculte et questionne les grandes mutations du monde sans aucune compromission intellectuelle.

Dominique Moïsi possède une vraie culture des valeurs (il pourrait d’ailleurs inverser la formule et dire la valeur des cultures ; et j’insiste sur le des). C‘est  un formidable européen c’est l’espoir d’une humanité intelligente et généreuse viscéralement chevillée et ancrée dans son esprit. Le lecteur intéressé lira à ce sujet le superbe et petit livre de Stefan Zweig, la Tour de Babel.

Thucydide avait déjà identifié le Phobos comme un des trois moteurs qui déterminent la vie des nations et leurs frictions.
Et si le plus grand danger qui guettait ce qui reste la plus belle aventure du XXe siècle, la seule idée révolutionnaire : l’Europe, était la peur. L’auteur écrit ainsi le 14 /12/2009 l’Europe de la défense passive:
« Combinant mépris et sous-estimation de l’Europe et peur et surestimation d’un Islam conquérant, excluant toute possibilité de dialogue et d’harmonie entre Islam et Europe, les analyses de Caldwell méritent une lecture attentive. Elles illustrent parfaitement l’enracinement d’une culture de peur en Europe. » Et de rappeler ce qui devrait relever de la tautologie mais qui passe malheureusement pour certains pour une utopie, pour d’autres de la dystopie.
« Moins nous aurons confiance en nous-mêmes, plus grande deviendra la tentation de définir notre identité de façon négative. Plus les églises et les temples seront vides, moins les minarets pourront faire partie du paysage. »

Dominique Reynié ne disait pas autre chose tout au long de son très beau livre sur la montée des populismes. Et Dominique Moïsi, écrit et emboîte le pas au superbe texte de Stefan Zweig sur la Tour de Babel : « La mondialisation, c’est aussi le « métissage » et même la coexistence d’identités multiples au sein du d’un même individu. Peut-on interdire l’édification des minarets aujourd’hui comme l’on construisait des « lignes Maginot » hier : dans un esprit de défense passive. »

Merkel et le rêve allemand 07/09/2015
« Pourquoi l’Allemagne est-elle tout simplement devenue l’honneur de l’Europe au moment même où la photo du corps sans vie d’un petit garçon syrien de trois ans choque littéralement et légitimement nos consciences ? »
Il dénonce on ne peut plus clairement la montée des populismes dans sa chronique intitulée l’irrésistible montée des populismes le 30/05/2016
Il sait que si l’on ne parle pas à la fois au « Cœur et à la raison » on ne contiendra pas les populismes.

Sur la Russie

Au-delà de l’affrontement, hérité ou héritier de la guerre froide, l’arrivée au pouvoir de Trump peut-être un mauvais signal envoyé à Poutine, héros ou héraut, à tout le moins d’une « démocrature. »
Licence de chasse pour une nouvelle et énième version du plan de la neutralisation de l’Europe, si chère à Beria et reprise par la « Maison commune » de Gorbatchev, constante de la politique soviétique.
Dominique Moïsi aime les idées iconoclastes. En voici deux: de Kiev à la mer de Chine, les nécessaires leçons de Bismarck le 16/12/2013 :
« A long terme, la seule menace pour la Russie vient de la Chine et pas du monde occidental. Et, à court terme, la seule menace vient d’elle-même et de son incapacité à intégrer le faite que la grandeur factice de la nation ne saurait se bâtir aux dépens du respect sinon du bonheur de ses citoyens. »
Pour autant, je note que Russie et Chine n’ont pas forcément les mêmes exigences morales que Dominique Moïsi.

Et pour le plaisir, je ne résiste pas à cette citation de Dominique Moïsi sur Bismarck, personnage si décrié car si méconnu et pour lequel j’avoue avoir personnellement une certaine tendresse. « Au moment où le monde entier communie dans une émotion sincère et légitime autour de la mémoire de Nelson Mandela, il y a un autre personnage historique–son opposé absolu–dont l’absence se fait cruellement sentir, au moins de Moscou à Pékin. Bismarck, le chancelier de fer, l’homme qui fit l’unité de l’Allemagne autour de la Prusse, est aussi l’homme d’État qui sut, par une sage politique d’autolimitation, préserver pour quelques décennies la paix en Europe. Son renvoi par Guillaume II, qui le trouvait trop raisonnable, ouvrit les portes de l’enfer. »


Sur l’Iran

La géopolitique, c’est aussi prendre en compte le temps long, les crises immémoriales, les blessures mêmes souterraines, les orgueils blessés ou la gloire d’antan qui abreuvent des esprits qui ne demandent fréquemment que cela et avides de retrouver des grandeurs souvent imaginaires et d’autant plus magnifiées.
Henry Kissinger sait que lorsqu’une nation évacue le tragique de son histoire, c’est le Kairos où tous les conflits peuvent surgir. C’est ainsi que Dominique Moïsi analyse le conflit iranien, en exhumant des oubliettes de l’Histoire Mossadegh, que les Américains imprudemment jeté mais dont la mémoire reste vivace au sein de la mollahcratie iranienne.

En Iran les choses sont décidément bien subtiles. Et si une des raisons qui constituait l’architectonie de l’accord de Lausanne relevait (tout simplement ?) de ce que Thucydide appelait le Kerdos. Kerdos, dont Obama, brillant intellectuel, aurait accepté de payer le prix. Ainsi Dominique Moïsi écrivit le 14 septembre 2014:
« Téhéran a un double langage délibéré, comme si son ambition régionale grandissante avait pour but de compenser sa modération sur le plan nucléaire.»
Cette posture n’aurait rien d’inédit.
« Les concessions faites par l’Iran sont beaucoup plus importantes qu’on ne pouvait l’espérer et la levée des sanctions occidentales plus progressives qu’on pouvait le craindre… »
C’est ainsi qu’il qualifia le 08/04/2015 l’accord nucléaire avec l’Iran.

Sur Israël
Après avoir survolé l’Iran et les raisons asiatiques qui ont poussé Washington à conclure un accord, après s’être penché sur les torts partagés des dérives turques, Dominique Moïsi scrute Israël où il a enseigné dans le passé. C’est dire qu’il connaît bien le pays.

Dominique Moïsi ne cache pas ses inclinations. Pour autant sa plume raffinée et onctueuse ne pratique pas la langue de bois. Il est de ceux qui sachant l’objectivité impossible voire utopique ont l’exigence absolue de l’honnêteté.
Henry Kissinger disait que « Tout règlement de paix suppose une certaine « légitimité ». Mais par légitimité nous entendons «… Une stabilité fondée sur l’équilibre des forces a du moins pu être concevable… Cette stabilité, par conséquent, a en général résulté non pas d’une recherche de la paix, mais d’une légitimité reconnue comme telle par tous… »
«Dans le sens que nous lui donnons ici, «légitimité» n’est pas synonyme de justice. Il s’agit uniquement d’un consensus international portant sur la définition d’accords fonctionnels, et aussi sur les règles du jeu diplomatique, qu’il s’agisse des moyens ou des fins. Ceci implique que l’ensemble des puissances acceptent les structures internationales existantes. Aucune, du moins, ne doit arriver à un point de mécontentement pareil à celui de l’Allemagne d’après le traité de Versailles, et traduire sa rancune par une politique étrangère révolutionnaire.
S’il n’exclut pas l’éventualité d’un conflit, un ordre reconnu légitime en limite l’ampleur ».
Et Kissinger de conclure «éclate la guerre (le lecteur appréciera avec bonheur la puissance d’analyse de Dear Henry), elle sera menée au nom des structures existantes et la paix qui suivra sera saluée comme une formulation meilleure du consensus général sur la légitimité »

C’est peut-être dans cette veine que Dominique Moïsi écrit sans passion et sans à priori le 10/12/2012 Au Moyen-Orient les dirigeants face au défi de leur légitimité: « Une légitimité internationale enfin que le gouvernement Nétanyahu, en Israël, contribue par son aveuglement à fragiliser. »
« Il faut le répéter une fois encore : la sécurité d’Israël passe par la légitimité d’Israël, celle-ci présuppose l’existence à ses côtés d’un État Palestinien viable et réellement souverain. Une telle solution n’existe peut-être pas, peut-être plus, mais en rendre l’hypothétique matérialisation impossible sur le terrain est non seulement irresponsable mais suicidaire. Il y a moins de 40 ans, il existait encore en Israël un sionisme vivant et ouvert qui n’était pas devenu prisonnier d’une « religion de la terre », qui n’était pas la victime de l’irrésistible droitisation de ses élites politiques. Il existait une société où le statut de la femme n’était pas remis en question par une dangereuse dérive religieuse. Tout se passe en réalité comme si l’État d’Israël–au moment où il veut se couper de son environnement régional par une barrière physique (le mur de sécurité) technologique (les missiles antimissile) –établissait une continuité paradoxale avec ses voisins en jouant lui aussi la carte de l’intolérance religieuse ou celle de l’ultranationalisme. »

Il est vrai qu’en matière de représentation des idées et des émotions, l’auteur a écrit il y a quelques années un superbe livre : géopolitique des émotions.

Il pointe ainsi le 2 décembre 2013 dans L’Iran et l’Amérique ou l’amorce d’un renversement d’alliances, une des considérations (Kissinger alliances) qui ont, outre leur animosité personnelle, objectivement conduit à un dissensus entre Obama et Netanyahu:
« L’intérêt national des États-Unis n’est pas, n’est plus tout à fait celui de l’État hébreu. L’égoïsme sacré des Etats entre en conflit avec la logique d’une alliance qui paraissait scellée dans le marbre des considérations de politique intérieure américaine. »
Henry Kissinger écrivit déjà dans : Pour une nouvelle politique étrangère américaine
« Dans les systèmes d’alliance, les membres les plus faibles ont de bonnes raisons de croire que le plus puissant un intérêt primordial à les défendre ; il s’ensuit qu’ils n’éprouvent plus le besoin de s’assurer son appui en souscrivant à sa politique… »
Je ne sais si Netanyahu a lu Kissinger et Dominique Moïsi; mais il devrait. Cela lui éviterait d’amères désillusions.
La grande force de l’auteur c’est de trouver des similitudes là où on ne les attend pas. Il peut ainsi expliquer, voire, anticiper de façon paradoxale, grâce aussi à sa culture historique, des logiques comportementales.
« En fait, seule l’Amérique aujourd’hui, comme la France au XVIIème siècle, peut se permettre une politique de « renversement d’alliance ». Ses alliés traditionnels n’ont, eux, pas d’alternative. »
« Le défi existentiel qui menace Israël est-il la bombe iranienne ou la non résolution de la question palestinienne. »

Dans sa chronique Israël face aux Printemps arabes, il soulignait le tragique, au sens grec du terme, « La rencontre entre la montée de l’islamisme dans le monde arabe et celle de l’humiliation et du désespoir au sein de la jeunesse palestinienne se traduit par l’abandon de tout esprit de compromis. »
« Puisque je ne suis rien, je veux tout, toute la terre de la Palestine, débarrassée de ses occupants juifs… l’homme ne vit pas que de pain. Il a besoin d’espoir. Et d’espoir, les palestiniens n’en ont guère. »

Edmund Burke écrivit dans ses propos sur la révolution française : « Ceux qui ont beaucoup à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux. » Dominique Moïsi a le sens du temps long !
« Ils opposent leur inertie historique à l’activisme forcené de type presque plus asiatique qu’occidental des Israéliens. Au Moyen-Orient, en dépit des apparences, le temps ne joue pas nécessairement en faveur des Israéliens. »…
Dans cette spirale aveugle qui ne mène nulle part ou plutôt qui mène l’on sait trop où, il écrit le 27/10/14 dans l’aveuglement d’Israël : « S’aliéner délibérément ou par un mélange d’indifférence ou d’arrogance, la sympathie ou même simplement le soutien tacite de ses alliés n’est pas responsable. »
Le lecteur verra là aussi combien la patine du temps n’a pas gommé la véracité de ses propos.


Sur l’Islam

Dominique Moïsi c’est le courage dans la lucidité. Il n’hésite pas à braver nos peurs et ce qui est devenu la bien-pensance politique. « Les partis religieux sont portés par une foi qui ne distingue pas entre ce qui appartient à Dieu de ce qui appartient à César. Dire qu’il y a une incompatibilité entre Islam et démocratie est une simplification abusive de la réalité. L’expérience de la Turquie ou celle de l’Indonésie constituent un démenti à cette affirmation. Mais à l’inverse, nier qu’il puisse exister un problème d’ajustement entre Islam politique et progrès démocratique serait se voiler pudiquement la face. » L’on rapprochera cette position de celle d’Olivier Roy qui préfère parler d’islamisation de la radicalité plutôt que radicalisation de l’Islam.
Ainsi sa chronique du 29/09/14, Comment vaincre l’Etat islamique, contient-elle un message d’espoir certes mesuré. « Il est bien qu’aujourd’hui se développe sur internet un mouvement musulman de résistance à cette barbarie, « Pas en notre nom ». Mais les imams qui ont le courage de prendre la parole pour dénoncer publiquement une sauvagerie qui est une dérive folle de l’Islam seront-ils écoutés et suivis ? »
Quant à Périclès il disait déjà : « Je crains bien davantage nos erreurs que nos ennemis.»
A charge et à décharge. Et Moïsi de poursuivre : « Il ne faut ni surestimer la menace que représente l’Etat islamique ni sous-estimer la difficulté d’en venir à bout. »


Au chapitre des erreurs( presque revendiquées)

Edgar Faure a commis un livre de mémoire savoureux – même s’il n’oubliait pas plus souvent de s’auto-congratuler (domaine où il excellait) plus souvent qu’à son tour et dont le titre était : «Avoir toujours raison c’est un grand tort.»
Ainsi Dominique Moïsi est parmi les happy few à avoir, certes à quelques kappi près, souligné l’avancée que représente l’accord de Lausanne/Vienne avec l’Iran. Et il est toujours un des rares à penser que l’Iran, volens nolens, revient au sein de la communauté internationale. Il n’empêche et rendons lui grâce une fois de plus de son honnêteté intellectuelle, il s’est trompé deux fois dans le même article. Comment le monde peut-il sortir du chaos ? 25/01/2016.
« Sur un tout autre plan, il est peu probable que la Grande-Bretagne dise «oui » au Brexit et quitte l’UE. Aux USA et en France, les prochaines élections présidentielles ne devraient pas connaître la victoire des candidats les plus extrêmes. »


Sur la démocratie.

La marque de fabrique de Moïsi, c’est un profond humanisme qui laisse cependant la place à l’analyse la plus impeccable. Au détour ou au prétexte d’une déclaration d’amour de la démocratie avec la chute du mur de Berlin et de « l’absolu inverse » « la plus grave défaite politique de ma génération »
Sans chercher à définir ce qu’est un bon gouvernement, Moïsi pointe un des goulots d’étranglement de la démocratie face à un « monde qui marche sur la tête. »

La démocratie malgré tout in Les Echos 2/01/2012
« Le temps de la démocratie serait-il trop lent pour faire face aux crises et situations d’urgence, et trop court pour planifier l’avenir à long terme. »
Lors d’une conférence, il y a une quarantaine d’années, Henry Kissinger m’avait dit, parlant des crises mondiales que les qualités requises pour accéder au pouvoir ne sont pas celles de l’Homme d’État. Pour autant et c’est une autre qualité de Dominique Moïsi c’est son optimisme, raisonné et mesuré mais optimisme pourtant. L’homme est d’ailleurs façonné par cette conviction heureuse.

Ceux, dont je suis, qui ont eu la chance d’assister à ses conférences s’en aperçoivent au premier abord. En effet avant même que Dominique Moïsi énonce une raison d’espérer, une qualité chez un homme d’État, un sourire illumine par avance son visage.
Dans les raisons d’espérer–perinde ac cadaver, en la démocratie, Dominique Moïsi énonce deux idées que les extrémistes de tout poil se gardent bien de mentionner.

Un monde qui marche sur la tête 2/01/2012
« En réalité, la grande faiblesse des régimes démocratiques au siècle de la transparence qu’est le nôtre, c’est qu’ils ne font rêver personne. »
« Contrairement à ce que l’on peut penser à long terme, la résilience est du côté de la démocratie pour peu que les démocrates en demeurent convaincus. »
Ce qui est rafraîchissant dans son discours c’est qu’enfin on ne trouve nulle trace des diatribes anti-élite qui chevillées, encalminées, et engoncées chez tant d’hommes politiques et d’intellectuels parfois de bonne foi mais souvent égarés. Not to mention les électeurs honteusement trompés et abusés.

Parfois au détour d’un problème géopolitique resurgit la question lancinante des valeurs. Ainsi le 14/09/2014 Pourquoi une intervention militaire en Syrie est impossible.
« Face à la démagogie, il n’existe qu’une seule arme : la pédagogie. Il est plus facile de l’exercer quand on ne se met pas en contradiction avec ses propres valeurs. »

En guise de conclusion…
Le monde actuel est confronté à plusieurs difficultés.
D’abord face à plus de Chine, il y a la perception réelle ou représentée de moins d’Amérique « Nous devons garder le sens des valeurs dans un monde complexe, fixer des limites à Poutine dans un monde toujours plus instable, lutter avec plus d’efficacité contre le terrorisme dans un monde toujours plus dangereux. »

Ces lignes me rappellent l’avertissement prémonitoire d’Henry Kissinger écrit en 1957 dans Nuclear weapons and Foreign policy.

« In Greek mythology the gods sometimes punished man by fulfilling his wishes too completely. It has remained for the nuclear age to experience the full irony of this penalty « 

Je terminerai cette note de lecture par la citation rapportée par Dominique Moïsi de Marie-Thérèse. « On ne saurait, pour un profit mince, perdre sa réputation devant Dieu et les hommes. » Et de reprendre la célèbre formule de Walter Bagehot « On ne peut pas être « efficace » si l’on n’est pas « digne ».

Pour ma part je sors de ce livre avec un sentiment délicieux qui me rappelle ce que Stefan Zweig écrivait dans sa biographie sur Montaigne : « Ce n’est pas un livre que je tiens dans ma main, ce n’est pas de la littérature, de la philosophie, mais c’est un homme dont je suis le frère, un homme qui me conseille, qui me console, un homme que je comprends et qui me comprend. Lorsque je prends en main les Essais, le papier imprimé disparaît dans la pénombre de la pièce. Quelqu’un respire, quelqu’un vit en moi, un étranger est venu à moi, et ce n’est plus un étranger mais quelqu’un que je sens aussi proche qu’un ami. »

Le nouveau déséquilibre du monde de Dominique Moïsi aux Editions L’Observatoire Les Echos

Leo Keller
Neuilly le 26/09/2017

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Comments

  1. Ayant atterri par un bienheureux hasard sur votre blog, je m’empresse d’aller me procurer ce livre, qui devrait « résonner » ! Merci de votre article.

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