Silence, on viole ! Par Gérard Biard de Charlie Hebdo

Silence, on viole !
Par Gérard Biard de Charlie Hebdo

Les affaires de harcèlement sexuel et de viol, c’est généralement le contraire des affaires de terrorisme. Là, personne ne semble étonné. Personne ne dit : « Je ne comprends pas, c’était un garçon tranquille, poli avec tout le monde, pas méchant pour un sou, jamais un mot plus haut que l’autre… »

Quand on interroge les voisins, au contraire, tous répondent : « Oui, oui il tondait régulièrement sa pelouse à poil sous son peignoir devant ma fille, toujours avec une très belle érection. » Dans les affaires d’agressions sexuelles, qu’elles aient pour cadre le monde du cinéma, de la politique, du showbiz, de la finance ou de la plomberie, tout le monde savait. Et tout le monde l’a fermait. Par peur, par habitude, par complicité passive, par je-m’en-foutisme, par respect des traditions ou des conventions.
Dans le cas d’Harvey Weinstein, c’est aussi spectaculaire que les blockbusters qu’il produisait. Si on tourne un film sur sa vie de prédateur sexuel et que les actrices victimes de ses avances très appuyées et de ses violences diverses jouent leur propre rôle, on aura le casting féminin le plus faramineux de l’histoire du cinéma.

Pourtant avant que le New York Times ne publie son enquête, pas un mot. Et il a suffi, comme souvent, d’un seul témoignage pour que des dizaines d’autres suivent et pour que tous, collègues, collaborateurs, entourage, journalistes, disent : ben oui, on était au courant, mais vous savez ce que c’est…

Oui, on sait ce que c’est, l’affaire Strauss-Kahn n’est pas si vieille. On s’abrite derrière la supposée malveillance des « rumeurs », le respect de la vie privée, le fameux et fumeux « consentement »–dont il devient décidément urgent de débattre–, on parle d’autre chose ou on choisit le ton de la blague… Au mieux on attend que quelqu’un fasse le premier pas, la première révélation.

Bref, on se dit que c’est comme ça, parce que ça l’a toujours été. C’est dans l’ordre des choses et, dans le cas présent, c’est la loi du « business » : donnant–donnant. Quand Weinstein a agressé Gwyneth Paltrow, Brad Pitt, qui était en couple avec elle à l’époque, a dit au producteur de ne plus poser ses sales pattes sur sa femme. Mais les autres, tous les autres, ça ne le regardait pas.
Non, Brad Pitt n’est pas un salaud. Juste spécimen représentatif.

Car Harvey Weinstein, désormais un monstre, a été jusqu’à la semaine dernière l’archétype fantasmatique du producteur hollywoodien : grande gueule, violent, tyrannique, tripotant avec la même arrogance toute-puissante les films qu’il finançait et les comédiennes qu’il « auditionnait ». Les femmes étaient à ses yeux les trophées d’un « tableau de chasse », et celles qui refusaient ou se plaignaient étaient à ses yeux des emmerdeuses qu’il menaçait ou achetait. Il incarnait, de la racine des cheveux à la plante des pieds, en passant par le bout du gland, l’image qu’on se fait d’Hollywood et de ses avantages acquis.
Il était le « moghul ».
Demandez à n’importe qui dans la rue ce qu’est pour vous lui un producteur de cinéma, il vous répondra, les yeux brillants : un veinard qui fume des cigares, engueule les acteurs et couche avec les actrices.

Le train de vie mis à part, nous ne sommes pas très différents du Tout–Hollywood qui a regardé ailleurs pendant que Weinstein étalait ses manières de soudard. Ce qui se passe dans le monde du cinéma, ou de la télévision avec Bill Cosby, ou de la politique avec DSK ou Denis Baupin, se passe dans tous les lieux de pouvoir, bien sûr, mais aussi dans tous les milieux sociaux.
Le harcèlement et les violences sexuelles sont de vieilles habitudes, tout comme l’indifférence ou la complaisance qui les accompagnent.

Il faut beaucoup de courage, entend-on dire, pour parler la première, comme l’a fait Ashley Judd. C’est vrai. Mais on ne devrait pas trouver ça courageux. On devrait trouver ça normal.

Gérard Biard
in Charlie Hebdo 18 Octobre 2017

PS  A titre personnel je me permets de rajouter que rien que pour ses propos abjects sur les femmes, on aurait dû interdire à Donald Trump de se présenter à la candidature présidentielle américaine.
Leo Keller

 

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Comments

  1. ne pensez vous pas être excessif en parlant de DSK, n’oubliez pas que la »soubrette » a reçu une coquette somme d’argent ce qui lui permet d’exploiter les autres.
    Ne pensez vous pas que tout celà c’est pour une question d’argent et tout se calme
    aussitôt. Pourquoi ces personnes ne se sont pas plaintes après le ler acte
    Arrêtons les hypcrisies

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