Kalos kai agathos ! Mes voeux pour 2018

Chères lectrices, Chers lecteurs,

Kalos kai agathos !
J’aime le temps suspendu de la trêve des confiseurs. Cette respiration bienvenue qui permet de réfléchir sereinement aux événements marquants de l’année écoulée et d’entre-apercevoir ceux qui vont se profiler à l’horizon.
J’aime ce temps de frivolité rythmée par les bulles de champagne et les valses de Strauss.
Je savoure à l’avance ce qui me permettra de commencer l’année nouvelle dans la joie et l’intelligence. Je l’avoue, toute honte bue, je ne rate jamais ce moment de communion et de pur bonheur qu’est le Neujahrskonzert der Wiener Philharmoniker.
C’est mon Kairos, et comme le dieu Kairos me le suggère : à moi de décider laquelle des trois possibilités je choisirais.
Je ne vais donc point me livrer à une analyse de l’année 2017, non erat his locus. Je voudrais juste rappeler trois faits qui m’ont particulièrement interpellé et qui portent en eux toutes les raisons d’espérer pour l’année 2018.
Pour autant, je suis conscient que mon choix est tout sauf neutre et qu’il relève de mon arbitraire.

D’abord et avant tout la victoire- même laborieuse- d’Angela Merkel dont j’admire le courage qu’elle porte au plus haut point. Elle a osé braver l’establishment et les âmes encalminées dans un confort égoïste. Elle a montré que l’on peut vaincre l’hydre du populisme et du nationalisme. Qu’elle en soit remerciée. Et moi je porte, par-dessus-tout, les rebelles plus haut que tout !

Ensuite, l’Europe. L’Europe, qui année après année, résiste et progresse malgré tout, ou en dépit de tout, même avec sa démarche en crabe et qui avance- ne l’oublions pas- de crises en crises. De crises en crises qu’elle surmonte à chaque fois. Gageons que les années à venir connaîtront des progrès fulgurants sous la direction de Macron et Merkel.
Certes la naissance d’une Europe fédérale n’est peut-être pas pour demain ni même pour après-demain, mais enfin on y va en se hâtant lentement.
Certes l’affaire catalane m’a secoué probablement plus que le Brexit anglais qui, après tout, n’a fait que confirmer le choix du grand large britannique toujours si parfaitement et si ridiculement engoncé dans les chimères d’un glorieux passé.

Enfin, et dans un tout autre registre, cet événement d’apparence anodin. Début 2017, un ordinateur a battu à plusieurs reprises les meilleurs joueurs de poker au monde. Il ne s’agit plus cette fois-ci de simples calculs. Nous rentrons là, dans le monde de l’émotionnel et non plus du simple calcul.
L’intelligence artificielle va révéler à l’humanité des perspectives fabuleuses et apporter des progrès que l’on ne soupçonne même pas. En 1996 la vitesse de doublement des connaissances en biologie, terreau indispensable de l’amélioration de notre vie, était de quatre ans. Elle doit être à ce jour de trois ans.
Nous vivons une époque épatante, sachons en profiter. Bientôt l’acquisition des connaissances et leur compréhension n’auront plus de limites. Sky has no limit !

Last but not least ; deux êtres qui étaient des boussoles d’humanité me manquent cruellement. Simone Veil et Jean d’Ormesson. L’une, après avoir traversé les terribles épreuves de la Shoah fut une optimiste de la vie et sût reconnaître ses bonheurs, l’autre, né avec une cuillère en vermeil et dont la seule chose pour laquelle il n’était pas doué, était le malheur, sût discerner, s’indigner et dénoncer les injustices du monde.

Qui osera rêver les rêves que nous ne rêvons plus ?

Je vous souhaite à toutes et à tous autant d’amusement à découvrir les dessins du remarquable Patrick Chapatte du New York Times que j’ai inclus dans ce blog, une vidéo absolument hilarante montrant les dérives ridicules mais dramatiques de Donald Trump et le superbe édito de Riss de Charlie Hebdo dont je resterai redevable ad vitam aeternam reconnaissant pour leur courage et le combat qu’il mène pour la liberté des idées. Toutefois si certains d’entre vous étaient choqués par le vocabulaire employé par Riss, je vous prie à l’avance de m’en excuser.
À toutes et à tous belle et jolie année.
Leo Keller
Neuilly le 29/12/2017

L’édito de Riss de Charlie Hebdo

MMDTG 1

« Les gars, vous savez ce qu’on dit à une femme qui a déjà les deux yeux au beurre noir ? On ne lui dit plus rien ! On vient déjà de lui expliquer deux fois ! » Cette blague prononcée par l’animateur Tex sur la chaîne C8 lui a aussitôt valu une mise à pied de France 2, puis finalement son licenciement.
Fini de rigoler, fini le second degré, fini l’humour noir. C’est ainsi. Par des juges invisibles tapis quelques part autour de vous, il a été décidé qu’il ne fallait plus rire en public avec ce genre d’humour. Aucun tribunal n’a prononcé de sentence, aucune loi n’a été violée, et, pourtant, le bourreau a fait son office et a coupé la tête du malheureux animateur.
On invoque la lutte contre les violences faites aux femmes pour justifier la sanction de cette blague cruelle. Le féminisme a bon dos. Cette explication est inacceptable, car c’est toujours par ce procédé qu’on censure et qu’on interdit. Ne faites pas de blagues sur la religion, car vous stigmatisez les croyants. Ne faites pas de blagues sur les petits-enfants qui se font tripoter, car vous banalisez la chose. Ne faites pas de blagues sur les handicapés, car vous aggravez leur situation. C’est la théorie de l’huile sur le feu. Et si vous riez à une blague, vous contribuez à aggraver la justice que l’humour a eu l’audace de mettre en scène.

Que reste-t-il au rire après ça ? Plus rien.
Parce que le ressort de l’humour est précisément la transgression. On prend la liberté de rire avec quelque chose qui n’est pas drôle. Car, c’est vrai, battre des femmes, ce n’est ni bien ni drôle. Violer des enfants s, ce n’est ni bien ni drôle. Humilier les handicapés, ce n’est ni bien ni drôle. En réalité, rien n’est drôle dans la vie. Un piano, ce n’est pas drôle. Un type qui marche dans la rue, ce n’est pas drôle. Mais un piano qui tombe du dixième étage sur la tête d’un type qui marche dans la rue, c’est drôle.
L’humour est une construction de l’esprit, une invention qui se renouvelle en prenant sans cesse des libertés. C’est précisément ce qui insupporte les censeurs : prendre trop de liberté. Cette fois vous allez trop loin. Contrairement à ce qu’on croit, la première vertu de l’humour n’est pas de faire rire, mais de s’emparer d’une liberté que personne ne vous a accordée. Moi je décide que cette chose est drôle. Je ne demande l’autorisation à personne. Je prends cette liberté et je ris. C’est bien pour cela que le rire a toujours été subversif et inquiète tous les ordres établis. Il ne respecte pas la hiérarchie, il est indifférent aux grades et aux positions sociales ou morales.
L’humour est la première manifestation de la liberté.
Qu’importe que les blagues soient drôles pas, qu’elles aient de l’esprit ou pas, qu’elles soient fines ou grossières. Ce qui compte, c’est de s’approprier une liberté et d’en faire usage : je ris, donc j’existe. La question du bon goût est secondaire. L’enjeu est ailleurs.

Une France de lâches, de corbeaux et de délateurs.

Malheureusement, cette liberté n’a jamais été autant remise en cause. Il suffit de lire les réactions sur les réseaux sociaux dès qu’une blague ou un dessin déplaisent. Une armée de censeurs surgit de nulle part et vous envoie aussitôt à la potence. Menaces de mort, injures, et maintenant licenciement… Tous ces braves gens s’imaginent investis d’une moralité exemplaire et sublime qui leur donnerait le droit de dire ce qui doit exister et ce qui ne doit pas exister.
Cette vague autoritariste n’épargne personne : journalistes, acteurs, féministes, associatifs, militants de tout poil, professeurs, hauts fonctionnaires et bien d’autres encore, partout où le moralisme trouve des censeurs prêts à agir pour réprimer les mauvais sujets. La France ressemble de plus en plus à une classe de lèche-cul toujours prêts à moucharder pour bien se faire voir du maître. Une France de lâches, de corbeaux et de délateurs, qui croient défendre le bien, mais ne défendent que leur servilité. Qui ont la prétention devrait pour un monde meilleur, mais ne font que le rendre plus stupide en l’infectant de leur propre bêtise.

On s’adresse aux citoyens comme s’ils étaient des gosses. On leur fait les gros yeux quand ils disent des gros mots. On les envoie au coin quand ils disent des bêtises à la télé. On les récompense avec des bonbons quand ils sont obéissants. Le vocabulaire a été envahi par cet infantilisme organisé. « Crush » pour parler d’un « coup de cœur »,   « bae » pour dire « petit ami », « kawai » pour dire « mignon», « lol » (laughing out loud) ou « MDR» pour dire    « mort de rire », « xoxo » pour dire « bisou »
Dans ce langage puéril, les subtilités de l’humour noir n’ont plus leur place. On nous parle comme à des gosses pour pouvoir nous gronder comme des gosses. En réalité, on nous parle comme à des chiens, on nous donne des susucres comme à des chiens, et quand on ne pisse pas dans le caniveau, on nous punit comme des chiens.
Ce monde de  « kawai » et de « lol » n’a rien de gentil et de sympa. Ce langage infantilisant est destiné à nous maintenir et à nous contrôler.
Finalement, une claque dans la gueule de temps en temps remettrait en place les idées à ceux qui veulent contrôler les nôtres.

Riss
Charlie Hebdo 20 Décembre 2017

notes
1 Ma main dans ta gueule

Les dessins

enfin le meilleur pour la fin la video du hearing d’un juge que Trump voulait nommer.
Je vous garantis  une séance réellement désopilante sur le fonctionnement de Trump .J’avoue avoir rarement autant ri.
Et pour reprendre le mot si savoureux d’Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France : « Trump est innocent de toute cohérence intellectuelle. »

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