Toujours Charlie! De la mémoire au combat.L’édito de Riss.Avec ma reconnaissance

A Charlie Hebdo avec ma reconnaissance.

Un an après cet attentat barbare que reste-t-il ? L’indicible et le dicible.

Le dicible. Avant tout une dette inextinguible que rien ni personne n’éteindra.
Le dicible. C’est ma reconnaissance pour le courage qu’il a manifesté de façon d’abord éclatante puis hélas sanglante.
Le dicible c’est pour la lucidité et la vigueur de leur combat pour notre démocratie quand bien même je ne partage pas toujours leurs dessins.
Le dicible c’est la dignité et la vigueur de leur réaction.
Le dicible c’est pour leur part de rire qui égaye l’actualité.
Le dicible c’est pour rappeler que Voltaire sévit toujours. Dieu merci !
Le dicible c’est surtout pour réveiller, remémorer et commémorer cette idée si lumineuse que la démocratie est toujours plus forte que la barbarie et l’obscurantisme.

L’indicible c’est dire merci. Merci tout simplement !
Car rien ne pourra jamais traduire ce que je leur dois. : La liberté de me tenir droit et debout !
L’indicible c’est dire je soutiens Charlie Hebdo mais confortablement installé derrière ma plume. Je ne risque rien. Eux ont simplement perdu la vie ! Ils ont perdu la vie pour que je puisse continuer à me regarder.
L’indicible c’est tout simplement parce que Charlie Hebdo me permet de faire mienne la pensée d’Alain : « Aimer c’est trouver sa richesse hors de soi. »
L’indicible, merci à Charlie Hebdo qui me permet de savourer chaque instant de la vie en me rappelant, peut-être et surtout, que je suis l’héritier de Racine qui écrivit ces si beaux vers, hélas ou heureusement, incompréhensibles pour ces barbares sauvages mais incultes.
« Pourrais-je, sans trembler, lui dire : je vous aime ?
Mais quoi déjà ! Je tremble ; et mon cœur agité
Craint autant ce moment que je l’ai souhaité. »

C’est cela aussi la vie !
En hommage à Charlie Hebdo j’ai donc voulu vous rappeler ce que Riss écrivit dans son éditorial le 25 février 2015 après les après les massacres.
J’ajoute tout simplement, en conclusion, que tout journaliste rêverait d’écrire une fois, une seule fois, dans sa vie un édito aussi brillant. Mais cela n’engage que moi. Et libre à vous de ne pas partager mon sentiment !

Merci Charlie Hebdo !

Leo Keller
13 Janvier 2016
Ndlr Nous avons reproduit à l’identique nos deux articles et l’édito de Riss; l’heure de savoir ce qui reste après ne relève pas de cet article.

L’éditorial de Riss du 25 Février 2015

Longtemps, j’ai cru que la pire des choses que pouvait subir un dessinateur de presse, c’était l’emprisonnement. Comme celui qu’ont connu Daumier ou Philippon sous le règne de la vieille poire Louis-Philippe. Alors quand Charb, Luz ou moi-même, jeunes dessinateurs, allions proposer quelques croquis aux journaux satiriques du début des années 90, il n’y avait rien à craindre car sur nos têtes planait l’ange bienveillant de notre art : la sacro-sainte liberté d’expression.

On espérait rire et faire rire avec quelques dessins. Mais, au bout de plusieurs années, à force de dessiner tous ces personnages célèbres dans des situations risibles, une question venait à l’esprit : caricaturer, dessiner, au fond ça sert à quoi ? Après tout, un dessin, ce n’est qu’un dessin. Un petit truc gribouillé qui essaye d’amuser tout en espérant faire un peu réfléchir. Rire et faire réfléchir : le voilà, le dessin idéal ! Plaisir de surprendre le lecteur par un point de vue original, par un petit pas de côté qui oblige à regarder les choses de biais sous un angle inhabituel, différent de la vision majoritaire. L’outrance et l’excès souvent reprochés aux dessinateurs de « Charlie Hebdo » ne sont en réalité qu’une méthode pour s’aventurer sur des chemins inconnus.

C’est peut-être cela que ne supportaient pas les assassins du 7 janvier. Ceux-ci n’ont en réalité jamais rien osé. Ils se sont laissé enfermer dans le confort d’une religion qui a déjà toutes les réponses et dispense de réfléchir et douter. Car le doute est le pire ennemi de toute religion. Il ne faut pas douter quand on décide d’entrer dans une rédaction pour en tuer tous les membres.
Les dessinateurs et les rédacteurs de « Charlie », eux, passent leur temps à douter. De tout et surtout d’eux-mêmes, de leur talent, de leur inspiration. Ce qui les rend parfois un peu chiants. Wolinski se posait la question après l’incendie du journal en 2011 : «N’avons-nous pas été trop loin ? » Seul un honnête homme se pose ce genre de questions. Jamais un assassin. Wolinski avait le courage d’exposer ses doutes. Il avait fait de l’expression de sa vulnérabilité un art.
Voilà pourquoi un dessinateur ne deviendra jamais un tueur et pourquoi il est malhonnête de mettre sur le même plan les soi-disant « provocations » des dessinateurs avec la violence des tueurs en proclamant « ils l’ont bien cherché ».

Mais, pour douter, on a besoin des autres, de tous ceux qui ne pensent pas comme vous. Qu’est-ce qu’on s’ennuierait si tout le monde pensait comme nous ! Dans quel triste monde devaient vivre les assassins du 7 janvier… Un monde uniforme ou la moindre tête qui dépasse est décapitée, où la moindre voix discordante est tranchée. Alors, imaginez, pour ces petits cerveaux, l’idée de faire des petits dessins sur un prophète ! Pauvre hères qui ont foutu en l’air la vie des autres pour oublier d’avoir gâché la leur. Comme Luz l’écrivait à la une de « Charlie », on leur pardonnerait presque d’être à ce point le peu qu’ils étaient.

Malgré des flots d’encouragement et de soutien, on est cependant en droit de se demander qui a réellement le courage de mener ce combat. Car, franchement, qui a envie de se battre pour le blasphème, qui a envie de défier le religieux, si c’est pour finir protégé par 10 policiers 24 heures sur 24 ? Personne ! Tout le monde a soutenu « Charlie » : « allez-y les gars, on est derrière vous ! » Mais combien oseront dessiner et publier un dessin blasphématoire ? Si peu. La foule soutient « Charlie » comme elle soutient le taureau dans l’arène. Car qui sait, un jour peut-être « Charlie » mourra, épuisé par les banderilles, sous les applaudissements admiratifs de la foule.

Et voilà qu’au moment où « Charlie » s’apprête à reparaître, un attentat quasi identique a lieu à Copenhague. Moins de morts mais les mêmes objectifs : faire taire ceux qui croient à la liberté d’expression et exterminer des juifs. Ceux qui tentent de trouver des raisons, pour ne pas dire des excuses aux meurtriers en accusant les dessinateurs de « jeter de lui sur le feu », qu’auront-ils comme explication pour atténuer la responsabilité des tueurs antisémites ?
Car les juifs victimes à l’Hyper Cacher ou à Copenhague, n’ont pas dessiné de caricatures de Mahomet. Et pourtant, ils ont été assassinés. Supporter une telle violence est déjà assez éprouvant, entendre des discours pseudo-intellectuels plus ou moins complaisants est juste insupportable.

Les attaques de Paris et de Copenhague sont d’abord des attaques contre une conception moderne des rapports entre les individus, contre la pluralité, des idées et des hommes. Pendant des siècles, les religions ont contesté avec violence ces valeurs-là. L’époque moderne semblait avoir ramené à la raison de ces religions rétrogrades et leurs prétentions hégémoniques sur les hommes et les esprits. Les attaques de Paris et Copenhague indiquent qu’il faudra encore du temps et du sang pour que toutes les religions acceptent définitivement ce cadre démocratique non négociable.

Riss
Edito de Charlie Hebdo du 25 Février 2015

N’en déplaise aux barbares…
Leo Keller
03/02/2015

« J’y crois car j’ai l’esprit dispos et résolu à voir tous les périls avec grande constance. »1

Inattendue, exceptionnelle par son ampleur et par sa majesté telle a été la réponse du Peuple Français en riposte à la barbarie surgie de la nuit la plus noire de l’histoire de l’Humanité.
Il m’a semblé souhaitable, voire raisonnable de chercher et de retrouver dans mes racines des éléments de réponse apportés par des grands penseurs Grecs et Romains.

Pas seulement parce que leur réponse était élégante.
Pas seulement parce que les défis auxquels nous somment confrontés aujourd’hui existaient déjà alors mais surtout parce que ces défis soulevés étaient des défis polymorphes et complexes et nécessitent donc des réponses polymorphes et complexes.

En sa puissance conceptuelle Thucydide les avait identifiés et Cicéron mit son immense talent dans la défense de la Res Publica.
« L’épaisseur d’une muraille compte moins que la volonté de la franchir. »2

« Jusques à quand enfin, Catilina, abuseras tu de notre patience ? Combien de temps encore ta fureur esquivera-t-elle nos coups ? Jusqu’où s’emportera ton audace sans frein? Rien ni les troupes, qui la nuit, occupent le Palatin ni les rondes à travers la ville, ni l’anxiété du peuple, ni ce rassemblement de tous les bons citoyens, ni le choix de ce lieu, le plus sûr de tous, pour la convocation du Sénat, ni l’air ni l’expression de tous ceux qui sont ici, non rien n’a pu te déconcerter ? Tes projets sont percés à jour ; ne le sens-tu pas ? Ta conspiration, connue de tous est déjà maîtrisée ; ne le vois-tu pas ? Ce que tu as fait la nuit dernière, et aussi la nuit précédente, où tu as été, qui tu as convoqué, ce que tu as résolu, crois-tu qu’un seul d’entre nous l’ignore ? »3

Les termes de l’équation posés ; le but : la volonté d’éradiquer le mal. Rien de ce à quoi nous sommes aujourd’hui confrontés n’est donc véritablement nouveau.
Avant que d’employer un mot qui fâche mais qu’il faut cependant et – hélas – employer, ne serait-ce que pour éviter tout amalgame réducteur, donc avant de voir en quoi la réplique du peuple français a été impeccable face à la menace du terrorisme islamo-nazi, je voudrais rappeler que la violence a été consubstantielle dans l’histoire des relations internationales.
C’est le délicieux et inoxydable Giulio Andreotti qui écrivit il y a quelques années : « l’insécurité à Rome ? Rien de nouveau ! Regardez, au début ils n’étaient que deux à Rome : Romulus et Remus. Eh bien, il y en a un qui a tout de même trouvé le moyen de tuer l’autre. »

Je me propose, au travers de ces quelques lignes, de dégager les zones fractales qui ont amené un tel carnage, ici, et ici en France, et les réflexions que m’inspire la formidable, saisissante et si puissante réaction du peuple français. Que ce soit au niveau de l’analyse ou de l’action.

Il ne faut pas avoir peur de nommer l’origine du mal : à savoir un terrorisme islamo-nazi.
Ces criminels n’étaient ni des ressortissants suisses, luxembourgeois ou monégasques et leur siège social n’est pas à Disney World.
Ils sont tout juste des loosers.
Il a été rappelé, mais je le mentionne quand même à nouveau que ces tueurs islamo-nazis ont d’abord fait leurs classes en délits de droit commun ; avec bien souvent leurs braquages pour seuls diplômes idéologiques et religieux !
Ils sont pour la plupart d’anciens pensionnaires- trop tôt défroqués- qui de Fleury-Mérogis, qui de Fresnes, qui des Baumettes.
Leur bagage théologique : rudimentaire, voire frustre ; leur foi : toute fraiche ; leur ignorance de leurs textes sacrés : abyssale !

Pour autant, et il est tout aussi important de ne surtout pas confondre dans un amalgame suicidaire et surtout contre-productif, ces barbares avec l’immense majorité de la population musulmane française, quant à elle parfaitement respectable et désireuse de compter et de se compter parmi les fils de la République Française.
L’on m’objectera –avec raison- je le reconnais bien volontiers que dans la mesure où ces terroristes islamistes- et non pas musulmans- évoquent, invoquent et convoquent le Coran dans leurs menées, que c’est aux musulmans de clamer haut et fort leur aggiornamento.

Oui et non ! Bien sûr administrer la maïeutique d’une telle démonstration est nécessaire, impérative et impérieuse. Mais c’est aussi oublier d’abord que de nombreux imams, dont Chalghoumi, au péril de leur vie, est-il nécessaire de le rappeler, ont déjà entrepris un tel voyage idéologique.

Et il n’est que juste de rappeler que le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, fût, à cette aune, le pionnier de ce combat.
Ils ne sont pas seuls. D’autres, tel le regretté et trop tôt disparu Abdel Wahab Meddeb, ou Galeb Bencheikh militent dans cette voie et l’enrichissent.
C’est aussi demander à des individus de se désolidariser de leurs frères même meurtriers. Ce n’est ni facile, ni rapide et cela laisse toujours des cicatrices dont on ignore si, quand, où et comment elles se refermeront.

De Luther à Vatican II quatre siècles, tout sauf paisibles, ont déroulé leur cortège de blessures.
Un gouvernement se doit de faire fonctionner de façon harmonieuse les différents groupes qui forment sa Nation. C’est là, une de ses missions régaliennes.
C’est également prendre le risque de rejeter vers les terroristes une fraction importante de musulmans qui n’ont pas encore franchi le pas.
Le Cardinal de Retz-saint homme entre tous-disait si justement et si finement : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. »
Et puis il faut avoir du sang hellène pour savoir manier « l’Ostrakhon ».

Ainsi Kamel Daoud, écrivain algérien et musulman, a pu écrire : « Si ces délinquants ne représentent pas l’islam, ils s’en nourrissent. Le lien des musulmans à l’islam est un lien malade… » Il est vrai qu’il a été frappé en retour d’une fatwa par un imam salafiste Abdelfattah Hamatache.

En la matière, je crois qu’il est bon de rappeler les propos d’Élie Barnavi qui a pensé la guerre et plus particulièrement les guerres de religion. Son livre « Tuez-les tous » est édifiant, et ce à maints égards.
Elie Barnavi, brillant officier et parachutiste dans l’armée israélienne a servi comme ambassadeur en France, ardent militant de la cause de la Paix est par ailleurs un des plus fins connaisseurs de l’histoire et de la civilisation européenne.

Soldats – ou plutôt terroristes perdus – en quête d’identité. :
« Ces sortes de confrérie, d’autant plus exaltées qu’elles avaient oublié le sens de leurs rites, constituaient un terreau idéal au retour du fanatisme. »
Élie Barnavi

Sans vouloir nier l’influence religieuse sur ces barbares il faut aussi raison garder.
Ainsi Barnavi n’hésite pas à teinter d’une autre couleur ce sombre tableau.
« Ils avaient beau se persécuter au prétexte de la religion c’était un moyen d’habiller des querelles triviales avec le manteau rutilant des croyances. »

Le terrorisme permet à un individu en épousant la religion de passer pour un maitre et de se prendre pour un super héros. Il peut ainsi détourner Hegel et faire sienne la célèbre phrase : « deviens ce que tu veux. »

Il y a une évidemment une composante violemment antisémite et anti-occidentale qui hante ces barbares. Leur mode de pensée est foncièrement rabique.
Pour autant les réduire à cette spécificité serait réducteur.

À bien y regarder cependant, le triste record de Breivik-cet autre barbare d’extrême droite-adepte du salut nazillon, qui a massacré à lui seul 77 personnes et en a blessé 151 en Norvège le 22 juillet 2011 ne diffère des meurtriers Koulibali et Kouachi que par l’ampleur de son massacre.

Des membres de la secte Aoum Shirikyo ont le 20 mars 1995 dans le métro de Tokyo tué au gaz sarin 12 passagers anonymes et innocents et blessés 150 autres.
Depuis la phrase- à tout le moins maladroite- de Raymond Barre, il est difficile de parler de victimes innocentes.
Et il serait juste de rajouter à cette litanie morbide les tristes « exploits » de Die rote Armée Fraktion, des brigades rouges ou de la bande à Baader.

Mohammed Merah à Toulouse n’était pas un fou. Il était un meurtrier mu par la haine de lui-même et accessoirement de l’autre. Thanatos est leur demeure !
Mais il ne différait pas non plus d’un autre meurtrier Cho Jeung –Hui, de nationalité sud-coréenne, qui avant de se suicider a froidement, lâchement, sauvagement, méthodiquement et sans aucune raison tué 32 jeunes à l’université Virginia Tech le 16 avril 2007 aux États-Unis.

Hannah Arendt avait raison. La banalité du mal n’est pas un concept vide de sens.
Vouloir déduire à toute force que ces pulsions meurtrières et barbares relèvent d’idéologies ou d’idées puisant leur inspiration dans un corpus religieux est d’abord simplificateur et revient à exonérer le tueur de sa responsabilité individuelle.

Toujours se réfugier derrière l’autre, un ordre ou une idéologie.
Toujours et encore évacuer sa faute, sa culpabilité –islamiste ou pas.
C’est une des grandes maladies du siècle que de vouloir être irresponsable ou déclarer l’autre complètement irresponsable.
Si ces idéologies ou ces aspirations religieuses portaient en elle la responsabilité ontologique et exclusive de ces massacres, alors ce n’est pas trois, dix, mille ou dix mille, assassins en puissance mais des millions qui seraient prêts à frapper et à tuer aux marches de la civilisation.

Voilà pourquoi, amalgamer ces terroristes islamo-nazis à l’immense majorité de leurs coreligionnaires est une absurdité.
Pour autant Kouachi et Koulibali n’étaient ni catholiques, ni orthodoxes, ni protestants, ni juifs, ni bouddhistes, ni confucéens, ni encore moins athées !
Non ! Ils étaient et se réclamaient musulmans !
A cette aune il est trop facile de dire : « Suis-je le responsable de mon frère ? »

Toujours aux États-Unis, Éric Harris et Dylan Klebold ont massacré 12 étudiants et en ont blessé 24 autres le 20 avril 1999 dans l’école secondaire de Columbine.

Croire et vouloir faire accroire que le terrorisme résulterait de la pauvreté ferait de la Chine et de la Corée du Nord les champions du monde des actes terroristes commis sur leur territoire.
Que je sache il n’en est rien !

Par contre nier que des comportements haineux et agressifs, et pouvant porter des coups à la République ne trouvent un terreau favorable dans les ghettos relève d’un esprit obtus. Et ce n’est pas pour rien que l’on parle de l’effet Columbine.

Rappelons pour mémoire qu’il ne se passe pratiquement pas de semaine aux États-Unis sans qu’il y ait une tuerie, certes de moindre ampleur ou une tentative de tuerie. Il ne me semble pas que ces meurtriers soient mus par une quelconque idéologie religieuse.

Et de la même façon que j’ai rappelé que Merah, Kouachi et alii étaient musulmans, il est mêmement juste de rappeler que Klebold et alii n’étaient pas musulmans .Et que la petite tête d’ange de Klebold tenait du parfait WASP !
À cet égard qualifier le nihilisme d’idéologie me semble relever de l’obscénité.

Ce que j’écris suscitera l’ire et la controverse aux extrémités du champ des idées politiques. Leurs porte-paroles brandiront le gonfalon de leurs certitudes et de leur bien-pensance.
De ces porte-paroles, ma foi j’en accepte leur disgrâce et leur courroux. Mieux, je les revendique !
À tout prendre j’ai toujours professé une admiration pour Chateaubriand et n’ai eu que peu d’estime pour le Salon Officiel, temple artistique des peintures convenues !

Il me semble également utile de rappeler dans un salutaire effort d’anamnèse que Columbine se situe dans une petite bourgade bien paisible et dont les habitants n’ont pas la moindre idée de ce qu’est un ghetto.

Ceci pour rappeler au Premier Ministre de la France,(Manuel Valls) dont je salue avec fierté le comportement exemplaire, et qui a de vraies, belles et fortes convictions républicaines chevillées au corps qu’il est peut-être exagéré d’employer le mot apartheid.

Que les ghettos facilitent le mal-être, certes ! Qu’ils empêchent l’espoir d’être un phare et l’ascenseur social de l’atteindre, nul ne saurait le nier.
Ghettoïsation, perte d’identité, misère et religion n’expliquent pas pour autant le meurtre de 12 journalistes et policiers à Charlie Hebdo et de quatre juifs faisant paisiblement leurs courses une veille de Chabbat.

Que l’on parle des territoires perdus de la république cela est vrai mais n’explique pas- du moins pas entièrement- cela. Par contre que des égarés, au cerveau gravement endommagé par la barbarie et par la haine antisémite-ou pas- aient voulu parce que n’ayant pas ou plus d’identité et de vraies racines croire qu’en jouant au héros, ils pourraient- tel Hercule- nettoyer les écuries du monde, est hélas vraisemblable.

En règle générale les terroristes islamistes sont souvent ignorants de leur théologie dont ils se réclament .Théologie, elle au demeurant –faut-il le souligner- parfaitement respectable.
Le mutazilisme et la bidaa leurs sont également parfaitement étrangers.

Pour mieux cerner la filiation psychologique de ces barbares –encore qu’il ne me convient guère d’ébaucher ne fût-ce qu’une tentative d’excuser l’inadmissible-une image me vient à l’esprit.

Dans le film « M le Maudit », lorsque la pègre arrête et juge le criminel qui assassine les petits enfants, le meurtrier clame comme unique défense : « C’est plus fort que moi c’est une pulsion je ne peux m’empêcher de tuer. Ich kann nicht ich kann nicht »
Il en va de même des violeurs et autres névropathes. L’analogie me semble évidente.

Parce qu’il me parait vain et illusoire de dé-radicaliser ces barbares, la seule réponse qui s’impose est- hélas- une réponse sécuritaire avec toute sa panoplie nécessaire et afférente. Mais cette réponse impérative ne pourra s’exercer de la façon la plus vigoureuse et massive que si l’on se refuse à tout amalgame.

Plus nous intégrerons– terroristes islamistes mis à part – les enfants égarés de la République dans la République, plus il nous sera loisible et efficace de se défendre contre la barbarie.

La France souffre non pas de ses nombreuses communautés ; elle souffre car elle est sortie de notre bien commun est sacré : la laïcité.
La France pleure et saigne en ses diverses communautés qui lui ont tant et toujours tant apporté parce que, précisément, elle ne leur a plus apporté la France !

Pour avoir voulu, peu ou prou, copier le modèle anglo-saxon de l’ouverture au communautarisme et adopter une laïcité positive, tous les Présidents de la République , de Valéry Giscard d’Estaing- pourtant le plus brillant que nous ayons eu, à François Hollande d’avant le 11 janvier, en passant par Nicolas Sarkozy et ses rodomontades au Karcher, non suivies d’effet ou bien sûr avec les envolées lyriques et absurdes de François Mitterrand, ont fait preuve de cécité intellectuelle.

Loi après loi, décret après décret, démission après démission jusques et y compris dans l’enseignement ; cerise sur le gâteau : abandon de la carte scolaire, on a lézardé les valeurs de la République !
Libéraux, conservateurs, socialistes ont cru bon de déserter cette citadelle qui nous a tant et tant protégé : la laïcité !
Il nous eut fallu cent Chevènement !

En la matière la multiplication de mouvements radicaux produit tout comme dans le monde des affaires une concurrence de groupuscules terroristes qui tantôt se feront concurrence tantôt s’allieront contre le monde civilisé ; les deux pouvant d’ailleurs se cumuler en une ascension aux extrêmes.
Le fait qu’à l’échelle mondiale des musulmans soient les premières victimes de la barbarie islamo-nazie (200 000 victimes en Syrie faut-il le rappeler)( à l’époque depuis le chiffre a hélas probablement plus que doublé) n’exclut ni Toulouse ni Charlie Hebdo.

Alors pourquoi la France ?
Et pourquoi Charlie Hebdo, dont faut-il le rappeler le lectorat ne concurrence pas vraiment celui du Figaro et dont les dessinateurs étaient plus volontiers adeptes du slogan débile « CRS SS » que de Jacques Faisant.
La boucle est bouclée.

D’aucuns veulent croire et faire accroire que le conflit du Moyen-Orient en est le responsable.
Là encore, il me semble utile de faire un distinguo entre une minorité radicale dont la violence meurtrière per se n’a besoin d’aucune justification et qui s’exercerait de toute façon.
Pour elle le conflit du Moyen-Orient n’est qu’un véhicule leur permettant de gagner la sympathie de foules ignorantes, et engoncées dans une bien-pensance, volontiers oublieuse de l’histoire.

Que l’État d’Israël vienne à se réduire à un confetti voire à – disparaître – n’empêcherait pas les pulsions morbides et leur haine du juif.
Bien au contraire !

Pour autant, et à condition de considérer le reste de la population musulmane non-violente, nier que ce conflit n’exacerbe pas les tensions, les frictions, les émotions et les ressentiments entre les deux communautés relève d’un angélisme aveugle et irénique.
A la limite tant que ces derniers restent dans un cadre civilisé, cela n’est pas totalement anormal.
Vouloir occulter cette réalité est la marque d’un raisonnement parfaitement amétrope et dénote une confusion mentale.

Alors pourquoi la France ?
D’abord parce que la France concentre en son sein la troisième communauté juive au monde et une des plus fortes populations musulmanes. On a connu des formules chimiques moins explosives.

Ensuite un passé colonial toujours prévenant dans les mentalités.

Mais la France aussi et avant tout parce que symbole d’ouverture et de tolérance.
Charlie Hebdo symbolise non seulement la liberté d’expression, chose que la France partage avec de très nombreuses démocraties sur la planète, mais parce que Charlie Hebdo est d’une certaine façon le parfait héritier de Voltaire avec – il est vrai – la vulgarité en plus.
Charlie Hebdo, dont disons-le tout de suite je ne suis qu’un lecteur occasionnel et modéré (par solidarité reconnaissance je m’efforcerai par contre dorénavant de le lire plus souvent)( j’ai tenu parole je le lis désormais assidûment et avec un plaisir immense)  est tout à la fois l’esprit frondeur, sarcastique et le contre-pouvoir de la fille aînée de l’Eglise.
En s’attaquant à Charlie Hebdo, les meurtriers ont cru s’attaquer au maillon faible de la presse française, de la société française, de la République Française. Le maillon le moins cartésien de la presse française.
Ils se sont trompés !

Charlie Hebdo s’est révélé être dans la représentation française Astérix dans le village gaulois.
Les terroristes ont frappé simultanément un des symboles, certes vibrionnant et volontiers urticant de la démocratie et un magasin juif. Deux symboles qui ont construit la France : Athènes et Jérusalem.

Mais le sumbolon s’est révélé être plus fort que leur barbarie.
Ils ont crû que cette sidération infligée serait leur victoire !
Elle sera leur Stalingrad ! Elle sera leur enfer ! Certes la route fût longue et douloureuse de Pearl Harbour à Midway.
Car c’était sans compter que le rire et surtout le rire de soi, était aussi une respiration dans la vie politique française.

Ils ont trompé par effraction la première tête de Cerbère. Ils ont oublié que Cerbère a deux têtes. Je lui fais confiance pour que ces tueurs et voyous ne sortent ni vainqueurs ni vivants de la grotte.

Ils ont cru que Charlie Hebdo n’était qu’un isolat de la presse de facture plus classique.
Mais Charlie Hebdo parce que précisément excentré de cette même presse.
Mais Charlie Hebdo parce que éloigné en une assourdissante arrogance et une charmante naïveté du politiquement correct !
Mais Charlie Hebdo parce que superbe, insolent, et orgueilleux héritier de Voltaire.

Mais de Voltaire visiblement ces brutes épaisses n’ont rien connu ni retenu.
« Si le grand nombre gouverné était composé de bœufs, le petit nombre gouvernant, Bouvier, le petit nombre ferait très bien de tenir le grand nombre dans une ignorance. ..Mais il n’en est pas ainsi plusieurs nations qui longtemps n’ont eu que des cornes, et qui ont ruminé commencent à penser. Quand une fois ce temps de penser est venu il est impossible d’ôter aux esprits la force qu’ils ont acquise ; il faut traiter en êtres pensants ceux qui pensent, comme on traite les brutes en brutes. » 4

Je voudrais maintenant t’adresser Peuple de France, parce que Français, tout simplement quatre millions de mercis !
Les événements et la manifestation du 11 janvier nous obligent tous à tirer d’abord des enseignements.

Avant tout j’observe que le lien social – ce vouloir vivre ensemble, cette communauté de souffrance et de destin chers à Ernest Renan n’est pas cassé.
D’aucuns ont eu beau lui porter des coups répétés.
D’aucuns se sont crus intelligents en voulant y ajouter comme dans un mille-feuilles les parfums, odeurs et saveurs du communautarisme.
D’autres encalminés dans un libéralisme parfois irresponsable car débridé et qu’ils pensaient avancé, ont voulu ou cru le dépasser.
D’autres voulant pousser au loin de savantes études sociologiques en dénonçant une pensée soi-disant attardée, se sont révélés n’être que de tristes Trissotins soixante-huitard attardés.

Enfin et autant je n’ai que le plus profond mépris pour les idées nauséabondes et peut-être surtout vulgaires–si tant est que l’on puisse les qualifier d’idées -du Front National il est réjouissant de voir que les positions du Front National n’ont pas elles non plus cassé ce lien social.
Pour autant je pense qu’il était ridicule, hors de saison et surtout contre-productif de vouloir les exclure de la manifestation, on a bien accepté son frère jumeau en vulgarité et en bêtise : le Front de gauche,
En tout cas pas pour le moment. A cet égard je suis heureux de saluer le raisonnement impeccable et digne d’Alain Juppé ou de Nathalie Kosciusko-Morizet.

Churchill apprenant le 15 avril 1943 que 22 000 soldats polonais dont 8000 officiers, gratuitement et sauvagement exécutés non par les nazis mais par les bolcheviks eut cette réponse frappée au coin du bon sens : « S’ils sont morts, rien ne pourra les faire revenir,… Nous devons vaincre Hitler et ce n’est pas le moment de provoquer des querelles ou de lancer des accusations… »
Rebus sic stantibus !
Il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir éployer une telle intelligence !

Mais le lien social a bien résisté. C’est la première ou plutôt la deuxième éclatante leçon des événements du 11 janvier.
La première, c’est ce besoin qu’ont les Français, toutes classes sociales confondues, et toutes origines regroupées, de communier et de communier ensemble en une messe sacrée.
Messe sacrée parce que précisément civile !
Cette communion, cette émotion font désormais partie de notre patrimoine national. Elles sont mon patrimoine !

Que des enfants de mai 68 embrassent des CRS va au-delà de l’anecdote.
Pour ma part, j’ai vu dans cette irruption du sacré quelque chose qui relève du souffle magique.
Il n’empêche, en ces temps d’incertitudes et de drames la République est plus que jamais l’institutrice de la Nation. Je ne remercierai jamais assez- quant à moi- les hussards noirs de la République.

En l’état actuel et parce que la manducation que seul permet le temps long est insuffisante, il ne sert à rien et il n’est pas possible de vouloir tirer d’autres enseignements que cette réaction. Le temps venu, les réflexes céderont la place à la réflexion. Vouloir aller plus loin pour le moment est illusoire.

En outre, il est des heures en histoire où l’histoire consiste justement à accepter de tels instants de grâce afin de mieux l’enraciner dans le substrat collectif.
« Il faut savoir agripper les pans du manteau de l’histoire lorsque celui-ci nous fait la grâce de passer à portée de main. » 5
Et c’est Sacha Guitry qui disait : « Le silence après Mozart c’est encore du Mozart. »

Et lorsqu’un peuple se lève, tout entier, pour protéger sa liberté alors sa sécurité est déjà grandement assurée. Le reste découle de source. Ce que les islamo-nazis n’ont pas compris, ce qu’ils ont sous-estimé c’est le « Seele » et le   « Mut »-concepts chers à Clausewitz- du peuple français.

En frappant dans le cœur de la représentation française, ces brutes épaisses en se posant en ennemi extérieur ont assuré et réassuré la cohésion du peuple français.
Autant il est important de prévoir le jour d’après dans une guerre autant il ne me semble pas urgent de sortir du jour d’après dans le cas présent. Je veux pour le moment encore en bénéficier pour mieux me préparer.
« Seigneur, accorde moi la chasteté mais pas tout de suite. » 6
Je conviens, certes, qu’il faudra bien sortir de cette communion, de cet instant de grâce. La guerre absorbe toujours la politique.
« Donc veillez; car vous ne savez ni le jour ni l’heure. » 7

Lorsque le Premier Ministre de la République –mon Premier Ministre- ( Manuel Valls)suivant en cela les propos impeccables du Président de la République Française affirme devant la représentation nationale le langage suivant:  « La France n’est plus la France sans les Juifs » « Quand on s’attaque aux juifs de France, on s’attaque à la France et on s’attaque à la conscience universelle, ne l’oublions jamais. » il fait preuve d’une rare élévation morale.
Lorsque le Premier Ministre prononce dans le même discours : « L’autre urgence, c’est de protéger nos compatriotes musulmans. Ils sont eux aussi inquiets. Des actes anti- musulmans inadmissibles, intolérables se sont à nouveau produit ces derniers jours. Là aussi, s’attaquer à une mosquée, à une église, à un lieu de culte, profaner un cimetière c’est une offense à nos valeurs », il élève la dignité de sa fonction.
Cette cohésion nationale sort renforcée lorsque Le Président de la République déclare solennellement : « Notre pays ne serait plus la France s’il devait vivre sans vous (juifs). »
« L’antisémitisme se nourrit aussi de la haine d’Israël. Il importe les conflits du Moyen-Orient. »

L’islam est la deuxième religion de France. Elle a donc toute sa place en France. Il ne tient qu’aux musulmans, comme les juifs ont su le faire, de la rendre encore plus belle.
Et notre défi, pas seulement en France, mais dans le monde c’est de faire cette démonstration : la république, la laïcité l’égalité hommes femmes sont compatibles avec toutes les religions sur le sol national pour peu qu’ils acceptent les principes et les valeurs de la République.

Mais cette république doit faire preuve de la plus grande fermeté, de la plus grande intransigeance, face à ceux qui tentent au nom de l’islam, d’imposer une chape de plomb. Et lorsqu’un Premier Ministre peut aussi, après avoir stigmatisé les islamistes dire : « L’islam est une religion de tolérance… » alors je ne peux qu’être extraordinairement fier d’avoir comme Premier Ministre ( Manuel Valls) un homme d’une telle envergure.

Ce discours courageux, honnête et de surcroît beau et élégant dans certains passages est digne de figurer à côté du superbe discours de Clémenceau répondant à Jules Ferry.

Je voudrais également raison garder. L’islamisme n’est fort que de notre faiblesse qu’il teste afin de découvrir notre résistance. Que celle-là laisse place à une résolution claire forte nette et précise alors la République saura se défendre. Que l’unité de façade de ces groupes sur ces sujets difficiles et complexes vienne à se fissurer, l’on verra apparaître des luttes intestines meurtrières.

Certes les coups que les terroristes porteront feront mal, voire très mal. Mais ce sera le prix de notre liberté elle-même – et je le conçois bien évidemment –cela est difficile à formuler.
« La porte du noir Pluton est ouverte nuit et jour .Mais revenir sur ses pas et remonter à la lumière d’en haut, c’est le pénible effort, la dure épreuve.
Quelque uns seulement l’ont pu, fils des dieux que favorisa l’amitié de Jupiter ou que leur ardente vertu éleva jusqu’au ciel. »8

Des mesures exceptionnelles seront prises. Je sais gré au Premier Ministre de garder la tête froide et de ne pas tomber dans les excès au demeurant – pas toujours efficaces- du Patriot Act.
Il ne faut pas « Propter vita vitae perdere causas. »

Lutter et lutter fermement contre ces barbares et surtout ne pas sacrifier notre liberté. Mais croire qu’on privera d’oxygène le petit noyau d’islamo-nazis, croire qu’on les dé-radicalisera relève de la confusion mentale la plus parfaite.
Pour autant penser et croire que ne pas s’attaquer aux problèmes sociaux dans les ghettos n’est pas nécessaire dans la reconquête d’esprits perdus, désorientés et en cruel manque d’espérance, est la marque d’esprits embrumés.

Oui, il est aussi évident que si la « majorité silencieuse » – expression chère au regretté Nixon – n’a le choix qu’entre une identité qui lui propose de jouer au super héros et la désespérance, alors ces Français de confession musulmane seront perdus pour la République et seront autant de munitions pour terroristes en puissance.
En ce sens, et en ce sens seulement, la phrase malheureuse et juridiquement fausse de Manuel Valls fait sens.

Alors toujours encore et pourquoi la France ?
Parce que là encore la France que d’aucuns décrivent et décrient comme ayant capitulé devant la menace islamiste (pour voyager souvent à l’étranger ce genre de propos y est ridiculement à la mode).
Parce que la France est le premier pays et demeure encore à ce jour un des rares pays à avoir adopté une loi sur le voile.
Esprits chagrins qui pensiez la France incapable de se défendre, esprits chagrins et étiqués qui pensez que l’on n’en fera jamais pour se recroqueviller, dois-je dire qu’il n’y a plus aujourd’hui de jeunes filles voilées dans les écoles de la République. Les aficionados du psogos ont accoutumé d’occulter ce fait.
La France parce que premier soutien des USA en Syrie. Qu’il me soit permis de rappeler, sans malice aucune, à mes amis britanniques que jusqu’à plus ample informé ce n’est pas le Parlement français qui a empêché des frappes militaires en Syrie.
La France encore !
Qu’il me soit permis de rappeler que c’est la France qui porte -quasiment seule- le flambeau de la liberté contre les diverses mouvances terroristes islamistes en Afrique. Il faudrait avoir une vue d’aigle particulièrement acérée pour y distinguer des troupes britanniques ou allemandes !

La France parce que sa force et sa résolution, surtout dans ce combat, ont été sous-estimées et que ces voyous ont cru que la France était le ventre mou de la démocratie.

La France encore et toujours pour notre indomptable liberté d’expression.

Cette combinatoire, aucun pays ne la possède en sa totalité. Non pas que d’autres pays n’aient pas leurs propres atouts. Ils les possèdent et souvent, très souvent, au plus haut degré. Mais ils n’ont pas cette combinatoire.
La France définitivement car notre principe sacré : la laïcité.
Laïcité que ne supportent pas, bien entendu, les islamo- nazis, mais laïcité que ne peuvent également comprendre les Anglo-Saxons.

Alors oui, merci, mille fois merci à Charlie Hebdo de nous le rappeler.

Des questions restent cependant posées.
La première qui me vient à l’esprit est : aurait-on pu faire mieux ? Aurait-on pu éviter un tel carnage alors que les auteurs de ces massacres étaient connus des différents services ?
La question est importante certes. Elle me semble relever, à tout le moins du wishful thinking !
On peut toujours faire mieux. Surtout lorsque l’on pose la question ex post. A-t-on pu stopper Hitler. A-t-on pu stopper Breivik ? A-t-on pu stopper Yigal Amir ? A-t-on pu stopper la secte japonaise Aoum ? A-t-on pu stopper les auteurs du massacre du 11 septembre à New York ?
Certes il y avait un terreau, un humus propice ; mais telles les cellules gliales, les connexions avec les cellules terroristes ont parfaitement fonctionné.

Le terrorisme est la défaite de la pensée. Un de ses dangers et non des moindres est d’entraîner chez nous réflexe plutôt que réflexion.
La défaite de la pensée c’est aussi une menace – certes moins meurtrière, oh combien, – qui guette nos sociétés. Je pense à l’attitude toute d’intelligence et de dignité dont François Hollande et Angéla Merkel ont su faire montre.

La Chancelière d’Allemagne a- tout comme Hollande- fustigé de la manière la plus exemplaire les islamo-fascistes et a pris des mesures adéquates dans son pays. Elle a tout uniment stigmatisé les décérébrés de Pagida.
Pour prix de son courage moral : une caricature par la majorité bien-pensante en musulmane.
Des esprits chagrins ont cru bon de souligner que l’on ne s’était pas autant mobilisé pour les victimes de Merah dans une école juive à Toulouse, voire lors de l’attentat de l’épicerie kacher à Vincennes.
C’est possible mais l’important est qu’une telle émotion, une telle réaction, une telle mobilisation aient jailli en cette dramatique occasion. L’on s’est cependant réuni, mobilisé cette fois-ci, et c’est ce qui compte. L’ensemble du peuple français s’est ressaisi et retrouvé.

Ce type de raisonnement, que je peux comprendre émotionnellement, ne fait pas mouche à tous coups, me semble-t-il. L’on se serait également moins mobilisé si l’on avait tué des qui chefs d’entreprise, qui des avocats, qui des médecins qui des ouvriers, qui agriculteurs et alii.

Toucher à Charlie hebdo c’est s’attaquer à l’ADN français : la liberté de se moquer de soi-même, de moquer les autres, de fronder, de provoquer gratuitement, gaiement et irrespectueusement.
La liberté avec un grand L est unique et sacrée.
Le Général de Gaulle, fin connaisseur de l’anima française disait –certes un peu méchamment : « Les français sont des veaux. »
Mais il arrive que les veaux deviennent taureaux et se révoltent. Après tout 1789 a bien éclaté en France.

Je voudrais également faire remarquer que ceux qui regrettent – à juste titre – l’absence de manifestations de solidarité au moment de l’affaire de Toulouse n’ont pas tous forcément manifesté lors de la tuerie de Breivik ou du génocide Tutsi.

A la réflexion, le mot chagrin que j’ai employé, me semble en l’occurrence injuste. Injuste car ces esprits chagrins n’ont pas totalement tort. En effet le nombre de jeunes lycéens, parfois très jeunes, ayant refusé parce qu’endoctrinés, qui par leurs parents ou familles, qui par leurs amis, qui par des prédicateurs nourris au lait de l’islamisme le plus radical ont refusé de s’associer à la minute de silence ne laisse pas d’être préoccupant.

Ce que je retiens des deux massacres de janvier : c’est que cette catharsis a permis au peuple français de recoudre son sumbolon. Quelque soient les solutions envisagées, et mon propos n’est pas de les penser ici, il me suffira juste de les mentionner.

Réapprendre la morale, le vouloir vivre ensemble et l’instruction civique. Admettre que nous nous sommes trompés, même de bonne foi avec la carte scolaire. Accepter que certains enfants fréquentent les lycées de leur choix en fonction bien souvent des revenus de leurs parents, et non de leur mérite, et relèguent ou abandonnent les moins favorisés dans des lycées moins prestigieux et moins élitistes et dont le taux de succès au baccalauréat est en tout cas plus problématique, fut une erreur monumentale.
Les destiner à ces établissements, comme s’il s’agissait d’une réserve de Peaux-Rouges, c’est faire fi du vouloir vivre ensemble et de la laïcité !
Comment expliquer à ces enfants et leur demander de respecter une minute de silence pour d’autres enfants dont la fréquentation scolaire leur est quasiment déniée !
Charles Péguy disait que tout est joué dès l’âge de cinq ans.
La France et les Français doivent redécouvrir leur passé. Ses périodes noires comme ses périodes glorieuses.

Il est également urgent que l’Europe se dote d’une conscience collective et qu’elle comprenne que l’éthique à Nicomaque, qui a nourri et enluminé ma vie universitaire, cette si belle, si riche et si intelligente idée mérite d’être défendue manu militari s’il le faut.
Je conseillerais également à tous les élèves européens de lire et de s’imprégner du superbe texte de Stephan Zweig : La tour de Babel.

Dans un autre registre se servir du socle déjà conséquent des musulmans qui brandissaient le slogan : « not in my Name. »

Revenir aux principes républicains.
Platon disait : « Dieu voulant réconcilier les deux ennemis et ne pouvant y réussir les y attacha tous deux par leurs extrémités. »

Luc Ferry écrivit dans le Figaro: « C’est la reddition, depuis 40 ans, aux idéologies multi- culturalistes, et l’abandon des principes républicains par les libéraux de gauche comme de droite au nom des funestes théories du droit à la différence et de l’affirmative action qui ont corrompu nos principes républicains. »

Il faudra également bien entendu réorganiser l’islam.

Le temps est venu pour moi de conclure.

Peuple de France !
Entre ici dans cette nef sacrée que d’aucuns donneurs de leçons de morale ont voulu te refuser.
Peuple de France, entre ici, vivant, grave, solennel mais joyeux dans la légende des siècles de cette nef sacrée.
Peuple de France, impertinent mais toujours digne rejoins ton camarade et frère d’armes Jean Moulin.
Peuple de France, je te dois quatre millions de mercis pour ton indomptable impertinence.
Peuple de France, que l’on disait couché et déjà vaincu – sans avoir combattu – par quelques meurtriers de banlieues qui ne sont que de petits voyous ,tu clames haut et fort devant la représentation nationale que la France ne saurait être la France sans les juifs et sans les musulmans.
Peuple de France, qui dans ta grande sagesse a seul accepté des caricatures contre ces mêmes voyous et qui as voulu protéger tes soldats dont le crayon était la seule arme par des policiers musulmans, victimes eux aussi du terrorisme- tant ta république est forte.
Et l’on ose t’accuser de démission !
Peuple de France, même ton plus ancien et fidèle allié n’a pas eu ton courage pour partager ton fardeau. Que n’ont-ils publié eux aussi ces caricatures. New York, tant vantée, s’est réfugiée habilement dans un puritanisme hors de propos.
Peuple de France, on a osé censurer à la télévision anglaise – pourtant mère de toutes les télévisions – ta fille qui y brandissait Charlie Hebdo. Décidément Albion sait encore être perfide !
Peuple de France, un Premier Ministre, bien peu délicat, n’hésite pas à déclarer jusque dans ton sol –alors que tu déployes ton armée pour protéger tes fils -à brandir la menace de l’insécurité dans laquelle vivraient tes fils. Mais un de ses journaux écrit par des exaltés- et certes minoritaire et dont il n’est pas responsable – n’hésite pas à censurer la photo officielle où les leaders du monde entier sont venus te rendre hommage, et à supprimer de celle-ci la photo d’Angéla Merkel et Anne Hidalgo parce que femmes.
Peuple de France, merci de lutter contre ces islamo-nazis.
Peuple de France, merci de refuser tout amalgame.
Peuple de France tu es éternel car tu m’appartiens.

Leo Keller
03/02/2015

Notes
1 William Shakespeare in Jules César Acte V scène 1
2 Thucydide
3 Cicéron in Catilinaires
4 Voltaire in réflexions pour les sots
5 Bismarck.
6 Saint-Augustin
7 Matthieu XXV 13
8 Virgile in l’Enéide

Voici les interventions prononcées lors de la cérémonie en souvenir de Charlie Hebdo

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