Qui est l’ennemi ? Par Margaux Schmit

Margaux Schmit n’écrit pas avec bonheur qu’en anglais. Elle maitrise parfaitement la langue française comme vous le constatez dans cet article Nous sommes donc particulièrement fiers et heureux de vous proposer une fois de plus ses réflexions percutantes à souhait et si parfaitement éployées sur un sujet aussi complexe et qui restera de longues années encore au cœur des relations internationales.
Nombre d’entre vous ont particulièrement apprécié ses précédentes contributions dans de nombreux domaines. C’est dire son impeccable curiosité, sa remarquable expertise et sa capacité d’analyse.
Pour autant Margaux Schmit nous livre là ses pensées dans un champ qui nécessite une vraie compétence géopolitique, un sens aigu de l’Histoire et de vraies connaissances philosophiques.
Comme à l’accoutumée son article est remarquablement construit. Margaux Schmit vise juste, elle frappe fort et elle est douée en outre d’un fort joli brin de plume.
Ne soyez pas surpris de ses emplois de mots en grec ancien dans le texte ; Margaux Schmit maîtrise outre l’allemand (normal elle est titulaire d’une licence de Droit franco-allemand), l’anglais (normal elle est diplômée- et brillamment- du Queen’s Mary College de Londres) mais aussi le russe et le grec ancien. A vingt-quatre ans elle vient de terminer summa cum laude un Mastère II en gestion des conflits armés.
A titre personnel je lui dis merci et bravo, Margaux
Leo Keller

 

Qui est l’ennemi ?
Par Margaux Schmit

« Quand tu sortiras en guerre contre tes ennemis, Dieu le livrera entre tes mains » nous rassurait déjà la Bible 1 , face aux ennemis, pluriel (« tes ») car nombreux et divers, mais cependant unis en un seul corps face à soi (« le »), tel celui face auquel seul le recours à la violence est possible.

Pourtant, l’étymologie du terme ne se veut pas si radicale. « Ennemi » vient du latin inimïcus, construit à partir du préfixe privatif –in et de amicus (« ami », à partir de la racine amare, « aimer »). Il désigne un concept antagoniste, en conflit avec un autre ; celui ou celle qui veut du mal à quelqu’un. Ennemi ou adversaire ?
Ce sont ces paradoxes que Cicéron pressent dans le De Officiis (I, 12). Il signale d’abord que les Romains ont plusieurs mots pour désigner l’ennemi : « Perduellis (celui avec qui on est en guerre) a été appelé hostis (étranger, ennemi ; d’où vient le mot hostilité), pour que la douceur du terme diminuât en quelque façon l’amertume de la chose.
Dans les temps anciens, on nommait hostis celui que nous appelons maintenant peregrinus (étranger). » Pour comprendre ce passage, il faut rappeler que le latin hostis désigne au départ de façon neutre l’étranger et que, mieux encore, le terme, comme le rappelle Benveniste, est contaminé par hospes, l’hôte. A partir de cette considération, il paraît nécessaire de souligner que ce point de vue remonte à la Grèce antique, où l’ennemi était toujours l’ « ennemi public » (hostis ou encore πολέμιος), et jamais l’ennemi particulier (inimicus ou encore εχθρός).

Le terme d’ennemi est donc problématique parce qu’il recouvre et simplifie toutes les nuances des rapports conflictuels depuis l’ennemi absolu, qui s’affirme comme radicalement lointain, rappelant l’inimitié absolue de Che Guevara : « la haine intransigeante de l’ennemi, qui pousse au-delà des limites naturelles de l’être humain, est en fait une efficace, violente, sélective et froide machine à tuer : nos soldats doivent être ainsi. » 2
Pourtant, ces précautions de langage servent surtout à se cacher la réalité : l’ennemi se différencie de tous ses synonymes par l’idée d’hostilité radicale. Or, si nous faisons la guerre entre ennemis, cela suppose de fait tôt ou tard la paix, que l’on ne peut justement faire qu’avec ses ennemis, dans une négociation qui présuppose malgré tout une certaine amitié pour l’humanité au sens de reconnaissance de l’autre. Plus encore, l’ennemi est également l’objet de l’absolue détestation haineuse, la figure de l’autre radical et ici nous faisons la guerre à l’ennemi du genre humain, l’ennemi absolu qui désigne celui qu’il serait légitime d’anéantir.

Au sein d’une guerre, dont on rappellera l’origine francique du mot « werra » signifiant dispute et non l’anéantissement total de l’autre, il s’agit donc d’identifier l’ennemi, cet oxygène nécessaire à la guerre, elle-même présupposée nécessaire aux hommes. Dans le cadre de ce syllogisme que dont on ne sait s’il est socratique ou sérieux, l’homme ne pourrait exister sans la guerre, laquelle ne pourrait exister sans ennemi ; l’homme ne pouvant, par voie de conséquence, exister sans ennemi.
Ainsi, on en revient à l’infinie stance de Camus, « L’autre, c’est le moi qui n’est pas moi. » L’ennemi ne se définirait donc qu’à travers qui nous sommes : une culture, un peuple, une langue, une religion. Tant de critères permettant de nous dessiner, mais ne trouvant de finitude que dans sa limite, celle où commence celle des autres, renvoyant presque dans une ironie mordante à l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen « La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. »

Qui est l’ennemi ? est une question ne laissant aucun choix : elle nous condamne à nous demander en inversant cette fois sujet et complément Qui condamne-t-on à être l’autre absolu ? Pour répondre à cette question, il s’agira d’étudier une première approche de l’ennemi, l’inimïcus absolu (I), puis, l’évolution de cette conception à l’ère de la Guerre froide rendant toute relation avec lui impossible (II), et enfin, son acception actuelle, qui souffre aujourd’hui d’une politique de « non-ennemi », pourtant impossible et aux lourdes conséquences (III).

I. L’inimïcus, l’autre absolu

A. L’autre face de Janus, un ennemi inhérent à soi

Prophétique, Plaute disait déjà : « Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit »3 , quand on ne le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme.

Hobbes, dans son obsession pour la sécurité suite à la première révolution anglaise de 1640, développa cette idée de menace de l’homme par l’homme à travers la dualité états de nature et de culture, où l’Etat viendrait calmer ces pulsions à travers le pacte social. La violence étatique, mal nécessaire, devient alors le moyen de maintenir la paix, et remplit le rôle de contenir les défis présents dans l’état de la nature. La violence, en quelques mots, n’est dirigée que contre le chaos potentiel toujours présent dans l’unité politico-territoriale . 4
Ainsi, il n’y a pas chez Hobbes une vision proprement politique de l’ennemi, mais tout autant anthropologique: l’homme est un ennemi pour l’homme. Car l’ennemi « naturel » ne peut exister que dans l’état de nature, dans la mesure où l’inimitié est bannie une fois que le souverain a centralisé la violence et pacifié le territoire.
En même temps, il serait tout aussi inexact d’affirmer que la figure de l’ennemi disparaît complètement, dans la mesure où il continue d’exister en tant qu’ennemi extérieur, c’est-à-dire en tant qu’Etat. Plus encore, le système international « hobbesien » est un système profondément anarchique, où les Etats sont entre eux dans une condition semblable à l’état de la nature. Tous sont une menace constante pour tous.

La paix de Westphalie de 1648, qui met fin à la sanglante guerre de Trente Ans, marque le passage de la géopolitique médiévale au système légal-politique moderne. La Westphalie établit le véritable statut juridique de l’ennemi, le justus hostis. Les guerres de religion avaient été extrêmement perturbatrices pour la vieille Europe, en raison du statut que lui attribuait l’ennemi, souvent décrit comme un infidèle ou un barbare, et méritant par conséquent d’être anéanti. Cette catégorisation morale de l’ennemi était intimement liée à la présomption que chaque partie belligérante avait, pour se battre une cause qu’il décrétait unilatéralement juste. Cependant, à la suite du Traité, il y a une nette évolution de la motivation de la guerre (justa causa) et du statut d’un ennemi juste (iustus hostis), finalement reconnu avec des droits égaux, officialisant son statut d’ « autre face de Janus ».

Plus tard, Carl Schmitt consacre une définition plus ciblée de l’ennemi dans La notion de politique publié en 1932. L’auteur trouve le caractère spécifique et exclusif du politique dans la distinction bien connue d’ami/ennemi: « la distinction politique, celle à laquelle toutes les actions et motivations politiques peuvent être redirigées, est la distinction entre ami et ennemi » 5 en insistant « la guerre vient de l’inimitié puisque c’est la négation ontique d’un être différent. La guerre n’est rien d’autre que la réalisation extrême de l’inimitié. »6
Cependant, la référence de Schmitt à la guerre et à la mort n’indique pas que la guerre constitue l’essence de la politique, mais plutôt la possibilité d’une lutte entre antagonistes (amis contre ennemis). En effet, selon lui, l’anéantissement total de l’ennemi impliquerait la mort même du politique: pour qu’il y ait hostilité (et ensuite politique), l’ennemi doit être réel et ne peut être complètement annulé ou redirigé du côté des amis. Dans cette hypothèse, celle d’un monde complètement pacifié où toute inimitié a disparu, « serait un monde sans politique. » 7 En conclusion: pour le dire à Alessandro Dal Lago, le conflit, et donc l’ennemi, représente la condition ontologique de la politique .8

D’un point de vue conservateur, Schmitt déplore la perte progressive, par l’État, du monopole du politique: à l’époque moderne, l’État était le décideur suprême de la logique ami/ennemi et, par conséquent, le seul architecte de la politique en tant que tel. A l’inverse, l’appareil d’Etat est aujourd’hui confronté à une « société » qui l’influence et le colonise avec son ordre du jour et ses problèmes 9 et l’Etat devient seulement un champ dans lequel se développe la lutte ami-ennemi, mais qui n’en est plus le domaine exclusif. Ici se situe le début et le sens de toutes les tentatives d’individualisation des multiples nouveaux sujets du « politique » qui deviennent actifs dans la réalité politique de la politique, étatique ou non étatique, donnant naissance à un regroupement ami-ennemi d’un nouveau type. » 10
Mais pour Schmitt, la définition d’ennemi doit toujours être comprise comme celle d’un ennemi réel et non absolu : « c’est simplement l’autre, l’étranger […] L’ennemi n’est que l’ennemi public … c’est l’hostis, pas l’inimicus au sens large » 11 ou encore « l’ennemi politique n’a pas besoin d’être moralement mauvais, pas esthétiquement laid, il n’a pas besoin d’être un concurrent économique, et il peut même avoir ses avantages à négocier avec lui, c’est simplement l’autre, l’étranger, et déterminer son essence existentiellement distinct et étrange dans un sens particulièrement intensif. »12

Ainsi, l’ennemi public, hostis, est tout simplement ce que nous ne sommes pas, il est ce qui est différent; on ne peut exister sans ennemi, mais surtout, on ne doit exister sans ennemi (B).

B. L’ennemi, l’oxygène du soi

Tel l’usage du miroir qui amène l’enfant à prendre conscience de son corps et à le distinguer des autres corps , 13 l’entité politique de l’Etat ne peut exister sans son « autre ». Aussi, c’est par opposition à l’hostis (l’étranger et l’ennemi) que le civis s’éprouve comme appartenant à telle ou telle communauté politique.

Machiavel conseille ainsi au Prince dans ses Discorsii de refonder tous les dix ans le pouvoir et le sens de la nécessité de la communauté politique soit par l’organisation symbolique d’une crise, soit par la menace d’ennemis extérieurs ou intérieurs, réels ou supposés. Avec René Girard, nous savons que le rituel du bouc émissaire est un rite de refondation de l’unité socio-politique. Le sentiment d’appartenance à un corps politique prenant la forme d’un Etat-nation, souverain dans la définition des règles d’appartenance à la communauté politique, se superpose donc à l’opposition ami/ennemi, l’opposition nous/eux, les étrangers du dehors ou du dedans.

Selon Pierre Conesa 14 , il existe dans toutes les démocraties des mécanismes de production de l’ennemi. « L’ennemi soviétique avait toutes les qualités d’un “bon” ennemi : solide, constant, cohérent. Militairement, il nous était semblable, construit sur le plus pur modèle “clausewitzien” ; inquiétant certes, mais connu et prévisible. Sa disparition entame notre cohésion et rend vaine notre puissance. » 15
La Guerre froide avait donné naissance à nombre de centres de réflexion stratégique ayant pour l’essentiel trois missions : d’abord analyser « l’Autre », « ennemi », « risque » ou « défi » en produisant un discours d’explication de l’antagonisme ; ensuite formater idéalement la puissance militaire du pays et enfin en légitimer l’éventuel emploi. La disparition de l’URSS laissait les armées conventionnelles occidentales sans ennemi à leur pointure et posait un énorme problème. En énonçant en 1991 sa célèbre phrase « nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d’ennemi », Georgyi Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev, mettait la filière de production stratégique face à un risque de chômage technique.

Fabriquer l’ennemi permet ainsi à l’Etat de fixer les frontières et de tracer les bornes infranchissables de l’humain et de la civilisation. S’il est vrai que, comme l’a bien montré Claude Calame à propos de la célèbre formulation de Thucydide, l’anthropinon n’exclut pas « la violence et la volonté ou la pulsion de domination » 16 , à cause d’une tension irréductible entre la nature et le nomos, la violence, toutefois, peut réduire les anthropoi à une condition de « bestialisation », à savoir de barbarie, caractérisée par une pénible absence de metriotes et de sophrosune, comme il se passe dans le cas des Carthaginois à Sélinonte. Au contraire, une pareille violence, bien que redoutable, peut être gérée selon un projet de fabrication des « hommes citoyens » (andres), à savoir des véritables corps politiques.
Pour citer une nouvelle fois Calame : « la réflexion anthropopoiétique des Grecs est constamment orientée vers la pratique : l’humain est sans cesse à reconstruire. » 17 Au delà de son caractère inhérent, il paraît ainsi nécessaire à l’Etat de se doter d’un ennemi pour se construire et structurer son identité.

En conclusion, le monde moderne, dans lequel les États étaient les promoteurs de la guerre, était fondé sur une dichotomie claire entre l’externe et l’interne, l’armée et le civil, le public et le privé, c’est-à-dire entre l’espace la guerre et l’espace de paix. Il était aisé de reconnaître son ennemi, non seulement grâce à ses intérêts stratégiques mais également grâce à l’ontologie de celui-ci, tant il était lié au principe de la souveraineté étatique et la reconnaissance juridique mutuelle, entre les sujets du droit international, à savoir les Etats, et le droit à l’existence.

Cependant, depuis la fin de la Guerre froide, ce scénario a profondément changé. Schmitt a déjà noté que la guerre froide avait introduit une condition intermédiaire dans laquelle la séparation entre le statut de paix et celui de guerre était perdue et une sorte de zone d’indistinction entre les deux s’était créée . 18  Mais la Guerre froide, dans un sens, a maintenu l’équilibre westphalien, qui était resté essentiellement intact même pendant les deux guerres mondiales, où les acteurs nationaux souverains ont combattu des côtés opposés (II).

II. A l’épreuve de la mondialisation, l’ennemi en mutation

A. De l’ennemi à l’adversaire, la potentialité de l’inimitié

La guerre a changé, et avec elle l’ennemi : l’après Seconde Guerre mondiale voit la notion d’ennemi éclater.
Contrairement à Carl Schmitt, Julien Freund ne fait pas de la distinction ami/ennemi un critère ultime du politique, mais un présupposé parmi d’autres. Chez Schmitt la notion de l’unicité du concept ami/ennemi dans l’essence du politique peut contribuer à renverser la formule de Clausewitz et admettre que la guerre ne serait plus le prolongement de la politique mais sa nature même.
Or, ce n’est pas ce que Freund envisage.
Dans la pensée freundienne de l’essence du politique, le présupposé ami/ennemi commande la politique extérieure. Inscrit dans le courant réaliste, Julien Freund prend appui sur la dialectique ami/ennemi pour prouver que les guerres sont inhérentes au politique et donc inévitables à l’Homme. Invoquant la relation public/privé, Freund établit une différence entre l’ennemi privé (intérieur, personnel) et l’ennemi public ou politique car « il n’y a de politique que là où il y a un ennemi réel ou virtuel » .  19 Une politique équilibrée de puissance doit identifier l’ennemi, figure principale du couple dans la mesure où c’est avec lui que se scelle la paix et non avec l’allié. Par ailleurs il ne faut pas céder à la tentation de croire que la guerre règle définitivement les problèmes politiques posés par l’ennemi : « même la défaite totale de l’ennemi continuera à poser des problèmes au vainqueur » . 20
Le conflit israélo-arabe en est l’exemple type.

Le développement de la mondialisation, concomitante à la Guerre froide, voit apparaître une mutation de la reconnaissance de l’ennemi. La difficulté réside dans le fait que l’ennemi est alors plus diffus, plus retors. Il se masque, déguise ses intentions, mais n’est ni irréel ni désincarné. Sa forme évolue sans cesse et ne se réduit plus à l’unique figure étatique. Dans tout nouvel acteur (entreprise, ONG…) sommeille une inimitié possible.
Ce n’est cependant pas la thèse de Julien Freund qui distingue bien l’ennemi de l’adversaire.
L’adversité suppose l’opposition dans le cadre de la reconnaissance de règles ; les adversaires jouent au même jeu. L’ennemi est donc celui avec lequel il n’y a pas de discussion possible, ce que disait Louis XIV sur ses canons sur lesquels il faisait graver la formule : ultima ratio regum, la force est le dernier argument des rois.

Enfin, la superposition des deux couples amis/ennemis, nous/eux, les étrangers, est humainement dangereuse et pratiquement réductrice et aveugle. Si par définition l’ennemi est toujours un étranger, il ne s’ensuit pas que tout étranger soit un ennemi actuellement ou potentiellement. Alors que la notion d’ennemi évolue, il s’agit désormais de lui donner un sens, de lui donner une essence (B).

B. L’impossible relation avec l’ennemi

La Guerre froide a introduit des changements importants au sein de la communauté internationale, à commencer par la figure même de l’ennemi, qui, grâce à la puissance nucléaire, s’accorde le pouvoir d’anéantir : le combat « réel » devenait de plus en plus improbable à mesure que le potentiel d’armes augmentait.

Selon Norberto Bobbio, la Guerre froide introduit des éléments de nouveauté radicale par rapport aux guerres du passé: d’abord, une guerre qui mettait en péril l’existence même de toute l’humanité; ensuite, l’impossibilité de pouvoir le justifier philosophiquement, comme cela a été fait dans les guerres précédentes; et, enfin, la futilité par rapport à la finalité (la victoire), dès qu’une guerre thermonucléaire ne laisserait ni vainqueurs ni perdants, mais seulement une masse de décombres : 21  les amis comme les ennemis seraient tous anéantis.
A ce titre, Schmitt lui-même n’avait pas considéré la possibilité d’une destruction totale de l’ennemi dans la mesure où cela aurait signifié l’annulation de la politique elle-même. Si l’ennemi disparaît, la possibilité du politique disparaît, comme une distinction entre amis et ennemis. Paradoxalement, ce qui a disparu pendant les années de la guerre froide, c’était le conflit en tant que tel.

L’ennemi du type westphalien s’évanouit alors dans sa véritable concrétion. En éliminant la réalité du conflit dans sa possibilité même, la Guerre froide élimine l’ennemi dans sa réalité. Bien que les acteurs en jeu soient restés les États-nations, la guerre a été « vidée » de son contenu moderne, ayant perdu son élément matériel/militaire pour acquérir une force symbolique/virtuelle.

L’irréalité de la guerre impliquerait alors la disparition de l’ennemi, qui devient un appendice inutile par rapport à l’importance de l’appareil technologique. Le spectaculaire de l’événement et l’amélioration technologique ont pour effet de « faire fuir » la matérialité de l’ennemi. Plus encore, alors que pendant la Guerre froide, l’ennemi était présent comme possibilité impossible que la confrontation elle-même aurait effacé toute possibilité d’existence des deux côtés, la Guerre du Golfe élimine l’ennemi que la réalité pour en faire une annexe virtualisée et médiatique.
Encore une fois: cela ne signifie pas que l’ennemi disparaît dans sa matérialité, mais que sa représentation médiatique a pris une importance égale que sa présence réelle d’une part, et qu’elle est devenue une cible de dispositifs technologiques sophistiqués.

La fin de la Guerre froide a laissé les organismes de réflexion stratégique sans ennemi planétaire. Les think tanks américains (les strategists), en charge de mesurer les risques et les menaces, de formater l’effort de défense et de justifier l’emploi de la force, ont donc fabriqué de l’ennemi sur des analyses dont le temps a révélé le caractère artificiel. La « menace Sud », la « guerre des civilisations » et enfin la « guerre globale contre le terrorisme et la prolifération » ont toutes été analysées et débattues par des Européens tétanisés par ces nouveaux paradigmes.
La faillite des systèmes de réflexion stratégiques européens a laissé la place aux intellectuels médiatiques, aux humanitaires et aux diasporas, devenus très influents dans la détermination de l’adversaire. La machine à produire de l’ennemi est donc loin de s’être assagie. La fin de la Guerre froide et l’utopie du monde pacifié sous l’égide de la démocratie libérale 22 produit en retour un vide, en laissant une absence de l’ennemi, sans autre acteur pouvant contrecarrer la puissance américaine jusqu’au jour du 11 septembre 2001 (III).

III. La disparition de l’ennemi

A. La remise en question de l’existence de l’ennemi

Pétrie de culpabilité, l’Europe hésite à renouer avec un passé de conquête et de violence et avec son préalable, la désignation de l’ennemi. Cette clarification serait d’ailleurs inutile puisque, selon les optimistes, il n’y aurait plus d’ennemi, hors l’inévitable Daech. En effet, selon Robert Cooper, la chute du Mur de Berlin a été marquée par une révolution chez les Etats postmodernes, qui « ont cessé de penser à l’Etat en termes de conquête. » 23

Cependant, il convient de souligner certaines limites de l’approche de Cooper. En premier lieu, sa thèse est circonscrite à la fois temporellement et géographiquement et ne peut plus être valable aujourd’hui. Il n’est plus logique de parler de l’Occident comme d’un espace uni par des objectifs communs et une volonté commune. Au cours de la dernière décennie, le multilatéralisme a cédé la place aux exigences de sécurité de chaque État.
Non seulement il n’a pas été possible (malgré les progrès dans le domaine de la PESC) de créer un système de sécurité supranational efficace, mais les événements les plus récents (Libye, Syrie, Ukraine) montrent d’une part que l’Union européenne (UE) n’est pas militairement préparée, ni prête à désigner unanimement un ennemi. En effet, pour l’UE, il faut « gagner la paix » et non plus « faire la guerre ».
S’opère une « division du travail entre les Etats-Unis, qui “faisaient à dîner”, et les Européens, qui “faisaient la vaisselle” », ironise Robert Kagan dans un article de Policy Review publié en 2002. Article qui sera à l’origine de son ouvrage majeur, La Puissance et la Faiblesse.
Pour Kagan, l’Europe s’apparente à Vénus, tandis que Mars, dieu de la guerre, inspire l’Amérique. Autrement dit, l’armée américaine détruit l’ennemi et les Européens réparent les dégâts. L’Europe veut être une        « puissance douce ». La seule arme de l’Europe est donc économique et normative.
Pour les Européens, il est dangereux de désigner l’ennemi : faire des Etats-Unis ou de la Chine un ennemi économique expose à des représailles, faire de la Russie un ennemi militaire met en place un engrenage qui peut conduire à la guerre totale, faire de l’islamisme un ennemi idéologique peut conduire à la guerre civile.
Le continent renonce à la puissance comme on renonce à la violence et au conflit, donc à l’ennemi. Sur internet, la situation est encore plus compliquée. Il est difficile de déterminer d’où vient une attaque informatique. Pis, comme le démontre Olivier Kempf , 24 Internet remet en question la pratique des alliances stratégiques et donc la notion d’ami. L’opacité du cyberespace fait de chacun un ennemi potentiel.

Encore plus, dans le domaine économique, la mondialisation rendrait la notion d’ennemi obsolète. Faut-il parler d’ami ou d’ennemi économique ? Ajoutez à cela les organisations internationales, gouvernementales comme l’ONU et la Cour pénale internationale ou non gouvernementales comme les associations écologistes et pro-migrants.

Dans le monde de demain, l’ennemi n’aurait plus sa place. Les optimistes se trompent. Le monde pacifié n’est pas pour demain. La limite de cette posture est celle de tout pacifisme : si nous rechignons à désigner l’ennemi, l’ennemi ne se refuse pas à nous désigner. Julien Freund le rappelle : « Comme tous les pacifistes, vous pensez que c’est vous qui désignez l’ennemi. Or c’est l’ennemi qui vous désigne… Du moment qu’il veut que vous soyez l’ennemi, vous l’êtes. Et il vous empêchera même de cultiver votre jardin. » L’illusion dominante d’un monde sans ennemi dans le possible consensus universel d’une fin de l’histoire sous le règne d’un libéralisme économique garant des échanges fluides et harmonieux par l’intermédiaire d’un Etat au statut d’arbitre neutre, vidé de toute réalité politique. Nous sommes loin de la Grèce antique quand la phalange ennemie apparaissait à l’autre bout de la plaine. Les choses étaient claires alors, elles le sont beaucoup moins aujourd’hui.

Paradoxalement, ces confusions, sans doute aujourd’hui surdéterminées par les multiples menaces terroristes, conduisent à voir l’ennemi partout et risquent de justifier des états d’exception. L’abus de la catégorie de l’ennemi peut ainsi servir à criminaliser la moindre opposition assimilée à un ennemi de l’intérieur (B).

B. La porosité actuelle de l’ennemi et ses conséquences

Pratiquement, les conflits nés après la Guerre froide se manifestent par des confrontations où les acteurs combattant contre l’Occident utilisent simultanément les « 4 piliers », à savoir les forces conventionnelles, les troupes irrégulières, les actions terroristes et le crime organisé. À cet égard, Frank Hoffmann parle d’adversaire hybride         « utilise simultanément et un mélange d’armes conventionnelles, des tactiques irrégulières, de terrorisme et de comportement criminel, le tout fusionné dans le champ de bataille. » 25

Après le 11/9, les nouveaux « guerriers », pour Robert D. Kaplan, se caractérisent par l’introduction d’éléments atypiques au combat. En fait, ils obéissent à des règles différentes de celles en vigueur dans le monde occidental; ils utilisent de nouvelles techniques et tactiques de guerre; ils ont une connaissance approfondie du territoire où ils se déplacent; enfin, ils manquent, dans de nombreux cas, d’une structure de commandement verticale. Cette dernière réflexion conduit à s’interroger sur le problème générique du « statut ontologique de l’ennemi » à l’époque contemporaine, que nous pouvons centrer sur deux clés de lecture: la détection de l’ennemi et la façon de le combattre.
En fait, la possibilité même de mettre fin à la guerre est bloquée par cette double contrainte. Pour être plus précis: dans les nouvelles guerres, il est plus difficile de détecter l’ennemi et, à partir de là, de choisir les moyens appropriés pour le combattre.

En ce qui concerne le premier problème, la détection de l’ennemi est beaucoup plus compliquée que dans les époques précédentes. Le principal problème à cet égard est de nature géographique: non seulement les espaces où ces nouveaux acteurs se déplacent transcendent les limites de l’État-nation, mais la distinction entre population civile et soldats combattants est également réduite . 26
Nicholas Kaldor prévient que dans les nouvelles guerres, il y a un déplacement de l’usage de la violence de l’armée à la sphère civile. Cela est dû au fait que le combat n’est plus mené seulement entre les armées mais implique de plus en plus la population civile, qui apporte souvent son soutien à la guérilla ou aux mouvements terroristes. Thomas Hammes voit même dans ce rôle de la population civile la caractéristique typique des « nouvelles guerres ». L’analyse des guerres au Vietnam, au Nicaragua, la première Intifada palestinienne, l’Afghanistan et l’Irak, Hammes a dit que l’élément de nouveauté de tous ces conflits réside dans une vision différente de la victoire, ce qui est d’obtenir le soutien de la population avec des moyens économiques, politique et psychologique.
Le but est de décourager l’adversaire et de le faire renoncer à poursuivre une guerre dans un domaine où, après tout, il sera toujours entouré d’une population hostile .27

Un autre problème lié à l’identification claire de l’ennemi est d’un type plus culturel. Alors que dans l’équilibre westphalien, les États-nations se combattaient avec des cultures sinon identiques, plus ou moins similaires ou communiquant, les nouvelles guerres soulignent la distance culturelle entre l’État (occidental) et les ennemis contre lesquels il lutte (et qui n’appartiennent souvent pas au monde occidental).
En 2006, le département de la Défense des États-Unis a lancé le projet Human Terrain System (HTS) dans le but de mettre en œuvre la dictée de Sun Tzu     « Connais ton ennemi. » 28 Le but déclaré est de « gagner les esprits et les cœurs » semble atteindre le but inverse et inverse, à savoir favoriser la distance entre les cultures. En effet, le dialogue qui prétend promouvoir ne se déroule pas dans une condition d’égalité, mais a tout l’air d’être une intervention sur une culture étrangère.
Cela implique le risque de créer une image stéréotypée de la culture cible et, plus encore, de confondre l’ennemi avec leur « culture » favorisant ce que Edward Said a appelé « Orientalisme », à savoir, une image déformée et inexacte une identité orientale inexistante . 29

La guerre contre le terrorisme de l’ère Bush Jr a réintroduit la figure de l’ennemi, en attribuant toutes les connotations morales presque manichéennes de Carl Schmitt. A l’inverse, avec Obama, on aboutit à l’abandon de la rhétorique très émotionnelle de l’époque Bush envers l’ennemi, représenté comme un soldat de l’ « Empire du mal » pour embrasser un discours plus pacifique qui met l’accent sur l’aspect de l’écoute, dialogue et sur une logique de « récupération » de l’ennemi . 30

Lors de ce procès de l’ennemi, nous avons démontré sa métamorphose concomitante au pouvoir souverain et sa capacité à faire la guerre. En même temps, nous avons vu la construction politique de l’ennemi dépend de la complexité des facteurs, de géopolitique réelle (le changement d’équilibre dans la répartition du pouvoir mondial), plus idéologique (la guerre contre le terrorisme) ou encore technologique (le potentiel destructeur de la technologie de guerre).
La Guerre froide représente un premier changement de paradigme dans la façon dont les Etats se rapportent à l’ennemi en ce qui concerne le modèle westphalien, et plus encore après le 11 septembre 2001. L’ennemi cesse pendant un temps d’exister comme l’altérité absolue, se voyant refuser le droit d’exister en tant que « différent », à savoir en tant que porteur d’un système antithétique aux valeurs occidentales et réduit à un problème d’incompréhension culturelle. Cependant, la notion d’« altérité absolue » de l’ennemi est reprise comme base réutiliser contre l’ennemi la justa causa, en ignorant celle de l’ennemi en le taxant d’insuffisance culturelle, de retard économique, de formation politique insuffisante, etc.

Enfin, les derniers conflits nous amènent à repenser l’ordre international et, avec lui, la figure de l’ennemi. Le récent « Global Risks 2015 » du Forum économique mondial souscrit à cette hypothèse en notant que pour l’année en cours, les conflits interétatiques constituent l’un des risques les plus probables . 31 Le Nouvel Ordre Mondial basé sur l’équilibre unipolaire grâce à la suprématie militaire américaine incontestée, est en train de disparaître. L’Occident ne peut plus « garantir » la sécurité mondiale, mais il est déchiré par des pressions internes désordonnées . 32

Aujourd’hui, le terrorisme islamiste est le seul ennemi que nous nommons directement. C’est un ennemi bien commode selon Régis Debray : « le djihadiste est le Barbare idéal et quasi théâtral avec sa pilosité, des pieds nus, sa tunique noire, ses coutelas et sa kalache car, sur la durée, maîtrisable et absorbable. » 33 Comme le disait Antonio Gramsci en substance : « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » ; de la même façon, la notion d’ennemi a évolué et l’on peine aujourd’hui à lui donner une définition claire, créant un système anxiogène et poussant, par voie de conséquence, à un retour sur cette notion ancienne et dépassée, celle du barbare, de l’autre absolu, incompréhensible comme incompréhensif, nous poussant une fois de plus à repenser nos certitudes.

Margaux Schmit
Paris le 06/03/2018

Notes
[1] Deutéronome, XXI, 10
[2] Créer deux, trois, de nombreux Vietnam, voilà le mot d’ordre!, Revue Tricontinentale, La Havane, 1967
[3] Plaute, Asinaria (La Comédie des Ânes), vers 195 av. JC, acte II v. 495.
[4] Sheldon Wolin, Política y perspectiva. Continuidad y cambio en el pensamiento político occidental, Buenos Aires, Amorrutu Editores, 2003, p. 285.
[5] Carl Schmitt, La notion de politique, Flammarion, 1932, p. 56.
[6] Ibid.
[7] Ibid, p. 64
[8] Alessandro Dal Lago, El sentido de las palabras, dans Rivero, Martha sur Pensar la política, Instituto de Investigaciones Sociales, México, UNAM, 1990, pp. 165-166.
[9] Schmitt (1932) p. 53.
[10] Ibid, pp. 24-25.
[11] Carl Schmitt, Théologie politique, Gallimard,1988, p. 13.
[12] Schmitt (1932) p. 57.
[13] Jacques Lacan, Le Stade du miroir comme formateur de la function du Je: telle que nous est révélée dans l’expérience psychanalitique, Presses universitaires de France, 1949.
[14] Pierre Conesa, La fabrication de l’ennemi, Revue internationale et stratégique, 2009/4, No 76, Armand Colin, 2009, pp. 35-44.
[15] Général de la Maisonneuve, « Société de stratégie », Agir, no 11, novembre 2002.
[16] Claude Calame, « Fabrications grecques de l’humain : identités de l’homme civilisé et cultures des autres », dans I Quaderni del ramo d’oro online, n. 1, 2008, p. 33.
[17] Ibid, p. 50.
[18] Carl Schmitt, Le nomos de la terre, Presses universitaires de France, 2012, p. 341.
[19] Julien Freund, L’essence du politique, Dalloz, 2004, p. 448.
[20] Ibid, p. 592.
[21] Norberto Bobbio, The Problem of War and the Roads to Peace, 1979, p. 39-42.
[22] Francis Fukuyama, The End of History ?, The National Interest, vol. 16, 1989.
[23] Robert Cooper, The Post Modern State and the World Order, Londres, Demos, 1996, p. 102.
[24] Olivier Kempf, Alliances et mésalliances dans le cyberespace, Economica, 2014.
[25] Frank G. Hoffmann, Future Hybrid Thrats : An Update, Center for Strategic Research, Institute for National Strategic Studies, 2012, p. 3.
[26] Martin van Creveld, The culture of war, Ballantine Book, 2004, p. 140.
[27] Thomas Hammes, War evolves into fourth generation, Contemporary Security Policy, vol. 26, n°2, 2005, pp. 189-221.
[28] Nathan Finney, Human Terrain Team Handbook, 2008, p. 3.
[29] Edward W. Said, L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, Le Seuil, 2005.
[30] Frank Vease Gadinger, Practics of US foreign policy : a process-oriente analysis of the war on terror, 50th Annual 75 International Studies Association Convention, 2009.
[31] International Conflict Top List of Global Risks in 2015, en: http://www.weforum.org/news/international-conflict-tops-list-global-risks-2015.
[32] Ian Bremmer, Top risks 2015, Eurasia Group, 2015, en: http://www.eurasiagroup.net/pages/top-risks-2015
[33] Régis Debray, Civilisations, Gallimard, 2017.

Bibliographie

Norberto Bobbio, The Problem of War and the Roads to Peace, 1979.
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Nicolas Cusumano, Gérer la haine, fabriquer l’ennemi ? Grecs et Carthaginois en Sicile entre les Ve et Ive siècles avant JC, pour Dialogues d’histoire ancienne, supplément 6, Presses universitaires de Franche-Comté, 2011.

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