Le contrat social européen par Marc Charbit


LE CONTRAT SOCIAL EUROPEEN

Che(e) lecteur (trice)
Nous vous proposons un article original et iconoclaste de Marc Charbit dont  le premier mérite est d’être un véritable plaidoyer européen. En ces temps – hélas trop courants – d’europhobie galopante ce n’est pas si courant. Marc Charbit présente un certain nombre d’idées, toujours rien argumentées mais qui relèvent toutes d’un profond humanisme face aux idées nauséabondes du populisme ambiant. C’est pourquoi nous sommes heureux de les véhiculer. Pour autant (et bien entendu nous en avons discuté avec l’auteur) nous ne les partageons pas toutes. Ainsi quant à la taxation des robots ou du protectionnisme européen ; mais ces propositions constituent une discussion possible.
A toutes et à tous bonne réflexion.
Leo Keller

Marc Charbit commence sa carrière dans le cinéma. Durant une dizaine d’années, il travaille comme assistant, réalise plusieurs courts métrages et écrit de nombreux scénarios.
Puis, il reprend ses études, et obtient un master de philosophie à l’université de Nanterre. Il rédige deux thèses : « Histoire de la logique » et « Histoire de l’humanisme ».
Il publie un premier essai « Le vertige de l’amour complice » sur la gestion émotionnelle, puis revenant au scénario, il publie en 2016, « La Cause première : l’aventure humaniste », peinture futuriste, à la fois sociale et spirituelle, d’une société humaniste moderne, dans laquelle la philosophie a remplacé la théologie.

Le présent article sur l’avenir de l’Europe, dans le contexte international, donne une vision de sa philosophie politique.

Le contrat social européen
Par Marc Charbit

L’EUROPE SOCIALE :
L’Europe ne doit pas être une simple zone de libre-échange. Pour que les pays européens s’unissent idéologiquement, il faut un « contrat social », un traité d’union politique et économique ambitieux. Un programme humaniste consistant à mettre l’économie au service des citoyens et non l’inverse. La dette écologique nous oblige à penser qu’il faudra consommer moins, en tout cas, pas plus que ce que la terre est capable de générer par an.
Avons-nous un modèle social et économique qui garantit l’application des droits de l’homme, la liberté d’expression, ainsi qu’un environnement social humaniste ? Une société dans laquelle le travail humain ne serait pas exagérément exploité et permettrait à chacun de vivre dignement ? Où la santé et l’éducation seraient prioritaires sur la concurrence ?
Il semble que c’est dans certains pays nordiques qu’on se rapprocherait le plus de ce modèle.
À partir d’exemples réussis dans chaque pays, on pourrait élaborer un modèle social équilibré, afin d’harmoniser économiquement et socialement les différents pays. Une harmonisation qui se ferait sur la moyenne européenne des différents systèmes fiscaux.
Les différences de mentalité entre les pays du sud, de langues latines, et les pays du nord, de langues germaniques sont, sans doute, des sources d’incompréhension. L’Europe est une mosaïque d’espaces différents avec des héritages politiques et économiques divers.
Cela complique l’élaboration d’un modèle social-démocrate accepté par l’ensemble des pays.

Nous avons déjà vécu ces difficultés autour de la signature de la Constitution Européenne.
Mais il est urgent que nous surmontions nos différences. Nous avons en commun, les droits de l’homme et une vision humaniste de l’organisation sociale. L’enjeu est immense, car nous savons que notre industrie traditionnelle doit opérer une transformation rapide vers une industrie verte et respectueuse de l’environnement, c’est l’avenir à nos enfants qui est en jeu.

L’introduction de Gaïa dans notre petit univers humain nous pose un problème inédit de rapport au temps ; nous sommes dans l’urgence et pour survivre, la terre doit rester vivante.
Ce « contrat social », serait élaboré par le Conseil Européen, il pourrait faire l’objet d’un référendum dans chaque pays européen. Nous pourrions fonder, une « zone européenne » humaniste, avec tous les pays ayant répondu positivement au référendum. Le terme humaniste indique un modèle social où l’économie est mise au service des besoins des hommes, et non l’inverse, quand les hommes sont asservis à un taux de croissance, quand ils courent de plus en plus vite dans une roue de hamster, sans trop savoir pourquoi.

Cette zone européenne humaniste serait « intra-européenne », elle respecterait les traités européens actuels, mais se doterait d’une banque centrale indépendante du reste de l’Europe. Sa monnaie serait « l’euro-vert » par exemple, un euro valable uniquement dans cette zone, qui servirait seulement à financer le projet de « contrat social et écologique » voté par référendum.
Grâce à la création de monnaie, les investissements de cette Banque centrale se mettront au service de la transition écologique. La dette économique est moins grave que la dette écologique, car celle-ci ne peut pas se payer en argent. Il faut, au contraire, un ralentissement de la consommation, car nous approchons à grands pas, de la date limite des déséquilibres climatiques. La transition écologique doit être financée par la dette, parce qu’il y a urgence.
Mais afin de la rembourser plus facilement, cette dette aurait un moratoire de quelques années, durant la transition écologique et la relance économique. Ce moratoire serait possible puisque cette dette n’aura pas de créancier, autre que la Banque centrale. Mais le remboursement sera tout de même impératif, pour garder confiance au système monétaire, et que l’ « euro-vert » ne dévalue pas.

Remarquons que le sentiment de confiance est à la base de tous nos échanges commerciaux ou sentimentaux comme l’amour ou l’amitié. Le taux de confiance se mesure par des enquêtes sur les comportements. Les pays germaniques ont des taux de confiance bien plus élevés que les pays latins, avec près de 80 % pour le Danemark, contre une moyenne de 30 % pour les pays latins. La confiance est la matière première de tous nos échanges, et il serait sans doute intéressant de savoir comment le Danemark est parvenu à un tel résultat.
Les citoyens sont d’autant plus unis qu’ils se font confiance. Un « contrat social » juste et transparent, rétablirait une bonne partie de la confiance entre européens.

Il vaut mieux que nos enfants vivent dans un environnement sain, avec une dette économique, plutôt que l’inverse de façon irréversible. La transition écologique devra être une directive contraignante pour tous les pays adhérents à l’Euro-vert.
Pour opérer une transition rapide et « sans douleur », il faudrait d’une part ; libéraliser le marché du travail pour faciliter les changements industriels, et d’autre part ; redistribuer un revenu décent pour tous les citoyens européens qui subissent ces changements, par des périodes de chômage ou de formation. La robotisation grandissante va sans doute raréfier le marché de l’emploi et nous pourrons réduire le temps de travail des employés. Le revenu de chacun ne peut plus être indexé sur le temps de travail effectué, mais sur la production totale (PIB), et selon les besoins de chacun.
Certains, ne sont pas d’accord avec ce point de vue, en soutenant qu’en Allemagne, la robotisation est trois fois supérieure qu’en France, et pourtant, il y a toujours un bon marché de l’emploi, sans trop de chômage. Mais il y a une chose dont on ne tient pas compte, c’est que la robotisation a permis de décupler la production, alors que la masse salariale est restée la même. Où va la richesse supplémentaire produite par les robots ?
Dans la poche des puissants évidemment, elle n’est pas redistribuée aux citoyens par des taxes sur la production. C’est ainsi que les écarts entre les pauvres et les riches se sont accrus de façon vertigineuse ces dernières décennies.

La robotisation augmente la production pour un coût salarial identique. Et d’ailleurs que ferions-nous, dans le cas hypothétique et futuriste, où la robotisation aurait remplacé tous les employés dans les travaux pénibles ? Comment redistribuerions-nous la richesse aux citoyens si le travail n’existait plus ?
Une des solutions, consisterait à taxer la production supplémentaire des robots. Un robot qui remplace trois personnes par exemple, devrait payer les charges sociales pour trois personnes, cela financerait un filet de sécurité à tous les citoyens européens, durant les phases de transformations économiques. Le revenu minimum par citoyen devrait correspondre à un certain pourcentage du PIB.

Il y a un autre argument qui permet de penser la raréfaction des emplois. Le plan ambitieux de M. Hollande pour relancer l’emploi grâce au CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, n’a pas fonctionné. Au lieu d’augmenter l’emploi, elle a augmenté les bénéfices des actionnaires à 13 % au lieu de 4 % habituellement.
La machine est grippée, l’économie réelle reste atone. Pourtant, la finance continue à très bien se porter, les salaires des grands patrons français continuent d’augmenter de façon indécente.
En effet, les entreprises n’ont pas besoin de plus d’employés car, grâce à la robotisation, ils produisent suffisamment pour la demande actuelle. Une demande qui a fortement baissé, de par l’appauvrissement des classes moyennes, mais aussi par les changements de comportements des consommateurs vers une plus grande sobriété, permettant d’accompagner la transition écologique.

Il faudrait également garantir la liberté de la Presse, en empêchant les puissants de posséder plus d’un ou deux titres. Il faut sauver le quatrième pouvoir, protéger sa liberté d’expression par des lois indépendantes du pouvoir économique. Il en va de même pour les biens culturels.
Certains voient dans l’économie sociale et solidaire, un modèle alternatif au capitalisme prédateur. L’Europe est capable de construire un tel « contrat social » politique et économique, pour fédérer les pays d’Europe autour d’un projet politique humaniste, qui le fasse rêver et serve de modèle aux autres peuples. De sa réussite, dépendra l’influence idéologique de l’Europe sur le monde.

Pour se fortifier économiquement, l’Europe devrait adopter la même technique protectionniste que les autres continents (Amérique, Russie, Chine). Élaborer une sorte de souverainisme européen, par des taxes sur les marchandises qui entrent et sur les capitaux qui sortent d’Europe, afin de rendre plus rentable l’activité économique à l’intérieur du continent européen.
L’UE est le principal exportateur mondial avec 15,4 % de toutes les exportations, devant la Chine (13,4 %) et les Etats-Unis (10,5 %). Établir des taxes douanières en Europe serait suivi de mesures de rétorsion de la part des autres continents, mais qui eux-mêmes, pratiquent le protectionnisme… Une marge de manœuvre reste donc possible pour des produits importés par nécessité. Mais l’Europe devrait aussi soutenir les sociétés exportatrices, afin qu’elles ne disparaissent pas, le temps de les réorienter vers le marché intérieur européen.
Il s’agirait d’un souverainisme provisoire, durant quelques années, le temps d’atteindre nos objectifs de relance et d’harmoniser notre système fiscal, avant de réouvrir les frontières fiscales à la concurrence. Car la mondialisation est une bonne chose en soi, mais doit se faire entre continents de puissance à peu près égale, pour éviter les grands déséquilibres économiques.

 

L’idéologie est l’enjeu crucial de la mondialisation. L’Europe politique

Même si beaucoup de choses séparent les peuples européens, il y a une chose qui les rassemble tous ; l’Europe est le berceau du siècle des lumières, grand siècle par ses philosophes et ses scientifiques, qui ont imposé la raison contre les superstitions, dans la gestion des états et les progrès de l’humanité. À cette époque, ils prônent pour une Europe unie par la paix et fondée sur une civilisation commune. Avec les Lumières, on assiste à une globalisation de l’économie et de la culture qui participe à la création, en filigrane, d’une identité et d’une culture européenne. Les droits de l’Homme deviennent la base de l’idéologie européenne. L’Europe devient une unité construite autour de valeurs et d’inclinations universelles. Les hommes des Lumières, avaient compris l’importance du tiraillement entre préférence nationale et sentiment européen. Reste à promouvoir notre idéologie comme identité européenne, et comme premier pas vers l’unité politique.

L’Europe s’est protégée du fascisme, par des gouvernements démocratiques, arrimés à l’idéologie des droits de l’homme et de la liberté d’expression. C’est autour de ces droits que nous devons nous regrouper en Europe pour forger notre puissance économique et idéologique.
Remarquons que la guerre idéologique se joue principalement sur le choix entre une morale religieuse ou une morale philosophique et laïque, pour organiser les sociétés. Les USA, la
Russie et le Moyen-Orient adoptent plutôt une morale religieuse, alors que l’Europe opte pour une morale philosophique (droits de l’Homme), tandis que la Chine choisit une morale politique (communiste).

Pouvons-nous vivre en autarcie en Europe ?

L’UE est la première industrie mondiale (automobile, aéronautique, chimie et métaux).
L’agriculture européenne est la deuxième du monde. Les États de l’Union ont les réseaux de transport les plus denses du monde.
L’UE est une grande puissance financière avec le lancement de l’euro, qui s’est peu à peu imposé comme l’une des principales devises mondiales.
L’UE a également été à l’origine, de la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de la mise en œuvre du Protocole de Kyoto (accord sur le climat).

Pouvons-nous avoir une indépendance énergétique ?
L’Europe importe plus de la moitié de l’énergie qu’elle consomme. Elle l’achète principalement à la Russie. Nous dépendons directement de la Russie, qui est aussi notre opposant dans la guerre pétrolière au Moyen-Orient. Guerre, que la Russie et son allié l’Iran viennent, semble-t-il, de gagner. La dépendance énergétique de la Turquie par la Russie est la raison première de son retournement d’alliance dans la guerre du Moyen-Orient. Cela pourrait très bien nous arriver en Europe.
Notre dépendance sera encore plus grande et nous obligera à céder sur la guerre idéologique.

L’indépendance énergétique est cruciale dans le projet européen.

L’Europe pourrait résoudre ces problèmes en quelques années, grâce à une transition vers les énergies renouvelables. La France pourrait produire 100 % d’énergies renouvelables en 2050, par la sobriété énergétique (lutte contre les gaspillages), et l’efficacité énergétique (amélioration des performances). Ces deux leviers permettraient de diviser par deux la consommation totale d’énergie en 2050. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), cette mutation radicale est réaliste, même si cela suppose des réorganisations industrielles et des évolutions sociétales drastiques. Cet objectif ambitieux a déjà été voté par les parlementaires.
L’accord de Paris issu de la COP21 vise lui-même la neutralité carbone « dans la seconde moitié du siècle ». L’urgence de la situation écologique devrait inciter l’Europe à utiliser encore provisoirement l’énergie nucléaire, durant la transition énergétique. Mais, il faudra aussi contrer les puissants lobbies de l’énergie pétrolière, que sont les trois géants européens, Shell, BP, Total, qui figurent parmi les 8 premières multinationales mondiales. Les forces contraires sont puissantes.

Conclusion :

L’Europe devient le seul continent à soutenir une idéologie libérale fondée sur les droits de l’Homme!

La création d’une armée de défense européenne suffisante et l’indépendance énergétique, sont les deux priorités de l’Union Européenne. Nous avons déjà bâti l’embryon de cette action, avec la politique européenne de sécurité et de défense commune. Il nous reste à la faire croître.
La situation est sérieuse pour les peuples européens. Nous devons défendre coûte que coûte, la liberté d’expression et les droits de l’homme. Seule une Europe forte économiquement et idéologiquement, pourra résister à l’établissement d’une fachosphère économique et relieuse mondiale. Les peuples seraient exploités et surveillés de près, par tous les objets connectés qui nous entourent. On ferait aimer aux gens leur servitude, ce qui produirait une dictature sans douleur. Un monde où les puissants seraient tellement puissants, qu’aucun retour en arrière ne serait plus possible. La démocratie et les droits de l’homme seraient bâillonnés définitivement.

Pour survivre, l’Europe des Droits de l’Homme ne peut que s’unir.
L’Europe dispose de tous les atouts. Si les, désormais, 27 pays n’en formaient qu’un, l’UE serait l’une des principales puissances de la planète, que ce soit en terme politique, démographique ou économique. La plupart des économistes sont d’accord sur ce point.

Marc Charbit
Paris le 03/04/2018

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