Trump ou Docteur Folamour en Iran par Leo Keller

Trump ou Docteur Folamour en Iran

L’immense Périclès écrivit il y a quelques années : « Je crains bien davantage nos erreurs que nos ennemis. » Lors de la cérémonie en l’honneur d’Emmanuel Macron le jeudi 9 Mai 2018 en Allemagne à l’occasion de la remise du prix Charlemagne, Angela Merkel a déclaré : «Le temps où l’on pouvait compter tout simplement sur les États-Unis pour nous protéger est révolu. »
Il était tout sauf facile et évident pour la fille d’un Pasteur ayant passé toute sa jeunesse en Allemagne de l’Est, privée de liberté et ayant connu la dictature communiste mais aussi l’espoir que représentaient les États-Unis pour des millions d’individus, de prononcer ces mots si terribles.

Lors des rencontres internationales de géopolitique de Trouville en 2017, Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France et directeur scientifique du musée de l’Europe à Bruxelles, avait dit, Trump étant à peine élu, que Trump pouvait, paradoxalement, être une chance pour l’Europe.

Une des singularités de la logique nucléaire, et que nous rappelons une fois de plus, est qu’elle demeure, telle la vestale, garante d’une paix ou plutôt d’une non-guerre généralisée. À quelques kappi près, cette doctrine reste toujours d’actualité. L’arme atomique, aussi appelée désormais « l’arme du pauvre », s’entête à être l’assurance ultime de notre sécurité grâce, notamment, à la notion de déterrence. Beati sunt possidentes !
Certains chercheurs américains estiment même que lorsqu’un État- « voyou » ou pas- accède à l’arme nucléaire, cela n’ajoute pas de l’instabilité à l’instabilité mais aurait plutôt tendance à la diminuer.

Les raisons qui ont poussé Trump à ce coup de théâtre (un de plus)sont simples. Il a tout simplement retenu de ses électeurs l’avatar le plus visible de nos jours de la démocratie mais pas forcément le plus intelligent : la vétocratie. Pouvoir majeur supplantant parfois la démocratie.

Nous nous proposons d’examiner les trois questions qui façonnent la problématique du retrait américain du JCPOA.
Qu’est ce qui a poussé Trump à un tel geste et à sa dramatisation télévisuelle ?
Les deux autres questions qui dorénavant se posent à nous sont : ce retrait va-t-il rendre Israël, les USA et le monde plus sûr comme Trump le prétend? Par quoi va-t-on remplacer le JCPOA ?
Y a-t-il un plan B ? La nature ayant horreur du vide, sur quoi se base-t-il pour affirmer que son pari sera gagnant.

Les raisons de la dénonciation du JCPOA

La première ironie de cette tragique erreur : la date choisie est le 8 mai comme s’il avait voulu montrer que la Pax Americana- chantournée tant bien que mal et plutôt bien que mal-après la seconde guerre mondiale était désormais caduque. Comme si l’universalisme américain était passé avec armes et bagages de vie à trépas. America First signifie bien America First.
La première obsession de Trump, parce qu’il s’agit bel et bien d’une obsession–quand bien même les nouveaux présidents ont- parfois- une certaine tendance à critiquer leurs prédécesseurs, encore que bien souvent ils maintiennent les acquis de politique étrangère, est de vilipender et détruire systématiquement, méthodiquement, scrupuleusement ce que Obama a mis des années à construire. C’est l’alpha et l’oméga de la politique de Trump. C’est son épitomé.

La deuxième raison c’est que la politique étrangère de Trump est une politique étrangère reflétant, au iota près, les préoccupations et les intérêts les plus court-termistes d’un électorat racialiste, suprémaciste, petit-blanc.
Malgré ses coups de menton, Trump est, le prototype de l’isolationniste. La rupture du JCPOA s’inscrit donc dans la droite ligne de ses engagements électoraux. Tenir ses promesses électorales, même ou surtout si elles sont démagogiques représente le catéchisme trumpien.
La troisième raison de la dénonciation de l’accord (encore que certains juristes disent qu’il s’agit là d’une violation) est l’obsession de Trump de faire la « une » des journaux et de tenir quotidiennement la vedette parmi ses zélateurs dévoués de Fox News.
Trump n’a visiblement, ni lu le JCPOA, ni daigné consulter les rapports de l’AIEA, ni même ses propres services de renseignement qui ont eux-mêmes confirmé que l’Iran avait respecté sa parole.
Le taux d’enrichissement d’uranium depuis la conclusion de l’accord n’a jamais dépassé le seuil de 3,5 %, seuil qui ne permet pas d’arriver à la bombe. Ils ont corroboré que–à quelques kappi près–les paramètres rapportés à grand renfort de show télévisé par Netanyahu ne contenaient aucun élément inconnu ou nouveau.
L’Iran a abandonné 97 % de son stock d’uranium enrichi, effectivement démantelé les deux tiers de ses centrifugeuses et ses capacités plutonium. Et ce non pas, par une espèce d’irénisme mais tout simplement grâce aux contrôles les plus sévères jamais imposés à un État.
Certes Netanyahu a raison de rappeler dans son numéro- caricatural à souhait–que les Iraniens avaient menti dans le passé. Mais enfin, même les étudiants de première année en sciences politiques le savaient. C’est précisément pour cela que l’on a négocié durant tant d’années : empêcher l‘Iran d’arriver à maturité nucléaire.

Cet accord avait été approuvé en son temps, certes avec des réserves, même par Ehud Barak ancien Premier Ministre d’Israël, qui demeure- encore à ce jour- le soldat le plus décoré de toute l’histoire militaire israélienne. Il avait d’ailleurs été également approuvé par l’ancien chef du Mossad Meïr Dagan ainsi que par Yuval Diskin ancien chef du Shin Beth.
Lors d’une récente interview à l’occasion des 70 ans de l’anniversaire de la création de l’État d’Israël, le chef d’état-major de Tsahal a déclaré: «…to the best of his knowing, it is working. » 1
Il a d’ailleurs déclaré avec sagacité et humour: «When asked which problems keep him awake at night, Eisenkot uses a clock metaphor to describe the urgency of the different issues: “The Palestinians are the second hand, Lebanon and Syria are the minute hand and Iran is the hour hand,” he says.
Despite Faults, Iran Nuclear Deal Works,
Israel does not see indications that any of its neighbors intends to launch a war, Eisenkot says. It is, however, worried that an accumulation of events – Iran’s move to establish itself in Syria, the confidence that Hezbollah gained in the war there and its efforts to obtain guided-missile technology, as well as the uncertainty in the Palestinian sphere – will lead to unplanned escalation. That in turn could lead the various forces to unite.
That said, Israel is in a position of greater strategic advantage now than in all its 70 years, which gives it unprecedented strength — “and our enemies understand that,” Eisenkot says. 2

Depuis la signature du JCPOA, l’AIEA n’a jamais apporté la moindre preuve de tricherie ou fraude de la part de l’Iran.
John Bolton et Mike Pompeo, pour reprendre le langage si peu élégant désormais en cours à Washington, sont des falsificateurs invétérés. Pompeo a eu le job car John Bolton, alias Mister Strike, premier choix de Trump, n’aurait jamais pu être Secrétaire d’État ; il aurait été récusé par le Sénat. Il fût d’ailleurs par le passé pendant un an le représentant des USA à l’ONU–et donc membre du Conseil National de Sécurité américain–car il fut nommé lors d’une vacance du Sénat Même les républicains n’en voulaient pas. Ils s’en sont d’ailleurs débarrassés à l’époque.

La question n’est pas de savoir si Trump avait arrêté sa décision ; elle l’était très probablement depuis le 20 janvier 2017. Dans la relation Trump-Netanyahu, les rôles peuvent être intervertis à volonté. Le manipulateur devenant à l’occasion le petit caniche de l’autre. En quelque sorte et outre les ennuis judiciaires que Netanyahu traîne comme autant de boulets, Netanyahu remboursait Trump (on a rarement vu autant de flatteries adressées à un chef d’État étranger sauf peut-être celles prodiguées au dictateur Ceausescu)
Le but est le même que celui de Trump : raffermir des egos, rassurer, remercier et affermer des électorats.
En quelque sorte, mais c’est là un phénomène classique, il est fréquent que des chefs d’État en proie à des difficultés intérieures cherchent l’onction suprême à l’étranger. Je voyage donc j’existe !
L’Iran, dont par ailleurs, nous n’ignorons ni les mensonges passés, ni la pente naturellement agressive, ni le fait qu’elle foule allègrement aux pieds les Droits de l’Homme (encore qu’il vaut sûrement mieux vivre en Iran qu’en Arabie Saoudite) n’est certes pas un parangon de vertu.
Pour autant- et jusqu’à plus ample informé- la mollahcratie iranienne a scrupuleusement respecté le contrat. L’on ne demande donc qu’à découvrir des révélations de l’AIEA ou de Netanyahu Même James Mattis l’a reconnu.
Fred Kaplan rapporte qu’à dix reprises lors des vérifications, l’Iran a respecté les obligations de l’accord. « Secretary of Defense James Mattis testified to a Senate committee last month that, after reading the 140-page agreement three times, he was struck by how “robust” the deal’s verification provisions were.” 3
Mattis a dit au Senate hearing “there are obviously aspects of the JCPOA…that can be improved on,” 4
“…but he previously said he supported the US staying in the JCPOA.” Mattis had previously said he supported the US staying in the JCPOA. He told lawmakers last October that it was in the national interest of the US to do so.” 5

De l’utilité du JCPOA

Eisenkot avait d’ailleurs déclaré 6: «The deal has actually removed the most serious danger to Israel’s existence for the foreseeable future… and greatly reduced the threat over the longer term.”. Interview Général Eisenkot au New York Times le 13/07/2016
Ceux qui veulent connaître en détail ses réflexions se reporteront utilement à notre article « l’Iran un an après. » Il avait également affirmé : « Iran deal is an opportunity. » 7

Les détracteurs ou thuriféraires de l’accord, se fussent-ils simplement donné la peine de lire et d’analyser les documents publics du JCPOA, l’on aurait évité les excès de crainte ou les travers de l’angélisme. De nombreux cris d’orfraie nous auraient ainsi été épargnés. On aurait compris ce que le JCPOA est et n’est pas. Et n’est pas non seulement parce que l’Iran était partie prenante à l’accord, mais parce que Pékin et Moscou veillaient jalousement au grain et qu’aucune de ces deux capitales ne souhaitait un Iran émasculé.

Susan Rice, ancienne ambassadrice américaine à l’ONU et Conseillère à la Sécurité du Président Obama entre 2013 et 2017 a ainsi déclaré : « The nuclear deal was never intended, nor was it able, to address Iran’s other pernicious behavior: its support for terrorism, malign influence in neighboring countries and ballistic missile program. But the deal always made good sense because Iran’s nefarious activities would be far more dangerous if they were backed by a nuclear capability. By withdrawing from the deal, we have weakened our ability to address these other concerns.” 8
L’accord avec l’Iran ne consistait pas à « to deliver peace » ; il n’était pas et ne pouvait donc pas comme Trump l’a clamé de façon ignorante « a horrible, one sided deal. » 9 Ce n’était pas non plus une « rotten structure. »
Chaque partie a obtenu un certain nombre d’avantages.
Pour l’Iran, la réintégration avec tout ce que cela comporte d’avantages induits et pour les autres parties du P5 +1 le stop nucléaire de l’Iran.

Kissinger avait d’ailleurs écrit: « The nuclear age demands above all a clarification of doctrine. At a time when technology has put in our grasp a command over nature never before imagined, the value of power depends above all on the purpose for which it is to be used.”10
Est-il nécessaire de rappeler à Monsieur Trump que « la détente consiste à mitiger les conflits entre adversaires non à cultiver une amitié entre eux. » 11
L’immense Thucydide quant à lui disait : « On assure mieux sa puissance en évitant de léser ses pairs, en cédant à la tentation au moment pour chercher son accroissement parmi les périls. » 12

Henry Kissinger disait également qu’un bon accord est celui où les deux parties sont également insatisfaites. Au trébuchet de cette pensée, l’accord est un excellent accord.
Et pour le plaisir nous ne résistons pas à rappeler ce qu’il proféra avec l’humour, parfois acidulé, qu’on lui connait : « Je suis sur le point d’unifier le Vietnam, les deux côtés crient après moi ! »

D’autres contrairement aux précédents n’hurlaient pas au scandale en vouant cet accord à l’ire générale et aux gémonies, pensaient ou voulaient croire que cet accord atténuerait le côté agressif de l’Iran et le transformerait comme par enchantement digne d’un conte des mille et une nuit en un pays éminemment pacifique et civilisé. Une espèce de Suisse !
Nous ne sommes pas responsables des erreurs d’interprétation des uns et des autres.

Le 45ème président eût-il lu Kissinger, il n’eût point commis l’erreur de dénoncer l’accord. Qu’on en juge ! « La liberté d’action, c’est-à-dire la conscience de posséder un choix d’initiatives plus vaste que celui de n’importe quel adversaire, assure une meilleure protection qu’une alliance car, à l’heure du besoin, aucune issue n’est barrée » ; « agir d’un commun accord ne se peut plus, non par la faute de quiconque, mais parce que la définition du danger est radicalement différente selon qu’on l’énonce à Londres ou sur le continent… » 13
Comment qualifier cette décision qu’aucun élément rationnel ne venait étayer. Seule la jalousie que lui inspire le Président Obama peut expliquer son geste.Suzanne Maloney, la directrice adjointe de la revue Foreign Policy, écrit : “For Trump, the decision is all ego; dismembering the Iran deal satisfies a multiplicity of petty personal interests—in undoing his predecessor’s legacy, making good on his own campaign promises, and stroking his inflated sense of his own negotiating prowess as manifestly superior to Obama, who he charged with conceding “maximum leverage” in exchange for a “giant fiction.” 14
Face à cela, l’on trouve Trump et ses conseillers au premier rang desquels figure John Bolton. John Bolton dont le motto qui inspire son action est strike, strike and strikes pour reprendre son expression favorite et dont la méthode se résume ainsi: le disruptif absolu comme seul capable de faire bouger les lignes et renverser les situations.
Ce qui a partiellement marché avec le minage du port de Haiphong n’est pas une recette inconditionnelle ; Nixon et Kissinger disposaient d’un outil intellectuel autrement dimensionné. « The madness is the method ! » comme l’a si justement qualifié l’establishment américain.

Le raisonnement de Trump, si toutefois il est capable de tenir un raisonnement comme le disait si plaisamment Bruno Tertrais, est que seule l’action la plus disruptive est la solution pour arriver à un nouveau deal. Trump et ses conseillers pensent que l’Iran a pu grâce à cet accord devenir plus expansif et plus menaçant. Ils n’expliquent pas pour autant comment Washington va mettre à profit le retrait du JCPOA pour amener l’Iran à résipiscence.

C’est la théorie du chaos qui rappelle tristement celui occasionné par l’invasion de l’Irak en 2003. En 2003, sous l’influence probable mais non prouvée, du vice-président Dick Cheney qui avait délibérément menti, n’hésitant pas à tromper le Président Bush et le Secrétaire d’État Colin Powell, les américains avaient déclenché l’opération désastreuse et au nom, ô combien, illusoire de Iraqi Freedom. On connait hélas la suite.
Pour autant l’on a assisté à un paradoxe. Débarrassé, délesté et désinhibé de son épée nucléaire, l’Iran a pu s’éployer de façon- on ne peut plus- classique dans la région. Comme si l’arme nucléaire, loin de faciliter ses aventures expansionnistes, la bridait. L’expansion de l’Iran s’est au contraire accélérée et renforcée dans sa zone d’influence dès lors qu’il était dépossédé de l’arme nucléaire. Se dépêtrer de son arsenal nucléaire, en devenir on ne le répètera jamais assez, lui a étonnamment redonné tonus, agressivité et inventivité!

Qu’on le déplore est chose évidente et naturelle. Mais en grâce, ne mélangeons pas toutes les complications. Même la Dream team Nixon-Kissinger avait compris que le linkage avait ses propres limites.
L’Iran dénucléarisé était devenu en quelque sorte « fréquentable » aux yeux de Moscou et Pékin et surtout plus « workable ».
Moscou a ainsi doté l’Iran de missiles S 300. Pékin a intensifié ses relations commerciales avec lui. Vidé de sa substance nucléaire, l’Iran peut ainsi agir à sa guise et de concert avec un axe Moscou Pékin et en liaison étroite avec Moscou en Syrie et au Liban. La Doxa nucléaire, elle, reste bien pérenne, que cela plaise ou non.

Un monde plus sûr !

Le monde est-il donc plus sûr comme l‘a proclamé et fanfaronné Trump, si l’accord est dénoncé ? Nous ne le pensons pas et ce pour une foultitude de raisons ; pas seulement pour celles évoquées plus haut.
Le Général de Gaulle, arrivé au pouvoir, avait trouvé la France engagée par sa parole dans la signature du Traité de Rome qui fort heureusement nous gouverne encore à ce jour. Ce n’est pas dévoiler un secret que de dire que de Gaulle était- à tout le moins réticent- devant ce qui est devenue la seule véritable aventure du XXe siècle.
Pour autant il ne lui serait pas venu un seul instant à l’idée de dénoncer ce traité envers lequel il nourrissait un certain nombre de reproches qui relevaient essentiellement de la souveraineté. Il estimait, comme les jésuites le lui avaient enseigné, que Pacta sunt servanda, était un principe sacro-saint.
Un pays qui ne respecte pas sa parole est un pays instable et faible et dont il faut fuir les alliances et la protection.

Comment les USA vont-ils dorénavant gérer leurs relations si la parole américaine est désormais dévaluée, démonétisée, démilitarisée ? Certes ce n’est pas la première fois qu’un président–américain de surcroît–rompt sa parole. Bush junior dénonça le traité ABM, si brillamment mis en œuvre par Kissinger en 1972. Mais la dénonciation unilatérale du 13 juin 2002 intervint dans des conditions qui avaient radicalement changé.
Par ailleurs l’histoire a prouvé que l’accès au seuil nucléaire par des états voyous n’a pas entraîné l’ascension apocalyptique et irrémédiable aux extrêmes. Que ce soit au Pakistan, en Corée ou en Iran, l’arme nucléaire a rassasié les appétits guerriers des protagonistes. Le danger de vraie confrontation étant par trop final.
Mais cela ne signifie nullement que des escarmouches ne peuvent éclater, car elles éclateront accord ou pas. La seule différence est que l’accord est l’outil qui est le plus à même de les canaliser.
Cette « respiration » conflictuelle est le prix à payer pour éviter l’incendie général. Si l’Ukraine n’avait pas, conformément au mémorandum de Budapest, renoncé à l’arme nucléaire stationnée sur son sol, Sébastopol serait encore ukrainien et les maskirovka russes continueraient à s’imbiber bien sagement, gaillardement et sans modération aucune… de vodka… en Russie.
Le monde est-il dorénavant plus sûr ? Il nous semble, héla, que non.
Renaud Girard, professeur à Sciences-Po avait écrit en son temps lors d’une remarquable chronique 2015 : « L’accord du 2 avril 2015 a toutes les chances d’être encore enseigné dans 30 ans au sein des universités de science politique du monde entier comme un modèle de succès de la diplomatie multilatérale… » ! 15 pourrait donc de façon fort humoristique ( mais l’homme a l’humour intelligent) enseigner dans son séminaire de Sciences-Po qu’il donne magistralement en duo avec Jean-Louis Gergorin) que le retrait du JCPOA a dorénavant toutes les chances d’être enseigné dans 30 ans 1) comme le modèle de la bêtise géopolitique par excellence et 2) qu’il a rendu notre monde beaucoup plus dangereux.

On a en effet troqué une menace, certes de forte intensité, mais incertaine et surtout future contre des menaces, certes plus faibles, mais immédiates et réelles. L’accord n’était bien entendu pas parfait et pouvait comporter des risques au bout de 25 ans.
Pour autant ou pour le dire autrement, citons un orfèvre en la matière. Il faut savoir « adopter la conduite la plus dangereuse car c’est celle qui nous amènera sur le chemin le plus sûr.» 16

Ainsi donc Donald Trump a cru que défaire de façon compulsive, obsessionnelle et infantile le grand succès de Obama tenait lieu de politique. Nous nous permettons donc de lui rappeler humblement ce que disait Henry Kissinger : « Le propre de la médiocrité est de préférer un avantage tangible au bénéfice intangible que représente une meilleure une meilleure posture… 17

Le Président Obama, mais reconnaissons qu’il n’est pas forcément neutre dans son jugement est sorti de sa réserve qu’il respecte pourtant si scrupuleusement et si élégamment :« Les USA pourraient se retrouver avec un choix perdant–perdant, contre un Iran doté de l’arme nucléaire ou une autre guerre au Moyen-Orient. » 18 Car c’est désormais là le vrai choix.

Le JCPOA, même imparfait, a rempli son rôle : refouler la posture nucléaire de l’Iran. Inspections les plus dures. Le JCPOA n’est pas seulement un accord USA–Iran, c’est un accord conclu avec cinq autres pays, endossé par une résolution du Conseil de Sécurité. Le JCPOA ne repose pas sur la confiance mais sur un ensemble de mesures et vérifications les plus sévères au monde.
“Finally, the JCPOA was never intended to solve all of our problems with Iran. We were clear-eyed that Iran engages in destabilizing behavior – including support for terrorism, and threats toward Israel and its neighbors. But that’s precisely why it was so important that we prevent Iran from obtaining a nuclear weapon. Every aspect of Iranian behavior that is troubling is far more dangerous if their nuclear program is unconstrained. Our ability to confront Iran’s destabilizing behavior – and to sustain a unity of purpose with our allies – is strengthened with the JCPOA, and weakened without it.” 19

Négligeons pour le moment le danger de la prolifération nucléaire. On ne s’improvise pas comme cela une puissance nucléaire ; mais il n’y a pas de raison majeure pour que le dogme de la MAD gravée au fuselage de chaque missile porteur d’une charge nucléaire, vole subitement en éclats. La déterrence est appelée à fonctionner encore et toujours. Rappelons pour mémoire que le Secrétaire à la Défense McNamara, avait souhaité en pleine guerre froide que les Russes arrivassent à la parité avec les USA afin d’éviter toute réaction soviétique due à une peur inconsidérée.

Non les vrais dangers sont collatéraux. Ils relèvent de la perte de confiance des alliés dans la parole américaine ! Ils nourrissent les rêves les plus fous de ceux qui n’osaient pas les rêver. Moscou et Pékin connaissent désormais la nouvelle doctrine américaine : la pusillanimité. On la célèbre avec alacrité place Rouge et place Tien An Men. Tokyo, Séoul, et Hanoi ont désormais de vraies raisons de s’inquiéter.
Si Assad, qui fait partie du peloton de tête- très disputé- des pires dictateurs, se faisait du souci quant à son maintien au pouvoir, Téhéran appuyé par Moscou et Pékin continuera à le fréquenter assidûment, et comme dit la formule, et plus si affinités.
Eizenkot lui-même ne s’y est pas trompé.

Autres effets induits, Washington s’est mis à dos ses principaux alliés européens. S’il est bon que l’Europe prenne enfin son envol et son autonomie par rapport aux États-Unis, il n’est pas non plus bon que cela laisse place à une béance des intérêts et des réactions.
Alliés oui, alignés non, contradicteurs opposés encore moins !
La dénonciation du JCPOA laisse les USA devant un terrible choix. Soit ils laissent l’Iran prospérer sur le chemin dangereux de la prolifération nucléaire, soit les USA vont à la guerre. Et ce ne sera pas la fleur au fusil ! Vous avez aimé Mogadiscio, vous allez adorer Téhéran !
Un monde plus sûr a-t-il dit !
Les USA n’ont jamais été aussi isolés depuis 1945. Philippe Moreau Defarges a fort intelligemment écrit dans ce blog que la Pax Americana doit hélas mourir un jour.20 Certes si Donald Trump n’en est pas le responsable, il en est l’accélérateur impuissant et tout sauf mécontent.
Le show télévisé de Netanyahu à grands renforts de publicité, que n’aurait pas désavoué un télé-évangéliste américain ou un vendeur de voitures (d’occasions) ne nous a en fait rien appris que les services de renseignements du monde entier ne savaient déjà.

Oui l’Iran a menti et plus que de raison mais c’était avant l’accord. C’est d’ailleurs précisément ce que les inspecteurs de l’AIEA avaient révélé à l’époque. Ils avaient donc correctement effectué leur mission .C’est justement cela qui a poussé le P5 + 1 à discuter et imposer des sanctions.

Oui l’Iran a menti ; c’est précisément pour cela que l’accord n’est pas basé sur une quelconque confiance mais bien sur un système de vérification unique au monde.
Oui l’Iran a menti et oui l’Iran n’était pas la nouvelle attraction vedette de Disney World. C’est précisément pour cela que l’on a imposé des sanctions.
Oui l’Iran aimerait fort probablement détruire Israël et chatouiller les États-Unis s’il le pouvait. Mais comme Frédéric Encel le dit fort bellement et avec l’humour qu’on lui: « Ce n’est pas la propension qu’ont nos ennemis de nous haïr qui compte ; ce qui compte c’est la capacité qu’ils ont de nous détruire. » Or c’est oublier qu’Israël (not to mention les États-Unis) est fort heureusement détenteur de l’arme nucléaire. C’est en définitive sa meilleure assurance, qui plus est dans le droit fil de la doxa sioniste.
Il ne faut pas non plus négliger le fait qu’en matière de sécurité, le maximum de sécurité pour l’état A entraîne le maximum d’insécurité pour l’état B.

La majorité de l’appareil sécuritaire israélien a constamment répété que la menace iranienne « classique » ou conventionnelle en Syrie est bien plus dangereuse que la menace nucléaire iranienne. Si le JCPOA est déserté, l’Iran ne se privera donc lui non plus et à son tour de ne plus le respecter et d’augmenter sa présence en Syrie.
Un monde moins dangereux a-t-il dit !
La politique de Trump c’est « buy now pay later ». Car il y aura inévitablement un prix à payer. Suzanne Maloney a ainsi parfaitement résumé la situation:
« Undoing the deal will only inflame a region already riven by extremism and sectarian rivalries.
Trump peppered his speech with incongruous notes of triumphalism about his as-yet inconclusive diplomatic gambit toward North Korea as well as the expectation that Iran’s leaders “are going to want to make a new and lasting deal, one that benefits all of Iran and the Iranian people. When they do, I am ready, willing, and able. Great things can happen for Iran.” Although it might prove a clever gambit for managing the fallout, neither Rouhani nor his harder-line rivals in the security establishment are likely to take Trump up on his offer to “make Iran great again” by returning to the negotiating table. Given the widespread public support for the deal among Iranians, Trump’s announcement dealt a visceral blow to the national dignity well beyond the regime itself; no serious politician would survive an effort to engage with Washington any time soon.” 21
L’ironie de la situation et ce qui constituera quelque part son aporie, c’est l’action de Trump qui résulte de ses promesses de campagne et de son électorat. America first ! Or l’on ne voit pas comment un président isolationniste et unilatéraliste pourra imposer sa volonté tout en se désengageant.

Un plan B

Il est un troisième scénario envisageable : une espèce de statu quo, un no man’s land de l’attente. Dans tous les cas de figure, le plus probable est qu’il sera très court, le temps que les parties se jaugent et évaluent leurs forces, leurs faiblesses et leurs atouts. Mais comme cet accord n’était pas basé sur la confiance mais bien sur des rapports de force, il sera selon toute vraisemblance un sas de transition. De toute façon, ce sera obligatoirement le lieu où chacun accusera l’autre de toutes les tricheries et de tous les mensonges sans parler des arrières- pensées. Certes il y aura des degrés dans ce no man’s land.
Having said that, comme le disent les anglo-saxons, il est tout aussi possible que rebus sic stantibus si un équilibre est trouvé avec les européens, alors la situation reste à peu près identique. Il est toujours délicat de faire des prévisions surtout lorsqu’elles concernent l’avenir
Y a-t-il un plan B ? On ne voit pas très bien lequel, sauf à adopter la conduite de John Bolton partisan, et dont la seule grammaire diplomatique se forme autour des mots strike, strike and strikes.

On sait, fort bien, comment rentrer dans une guerre ; on sait un peu moins bien comment la mener, voire la gagner, surtout dans un pays de 80 millions d’habitants où l’ombre de Mossadegh plane encore. Considérer la seule variable religieuse comme explicative est une grave erreur. S’engouffrer dans ce corridor arrange, on le voit très bien tous ceux dont l’idéologie tient lieu d’analyse.
On sait par contre qu’il est tout sauf sûr que l’on détruirait le cas échéant tout le potentiel nucléaire iranien et ses missiles. Ne parlons même pas des représailles si l’Iran se dotait ou possédait déjà une capacité de second strike !
Mais ce que l’on ne sait pas du tout, et les Américains encore moins, c’est comment sortir de la guerre.

Si plan B il y a, il est concocté dans l’allégresse à Moscou et à Pékin.
Par quoi va-t-on donc remplacer le JCPOA ?
Raymond Aron avait écrit en d’autres temps : « Paix impossible, guerre improbable. » Ce scénario reste l’hypothèse la plus plausible. On voit mal les USA avec ou sans le soutien- actif ou pas, ouvert ou pas- d’Israël, aller bombarder l’Iran. Par contre, l’on voit très bien s’installer dans la région un scénario où l’Iran et ses séides provoqueront – jusqu’à une certaine limite–des incidents meurtriers de plus en plus fréquents et de plus en plus significatifs.

Une guerre frontale entre Israël et l’Iran étant difficile et compliquée –vu leur absence de frontière commune. Pour Israël c’est un scénario cauchemardesque même s’il n’est pas appelé à devenir un conflit de haute intensité stratégique. La question que devra se poser Netanyahu, c’est la réponse qu’il apportera. Jusqu’où ira-t-il sans rompre les excellentes relations établies avec la Russie.

Ce qui est certain, c’est que les premières fissures sont déjà apparues avec la livraison des S 300 à l’Iran et à la Syrie contre lesquelles Netanyahu s’était violemment opposé mais sans succès. Moscou a bien livré ces armes dont le caractère éminemment défensif en fait également des armes offensives. En outre des S 400 sont installés sur la base de Hmim mais ce sont les Russes qui les servent.
Poutine, quant à lui, sait déjà quel sera son choix si ses alliés stratégiques syriens et iraniens étaient en danger. Il ne peut, ne serait-ce que pour ne pas voir son poids diminuer vis-à-vis de Pékin, se permettre un échec. Les Américains quant à eux feraient bien de méditer l’analyse de Raymond Aron qui respire aujourd’hui le délicat fumet d’une prophétie. « L’histoire ne prouve pas que Dieu est américain parce que les États-Unis ont gagné toutes les guerres. L’histoire prouve simplement, selon le mot de Napoléon que Dieu est du côté des gros bataillons. » 22

La Chine ou plutôt l’axe Pékin-Moscou a quitté les habits- désormais- squelettiques de la guerre froide pour chevaucher les destriers de   « armes véloces », au moins en ce qui concerne la Chine.
Ce qui est également certain c’est que le Xi- Ji Ping, donneur de leçon à Davos, ne restera pas impuissant, les bras ballants devant une crise qui menace et ses intérêts stratégiques, et ses approvisionnements et ses moyens de communication tentaculaires avec OBOR.
Ce qui est aussi sûr comme l’écrivait fort justement Raymond Aron : « Il ne faut ni acculer les projetés d’une religion conquérante, maîtres d’un vaste empire, au désespoir ni par la faiblesse éveiller en eux la tentation. » 23

Les sanctions sont comme les marées; elles montent et refluent !

Or c’est précisément ce que vient de faire Donald Trump: « We will be instituting the highest level of economic sanction. Any nation that helps Iran in its quest for nuclear weapons could also be strongly sanctioned by the United States.” 24
Ce que les sanctions ont permis en 2008–2015 ne fonctionnera pas forcément en 2018. L’ouverture économique n’a pas donné pleine et entière satisfaction. Les années qui ont suivi le deal ont connu grâce- essentiellement- au pétrole une croissance de 12,5 %. Ce n’est donc pas une croissance saine. En outre depuis 2017 elle est retombée à 4 % et cela risque d’être encore plus mauvais pour les années à venir, accord ou pas.
Deux raisons principales : l’économie iranienne souffre de trop de rigidités et la levée des sanctions n’a pas entraîné comme les Iraniens voulaient le croire un afflux massif d’investissements étrangers.
Selon le FMI sur 12 milliards d’investissements étrangers attendus seuls 2,1, sont arrivés à bon port. Les banques accordent des prêts à 10 % au-dessus du taux de l’inflation. Après avoir créé 600 000 emplois par an depuis le JCPOA, le taux de chômage atteint le chiffre faramineux de 36 % pour la tranche d’âge 20-29 et 50 % chez les femmes. Il y a fort à parier que ce réservoir d’inactifs en rendra les USA responsables.
Changement de régime a-t-il dit !

En réponse à ce qui relève davantage de la gestuelle qu’à une analyse froide et parfaitement pourpensée, l’Inde de Narendra Modi pourtant nouvel allié stratégique des USA grâce au team Obama-Clinton et malgré les démonstrations télévisuelles et promenade les pieds dans l’eau avec Netanyahu, a déjà prévenu qu’elle intensifierait ses achats de pétrole en provenance de l’Iran.
Wang Yi ministre chinois des affaires étrangères a chaleureusement accueilli à Pékin son homologue iranien. Certes Total se désengage, hélas, de son projet gazier, mais Pékin, trop content de cette aubaine, rachète, comme prévu, (ce qui prouve la pertinence et la qualité du personnel diplomatique chinois) intégralement sa part.
Certes la Russie, l’Inde et la Chine ne feront pas de cadeaux financiers à l’Iran. Les prix de cession seront bien entendus inférieurs et largement inférieurs à ceux du marché.
Trump compte donc sur les sanctions pour arriver à un accord qui ne soit pas « rotten ». Il pense, ce qui n’est pas faux, que le résultat auquel le P5 +1 est arrivé est dû aux sanctions les plus sévères jamais imposées. Et il pense que l’on aurait dû ou pu soit exiger plus avec ce niveau de sanctions, soit imposer davantage de sanctions pour obtenir plus.
Mais c’est oublier que les USA n’étaient pas seuls à la table des négociations. Il pense que l’accord aurait dû aussi imposer à l’Iran un code de bonne conduite, émasculer les visées hégémoniques iraniennes dans la région et renoncer à ses missiles.

Ce but n’est pas per se faux ; la question qui se pose avait on ou non les moyens de l’obtenir. La réponse est bien évidemment non.
Certes Téhéran n’a jamais fait preuve de retenue, mais hormis la Suisse et le Luxembourg, nous serions enchantés de connaître le nom des états qui ne sacrifient pas à l’autel de cette pente (si) naturelle.
La violence outre qu’elle accompagne les charrois des intérêts des états est consubstantielle à l’histoire de l’humanité. Giulio Andreotti, aussi appelé » Il Divo Giulio » tout corrompu qu’il fût disait : « L’insécurité à Rome ? Rien de nouveau. Regardez, au début ils n’étaient que deux, Romulus et Remus. Eh bien, il y en a un qui a tout de même trouvé le moyen de tuer l’autre… »

Mais c’est surtout méconnaître les réalités géopolitiques. Ou pour le dire autrement, Trump aurait voulu que Poutine obligeât l’Iran à s’abstenir de soutenir le seul asset russe dans la région.
Le président russe sait pertinemment que les seuls avions russes n’auraient pu sauver Assad sans l’aide des missi dominici iraniens. Il n’est pas besoin d’être diplômé de Georgetown pour le comprendre. Il est vrai que le 45ème président des USA n’a pas fréquenté les universités si prestigieuses qui permettent une présidence avisée. La pratique présidentielle et les rouages du jeu international n’ont que peu à voir avec une pratique intensive des casinos !

Des sanctions soit. Mais, sans nier leur impact sur l’Europe qui aura du mal à se doter d’un arsenal pour se protéger des rétorsions américaines et Total en est la preuve vivante, elles ne fonctionneront pas comme auparavant.
2018 ne ressemblera pas à 2008 et autres années. Elles seront sûrement moins efficientes cette fois-ci. D’abord parce que l’Iran qui ne s’était jamais complètement relevé du train de sanctions imposées a appris à domestiquer cette situation de privations. Ensuite l’Iran a quand même récupéré l’argent qui lui était dû. Certes l’économie après avoir connu une certaine embellie a replongé bien avant l’arrivée de Trump au pouvoir. L’Iran s’est également doté d’outils lui permettant une économie souterraine de crise. Les sanctions qui ont effectivement fonctionné auparavant puisqu’elles ont amené l’Iran à la table des négociations seront sûrement moins efficaces cette fois-ci.
En outre bien souvent les sanctions soudent une population, même auprès d’un dictateur, qui sait retourner l’opinion publique en sa faveur.
La victimisation est quelque chose qui fonctionne à merveille chez les autocrates. C’est pourquoi il est tout sauf sûr que cette fois-ci, elles fonctionnent avec la même efficacité tant la fierté et l’orgueil iranien ont été atteints.

Mais aussi et peut-être surtout, comme aucune infraction n’a été relevée à l’encontre de l’Iran, Téhéran saura se ménager, appuis et solidarités. Si l’Europe n’aura peut-être pas la capacité de résistance face aux USA–au moins dans le court terme–la Chine et la Russie sauront très probablement s’en affranchir.
En outre Trump devra composer avec une hausse du prix du pétrole aux États-Unis même avec le gaz de schiste. Cela risquera d’éroder son soutien populaire. L’on ne mène pas, de nos jours, une action militaire sans l’acquiescement au moins tacite de sa population et, dans le cas de Trump, de son électorat.

Enfin la stature morale de Trump ne saurait se comparer à celle de Barack Obama.

D’aucuns ont reproché à Obama de n’avoir pas respecté sa propre ligne rouge en Syrie ; mais une de ses motivations était précisément l’Iran. Conclure un accord lui semblait prioritaire quitte à être laxiste en Syrie. (Nous acceptons le fait que cette position est susceptible d’être profondément contredite, mais non erat is est locus.) Pour autant, Obama tout multilatéraliste qu’il a été, fût appelé le seigneur des drones.
John Bolton a beau être un partisan des strikes à tout prix, Trump hésitera avant d’envoyer des « boots on the ground.» L’on ne voit pas comment Trump résoudra la quadrature du cercle qu’il a lui-même forgé. Prisonnier de sa promesse électorale de se retirer des affaires mondiales et frapper l’Iran.

Le plan B ou de grandes illusions !

Téhéran a vu combien la fermeté coréenne paye. Il n’est pas sûr qu’il saura et voudra se montrer plus flexible en 2018 que lors des accords de Lausanne d’autant plus que l’on ne voit pas ce que Trump, le « deal maker », apporte cette fois ci en échange. L’ombre de Saddam Hussein, Kadhafi et l’Ukraine hantent la réflexion de Rohani.
Bolton a eu beau dire au New York Times en mars 2015 : « Pour stopper la bombe iranienne, bombardons l’Iran.» Il est peu probable que ses rodomontades soient la clé du problème. Et ce d’autant moins que Trump n’étant plus à une erreur près prône un changement de régime.
Son discours comporte en outre un certain nombre d’inexactitudes. Et si le terrorisme était un marqueur fondamental alors l’Arabie Saoudite n’aurait rien à envier à l’Iran. C’est aussi oublier qu’en Afghanistan, les Iraniens n’ont pas toujours eu une attitude non coopérative avec les Américains.
Sauf sur la conduite dans la région et les missiles, non couvertes par l’accord, Trump tord les faits à souhait. Faut-il rappeler à Trump que précisément le traité ne couvrait pas ces deux aspects. Trump affirme de façon péremptoire: «As we exit the Iran deal, we will be working with our allies to find a real, comprehensive, and lasting solution to the Iranian nuclear threat.”
On a déjà vu la réaction de Berlin, Paris et Londres. Le seul- petit- problème est qu’elle était tout sauf celle voulue par Trump.
Qu’on en juge ! « Ne soyons pas faibles, ne subissons pas. Accepterons-nous la règle de l’autre ou sa tyrannie ? Qui doit décider de nos choix commerciaux, ceux qui nous menacent parce que les règles ne leur conviennent plus. Nous avons fait le choix de construire la paix au Proche et Moyen-Orient, d’autres puissances ont choisi de ne pas respecter leur parole. Devons-nous céder à la politique du pire ? 25
Le Président Macron a d’ailleurs eu un entretien avec Rohani.
Quant à la Chancelière Merkel elle a déclaré : « Nous allons respecter l’accord et nous ferons tout pour que l’Iran se tienne à ses obligations. » 26
Zarif est donc venu à Bruxelles le 15 mai. Il a déclaré suite aux positions européennes qu’il s’agissait d’un « bon départ. »
Les Européens ne parlent donc pas de renégociation ni de rajout. L’Iran a donc suggéré la création d’un groupe commun entre la Russie et les Européens. Pour autant nous ne pensons pas que Macron et les Européens réussiront à imposer aux iraniens de simplement renoncer à leurs ICBM.

Mais là où Trump commet une faute majeure c’est lorsqu’il évoque un changement de régime. « If the regime continues its nuclear aspirations, it will have bigger problems than it has ever had before. Finally, I want to deliver a message to the long-suffering people of Iran.
The people of America stand with you. »27
Et au cas où le message n’aurait pas été correctement reçu, le président américain de continuer: «It has now been almost 40 years since this dictatorship seized power and took a proud nation hostage. » 28
En d’autres termes, Trump penserait-il que les dirigeants iraniens provoqueraient eux-mêmes leur destitution ! Curieuse analyse !

Le plan B de Trump peut se résumer à la réponse apportée un journaliste qui lui demandait : «REPORTER: Mr. President, how does this make America safer? How does this make America safer? 29
Le journaliste a répété deux fois sa question au cas où Trump n’aurait pas bien compris le sens de la question sans doute. Et Trump de répondre: « Thank you very much. This will make America much safer. Thank you very much. » 30
Platon en serait resté frappé de stupeur devant cette version de la théorie de la vérité !

Le résultat le plus probable est de renforcer le clan des ultras à Téhéran et d’affaiblir Rohani et son ministre des affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. Si Rohani ne surmonte pas cette crise et sa position de faiblesse interne alors des réactions irrationnelles motivées par l’humiliation sont à craindre, mais peut-être est-ce cela que Trump et surtout Bolton cherchent.
Nous nous permettons de rappeler, en toute humilité, au Président des Etats-Unis ce que disait un philosophe anglais : « Ceux qui ont beaucoup à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux. » 31
Sima Shine, ex directrice au ministère des affaires stratégiques en Israël a parfaitement résumé la situation. « Si le Premier Ministre (Netanyahu) écoute les experts de l’Iran, il entendra qu’on ne peut changer le régime de l’extérieur. Au contraire les Iraniens s’uniront contre cette tentative. »32
Quant à Dan Shapiro, ancien ambassadeur américain en Israël et aujourd’hui membre de l’INSS (institut pour les études nationales de sécurité) de Tel-Aviv a commenté «… mais le faire de l’extérieur est extrêmement compliqué, largement infructueux et très coûteux. » 33

Susan Rice a parfaitement résumé la situation: « The president spiked the Iran deal out of spite and hubris, with no viable alternative. He asserts that, with increased pressure on Iran, he can negotiate a better deal. But only someone who knows nothing about Iran would presume that it will pay more under duress to get the same thing it was promised three years earlier.”34

Le monde ne peut pas être plus sûr. Il n’y a pas de plan B de substitution au JCPOA. La nature a horreur du vide. Le JCPOA avait très certainement des défauts, mais il avait un très grand mérite : il existait. Il est à craindre qu’avoir ouvert cette boîte de Pandore nous emmènera, à rebours de la si sage mythologie grecque, de Kosmos à Kaos.

Il n’y a pas de plan B. En témoigne Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique et accessoirement l’un des plus fins connaisseurs du dossier : «I attended a confidential briefing by senior Trump administration officials yesterday. I heard nothing that would make me think that there is any kind of a long-term plan or strategy.” 35

Le seul plan B de Trump c’est de « faire des grosses lignes des journaux. »
Nombres des partisans de Trump l’ont critiqué. Le sénateur McCain, héros de la guerre du Vietnam et pourtant vilipendé de façon ignominieuse par Trump, n’étant pas le dernier. Il n’y a pas et il ne saurait donc y avoir de plan B. On ne voit pas comment et par quoi remplacer le JCPOA.
Le coup de poker de Trump ne peut marcher. Aucun dirigeant iranien ne prendra le risque de négocier dans de telles conditions. Autant se suicider !
Rohani alla aussi loin que possible dans les concessions, aussi loin que lui permettait le vrai patron de l’Iran l’Ayatollah Khamenei lequel est d’ailleurs toujours en poste. Et l’on ne voit pas pourquoi il payerait plus pour recevoir moins. Trump est peut-être un spécialiste du deal (c’est en tout cas ce qu’il affirme) mais au bazar de Téhéran, l’on connaît la musique au moins aussi bien que lui.
Et ce d’autant plus que Washington irait à de nouvelles négociations sans ses cinq autres partenaires. Le changement de régime évoqué, voire brandi comme une menace ne peut qu’affaiblir le jeu de Washington et resserrer les rangs à Téhéran. On a rarement vu une négociation de cette envergure ou Washington était aussi isolé. Trump a certes derrière lui l’Arabie Saoudite et Israël. C’est peu pour un tel jeu.
Rohani avait dit lors de la signature du JCPOA : « c’est une fin et un début. »
Avec Trump le challenge consistant à obtenir plus en payant moins sera juste le début de l’aventure. Si les Européens se désolidarisent de Washington et résistent du mieux possible aux rétorsions américaines, c’est en tout cas ce qu’il faut espérer, alors il est possible que les Iraniens continueront à respecter le JCPOA.
Si les Européens ne font pas montre d’indépendance alors les Iraniens se sentiront isolés, joués et floués. C’est la représentation qu’ils se feront ; et en matière de géopolitique, représentation vaut presque autant que les actes.
A eux seuls, Moscou et Pékin ne pourront contenir l’aventurisme iranien. Il est d’ailleurs tout sauf sûr, qu’ils le veulent. En tout cas tant qu’ils ne sont pas près d’envoyer suffisamment de troupes en soutien à Assad. Pour les Russes les Iraniens constituent une chair à canon de choix.

Il est un fait qui devrait cependant pousser les Européens à rester fermes; c’est précisément l’attitude de Trump à géométrie variable concernant les sanctions et qui nous permet d’être optimistes et résister. L’entreprise chinoise ZTE implantée aux USA a vu ses approvisionnements en puces électroniques coupées au motif qu’elle avait enfreint les sanctions envers la Corée. Il est probable que plusieurs milliers d’emplois américains et la pression chinoise feront plier Trump et accorder une dérogation. America First certes mais pusillanimité tout autant !
Mais la raison ultime de cette absence de solution de rechange, c’est que l’on avait placé beaucoup trop d’espoir dans ce traité. Obama dans sa grande sagesse avait pourtant bien prévenu dès le départ qu’il s’agissait d’une transaction avec l’Iran, non d’une métamorphose transformant les Iraniens par un coup de baguette magique.
Obama ne saurait donc être tenu pour responsable des rêves ou cauchemars fantasmés par les uns et par les autres.
Il ne saurait y avoir une solution de rechange (pour la même raison que les Britanniques ont mis du temps à constituer une équipe de négociations pour le Brexit) car il a fallu la fine fleur de l’administration américaine et des autres pays pour charpenter une équipe formée aux arcanes d’une négociation aussi complexe.
18 mois après son entrée en fonction, Trump n’a toujours pas constitué une équipe au complet. (En Corée du Sud, il n’y avait toujours pas d’ambassadeur américain, il y a encore un mois à notre connaissance ; le candidat pressenti s’étant récusé.)

Si le raisonnement froid l’emporte sur les peurs iraniennes et israéliennes souvent fondées aussi bien en Iran- la guerre avec l’Irak a laissé de douloureux souvenirs- qu’en Israël, si les humiliations iraniennes, si les pulsions haineuses de l’Iran, si les obsessions israéliennes qui utilisent la menace iranienne pour éviter de traiter les vrais problèmes, si la jalousie maladive de Trump vis-à-vis de Obama et si son ego vulgaire, cèdent le pas à la raison alors la région connaîtra non pas le calme mais restera encalminée dans cet état de ni guerre ni paix. Ce qui serait un moindre mal.
Il serait injuste d’occulter la volonté iranienne de détruire l’État d’Israël ; ils le clament assez fort. Faisons-leur donc confiance !

En somme, nous avons dans la région, trois acteurs aux manettes qui chacun pour des raisons différentes devraient écrire – le plus vite serait le mieux-leurs mémoires plutôt que de les jouer. Laissons de côté l’Ayatollah Khamenei tellement la chose est obvie. Nous avons déjà décrit les troubles obsessionnels compulsifs de Trump qui relèvent de la psychiatrie.
Il est peu probable que Netanyahu ait influencé Trump. Ceux qui ont influencé Trump sont les évangélistes américains. Netanyahu n’a fait que prendre le train en marche. Son lobbying effréné relève de son idéologie héritée de son interprétation biblique et son show médiatique était également inspiré par des considérations qui ne relevaient point de la sécurité. Les dirigeants se réclamant de l’onction populaire–réelle–contre certains impédimenta sont légions de par le monde.
L’obsession des frappes contre l’Iran est ancienne chez lui ; c’est une constant. Reconnaissons-lui ce mérite. Pour autant une très grande partie, pour ne pas dire la majorité de l’establishment sécuritaire et militaire israélien n’hésite pas à le contredire. À commencer par le premier d’entre eux : le chef d’Etat-Major de Tsahal. En outre Il y a déjà quelques années le chef du Mossad Meïr Dagan, et Yuval Diskin le chef du Shin Beth l’ont empêché de frapper l’Iran.

Léon Panetta ancien directeur de la CIA disait à propos de son homologue homologue Meïr Dagan: “I think he was worried that decisions were made for political reasons and I think that troubled him,” said Panetta, adding that Dagan was becoming “very concerned that somebody [would] push the wrong button.” 36

L’Iran, qui selon Netanyahu était déjà une menace mortelle–si l’on se réfère à ses shows à l’ONU (il est à noter que bien avant l’accord il disait que l’Iran était à trois mois d’avoir la bombe)– a certes envoyé moult missiles en Syrie, drones- en principe ils ne servent qu’au décorum et à la pompe encore que… mais pas l’arme atomique contre Israël n’a pas la bombe nucléaire pour deux raisons :
– Elle ne la possédait pas contrairement à toutes les allégations de Netanyahu.
– La logique nucléaire et la déterrence israélienne en sont les vraies raisons. L’Iran qui ne se distingue pas particulièrement par un pacifisme militant, peut être accusé de beaucoup d’intentions malignes et belliqueuses, mais il sait cependant parfaitement raisonner (tout comme le dictateur nord-coréen) et ne pas franchir le Rubicon.

Le show télévisé de Netanyahu visait en réalité à sceller l’alliance avec Trump et les USA pour avoir les mains libres dans sa gestion du conflit palestinien et des territoires occupés.
Citons une nouvelle fois  Henry Kissinger orfèvre en la matière: « Dans les systèmes d’alliance, les membres les plus faibles ont de bonnes raisons de croire que le plus puissant un intérêt primordial à les défendre ; il s’ensuit qu’il n’éprouve plus le besoin de s’assurer son appui en souscrivant à sa politique… »37

Il y a d’ailleurs de nombreuses ressemblances entre les deux leaders : mêmes egos et mêmes attitudes envers les démocratures. Sauf que l’un, Netanyahu est remarquablement intelligent et formidablement cultivé et que ses valeurs sont nettement moins nauséabondes que celles de Trump.
Pour autant Anschel Pfeffer rapporte dans Foreign Policy du 11 mai 2018 que Netanyahu était méprisé par Ariel Sharon–pour lequel nous professons une grande estime (l’homme avait une vraie vision et un courage certain en comprenant qu’il fallait procéder à des choix douloureux) –qui le présentait « as the male model. »
Anschel Pfeffer écrit ainsi: « a reference to his impressive television appearances and what Sharon saw as a lack of substance or backbone.” 38

L’Iran reste un vrai danger mais ce n’est pas l’Iran nucléaire. C’est un Iran dénucléarisé et « présentable » car précisément dénucléarisé en Syrie.
On a troqué une menace future contre un danger immédiat. Bravo Monsieur Trump ! Clemenceau ayant convoqué un préfet aux fins de révocation s’entendit dire par celui-ci : « Mais que me reprochez-vous ? Mon incompétence ? Ou ma malhonnêteté ? » Les deux, Monsieur le préfet ! » lui répondit Clemenceau

Susan Rice a écrit « The president has just made the most foolish and consequential national security decision of his tenure. Exactly what comes next is unclear, but we certainly will face a far worse situation than today. When the mess materializes, Mr. Trump, per standard procedure, will blame everyone else: his political opponents, his predecessor, the Europeans and the Iranians. But there will be only one person responsible: President Trump, our wrecking ball in chief.”

Pour dangereux et explosif que la situation iranienne soit, il est un motif de raison garder.
Nous la trouvons bien entendu dans le paradigme toujours d’actualité de Thucydide qui étudiait les conflits à l’aune de son célèbre triptyque : Phobos, Kerdos, Doxa.

Dominique Moïsi qui fût, entre autres postes les uns plus prestigieux que les autres, brillantissime professeur à Harvard et à l’Université hébraïque de Jérusalem et peut-être le plus fin connaisseur de la vie politique américaine a écrit : « On espère qu’il n’y aura jamais plus un président aussi indigne de remplir les fonctions qui sont les siennes. » 40

Que le 45 ème Président des Etats-Unis veuille bien méditer ce que Henry Kissinger administrait comme leçon : « Déclencher une guerre nucléaire illimitée serait, non pas une décision politique, mais un acte de désespoir. » « Aucune idée n’a jamais été aussi pernicieuse que celle qui prétend que la paix peut être atteinte directement, comme une fin en soi accompagnée par la disparition subite des tensions. » 41

Leo Keller
Neuilly le 27/05/2018

Notes
1 in interview Haaretz 30/03/2018
2 idem Amos Harel
3 in Slate du 8/5/2018 interview Fred Kaplan
4 Mattis Senate hearing May 2018
5 Washington Post 8/5/2018
6 In Blogazoi “ un an après” Leo keller
7 Idem
8 New York Times
9 Tweet Donald Trump du 8/05/2018
10 Henry Kissinger in Nuclear Weapons and Foreign Policy
11 Propos rapportés par Antoine Coppolani in Nixon Henry Kissinger les années orageuses
12 Thucydide in La Guerre du Péloponnèse
13 Henry Kissinger in Le Chemin de la Paix
14 Suzanne Maloney in Foreign Policy 09/05/2018
15 in le Figaro du 02/04/2015
16 Henry Kissinger cité par Coppolani in Nixon page 679.
17 Henry Kissinger in le chemin de la paix.
18 Obama statement on JCPOA withdraw 08/05/2018
19 Idem
20 Philippe Moreau Defarges in Blogazoi Donald Trump ou la Pax americana doit hélas mourir un jour 05/11/2017
21 Suzanne Maloney in Foreign Policy May 2018
22 Raymond Aron In chroniques de la guerre froide 13 décembre 1950.
23 Raymond Aron idem
24 President Trump official address on JCPOA MAY 08
25 Discours de réception du Président Emmanuel Macron à l’occasion de sa remise du Prix Charlemagne
26 Intervention de la Chancelière Angela Merkel le 9 Mai 2018
27 President Trump official address on JCPOA MAY 08
28 idem
29 idem
30 idem
31 Edmund Burke in réflexions sur la révolution française
32 Interview Sima Shine in Times of Israël
33 idem
34 New York Times du 8 May 2018
35 Bruno Tertrais tweet du 9 mai 2018
36 In Times of Israël 6 mai 2016
37 Henry Kissinger In pour une nouvelle politique étrangère américaine
38 Foreign policy 11 May 2018
39 in New York Times 8 Mai 2018
40 Dominique Moïsi in Institut Montaigne
41 in Nixon de Antoine Coppolani

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Comments

  1. FAIN CLAUDE says:

    Je n’écrirai pas 50 pages pour commenter et serai très bref: quelle naïveté de l’auteur!
    L’intelligence des iraniens, en particulier dans les discussions internationales, est beaucoup plus fine et voilée à souhait, jouant sur le temps qu’ils estiment, à juste raison, de leur côté.

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