The on again and off again Trump- Kim summit par Leo Keller

The on again and off again Trump- Kim summit

Le Général De Gaulle écrivit dans ses Mémoires de Guerre : « Dans les entreprises où l’on risque tout, un moment arrive, d’ordinaire, ou celui qui mène la partie sent que le destin se fixe. Par un étrange concours, les milles épreuves où il se débat semblent s’épanouir soudain en un épisode décisif. Que celui-ci soit heureux et la fortune va se livrer. Mais, qu’il tourne à la confusion du chef, voilà toute l’affaire perdue. »

Toute analyse, a fortiori lorsqu’elle concerne le futur comporte une dose de présomption voire d’inconscience.
C’est la beauté de l’exercice !
Pour autant si l’objectivité ne saurait exister, l’analyste se doit d’être intellectuellement honnête. Nous tenons donc à reconnaître notre erreur d’analyse ; nous avions en effet estimé que ce sommet avait de grandes chances de ne pas voir le jour. Nous nous sommes donc trompés et nous le reconnaissons bien volontiers.
Cela étant, nous persévérons dans notre analyse du sommet qui se déroulera donc comme prévu à Singapour le 12 Juin prochain entre Donald Trump et Kim Jong-Un.

Donc quelques questions pour cerner les enjeux.
Ce sommet est-il différent de ceux tenus auparavant ? Que va-t-il se passer ? Les frictions probables. Y a-t-il malgré tout une raison d’espérer ?
Certes, c’est la première rencontre à ce niveau. Carter, ex-président des États-Unis, avait rencontré Kim Il-Sung et Madeleine Albright, Secrétaire d’Etat a officiellement eu en 2000 une entrevue avec Kim Il-Sung, le père de Kim Jong-Un. Il s’agissait alors de préparer un sommet avec le Président Bill Clinton. Sommet qui ne put se tenir. Plus tard Clinton, en visite surprise, obtint la libération de deux prisonniers américains.
En 1994, la Corée accepte le démantèlement de ses réacteurs plutonium contre la promesse de recevoir des réacteurs nucléaires. En 2005 le groupe P 6 obtient lors d’un accord l’abandon de « all nuclear weapons existing and nuclear programs »
En 2012 nouveau moratoire sur le nucléaire et les ICBM contre une aide fournie par les USA.
Chaque tentative a échoué. Que ce soit la « strategic patience » d’Obama ou la fermeté de Bush. En somme les américains avaient déployé- sans succès- toute la panoplie possible des politiques

Parmi les sommets qui ont marqué l’histoire des relations internationales rappelons ceux qui se sont tenus à Reykjavik les 11 et 12 octobre 1986 entre le Président Reagan et le Secrétaire Général du PCUS Gorbatchev, ou les sommets Nixon-Kissinger avec Brejnev ou Chou en Lai. Or lors de ces sommets, tout était préparé au millimètre.
Kissinger tout en attachant une importance capitale aux rapports personnels entre Chefs d’État exigeait une préparation minutieuse où rien n’était laissé au hasard. C’était le travail intense et éreintant de plusieurs mois. Pour autant les coups de théâtre n’étaient pas exclus. Et il savait que le contact personnel pouvait parfois briser la glace.

A Reykjavik Reagan s’était même livré un jeu de rôle avec son conseiller Jack Mattlock qui jouait-en russe- le personnage de Gorbatchev.
Or aucun de ces ingrédients ne figure dans ce sommet qui relève de l’improvisation et du buzz médiatique. Et n’oublions pas que Reykjavik devait être le prélude à celui prévu à Washington. Pour autant le sommet Trump- Kim peut – peut-être- s’inspirer pour obtenir des résultats de ce que Gorbatchev disait pour faire bouger les lignes. « To sweep Reagan of his feet »

Quel est donc le gage de succès pour un sommet ?
Une intense préparation ou au contraire la théâtralisation et de la pression médiatique et des opinions publiques. Il n’en reste pas moins que les deux règles de base de toute négociation réussie à savoir le secret et la préparation sont des conditions nécessaires pour aboutir à un « conceptual breakthrough ».
Il semble que ce ne soit pas le cas dans cette affaire. Le risque est donc en cas d’échec de déboucher sur une situation où les frustrations peuvent amener des conséquences encore plus dramatiques et dangereuses. En cette affaire rien ou presque n’a été vraiment préparé sauf les questions de sécurité et de protocole du sommet lui-même.
Et ce ne sont pas les quelques jours où le vice-président nord-coréen le Général Kim Young Chol, qui était deux jours à Washington qui va régler tous les problèmes. Il est à noter d’ailleurs qu’il portait au revers de sa veste les portraits des présidents coréens.
Embrassons-nous Folleville !
Trump si prompt à dénoncer certains dictateurs et certains pays a fort aimablement oublié de mentionner le fait que ce général était responsable de la déportation de dizaines de milliers de Coréens et pour certains de leur assassinat. Ce qui laisse pressentir une volonté de réussite.

La raison principale qui laisse présager un échec et pour laquelle ni Kim ni Trump ne sont à blâmer, c’est que le problème est par trop inextricable et les intérêts totalement antithétiques par trop enkystés et par trop prégnants dans les récits nationaux.
Les deux dirigeants ne sont d’accord sur rien. Kim a simplement déclaré que le sommet doit être « aimed at liquidating the hostile and distrusting relations of decades and erecting a new milestone for the improvement of DPRK-US relations. »
Parmi son florilège de déclarations, citons juste celle tenue lors du plénum du parti communiste nord-coréen le 20 avril 2018 : « …The completion of the states nuclear armed forces … » « … our country … has been reborn as a world –class nuclear power. »
Gel possible, démantèlement plus qu’improbable.

Ce sommet, qui va donc se tenir, repose sur un double quiproquo.
Trump est persuadé qu’il va réussir ne serait-ce que parce qu’il pense que si Obama et ses prédécesseurs ont échoué, lui Trump, tel Zeus réincarné, peut, doit et va réussir. Ensuite il pense que les sanctions ont mis la Corée à genoux. C’est ce que pensaient peu ou prou tous ses devanciers à la Maison-Blanche ; le résultat est connu.
Quant à Kim, il est persuadé que fort de son statut nucléaire, il va en imposer à Trump qui habité par sa réputation de leader pragmatique (c’est en tout cas ce que Trump prétend) s’accommodera de la situation et la reconnaîtra afin d’éviter d’autres escalades et obtenir quelques promesses et surtout quelques photos bien cadrées.
Il est vrai que de nombreux accords ont été, par le passé, signés, car l’on prenait bien soin d’occulter les arrière-pensées. Kim pense aussi que fort de son expérience il pourra se jouer de Trump Président inexpérimenté. Souvent l’histoire emprunte des chemins imprévus. Khroutchev en fit les frais avec Kennedy lors du sommet de Vienne.

Mais il est une autre raison qui laisse peu d’espoir à la réussite de cette entreprise hasardeuse : c’est l’absence de la capacité que Clausewitz appelait  « vorschreiben » les conditions de paix. Or aucun des deux protagonistes ne jouit en effet d’une réelle position de force pour obtenir ce qu’il n’a pas déjà.
Sauf à aller à la guerre qui est la dernière chose souhaitée par les deux protagonistes, on ne voit pas comment Trump obtiendrait le démantèlement nucléaire. Churchill avec l’humour délicieusement cynique qui le caractérisait dit un jour à Lord Ismay et au général Brook : « Ceux qui prétendent que rien n’a jamais été réglé par la guerre disent des âneries. En fait rien dans l’histoire n’a jamais été réglé autrement que par la guerre. »
Certes nous avons quitté les années de la seconde guerre mondiale.

Les deux adversaires partenaires s’opposent sur tout. Tout les oppose et tout les indispose.
La Corée, qu’on le veuille ou non, que cela plaise ou non, est désormais une puissance nucléaire. L’on ne voit pas ce qui la ferait revenir en arrière.
Pinkston, analyste américain à l’université de Séoul a eu une formule délicieuse:
« denuclearization » was a pipe dream. « It’s like trying to convince a devout Christian that the pathway to enlightenment and eternal life is to abandon Jesus for something else, »

Kim qui a fait ses études dans un collège renommé en Suisse a peut-être retenu la pensée de Flaubert qui avait mis en garde ceux qui :
« calomnient leur temps par ignorance de l’histoire. »Saddam Hussein, Kadhafi, l’Ukraine et la volte-face de Trump à propos de l’Iran lui sont sûrement d’utiles professeurs.

L’un parle d’une dénucléarisation partielle,-c’est-à-dire nord-coréenne- l’autre pense à une dénucléarisation totale- c’est-à-dire englobant les USA dans la région- en laissant son esprit vagabonder jusqu’à Okinawa.
L’un parle d’une dénucléarisation immédiate, l’autre n’envisage qu’une dénucléarisation graduelle.
L’un n’a pas compris qu’une dénucléarisation immédiate était irréaliste car trop compliquée, l’autre fait semblant de croire que ses lanceurs nucléaires ne constituent pas un problème.
Seul point commun, l’Iran que les deux protagonistes lisent cependant, loaf pour loaf, de façon rigoureusement contraire.
Et si le Leap Day Deal a échoué, c’est aussi parce que l’on ne s’était pas compris sur la définition de ce qu’est un rocket launch. Missile, satellite etc ? Mais les deux sont d’accord pour refuser d’admettre ce que le dilemme de la sécurité enseigne à savoir que le maximum de sécurité pour l’État A signifie le maximum d’insécurité pour l’Etat B.

A quelques jours du sommet tâchons d’examiner les scénarii envisageables. Nous en distinguerons quatre principaux. Il est à souhaiter que les deux leaders sauront se montrer à la hauteur des enseignements de Bismarck. « Il faut savoir agripper les pans du manteau de l’Histoire lorsque celui-ci nous fait la grâce de passer à portée de main. »

Le premier scénario est celui d’un succès quasi total. La Corée renonce à son armement nucléaire, qui plus est, elle le démantèle complètement et fait de même pour ses vecteurs.
Pour autant la vérification quant aux vecteurs est problématique. Il est plus difficile de distinguer deux types de vecteurs surtout si leur technologie est duale. ON court à un déficit de confiance dès l’origine.
Trump, de son côté, reconnaît le régime de la Corée du Nord et garantit Kim à la tête de son pays. Trump accepte de signer un traité de paix encore que Jeffrey Lewis a dans son tweet du 1er juin questionné la pertinence juridique de ce problème. « Just a reminder: Congress did not declare war on Pyongyang in 1950. Truman asserted authority on the basis of UN Security Council resolutions. It’s not clear to me that a peace “treaty” needs to submitted to Senate that never declared war.”
Il accorde en outre une aide économique conséquente. Un bureau de liaison ayant vocation à devenir ambassade est installé dans les deux capitales.

Les deux Corées assouplissent également leurs relations. Enfin grand seigneur, Kim relâche les otages japonais qui croupissent en Corée du Nord et qui sont probablement les plus vieux otages au monde.
C’est un scénario idéal donc hautement improbable. Les miracles n’existent que dans les récits bibliques ou à Disney World.
Bien entendu dans ce scénario les Américains se retireraient de la région.
A la fois parce que les objectifs sont trop ambitieux et qu’ils nécessitent une confiance absolue, il a donc peu de chance de se réaliser.

Scénario II
C’est celui de la feuille de vigne. Rien n’est obtenu fors l’honneur. Après moult déclarations on tombe d’accord pour faire figurer le terme de dénucléarisation dans le communiqué commun. QQOQCCP ! Quis, Quid ubi, Quibus aixilis, Cur, Quomodo, Quando disaient les Romains. Qui, quoi, où, quand, comment, combien, pourquoi ? Nul ne le sait ! Mais cela peut-être fièrement et joyeusement proclamé
Puisque quid urbi etc. disait les Romains. Qui, quoi, où, quand, comment, combien, pourquoi ? Nul ne le sait. Mais cela peut être fièrement et joyeusement proclamé.
Cela permet d’abord à chacun de s’auto congratuler, ce qui n’est pas mince compte tenu des aimables adjectifs dont chacun accusait l’autre il y a encore peu. Cela permet aussi à chaque président d’affirmer avoir gagné et mis l’autre à terre. Surtout pas de détails. Il s’agira d’habiller le plus habilement possible ce statu quo.
L’on verra quelques cosmétiques seront utilisés par la suite. Le résultat principal est que l’on continuera à se parler. Ce qui n’est pas mince, et permet une légère détente et l’installation progressive d’un climat de confiance ou de non méfiance. En étant optimiste on conclura peut-être un accord pour éviter toute guerre nucléaire par accident.
Flou artistique à la manœuvre ! Pour autant ce scénario comportera vraisemblablement un gel des essais nucléaires dont les Coréens n’ont plus besoin d’ailleurs car ils maîtrisent désormais parfaitement l’art de la simulation par informatique,

Scénario III
C’est le même type que le précédent mais avec la destruction complète du site de Penggy Ri.
Avec en prime quelques autres destructions de tunnel, sites ou tour de refroidissement désormais superflus.
Les USA prodigueront aussi quelques gestes plus amples dont une représentation diplomatique élargie, davantage d’allégement des sanctions et la levée de certaines de second rang et surtout la réduction mais non la suppression des exercices militaires conjoints avec la Corée du Sud.
Cela étant les levées des sanctions économiques sont malgré tout moins importantes que la reconnaissance de facto de son pays. En outre cette dernière sera le sésame qui lui ouvrira toutes les portes pour un développement économique futur
Ce scénario aurait vraisemblablement la préférence chinoise car le doigt nucléaire coréen resterait intact mais serait moins menaçant pour l’expansion commerciale et/ou militaire chinoise.
La Corée du Sud, avide d’une situation stable avec à sa tête un Président se rêvant Prix Nobel relèguerait la Sunshine Policy au rang d’aimable mise en bouche. Bien entendu Kim pourrait se féliciter d’un tel scénario.
Seul bémol le Japon.

Scénario IV

A la fin de l’envoi je touche. C’est le scénario favori de John Bolton alias Mister Strike.
Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, John Bolton piaffant d’impatience et boursouflé de sa nomination réussit à bousculer un Trump ne comprenant pas bien la complexité des enjeux et n’ayant que peu de goût pour les détails qui pourtant pavent l’enfer.
C’est le scénario bien connu du tout ou rien.
Trump peut ainsi montrer qu’il a tout essayé. Son désir d’image d’homme de paix confortée. C’est quelque chose qu’il sait parfaitement mettre en scène. Trump a d’ailleurs commencé, lors de sa conférence de presse commune avec le Président Moon à accuser la Chine être responsable de la nouvelle volte-face de Kim.
“I will say I’m a little disappointed, because when Kim Jong-un had the meeting with President Xi, in China, the second meeting — the first meeting we knew about — the second meeting — I think there was a little change in attitude from Kim Jong-un. So I don’t like that. I don’t like that. I don’t like it from the standpoint of China.”
“But there was a difference when Kim Jong-un left China the second time. And I think they were dedicating an aircraft carrier that the United States paid for. Okay? Because we paid for it. »

De son côté Kim affirme que Trump a employé un chantage inadmissible sur lui en exerçant des menaces à son encontre. Il se targue lui aussi de tous ces gestes de bonne volonté.
Fort de l’appui chinois, plus nettement affirmé que lors des précédentes années, il tente un rapprochement avec le président sud-coréen qui a su montrer sa volonté d’indépendance vis-à-vis de Washington. Mouvement que pourrait encourager et faciliter jusque dans une certaine mesure Xi Ji-Ping. Jusque dans une certaine mesure car la dernière chose que souhaite Xi Ji- Ping est une réunification où la Corée du Sud ferait emplette de l’arsenal nord-coréen.
Si le Président Moon est animé d’intentions pacifiques, il n’en va pas de même d’une grande partie de sa population et du personnel politique sud-coréen dont les sympathies nationalistes deviennent demeures fortes. Cela étant, il est difficile de connaître avec précision les dessins de Xi Ji- Ping en la matière. Winston Churchill avait coutume de dire : « Le communisme est un mystère doublé d’une énigme. »
Il y a en effet autant d’éléments qui augurent un durcissement de l’attitude de Kim que d’un encouragement à négocier après sa dernière visite en Chine.
Pour autant chaque scénario se heurtera au volet V du CVID. Comment vérifier que la Corée renoncera et démantèlera non pas seulement ses sites nucléaires (les équipes de l’AIEA savent parfaitement le faire comme elles l’ont démontré en Iran) mais aussi ses vecteurs ICBM. Comment empêcher un état de renoncer à des missiles SRBM. Sur quelle base juridique ? Et puis jusqu’où arrêtera-t-on cette course à la désescalade.
Difficultés techniques quasi insurmontables couplées avec le manque de confiance consubstantiel à la paranoïa de tout régime dictatorial.
La quadrature du cercle avez-vous dit !

Quel est donc le scénario le plus plausible ? Il nous semble que les scénarii I et IV sont peu sinon les moins probables. Nous avons exposé plus haut les raisons pour le I.
Pour le IV, il est également difficile pour la simple raison que Trump, arc-bouté dans la nouvelle position isolationniste américaine ne veut surtout pas d’un conflit ou de toute façon il n’anéantirait pas la totalité de l’arsenal nucléaire coréen.
La Corée, outre ses forces nucléaires, aposte d’immenses forces conventionnelles massées à 35 Miles de Séoul et causerait des centaines de milliers de morts en deux jours. Elle jouit, ne l’oublions pas, désormais d’une capacité de second strike capable d’infliger des pertes colossales sur le sol américain.
Ne mentionnons même pas les dégâts économiques qui ramèneraient les électeurs américains de Trump à des années en arrière. Adieu sa réélection qui le taraude déjà.

Pour autant faut-il désespérer ? Probablement pas. En tout cas pas complètement.
Vaclav Havel, à qui nous devons tant proclama : « L’espoir, ce n’est pas la conviction qu’une chose se termine bien, mais c’est la certitude que cette chose fait sens, quelque soit la manière dont elle se termine. »

La première raison d’espérer tient précisément au caractère atypique des deux partenaires/rivaux. C’est le pari qu’aucun des deux n’a les inhibitions de ses prédécesseurs. L’un prendra systématiquement le contre-pied de ses devanciers et surtout d’Obama. L’autre ayant achevé et réussi ce que son père et son grand-père avaient rêvé d’atteindre peut se sentir capable de transformer l’essai.
Obtenir grâce au statut nucléaire une indépendance indiscutée et la reconnaissance internationale.
Ce sommet est déjà une demi- victoire pour le leader nord-coréen.

Ensuite les deux ont à peu près pour les mêmes raisons impérativement besoin de prouver, urbi et orbi, qu’ils sont des hommes d’État responsables. Les deux leaders semblent avoir désormais déserté leur rhétorique infantile.
L’un veut désespérément convaincre surtout avant les Mid-Term elections son électorat qu’il est préoccupé avant tout par les intérêts de la middle-class de la Rust belt qui, ne l’oublions pas, l’a élu.
L’autre craint par-dessus tous les ravages de la glasnost.

John Bolton qui n’a probablement pas complètement terminé sa crise de croissance et qui a un besoin obsessionnel de montrer ses muscles, cherche non pas un règlement, mais une capitulation en bonne et due forme. Si Trump est un isolationniste, Bolton est un interventionniste unilatéraliste–néo-conservateur de surcroît– (probablement l’espèce la plus dangereuse car la plus irresponsable en matière de politique étrangère).
Trump pour une fois a réfléchi avant de parler et a reconnu que la position de Bolton était irréaliste. Ainsi il a reconnu préférer une solution graduelle. Qu’on en juge. Sa conférence de presse commune du 22 mai 2018 avec le président sud-coréen était éloquente.

“PRESIDENT TRUMP: Well, all in one would be nice, I can tell you. I’m not going to go beyond that. It would certainly be better if it were all in one. Does it have to be? I don’t think I want to totally commit myself. But all in one would be a lot better. Or at least for physical reasons, over a very short period of time. You know, you do have some physical reasons that it may not be able to do exactly that. So for physical reasons, over a very short period of time. Essentially, that would be all in one.
Q President Trump, I’m a reporter from South Korea. If North Korea and Kim Jong-un decide CVID, will you literally guarantee the safety of the regime of North Korea?
PRESIDENT TRUMP: I will guarantee his safety. Yes, we will guarantee his safety. And we’ve talked about that from the beginning. He will be safe. He will be happy. His country will be rich. His country will be hardworking and very prosperous. They’re very great people. They’re hardworking, great people. »

Les sanctions ont-elles réussi à stopper le programme nucléaire ? Visiblement non. Ont-elles réussi à freiner l’économie nord-coréenne ? À bien y regarder, il faut comparer entre la différence des performances économiques qui existaient entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest. Une analyse fine donnerait probablement une réponse plus précise et surtout plus nuancée afin de déterminer ce qui relève des sanctions et ce qui relève de la nature même du régime.

Mais si sanctions il y a, c’est bien la sanction technologique. En effet ce que les privations économiques n’ont pas réussi, les bouleversements liés à la circulation de l’information semblent lézarder la société nord-coréenne aussi cadenassée soit-elle face aux images en provenance de la Corée du Sud voire de la Chine.
Echec pour avoir stoppé le programme nucléaire, semi- échec en ce qui concerne l’économie.
Paradoxalement cet échec relatif porte en lui les germes d’un espoir modéré.
Les américains ne remercieront jamais assez Apple et Samsung qui creusent leur déficit avec la Chine mais fracturent l’opacité nord- coréenne.

Si les intérêts et positions stratégiques restent les mêmes, il est un point qui peut faciliter une ébauche d’entente.
Cette novation stratégique c’est la nouvelle posture de Trump en matière de politique étrangère.
Richard Haas avait commenté la nouvelle politique étrangère d’Obama en disant : « La politique étrangère américaine commence à la maison. » Avec Trump America First signifie que la politique étrangère américaine commence et finit à la maison. L’on ne voit pas Trump aller contre les intérêts de son électorat.
Obama était le champion du multilatéralisme agile mais botté, Trump est le champion de l’unilatéralisme vociférant mais avant tout isolationniste.
Si Kim est intelligent, et de son point de vue, sa conduite stratégique prouve qu’il l’est, il saura intégrer ces faits pour savoir jusqu’où il peut aller et ce qu’il peut accorder sans remettre en cause le fondement de l’ADN coréen : le nucléaire ou les joyaux de la Couronne car il s’agit bien d’une dynastie !
Et ce d’autant plus que la rencontre est déjà un succès pour lui. Elle vaut reconnaissance quasi officielle !
Mais il est un troisième personnage que l’on n’attendait pas tant il passait- à tort- pour effacé et qui écrit presque tout seul l’Histoire. Le Président sud-coréen Moon a déboulé dans l’arène des JO, à la faveur de la destitution de Madame Park présidente corrompue, (il est en effet et fort heureusement des pays éminemment démocratiques où les chefs d’État ou premiers ministres sont démis de leurs fonctions en cas de soupçon de corruption.)
Moqué et attaqué au départ par Trump, le président Moon est aujourd’hui respecté même par Trump. L’histoire dira un jour comment cet homme a par petites touches fait évoluer les blocages et œuvré sans relâche pour que ce sommet se tienne.
Laissons la conclusion à la Kissinger dans son maître livre Nuclear weapons and Foreign policy et à la mythologue grecque.
« In Greek mythology the god’s sometimes punished man by fulfilling his wishes too complitely.it has remained for the nuclear age to experience the full irony of this penalty»

Sophocle fait dire à Antigone « Maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, l’homme peut prendre ensuite la route du mal comme du bien. »

Leo Keller
Neuilly le 04/06/2018

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