Fiscalité: un enjeu pour les élections européennes par Olivier Marty

Fiscalité : un enjeu pour les élections européennes
Par Olivier Marty

LE CERCLE – Le basculement vers un système de vote à la majorité qualifiée pour les sujets fiscaux ne fait pas consensus en Europe, regrette Olivier Marty. Les partis politiques nationaux et européens devraient s’en saisir. Les prochaines élections en sont l’occasion.

Recourir à la majorité qualifiée permettrait d’aboutir à des politiques fiscales plus justes.
Dans la ligne des engagements de Jean-Claude Juncker, qui a souvent plaidé en faveur d’une Europe plus unie, plus agile et plus démocratique, la Commission européenne a récemment proposé d’user d’une disposition du traité de Lisbonne permettant de faire basculer progressivement le système de vote relatif aux matières fiscales de l’unanimité à la majorité qualifiée.
Cette initiative n’a hélas, pour le moment, pas recueilli le consensus nécessaire des Etats membres pour être avalisée. Dès lors, elle a vocation à s’imposer comme l’un des thèmes majeurs des élections européennes. Les partis politiques nationaux et européens, de même que les citoyens, devraient s’en saisir, pour au moins trois raisons.

Des politiques fiscales plus justes

Recourir à la majorité qualifiée permettrait, en premier lieu, d’aboutir à des politiques fiscales plus justes. Avec une telle modalité de vote, en effet, la poursuite de la lutte contre la fraude, l’évasion et l’optimisation fiscales, résolument engagée au cours de la législature actuelle, serait facilitée. Dès lors, plusieurs Etats membres pourraient mieux fiscaliser les grandes entreprises, qui bénéficient de la vive concurrence actuelle interne à l’Europe, et être ainsi moins enclins à compenser leur manque à gagner sur les petites entreprises et les consommateurs.
Du même coup, ils mèneraient des politiques fiscales plus autonomes et dégageraient des marges de manoeuvre budgétaires appréciables pour investir dans des enjeux d’avenir, tels l’éducation, la santé ou les technologies de pointe.

Des décisions fiscales plus démocratiques

Des décisions fiscales européennes facilitées seraient aussi plus démocratiques. Dans le système actuel de l’unanimité, le Parlement européen n’a guère son mot à dire sur le fond des textes. Cette situation est anachronique avec les attentes des citoyens européens, qui ont été légitimement choqués par une série de scandales récents, et dont l’instance qui les représente s’est justement fait l’écho dans le cadre de nombreux travaux d’investigation.

Optimisation fiscale : le virage des Pays-Bas

De même, voir l’Union européenne se préoccuper mieux des enjeux fiscaux, parmi d’autres grands enjeux de nature régalienne (migrations, défense, sécurité, notamment), semble correspondre aux attentes des populations, qui lui reprochent souvent de se préoccuper de trop de sujets mineurs tout en étant incapable d’agir efficacement.

Des accords fiscaux plus rapides

Des accords fiscaux plus rapides serviraient aussi les intérêts propres de l’Union. Une fiscalité moins disparate diminuerait par exemple les coûts administratifs et économiques auxquels font face les entreprises et serait ainsi de nature à renforcer le potentiel de croissance de la zone. Aussi, plusieurs grandes politiques européennes, comme celle de l’environnement et du climat, nécessitent des soutiens fiscaux plus facilement actés.
Avec la majorité qualifiée, l’Union européenne pourrait également s’accorder sur la taxation des géants du numérique, réagir légitimement à la guerre fiscale internationale ranimée par les Etats-Unis, et être plus influente encore à l’OCDE, où des solutions fiscales de long terme doivent continuer d’être trouvées au service d’une mondialisation plus équitable.
L’argument convenu de la souveraineté opposé par plusieurs Etats à l’encontre du passage à la majorité qualifiée est aussi fallacieux que l’extension de ce système de vote est naturelle. Elus, partis politiques et citoyens ont l’occasion toute trouvée de renverser ce raisonnement en invitant les capitales à aller dans le sens de l’intérêt commun, du leur propre et de l’esprit des Traités qu’elles ont négocié et ratifié unanimement mais jamais guère assumé devant leurs opinions publiques…

Olivier Marty
Les Echos le 18 Avril 2019

Ancien élève de Sciences Po Paris, de l’Institut européen de la London School of Economics et de l’Université Paris-Dauphine, Olivier Marty est enseignant-chercheur en Questions européennes à SciencesPo, HEC et l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Auparavant, il a exercé dans le secteur financier, comme économiste à la Société Générale et à la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB), notamment.
Il est le co-auteur de trois ouvrages dont récemment (avec Nicolas Dorgeret) « Connaitre et comprendre l’Union européenne : 35 fiches sur les institutions européennes » (préfacé par Jean-Dominique Giuliani), Ellipses, 2018.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :