Pour réussir , l’Europe doit mettre en avant ses atouts . Par Olivier Marty

Pour réussir, l’Europe doit mettre en avant ses atouts
par Olivier Marty

14 janv. 2020
Maître de conférences en institutions européennes à Sciences Po et professeur à l’Ecole Normale Supérieure.

Il était permis de craindre, entre le printemps et l’automne derniers, que l’Union européenne soit, dès l’orée d’une nouvelle mandature, à nouveau engagée dans une mauvaise passe.
Les malheureuses tensions observées lors des nominations aux plus hautes fonctions européennes et le « faux départ » consécutif de la nouvelle Commission laissaient en effet planer un doute sur la capacité des institutions à dépasser leurs dissensions et à s’accorder sur une action ambitieuse. Depuis, les priorités affichées par le nouvel exécutif communautaire ont eu de quoi rassurer. Il n’en demeure pas moins utile de s’interroger sur les conditions de succès d’une action européenne réussie.

• Lucidité
La première d’entre elles est la lucidité. Le contexte géopolitique, caractérisé par la crise du multilatéralisme, les rivalités stratégiques et le regain de tensions sécuritaires, nous interpelle par sa gravité. Une situation mondiale conflictuelle et instable impose ainsi à l’Europe, selon la formule de la présidente de la Commission, d’assumer un rôle de « puissance responsable » ayant vocation à réduire le désordre international, à rehausser les engagements collectifs et à défendre, dans tous les domaines, une souveraineté commune démultipliant celles qui sont propres aux Etats.
L’Union européenne poursuit sa reconquête des citoyens

Dans le même temps, la dégradation de la conjoncture mondiale et la prégnance de risques financiers invitent l’Union à mieux coordonner sa politique économique et à maintenir une attention de tous les instants sur les situations politiques et sociales tendues de ses Etats membres.

• Valeurs

Au cours des prochaines années, l’Europe devrait également défendre et promouvoir avec confiance ses propres valeurs, qui sont dans les faits de plus en plus isolées. Droits de l’homme, libertés politiques, pluralisme démocratique, diversité culturelle constituent autant de motifs de fierté que de références avancées dans un monde tourmenté.

Aussi, nos atouts industriels, notre grand marché, notre épargne, la qualité de nos systèmes éducatifs et nos réseaux d’infrastructures nous donnent les moyens de relever les défis économiques qui nous font face. Enfin, la défense de nos normes et standards, dont on mesure la valeur dans le contexte du Brexit, nous permet d’assurer, par la force de l’exemple et notre poids économique, une convergence de nos partenaires par le haut.

• Institutions

Le succès de la mandature qui s’ouvre dépendra également de la qualité de la mécanique institutionnelle. Le Conseil européen, affaibli par la gestion de crises qu’il n’a su empêcher, doit redevenir une instance stratège donnant de franches impulsions à une Commission suffisamment libre de promouvoir l’intérêt général.
Le Conseil des ministres, traversé par de nombreux désaccords, doit opérer une bascule nette entre la confrontation des intérêts nationaux et la promotion de l’intérêt commun, qui consiste essentiellement à faire peser l’Europe sur les grands enjeux mondiaux (développement durable, migrations, équité de la concurrence économique, etc.). Le Parlement européen, enfin, loin d’être condamné à une paralysie induite par sa nouvelle diversité, peut au contraire en faire levier pour promouvoir et conjuguer les intérêts de ses groupes pro-européens.

• Valeur ajoutée

L’Europe devrait en quatrième lieu continuer de faire la preuve concrète de sa valeur ajoutée dans un champ limité de politiques publiques. Les citoyens ont en effet conscience de la pertinence de l’échelon européen sur l’investissement, le cadre de concurrence, la défense, le déploiement du numérique ou le développement durable, qui n’est sans doute pas sans lien avec la nette hausse des sentiments de confiance et d’appartenance à l’Union enregistrés dans l’Eurobaromètre. Il conviendra donc de continuer à marquer l’action commune de cette empreinte, en visant particulièrement les catégories modestes qui se sentent encore trop tenues à l’écart d’une dynamique trop élitiste.

Olivier Marty
Les Echos
14/01/2019

Biographie Olivier Marty
Ancien élève de Sciences Po Paris, de l’Institut européen de la London School of Economics et de l’Université Paris-Dauphine, Olivier Marty est enseignant-chercheur en Questions européennes à SciencesPo, et à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Auparavant, il a exercé dans le secteur financier, comme économiste à la Société Générale et à la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB), notamment.
Il est le co-auteur de trois ouvrages dont récemment (avec Nicolas Dorgeret) « Connaitre et comprendre l’Union européenne : 35 fiches sur les institutions européennes » (préfacé par Jean-Dominique Giuliani), Ellipses, 2018.

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