The deal of century! Ce deal est caduc! par Leo Keller

“The deal of the century.” Ce deal est « caduc » !

« Ce serait une erreur de croire que ces choses
finiront par des chants et des apothéoses ;
Certes, il viendra, le rude et fatal châtiment ;
Jamais d’en haut ne recule et ne ment,
Mais ces jours effrayants seront des jours sublimes. » 1

Hélas ! Hélas ! Aucun des protagonistes et architectes de ce plan ne possède la vision de Victor Hugo.

« Le drame de notre temps, c’est que la bêtise se soit mise à penser. » 2

Ce plan est mort-né ! Et après tout, quid novi ?
L’histoire des relations entre les Palestiniens et les Israéliens est qu’hormis des armistices, cessez-le feu, ou accords de désengagement toutes les tentatives se sont fracassées sur cette réalité, hélas adamantine: un bloc d’Histoire dévorée et malmenée ad absurdum par une géographie étique, rabougrie, ratiocinée ad infinitum.

Nous serions donc tentés de dire, ne chargeons ni Trump, ni Jared Kushner, ni Mahmoud Abbas, ni Nétanyahu de tous les péchés d’Israël.


Après tout, des Hommes d’État chevronnés tels que, Menahem Begin, Itzhak Rabin, Shimon Peres, Arik Sharon, Ehud Barak, Ehud Olmert côté israélien, Sadate et Hussein côté arabe, et côté américain Clinton, Obama- après son discours du Caire- ont eu le courage de remiser un récit souvent fantasmé et une idéologie belliqueuse aux oubliettes de l’Histoire.
Et pourtant ils ont tous échoué.

Rappelons toutefois que les accords d’Oslo ont échoué car un extrémiste israélien a assassiné l’artisan de la Paix, Itzhak Rabin, et que le Likoud a ensuite torpillé ces mêmes accords entamant le cycle de violences/répressions.

Au pays de Voltaire, nous aimons l’ironie. Il est donc piquant de rappeler que le plan de Reagan, pourtant ami sincère- mais impartial- d’Israël échoua car Israël refusa- à juste titre- tout plan non négocié directement avec les Palestiniens. Ô tempora, Ô mores !
Or ce qui était valable à l’époque doit aussi l’être aujourd’hui.

Côté palestinien, il fût une époque où Mahmoud Abbas se montra lui aussi plus téméraire, plus avisé. Yasser Arafat sût, certes trop tard, de façon malhabile, et non dénué d’arrières pensées, déserter son costume de terroriste patenté pour habiller et habiter la vêture d’un négociateur norvégien.
Mais enfin il le fit quand même !
Clinton, lui couvrit les accords d’Oslo du manteau de la République américaine. Au panthéon des négociateurs, il gagna sa place, juste derrière Henry Kissinger. Quant au Président Obama–si ignominieusement et – mais est-il nécessaire de le mentionner, si injustement–vilipendé par les extrémistes de tous bords, il eut l’immense courage de tenir en 2009 à l’université du Caire un discours visionnaire, d’une élévation et d’une noblesse d’esprit hélas absentes de nos jours.

Que le lecteur nous permette d’en citer–expressis verbis–trois passages. Ils continuent d’éclairer ce qui doit inspirer l’esprit de tout règlement futur. Il fit preuve dans son allocution de « virtu » en fustigeant tant les comportements des Arabes que ceux d’Israël.

“America’s strong bonds with Israel are well known. This bond is unbreakable. It is based upon cultural and historical ties, and the recognition that the aspiration for a Jewish homeland is rooted in a tragic history that cannot be denied.
Around the world, the Jewish people were persecuted for centuries, and anti-Semitism in Europe culminated in an unprecedented Holocaust. Tomorrow, I will visit Buchenwald, which was part of a network of camps where Jews were enslaved, tortured, shot and gassed to death by the Third Reich. Six million Jews were killed – more than the entire Jewish population of Israel today. Denying that fact is baseless, ignorant, and hateful. Threatening Israel with destruction – or repeating vile stereotypes about Jews – is deeply wrong, and only serves to evoke in the minds of Israelis this most painful of memories while preventing the peace that the people of this region deserve.”
“Palestinians must abandon violence. » “Hamas must put an end to violence, recognize past agreements, and recognize Israel’s right to exist.”

Enfin et c’est peut-être le passage le plus significatif: “Finally, the Arab States must recognize that the Arab Peace Initiative was an important beginning, but not the end of their responsibilities. The Arab-Israeli conflict should no longer be used to distract the people of Arab nations from other problems. Instead, it must be a cause for action to help the Palestinian people develop the institutions that will sustain their state; to recognize Israel’s legitimacy; and to choose progress over a self-defeating focus on the past.”3

Que le lecteur veuille bien nous excuser de la longueur de cette citation ; elle n’avait pour seul but que de montrer combien le courage est nécessaire en géopolitique.
Car ses propos ont été tenus, non pas à Jérusalem devant un parterre de membres du Likud ni devant un pandémonium d’évangélistes tout sauf iréniques et au cerveau englué dans on ne sait trop quelle référence biblique mais bien en terre arabe. Et Obama n’a pu le faire que parce qu’il a su aussi servir le même type de vérités aux deux camps. Il tiendra plus tard le même discours à Jérusalem.

Certes nous n’oublions pas, et nous ne voulons pas oublier, combien la fameuse parole d’Abba Ebban, ancien Ministre des Affaires Etrangères d’Israël, était juste et qui était tout sauf un faucon : « Les Arabes n’ont jamais raté une occasion de rater la paix. »
L’on nous permettra cependant de penser que depuis quelques années, les Arabes n’ont plus le monopole de cette attitude qui questionne l’intelligence humaine.

Ce plan, ce « deal of century » que The Economist, hebdomadaire libéral britannique, qualifie de « Steal of the Century »a fait l’objet de nombreuses critiques. Nous voudrions cependant, en préambule, en écarter deux.
D’aucuns disent qu’il a été révélé au moment le plus opportun pour détourner l’attention de l’impeachment de Trump et de Netanyahu qu’il est désormais juridiquement correct de qualifier d’accusé. Il l’est en effet depuis quelques jours selon la terminologie juridique israélienne.

Pour notre part, nous ne pensons pas que cela soit la raison. En effet, l’impeachment n’avait aucune chance d’aboutir et la base électorale de Nétanyahu est- jusqu’à plus ample informé- relativement indifférente à sa triple mise en accusation. Bien au contraire !
Ce plan correspond parfaitement à la vision messianique de l’électorat évangéliste américain et à environ 50 % de ce que souhaite la population israélienne. Même si cet étiage est flottant.

En outre c’est oublier qu’il y a rarement de bons moments en géopolitique. Ce tempo risque d’ailleurs d’être moins favorable que d’aucuns ne le pensent pour Nétanyahu. L’ultra-droite israélienne est en effet vent debout contre les rares et maigres concessions accordées, sous conditions et du bout des lèvres ; nous dirions « reluctantly », aux palestiniens. Cette dernière menace même de faire éclater la coalition, au pouvoir en Israël. Ce plan peut paradoxalement révéler des surprises, même aux israéliens.
Timeo Danaos et dona ferentes !
Ce plan est caduc car il ne pouvait en être autrement !

Un symbole désespérément éclatant l’illustre. A Camp David, trois personnages, bien que les arrière-pensées soient présentes, rayonnent sur la photo. Menahem Begin, Anouar El Sadate, et Jimmy Carter.

À Washington, le 13 Septembre 1993, sur la pelouse de la Maison-Blanche, Itzhak Rabin, Arafat ainsi que Clinton. Tous trois étincelant de joie ! A Camp David, Barak et Arafat font assaut d’amabilités.
Plus tard même Sharon, beaucoup plus visionnaire et moins idéologue qu’on ne l’a caricaturé souriait avec Arafat. L’histoire raconte d’ailleurs que Sharon avait insisté pour que Nétanyahu serre la main du leader palestinien.

Or ici, sauf à voir Trump et Nétanyahu s’esbaudir et se congratuler mutuellement, nous ne voyons rien sur la photo. Que les plans précédents aient réussi partiellement, ou échoué revêt au regard de l’histoire plusieurs significations complémentaires. Soit le temps n’était pas encore arrivé à maturité, soit certaines conditions manquaient quant à son implémentation.
L’on se rappellera avec gourmandise les propos de Monsieur Le Cardinal Richelieu écrivit :
«Négocier sans cesse ouvertement en tout lieu, encore même qu’on n’en reçoive pas un fruit présent et que celui qu’on peut attendre à l’avenir ne soit pas apparent est chose tout à fait nécessaire pour le bien des états » 4

Mais tous ces plans avaient l’immense mérite de chantourner les grandes lignes incontournables. Incontournables, parce qu’elles correspondaient à la réalité du terrain et prenaient en compte les intérêts des deux parties : la sécurité d’Israël et le droit à un État viable et visible pour les Palestiniens.
Dans son immense sagesse, Henry Kissinger écrivit qu’un diplomate pense qu’il y a une solution à tous les problèmes, alors qu’un homme d’État sait qu’il y a des problèmes sans solution au moins dans l’immédiat. Tout son art consista donc à naviguer sur cette ligne de crête.

Nous savons avec Carl von Clausewitz qu’il y a trois conditions pour aboutir à un règlement de paix.
– Une victoire totale de l’un sur l’autre.
– Une fatigue des combattants.
– Une tierce partie capable de vorschreiben (c’est-à-dire dicter) les conditions de paix.
Ce plan est donc caduc dès sa conception.
Car ici aucune de ces conditions n’est actuellement remplie. Ni Israël, ni bien entendu les Palestiniens, n’ont été capables en 70 ans de remporter la victoire finale et décisive permettant de trouver et d’imposer une issue diplomatique. Comme au rugby, Israël a certes marqué- et plus que le camp adverse- de très nombreux essais ; mais il n’a pas su, pu, ou voulu les transformer.
Quant aux Palestiniens, leur pouvoir de nuisance- douloureuse au début, évanescente- sinon gérable aujourd’hui par Israël en termes de pertes humaines, mais dont la menace stratégique est désormais inexistante.
Menace inexistante car Israël a su- remarquablement- jouer des luttes fratricides entre l’Autorité Palestinienne et le Hamas organisation terroriste qu’il avait d’ailleurs lui-même portée sur les fronts baptismaux.

L’on se rappellera utilement ces vers:
«Comme il sonna la charge, il sonne la victoire,
Va partout l’annoncer, et rencontre en chemin
L’embuscade d’une araignée :
Il y rencontre aussi sa fin.
Quelle chose par là nous peut être enseignée ?
J’en vois deux dont l’une est qu’entre nos ennemis
Les plus à craindre sont souvent les plus petits ;
L’autre, qu’aux grands périls tel a pu se soustraire,
Qui périt pour la moindre affaire. » 5

Quant à la fatigue des combattants, autre moyen de mettre une fin aux hostilités, il semble que des deux côtés, des troupes fraîches et biberonnées au lait d’une idéologie dévastatrice, néfaste, souvent fantasmée mais toujours nauséabonde viennent sans cesse revigorer l’anima guerrière.

Reste la troisième condition. Qu’une tierce partie ait l’intelligence, la capacité et la volonté de dicter les conditions de paix. Ce fut la fulgurance de Kissinger qui en adoptant une position « d’Honest Broker » réussit à évincer les soviétiques du Moyen-Orient. Mais ce que le magicien Kissinger réussit grâce à sa suprême intelligence, vient d’être mis en pièces par un Président américain à l’esprit embrumé et dont il n’est même pas sûr qu’il ait lu la totalité de ce long document.

Trump et Nétanyahu ont qualifié cet accord de « deal of the century » et d’« Historical Day ». L’on nous permettra de mentionner Raymond Aron : « L’écrivain français qui il y a quelques semaines proclamait Tito « un monument de la conscience humaine » sortait peut-être de l’église stalinienne mais non de la confusion mentale. » 6
En déplaçant–à raison à notre avis–les priorités américaines vers l’Asie, Obama avait déjà diminué la pression sur les deux protagonistes. Trump en épousant inconditionnellement les thèses de l’ultra-droite nationaliste israélienne et de son appendice désormais captif, le Likud, a enterré les conditions d’un futur règlement de paix pour une durée indéfinie.
Ce plan est bel et bien caduc.

1 Les raisons consubstantielles de la caducité de ce plan.
1.1 Une ambition irraisonnable

Ce plan est caduc dans sa vision, dans son énoncé, dans son phrasé. Son intitulé exact, dû probablement à l’inflation des egos de Trump, de Netanyahu, et de l’apprenti diplomate Jared Kushner est : «Vision for Peace, Prosperity, and a Brighter Future for Israël and the Palestinian People »

La démesure de cet intitulé montre que ses architectes semblent situer le conflit quelque part entre le Luxembourg et la Suisse. Le lecteur nous permettra de citer-expressis verbis-une définition de ce que peut-être la paix telle que définie dans son livre- en tout point remarquable- par Philippe Moreau Defarges : « La paix entre les hommes, entre les sociétés ne peut être et ne sera jamais un ordre pour toujours harmonieux, un jardin d’Éden. Les paix historiques prennent acte d’équilibres (ou plutôt de déséquilibres) nécessairement précaires entre des entités politiques. Ces paix ne sont pas justes et ne visent pas à l’être, elles ne donnent que ce qu’elles peuvent donner : un apaisement aussi durable que possible. Combien de peuples, broyés par des années de guerre, ne conservent plus qu’une modeste et vitale espérance : se réveiller avec les bruits « normaux » du quotidien, circuler sans redouter d’être blessé ou tué, conduire ses enfants à l’école…La paix est d’abord et demeure une trêve entre deux guerres.» 7

L’on ajoutera utilement qu’Amos Oz, pourtant éminent avocat de la cause de la Paix, pensait qu’il était illusoire de dessiner un avenir brillant entre les deux protagonistes après tant d’années de haine. Un simple rapprochement serait déjà une victoire.
Quant à l’historien israélien Jacob Talmon, il écrivit il y a plus de 40 ans que la séparation était le meilleur moyen de pacifier leurs relations.
L’ambition même de ce plan fertilise donc le terreau de son échec.
Les mirages nourrissent les fantasmes et leurs attentes et exacerbent obligatoirement les échecs.

1.2 Un plan over-sided

Il faut être deux pour jouer au Ping-Pong. Ce vieux proverbe polonais montre que l’intitulé même du plan montre à l’envi qu’il répond au désir obsidional de Nétanyahu, et qu’il fait l’impasse totale des impératifs palestiniens.

En effet le titre même du plan parle d’Israël, donc d’un État mais mentionne seulement un peuple palestinien. La différence n’est pas que sémantique. La Weltanschauung du plan pour employer un langage clausewitzien, ou pour le dire autrement son architectonie, repose sur l’idée centrale que tous les autres plans ayant échoué, il fallait inventer une autre approche. La plus disruptive étant, chez Trump par définition, la meilleure. Et cette approche ne pouvait être basée que sur la réalité du rapport des forces dans la région. En soi, cette idée est loin d’être sotte, mais elle repose sur trois présupposés à tout le moins contestables.

– Aucun rapport de force n’est éternel. Et en l’occurrence l’écrasante supériorité israélienne se fonde sur une non moins écrasante supériorité du savoir israélien, de la technologie israélienne, de l’excellence de ses universités et pour finir de sa démocratie la plus achevée du Moyen-Orient malgré les coups de boutoir que lui assène Netanyahu. Or les Arabes commencent à se doter, eux aussi, d’annexes des plus brillantes universités.

– Les rapports de force sont par définition labiles. Comme les êtres humains, ils naissent, évoluent et meurent. Un rapport de force n’est pas une assurance-vie immuable.

– Enfin, c’est précisément ce rapport de force, qui a nourri, étançonné l’hubris israélien, anesthésiant- depuis le départ d’Ehud Olmert- toute tentative sérieuse, Israël se sentant désormais à l’abri des menaces. Et c’est parallèlement l’infériorité rémanente de l’Autorité Palestinienne qui a bloqué toute tentative de compromis de cette même Autorité.
Nous ne pouvons qu’adresser à Benjamin Nétanyahu cette analyse de Thucydide toujours aussi limpide:
« C’est ainsi que, tout à l’heureuse fortune qui était alors la leur, les Athéniens entendaient ne plus rencontrer aucun obstacle. La faute en était aux succès imprévisibles qu’ils connaissaient dans tant de cas et qui prêtaient de la force à leurs espérances. » 8

Il est tout sauf sûr que Donald Trump ait même entendu parler de Thucydide ; quant à l’apprenti diplomate, aussi appelé la voix de son maître, tant sa flagornerie dépasse toutes les bornes, il a d’autres chimères à caresser.

Si l’on se donne la peine d’étudier les cartes fournies par les Américains, l’on s’aperçoit instantanément qu’il y a, pour employer un langage moderne, un bug qui fera sauter le logiciel de ce plan de paix.
L’État palestinien sera complètement encerclé, enclavé par la géographie israélienne, elle-même encalminée par l’histoire israélienne.

Certes et nous sommes les premiers à le reconnaître, tout dans l’expérience palestinienne a montré que l’obsession israélienne- quasi ontologique- de sécurité, est plus que justifiée. Pour autant, la bellicosité palestinienne est devenue au fil des défaites et du temps moins prégnante, moins stratégique. Il n’empêche. Les mentalités évoluent. Il n’empêche. L’Histoire nous apprend que–certes pas toujours mais bien souvent–les enclaves nourrissent davantage la lave des conflits qu’elles ne les éteignent.

À regarder attentivement une carte, l’on voit tout de suite que les enclaves palestiniennes même reliées artificiellement par des autoroutes ou des tunnels n’ont pas de frontières autres qu’israéliennes. Même les trois poches–désertiques situées face à Gaza–n’ont de frontières ni avec la mer ni avec l’Égypte. Il en va de même en Cisjordanie où la frontière orientale avec la Jordanie est israélienne.

On trouve au moins six blocs palestiniens sans véritable continuité et une quinzaine de colonies israéliennes qui sont autant d’enclaves. On sait ce qu’il advint de Dantzig, de Berlin et des accords d’Indochine en 1954 connus comme les accords en peau de léopard.

Ce plan ampute par un trait de plume 30 % de la Cisjordanie et les rattache à Israël. Les palestiniens jouiront d’une souveraineté centrée autour des grandes villes telles que Hébron, Jenine, Naplouse, Ramallah, Jéricho, Bethléem. Cela s’appelle une conurbation mais cela a peu à voir avec un État. La carte est également dessinée de telle sorte que même des avant-postes excentrés, et illégaux selon la loi israélienne, conservent la souveraineté israélienne.
En outre Il n’y a pas de véritable point d’entrée dans les ports ou aéroports. Le plan prévoit un rattachement politique des populations vivant actuellement dans le triangle tel que défini par la carte du tweet de Trump, à la Palestine en Cisjordanie.

De deux choses l’une ou cela créera un conflit de loyauté, ou alors un imbroglio en leur faisant perdre une nationalité. Le syndrome de Dantzig devrait pourtant se rappeler aux négociateurs.
Certes l’on ne voit personne, au Moyen-Orient, mourir pour Dantzig. Nous prions instamment et humblement messieurs les négociateurs de ne pas répéter les erreurs des traités inégaux de Shimoda et Shimonoseki.
C’est l’erreur monumentale signalée par Tamir Pardo l’ancien chef du Mossad. Il se préoccupe plus de sécurité que de lecture de la Bible.

“The plan itself may not be very feasible, but it does contain two dangerous precedents that cannot be overlooked. The first one, a striking combination of foolishness and risk, is the possibility of a land swap in the triangle region with its 250,000 Israeli Arab citizens. How are Israeli Arabs to understand this idea?
For decades, Israel’s Arabs have taken part in the life of the country and proven their loyalty, even during periods of crisis. Of course, stray weeds grow in every society – Arab as well as Jewish.
But how should a young person in the triangle region react when he is compelled to choose where his loyalties lie: to Israel, where he was born and raised, and where he sees his future and that of his children, or to a Palestinian entity to which Israel seeks to transfer him. Creating this dilemma is not only immoral.
It is patently irresponsible. We must correct this error forthwith in order to prevent irreversible damage to Israel’s security.” 9

À ce stade ne mentionnons, encore même pas, l’épineuse question de Jérusalem.
Cette partition géographique qui ne ressemble en rien à une symphonie pêche à deux niveaux. Qu’on le veuille ou non, les autoroutes véritables pipelines dépendront du bon vouloir israélien et/ou américain ; l’on se souviendra des couloirs reliant Berlin-Ouest à la République Fédérale d’Allemagne.
En outre elles nourriront le ressentiment palestinien.

Ce plan pêche aussi par un excès de néo-libéralisme. Croire que l’on viendra à bout des humiliations palestiniennes résultantes de leurs propres échecs et des actions israéliennes, par d’hypothétiques pluies de dollars relève au mieux de l’ignorance de la nature humaine, au pire de la malhonnêteté intellectuelle.
Même la Chine, rendue exsangue par sa famine mettait un point d’honneur à ne pas dépendre de l’étranger.

Mais l’histoire regorge de ces dirigeants ignorants. Les noirs bénéficiaient d’un niveau de vie en Afrique du Sud supérieur à celui des autres pays de la région ; cela ne les a pas empêché de choisir la dignité.

Nétanyahu se voulait le chantre du développement économique des Palestiniens pour diminuer l’intensité de leurs revendications nationales. Que l’on sache, cela n’a en rien modifié leurs aspirations légitimes.
Il est vrai que Nétanyahu étant par ailleurs, porté lui-même sur les avantages financiers personnels, son tropisme est compréhensible. Mais imagine-t-il une seule seconde que les immigrants juifs eussent préféré le confort qui de Paris, qui de Rome, qui de Londres, qui de New York, aux retrouvailles avec le pays de leurs ancêtres.
Il eût suffi à nos trois ingénieurs « es règlement de paix » d’avoir lu Raymond Aron qu’ils eussent compris l’inanité infantile de l’idée collatérale des 50 milliards de dollars d’aide aux Palestiniens. « Ceux qui croient que les peuples suivront leurs intérêts plutôt que leurs passions n’ont rien compris au XXe siècle. »

1.3 L’humiliation

Après la proportionnalité des mesures, positions, incitations ou restrictions, ce qui pose problème c’est la temporalité ou plutôt la conditionnalité. Pour obtenir la reconnaissance de l’État Palestinien, les palestiniens devront respecter un certain nombre de conditions durant quatre ans.
Une véritable mise à l’épreuve. Un contrôle continu en quelque sorte !

Certes, certaines de ces conditions sont frappées au coin du bon sens. Ce sont d’ailleurs des conditions qui existaient déjà auparavant dans tous les plans.
Que les Palestiniens les aient dans le passé bien souvent ignoré, voire systématiquement foulé aux pieds pose problème.
Mais décalquer le passé est contre-productif. Et il est tout aussi vrai que Mahmoud Abbas avait auparavant accepté- officieusement-ces conditions. Il n’y aurait pas eu de coopération sécuritaire avec Israël sinon. Coopération qui est un vrai bénéfice pour Israël. La manifestation la plus étincelante de cette coopération et de la « reconnaissance » d’Israël par l’Autorité Palestinienne est la quasi guerre de celle-ci avec le Hamas.

Ainsi il nous semble que renoncer au terrorisme, reconnaître Israël, renoncer officieusement au droit des réfugiés constituaient des éléments qui méritaient une réponse forte et appropriée d’Israël.
Ce plan mentionne également que les programmes scolaires abandonnent l’enseignement de la haine. Que l’on sache ceux-ci n’ont pas totalement disparu des programmes scolaires jordaniens ou égyptiens quand bien même l’enseignement de la Shoah figure dans leurs programmes scolaires.

Il est par ailleurs difficile de comprendre comment un État émasculé militairement–ce qui nous semble par ailleurs une clause parfaitement normale dans le contexte actuel, pourrait réussir à éradiquer pendant quatre ans toute manifestation terroriste alors qu’Israël qui bénéficie–fort heureusement–d’une écrasante supériorité militaire n’y arrive pas lui-même. Les activités terroristes du Hamas, éternel et difficilement réductible adversaire rentreront-t-elles en ligne de compte ? Quel sera le seuil de déclenchement qui remettra en cause la création de l’État Palestinien ?
Enfin il est difficile sur le plan de la logique pure d’admettre qu’un protagoniste puisse être à la fois juge et partie puisqu’au terme de l’accord c’est Israël qui décidera si l’accord est respecté.
Humilier, humilier, il en restera toujours quelque chose.

Cette conditionnalité porte en elle la caducité de ce plan.
Parallèlement à cette conditionnalité israélienne, ce plan pâtit d’un autre défaut. C’est le chantage exercé par les Américains. Ceux-ci disent en effet que si les Palestiniens le refusent, les USA soutiendront une annexion pure et simple par Israël.
Relisons Dominique Moïsi: « …Trop de peurs, trop d’humiliations, pas assez d’espoir c’est la plus dangereuse de toutes les combinaisons possibles, celle qui mènerait à la plus grande instabilité à la plus forte tension… » 10

En outre le plan ne mentionne rien quant à un refus, certes hypothétique voire improbable et qui résulterait d’une attitude jusqu’au-boutiste de l’ultra droite israélienne. Encore que ! Il y a là une asymétrie qui ne peut que nourrir l’humiliation palestinienne.
Et pour être sûr que le message passe correctement le duo Trump-Kushner proclame urbi et orbi : « Après 70 ans, ce pourrait être la dernière occasion (que les palestiniens) aient. » Décidément ce plan ressemble à l’air du catalogue des camouflets.
Il est vrai que Trump n’en est pas une vantardise près dans ce dossier comme dans tant d’autres. « Tout le monde a essayé et a échoué misérablement » « mais je n’ai pas été élu pour me tenir à l’écart des grandes difficultés. » Visiblement satisfait par ce genre de saillies, le Président Trump de continuer dans l’humiliation inutile et forcément contre-productive. « Il est temps pour le monde musulman de réparer l’erreur commise en 1948 quand il a décidé d’attaquer Israël et de reconnaître Israël. Il est grand temps de mettre fin à ce triste chapitre. »
Trump a même commis le lapsus jusqu’à qualifier David Friedmann de « Your Ambassador ». 11

Sauf à faire face à un adversaire définitivement abattu et dont la défaite est actée, c’est le meilleur moyen d’encourager les conflits ultérieurs. Mais ni l’Autorité Palestinienne, ni le Hamas, ni le Hezbollah toujours menaçants n’ont été comme le définit Clausewitz « niederwerfen » c’est-à-dire abattus définitivement. Israël quant à lui n’a – peu importent les raisons-pas les moyens d’imposer aussi un règlement de paix.
Mais énoncer les propos de Trump dans un cadre académique n’est en rien choquant ; le claironner à la rue arabe l’est. En outre c’est totalement contre-productif–quand bien même Jared Kushner prend la précaution de dire tout n’est pas fixé.

Certes ne pas reconnaître cette immense et stupide erreur palestinienne du passé serait faux. Mais il est tout sauf sûr qu’Abba Ebban pourrait professer aujourd’hui sa fameuse sentence qui s’appliquerait aux seuls Arabes.

En quoi les erreurs du passé ont-elles vocation à se répéter indéfiniment et à graver leurs inepties au marbre de l’ignorance apeurée et haineuse, sauf pour les ultras des deux camps. Une des leçons du passé est justement d’en réparer les erreurs.

Si le moindre doute subsistait quant à la faisabilité de ce plan, il suffirait de relire la déclaration officielle émanant du bureau du premier Ministre israélien. La réaction de Nétanyahu en est à la fois la raison et la manifestation la plus éclatante. Le Premier Ministre israélien explique les motifs de l’acceptation par Israël. Elle résume tout ce qui a été accordé à Israël et en creux les obligations et renoncements des Palestiniens.
En outre on aura rarement vu la religion et la Bible revenir autant en force dans la région. Ne manquait plus que le Pape sur la photo !
Netanyahu a ainsi rappelé à Trump les six points qui l’avaient « amené à négocier avec les Palestiniens sur la base de votre plan ».
« and the rest of your exceptional peace plan [team] Mr. President.
For too long, far too long, the very heart of the Land of Israel where our patriarchs prayed, our prophets preached and our kings ruled has been outrageously branded as illegally occupied territory. Well today Mr. President, you are puncturing this big lie. You are recognizing Israel’s sovereignty over all of the Jewish communities in Judea and Samaria, large and small alike.”

L’on a alors droit à un cours d’instruction religieuse!

“These, as the distinguished pastors who are here know very well, these are places inscribed in the pages of the Bible.”
“Mr. President, because of this historic recognition, and because I believe your peace plan strikes the right balance where other plans have failed, I have agreed to negotiate peace with the Palestinians on the basis of your peace plan.
First, it addresses the root cause of the conflict by insisting that the Palestinians will finally have to recognize Israel as the Jewish state.

Second, it stipulates that Israel will retain security control in the entire area west of the Jordan River, thereby giving Israel a permanent eastern border. A permanent eastern border to defend ourselves across our longest border. This is something that we have longed to have and we now have such a recognized boundary.


Third, your plan calls for Hamas to be disarmed and for Gaza to be demilitarized.


Fourth, it makes clear that the Palestinian refugee problem must be solved outside the State of Israel.


Fifth, it calls for our ancient capital of Jerusalem to remain united under Israel’s sovereignty. And of course it ensures that religious sites remain accessible to all faiths and it retains the status quo on the Temple Mount.


Sixth, your plan does not uproot anyone from their homes, Israelis and Palestinians alike. Instead, it proposes innovative solutions whereby Israelis will be connected to Israel and whereby Palestinians will also be connected to one another. It helps when you have these real estate people. They can come up with things that normal human beings don’t think about. And they have…”

Ce sixième point semble à tout le moins confus.
“And if they agree to abide by all the conditions that you have put forward in your plan, Israel will be there. Israel will be prepared to negotiate peace right away.”
« Mr. President, I want to congratulate your fantastic team…”
Ce n’est surement pas l’opinion de tous les Secrétaires, ministers, généraux et haut-fonctionnaires virés ou démissionnaires ! S’ensuit un passage de flagornerie anthologique !
« There is no other word. Your fantastic peace team for all their work. Jason Greenblatt, thank you Jason for the terrific job you did as America’s peace envoy for nearly three years.
Ambassador David Friedman, thank you David. Thank you for your essential contribution to this effort and for the terrific job you do every day to strengthen the great alliance between Israel and America.”

Comment peut-on espérer que les Palestiniens se sentent en confiance devant un tel étalage ?
“And Jared Kushner, without your wisdom, your persistence and your resolve, this day would have never come. I know how much the Jewish future means to you and to your family. Well Jared, today you have helped secure that future. The Jewish state owes you, and it owes President Trump, an eternal debt of gratitude.
Mr. President, your deal of the century is the opportunity of the century. And rest assured, Israel will not miss this opportunity.11

L’observateur attentif des relations internationales ne pourra s’empêcher de comparer les conditions énumérées et mises en exergue par Netanyahu avec les quatre points de la doctrine Nixon-Kissinger tels qu’énoncés à Guam le 25 Juillet 1969.
– Réalisme : admettre que l’autre existe c’est-à-dire prendre en considération ses intérêts.
– Carotte et bâton. L’on distingue ici très nettement le bâton ; la carotte est tellement lointaine, réduite à la portion congrue et hypothétique.
– Le linkage. Ce plan aurait pu y penser avec des avancées intermédiaires.
– Mais surtout la retenue. Kissinger prenait bien soin d’éviter de prendre l’avantage afin de permettre à l’autre de ne pas perdre la face, et de retirer lui aussi un avantage substantiel.

Tout règlement repose sur une insatisfaction égale des parties. C’est la condition de sa réussite. Or ici non seulement on ne distingue l’insatisfaction que d’un côté, mais le sourire de Netanyahu en dit long, trop long.
Comment espérer convaincre les Palestiniens de composer si tous les dés sont pipés d’avance.
La seule erreur de Bismarck fût de faire couronner l’Empereur Guillaume 1er dans la Galerie des Glaces à Versailles. L’on ne voit pas ce que cette humiliation apporta à l’Allemagne. Il en va de même ici.

Soyons clair, depuis la guerre du Kippour et les Traités de Paix avec l’Égypte et la Jordanie qui en furent la conséquence logique, depuis les Printemps Arabe, il n’y a plus de menace stratégique pour Israël. La guerre stratégique ne tonne pas en Israël. Ce qui ne signifie ni absence de conflits ni de morts. Les conflictualités de basse ou moyenne intensité ne disparaitront pas par un coup de baguette magique.
Ce plan se serait-il contenté de suivre la pensée Kissingerienne : « La détente consiste à mitiger les conflits entre adversaires et non pas à cultiver une amitié entre eux », 12 il eût, dans le climat délétère de méfiance qui s’est instauré depuis quelques années, trouvé un écho et un accueil plus favorables, plus responsables.

Mais la très grande erreur de ce plan est d’avoir privilégié la pente idéologique et biblique israélienne au détriment de la seule sécurité qui devrait être le seul critère.

Kissinger confia ainsi à Gromyko en mai 73 : « Il ne peut y avoir de paix au Moyen-Orient car une des deux parties, Israël, est cynique, et l’autre est hystérique. » Ce jugement, à de rares parenthèses près, demeure valable. Mais ne chausse pas qui veut les bottes de Kissinger.

II Les conséquences
II.I Les conséquences

Citons Raymond Aron: « Il ne s’agit pas de sauver la paix qui provisoirement n’est pas sérieusement menacée mais de créer des conditions telles que la Paix puisse être sauvée quand le danger deviendra sérieux. » 13
Car inévitablement, d’une façon ou d’une autre, la conflictualité reprendra. Plus ou moins forte, plus ou moins menaçante, plus ou moins stratégique, mais elle se rappellera à nous. Trotsky ne disait-il pas : « Si vous ne vous intéressez pas à la guerre, la guerre s’intéressera à vous. »

Or ce plan, outre le fait qu’il est caduc, crée objectivement les conditions d’un ressentiment arabo-palestinien et un resserrement de leurs liens que l’on avait pu croire distendus. En outre rien ne prouve que l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis accepteront de payer de telles sommes.
Même pour eux cela représente un montant colossal ; l’on sait les difficultés de l’Arabie Saoudite pour financer son plan 2030. En outre pourquoi financeraient-ils un futur État qui n’est même pas sûr d’aller jusqu’aux fronts baptismaux.
Reste la pierre d’achoppement sur laquelle tous les plans ont échoué : Jérusalem. Nous nous garderons bien d’évoquer le côté « juste » ou la légitimité de chacun des protagonistes. Il n’est pas sûr que le problème puisse être résolu.
Contentons-nous d’utiliser le concept de légitimité au sens kissingerien.
« Mais par légitimité nous entendons «… Une stabilité fondée sur l’équilibre des forces a du moins pu être concevable… Cette stabilité, par conséquent, a en général résulté non pas d’une recherche de la paix, mais d’une légitimité reconnue comme telle par tous… »
«Dans le sens que nous lui donnons ici, «légitimité» n’est pas synonyme de justice. Il s’agit uniquement d’un consensus international portant sur la définition d’accords fonctionnels, et aussi sur les règles du jeu diplomatique, qu’il s’agisse des moyens ou des fins. Ceci implique que l’ensemble des puissances acceptent les structures internationales existantes. » 14

Peu importe que pour l’un il ne soit que le troisième lieu saint et le premier pour l’autre. Ce qui compte c’est la représentation que s’en sont faite les deux protagonistes. Chaque lieu saint leur tient lieu d’épitomé c’est-à-dire de surface d’incision. Il en est devenu l’acmé. D’une façon ou d’une autre, un swap équitable de territoires devra inclure une partie de Jérusalem comme capitale de la Palestine.
Avoir lu et relu le texte et surtout les commentaires officiels fournis par la Maison-Blanche, ne dissipe pas le malentendu. Trump a ainsi tweeté la carte du plan en mentionnant une formule alambiquée sur Jérusalem: « This is what a future state of Palestine can look like with capital in parts of East Jerusalem. »
En parfaite contradiction avec ses assertions antérieures et surtout celles de Nétanyahu. Trump affirme que l’accès aux lieux saints serait préservé pour les musulmans. Mais si les lieux saints sont sous souveraineté palestinienne, il n’est nul besoin de préserver leur accès. Trump dit ainsi dans la même phrase : « Jerusalem will remain Israel’s undivided capital. » mais les palestiniens auront aussi « a capital in Eastern Jerusalem. »
Notons que Trump avait quand même pris la précaution de transférer son ambassade à Jérusalem-Ouest et non pas à Jérusalem-Est.
Dans une autre déclaration, il affirme qu’Al-Qods-nom arabe pour Jérusalem–sera situé à l’est du mur de séparation. Une vraie chaconne diplomatique ! Il est vrai que Trump n’en est plus à sa première déformation des faits. Enfin dernier blocage : on a beau chercher on ne voit pas au nom de quelle autorité, les USA se prévalent-ils pour accorder une souveraineté faisant partie d’un État qui ne leur appartient pas un état tiers.

II.II Les réactions des parties

Commençons par les réactions enthousiastes car il y en a. Le sentiment qui prédomine en Israël est la joie. Joie dans la rue, liesse messianique parmi les colons, immense sourire qui illumine le visage de Nétanyahu qui lui permet d’oublier- au moins momentanément- sa triple mise en accusation. Il n’y a pas de petits bénéfices.
Nétanyahu peut ainsi qualifier le deal de « historic opportunity ». Qui en douterait ?
Du côté Israélo-américain, ce plan a suscité paradoxalement des réactions mitigées. Alors qu’il accorde à Israël ce qu’aucun plan n’avait jamais accordé officiellement, il ne fait en réalité que constater la situation qui prévaut sur le terrain. Il suscite un blocage au sein de l’ultra droite nationaliste et religieuse israélienne. Le chef du conseil des colons que Nétanyahu avait cajolé en l’emmenant à Washington est allé jusqu’à confier au Président de la Knesset que les Américains avaient « planté un couteau » dans le dos de Nétanyahu.
En effet pour une partie, certes minoritaire, mais remuante de la population israélienne, accorder ne fût-ce qu’un semblant d’État aux Palestiniens est contraire à l’héritage biblique.
Qu’on en juge, dans un titre cinglant, le Jerusalem Post étrille celle qui fait function de Ministre des Affaires Étrangères : Hotovely laments Likud « schizophrenia” two states”15

“The Bar-Ilan Speech [in which Netanyahu first expressed support for Palestinian statehood] was never authorized by the Likud. Members of our movement never agreed to found a Palestinian state. Certainly [Likud ideological forebear Ze’ev Jabotinsky] never agreed that another country would exist in the Land of Israel,”
“Whoever believes in the Greater Land of Israel has never been prepared to give parts of our homeland away for any purpose, not even for peace,”
“According to Hotovely, Israel should annex Judea and Samaria and give Palestinians Israeli citizenship.” 16

Que des fanatiques et jusqu’au-boutistes le pensent, ne serait pas si grave–et après tous les Palestiniens ont montré l’exemple jusqu’à un passé pas si lointain, sauf que Nétanyahu a désespérément besoin d’eux pour conserver sa majorité et également pour éviter son procès. Il est en effet le premier Premier Ministre israélien, en exercice, à être accusé officiellement de trois chefs d’inculpation.

Nétanyahu veut, alors qu’il ne dirige plus qu’un gouvernement intérimaire, annexer officiellement les premières colonies et territoires occupés. Le Ministre israélien des Affaires Etrangères, Israël Katz, pourtant récemment nommé en urgence par Nétanyahu, a affirmé qu’il voterait contre le plan.

Washington est tout- sauf unanime- sur ce timing.
Les premières divergences sont en effet apparues à ce sujet entre Jared Kushner et l’Ambassadeur américain David Friedman, dont les sympathies pour l’ultra-droite et les colons sont bien connues et qui l’amènent souvent à sortir de son rôle d’ambassadeur américain et d’autre part entre Kushner et Nétanyahu.

David Friedman declare ainsi “Israel does not have to wait at all,” he said, when asked whether there was a “waiting period” over when the country could extend Israeli sovereignty to the settlements.
“The waiting period would be the time it takes for them to obtain internal approvals and to obviously create the documentation, the calibration, the mapping, that would enable us to evaluate it, makes sure it’s consistent with the conceptual map,” he added. “If they wish to apply Israeli law to those areas allocated to Israel, we will recognize it.” 17

Benny Gantz a d’ailleurs dit- de façon mesurée- que « Le Président Palestinien ne rate pas une occasion de refuser une proposition de règlement de conflits. »
Les premières réactions à ce plan furent donc- logiquement- tout sauf à la hauteur des espérances américano-israéliennes.
Benny Gantz accepte ce plan ; pour autant il prend la précaution de le soumettre à une négociation avec les Arabes et les Palestiniens. Sage précaution qui en vide l’âpreté.
La position de Benny Gantz ne peut être comprise que dans le cadre d’une campagne électorale où Netanyahu s’est servi du deal du siècle pour enfermer son rival. Les leaders qui ont changé dans l’Histoire, du tout au tout, leurs positions ne manquent pas. De Gaulle, Nixon, Begin, Rabin, Sharon etc.

Balzac serait-il de ce monde, il eut consacré son livre : Peau de Chagrin aux réactions palestiniennes dont il était facile de prévoir, sinon la force, du moins la direction et aux réactions arabes que les Américains et les Israéliens avaient soigneusement voulu mésestimer. Palestiniens et Arabes ont gommé–comme sur un palimpseste–d’un trait de plume le « deal du siècle. »

Le lecteur nous saura gré, du moins l’espérons-nous, de lui épargner la longue litanie des autosatisfactions habituelles et indécentes de Donald Trump. Elles n’apportent rien à l’analyse du document. Notons simplement que, tout à ses autoglorifications, Trump n’est même pas capable de prononcer correctement le nom Al Aqsa.
Selon David Friedman, le « freeze », auquel Israël est tenu pendant quatre ans, ne s’applique pas aux settlements existants. Notons aussi que l’armée israélienne et l’appareil sécuritaire qui ont en charge la sécurité d’Israël- et non l’héritage biblique- soulèvent eux aussi un certain nombre de questions et de doutes.

Les réactions arabes

Examinons donc plutôt les réactions palestiniennes et arabes. Après tout le deal du siècle nécessite leur approbation. L’on se rappellera avec humour et une pointe de colère ce que le sinistre procureur Vichinsky disait en 1945 au jeune roi de Roumanie : « Vous avez deux heures et cinq minutes pour faire connaître au public la destitution du gouvernement. » Et peut-être rage aussi devant tant de morgue et de bêtise lorsque l’ambassadeur américain en Israël ose dire : “It doesn’t matter what the Palestinians say,” he said. “We’re going to keep this option open for them for four years. That’s what we want.” 18
À ses côtés Vichinsky n’était qu’un doux agneau bêlant d’idéalisme et d’irénisme angélique. L’on a même vu ce 31 janvier, 3000 manifestants palestiniens et jordaniens manifestant devant la mosquée Al Husseini à Amman. Ils ont non seulement protesté en scandant mort à Israël, mais ils ont brûlé un drapeau israélien.


L’on a beau chercher, on ne trouve guère de traces d’une acceptation de ce plan ni par les gouvernements arabes ni bien entendu dans la rue arabe, a fortiori palestinienne.
L’on a parlé à juste titre du syndrome Gorbatchev en Chine, on peut mêmement et bellement utiliser le concept des Printemps Arabes. La dernière chose à laquelle se risqueront les gouvernements arabes, c’est de se mettre la rue arabe à dos. Or celle-ci est visiblement hostile à ce deal.

Certes pour être tout à fait attentif, on notera que certains gouvernements, tenus par toutes sortes de chantage américain (l’affaire ukrainienne est présente à l’esprit) ont préféré se contenter d’une désapprobation mezzo vocce.


Partons du tableau qui regroupe quand même les 22 pays de la Ligue Arabe. Ces 22 pays se sont réunis en urgence au Caire à la demande du leader palestinien Mahmoud Abbas. Ils ont tous, sans exception aucune, rejeté le deal du siècle. Que d’aucuns objectent que son influence et son pouvoir sont limités ; certes cela n’est pas faux. Il n’empêche que c’est un signal indéniable et fort.

Pour autant Mahmoud Abbas appelle à couper tout contact avec les Israéliens et Américains sauf ceux de sécurité      « to fight terrorism. » Ce dernier point est cependant ambigu car l’AFP cite : « Samedi le Président de l’Autorité Palestinienne a assuré qu’il n’y aurait désormais : « aucune sorte de relation avec les Israéliens ainsi qu’avec les États-Unis, y compris en matière sécuritaire à la lumière du plan. »
La Ligue réitère la demande de retour aux frontières de 1967 et Jérusalem-Est comme capitale.

La gamme des réactions arabes

À tout seigneur tout honneur commençons par l’Égypte. Pourquoi l’Égypte ? Pour une théorie de raisons. D’abord parce qu’elle est probablement- avant la Chine–la plus vieille civilisation au monde et que son aura est immense dans le monde arabo-musulman. Elle est par ailleurs, la voisine d’Israël et de Gaza et que beaucoup dépend de son bon vouloir.
Elle sait, elle aussi ce qu’est le terrorisme ; celui-ci la frappe régulièrement dans le Sinaï. Victime jumelle d’Israël, elle a bénéficié des interventions des forces spéciales israéliennes dans le Sinaï pour lutter contre les mouvements terroristes.
C’est le pays le plus peuplé du monde arabe ; sa voix compte. Enfin elle est le premier pays à avoir signé un Traité de Paix avec Israël. Elle en paya d’ailleurs, à l’époque, le prix au sein du monde arabe qui l’ostracisa un certain temps.
Tous ces facteurs expliquent son soft power et démontrent l’importance de son approbation et de sa participation au deal du siècle.

Or que constate-t-on ? Même en se munissant d’un télescope, on ne trouve aucune autorité égyptienne sur le plateau de télé réalité du grand show médiatique qu’est devenue la Maison-Blanche. L’Égypte, vieille et brillante civilisation, tient à raison à sa dignité. Elle connaît la valeur de la « gravitas. »

Un diplomate égyptien a ainsi affirmé: « l’Égypte est prête à soutenir tout plan de paix, mais cela dépendra de la question de Jérusalem et du Sinaï. » « Si cette condition la (cession d’une partie du Sinaï) fait partie du plan ou si Jérusalem n’est pas reconnue comme la capitale de la Palestine, on ne soutiendra pas le plan de paix. » « Mais comme le diable se cache dans les détails, attendons de voir ce que cela veut dire. » 19

Au moins aussi importantes sont les réactions de la rue et surtout des mosquées égyptiennes. Pour une fois Yossip Vissarionovitch Djougachvili avait tort lorsqu’il affirmait : « Le Pape combien de divisions ? » Ainsi le Grand Imam de la célèbre et influente mosquée, Al Azhar du Caire, a étrillé le plan de paix lors de son prêche. «Our identity as Arabs and Muslims is over… I felt totally ashamed watching Trump with the Israeli leader,” 20

Le problème est que ce saint homme ne prêche pas seulement pour sa paroisse. Du haut de son minaret, il est écouté et entendu jusque dans les lointains déserts de la puissante Arabie Saoudite. Devant un parterre rempli de leaders religieux sunnites, il a martelé «They’re the ones planning, talking, controlling and solving problems for us and there’s no Arab or Muslim,” 21. Ces leaders eussent-ils été chiites, l’on eût pu trouver cela moins inquiétant.

Passons donc à la Jordanie. Petit royaume et deuxième Etat à avoir signé un accord avec l’État hébreu. Petit pays, mais on ne peut plus voisin d’Israël et doté d’une forte population palestinienne. Ce pays présente en outre la caractéristique d’avoir- lui aussi- des accords sécuritaires très profonds et très efficaces avec Israël.
En outre sa sécurité ultime dépend du parapluie militaire israélien et des fournitures d’armes américaines. Que celles-ci viennent à se tarir (le fantôme de l’Ukraine n’est jamais loin avec ce président) et que l’autre vienne à se fermer : sale temps pour le royaume dont le trône chancelant pourrait vaciller.

Tamir Pardo, un des plus brillants responsables de la sécurité israélienne avertit:
“One must be strategically blind not to see that the collapse of the Jordanian government would bring Iran right to Israel’s doorstep. And we will have brought this about entirely at our own initiative.”
“The plan itself may not be very feasible, but it does contain two dangerous precedents that cannot be overlooked.
The first one, a striking combination of foolishness and risk, is the possibility of a land swap in the triangle region with its 250,000 Israeli Arab citizens. How are Israeli Arabs to understand this idea?

For decades, Israel’s Arabs have taken part in the life of the country and proven their loyalty, even during periods of crisis. Of course, stray weeds grow in every society – Arab as well as Jewish.
But how should a young person in the triangle region react when he is compelled to choose where his loyalties lie: to Israel, where he was born and raised, and where he sees his future and that of his children, or to a Palestinian entity to which Israel seeks to transfer him.

Creating this dilemma is not only immoral. It is patently irresponsible. We must correct this error forthwith in order to prevent irreversible damage to Israel’s security.” 22

Tout comme l’Égypte, la Jordanie a jugé bon ou sage (ce n’est qu’une question de point de vue) de s’abstenir de jouer les utilités ou les seconds rôles à Washington. The show must go on, mais sans eux !
La Jordanie a cependant déclaré et de façon on ne peut plus ferme « qu’Israël doit revenir aux frontières du 4 juin 1967 »
Le Parlement jordanien a quant à lui, voté une loi interdisant l’importation de gaz naturel en provenance d’Israël ; gaz naturel dont les Jordaniens ont pourtant cruellement besoin. Il s’agit là plus que d’une manifestation de mécontentement, c’est une des toutes premières conséquences négatives du deal du siècle.
Ayman Safadi Ministre des Affaires étrangères de Jordanie met en garde Israël contre « les conséquences unilatérales israéliennes, imposant une nouvelle réalité sur le terrain. »

Le Prince Hassan Bin Tal, frère du Roi Hussein a ainsi déclaré lors d’un interview
“It should come as no surprise that the proposed US peace agreement between Israel and the Palestinians bears all the hallmarks of a real-estate transaction. This supposed “Deal of the Century” certainly embodies none of the ingredients of successful conflict resolution, including talking and listening, accommodation of core interests, and a compromise solution that the majority can support.
And how could it when the most important partners in the conversation – the Palestinians – were notable only by their absence, having been forced from the room by impossible demands.” 23

La réaction palestinienne est encore plus violente. Et reconnaissons que l’on pouvait s’y attendre même si la réponse de Benny Gantz n’est pas injustifiée. Pour autant elle ne fait que refléter la réalité.
À Ramallah, on a entendu une foultitude de slogans hurlés par des milliers de manifestants : « Les journées de la rage. » « Complot du siècle pour liquider la cause palestinienne. » « La Palestine n’est pas à vendre. » etc. Si Netanyahu y voit là une occasion historique, il faudra qu’il nous explique ce qui fonde son optimisme béat.
Mahmoud Abbas dénomme ce deal: « The slap of the Century. »

Scrutons enfin les réactions de l’Arabie Saoudite, nouvelle alliée d’Israël et dont les danses du sabre ont séduit un Donald Trump plus sensible aux paillettes si possible flatteuses, qu’à la Realpolitik plus difficilement compréhensible pour lui.
Car comme au billard, le pays, dont le vice-roi est un maniaque de la scie à découper – (son surnom anglais est d’ailleurs Mohamed Bone Saw), est l’émerillon d’affourche du plan. Tant sur le plan financier que sur le plan stratégique.

Constatons d’abord que même l’Arabie Saoudite n’a pas jugé utile d’envoyer un ambassadeur lors de l’annonce du plan à Washington. Le royaume wahhabite n’aime pas l’aventure.
Les partisans de ce deal du siècle devront donc se contenter de la présence du Bahreïn, d’Oman et des U.A.E. Pour un soir de générale ou même de couturière, on a vu parterre plus éblouissant. Pour autant, reconnaissons que les réactions en Arabie Saoudite ne vont pas toutes dans le même sens. Ce sera sans doute la bouée à laquelle se raccrocheront les Américains et les Israéliens.

A tout seigneur tout honneur. Commençons par le Roi. Certes âgé, il a quand même assisté à trois sommets arabes pour fustiger la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem-Ouest. Il n’a pas hésité d’ailleurs à contredire son fils préféré MBS qui agit comme un vice-roi mais que différents clans de la famille royale contestent. Qui l’emportera ? L’avenir est plein d’imprévus ! Il n’empêche, c’est une épine dans le plan.

Constatons également la volte-face subite et brute brutale et inattendue du royaume revenant sur sa décision d’autoriser les détenteurs de passeports israéliens d’entrer dans le pays. Il faudrait être un oiseau de mauvais augure pour y voir plus qu’une coïncidence avec l’annonce du deal du siècle.
Lors d’une conversation téléphonique qui suivit l’annonce du plan, le roi a parlé avec Mahmoud Abbas et lui a intimé le conseil de discuter avec les Israéliens et les Américains mais de ne pas accepter le plan. Il lui a redit à cette occasion son: « steadfast » soutien.
Le Roi Salman affirme donc soutenir la Palestine: “This in order to advance the peace process and arrive at an agreement that will actualize the brother Palestinian people’s legitimate rights. »
supports « their options and what achieves their hopes and aspirations, »24

Lors de sa conversation téléphonique le Roi a ainsi dit: «to stress to him the Kingdom’s steadfast position vis-à-vis the Palestinian cause and the rights of the Palestinian people. » The king reportedly added: « The Kingdom stands alongside the Palestinian people and supports its choices and what[ever] will actualize its hopes and aspirations. » 25
Le mot important étant bien entendu « whatever. »

Même Adel Jubeir, pourtant ami indéfectible des USA et proche de Nétanyahu a déclaré : « Avant de commenter le plan, j’aimerais en voir les détails. Notre position est claire : nous voulons une solution à deux Etats dont un palestinien dans les frontières de 1967. » 26
Il faisait explicitement référence au plan de 2002 que les Israéliens n’avaient finalement pas accepté et que Sissi, Président de l’Égypte, a dernièrement recommandé à Israël de réexaminer.
Si le Ministre des Affaires Etrangères d’Arabie Saoudite affirme apprécier à sa juste valeur les efforts des États-Unis le Roi Salman réaffirme son soutien « inébranlable » aux droits des Palestiniens.

Citons cependant cet intellectuel saoudien comme partisan d’une opinion divergente qui n’a pu écrire cette opinion contraire sur le deal qu’avec le soutien de certaines autorités saoudiennes. Sans toutefois refléter la position officielle, il représente un courant de pensée.
Turki Al-Hamad a ainsi tweeté: « The Palestinians are making a big mistake by not agreeing to the American peace plan. I mean, what’s the alternative? The Palestinians have missed numerous opportunities because of slogans that led [them] astray and strategies of ‘all-or-nothing.’ The end result was nil: continued occupation, loss of Jerusalem, erosion of large parts of the West Bank, and an internal Palestinian struggle harsher than the conflict with Israel. »
« Previous opportunities were better than this one, but the[ir] answer was always no. This was when the Palestinian issue was known to all and headed the global agenda. Today, the Palestinian issue has been cast into oblivion, and the Palestinians have no other alternative – unless the chaos of Hamas and the Palestinian Islamic Jihad or the powerlessness of the PLO can be considered options. »
« Politics is the art of the possible, and what is possible today is the proposed American plan. Should [the deal] be rejected, the alternative will be the continued erosion of the West Bank territories. Then the Palestinians will say ‘If only we had agreed’ – just like with the previous plans.” 27

Rajoutons également les propos tenus par un porte-parole du ministère des affaires étrangères saoudien qui est très circonspect: “The Kingdom appreciates the efforts made by the Trump administration to develop a comprehensive peace plan between the Palestinian and Israeli sides and encourages the initiation and direct negotiations of peace between the Palestinian and Israeli sides,” » The official Saudi position on the Deal of the Century presented by U.S. President Donald Trump this week was one of qualified support for the initiative.” 28

III Retour vers le futur

Nétanyahu remarquable tacticien mais piètre stratège, est tout sauf un va-t-en-guerre. Pour la raison adamantine que le statu quo est son option favorite. Cela explique d’ailleurs qu’il ne voulait pas d’action militaire de grande envergure à Gaza. Mais les calendriers juridiques et électoraux ont leurs exigences propres que, souvent, la raison d’Etat ignore voire regrette.
Netanyahu prenant le train en marche a tenté d’imposer ce vote au Conseil des Ministres dès le dimanche 2 Février. Le but de la manœuvre : forcer encore davantage la main aux Américains. Le gendre de Trump, Jared Kushner a ainsi admonesté publiquement Nétanyahu en l’informant que Washington ne tolérerait aucun mouvement unilatéral avant les élections. En conséquence de quoi, Nétanyahu a obéi. Il ne saurait offenser et contrarier le meilleur ami d’Israël.
L’on sait également combien Trump a l’orgueil chatouilleux et l’ego démesuré.

Soyons clairs. Ce plan change peu de choses sur le terrain. L’on serait tenté de dire pour reprendre le titre de la pièce de Shakespeare : « Much ado about nothing» Sauf qu’il porte en lui une charge émotionnelle dont nous n’avons pas fini de mesurer les dégâts.
Entendons-nous, il n’y aura pas de grand soir, ni ce soir, ni demain soir ! Pour la simple raison qu’il traduit un rapport de forces sur le terrain tellement favorable à Israël que ce dernier n’a–heureusement–rien à craindre en ce qui concerne une menace stratégique. Ce plan démontre officiellement, et comme jamais auparavant, la faiblesse stratégique mais non diplomatique des palestiniens.
C’est peut-être le seul avantage de ce plan.

Hormis les extrémistes de tous bords, personne n’a à gagner quoi que ce soit de la faiblesse des Palestiniens. On se rappellera utilement Edmund Burke qui disait : « Ceux qui ont tout à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux. » 29

Ni les palestiniens rejetés dans les ghettos de la rancœur, du désespoir et de l’humiliation, ni les Israéliens vivant en permanence dans l’angoisse des attentats visant des civils, ni les Américains dont l’impéritie laisse la porte grande ouverte aux deux seuls vainqueurs de ce plan : la Russie et la Chine.

Les Américains étaient les seuls à assumer pleinement la double fonction et compétence–du Peace-making et Peace-Keeping viennent d’effacer d’un seul coup les effets bénéfiques du spectaculaire renversement opéré- en son temps- au Moyen-Orient, par Kissinger et approfondi avec des succès divers par tous les présidents des États-Unis.
Ils étaient « l’Honest broker », ils sont devenus le factotum des israéliens.
Du côté palestinien–certains pas tous heureusement–entretenaient la violence et la haine jamais éteintes lesquelles n’attendaient qu’un brandon pour tisonner ses braises. L’on se rappellera- avec nostalgie- Raymond Aron: « On se demande avec angoisse si en allant dès l’origine, jusqu’au bout des concessions inévitables on n’aurait pas évité la tragédie. » 30

Ce deal rendra donc bien entendu la situation moins stable que le statu quo actuel. Mais ce deal nous révèle plusieurs leçons. La première c’est qu’il est tout sauf sûr qu’il y ait une solution à perte de vue tant les représentations idéologiques ont ajusté le conflit. Peu de plans peuvent se targuer d’avoir mêlé aussi étroitement l’idéologie à la sécurité faisant même passer cette dernière au second rang.

Les Palestiniens auraient pu accepter (ils l’avaient déjà officieusement accepté d’ailleurs) les conditions sécuritaires voire le problème des réfugiés ; ils n’accepteront jamais des concessions faisant fi de leur identité et rabaissant leur fierté. Les réactions palestiniennes et arabes le démontrent amplement.

Il est une ressemblance frappante entre le conflit vietnamien et celui du Moyen-Orient. Au Vietnam, les Américains ont perdu car ils avaient affaire à un adversaire dont les revendications nationalistes l’emportaient sur les motivations communistes. Dans le climat de la guerre froide, le Vietnam a été la variable d’ajustement de la triangulation Pékin–Moscou–Washington. Pékin et Moscou se servaient de Hanoï en livrant des armes, à la fois pour marquer des points contre l’autre Mecque communiste et aussi comme symbole de la lutte contre l’impérialisme.

Certes Hanoï recevait des armes mais pas suffisamment pour défaire militairement les États-Unis. Il faudra attendre pour cela les restrictions imposées par le Congrès. Washington connaissait les lignes rouges.
Il en va de même avec les Palestiniens et l’Iran. Sauf que ce plan vient de les franchir. Laisser accroire que le conflit israélo-palestinien n’est qu’un conflit religieux, donc voué à l’impossibilité d’une solution est l’argument préféré des extrémistes de tous bords.
Ce conflit est aussi un conflit classiquement territorial pollué par des querelles religieuses.
Les Palestiniens bénéficient d’un support à géométrie variable des pays arabes. Selon les pays, il peut être faible voire antagonisé. Mais le plan a montré que lorsque la ligne rouge est franchie par Israël et par les États-Unis, alors le soutien envers les palestiniens se raffermit mécaniquement. La pression de la rue arabe bouscule tous les calculus israéliens et américains.
Quant à l’Iran, il est lui aussi une variable d’ajustement mais côté israélien. Que viennent l’Arabie Saoudite et l’Iran à se réconcilier, alors la valeur marchande d’Israël baissera de façon drastique et immédiate au trébuchet de toute Realpolitik.
Certes ce scénario n’est pas l’hypothèse la plus plausible actuellement. Pour autant, ne négligeons pas le fait que l’Arabie Saoudite n’a réagi que très mollement après les destructions de ses pipelines par des missiles iraniens. L’absence de véritable réaction américaine ne peut que pousser l’Arabie Saoudite et l’Iran à alâchir leur antagonisme. La gestion pétrolière sera un carburant parfait.

Car le pari du plan américain suppose aussi que la peur de l’Iran sera suffisamment forte pour que les pays arabes troquent un soutien qui était mitigé envers les Palestiniens au profit d’une alliance avec Israël qui à la fois les protégerait de l’Iran et éliminerait le terrorisme du Hamas.

Un Ambassadeur arabe nous a récemment confié en « off » que certes les Arabes pousseraient les Palestiniens à des compromis mais que d’une part à trop les pousser on n’obtiendrait rien et que d’autre part une solution juste doit obligatoirement passer par la reconnaissance de la souveraineté palestinienne sur Jérusalem-Est.

En ayant franchi cette ligne rouge, les Américains et les Israéliens ont brûlé leurs vaisseaux.

Ce deal a déjà eu plusieurs conséquences néfastes. Il a rapproché les frères ennemis que sont l’Autorité Palestinienne et le Hamas. Jusqu’à quel degré et pour combien de temps, il est difficile de le prévoir. En outre l’histoire tourmentée de leurs haines recuites a laissé des traces profondes qui même anesthésiées ne demanderont qu’à se réveiller.

– Re–création d’un front arabe–même de façade–contre le plan et un soutien palestinien réaffirmé. Il aura beau se fissurer lorsque les lampions de la fête unitaire s’éteindront. Actuellement, il existe bel et bien.

– Le costume d’Oslo est certes mort, mais ses paramètres resteront incontournables car ils sont les seuls à tenir compte des intérêts et représentations des deux parties. Qu’il nécessite de nouveaux essayages et retouches c’est évident. Le jeter aux orties serait pure folie.

– La conséquence la plus dramatique sera une résurgence low-cost du terrorisme. À elle seule, elle ne changera pas la donne dans la région. D’abord parce qu’il n’est pas stratégique, en ce sens qu’il ne mettra pas en cause l’existence d’Israël, et qu’il ne bouleversera pas fondamentalement l’équilibre de la région.
Ensuite parce qu’Israël a appris à le gérer à cet étiage et qu’il prend en compte en échange, volens nolens, d’en payer le prix : un certain nombre de victimes du terrorisme au sein de sa population civile.

D’aucuns évoquent une auto -dissolution de l’Autorité Palestinienne. Pour notre part, nous n’y croyons guère car on ne voit pas ce qu’elle aurait à y gagner.
Une dissolution de l’Autorité Palestinienne rendrait le travail des Palestiniens en Israël plus compliqué et Tsahal devra l’assumer militairement ce qu’il saura bien entendu faire. Mais à quel coût ?

Plus problématique pour Israël serait une vraie détérioration de ses relations avec la Jordanie et l’Égypte. Israël a en effet été le grand et principal bénéficiaire des accords de coopération sécuritaire.
Not to mention, la première et véritable rupture de son ostracisme diplomatique.
L’on a d’ailleurs trop tendance à oublier que l’origine du grand retour diplomatique d’Israël sur la scène mondiale date du retrait israélien de Gaza et de quelques colonies en territoires occupés par Arik Sharon.
L’Europe condamnera–mollement pour certains pays–ce plan mais l’on ne voit pas en quoi cela changera la donne.

Deux pays attendent patiemment–tapis derrière l’Himalaya des échecs du deal du siècle : la Chine et la Russie.
S’il est un principe qui commande la géopolitique, c’est qu’il n’y a pas de repas gratuit en ce bas monde. L’on sent déjà poindre les premières frictions entre la Russie et Israël. La dispute, certes à fleurets mouchetés, à propos d’un avion civil soi-disant utilisé (ou peut-être pas, mais peu importe) pris comme parapluie par Israël lors du raid effectué début Février en Syrie sont des prolégomènes que Nétanyahu devrait méditer.

– Enfin last but not least, poussé par une droite ultra-nationaliste, Nétanyahu danse tel un équilibriste sur une ligne rouge. Il aura du mal à ne pas tomber du mauvais côté. Qu’il vienne à irriter Trump, nul ne sait ce que ce dernier pourrait faire, tant son ego est démesuré. Or c’est précisément ce à quoi l’a conduit la trop grande complicité avec l’ambassadeur américain David Friedman dont les propos ont fini par agacer non seulement le State Department mais le gendre de Trump, Jared Kushner qui ne s’était guère signalé par une sympathie exagérée envers les intérêts palestiniens.

David Friedman s’étant fait admonester par ce dernier a donc dû publiquement revenir sur ses déclarations antérieures et contredire Nétanyahu en affirmant clairement qu’aucune annexion ne saurait être tolérée avant les élections.
En outre devant le peu de succès rencontré par son plan, Kushner a signalé que celui-ci n’était pas définitif et qu’il pourrait être amendé. Cette modification n’est pas anodine ; mais elle n’en garantit absolument pas son acceptation future.
Certes on assiste aussi un léger assouplissement de la position palestinienne avant son discours au Conseil de Sécurité ; mais il est tout aussi probable que cela relève de la cosmétique destinée à obtenir un soutien d’un certain nombre de pays dont l’Union Européenne hélas, une fois de plus, divisée .

Ce plan aura aussi pour effet de fissurer encore davantage la société israélienne parfaitement fracturée quant au prix à payer pour un règlement de paix. Pour autant ce plan a un immense avantage. Il permet en effet de s’apercevoir qu’il n’y a pas–à perte de vue–de solution. Cette aporie peut provoquer une catharsis salvatrice. On se rappellera la pensée prémonitoire de Platon : « Dieu voulant réconcilier les deux ennemis et ne pouvant y réussir les y attacha tous deux par leurs extrémités. »

Une des conséquences est l’alignement des positions arabes lors de la réunion du 31 janvier. Les 22 pays ont réaffirmé leur opposition ferme au plan car : « It does not meet the minimum rights and aspirations of Palestinian people.» 31
La ligue précise derechef qu’Israël ne peut implémenter cette initiative par la force. « The plan leads to a status that amounts to a one-state situation that comprises two classes of citizens, that is apartheid, in which the Palestinians will be second-class citizens, deprived of the basic rights of citizenship, »
et Mahmoud Abbas de déclarer « I will not have it recorded in my history that I have sold Jerusalem, » “that he would cut security ties with the US and Israel.” 32

Pour notre part nous pensons là qu’il s’agit sur ce point d’une rodomontade car il bénéficie lui aussi de ses accords. Pourtant les propos d’Abbas ont rencontré un accueil chaleureux. Israël devra donc gérer un relâchement des différents accords de sécurité et diplomatique. Israël saura bien sûr y faire face. Mais les coûts financiers, militaires et diplomatiques seront très lourds.

Quand bien même l’on ne se dirige pas vers une éruption de violence de grande envergure. L’on peut aussi se demander si une fois de plus les Palestiniens ne vont pas jouer la carte Nétanyahu en déclenchant des actes de violence dans un nouvel accès de jusqu’au-boutisme. À moins que les palestiniens ne veuillent cette fois-ci s’orienter très sérieusement vers un état binational.

L’on se rappellera le Président Trump affirmant en 2017 lors d’une conférence de presse commune avec Nétanyahu: «I’m looking at two-state and one-state, and I like the one that both parties like, I can live with either one,” he said on Wednesday, during a joint news conference with his Israeli counterpart, Prime Minister Benjamin Netanyahu.” 33
La Jordanie, quant à elle, a mis en garde Israël contre : « an annexation of palestinian lands. » Elle a réaffirmé sa position réclamant la création d’un État palestinien en Cisjordanie et Jérusalem-Est comme capitale. La tenue de cette conférence est un revers certain pour les États-Unis et Israël et symétriquement un succès pour Mahmoud Abbas que d’aucuns daubaient avec une satisfaction soulagée sur son lâchage par les pays arabes.

Il montre également que l’Arabie Saoudite entend demeurer fidèle à son plan de paix de 2002 qu’Israël avait rejeté. Cela étant tant l’Arabie Saoudite que l’Égypte ont salué les efforts américains. Ce n’est là, finalement, que le SMIC d’un soutien de pays tellement dépendant des États-Unis.

Le Ministre des Affaires Etrangères Saoudien Faycal ben Fahran a d’ailleurs déclaré que la cause palestinienne demeure la « priorité ». Ce n’est pas un propos de façade. Quant aux Arabes israéliens, tiraillés entre vivre en démocratie et jouissant d’un niveau de vie plus élevé que dans la plupart des pays arabes–mais moins élevé que le niveau de vie de l’israélien moyen, il a montré dans une forte proportion, lui aussi sa désapprobation du plan.

Mahmoud Abbas, fort de ses premiers succès politico-médiatiques, tentera de les prolonger lors d’autres rencontres. Il est tout sauf sûr que l’accueil y sera aussi unanime. Sur le terrain bien sûr on verra une légère brise se lever dont ne sait encore rien de l’intensité. Tout aux plus quelques coups de tonnerre assombriront le ciel du Moyen-Orient. Rien de bien neuf.

Pour autant si l’accusé Nétanyahu, est réélu ce qui n’est pas à exclure, il se lancera dans une escalade annexionniste à la fois pour des raisons idéologiques et à la fois pour faire diversion quant à ses ennuis judiciaires. C’est à l’intérieur de ce scénario que l’on peut craindre une spirale de la violence, car Nétanyahu tentera de montrer qu’il est le rempart indispensable face aux exigences des Palestiniens qui une fois de plus ne rechercheront pas obligatoirement le compromis.
“I think that anyone who is going to establish a Palestinian state today and evacuate lands is giving attack grounds to the radical Islam against the state of Israel,” he said in a video interview published Monday on the NRG site.
“Anyone who ignores this is sticking his head in the sand. The left does this time and time again,” Netanyahu said. “We are realistic and understand.”
Netanyahu was then asked specifically whether he meant that a Palestinian state would not be established if he were reelected prime minister. He answered, “Correct.”
Netanyahu has vowed “no concessions” and “no withdrawals” from the West Bank in speeches and statements during the campaign.
“In the Mideast today, any evacuated territory will be overtaken by radical Islam and terror groups backed by Iran. Therefore, there will be no withdrawals and no concessions. It’s just not relevant,” the statement read, attributing the remark to Netanyahu.” 34

L’annexion hissera alors sur le podium un état binational !

Une rage froide envahit l’observateur devant la « farce du siècle » en lisant et en relisant les commentaires de Donald Trump. C’est à dessein que nous n’employons pas le mot analyse. La declaration de Trump est édifiante. Qu’on en juge: « We’re going to show a plan that’s been worked on by everybody, and we’ll see whether or not it catches on, » Trump said. « If it does, that would be great. And if it doesn’t we can live with it too. But I think it might have a chance. »35

Les réactions américaines sont également loin d’être unanimes ; ainsi la pétition de douze congressistes américains. La presse américaine est tout sauf agréable quant à la prestation de Jared Kushner: «Jared Kushner’s incompetence is surpassed only by his arrogance. » 36

Ce dernier declare ainsi:« It’s a big opportunity for the Palestinians and they have a perfect track record of blowing every opportunity they’ve had in their past, but perhaps maybe their leadership will read the details of it, stop posturing and do what’s best to try to make the Palestinians’ lives better, » 37
La presse américaine est également vent debout contre le deal du siècle. Elle n’hésite pas à démontrer l’inanité de ce plan.
Comme à l’accoutumée, le New York Times, par la plume brillantissime de Thomas Friedman intitule son article: «Is Trump Bibi’s Chump » « Given the timing of the release on Tuesday of President Trump’s Middle East peace plan, I have to begin by asking: Is this plan about two states for two peoples or is it about one diversion for two dirty leaders? » 38
Pour notre part nous divergeons des propos de Thomas Friedman, non pas sur son titre ni sur sa qualification des deux leaders mais sur la nature même de ce plan. Thomas Friedman emploie d’ailleurs le mot « It smells. »

Ce plan a été conçu, non pas pour de quelconques intérêts électoraux ou judiciaires, mais bien en fonction de ce que pense réellement une fraction importante voire majoritaire de leurs populations.

Pour autant Kushner a commencé à rétropédaler et il voudrait laisser une fenêtre d’opportunité avec une nouvelle déclaration. Trop timide, trop décalée dans les effets d’annonce, trop indécise, elle n’a que peu de chances d’être prise au sérieux. Et paradoxalement elle ne peut que braquer la droite ultra-nationaliste en Israël. «The terms are not final terms. This is an opening offer and if the Palestinians come — and they have some adjustments, they want to move the line, they want to change one of the sentences, they want to negotiate on different thing — there’ll be flexibility, » 39
Que ne l’eût-il dit plus tôt au lieu de concocter ce plan en duo avec Israël !

Enfin ce plan présente un vrai risque stratégique pour Israël. Nicole Bacharan écrit à juste titre que Trump : « Il a décidé de présenter le Parti Républicain comme le seul parti pro-Israël et le parti démocrate comme entièrement anti-Israël, une division dangereuse pour l’État hébreu. » 40

Lors d’une alternance inévitable, bien entendu, parce qu’il y aura une alternance et c’est heureux pour la démocratie, l’État Hébreu pâtira nécessairement de cette identification poussée jusqu’à l’outrance.

Le danger est que lors de l’alternance, le balancier de la politique américaine non seulement annulera les dispositions du plan américain mais qu’elle aille en sens totalement opposé.

Commanders for Israël Security, mouvement qui regroupe 285 généraux parmi les plus hauts gradés de l’armée israélienne et de l’appareil sécuritaire est vent debout contre les dangers contenus de ce plan qui risque contrairement aux idées reçues de l’ultra droite et du Likud de mettre en péril la sécurité d’Israël. Qu’on en juge
« Abandoning over 14,000 Israelis, residents of 15 isolated settlements, at the heart of the territory earmarked for the State of Palestine. Protecting them will be a security nightmare. • The possibility of including the Arab Triangle, and its 250,000 Israeli Arab citizens, in the area designated for transfer to Palestinian sovereignty. Beyond being morally reprehensible, the very consideration of the idea would severely undermine the process of integration of Arab citizens into Israeli society.

« Any unilateral annexation – of a single settlement bloc, all settlements, or the Jordan Valley – undermines Israel’s security: • Annexation will destabilize the already sensitive relations with Jordan, its regime stability, and bilateral security coordination.

The importance of security coordination with Jordan to Israel’s national security, in deterrence, early warning, and in thwarting acts of terror and state aggression from adversaries such as Iran, cannot be overstated. It will be utterly irresponsible to undermine a primary Israeli security interest and bring those risks closer to our border.

• Annexation might bring about the end of security coordination with the Palestinian Authority and possibly its very collapse. Whether this will be due to a Palestinian leadership decision or be forced upon it by popular pressure, terror groups – first among them Hamas – will fill the ensuing security vacuum.

To prevent their takeover, the IDF will be forced to reoccupy the entire West Bank. Thereafter, Israel will be responsible for managing the lives of 2.6 million Palestinians. Much of the IDF and Shin Bet’s attention will have to be dedicated to this mission, at the expense of preparedness for security challenges to the north (Syria, Lebanon), east (Iran) and south (Hamas). All this with no exit strategy from the trap of a bi-national state.
There is no risk-free unilateral annexation. The situation does not justify – and certainly does not require – taking unnecessary security risks.” 41
Tamir Pardo soulève également des critiques fortes et signale que ce plan ne change rien sur le terrain mais prépare une escalade.
Sa première critique porte sur un point juridique qui a son importance.
« I should point out, by the way, that neither the prime minister nor his government alone have the authority to relinquish sovereign Israeli territory in the Negev. By law this requires approval either by a two-thirds majority in the Knesset (80 MKs) or a plebiscite.”
Le deuxième concerne la nature de l’Etat Juif:
“We will have plenty of land, to be sure. Our Zionist, national identity, on the other hand, will be lost.” 42

L’on se rappellera avec une immense tristesse les propos prémonitoires d’Itzhak Rabin à propos des territoires occupés à: « un cancer dans le tissu de la société israélienne. » Après moult réflexions et hésitations, il souhaitait leur démantèlement: « si l’on ne veut pas aller vers l’apartheid. »
Pour autant se pose tout de même la question quasi ontologique : Israel sous les leaderships avisés de Rabin, Peres, Olmert , Barak et Sharon ont proposé aux Palestiniens les deals les plus généreux possibles. L’on ne peut aussi que s’interroger sur les refus- antérieurs certes- mais quasi- systématiques des Palestiniens !

 

En guise de conclusion l’on nous permettra de citer les écrits prémonitoires de Thucydide :
« Toujours, en effet, quand on a les choses sous les yeux, et que l’on se voit directement victime d’un traitement inhabituel, la colère vous prend ; et lorsque l’on calcule le moins, on passe à l’action avec le plus de fougue. » 43
“For what shall it profit a man, if he shall gain the whole world, but lose his soul?” 44

Le Président Nixon eût l’extrême intelligence de mettre un terme à la guerre froide car il avait eût l’intuition que l’hégémonie mondiale des Etats-Unis ne saurait être éternelle. Ou plutôt il comprit que pour perdurer, elle devait se transformer.
Laissons le mot de la fin à Nehru qui dans un superbe discours, s’adressa au Congrès des Etats-Unis le 13 Octobre 1949 : « Plus une nation est grande, plus lourde est sa responsabilité dans la recherche et la mise en œuvre d’une réponse juste. »

Leo Keller
Neuilly le 14/02/2020

Notes

1 Victor Hugo in châtiments. Les sauveurs se sauveront Jersey juillet 1853
2 Jean Cocteau
3 Obama discours du Caire 4 Juin 2009
4 Richelieu in Testament Politique
5 La Fontaine. Le lion et le moucheron
6 Raymond Aron in chroniques de la guerre froide
7 Philippe Moreau-Defarges in Une Histoire mondiale de la Paix
8 Thucydide in La Guerre du Péloponnèse
9 Tamir Pardo in Haaretz 07/02/2020
10 Dominique Moïsi in La géopolitique des émotions
11 Prime Minister’s Office 28/01/2020
12 Henry Kissinger in les années orageuses
13 Raymond Aron 22 juin 1949 in carnets de la guerre froide
14 Henry Kissinger in Les Chemins de la Paix
15 Jerusalem Post 28 aout 2013
16 Times of Israël 28/1/2020
17 In Haaretz 02/02/2020
18 Voice of america 28/01/2020
19 Figaro du 29 janvier
20 Sheikh Ahmed al-Tayeb in Brookings 29 January
21 Times of Israël 29 Janvier
22 Tamir Pardo in Haaretz 07/02/2020
23 Project Syndicate Interview Prince El Hassan bin Tal 04/02/2020
24 Al Arabiya Wednesday, 29 January 2020
25 Al Arabiya Wednesday, 29 January 2020
26 Figaro du 29 janvier 2020
27 Twitter.com/TurkiHAlhamad1, January 29, 2020.
28 Al Arabiya Wednesday, 29 January 2020
29 Edmund Burke in Réflexions sur la Révolution Française
30 Raymond Aron in carnets de la guerre froide
31 Deutsche Welle 01022020
32 Deutsche Welle 01022020
33 Politico 17022017
34 William Booth In Washington PostMarch 16, 2015
35 CNN 28/02/2020
36 Max Boot in Washington Post 03/02/2020
37 Max Boot Washington Post 3 Février 2020
38 Thomas Friedman in New York Times 30 Janvier 2020
39 Jared Kushner in CNN 03 Février
40 Nicole Bacharan In Politique Internationale Hiver 2019
41 Communiqué de Commander’s for Israel Security
42 Tamir Pardo in Haaretz 07/02/2020
43 Thucydide in la Guerre du Péloponnèse
44 Mark 8:3

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