Entretien accordé par Monsieur l’Ambassadeur de Lituanie à Leo Keller

Monsieur L’Ambassadeur de Lituanie Nerijus ALexiejunas

Leo Keller   Monsieur l’Ambassadeur, le hasard et je l’en remercie, fait que nous sommes encadrés dans le temps par vos deux déclarations d’indépendance de votre pays du 16 Février 1918 et celle du 11 Mars 1990. Cette dernière étant appelée : Lietuvos Nepriklausomybės atkūrimo diena c’est-à-dire : restauration de l’indépendance lituanienne.

Monsieur l’Ambassadeur de Lituanie. Oui c’est effectivement un très bon moment pour parler de la Lituanie. Le 11 Mars 1990 à 22heures 44 le Conseil Suprême de Lituanie a adopté l’acte de rétablissement de l’Etat indépendant de Lituanie.

LK
C’est effectivement un beau et émouvant moment et ce sont deux dates symboliques. Vous êtes un jeune pays dont l’indépendance remonte à 1918 et vous avez malheureusement perdu votre souveraineté que vous n’avez retrouvée que le 11 mars 1990.
Alors qu’on assiste partout à un réveil des nationalismes, vous avez très vite, demandé à adhérer à l’Europe. Votre adhésion- à la satisfaction mutuelle- en 2004 a donc été très rapide.
Si l’on analyse les statistiques, je me suis aperçu que le PNB/PPA par habitant vous classe parmi  les pays les plus riches au monde, en tout cas en Europe. Vous êtes, en effet, à plus de 40 000 $ par an. Ce qui vous met avant le Portugal ou l’Italie. Votre PNB par habitant est de 22% supérieur à la Pologne et il est le double de votre ancien « protecteur » la Russie.

LK A quoi attribuez-vous ce résultat extraordinaire ?

Ambassadeur Pour commencer permettez-moi un préambule. Vous avez dit que nous sommes un pays très jeune. Autorisez-moi une divergence, car notre histoire est au contraire très ancienne.

LK En effet on en trouve des traces au XIIe siècle avant J.-C.

Ambassadeur La Lituanie a ainsi été un des plus grand pays d’Europe au XV ème siècle sous le Grand Duché de Lituanie. Elle s’étendait de la Baltique jusqu’à la mer Noire. De plus notre histoire est extrêmement riche et diverse. Ce fût l’histoire d’un pays commun avec la Pologne- depuis que l’Union de Lublin a été scellée au XVIe siècle.
Cette Union est extrêmement intéressante et passionnante, car ce fût- peut-être- le premier exemple d’intégration européenne. Car ce sont deux pays qui ont déjà- malgré une période troublée- réalisé et construit quelque chose ensemble.

LK L’Union des deux républiques ?

Ambassadeur Tout à fait. Notre histoire est donc fort ancienne et notre indépendance date de 102 ans. Notre entretien est donc particulièrement bien choisi, et je m’en félicite. Notre indépendance ; nous avons combattu farouchement pour elle. Nous avons subi de très nombreuses violences. Et je vous rappelle que nous avons été victimes des brimades et sévices durant la période tsariste.
Sous l’empire russe au XIXe siècle, il y eût beaucoup de rebellions en Lituanie. Dans notre narratif, c’est fondamental. Nous vivions sous la botte tsariste. Vous pouvez donc aisément imaginer que, déjà sous le pouvoir russe, nous n’étions ni libres ni heureux.
Quant à la période soviétique je vous laisse imaginer !
LK Vous n’étiez pas les seuls.

Ambassadeur Rires. Non bien sûr ! Cela signifie que notre mentalité, notre histoire sont complexes, difficiles, heurtées, brisées. Les guerres furent nombreuses, et les armées sans cesse en mouvement, toujours l’arme au pied.
Ceci explique notre volonté indomptable d’indépendance, l’amour de notre langue. Il y a 100 ans, cela inspira notre lutte pour notre indépendance et à nouveau il y a 30 ans. C’était la même logique. Le 11 Mars est donc aussi une date capitale puisque c’est l’anniversaire du rétablissement de notre indépendance.

Nous allons donc organiser une grande fête à Paris, et dans d’autres villes, avec un grand concert. Il y aura de nombreux événements et nous voulons dédier cette belle fête pour tous les Lituaniens, étudiants et enfants compris.
Nous, en Lituanie, à cause de notre histoire tourmentée, nous devons, chaque jour, rester vigilants pour préserver et protéger notre indépendance. C’est un combat de tous les jours. Car rien ne nous a été donné. Rien n’est garanti. Cela explique notre mentalité, nos relations avec notre entourage, avec le grand voisin de Russie. La Russie a toujours été un voisin compliqué.
LK Rires

Ambassadeur Beaucoup de personnes se souviennent de cette triste et sombre période de notre histoire, où nous fûmes occupés par l’Union Soviétique.
Cette époque n’a donc pas, comme vous pouvez vous en douter, été particulièrement aimée. Car l’occupation soviétique a causé beaucoup de déportations. Plus de 275000 Lituaniens furent déportés en Sibérie. Beaucoup y sont malheureusement restés. Cette déportation forge-elle aussi- notre état d’esprit. Les russes se sont attaqués à la population la plus aisée, la plus riche, la plus éduquée pour décapiter l’âme de notre peuple.

Mais durant cette sombre période, nous n’avons eu de cesse que de résister à l’envahisseur soviétique. Apres l’occupation les partisans aux des forets se battent presque 10 ans en attendant une d’aide de l’ouest. Les étudiants incarcérés, les prisonniers politiques, tout cela a façonné notre histoire. C’est inscrit au marbre de notre histoire. Le souvenir de notre indépendance perdue reste toujours- de façon indélébile- aussi vivace.

LK Si vous me permettez une remarque, un universitaire japonais m’a déclaré récemment qu’aucun pays au monde n’était entouré d’autant de pays hostiles que le sien. Visiblement il ne connaissait ni la géographie Israélienne ni celle de la Lituanie, puisque vous avez souffert de la Russie, de la Pologne et vous avez- bien entendu également- souffert de l’Allemagne. Cela fait beaucoup de blessures pour un petit pays.

Ambassadeur Oui tout à fait.

LK Qu’est-ce qui est plus important pour vous l’indépendance de 1918 ou 1990 ?

Ambassadeur Non je ne pense pas que l’on puisse comparer. C’est la même indépendance. L’une est le prolongement de l’autre.
LK L’une a cependant été plus douloureuse que l’autre ?
Ambassadeur Oui bien sûr. Mais juridiquement 1990 est la restauration de notre indépendance de 1918. Pour autant, il n’est pas possible de les comparer. Il n’y a pas de date plus importante que l’autre.

LK Venons-en à votre situation économique. Qu’est-ce qui explique le remarquable succès économique de votre pays ?
Ambassadeur Je pense qu’il y a plusieurs raisons. L’une d’entre elles, est incontestablement l’adhésion de notre pays à l’Union Européenne. Pour nous, c’était très important. Mais, attention, pas seulement pour des raisons économiques. Pour nous, cela signifiait le retour dans la famille européenne, dans notre famille.
C’était reconnaître que nous étions, même après une si longue absence, toujours membre de cette famille. De l’Europe.
Pour nous, l’adhésion européenne était aussi capitale car grâce au dialogue avec l’Europe, nous avons pu régénérer notre administration, opérer des réformes inévitables mais nécessaires quand bien même souvent impopulaires. C’était certes le prix à payer ; mais grâce au cadre européen, nous avons pu les faire.
Il faut reconnaitre que ce fût vraiment une belle opportunité pour nous pour devenir un pays démocratique après tant d’années.
Et nous remercions l’Europe aussi pour cela. L’aventure européenne nous a permis d’envisager un avenir plus riche, plus radieux, plus développé, plus souriant, plus démocratique.

La deuxième raison de ce succès pour nous qui sommes- d’une certaine façon- un pays jeune, c’était la jeunesse de nos administrations. Songez que notre Ministère des Affaires Etrangères était é fût restauré seulement en 1990. Notre corps diplomatique était très jeune. Il a fallu tout bâtir.

Notre jeunesse était extrêmement motivée. Tout était donc plus facile. Je pense que cette réforme a donné d’énormes et très nombreux résultats. Pour un petit pays comme le nôtre, cela nous incitait, à investir fortement dans l’avenir. C’est la raison pour laquelle tant d’innovations fleurissent dans notre pays, tant de start-up éclosent. Les résultats furent à la hauteur de nos espérances.
Ainsi nous sommes à la pointe du Fintech. La Grande-Bretagne ayant quitté l’Europe, nous sommes le premier en ce qui concerne le nombre d’entreprises du secteur Fintech. Nous avons aussi développé très fortement le secteur de la cyber sécurité tant militaire qu’économique.

LK Je suis enchanté de votre panorama, car vous avez évoqué par avance la quasi-totalité des points que je voulais aborder dans les secteurs autres que la géopolitique. J’ai beaucoup de plaisir à vous écouter, et pas seulement parce que votre exposé est particulièrement intéressant et passionné, mais parce que je fais partie des derniers européens que d’aucuns qualifient de rêveurs et je m’aperçois à mon grand plaisir que- certes vous êtes lituanien- mais que vous êtes aussi un européen et un européen heureux et fier.
Ambassadeur Oui absolument. Les sondages dont ceux d’Eurobaromètre le montrent amplement. La population lituanienne est en effet la plus europhile de l’Europe.
LK Tout à fait. Cela m’a profondément réjouit. J’ai examiné un certain nombre de statistiques d’Eurobaromètre qui concernent votre pays, et j’en retire l’impression que vous avez trouvé un carré magique. Je vais donc brièvement vous les énumérer et vous me ferez part, si vous le souhaitez, de vos commentaires.
J’ai trouvé quelque chose qui me tient particulièrement à cœur. Le taux de confiance à autrui est très fort dans votre pays ; il est de 76 % c’est donc plus fort qu’en France.
Ambassadeur Tout à fait.

LK Ernest Renan disait qu’une nation c’est un vouloir vivre ensemble. Vous avez donc réussi à avoir au sein de votre population, un taux de confiance envers l’Autre qui est un des plus forts en Europe.
Avec toutefois une petite réserve que l’on peut sinon excuser, du moins comprendre. En effet, avec les étrangers c’est moins évident. Mais peut-être est-ce dû à l’importante minorité russophone dans votre pays, et l’on sait comment Poutine a utilisé cette arme démographique en Crimée et en Ukraine.
Votre taux de tolérance est également un des plus forts : 91 %.
Vous avez un taux de politisation de la population de 76 % alors qu’en Europe il est de 50 %. C’est remarquable car partout le désamour de la politique prospère et pave les dangers que cela représente vers la pente populiste.
Je suis réellement admiratif. Vous êtes parmi les pays où le sentiment de la conception essentialiste de la Nation, de la nationalité est le plus faible. Et ce bien que vous soyez un pays jeune qui a subi moult agressions et attaques en permanence de tous côtés. Vous ne succombez pas au nationalisme ; et il est à regretter que certains pays européens n’aient pas votre tempérance.
Et puis ce que je trouve extraordinaire, vous faites partie des trois pays qui ont le plus confiance dans les institutions européennes. Vous avez même plus confiance dans les institutions européennes que dans celles de votre propre pays.
Ambassadeur Oui c’est vrai. Mais cela s’explique par le fait que pour nous, l’Europe c’est comme notre rêve. Encore une fois au risque de me répéter, il était très important pour nous d’être dans la famille européenne, dans l’Union mais aussi dans l’OTAN. C’est la garantie de notre sécurité.
Pour nous Lituaniens, l’Europe c’est un mot sacré. Pour nous Schengen, c’est la liberté de voyager. Comme pour l’euro. Tout cela revêt donc une importance capitale. Bien sûr, comme dans tous les pays européens il y a des discussions parfois mouvementées au sein de notre population.

Que signifie l’Europe? Quels sont et quels doivent être ses liens avec la Lituanie ? Quelle est la place de la Lituanie dans la famille européenne ? Mais le narratif le plus puissant est que notre place est en Europe, que nous devons y être solidement arrimés et que c’est notre famille la plus proche.
Question de sécurité bien sûr, mais peut-être aussi surtout de mentalité.
Nous devons absolument contribuer à la construction européenne. Nous le voulons sincèrement. La Lituanie, soumet de nombreuses propositions qui peuvent être utiles à l’Europe, telles que la cyber sécurité, la lutte contre les fake news etc.

C’est notre apport à l’Europe. Notre expérience peut être utile à l’Europe.
Ceci explique et corrobore toutes ces statistiques que vous mentionnez et qui sont très favorables en ce qui concerne l’Europe. Et puis, nous sommes aussi reconnaissants à l’Europe d’avoir apporté des programmes visant à améliorer la situation en Lituanie.
Ainsi des programmes et fonds pour les infrastructures et les transports ou les fonds de cohésion. L’Europe a beaucoup apporté à la Lituanie. Cela a changé de façon très visible la vie de mes concitoyens et cela peut et cela doit inspirer d’autres pays.
J’ai moi-même beaucoup voyagé dans de nombreuses régions en Lituanie, car je pense que je ne dois pas uniquement rester dans mon Ministère. Je me devais d’aller sur le terrain. C’était très important pour moi, d’expliquer à mes compatriotes ce qu’était l’Europe, ce que signifiait véritablement l’esprit européen. Je ne me suis pas contenté de communication officielle.
J’ai travaillé sur les questions européennes depuis fort longtemps et je voulais partager mon expérience avec le plus possible de Lituaniens y compris les jeunes et les étudiants. La pédagogie est capitale en cette matière comme en tant d’autres.
LK J’insiste là-dessus ; je suis très admiratif. Si vous examinez les pays qui ont accédé à leur indépendance depuis 1945, il y a une espèce de prurit, de poussée de fièvre nationaliste et vous y avez échappé.
J’aime beaucoup la Tchécoslovaquie et j’ai une vraie passion pour Prague, peut-être fantasmée d’ailleurs ! La Tchécoslovaquie a subi elle aussi- tout comme vous- beaucoup de meurtrissures de l’Allemagne ou de la Russie. Les Tchécoslovaques ont acquis leur indépendance grâce à Masaryk, Président, dont la seule dictature qu’il imposait était celle du respect. Ils se libèrent donc du joug soviétique et la première des choses qu’ils font après Vaclav Havel, dans un accès de nationalisme, c’est de se séparer en deux : la Tchéquie et la Slovaquie. C’est quelque chose d’incompréhensible et miraculeusement vous n’êtes pas atteints par cet accès de nationalisme, par ce virus, par cette vague d’hyper nationalisme.
Ambassadeur Non parce que notre objectif, notre seul objectif, c’était le combat pour notre indépendance et pour l’Europe. C’était le moment de notre unité.
LK Est- ce dû à l’éducation ?
Ambassadeur Tout à fait. Le niveau de notre éducation a toujours été très élevé. Bien sûr cela nous a aidé à différencier, à éloigner, à séparer le nationalisme de l’indépendance. Nos politiciens et nos partis politiques ont aussi été très prudents à ce sujet. Ils n’ont pas utilisé la carte du nationalisme, comme dans d’autres pays. C’est aussi une preuve de notre maturité.

LK Abordons le volet social. Le coefficient Gini en Europe est à 0,30, la France est à 0,29 et vous êtes à 0,38. C’est un assez bon classement. Vous faites donc partie des pays où le taux d’inégalité est un des plus faibles. Ce qui représente un joli succès.

Ambassadeur En effet nous avons beaucoup œuvré dans cette direction. Cela reflète notre volonté. Pour nous l’égalité sociale est une valeur qui nous tient tout particulièrement à cœur. Ces actions sociales étaient la marque de nôtres Présidentes. Les politiciens ont voyagé dans tout le pays, pour sensibiliser la population, et ce jusqu’aux étudiants, pour sensibiliser la population à toutes ces questions sociales.
Le gouvernement s’est beaucoup investi dans ces problèmes sociaux et pas seulement au plan législatif. Cela est nécessaire pour combattre le populisme et le nationalisme que les populations utilisent.
LK Les statistiques montrent que votre attachement à la démocratie est très profond, très réel. Toutefois j’ai noté, permettez-moi, deux petits bémols. La population lituanienne a une attirance certaine pour ce qu’il est convenu d’appeler des « leaders forts »
Ensuite autant on note une réelle empathie et souci de l’autre, autant vos concitoyens ont non pas vis-à-vis des immigrés, mais des étrangers un sentiment de défiance.
Ambassadeur On peut l’expliquer par notre histoire. N’oubliez pas que nous avons été soumis à la botte de l’URSS. Il y avait très peu d’étrangers en Lituanie. Les seules minorités étaient russe, polonaise ou ukrainienne ; il y avait très peu d’autres étrangers. Donc au début…

LK Vous avez donc toujours peur de l’URSS-Russie ?
Ambassadeur Oui tout à fait. Mais je pense qu’avec les nouvelles générations les choses ont profondément évolué quant à la méfiance envers les étrangers. Interrogez notre jeunesse, vous verrez les chiffres devraient être profondément différents. Parce que la jeunesse lituanienne est la même que la jeunesse française et européenne et ne devrait pas présenter de grandes différences…
LK Sauf que nous n’avons pas la Russie à notre frontière.
Ambassadeur Rires. Bien sûr cette spécificité est toujours très présente dans nos esprits. Mais la Lituanie est un pays très ouvert et ce à tous les niveaux. Les échanges commerciaux, étudiants etc sont désormais très nombreux. Les liens et de coopérations avec l’étranger foisonnent.
En ce qui concerne les leaders forts, je pense que cela résulte de notre constitution parce que chez nous il y a le Président…
LK … qui nomme le Premier Ministre
Ambassadeur … Oui, le Président qui bénéficie de la position la plus forte et qui ne s’occupe pas seulement de politique étrangère mais aussi des questions intérieures. Chez nous, il y a donc trois pouvoirs qui s’équilibrent : Le Président, le Gouvernement et le Parlement.


LK
Passons, si vous le permettez, à l’Europe. Que pensez-vous de la nouvelle doctrine du Président Macron sur l’arme nucléaire telle qu’il l’a prononcée à Munich. C’est-à-dire, la France, désormais seul pays membre de l’Europe à être détenteur de l’arme nucléaire. Bien sûr, il n’est pas allé jusqu’à proposer de partager cette arme, mais il a offert des discussions communes et des exercices communs.
Qu’en pensez-vous, alors que votre propre Ministre de la Défense a dit, à Munich lui aussi: « l’Europe doit faire plus pour sa défense mais pas au détriment du lien transatlantique ou pour dupliquer l’OTAN. » Ce sont là les propres paroles de votre Ministre.
Ambassadeur Rires. Oui c’est toujours comme cela ! Notre position est que nous devons éviter une duplication les forces et structures de l’OTAN. Car il est clair que l’OTAN est la garantie de notre sécurité. Nous devons la conserver et l’approfondir et c’est- bien évidemment- notre intérêt.
Pour autant notre préoccupation vise aussi- tout autant- à préserver et développer notre lien sécuritaire avec l’Europe. Nous voulons une Europe plus forte, et nous pensons que le budget européen actuel consacré à la défense n’est pas suffisant.
LK Vous êtes un des rares pays à avoir atteint l’objectif des 2 % du budget de la défense.
Ambassadeur Oui mais nous ne sommes pas les seuls.
LK Un des rares.
Ambassadeur Il y a huit pays, je crois, qui ont atteint cet objectif. C’est très important pour nous pour renforcer notre sécurité. Si nous attendons une participation des autres pays à notre sécurité, alors devons nous-mêmes contribuer à la défense collective.

LK
Le discours de Macron… ?
Ambassadeur Je pense que c’est une proposition qui doit être étudiée et discutée.
LK …C’est l’OTAN ?
Ambassadeur Les lignes rouges, c’est clair. On doit certes parler et avancer sur le renforcement de la coopération européenne mais sans duplication avec l’OTAN. Et je pense qu’il y a énormément de sujets où l’Union peut progresser et approfondir et où il n’y a pas de duplication. Par exemple la cyber sécurité ou la mobilité militaire. Ce sont des questions européennes qui sont susceptibles de recevoir un financement commun. Il faut donc les renforcer au niveau européen.

LK Cela m’amène à une autre question qui vous concerne au premier chef. Crimée, Ukraine next step ? Je pense que chez vous des responsables politiques doivent quand même se poser des questions par rapport à l’OTAN.
Ambassadeur En effet.

LK Trump a dit très clairement qu’il remettait en question l’automaticité de l’article cinq de l’OTAN laquelle était par ailleurs une organisation dispendieuse pour ne pas dire autre chose, sur laquelle les USA nourrissaient des doutes.
On voit que la Pologne est prête à payer les Américains pour qu’il y ait des bases sur son territoire avec des forces armées américaines. Elle veut même nommer une ville en Pologne…
Ambassadeur Rires. Fort Trump.
LK Qu’est-ce que la position de Trump vous inspire alors que l’on sait que la Russie est le principal bénéficiaire des doutes de Trump. Quant à l’OTAN ?
Ambassadeur Notre coopération avec les Américains a toujours été très bonne ; elle est fortement ancrée…
LK Mais excusez-moi lorsque Trump dit l’Europe est notre ennemie…
Ambassadeur Pour nous, ce qui compte c’est ce qui se passe sur le terrain. La coopération avec les USA sur le plan militaire n’a jamais été aussi forte.
De nombreux exercices en commun, le nombre de soldats américains en Lituanie n’a jamais été aussi important. La coopération avec les américains n’a jamais été aussi intense.
Ce qui compte c’est ce qui se passe sur le terrain, ne l’oubliez pas. Le financement américain, quant à lui, n’a jamais été aussi important. Et tout cela est très positif.
Donc Oui. Coopération avec les États-Unis, mais nous voulons également une coopération militaire forte avec l’Europe, c’est aussi notre intérêt. Prenez par exemple l’Allemagne. Notre coopération avec elle est intense. L’Allemagne a le contingent le plus important de l’OTAN en Lituanie. La coopération militaire avec l’Allemagne est tout aussi remarquable. La Lituanie est par ailleurs présente au Mali, et en Afrique, de concert avec les soldats allemands.
Nous participons à la mission Sophia en Méditerranée. Les bateaux allemands ont transporté nos troupes..

Et pour moi en tant qu’Ambassadeur de Lituanie en France, un de mes objectifs est de renforcer notre coopération militaire avec la France. Parce que les soldats français vont être déployés cette année en Lituanie. Cette présence est importante pour la dissuasion mais aussi pour la renforcement de nos liens. C’est donc très important pour nous de développer une approche commune.

LK Je vois que nous avons donc une petite divergence si vous me le permettez. Avez-vous des craintes. Je vous mentionne la Crimée, l’invasion en Ukraine, Géorgie etc ? Qu’en tirez-vous comme réflexions sur d’autres sujets par rapport à la politique russe ?
Ambassadeur Pour nous les réflexions quant à la politique avec la Russie sont toujours très sensibles. Toujours. Bien sûr ces vingt dernières années, il y a eu une politique de rapprochement avec la Russie. C’était la politique du reset. On a beaucoup essayé pour trouver et pratiquer une coopération avec la Russie.
Mais sans aucun résultat visible.
Les résultats ont été mauvais avec la Russie. Prenez la Géorgie, la Crimée, le Donbass. Les russes ont toujours considéré notre politique de rapprochement comme un encouragement à poursuivre. Je pense qu’ils ont considérés cette politique comme un signe de faiblesse de notre côté.
C’est la raison pour laquelle nous demeurons très vigilants en ce qui concerne la Russie.
Alors que nous devons faire avec elle ? Revenir sur le business as usual ? Nous pensons que cela peut être une grande erreur de faire cela. Alors oui que doit-on faire ? Il faut travailler avec la société civile russe.
LK Donc vous suivrez, enfin tout le monde suit, la décision européenne de maintenir des sanctions vis-à-vis de la Russie.
Ambassadeur Oui, oui bien sûr ! C’est très important et c’est une excellente démonstration de l’unité européenne et il est important de ne pas revenir dessus. Car les raisons pour lesquelles ces sanctions ont été mises en place n’ont pas changé. Les accords de Minsk ne sont pas respectés par la Russie. Cela montre clairement que l’on ne voit pas de résultats avec la Russie qui elle continue les combats sur le terrain.

LK Une autre menace : je crois que je crois que vous faites partie du groupe des 17 plus 1 avec la Chine. L’Italie a été le premier pays à avoir, avec la Grèce des accords qui les séparent nettement de l’Europe vis-à-vis de la Chine. Ça ne vous pose donc pas de problème de faire partie de ce groupe ?
Ambassadeur Non. Discuter n’engage à rien et nous demeurons vigilants quant aux à investissements et aux infrastructures critiques. Ce n’est pas qu’envers la Chine d’ailleurs, c’est aussi valable pour la Russie ou pour d’autres pays.
LK Laisseriez-vous la Chine aller plus avant dans son projet OBOR ? Agiriez-vous comme la Grèce ou l’Italie ?
Ambassadeur Nous avons en Lituanie une législation qui protège les secteurs critiques grâce à une commission. Cette commission a pour mission de vérifier attentivement les investissements étrangers avant de prendre une décision ou une autorisation.
LK Donc, vous êtes d’accord pour des investissements économiques mais vous restez vigilants.
Ambassadeur Oui nous devons être sûrs que cela n’aille pas à l’encontre de nos intérêts stratégiques.

LK Huawei ; accepteriez-vous ?
Ambassadeur Rire. C’est une question qui concerne en fait toute l’Europe.
LK Mais malheureusement nous n’avançons pas unis sur cette question.
Ambassadeur Nous devons trouver une alternative. Mais pour moi, ce que je retiens, c’est qu’il est urgent d’investir davantage dans le secteur de la technologie au niveau européen. J’ai l’impression que chacun y va tout seul. Il est donc urgent d’unir nos forces et investissements et pas séparément. La coopération européenne est urgente et la Lituanie y tient énormément.

LK Passons à la défense si vous le voulez bien. Vous faites partie de la Coopération Structurée Permanente mais vous ne faites pas encore partie de l’Initiative Européenne de Défense qui date de Juin 2018.
Ambassadeur Vous parlez de l’initiative française. Ce n’est pas une initiative européenne mais bien une initiative française. Il y a une douzaine de pays qui en font partie.
LK Mais vous-même n’en faites pas partie ?
Ambassadeur Oui mais nous faisons partie du PESCO. C’est très important. Nous ne sommes pas un simple participant. Nous sommes dans le peloton de tête de la cyber sécurité.
LK Vous avez aussi participé au déploiement de troupes en Méditerranée.
Ambassadeur En ce qui concerne la cyber sécurité nous sommes leader dans ce domaine y compris dans la création de la force de réponse rapide au niveau européen en cyber sécurité. C’était notre idée, nous avons initié ce projet et nous en sommes désormais à la tête. Je crois que nous avons été le premier pays de la région dans le lancement due projet du PESCO.
LK Que pensez-vous de la politique russe de Macron. Beaucoup critiquent son rapprochement ultrarapide, voire trop rapide, vis-à-vis de la Russie. À Munich le Président Macron a semblé faire marche arrière en disant : Nous savons d’où viennent les cyberattaques et les fake news.
Ambassadeur. Pour nous, comme je vous l’ai déjà dit, les leçons de notre histoire sont suffisamment instructives. Les questions de conditions et de résultats sont primordiales. Nous pensons que chacun doit essayer. Et le Président Macron est dans son droit le plus absolu pour esquisser ce dialogue. Mais, pour nous, il est très important de se remémorer les leçons du passé et de ne pas nier ses erreurs comme avec la Géorgie, la Crimée ou le Donbass.
LK Donc on peut dire que vous avez des réserves ?
Ambassadeur Rires. On doit en discuter plus. Mieux comprendre les intentions. Pour autant c’est une excellente chose d’avoir nommé Pierre Vimont comme représentant spécial de ce dialogue.

LK Un des ancêtres de l’Europe était le Benelux. Y a-t-il des institutions communes aux pays baltes, des points communs et bien sûr aussi des divergences. Y a-t-il une culture commune ? Ces trois pays pourraient-ils peser ensemble d’une quelconque façon plus importante au sein de l’Europe ? Peut-on affirmer qu’il y a une vraie synergie entre ces trois pays ?
Ambassadeur Oui. En effet, il y a une grande synergie entre les trois pays baltes, et une tradition de coopération fortement ancrée. Au niveau des institutions, nous avons une réunion régulière du Conseil des Ministres des pays baltes, des Présidents, des Premiers Ministres, des parlementaires.
Nous avons bien entendu beaucoup d’intérêts communs.

Ainsi en premier lieu notre sécurité commune. Comment pouvons-nous préserver notre sécurité, notre espace aérien commun ? C’est le même défi pour les trois pays. Juste un exemple notre projet énergétique afin de nous intégrer dans le réseau électrique européen. Il s’agit là de notre indépendance énergétique commune.
A l’heure actuelle nous faisons encore partie du réseau ex soviétique. Nous avons donc tous les trois entamé le processus d’intégration au réseau électrique européen. Donc bien sûr qu’il y a beaucoup de questions communes, y compris notre position sur le financement pluriannuel européen. Cela se ressent d’ailleurs dans le dernier Conseil Européen.
LK Votre ministre a donc apporté plusieurs chemises de rechange ?
Ambassadeur Rires. Vous savez dans toutes les problématiques européennes, il y a bien sûr, et c’est normal, des positions et intérêts communs aux pays baltes. Mais ces intérêts communs, cette coopération inter balte ne se limitent pas à nos seuls trois pays. Nous partageons aussi des coopérations et intérêts avec les pays nordiques.
LK Certes mais dans l’esprit de nombreuses personnes, on a l’impression que ces trois pays avaient une tradition ancienne de coopération. Mais avant que l’Union Soviétique ne fasse main basse sur ces trois pays baltes, y avait-il déjà des réflexes communs ou des points de divergence ?
Ambassadeur Bien sûr, intérêts communs et coopération commune existaient bien avant l’occupation soviétique. Et en URSS, nous étions considérés par les soviétiques comme un ensemble, comme une région. Cela étant, bien sûr, nous sommes aussi différents.
LK Vous étiez dans une sorte d’Oblast commun !
Ambassadeur Rires. Oui. Le combat pour notre indépendance fût un combat commun. N’oubliez pas cette formidable chaîne humaine du 23 août 1989 qui allait de Tallinn à Vilnius.
Le symbole éclatant de notre lutte commune avec plus de 2 millions de personnes qui manifestèrent pour l’indépendance !
Cette coopération n’est donc pas nouvelle, mais comme je vous l’ai déjà dit, elle concerne aussi les pays nordiques. Il y a le forum Nordique-Baltique à six. Il y a aussi le format huit pays qui inclut la Norvège et l’Islande. Et il y a une tradition qu’avant chaque sommet européen, il y a un mini-sommet entre nos dirigeants qui se réunissent entre eux pour définir une position commune entre les trois pays baltes et les trois pays nordiques.

LK La Biélorussie est votre voisin. On ne saurait dire que ce pays soit le prototype de la démocratie.
Ambassadeur Rires
LK Poutine souhaite un rapprochement avec ce pays qu’il qualifie de pays frère, il semblerait que le dirigeant biélorusse…
Ambassadeur ..Le President Lukaschenko
LK …Commence aussi à comprendre que Poutine aurait des arrière-pensées pour son pays. Cela vous alerte-t-il particulièrement ou pas réellement ?
Ambassadeur. Vous avez évoqué quelles peuvent être les intentions russes. Nous devons effectivement être très attentifs sur ce qui se passe avec la Biélorussie. C’est un voisin avec qui nous avons aussi une histoire commune ainsi qu’évoquée avec la Grande Duchesse de Lituanie.
Chez nous, il y a une forte sympathie pour la Biélorussie et le peuple biélorusse.
Après la chute de l’URSS, la Biélorussie a eu le même choix, les mêmes possibilités d’avenir que nous. Et nous sommes obligés de constater que le résultat est fort différent
LK Parce que vous êtes une vraie démocratie !
Ambassadeur Il est important pour nous que ce pays reste stable et indépendant ; nous y sommes donc très sensibles. Et bien sûr le projet nucléaire Astraviets, situé en Biélorussie à 50 km de Vilnius juste à notre frontière, nous interpelle. Il est construit par la société russe Rosatom.
Ce projet est l’exemple type qui montre comment la Russie cherche à intégrer et absorber la Biélorussie dans sa sphère. Ce n’est surement pas la meilleure réponse pour l’indépendance énergétique de la Biélorussie. Pour nous, cela concerne aussi notre sécurité.

LK Venons-en à l’élargissement.
Ambassadeur Oui. Nous sommes un ardent partisan de l’élargissement. Nous en avons aussi été la victime ! Rires. Victime de façon positive bien entendu. Car nous avons passé avec succès- quand bien même cela n’a pas toujours été très facile- toutes les étapes du processus d’élargissement. Notre exemple doit donc être une source d’inspiration pour montrer en quoi l’élargissement est important et pour les différents pays et pour l’Europe. Nous sommes donc un membre actif et heureux.
LK Vous avez donc été un élève modèle !
Ambassadeur C’est la raison pour laquelle nous sommes en faveur de l’Europe et de son élargissement. C’est un win-win pour l’Europe. Car si l’Europe devait rester un club isolé ce ne serait pas positif. Bien sûr les conditions doivent être respectées. C’est clair. Nous pensons aussi qu’après tant d’années le processus d’élargissement doit être réformé. C’est naturel. La question qu’il faut se poser est : comment faire mieux ?
Mais pour moi, il faut être cohérent ; ainsi de la Macédoine du Nord. Ce pays a fourni beaucoup d’efforts.

LK Vous voulez sans doute parler de la difficulté de trouver un nom d’aéroport ?
Ambassadeur Rires. Mais le nom d’un pays, vous savez, c’est quelque chose de très sensible. Les Macédoniens ont respecté les conditions mais nous n’avons pas pu ouvrir les négociations. Le processus d’élargissement est en effet très complexe.
Nous avions fait une promesse et nous n’avons pas pu conclure avec eux. Il faut un minimum de cohérence. Et si une solution est trouvée sur le nom, nous devons poursuivre le processus d’intégration.

LK Venons-en au Brexit. Il redonne géographiquement du poids aux pays baltes et à ceux de l’Europe de l’Est. Vous qui avez été un bon élève européen et qui avez adhéré à l’Europe bien après la Grande-Bretagne, quelles réflexions vous inspire le fait qu’un pays veuille quitter l’Union Européenne ?
Ambassadeur C’est effectivement triste qu’un pays veuille en sortir. Pour autant, nous devons tirer les leçons de cette situation. Je pense que la responsabilité des hommes politiques et des dirigeants européens est très importante. Ils doivent expliquer pourquoi la présence européenne, l’appartenance à l’Europe sont si importantes. En quoi l’Europe est une formidable aventure. On doit discuter et encore discuter et davantage expliquer l’Europe aux citoyens.
LK Lorsque vous dites « leçons » cela signifie-t-il qu’il faut faire un effort supplémentaire de communication ou bien qu’il faut changer certaines règles de l’Union ?
Ambassadeur Non je pense cela pour les deux aspects du problème. Et il faut changer les règles aussi bien sûr.
LK Ah ! Changer les règles, nous ne sommes pas d’accord Monsieur l’Ambassadeur.
Ambassadeur Rires. Changer les règles. Mais celles-ci changent toujours. Elles doivent évoluer. Parce que le projet européen se développe avec le temps, et avec la géographie. Regardez, il y a quelques années qui aurait pu penser que nous pourrions financer des projets aussi sensibles que la sécurité. Et maintenant nous avons un fonds de défense européen.
LK Donc cela veut-il dire qu’il faut approfondir l’Europe ?
Ambassadeur Renforcer la coopération mais nous devons cependant le faire avec vigilance. On ne peut le faire de façon extrême. Cela nécessite des discussions prudentes.

LK Seriez-vous d’accord de participer davantage à Frontex ?
Ambassadeur Oui bien évidemment. Pour nous cela nous amène donc à rechercher des standards communs pour la protection de nos frontières extérieures européennes.
LK Etes-vous pour la politique des quotas de répartition ?
Ambassadeur Non pas pour les quotas ; mais pour une contribution volontaire. Notre approche n’est pas pour des quotas qui obligent et contraignent les pays. Nous avons d’ailleurs, nous-mêmes, apporté notre contribution mais sur une base volontaire, bien qu’il n’y ait pas un schème européen des quotas.
Et nous participons à l’accueil des réfugiés qui viennent des autres pays tels que l’Italie la Grèce ou la Turquie. Pour nous le plus important c’est que cela se déroule de façon volontaire mais pas avec des quotas et des sanctions.

LK Que pensez-vous de la taxe sur les GAFA. Enfin dernier point, les cyberattaques dont a été victime l’Estonie.
Ambassadeur Mais en Lituanie, nous avons-nous aussi été victime.
LK Vous en avez été victime comme l’Estonie ?
Ambassadeur Bien sûr.
LK L’Estonie a dû fermer son gouvernement pendant 24 heures…
Ambassadeur Les attaques passent toujours. Rien que l’année dernière nous avons été victime de 55 000 cyberattaques en Lituanie. Bien sûr la majorité de ces attaques provenait du côté russe.
Désormais ces attaques deviennent de plus en plus sophistiquées ; il devient de plus en plus difficile de trouver et prouver la source et le lieu d’où partent ces attaques.

Mais plus grave encore ces attaques sont combinées aux Fake News. C’est pourquoi nous investissons énormément dans la cyber sécurité. Et ainsi que je vous l’ai dit auparavant, nous sommes à la pointe des projets européens et du PESCO. Mais nous investissons aussi énormément au plan national pour notre propre sécurité. Cela fait six ans que nous avons un Centre de cyber sécurité nationale. De nombreux fonctionnaires y réfléchissent quotidiennement pour déjouer les cyberattaques, pour la sauvegarde de notre espace.

Nous avons également fondé à Kaunas un centre régional qui travaille de concert et avec les Américains et avec les autres pays européens. C’est comme un laboratoire à la pointe de la technologie qui développe de vraies cyber défenses.
Chaque jour nous sommes victimes de cyberattaques. Nous avons acquis une très grande expérience dans ce domaine.
Et nous tenons absolument à partager notre expérience avec tous les pays européens. N’oubliez pas que nous sommes en première ligne presque à la frontière russe. Nous sommes la première cible visée. Les premières cyberattaques ont eu lieu dans notre région. Souvenez-vous que nous avons été les premières victimes. Pas seulement l’Estonie.
Notre expérience peut donc être utile pour les autres et nous poussons très fortement vers une coopération dans la cyber défense européenne.
En ce qui concerne la taxation des GAFA. Pour nous, ce sont des mesures qu’il faut adopter au niveau mondial, pas seulement au niveau européen ou national, sinon cela ne sert à rien.

LK Je vais vous poser une question qui ne s’adresse pas seulement à l’Ambassadeur mais aussi à l’humaniste car je vois, avec bonheur, que vous avez une véritable culture humaniste qui est peut-être aussi l’héritage de votre histoire. Je vais vous citer cinq ou six noms et vous me direz quel est le plus grand danger pour vous :
-nationalisme
-populisme
-fake news
-le terrorisme avec ce qui vient de se passer en Allemagne et qui est proprement sidérant
-le couple Chine/Russie
-ou l’affaiblissement des États-Unis.
Ambassadeur En tant que Lituanien je dirais que le danger le plus grand est bien entendu la Russie…
LK Et au niveau mondial ou en Europe en faisant abstraction que vous êtes Lituanien ?
Ambassadeur Au niveau global bien sûr, les deux plus grands dangers sont le nationalisme et le populisme. Et surtout si ces deux dangers se recoupent. Car cela provient de racines très profondes. Et un nationalisme poussé à l’extrême, c’est un danger énorme pour tous les pays européens et pour le projet européen.
La Russie investit beaucoup de temps, d’énergie et d’argent pour financer les mouvements d’extrême droite. Les preuves qui confirment cette tendance sont, bien sûr, évidentes quant aux circuits de financement de la Russie aux politiciens d’extrême droite.
Ces populismes et ces nationalismes combinés avec les Fake News combinées et également avec l’affaiblissement des États-Unis, tout cela nous interpelle quant à notre avenir, quant à l’évolution du projet européen.
Et le terrorisme aussi bien sur combiné avec ses dangers. Ils sont tous très dangereux.

LK Monsieur l’Ambassadeur, nous voici rendus au terme de cet entretien passionnant, et je vous remercie de m’avoir consacré autant de temps, auriez-vous voulu rajouter quelque chose ?
Ambassadeur Oui. Nous nous souvenons de notre passé et cette année nous allons aussi commémorer l’histoire juive de la Lituanie. Ça nous semble très important à une époque où en Europe nous assistons à une résurgence des mouvements d’extrême droite raciste, antisémite et xénophobe.

Entretien accordé par Son Excellence Nerijus Aleksiejunas Ambassadeur de Lituanie en France à Leo Keller
21 Février 2020

Monsieur l’Ambassadeur a exercé malgré son jeune age les plus hautes fonctions au sein de la diplomatie de son pays. Il est en poste en France depuis Aout 2019; il fût auparavant Conseiller principal des Affaires Etrangères du Président de la République de Lituanie et directeur adjoint du Département de l’Union Européenne au Ministère des Affaires Etrangères. Ayant été en poste à Bruxelles , c’est un fin connaisseur de l’Union Européenne. Polyglotte il parle remarquablement la langue de Molière. Cet humaniste est parfaitement à l’aise avec la culture française.

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