Le Coronavirus, aubaine pour la Planète? Par Luc Ferry

Le Coronavirus, aubaine pour la Planète ?
Luc Ferry

Telle est, comme on pouvait s’y attendre, la thèse défendue par nombre d’écologistes, en particulier, bien sûr, parler « décroissants », « effondristes » et « collapsologues ».
Les Allemands ont depuis longtemps inventé un mot pour désigner ce type de joie prise au malheur dès lors que les catastrophes qui s’abattent sur le monde vous donnent raison sur le mode du « je vous l’avais bien dit ! » :                « Schadenfreude», joie prise aux « dommages », aux calamités même les plus funestes, du moment qu’il s’agit d’un mal pour un bien. Selon nos écologistes radicaux, c’est exactement ce qui nous arrive aujourd’hui.

L’économie va connaître sans doute la crise la pire de son histoire depuis 1929. Des entreprises, notamment des TPE/PME contraintes de fermer pendant des semaines, voire des mois, risquent de faire faillite, mettant aux chômages des milliers de personnes.
Le gouvernement annonce qu’il fera tout, « quoi qu’il en coûte », pour défendre notre santé et empêcher « en même temps » le krach qui se profile à l’horizon en soutenant l’économie par la dépense publique.

Tout le monde sait ou à tout le moins devrait savoir, si le niveau de compétence des Français en économie n’était pas aussi dramatiquement nul, que cette politique néo-keynésienne de relance par la consommation, pour inévitable, voire légitime qu’elle soit dans le contexte actuel, finira de toute façon par se payer lourdement en termes d’endettement et de déficits publics. Désinformés depuis des décennies par des idéologies de gauche, la plupart de nos concitoyens s’en fichent. Ils ne comprennent toujours pas que tout finit par se payer un jour ou l’autre en termes de prélèvements obligatoires, de charges sociales, donc de perte de compétitivité et de chômage.

Quant aux idéologistes radicaux, les « décroissants effondristes », ce n’est pas qu’ils s’en moquent, c’est qu’ils s’en réjouissent et se frottent les mains. Enfin une bonne nouvelle ! Comme l’écrit dans l’Express du 14 mars un « essayiste décroissant », Antoine Buéno, « le coronavirus est une aubaine pour la planète, car, quand les Hommes souffrent, la planète souffle ».
Ben voyons !

Selon son argumentation, la période actuelle a ceci d’admirable qu’elle démontre, s’il en était encore besoin, que « seule la décroissance est durable » ! On reconnaît en filigrane la thèse que les écologistes n’ont cessé de développer depuis le fameux rapport Meadows de 1972 sur les « limites de la croissance » : les notions de « croissance verte » et de « développement durable » ne sont qu’imposture.

Comme me le disait Yves Cochet dans un dialogue qui fut publié en 2011 chez Odile Jacob sous le titre Querelles écologiques et choix politiques : « Seul un événement dur, qui causerait beaucoup de morts, peut produire un véritable choc psychologique comme a pu le faire le nazisme en 39–40 (…). Je ne crois pas que le changement puisse résulter du fait que je me présente aux élections en mettant au programme la décroissance. Cela ne se passera pas comme ça. Il faut que se produise une vraie catastrophe humaine. »

Bien entendu, Cochet, qui est tout sauf un mauvais homme, ne souhaite pas la catastrophe en tant que telle et en soi, mais il l’appelle quand même de ses vœux dans la mesure où seul le mal pourra engendrer un bien, ce fameux   « choc psychologique » nécessaire selon lui à l’organisation massive d’une politique de décroissance. Or, comme le dit Buéno, c’est ce qui se passe aujourd’hui avec la crise sanitaire qui force notre gouvernement à aller dans le bon sens, celui de la croissance zéro.

En mettant l’économie à l’arrêt, enfermant tous les commerces « pour éviter un drame sanitaire, Emmanuel Macron a enfin réussi sa conversion environnementale,. Dommage que ce soit involontaire ! »
Du point de vue des tenants de la décroissance, le raisonnement, pour insupportable qu’il soit aux yeux des chefs d’entreprises et des libéraux est parfaitement cohérent. Il a au moins le mérite de mettre le doigt sur le vrai sujet, sur la vraie querelle écologique qui vient et qui prend enfin sa forme décisive : elle opposera de plus en plus ceux qui pensent que seule la décroissance est tenable et ceux qui tiennent au contraire qu’elle serait catastrophique à tous égards, y compris et même surtout sur le plan écologique.

Pourquoi ? Tout simplement parce que seule l’innovation pourra sauver la planète, attendu qu’on n’empêchera pas les peuples de vouloir se développer et que, comme l’a montré Schumpeter, sans société de compétition et de marché, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’innovation.

Luc Ferry
19 Mars 2020

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