La Chine et le Covid 19: Du Capitole à la roche tarpéienne par Leo Keller

La Chine et le Covid 19 : Du Capitole à la roche tarpéienne !
par Leo Keller

deuxième partie

2 Le jeu chinois et les réponses
2.1 Le jeu chinois

Le temps long et l’espace sont les deux matériaux de base qui permettent, de discerner puis d’analyser au plus près les surgissements et les éventuelles transformations voire transmutations que les évènements présentent. Pour ce faire, il nous a semblé judicieux de fracturer nos observations avec celle d’un orfèvre en la matière : le Docteur Henry Kissinger. Que le lecteur veuille bien nous pardonner notre téméraire et impétueuse présomption.
Qui d’autre que lui a dû se confronter à la Chine et sut y conceptualiser son action ?
« Dans sa conception traditionnelle, la Chine se considérait en un sens, comme l’unique gouvernement souverain du monde. » « La diplomatie n’était pas un processus de négociation entre des intérêts souverains multiples, mais une série de cérémonies méticuleusement définies au cours desquelles des sociétés étrangères obtenaient la possibilité d’affirmer la place qui leur était attribuée dans la hiérarchie mondiale. Conformément à cette perspective, dans la Chine classique, ce qu’on appellerait aujourd’hui « politique extérieure » était du ressort du ministère des Rituels, chargé de définir les multiples nuances de la relation tributaire, et du bureau des Affaires Frontalières, chargé de gérer les relations avec les tribus nomades. »
« L’objectif du système de tribut était d’entretenir le respect, et non de soutirer un quelconque bénéfice économique ni d’exercer une domination militaire sur des sociétés étrangères. » 29

La Chine a toujours connu le soft power même si elle a eu la fâcheuse tendance de le muscler plus que de raison. Remarquons que cette complexion s’accentue chaque jour davantage.
« For millennia, China sought to beguile and entice its adversaries more often than it attempted to defeat them by force of arms». 30

L’hydre du Covid 19 éploie ses tentacules à trois niveaux :
– sanitaire
– social
– interaction des puissances. Des changements inévitables se produiront. Si nous ne croyons pas – bien entendu- au Grand Soir, certaines régions du monde, plus fragiles que d’autres, verront leurs équilibres se modifier. Ces aggravations influeront à leur tour au niveau purement géopolitique sur les équilibres mondiaux.

Ces réflexions nous semblent parfaitement éclairer le jeu actuel de la Chine. Lors de l’épilogue de la pandémie, c’est vraisemblablement de ce côté qu’il faudra rechercher une nouvelle donne géopolitique. Comment allons-nous réagir et répondre aux menées chinoises?
Les Chinois vont-ils prendre –enfin- leur part de responsabilité dans les affaires du monde–à l’instar de la République Impériale Américaine depuis 1945–ou bien préfèreront-ils tout simplement suivre la pente dangereuse mais peut-être contenue ab ovo dans la fameuse formule de Deng Xiaoping : « Hide your strength, bide your time.

Tel est le défi géopolitique que nous pose le Covid 19.
Soyons lucides ; si le Grand Soir n’est pas pour demain, la guerre entre les deux titans n’est même pas pour après-demain. Chronos ne dévorera point ses enfants ! Equilibre – bien heureux de la dissuasion ou liens commerciaux trop imbriqués (encore que 1914 est riche d’enseignements contraires).
Pour autant nous savons que l’analyse de Morgenthau avec son concept de balance of power nécessite d’être subtilement complétée par Stephen Walt et son équilibre de la menace.

Equilibre de la menace, enfant adultérin – mais si intelligent – du Thucydide Trap et du dilemme de la sécurité si cher à Robert Jervis.
En l’état actuel, sur ce plan, la Chine tutoye les cieux. Et elle fraye d’autant mieux avec eux que tout dans son histoire peut la rendre plausible.
Régime dictatorial, montée en puissance, humiliation passée , réserves financières et démographiques, ADN historique empierrent leur route dans leur affirmation mondiale.

Comme à l’accoutumée, le monde suivra son chemin entre les deux pôles suivants que nous pouvons illustrer par les réflexions d’Edmund Burke et Henry Kissinger.
« Un état qui n’a pas les moyens d’effectuer des changements n’a pas les moyens de se maintenir » 31

« Mais par légitimité nous entendons … Une stabilité fondée sur l’équilibre des forces a du moins pu être concevable… Cette stabilité, par conséquent, a en général résulté non pas d’une recherche de la paix, mais d’une légitimité reconnue comme telle par tous… »

«Dans le sens que nous lui donnons ici, «légitimité» n’est pas synonyme de justice. Il s’agit uniquement d’un consensus international portant sur la définition d’accords fonctionnels, et aussi sur les règles du jeu diplomatique, qu’il s’agisse des moyens ou des fins. Ceci implique que l’ensemble des puissances acceptent les structures internationales existantes.
Aucune, du moins, ne doit arriver à un point de mécontentement pareil à celui de l’Allemagne d’après le traité de Versailles, et traduire sa rancune par une politique étrangère révolutionnaire. S’il n’exclut pas l’éventualité d’un conflit, un ordre reconnu légitime en limite l’ampleur ». 32
Voilà nos collapsologues prévenus !

2.2 Le duo sino-américain : du fleuret moucheté au ring

Volonté westphalienne ou simulacres diplomatiques résultant du traité inégal de Kanagawa.
L’intérêt froidement pesé ou la géopolitique de l’humiliation ! Kissinger avait posé la problématique chinoise. L’ordre d’un monde stable doit insérer la Chine. Mais cela a un coût. Les USA et l’Europe, sont-ils prêts à le payer ? La Chine acceptera-t-elle, après avoir tellement attendu et patienté, de n’être que le numéro 1 Bis au monde ?
Parallèlement, cette pandémie sonne-t-elle sinon le glas du moins l’affadissement visible de l’hégémon américain ?

Et pour nous Européens qu’elle en sera la signification ? Saurons-nous en tirer les leçons pour bousculer nos codes et avancer- enfin- vers le chemin d’une Europe plus forte car plus unie, car plus solidaire, car plus inventive. Sur toutes ces questions, le Covid 19 laissera des traces, soulèvera des interrogations dont certaines laisseront des points de suspension.

Qualifier une date, comme marqueur de la fin ou du début d’une ère, relève tantôt d’un aimable wishful thinking tantôt de la collapsologie qui cache de plus en plus mal ses motivations profondes. Il est vrai que le wishful thinking peut se satisfaire–aussi–d’une certaine complaisance permettant le confort des habitudes et des routines organisationnelles sociales, politiques, économiques et géopolitiques. Prétexte à ne rien changer ! Il en va de l’état du monde comme des nations !
« Il faut que tout change pour que rien ne change. » s’exclame ainsi le prince Salina.

On parle de réfugiés climatiques, il faudra désormais inclure les corona-réfugiés ou réfugiés sanitaires. Angela Merkel désirant quitter le pouvoir, qui aura sa hardiesse, sa force d’âme de prononcer le formidablement courageux « Wir Schaffen das » ?
Sa noblesse le dispute à son intelligence.

La diplomatie sanitaire fera son apparition sur la scène géopolitique. Reconnaissons toutefois que Bernard Kouchner avait fait œuvre de pionnier visionnaire au Biafra dans les années 71. Il serait donc plus juste, là aussi, de parler d’approfondissement.
Mais enfin acceptons l’idée que la crise du Coronavirus fera date.
Pour autant, et il ne s’agit pas d’une précaution de langage, combien de personnes se souviennent de la signification du nom « la radio des mille collines » ? Car, au bas mot, entre 800000 à un million de morts en un seul mois.
L’amnésie des hommes est abyssale et inhumaine.
Ce rappel a pour simple but de ramener les choses à leur juste dimension ; il ne saurait- en aucun cas les justifier.

Gardons néanmoins à l’esprit ce que Bruno Tertrais écrivit dans son livre:
« Car l’histoire est tout autant marquée par les événements imprévisibles et les discontinuités que par les tendances à long terme. On fait référence ici à ce qu’il est convenu d’appeler les « surprises » et les « ruptures stratégiques ». La surprise stratégique peut être définie comme un événement brutal et imprévu–quoique pas toujours imprévisible–ayant un impact majeur sur l’environnement politique, économique, social ou militaire. La rupture stratégique a un impact plus fort : c’est l’événement qui vous fait dire que « rien ne sera comme avant ». 33
Si nous voulions paraphraser Chou en Lai, interrogé sur ce qu’il pensait de la Révolution Française, nous dirions qu’il est peut-être encore un peu trop tôt pour se prononcer.
Les signaux indiquant un basculement sont tantôt trompeurs tantôt sur interprétés. Cependant leur arsenal fait sens. Trotsky tenait qu’à un certain niveau, la quantité devient qualité.

Le contexte chinois

Cette pandémie a démarré au marché de Wuhan, très vraisemblablement, à cause de la dilection chinoise et de son appétence culinaire- odieuse- pour des animaux sauvages et parfois vivants. Or il se trouve que cette pratique véhicule tous les virus. Combien de morts a-t-elle occasionné ? Nous ne le saurons jamais avec précision. Les chiffres officiels nous semblent plus que fantaisistes.

Nous nous permettons de mettre en doute le chiffre officiel modifié de 4632 morts en croisant le nombre de lignes téléphoniques supprimées, la quantité de dirigeants locaux du parti communiste limogés, les queues interminables de Chinois allant chercher les urnes funéraires de leurs proches.
À la limite, dans un pays de 1 400 000 000 d’habitants, la question, ne présente pas –hélas- la même importance que dans nos sociétés ouvertes qui se sentent d’autant mieux qu’elles ont évacué ou tenté d’évacuer la représentation de la mort.
Au reste Mao, ne craignit pas de faire savoir dans les années 54-55, face à une hypothétique menace nucléaire américaine que 3 à 400 millions de morts chinois ne représentaient pas- pour lui- une menace stratégique pour son pays et qu’un tel anéantissement purifierait son pays.
Il est vrai qu’au Panthéon des grands criminels, Mao figure en très bonne place quand bien même, la compétition y est féroce.

La question du « quand » revêt, elle, une double importance. D’abord en ce qu’elle permet de mesurer la vitesse à laquelle se diffusent ou au contraire se bloquent les informations en Chine et partant de la coercition qu’exerce encore ou pas, et plus ou moins qu’auparavant, le PCC sur le pays. Ensuite parce qu’elle quantifie le degré de traitement d’un problème dans cet immense pays et de sa capacité à compartimenter les différentes régions et… minorités.
S’agirait-il du Liechtenstein, la question n’aurait que peu d’intérêt.
Verticalité et horizontalité !

Mais à l’international, domaine qui nous intéresse quasi exclusivement dans cet article, elle revêt aussi une dimension beaucoup plus importante en ce sens qu’elle permet de calibrer l’outil « communicationnel » du pays vis-à-vis du reste du monde et donc nos propres réponses. Replaçons donc cette pandémie dans le contexte géopolitique actuel.

La Chine a très largement amorcé, puis implanté son réseau OBOR ou BRI. Elle possède donc des moyens de communication physique déjà efficaces, impressionnants et redoutables pour ne pas dire menaçants. Elle pourrait les fermer à volonté. Elle se contente- pour le moment- simplement d’en réguler le débit. Voilà sa clientèle prévenue.

La Chine est à l’acmé de sa puissance économique jusqu’à nouvelle percée que ses recherches sur l’intelligence artificielle semblent augurer. Sa capacité militaire est déjà la deuxième au monde. Sur le plan naval, elle n’est plus seulement une « Fortress in », elle est dorénavant une « Fleet being in ».
Elle a participé à différentes opérations onusiennes loin de son étranger proche dans des opérations anti pirates sur les côtes somaliennes. Elle jouit d’un joli poste « d’observation » basé à Djibouti. Continuons cette énumération. Sur le strict plan militaire, la Chine s’est dotée d’une unité complète de chasseurs furtifs S 20 et pour la première fois de son histoire de bombardiers stratégiques à long rayon d’action H 20.
Sa capacité de fusée sol-sol, ses missiles ICBM DF 41 à carburant solide et sa force de dissuasion océanique avec ses premiers porte-avions de construction de chinoise, certes à pont recourbé, sont en état de marche. Enfin son arme véloce WU 14 high speed manoeuvering warhead a été testée avec succès.
Certes, la capacité chinoise, son adresse, son étoffe s’amenuisent sur le long range.
Il n’empêche et pour reprendre le jugement d’un fin connaisseur de la Chine, Kevin Rudd, ancien Premier Ministre Australien :
« History teaches that where economic goes, political and strategic power usually follows. » 34

Nous pourrions presque dire que l’acte II du Covid 19 constitue un ordre de mobilisation générale.
Cette pandémie, encore une fois et nous ne le répéterons jamais assez, en aucune façon crée par la Chine ni même volontairement propagée peut nous servir- utilement- de balise pour discerner quelques bouleversements stratégiques qui se dessinaient cependant déjà auparavant. Covid 19 s’invite dans ce contexte. Va-t-il le modifier et si oui l’accélérer, le ralentir ou sera-t-il in fine relativement neutre ; les dés roulant déjà depuis fort longtemps.

Acmé de sa puissance, Acmé de son influence géopolitique. En bonne dialectique hégélienne, cette pandémie prophétise aussi son plateau, voire augure de son pic. L’on se rappellera utilement l’ouvrage magistral de Paul Kennedy qui dsoulignait déjà à propos de la Chine: « De toutes les civilisations des temps prémodernes, aucune ne paraît plus avancée, aucune n’a plus un sentiment de supériorité que celle de la Chine. » 35
Sa thèse centrale est qu’aucune société n’a connu la grâce ou le destin d’être de façon permanente, immanente et structurelle en avance sur le reste du monde. Comme les hommes, les sociétés sont mortelles.
Or précisément la Chine après avoir connu l’ivresse des nombreux succès de sa diplomatie OBOR rencontre désormais les inévitables premiers revers.

Il n’y a pas loin du Capitole à la roche tarpéienne. Arx tarpeia Capitoli proxima

Après le tintinnabulement des premières laudes, la Chine a essuyé le feu de diplomates africains en poste à Beijing se plaignant du traitement- parfois raciste- des missi dominici Chinois en Afrique. Propos dont la fréquence et l’intensité augmentent avec le Coronavirus. Il est également vrai que des chinois ont aussi été, et de plus en plus fréquemment, victimes en Afrique de la couleur de leur peau suite au Covid 19.
Cette crise va-t-elle étendre le soft power chinois ou agira-t-elle au contraire comme un catalyseur y mettant un coup d’arrêt?

Prenons garde à ne pas nous bercer d’illusions, les coups d’arrêt ne font pas de la Chine un invalide. Ils ne la ralentiront pas fondamentalement. Le train chinois est lancé, et sauf implosion intérieure, rien ne l’arrêtera. Covid 19 ou pas !
Les Chinois n’auront pas besoin d’aller pèleriner à Lourdes. Ils se satisferont de toile d’emeri. Hong-Kong est déjà –hélas – en train d’en expérimenter l’usage.

La lettre adressée à Xi-Ji Ping par le journaliste allemand Julian Reichelt, rédacteur en Chef du Bild est édifiante. Publiée dans le Bild, que nous n’avons pas pour habitude de citer, mais qui tire quand même à deux millions d’exemplaires, elle constitue une alerte que même le régime chinois ne saurait négliger.
“Dear President Xi Jinping
„Sie gefährden die ganze Welt“
Your embassy in Berlin has addressed me in an open letter because we asked in our newspaper BILD whether China should pay for the massive economic damage the corona virus is inflicting worldwide.
Let me respond:
1. You rule by surveillance. You wouldn’t be president without surveillance. You monitor everything, every citizen, but you refuse to monitor the diseased wet markets in your country.
You shut down every newspaper and website that is critical of your rule, but not the stalls where bat soup is sold. You are not only monitoring your people, you are endangering them – and with them, the rest of the world.
Your embassy tells me that I am not living up to the « traditional friendship of our peoples.” I suppose you consider it a great « friendship » when you now generously send masks around the world. This isn’t friendship, I would call it imperialism hidden behind a smile – a Trojan Horse.
You plan to strengthen China through a plague that you exported. You will not succeed. Corona will be your political end, sooner or later.” 36
Mais le Bild combine de divisions?

Retenons cependant la courageuse reaction de Peter Jennings:
« All of this was in train before Covid-19, and the locomotive is of the bullet variety. The speed of China’s military growth, its global cyber and intelligence infiltration, its use of financial power to buy legitimate and illegitimate influence in countries all around the world – all these factors are irrevocably changing how we must deal with Beijing.
Looking ahead, the biggest challenge for Australian governments is how to manage the huge risk of being overly dependent on a state whose strategic trajectory fundamentally compromises our deepest national security interests. China quite explicitly wants to supplant the US as the prime manager of security in the Indo-Pacific. That undercuts our alliance relationship and defence planning.
The Communist party, moreover, demands a style of supine fealty to their political dominance that cannot be squared with Australian democracy and values. Hence ambassador Cheng Jingye’s “wolf warrior” intrusion in Australian politics this week after Scott Morrison’s call for an international investigation into the origins of the virus. » 37
L’article de ce chercheur australien est révélateur d’une part à raison des liens économiques entre la Chine et l’Australie, et de sa géographie. Il n’en est donc que plus révélateur des changements de mentalité à l’encontre de la Chine qui s’était récemment offert le port de Darwin.

La Chine profite d’un désarmement médical mondial unilatéral. Erreur des sociétés de consommation. Sans doute ! Encore qu’il nous semble très facile, trop facile après coup de dénoncer ce laxisme mondial.

Ces « succès » chinois sont davantage apparents que réels car ils demeurent fragiles. Ils ne valent que–pour ne prendre que quelques exemples–que parce que les USA n’avaient en stock stratégique que 1 % de masques et respirateurs nécessaires et 10 % de ventilateurs pour lutter contre ce fléau. Bien évidemment, la Chine a su mobiliser de façon prodigieuse sa capacité de production médicale.
Mais elle n’a pu le faire que parce qu’elle en était déjà auparavant le premier fabricant mondial. Reconnaissons-le, la puissance du rouleau compresseur mondial chinois est tout sauf celle d’un Gulliver empêtré dans les réglementations mondiales, sanitaires ou sociales.

Les sociétés occidentales devront s’inspirer du know-how chinois capable de faire surgir ex nihilo des alliances, des osmoses, entre les différents acteurs de son tissu industriel, de sa faculté de l’augmenter à volonté et de le réorienter en économie de guerre.
Cette tendance était sous-jacente dans le discours inaugural d’Ursula von der Leyen en désignant sa Commission :
« Telle est la Commission géopolitique que j’ai à l’esprit et dont l’Europe a besoin de toute urgence. » 38
La Chine ne prend même pas de gants pour forcer les sociétés étrangères établies chez elle à manufacturer ces produits.
Aux entreprises la production, au gouvernement le choix et le prix des heureux élus à l’étranger. Aux USA, Donald Trump, lui ne peut que tempêter contre la firme 3M qui continue à exporter ces mêmes produits, au lieu de les réserver comme le souhaite Trump, aux seuls États-Unis.

Le premier gagnant, et nous pourrions dire, qu’il est hors concours, tant sa victoire est écrasante, c’est Xi-Ji Ping, dont nous séparons la réussite de celle de son pays. Il mène en effet deux combats : à l’extérieur et à l’intérieur. Serait-il vainqueur en démocratie ? Qu’il nous soit permis d’émettre quelques doutes à ce sujet. La crise lui aura a permis de faire le ménage parmi les fonctionnaires et apparatchiks incompétents qui avaient- par ailleurs- la malchance ou l’étrange idée de ne pas lui être totalement dévoués.
En dictature, les coïncidences ne sont pas toujours le fruit du hasard. Xi a donc encore renforcé les fondations de son trône. Covid 19 surgit et s’inscrit dans cette tendance lourde.

Xi-Ji Ping avait auparavant fait graver son nom dans la pensée chinoise officielle, seul Mao avait eu droit à ce privilège complet. Xi rompit également la loi limitant à deux mandats son rôle. La crise lui aura accordé l’onction de Reims de sa forfaiture.
Xi aura peut-être reçu quelques égratignures, mais à la fin de l’envoi il touche !
La crise lui aura aussi permis de redorer le lustre du parti communiste à l’intérieur et à l’extérieur. Ce n’est certes pas la Guerre Froide, mais nous quittons avec lui l’ère des « Embrassons- nous Folleville. »
Autant nous restons persuadés que Xi-Ji Ping emportera tous les gains, autant nous estimons que le bilan chinois sera beaucoup plus mitigé. Si la Chine a déjà remporté quelques succès, elle se heurtera à des coups d’arrêt. Il est encore trop tôt pour déceler laquelle des deux tendances sera la plus opérante.

Alice Ekman dans son dernier livre particulièrement brillant écrit ainsi :
« En revanche, d’autres soutenaient qu’il était devenu « plus rouge que rouge » lors de la révolution culturelle, alors qu’il aurait dû adhérer à la ligne du parti pour « survivre » dans un contexte hostile.
Sept ans plus tard, les réponses à ces questions sont claires : l’homme s’est avéré plus autoritaire et doté d’une personnalité plus forte que prévu ; surprenant non seulement les observateurs étrangers mais également, en interne, un grand nombre de cadres du Parti. Des signes de recadrage politique et de l’orientation « rouge » de la présidence de Xi-Ji Ping ont émergé dès le début de son mandat. Ils annonçaient une tendance lourde dont il était alors difficile de prendre toute la mesure. » 39
Il semble qu’Alice Ekman, quant à elle, en a pris la mesure.
Et pour que cette tendance soit parfaitement comprise Alice Ekman continue :
« Non seulement la Chine n’a jamais tourné le dos à son identité communiste depuis l’ère de réforme et d’ouverture lancée en 1978, mais avec l’arrivée de Xi-Ji Ping au pouvoir, le pays y revient. Il existe en tout cas une volonté politique forte, depuis maintenant plus de sept ans de consolider le pouvoir du parti communiste à différents échelons du gouvernement et de l’administration. » 40

La mainmise du PC augurait et explique la catastrophe surgie à Wuhan, son ampleur et son absence de traitement.
« Le parti est omniprésent dans la quasi-totalité des institutions du pays. Le rôle du parti s’est renforcé dans presque chaque sphère de la société, et les influences soviétiques et maoïstes demeurent fortes. » 41
Xi a donc choisi le moment propice pour faire montre de solidarité à Wuhan, avec pour seule protection un simple masque.
Il est des images qui frappent les individus et étoupent les esprits. Que le danger maximal ait été vaincu, signifie au contraire, à usage interne que la Chine, avec lui à sa tête, a désormais terrassé le dragon Covid 19. Covid 19 est devenu au moins au niveau national une arme à l’efficacité redoutable au service du pouvoir.

De dictateur craint, Xi-Ji Ping se mue ainsi en père de la Nation révéré, respecté, et aimé. C’est une arme dont il ne manquera pas de se servir dans ses relations extérieures.
Sa longévité au pouvoir, en rupture avec la tradition du parti communiste chinois, ne nous interpellerait point- outre mesure- si elle n’avait des répercussions géopolitiques qu’il tentera par tous les moyens de renforcer grâce au Covid 19.

Helmut Schmidt, Helmut Kohl ou Angela Merkel pour le meilleur, Gomulka, Gromyko ou Ceaucescu pour le pire ont façonné la politique de leur pays. Le long règne de Xi-Ji Ping lui permettra d’imposer le rêve chinois. Le cauchemar du Covid lui permettra – malgré l’épisode du docteur, Li Wenliang, devenu héros national, décédé au front de l’épidémie- d’asseoir encore davantage son pouvoir.
Sans se placer-bien entendu- au niveau des droits de l’Homme, Xi-Ji Ping aura la durée pour imposer subrepticement ses vues à des nouveaux leaders qui auront entre temps évincé les dirigeants actuels épuisés par la crise. Son expérience accoudée à sa puissance lui sera donc précieuse. Ce sera pour lui un avantage indéniable. C’est notre sixième certitude.
Quant à Poutine il est quant à lui – depuis fort longtemps- hors concours.

Ces certitudes ne signifient nullement que Xi-Ji Ping réussira à transformer l’essai. Bien au contraire.

La diplomatie chinoise est donc grandeur nature, la mise en application de ce que Joseph Nye a baptisé du doux euphémisme de soft power.
« What is soft power? It is the ability to get what you want through attraction rather than coercition or payments. It arises from the attractiveness of a country’s cultural, political, ideals, and policies. When our policies are seen as legitimate in the eyes of others, our soft power is enhanced.” “After all, soft power is about mobilizing cooperation from others without threats or payments.” 42

Soft power, arme suprême des démocraties certes ; mais les états illibéraux commencent à l’utiliser eux aussi et avec des succès grandissants. La Chine en est dans cette crise le plus éclatant gonfalon. Et Covid 19, aggrave, là aussi cette déviance.
Le terme Pharmakon signifie en grec ancien remède et/ou poison. A étudier attentivement la diplomatie chinoise, l’on ne peut qu’être frappé de cette filiation. La Chine se veut le remède mais elle couvre d’une chape de plomb l’autre signification du mot.
Les propos tantôt lénifiants tantôt lourds de sous –entendus de l’Ambassadeur Chinois à Paris sont révélateurs et parfaitement instructifs.
« Les terribles ravages causés par le développement de ce fléau sur la vie et la santé des populations frappées, ainsi que sur leurs sociétés et leurs économies, nous inspirent inquiétude et compassion. Notre vœu est que tous les pays du monde joignent leurs efforts pour lutter ensemble contre cet ennemi commun et pour en triompher au plus tôt ».
« La Chine n’a pas craint d’amputer son PIB de milliers de milliards de yuans, d’injecter des centaines de milliards de yuans dans des ressources, de mobiliser plus de 40 000 soignants venus des quatre coins du pays pour aller soutenir Wuhan et le Hubei, et finalement vaincre l’épidémie en seulement deux mois. » 43
L’idée sous-jacente de ce communiqué- outre le fait qu’il dépasse toutes les bornes de la bienséance diplomatique- est que la Chine est désormais le rempart du bien commun, et qu’elle lutte avec le Parti communiste chinois pour « une communauté de destin de l’humanité. »
A Hong-Kong qui risque d’être un des grands perdants dans cette affaire malgré son succès dans la lutte contre Covid 19, il est probable que l’on ait un avis quelque peu divergeant !

Miroir suis-je toujours le plus beau !

Cette mauvaise manière traduit en fait la peur de voir la situation lui échapper.
La réalité est cependant légèrement différente de la version style « mélodie du bonheur » que la Chine s’efforce de nous servir. Le « succès « chinois se mesure en réalité à l’aune de sa capacité à dissimuler les vrais chiffres plutôt qu’à avoir jugulé dès l’origine le virus.

Le soft power nous renseigne tout particulièrement dans cette crise sur la relation incestueuse que la Chine entretient avec les médias et donc sur les opinions publiques des différents pays. Une fois de plus la chose n’est pas nouvelle. Ce qui l’est, c’est son accentuation et le fait que ceux qui ne le voyaient pas, pour de multiples raisons, auront du mal dorénavant à se voiler la face. L’on citera avec profit Bossuet qui tenait que  » Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes « 

Covid 19 est l’occasion pour elle de peaufiner des années de préparation. Année après année, la Chine a affiné, ciselé, adapté selon les différents publics, son langage et son soft power. Elle dispose aujourd’hui d’une armada de porte-paroles, ambassadeurs, relais de think-tanks capable de délivrer l’Evangile lors des messes dominicales.
La notion de think- tank, toujours en rapport avec le Covid 19, doit impérativement attirer notre attention.
Le nombre de think-tanks chinois est en augmentation constante. Mais peut-être plus important, est la façon dont les officiels et/ou professeurs chinois tentent désormais –sans guère de retenue- d’imposer leurs discours, tantôt courtoisement, tantôt teintés d’agressivité. Il sera à cet égard particulièrement intéressant de scruter leurs exposés- parfois leurs mercuriales- lors de prochaines conférences organisées par les think- tanks occidentaux.

Dans son dernier livre, à l’érudition absolument fascinante, Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, Directeur de l ‘IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire) explique la relation qui lie les think- tanks aux relations internationales.
« « Les opportunités institutionnelles » rendent possible le système de revolving doors qui lie étroitement chercheurs et décideurs, plaçant les premiers « dans les cuisines du pouvoir ; le tissu extrêmement dense des fondations et de think tanks joue un rôle de courroie de transmission ; et les universités, plus puissantes et flexibles que leurs homologues européennes, donc plus susceptibles d’innover, ont en outre la taille critique pour le faire, de grands départements de science politique pouvant servir de « matrices » à la discipline de RI. Au demeurant, « la croissance de la discipline est indissociable du rôle des Etats-Unis dans les affaires mondiales après 1945. » Autrement dit, les RI américaines sont hégémoniques parce que les Etats-Unis le sont. » 44

Des divergences sont certes apparues à l’international, ainsi l’Ambassadeur chinois à Washington véhicule un discours différent de celui de Paris.
Ce dissensus serait-il orchestré à Zhongnahai que nous n’en serions pas plus surpris que cela. Lorsque Mikoyan, Ministre des Affaires Etrangères de l’URSS revint d’un voyage officiel en Grande- Bretagne en 1959, Khroutchev lui déclara dès sa sortie d’avion : Anastase, enlève ton sourire idiot de ton visage ; tu es à la maison maintenant !

Oui l’Ambassadeur Chinois à Washington n’hésite pas à contredire le discours officiel du porte-parole du Ministre des Affaires Etrangères Zhao Lijian’s. Mais celui de Paris se cale quant à lui sur le discours officiel de son patron. Il va même beaucoup plus loin.
Covid 19 est la répétition parfaitement orchestrée de la chaconne des différents pas de danse, réglés au millimètre près par les autorités chinoises concernant la Corée du Nord. Le brouillard permettait, entre autres, de duper les Américains quant à la volition chinoise. Mais leur doxa demeurait toujours aussi adamantine : l’intérêt chinois qui se sert de la menace coréenne comme un trigger wire. Covid 19 est un trigger wire qui fonctionne dans les deux sens !

Pour autant le langage officiel s’articule sur les positions agressives et maximalistes. Les Chinois vont même jusqu’à critiquer parfois violemment les États-Unis et la France. 72 personnalités du monde médical et universitaire ainsi que des parlementaires ont signé en France un appel réclamant la réinsertion de Taïwan à l’OMS.

Bien évidemment, il y a aussi là, un instrument visant à ressouder une population autour de XI-Ji Ping. Nommer un ennemi est à coup sûr un moyen efficace de conserver une chape de plomb sur sa population.
A Rome, l’on goûtait- fort- les jeux de gladiateurs. Panem et circenses !

Sans vouloir attacher une importance exagérée aux images, l’on ne peut qu’être–désagréablement–interpellé par les photos–aimablement diffusées et rediffusées par les autorités chinoises, exhibant à l’envi des médecins chinois brandissant non pas le petit livre rouge mais des drapeaux chinois sur le tarmac des aéroports italiens. Le soft power ne se confond pas bien entendu avec le hard power. Pour autant Xi-Ji Ping a parfaitement assimilé les ressorts du smart power ou sharp power.
Dans la ville éternelle, on a vu aussi les Russes apporter de l’aide. Que l’Italie ait constamment demandé l’allègement voire la levée des sanctions à l’égard de la Russie après l’affaire de Crimée et de l’Ukraine, n’est pas pour rien dans cette magnanimité.
En outre les médecins chinois et russes, comme leurs étudiants sont plus que des ambassadeurs ; ils sont curieux de tout.
Cela permet à la Russie de démontrer son soft power, sa capacité militaire et surtout et c’est là son gain le plus important, d’essayer de diviser les pays européens entre eux.
Tout comme la Chine, tout ce qui démontre la supériorité du modèle non occidental et non libéral est bon à prendre.

L’Ambassade de Chine à Rome a ainsi soutenu, voire très probablement inspiré le hashtag #ForzaCinaeItalia “Let’s Go, China and Italy”. Des chercheurs italiens ont prouvé par la suite qu’il avait été considérablement relayé par des trolls étroitement liés à la Chine.

La définition de Joseph Nye est cependant largement amendée et pimentée par les dirigeants chinois. Attraction si possible, coercition si nécessaire (on le voit avec Taïwan), paiements à crédit : le parti communiste maîtrise à la perfection les lois du marché capitaliste. L’on se rappellera, avec un amusement certain, l’inventivité soviétique avec les euro-dollars en pleine guerre froide.
Le soft power chinois a toujours pêché par manque de légitimité au sens kissingerien du terme. Et les très nombreux instituts Confucius n’y peuvent mais. Leur « sortie » de pandémie leur sert de viatique en matière de légitimité. L’agressivité de leur soft power a paradoxalement effacé une bonne partie des gains qu’ils avaient acquis au début de l’épidémie.

A force d’agressivité, les « wolf-warriors » sont désormais perçus comme enragés et dangereux.
Cette propagande pour efficace qu’elle soit, et elle l’est indubitablement, est face à ce désastre humanitaire, inconvenante.
L’honnêteté oblige cependant, à dire que lorsque les Américains dispensent leur aide, l’on voit inscrit en gros sur les colis des phrases du genre : « don du peuple américain », mais la menace n’est pas du même type.

Or ici- fruit de la communication chinoise- ni les populations, ni les gouvernements, ni bien souvent les médias n’avaient relevé jusqu’à fin-Février le caractère incongru de ces manipulations.
L’on appréciera la grande sagesse à cet égard de Trump. Nous reprenons expressis verbis
ses tweets si instructifs.
15 times Trump praised China as coronavirus was spreading across the globe
Trump, however, echoed many of those same assurances regarding China and its response to the virus throughout January and February, as the unique coronavirus began to infiltrate countries around the world. Just days before the U.S. recorded its first death from Covid-19, Trump touted China’s government for its transparency and hard work to defeat the coronavirus that causes the illness.
POLITICO has compiled a list of 15 times the president hailed China for its push to prevent a pandemic in the early months of 2020 — an effort that ultimately failed:
Jan. 22, Twitter:
“One of the many great things about our just signed giant Trade Deal with China is that it will bring both the USA & China closer together in so many other ways. Terrific working with President Xi, a man who truly loves his country. Much more to come!”
Jan. 24, Twitter:
“China has been working very hard to contain the Coronavirus. The United States greatly appreciates their efforts and transparency. It will all work out well. In particular, on behalf of the American People, I want to thank President Xi!”
Jan. 29, Remarks at signing ceremony for the United States-Mexico-Canada Agreement:
“And, honestly, I think, as tough as this negotiation was, I think our relationship with China now might be the best it’s been in a long, long time. And now it’s reciprocal. Before, we were being ripped off badly. Now we have a reciprocal relationship, maybe even better than reciprocal for us.”
Jan. 30, Fox News interview:
« China is not in great shape right now, unfortunately. But they’re working very hard. We’ll see what happens. But we’re working very closely with China and other countries. »
Feb. 7, Remarks at North Carolina Opportunity Now Summit in Charlotte, N.C.:
« I just spoke to President Xi last night, and, you know, we’re working on the — the problem, the virus. It’s a — it’s a very tough situation. But I think he’s going to handle it. I think he’s handled it really well. We’re helping wherever we can. »
Feb. 7, Twitter:
“Just had a long and very good conversation by phone with President Xi of China. He is strong, sharp and powerfully focused on leading the counterattack on the Coronavirus. He feels they are doing very well, even building hospitals in a matter of only days … Great discipline is taking place in China, as President Xi strongly leads what will be a very successful operation. We are working closely with China to help!

Feb. 7, Remarks before Marine One departure:
« Late last night, I had a very good talk with President Xi, and we talked about — mostly about the coronavirus. They’re working really hard, and I think they are doing a very professional job. They’re in touch with World — the World — World Organization. CDC also. We’re working together. But World Health is working with them. CDC is working with them. I had a great conversation last night with President Xi. It’s a tough situation. I think they’re doing a very good job.”
Feb. 10, Fox Business interview:
« I think China is very, you know, professionally run in the sense that they have everything under control, » Trump said. « I really believe they are going to have it under control fairly soon. You know in April, supposedly, it dies with the hotter weather. And that’s a beautiful date to look forward to. But China I can tell you is working very hard. »
Feb. 10, campaign rally in Manchester, N.H.:
“I spoke with President Xi, and they’re working very, very hard. And I think it’s all going to work out fine.”
Feb. 13, Fox News interview:
“I think they’ve handled it professionally and I think they’re extremely capable and I think President Xi is extremely capable and I hope that it’s going to be resolved. »
Feb. 18, remarks before Air Force One departure:
“I think President Xi is working very hard. As you know, I spoke with him recently. He’s working really hard. It’s a tough problem. I think he’s going to do — look, I’ve seen them build hospitals in a short period of time. I really believe he wants to get that done, and he wants to get it done fast. Yes, I think he’s doing it very professionally.”

Feb. 23, remarks before Marine One departure:
« I think President Xi is working very, very hard. I spoke to him. He’s working very hard. I think he’s doing a very good job. It’s a big problem. But President Xi loves his country. He’s working very hard to solve the problem, and he will solve the problem. OK? »
Feb. 26, remarks at a business roundtable in New Delhi, India:
“China is working very, very hard. I have spoken to President Xi, and they’re working very hard. And if you know anything about him, I think he’ll be in pretty good shape. They’re — they’ve had a rough patch, and I think right now they have it — it looks like they’re getting it under control more and more. They’re getting it more and more under control.”
Feb. 27, Coronavirus Task Force press conference:
“I spoke with President Xi. We had a great talk. He’s working very hard, I have to say. He’s working very, very hard. And if you can count on the reports coming out of China, that spread has gone down quite a bit. The infection seems to have gone down over the last two days. As opposed to getting larger, it’s actually gotten smaller.”
Feb. 29, Coronavirus Task Force press conference:
“China seems to be making tremendous progress. Their numbers are way down. … I think our relationship with China is very good. We just did a big trade deal. We’re starting on another trade deal with China — a very big one. And we’ve been working very closely. They’ve been talking to our people, we’ve been talking to their people, having to do with the virus.”

Parfois les commentaires sont totalement superfétatoires.

L’observation précise nous amène à constater fort heureusement que depuis le début où nous avons entamé notre réflexion et ce jour, les perceptions ont profondément changé. Les manifestations à la tonalité prochinoise commencent à s’affadir d’elles-mêmes devant le danger et son secret, peu à peu dévoilé.

Qu’on en juge avec le discours de Josep Borrell, Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité :
“The point for Europe is this: we can be sure that perceptions will change again as the outbreak and our response to it evolves. But we must be aware there is a geo-political component including a struggle for influence through spinning and the ‘politics of generosity’. Armed with facts, we need to defend Europe against its detractors.”
“There is also a battle of narratives within Europe. It is vital that the EU shows it is a Union that protects and that solidarity is not an empty phrase.” 45
Sachons apprécier tout mouvement qui favorise une politique étrangère européenne commune.

L’aveuglement imbécile et excessif des américains du début a laissé place à un aveuglement inverse et dont les vitupérations assourdissantes empêchent la coopération nécessaire avec la Chine car elle détient des informations cruciales pour le traitement du virus. Mais pour autant de larges franges de populations et de dirigeants restent fidèles sur cette ligne. Certes Donald Trump n’hésite plus dans ses dénonciations à tempêter, trépigner et anathématiser ( c’est d’ailleurs la seule chose qu’il sait faire car c’est ce qu’il aime le plus et qui de surcroît ne nécessite pas de réfléchir) – à raison sur le fond mais à tort sur la forme- contre la Chine.

Et c’est à juste titre que Peter Jennings écrit : « Using the virus to bash Beijing could trigger a new cold war.” 46
Le Président Macron, lui beaucoup plus mesuré, donc plus percutant declare:
« There are clearly things that have happened that we don’t know about. » » And obviously, it seems that things we don’t know have happened.” 47

En outre la Chine profite de cette formidable caisse de résonance qu’est aussi la mondialisation. Elle se coule parfaitement dans nos représentations, nos émotions et nos attentes. Marshall Mac Luhan avait d’ailleurs bien compris ce phénomène en écrivant : « Quand le tam-tam de la globalisation résonne, les tribus rappliquent. »

Dans les régimes dictatoriaux, bien souvent, plus la propagande est grossière, plus elle est avalisée par les cibles visées. Pour qu’une propagande soit efficace, il faut bien sur le fait générateur de l’émetteur mais également- à tout le moins- la passivité complice du récepteur.

Or nous assistons au paradoxe suivant :
– étape 1 Cette pandémie part d’un marché chinois.
– étape 2 Les Chinois cachent soigneusement la découverte de phénomènes dangereux.
– étape 3 Les Chinois mentent effrontément en affirmant que le nombre de morts en Chine serait de 3311 dont 2547 à Wuhan. Soit moins qu’en Italie dont la population est de 61 millions d’habitants alors que celle de la Chine dépasse 1 400 000 000 d’habitants.
– étape 4 L’Oms et nombre de pays et de dirigeants dont le plus « avisé » d’entre eux : Donald Trump, louent effrontément la sage et courageuse version chinoise telle que colportée dans leur narratif.
– étape 5 les Chinois procèdent à un embargo sur le nombre de morts et de contaminations.
– étape 6 Les Chinois cadenassent toute tentative de relater des faits contrariant leur version officielle.

Mensonge puis retard empêchent de saines prises de décision dans les autres pays. Pour autant, nous ne disons pas que la Chine a sciemment propagé ces fausses nouvelles dans le but, fantasmé, de causer des victimes à l’étranger mais simplement pour s’établir en exemple envers le reste du monde et asseoir encore davantage le pouvoir central sur sa propre population.
Nous refusons d’assimiler ces allégations à la faute impardonnable de ne point avoir ouvert des lazarets dès le début.

La Chine sait parfaitement être opportuniste et prouver ainsi qu’elle est le nouveau deus-ex machina et que les démocraties occidentales ne trouveront leur salut que dans la gouvernance chinoise. Le temps n’est pas loin où l’on verra dans le cadre OBOR, la Chine offrir clés en mains des séminaires de formation à des dirigeants étrangers, leur apprenant à gérer ce type de crise. Avec en guest star le rôle- irremplaçable mais implacable du parti communiste chinois. Le régime aurait ainsi démontré sa supériorité.

Partageons donc l’analyse impeccable de Bruno Tertrais, formidable analyste des relations internationales: « Responsabilité également évidente des gouvernements russe et chinois contemporains, qui jouent de la carte nationaliste pour garantir leur maintien au pouvoir. Un peuple qui retrouve sa fierté est souvent aussi une nation dont les dirigeants font tout pour qu’elle s’adonne aux délices de l’exaltation du passé afin qu’elle ne regarde pas trop le présent. » « Ainsi, le déconfinement de Wuhan montre que la Chine est sortie victorieuse de son combat contre l’épidémie de coronavirus. » « La victoire de la Chine sur l’épidémie leur donne des aigreurs. » 48

Nous connaissons peu de personnes qui aimeraient vivre en Chine, ce n’est pas en tout cas la population la plus répandue sur la planète. Et pour cause !
« La raison d’ordinaire n’habite pas longtemps chez les gens séquestrés. » 49
Les Chinois en sont parfaitement conscients. Mais ce pourcentage grimperait en flèche dès lors qu’une population aurait le sentiment de vivre dans le pays le plus sûr de la planète. La Chine est devenue une puissance particulièrement experte dans le maniement du soft power tant par sa qualité communicationnelle que par les budgets qu’elle y consacre. Elle véhicule son message dans pratiquement toutes les langues.

Dans le saisissant florilège des informations déversées, retenons celle de Zhao Lijian, porte-parole du Ministre Chinois des Affaires Etrangères:
«Third, in its efforts to fight off the epidemic, China has conducted itself as a responsible country. China’s signature strength, efficiency and speed in this fight has been widely acclaimed. To protect the health and safety of people across the world, the Chinese people have made huge sacrifice and major contributions. To date, leaders of over 170 countries and heads of more than 40 regional and international organizations sent messages, called us and issued statements to express sympathy and support for China. They also commended China for its effective and extraordinary response and enormous sacrifice. WHO Director-General Dr. Tedros noted that China’s forceful actions have limited the spread of the virus both domestically and beyond its borders, thus setting a new standard for the global efforts against the epidemic.” 50

Dans ce message le mot véritablement intéressant est « enormous sacrifice ». Il nous ramène aux propos tenus par Staline lors de la Guerre Patriotique contre l’Allemagne.
Pour en percevoir non seulement sa signification historique mais ce qu’il recèle derrière, il suffit de le rapprocher des propos iconiques tenus et brandis par Poutine pour célébrer la Grand Guerre patriotique. Ces paroles dessinent, précisent et cristallisent les liens entre la Chine et la Russie quand bien même le boyard de Moscou n’est qu’un Junior Partner.

Règlements de comptes à OK Corral

Le communiqué « Rétablir les faits distordus » émanant d’un « diplomate observateur » chinois en poste à Paris est sidérant et proprement stupéfiant à maints égards.
En étudiant attentivement ce communiqué, nous vient à l’esprit le discours de Zorine:
“I am not in an American courtroom, sir, and therefore I do not wish to answer a question that is put to me in the fashion in which a prosecutor does. In due course, sir, you will have your reply. Do not worry.” 51

Nous avons tenu à rappeler ce morceau de rhétorique onusienne tant son intensité était à l’époque à son faîte. Ce qui nous interpelle dans ce communiqué est le rapprochement entre la Chine et l’URSS tant au niveau du langage que des mensonges et des actions. A un kappi près. La diplomatie soviétique, et Zorine en était l’exemple parfait, était capable- parfois – d’humour. Ce dont semblent être totalement dépourvus les diplomates chinois.

Lors d’un colloque à la Fondation pour la Recherche Stratégique le 26/06/2019, Simon Saradzhyan expliquait que sans parler véritablement et formellement d’alliance entre la Chine et la Russie, on voyait se former une quasi alliance. Poutine et Xi-Ji Ping entretiennent aujourd’hui les meilleurs rapports malgré quelques frictions et sans qu’ils soient dupes l’un de l’autre. Leur caractère autocratique les rapproche, leur haine, et leur mépris de nos valeurs humanistes renforcent leur connivence.

Conscients de leurs intérêts communs, ils ont su cependant gérer le problème de leur frontière. La Chine a, dans un premier temps, peu apprécié la fermeture unilatérale de la frontière commune et de l’interdiction des vols en provenance de la Chine ou à des Chinois ; mais la câlinothérapie de Poutine qui a su trouver les propos émollients à son égard ainsi que la fermeture des frontières à d’autres pays a intelligemment empêché tout dérapage.

La Chine avait su trouver une attitude relativement neutre lors de la mainmise russe sur la Crimée et l’invasion de l’Ukraine, la Russie ne ménage donc pas son soutien à la Chine en écartant toute critique quant à l’origine du virus. Elle ne mêle en aucun cas sa voix au concert de critiques réclamant des sanctions ou des class- actions contre la Chine. Elle espère grâce à cela et à son aide à l’Italie atténuer le poids des sanctions sur elle-même.
Charité bien ordonnée…
Enfin les positions russes et chinoises sont voisines sur l’Iran. Covid 19 sera le champ d‘expérimentation qui verra le grand ami de Trump se désolidariser de lui sur l’Iran. Les approches chinoises et russes- dans leurs attaques contre les USA et l’Europe convergent ; le style et les modalités divergent. Question de tempérament et de moyens financiers.
Dominique Moïsi a parfaitement décrit cette différence d’approche : « Et loin, très loin derrière elle, la Russie, qui a su réaliser des « coups » souvent spectaculaires… mais qui ne joue pas dans la même catégorie… » 52

Ce qui interpelle c’est que le même type de de quasi alliance que l’on observe entre la Chine et la Russie dans d’autres domaines se retrouve aussi dans la diplomatie masquée. Lorsque l’on connaît l’état du sous-équipement du système de santé russe, il est pour le moins étrange de voir le déploiement russe qui n’est jamais bien loin des missi dominici chinois.
Covid 19 accentue encore leur proximité. Mais l’on peut aussi distinguer à travers le mot enormous sacifices, la volonté chinoise, ou la croyance, d’avoir sauvé le monde de la barbarie, et dans le cas présent de la pandémie. Les deux étant une menace mortelle pour l’humanité. Gageons que la crise du Covid 19 rapprochera encore davantage Poutine et Xi-Ji Ping.

L’envoi de masques fait désormais partie de sa « global governance ». Cela représente un effet d’aubaine certain pour elle.
La diplomatie du Coronavirus a ceci de commun avec l’amour, c’est qu’il n’y a pas d’amour, seules comptent les preuves d’amour. Il en va de même avec la diplomatie chinoise. La Chine, s’est engagée à fournir l’Italie 1000 ventilateurs, deux millions de masques, 100 000 respirateurs 20 000 vêtements de protection et 50 000 tests.
Elle fournit 250 000 masques à l’Iran. Ce qui bien entendu est tout sauf neutre. Son envoi de fournitures et aide médicale à la Serbie a été payé- et grassement- de retour.
Le Président Serbe Alexsander Vucic a osé dire : que l’aide européenne « is a fairy tale. » et son ministre rajoute « the only country that can help us is China. » 53
Covid 19 permettra de mieux clarifier les règles d’adhésion à l’Union Européenne. C’est tout sauf négligeable.

L’observateur attentif se rappellera du bombardement par erreur par l’OTAN en avril 1999 de l’Ambassade de Chine. En Chine, on sait ce qu’est le temps long ; il fait partie de leur ADN ;

L’on notera, également en ce qui concerne la Serbie, un joli coup de la part de Poutine. Il n’a pas oublié l’affront de la guerre des Balkans et accessoirement, mais avec moult précautions, il montre aussi à la Chine que le Junior Partner a encore de beaux restes.
Pour autant la Chine sait user, abuser et mésuser de la mémoire des faits passés. Ainsi aucune agence chinoise n’a fait mention de l’aide importante que l’Italie ou la France – entre autres- lui avaient fournie dès les premiers signes du Covid 19 en Chine. Et précisons-le, sans aucune contrepartie.

Soft power n’empêche pas de cibler les pays les plus susceptibles de diviser les Européens entre eux. La Chine n’est pas la première à user de cette tactique somme toute particulièrement vile. D’autres qu’elle s’y sont essayés. Trump, Johnson, Poutine, Netanyahu, Erdogan etc. Fort heureusement ils n’ont pas réussi.
Mais la gibecière de Xi-Ji Ping est cependant plus richement dotée que celle de ces leaders illibéraux. L’Europe doit y prendre garde.
Dans ce registre l’on ne peut que qualifier d’abject et raciste les dernières saillies du fils du Premier Ministre Netanyahu- lequel n’a d’ailleurs pas jugé bon de démentir son fils- qui réclame : « le retour d’une Europe chrétienne, » et qui a répondu au député Joachim Kuhs du parti allemand néo-nazi « Agissez avec vos collègues pour mettre fin à cette folie »
C’est en ces termes que Yair Netanyahu, a appelé la semaine dernière « à la mort de l’Union européenne et au retour à l’Europe « chrétienne ». 54
Notons que même Trump n’avait pas allé aussi loin dans la bêtise et l’ignominie !
Imagine-t-on le fils d’un leader européen appelant à la mort d’Israël et au retour d’une Palestine ottomane ? Tous les européens auraient eu honte d’une telle déclaration de haine !
La seule réaction de Yaïr Netanyahu est d’avoir porté plainte pour avoir utilisé sa photo sans son autorisation.

L’Europe est la cible de trois agressions certes avec des menaces différentes. Nous sommes dans le viseur de la Chine, de la Russie et des USA. A bien y réfléchir, l’Européen que nous sommes aurait tort de s’affoler. Cela ne peut que nous réjouir. Dominique Moïsi analyse fort judicieusement cette situation.
« Si je vous fais peur, nous dit Poutine, c’est donc que j’existe et que je suis sur la bonne voie .Hier vous me méprisiez ; aujourd’hui vous me craignez à nouveau .Je dépasse l’humiliation pour retrouver à travers votre peur mon espoir. » 55

Le fondateur d’Ali Baba, Jack Ma a promis d’envoyer une aide conséquente aux États-Unis. Voilà Amazon prévenu. Les envois chinois de matériels sont toujours précédés d’effet d’annonce d’autant plus retentissants qu’ils ne sont pas toujours suivis d’effet ; bien souvent leur qualité les rend impropre à un usage médical précis.
Il fut une époque où l’URSS envoyait des skis aux pays africains !
Jack Ma a claironné l’envoi de 20 000 tests et 100 000 masques à chacun des 54 états africains. 54 états africains qui voteront bien sûr dans le sens souhaité par l’Éthiopien Tedros Adhamon Ghebreyesus, son Directeur Général.
Que ce dernier soit très lié à la Chine et accusé de corruption ne saurait qu’être le fruit du hasard. Il n’empêche qu’il a tout fait pour complaire à Pékin qui ne voulait pas entendre parler de pandémie. Ce n’est que le 11 mars 2020 que l’OMS s’est enfin décidée.
Et effectivement, l’on ne peut être que désagréablement interpellé par les déclarations complaisantes des dirigeants de l’OMS et par les mensonges chinois.

Fin février, Bruce Aylwad, de retour d’une mission qu’il a codirigée en Chine n’hésite pas à dire :
“…probably the most ambitious, and I would say, agile and aggressive disease-containment effort in history.” Et ne craignant pas le ridicule ou la flagornerie, il continue en commentant un graphique chinois: “If I had COVID-19, I’d want to be treated in China.” 56

Plus significatif l’OMS n’a pas hésité à stigmatiser Taiwan dont le combat contre le Coronavirus est probablement le plus spectaculaire au monde.
La Chine, utilise la pandémie partout où elle le peut, pour déstabiliser et lutter contre Taïwan. Le Covid 19 est devenu une arme pour lutter contre Taïwan. Ce nouvel aspect de la diplomatie sanitaire est paradoxalement un danger per se.
Ainsi « l’observateur « chinois à Paris :
« Les autorités taiwanaises, soutenues par plus de 80 parlementaires français dans une déclaration co-signée, ont même utilisé le mot « nègre » pour s’en prendre à lui. Je ne comprends toujours pas ce qui a pu passer par la tête de tous ces élus français. » 57
Fait gravissime, l’on sait aujourd’hui que Taïwan n’a jamais utilisé de tels termes. Ces paroles nauséabondes sont l’œuvre de trolls chinois dont le seul but était de salir et de disqualifier Taïwan.

Mais le boycott taïwanais et dans une moindre mesure, le silence sur la Corée du Sud témoignent cruellement de l’inquiétude voire de l’affolement chinois. Il ne s’agit pas seulement d’isoler Taïwan, il s’agit d’éviter de montrer qu’un ou des pays asiatiques ont fait mieux –beaucoup mieux- qu’elle et sans même infliger des blessures significatives au tissu économique.

Car le modèle chinois serait alors nettement moins séduisant. Ces pays montreraient en outre que le parapluie économique chinois présente moins d’avantages que prévu et surtout que le parapluie nucléaire américain est toujours nécessaire dans la région.
Ce serait toute la stratégie chinoise qui s’en trouverait bouleversée. Ce que l’on sait moins, et nous tenons à le signaler, c’est que Taïwan a abreuvé le monde de ses précieux conseils et n’a pas hésité à exporter- sans tambours ni trompettes- du matériel sanitaire.

Derrière ce boycott taïwanais, l’on trouve bien évidemment la Chine empêtrée dans la gestion – le mot exact est répression- de la crise à Hong-Kong et qui ne tient pas à engager en cette conjoncture un deuxième front. La dernière chose qu’elle veut éviter – pour le moment- est d’entamer des hostilités militaires contre Taïwan. Mais elle surveille avec plus d’anxiété qu’auparavant les renforcements des liens de Taïwan avec les USA. La Chine profite donc de son influence disproportionnée au sein de l’OMS pour punir l’ile. Cette pandémie tout en dévoilant son inquiétude devant les velléités d’indépendance amène la Chine à augmenter la pression.

La Chine traite un certain nombre de problèmes européens dans le cadre du forum 17 plus 1. Mais dans la distribution de son aide, elle la couple soigneusement avec certains pays de l’OCS lui permettant ainsi d’apparaître moins visible donc moins menaçante.
Tous ces messages obéissent à la même logique. Ils ciblent les USA puis l’Europe. Leur schème est omniprésent : souligner, et si possible un peu plus, l’effondrement de l’Europe et son pseudo délitement. L’on citera expressis verbis les propos inimaginables de « l’observateur chinois » :
« Et pourtant, à l’heure où le monde entier se mobilise contre l’épidémie, des médias qui se prennent pour des parangons d’impartialité et d’objectivité, des experts et des politiciens de certains pays occidentaux semblent plus soucieux de calomnier, de stigmatiser et d’attaquer la Chine que de réfléchir aux moyens de contenir l’épidémie chez eux et dans le reste du monde. La victoire de la Chine sur l’épidémie leur donne des aigreurs. »

« Si après avoir fait tant de choses les trois premières semaines, on considère toujours que « la Chine a traîné », qu’ont donc fait les Européens et les Américains pendant les deux mois qui ont suivi le premier signalement de la Chine et un mois après la fermeture de Wuhan ?
Leurs dirigeants ont déclaré qu’il ne s’agissait que d’une « grippette », qu’il était inutile de s’inquiéter, que le virus ne frappait que les Jaunes et que de fait, le risque de le voir circuler dans leurs pays était minime. Leurs médias et experts, tout en se complaisant dans une sérénité aveugle de leurs pays, se sont employés à diffamer la Chine, à s’en moquer à coups de bonnes blagues et à espérer pour elle un « effet Tchernobyl ».
En revanche, il ne s’est trouvé personne pour réfléchir aux mesures de lutte contre l’épidémie ou à l’approvisionnement en équipements médicaux indispensables pour éviter d’être pris de court. Le Rédacteur en chef du magazine britannique The Lancet a qualifié de « scandale national » les mesures de prévention sanitaires britanniques. Récemment, le Président du Conseil européen pour la Recherche (ERC), Mauro Ferrari, a déclaré « avoir perdu la foi dans le système » de gestion européenne de la pandémie et a démissionné avec fracas. »
« Or, dans le même temps, en Occident, on a vu des politiciens s’entre-déchirer pour récupérer des voix ; préconiser l’immunisation de groupe, abandonnant ainsi leurs citoyens seuls face à l’hécatombe virale; s’entre-dérober des fournitures médicales ; revendre à des structures privées les équipements achetés avec l’argent public pour s’enrichir personnellement ; on a fait signer aux pensionnaires des maisons de retraite des attestations de « Renonciation aux soins d’urgence »; les personnels soignants des EHPADs (* *)ont abandonné leurs postes du jour au lendemain, ont déserté collectivement, laissant mourir leurs pensionnaires de faim et de maladie ; on a vu le Commandant d’un porte-avions demander à ses supérieurs l’autorisation d’accoster pour permettre à des marins infectés d’être traités à terre. Il a été limogé…, et j’en passe.
Et pourtant, je n’ai pas vu beaucoup de reportages ou d’enquêtes approfondies des grands médias occidentaux révélant ces faits. Ces médias et ces experts, tant épris d’objectivité et d’impartialité, ont-ils donc une conscience ? Ont-ils la déontologie ? » 58

Le terme « jaune » est employé à dessein. La Chine n’hésite pas à user de mensonges dignes du « Sturmer », feuille de chou tristement représentative du régime nazi. La violence de ce communiqué illustre à la perfection deux phénomènes : une véritable angoisse chinoise et leur nouvelle politique dans leurs communications avec l’étranger. Désormais le Covid 19 intensifie l’agressivité chinoise. Chaque attitude, chaque déclaration étrangère est perçue comme une agression à la fois contre la Chine et contre son mode de gouvernance. Les deux étant intimement liés.
Il est aussi un autre facteur qui explique les mensonges chinois. Il tient à la nature même des régimes dictatoriaux. De la même façon que l’on peut comprendre beaucoup d’erreurs commises tant en démocratie qu’en dictature (surtout) par les routines organisationnelles, on peut voir dans ces mensonges la paranoïa structurelle de la Chine.
Henry Kissinger avait dit fort sagement que même les paranoïaques ont des ennemis.

La Chine a officieusement ouvert la guerre des communiqués.
S’agit-il là d’une réaction de défense ou d’un test chinois visant à accroitre son emprise. Il est trop tôt pour se prononcer définitivement. Les deux explications ne s’excluent pas forcément.
Bornons- nous à constater que le Covid 19 permet à la Chine d’agrandir son pomœrium.
Il y a deux lectures possibles des réactions chinoises. L’une, une arrogance liée à la croyance que leur Kairos étant arrivé, ils peuvent donc tout se permettre, ou bien tout au contraire un sentiment de panique. Les tigres ne sont pas toujours en papier.
Un proverbe chinois dit qu’il ne faut pas toucher les fesses du tigre. Mais le tigre n’est pas que chinois.
« Toujours en effet quand on a les choses sous les yeux, et que l’on se voit directement victime d’un traitement inhabituel, la colère vous prend, et lorsque l’on calcule le moins, on passe à l’action avec le plus de fougue. » 59

Changeons la focale pour analyser au niveau doctrinal la problématique du Covid 19. Covid 19 est-il un élément disruptif dans l’équilibre mondial (c’est-à-dire dans sa Verhaltnisse) ? Si oui sera-t-il finalement stabilisateur, voire réducteur de tensions, neutre tout au contraire sera-t-il un facteur de bellicosité? L’on se rappellera le débat entre ceux que l’on appelle les réalistes défensifs et les réalistes offensifs.

Si l’on se range derrière l’école défensive qui prône que les Etats cherchent d’abord et avant tout à exister, à se protéger, à pérenniser à quelques kappi près leur position sur l’échiquier mondial, alors l’on peut considérer, sous réserve des analyses développées dans cet article, que la Chine se « contentera » de parachever et consolider à la marge son irrésistible ascension.

Dans cette occurrence, la suite donnée dépendra essentiellement du dosage de la politique américaine oscillant entre provocations inutiles, réponses fermes appropriées mais mesurées et pourpensées (qui est la voie que nous préconisons) et en coordination étroite avec l’Europe. C’est le scénario privilégié par Jervis avec l’équilibre des menaces.
Par contre l’autre scénario décrit par l’école des réalistes offensifs a pour thèse que les états sont- avant tout- opportunistes et savent profitent de la moindre occasion pour agrandir leur périmètre.

Le Président Barack Obama dont certains pour des raisons obscures que nous préférons ne pas approfondir était un partisan de l’école réaliste. Il ne dit pas autre chose dans ces lignes. Son analyse demeure impeccable.

“What country does he consider the greatest challenge to America in the coming decades? “In terms of traditional great-state relations, I do believe that the relationship between the United States and China is going to be the most critical,” he said. “If we get that right and China continues on a peaceful rise, then we have a partner that is growing in capability and sharing with us the burdens and responsibilities of maintaining an international order. If China fails; if it is not able to maintain a trajectory that satisfies its population and has to resort to nationalism as an organizing principle; if it feels so overwhelmed that it never takes on the responsibilities of a country its size in maintaining the international order; if it views the world only in terms of regional spheres of influence—then not only do we see the potential for conflict with China, but we will find ourselves having more difficulty dealing with these other challenges that are going to come.”
Many people, I noted, want the president to be more forceful in confronting China, especially in the South China Sea. Hillary Clinton, for one, has been heard to say in private settings, “I don’t want my grandchildren to live in a world dominated by the Chinese.” 60

Nous rentrons alors dans le scénario qui préfigure le Thucydide’s Trap. Mentionnons juste que le Professeur Graham Allison dans son maître livre destined for war a recensé les 16 derniers conflits au trébuchet du Thucydide’s Trap ; la guerre n’a pu être évitée que deux fois seulement.
« China and the United States are currently on a collision course for war- unless both parties take difficult and painful actions to avert it.” 61

Guerre inévitable ou au contraire inimaginable ?
Les deux puissances sont encalminées par le même facteur.
« Identify the nation ruled by the other as the principal obstacle to their dream.” 62

Les réalistes offensifs pensent quant à eux que la pente naturelle d’un « conquer state » pour arriver au statut de « Peer state » est de devenir la puissance centrale d’un système. Bismarck considérait tout en ayant une politique de modération, une fois ces buts atteints, que les états étaient des rayons qui rejoignaient le moyeu central allemand.
Bismarck était donc un réaliste défensif, lorsqu’il comprit que la sécurité du Reich Wilhelminien était atteinte. D’où sa modération ultérieure.
Il est tout sauf sûr que la Chine soit aujourd’hui bismarckienne.

Si l’on considère que les Etats recherchent la puissance pour la puissance, il en découle la quête de l’hégémonie donc du conflit.
Auto-modération ou autocensure contre hubris !

Prédire l’une ou l’autre issue nous semble- aujourd’hui- encore prématuré. Autant de signes confirment ou invalident chaque option.
Graham Allison dans son livre- en tout points- remarquable se garde bien de toute systématisation, ne serait-ce que parce que les instruments de maîtrise de l’ascension aux extrêmes sont- heureusement- nombreux.
“I concur: war between the U.S. and China is not inevitable. Indeed, Thucydides would agree that neither was war between Athens and Sparta. Read in context, it is clear that he meant his claim about inevitability as hyperbole: exaggeration for the purpose of emphasis. The point of Thucydides’s Trap is neither fatalism nor pessimism. Instead, it points us beyond the headlines and regime rhetoric to recognize the tectonic structural stress that Beijing and Washington must master to construct a peaceful relationship.” 63

Pour autant ce qui nous interpelle est potentiellement source de conflits, car gardons à l’esprit que les représentations sont capitales en géopolitique.
Posons la question brutalement, tout dépendra aussi de ce que veut Xi-JiPing.
« What does President Xi Jinping’s China want ? In one line : to make China great again. The deepest aspiration of over a billion Chinese citizens is to make their nation not only rich, but also poqerful, their goal is a China so rich and so powerful that other nations will have no choice but to recognize its interests and give the respect it deserves.” 64

Tout le problème réside donc dans le sens que les Chinois entendent par le mot respect. Malheureusement Hong Kong et les Iles Spratley évangélisent que ce n’est point le respect que catéchisait la Comtesse de Ségur.
Certains messages semblent indiquer clairement que la Chine s’inquiète elle aussi des retombées collatérales. Le journal Le Monde rapporte que les services européens eurodisinfo émanant du SEAE ont repéré un certain nombre de comptes liés à des Etats étrangers. Ainsi « la CIA aurait créé le coronavirus, et USAID serait un groupement terroriste qui lui est lié. » « Accuser la Chine au sujet de la pandémie est un stratagème, comme accuser la Russie pour le crash du MH 17. »

Ces faux tweets sont parfois non plus défensifs mais bien offensifs voire agressifs. Ainsi « Le Parlement italien a abaissé le drapeau de l’UE. » « Les défenseurs de la cause environnementale sont fous de joie et voient l’épidémie comme une chance. »
Le SEAE a dénombré au 1er avril, 215 preuves de Fake News. Les Chinois ont donc bloqué tout récit contraire. Encore aujourd’hui en Chine, il est interdit de relater les événements en s’écartant de l’Évangile. Certes les querelles vont bon train jusque dans les hautes sphères de la nomenklatura chinoise.

Le porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères critique « the irresponsability and incompetence » « of the so-called political elite in Washington » 65
La Chine accuse les USA d’être plus intéressés à critiquer la Chine que guérir leur propre population. Lorsque les Chinois prétendent que ce virus a été introduit à Wuhan par des militaires américains, Beijing pense démontrer en outre –son esprit d’ouverture à l’étranger–dont il a été victime.

La fibre nationaliste chinoise se range fièrement, s’éploye en majesté et s’épanouit en harmonie sous la férule de Xi-Ji Ping. C’est également à cette aune qu’il faut interpréter l’expulsion récente de journalistes américains.
Expulsion qui traduit l’angoisse chinoise de voir ses failles et ses mensonges dévoilés. Cette angoisse apparait véritablement au grand jour après que le Wall Street Journal a publié un édito disant que la Chine était « the sick man of Asia » 66
Le terme sick man est tout sauf anodin pour les dirigeants chinois. Sa première utilisation remonte aux années 1890 lorsqu’un intellectuel chinois affirma que des « sick people » formaient « a sick nation ».

A relire attentivement les déclarations chinoises l’on ne peut que se remémorer le jugement définitif prononcé par le Frère dominicain, Giordano Bruno, la veille de son exécution le 17 Février 1600 à Rome : « Vous qui prononcez contre moi cette sentence, vous avez peut-être plus peur que moi qui la subis. »

Les mensonges chinois plongent leurs racines dans leur histoire. Après les attaques de Mao contre l’establishment médical chinois et la Révolution culturelle, l’état sanitaire chinois s’est profondément délabré.
En 1966 une épidémie de méningite a ravagé le pays. Mao ne fit rien, de peur de briser la cohésion des Gardes Rouges. Le résultat fut une hécatombe. En 1967, on compta plus de 160 000 morts. Les USA offrirent leur aide ; Mao la rejeta dédaigneusement.
On le voit la Chine porte en elle les stigmates de toutes sortes d’épidémies.
SARS et H1N1 sont les parents putatifs de Covid 19.
A causes similaires, gestions similaires et conséquences similaires.

La Chine serait donc la seule à aider l’Italie ! Le Monde rapporte que les Chinois se plaisent à colporter des fake news comme quoi ce virus aurait été facilité par la CIA, ou les USA, ou les Européens afin d’abaisser la puissance et le rôle économique de la Chine sur la scène mondiale. Il n’est de meilleure défense que l’attaque.
Toujours dans cette veine, le virus Covid 19 serait un plan sorti des cerveaux d’une élite globalisée qui serait à l’origine de faux comptes de tweets chinois pour décrédibiliser les aides chinoises à l’Europe et à l’Afrique.

Ayant inondé le monde de signaux relevant d’un soft power doux, la Chine change désormais de braquet. Zhao Lijian lors d’une conférence de presse répond ainsi un journaliste à propos de Taiwan : « This Act is in serious violation of the one-China principle and the three China-US joint communiques. It goes against international law and basic norms governing international relations. China is firmly against it. The one-China principle is the prevailing trend recognized by international consensus. Altogether 180 countries have established diplomatic relations with China. The US itself established diplomatic ties with China on the basis of the one-China principle more than 40 years ago. However, now it is going against the trend of the times by thwarting other sovereign nations’ pursuit of normal relations with China. This cannot be justified.
We urge the US to abide by the one-China principle and the three China-US joint communiques, comply with international law and basic norms governing international relations, take concrete measures to prevent the Act from becoming law, and handle issues relating to Taiwan prudently to avoid serious damages to bilateral relations and peace and stability across the Taiwan Strait.” 67

Profitant de la situation et alors que Taiwan a bien mieux réussi que la Chine dans la lutte contre le Coronavirus, Xi- Ji Ping use de sa position pour bloquer Taïwan. La Chine n’hésite pas à se revendiquer du droit international qu’elle avait auparavant- allègrement- bafoué lors des arbitrages à propos des îles artificielles devant la Cour Internationale de Justice de la Haye. (Confère le jugement rendu avec les Philippines.)
Le porte-parole Chinois rapporte que 180 pays ont des relations diplomatiques avec la Chine signifiant ainsi de façon subliminale l’isolement des États-Unis.
Pour que les choses soient parfaitement claires, elle signale que les liens dyadiques qui l’unissent aux USA pourraient fort bien connaître une suspension, voire un arrêt, à cause de la question de Taiwan. Ainsi dans une allusion discrète mais évidente à Trump, le porte-parole répond : «What he said, which reveals his total arrogance, prejudice and ignorance towards China, is very preposterous and ridiculous. » 68
“We hold Taiwan compatriots’ health and welfare dear to heart. »
Après le bâton, la séduction! Au cas où les habitants de Taïwan l’auraient oublié, ils sont les compatriotes des Chinois continentaux.
Toujours dans cette conférence de presse à propos de Taïwan; la phrase suivante est capitale. « The Democratic Progressive Party (DPP) authorities’ political maneuvering over the outbreak is just despicable. » 69

Son message est intelligent car il rappelle après avoir mentionné le rôle de la Chine que tous les pays du monde sont victimes du Covid 19 mais que la Chine est tout de même venue au secours de 170 pays. « Shared future of mankind »
Plutôt que de glissement, le mot qui convient pour définir la politique chinoise est métamorphose. Révolu le temps de la soft diplomacy !
Enfin son adresse, ou plutôt son avertissement, sur l’Iran est parfaitement clair. Que Trump ne se méprenne pas. La Chine ne se rangera pas de son côté dans sa dénonciation illégale du JCPOA. Coronavirus ou pas, la Chine avance ses pions, et marque son territoire. La Chine tout en ayant désapprouvé, l’attitude américaine vis- à vis de Téhéran, gardait cependant un low profil. Le Covid 19 lui permet de sortir du bois.

Les chinois après avoir pratiqué la politique de l’entrisme veulent désormais imprimer leur sceau partout. Lors de la préparation d’un G20 agricole, Bruno Le Maire alors Ministre de l’agriculture, après avoir obtenu des concessions de tous les grands pays, s’était entendu répondre par la Chine qui refusait toute concession : Mais Monsieur Le Ministre nous ne sommes pas n’importe quel pays. Nous sommes la Chine.
Ce qui caractérise aujourd’hui la politique chinoise, c’est une agressivité à peine retenue qui jette les précautions de langage aux oubliettes.
Le temps où le Président Hu Jin Tao appelait personnellement Obama pour s’excuser est bel et bien révolu.
“On May 6, 2009, President Hu Jintao of China personally called U.S. President Barack Obama to express his “sincere condolences” for the H1N1 outbreak in the United States and his desire to “maintain communication with the World Health Organization, the United States, and other relevant parties, as well as strengthen cooperation, to jointly deal with this challenge to human health and safety.” 70

Les Chinois réussissent la performance d’occuper le fond de court et de frapper à la volée au filet. Ce qui n’implique ni la justesse de leur position ni le fait qu’ils arriveront vainqueurs au terme de ce match. Ayant pointé et monté en épingle les remarques inutilement agressives de Trump et Pompeo telle que « virus chinois » puis son succès, la Chine de victime se mue en « teacher » ou en « leader ».

“The US official accuses China of « covering up » the disease. Well, the world knows better that China released information in an open and transparent manner. It identified the pathogen within a record short period of time and shared the genetic sequence of the virus with WHO and other countries including the US. Not long ago, China hosted a WHO mission including US experts for a nine-day visit, after which they highly commended China’s transparency. Here we do not comment on whether the US response is open and transparent, but obviously, someone in the US still turns a deaf ear to international appraisal on China.”
“This official blamed China for costing extra time for the US and the larger international community to respond. Well, the world has acknowledged China’s signature speed, scale and efficiency. It is China’s forceful measures and Chinese people’s huge sacrifice that stemmed the outward spread of COVID-19, thus buying valuable time for the world to respond. According to WHO’s recent statement, countries like Singapore and the ROK took necessary measures and put the epidemics under control because they made full use of this precious time China bought for the world. As for whether the US availed itself of this window to enhance preparedness, we do not comment, but I believe the fact is witnessed by all in America and across the globe.” 71

Le rédacteur en chef du Global Times, organe official du PC chinois tweete ainsi:
“What really messed up the world is failure of the US in containing the pandemic. It makes the US unable to aid Europe. Trump govt is desperately blaming China to shirk responsibility, which pushes big power relations to deep crisis. The world is teemed with sense of turbulence. » 72

Covid 19 le presage on ne peut plus clairement. “It makes the U.S unable to aid Europe”
On ne saurait être plus clair ni plus menaçant. Le maillon faible étant l’Europe, l’avertissement à cette dernière, pour subliminal qu’il soit, est on ne peut plus limpide : Ne comptez donc plus sur les USA. Rangez-vous sous notre aile. Il est vrai que Trump avait déclaré auparavant : « L’Europe est notre ennemie. »

Le porte- parole du Ministère des Affaires Etrangères Zhao Lijian tweete ainsi:
« It might be U.S. army who brought the epidemic to Wuhan,” “Be transparent! Make public your data! U.S. owe us an explanation! » 73
Shakespeare fait ainsi dire à Cassius : « Ne me poussez pas davantage. Je finirais par m’oublier. Si vous tenez à votre salut cessez de me provoquer. » 74

Ainsi elle déroule à l’envi aux médias du monde entier ses réalisations sanitaires et le succès de sa gouvernance. Seuls les mauvais esprits y trouveront à redire. Quant aux chinois qui mettraient en doute la parole du mandarin de Pékin, ils risquent fort de rester confinés plus longtemps que prévu ou nécessaire. À Pékin, il n’est pas indispensable ou utile de clamer que Taiwan ou la Corée du Sud ont fait mieux et bien mieux qu’elle.
« Confidence is badly in need. But confidence only comes from effective response to ensure lives can be saved and the virus contained. Confidence does not originate from leaders’ ability to cast the coronavirus as a disease brought by foreigners.
Using racist and xenophobic names to cast blame for the outbreak on other countries can only reveal politicians’ irresponsibility and incompetence which will intensify virus fears.
The United States should focus on self-improvement to address the disease challenge. A country trying to be great again should not be one led by politicians shifting responsibilities and stigmatizing other countries.
The scheme to smear China has undercut U.S. politicians’ credibility and outraged not only the Chinese people but also those in the United States, as shown in comments following the politicians’ tweets.
The U.S. side should immediately correct its wrongful behaviors and stop smearing China and making groundless accusations against it before it is too late.” 75

Les termes sont à la fois de plus en plus violents même s’ils sont masqués au sceau de l’ironie et du langage si fleuri, si imagé et tant apprécié des chinois. Il n’hésite pas non plus à vouloir administrer une leçon de culture aux occidentaux.
“To quote an ancient Chinese saying, « Turn inward and examine yourself when you encounter difficulties in life. » We urge the US official to respect facts and the common understanding of the international community. Every minute wasted on smearing and complaining would be better spent on enhancing domestic response and international cooperation.”
“To quote the ancient Roman philosopher Seneca, « we are waves of the same sea, leaves of the same tree, flowers of the same garden ». We are convinced that through the concerted efforts of the international community including China and Europe, the world will surely secure a final victory over the virus.” 76

Après la menace, les paroles anesthésiantes sur l’humanité partagée, les mêmes flots, les fleurs du même jardin.
Cette réponse fera date. Elle constitue un moment d’anthologie dans les relations sino-américaines. Certes, avant le communiqué de Shanghai, ce genre de propos était habituel.

Cette conférence de presse marque la première véritable manifestation publique, non militaire, d’avertissement chinois envers les USA. Chaque mot est important, chaque idée est parfaitement ciselée. À l’égal des trébuchets des changeurs de monnaie du Moyen- Âge. Leur place est choisie méticuleusement. Enfin cette réponse clôt la conférence de presse rapportée par l’agence chinoise Xinhua.

Que la Chine sorte vainqueur de la conquête des cœurs, semble aujourd’hui un pari perdu sauf peut-être en Afrique ; qu’elle gagne la bataille du soft power semble de plus en plus improbable. Pour autant, cette crise étale à la face du monde sa puissance redoutable et son assurance conquérante qu’elle ne cherche même plus à dissimuler. Les Anglais ont une formule savoureuse: If you can’t beat them, then join them. La Chine compte bien la retourner à son profit. Ce n’est pas tant leur puissance qui compte mais leur mise en avant.

La confiance, matériau indispensable aux relations internationales, ne saurait venir lorsqu’un leader déclare que le virus Corona provient de l’étranger. Qu’un ambassadeur emploie le mot « jaune » à propos de son pays témoigne à l’envi de l’état de sidération qui masque une crainte grandissante. Certes l’on n’entend pas vraiment- ou pas encore-de bruit de bottes.
Encore que la Chine a augmenté le niveau de tension dans le détroit de Taïwan avec des patrouilles qui frôlent la frontière et la ligne de démarcation maritime avec l’envoi de son porte-avions Liaoning et avec le rattachement administratif d’ilots faisant partie des iles Spratly, relevant de la souveraineté vietnamienne, à la province du Hainan, siège d’une base navale gigantesque.

Le 3 mars la marine chinoise a délibérément provoqué des incidents avec le Vietnam et a éperonné et coulé, dans un geste de grande bravoure, un bateau de pêcheurs vietnamiens.
Dorénavant, il faudra analyser la politique chinoise à travers le double prisme de la revendication sans complexe et sans inhibitions de ce qu’elle estimera être ses intérêts, son bon droit et d’autre part d’une paranoïa exacerbée. Janus bi-frons ! Les deux faces présenteront un problème pour le monde. Nous employons le mot problème car il ne signifie pas obligatoirement une montée aux extrêmes. Son spectre est plus large et démarre plus bas.
Sans entendre tonner le canon, l’accroissement des tensions sino-US (nous disons accroissement et non pas apparition) se manifeste entre autres par des déclarations de plus en plus agressives, parfois relayées à des niveaux non gouvernementaux bien sûr, puis par de nouvelles barrières tarifaires et surtout une guerre des normes, une guerre des devises du côté chinois. Pour reprendre la savoureuse et parfaite définition de Kevin Rudd: « It may not yet be Cold War 2.0, but it is starting to look like Cold War 1.5.” 77

Un monde sans bruits de bottes, installé dans un monde zéropôlé ne signifie pas, bien au contraire, un monde sans risques. Ce sera une multiplication de conflits de basse intensité qui mettront à mal les identités, subsumeront les revendications identitaires et/ou particularismes, qui aura pour cible les cohésions nationales entrainant un cercle infernal. Un monde zéropôlé serait la glaciation des conflits.

Leo Keller
Neuilly le 20 Mai 2020
Fin de la deuxième partie

Notes
29 Henry Kissinger In l’ordre du Monde P 207
30 Henry Kissinger In World Order P 214
31 Edmund Burke in réflexions sur la révolution française
32 Henry Kissinger in le Chemin de la Paix
33 Bruno Tertrais Les vingt prochaines années. L’avenir vu par les services de renseignements américains
34 Kevin Rudd in Foreign Affairs Avril 2013
35 Paul Kennedy in Naissance et déclin des grandes puissances
36 Julian Reichelt in Bild
37 Peter Jennings in The Guardian May 1 2020 “We need to reduce our dependence on China, and have the courage to call it out when required”
38 Discours inaugural devant le Parlement Européen
39 Alice Ekman in Rouge Vive p 11
40 Alice Ekman in Rouge Vive p 11
41 Alice Ekman in Rouge Vive p 13
42 Joseph Nye in Soft Power
43 Communiqué Ambassade de Chine à Paris 12 Avril 2020
44 Jean-Baptiste Jeangène Vilmer in Théories des relations internationales PUF p 18
45 Discours de Josep Borrell du 24/03/2020
46 Peter Jennings in The Guardian May 1 2020 “We need to reduce our dependence on China, and have the courage to call it out when required”
47 Macron interview au Financial Times le 17/04/2020
48 Bruno Tertrais in la revanche de l’Histoire p 45
49 La Fontaine in l’Ours et l’amateur de jardins
50 Foreign Ministry Spokesperson Zhao Lijian’s Regular Press Conference on March 5, 2020
51 Zorine discours au Conseil de Sécurité le 25/10/1962
52 Dominique Moïsi in Leçons de Lumières p 23
53 Alexsander Vucic in National Review 16/03/2020
54 Times of Israel 7 mai 2020
55 Dominique Moïsi in Géopolitique de l’émotion
56 Robert Peckham in Foreign Affairs 2020/03/27
57 Communiqué Ambassade de Chine à Paris 12 Avril 2020
58 Communiqué Ambassade de Chine à Paris 12 Avril 2020
59 Thucydide in La guerre du Péloponnèse
60 Interview President Obama by Jeffrey Goldberg in The Atlantic Avril 2016
61 Graham Allison in destined for war p VII
62 Graham Allison in destined for war p IX
63 Graham Allison in destined for war p VII
64 Graham Allison in destined for war p XIX
65 XINHUA Commentary: U.S. politicians’ smear attacks on China reveal irresponsibility, incompetence 2020-03-17
66 Walter Russel Mead in Wall Street Journal 2020/02/03
67 Foreign Ministry Spokesperson Zhao Lijian’s Regular Press Conference on March 5, 2020
68 Foreign Ministry Spokesperson Zhao Lijian’s Regular Press Conference on March 5, 2020
69 Foreign Ministry Spokesperson Zhao Lijian’s Regular Press Conference on March 5, 2020
70 Yanzhong Huang The U.S. and China Could Cooperate to Defeat the Pandemic in Foreign Affairs March 24, 2020
71Foreign Ministry Spokesperson Geng Shuang’s Regular Press Conference on March 12, 2020
72 Hu Xijin in 胡锡进 @HuXijin_G tweet Global times 2020/04/08
73 tweet de Zhao Lijiang porte parole du Ministère des Affaires étrangères du 13 Mars 2020
74 Shakespeare in Jules César
75 XINHUA Commentary: U.S. politicians’ smear attacks on China reveal irresponsibility, incompetence 2020-03-17
76 Foreign Ministry Spokesperson Geng Shuang’s Regular Press Conference on March 12, 2020
77 Kevin Rudd in Foreign affairs May 2020,6 The Coming Post-COVID Anarchy

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