L’Europe face à la crise: transformer l’essai! Par Olivier Marty

L’Europe face à la crise : transformer l’essai !
Par Olivier Marty

La crise économique issue de la pandémie de COVID 19 frappe les populations européennes alors même que celles-ci jouissaient à peine de l’embellie de croissance et de réduction du chômage engagée depuis 2014. Pire, l’évènement historique que nous vivons est doublement injuste : il affecte tous nos pays, sans qu’aucun en soit responsable, et il risque de laisser des séquelles dans des économies qui, pour diverses raisons, étaient déjà fragilisées auparavant (Italie, Espagne, en particulier). Il est essentiel de répondre à cette situation avec des politiques économiques adéquates, en particulier au plan européen.

Jusqu’ici, les solutions mises sur la table ont été, somme toute, appropriées. Les plans de sauvegarde des tissus productifs mis en œuvre au niveau national ont été bien conçus et rapidement déployés, même s’ils auraient pu être davantage coordonnés dans leurs volumes et leurs caractéristiques. Le risque d’insolvabilité des États a été contenu par l’engagement attendu de la Banque centrale européenne (BCE) à racheter les dettes publiques. Enfin, l’aide financière européenne décidée début avril par l’Eurogroupe a permis, malgré de regrettables tensions, d’exprimer une solidarité politique et de fournir des moyens supplémentaires.

On peut relever plus particulièrement trois aspects positifs de cette première période. Il est d’abord notable que les institutions de l’Union européenne ont été très réactives et constructives en apportant aux dirigeants des solutions innovantes. Un souci explicite des conséquences sociales de la crise fut également exprimé, en particulier, avec le mécanisme SURE de refinancement des plans de chômage partiel proposé par la Commission. Enfin, la politique collectivement actée augure que l’on ne souhaite pas engager une restriction hâtive et forte des dépenses publiques, évitant ainsi l’erreur de « l’austérité » de l’après-crise de 2008.

Plus fondamentalement, la crise démontre à nouveau que l’échelon européen apporte un concours précieux pour peu que l’on veuille bien lui en donner les moyens. Ainsi, toute l’utilité d’un budget européen plus conséquent et plus efficient est-elle rappelée, la capacité, plusieurs fois démontrée, de la Banque européenne d’investissement (BEI) à pallier des failles de marché et à investir dans des secteurs d’avenir illustrée et l’enjeu d’une bonne coordination des politiques économiques (mesures budgétaires et structurelles, aides d’État) souligné. Les capitales se trouvent ainsi, à nouveau, au défi de valoriser, d’utiliser et de consolider les leviers de l’UE.

Dans l’immédiat, de nouveaux moyens doivent bien sûr être dégagés pour accompagner la relance. Tel est l’objet de la proposition inédite mise sur la table par la Commission le 27 mai dernier, dont on distingue déjà plusieurs éléments résolument positifs : le consensus européen fort que représente le soutien à l’investissement y est promu, la volonté de protéger les entreprises européennes stratégiques y est affirmée et l’ambition climatique n’est, comme on pouvait s’y attendre, pas perdue de vue. Enfin, la nécessité d’une action commune solidaire plus ambitieuse en matière de santé publique est-elle mise en exergue.

Certes, l’accord final, attendu d’ici juillet, ne satisfera surement pas tous les États et populations, soit parce qu’il ne comportera que trop peu de transferts, soit parce qu’il sera trop technique pour être perçu comme un signe politique clair d’entraide. Il ne faudra pas s’en étonner : la défiance entre les capitales, que la pandémie n’a très logiquement pu effacer, imposera derechef un compromis complexe.
Il ne faudra toutefois pas cacher sa satisfaction de voir qu’à l’occasion de cette crise, l’Union européenne aura, une fois encore, su faire levier de l’adversité pour se renforcer !

Olivier Marty
Les Echos 24/06/2020

Enseignant d’économie européenne à SciencesPo et à l’ENS-Ulm Président du Cercle franco-britannique de SciencesPo Alumni
Ancien élève de Sciences Po Paris, de l’Institut européen de la London School of Economics et de l’Université Paris-Dauphine, Olivier Marty est enseignant-chercheur en Questions européennes à SciencesPo, et à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Président du Cercle franco-britannique de SciencesPo Alumni qu’il anime avec maestria et avec un humour franco-britannique!
Auparavant, il a exercé dans le secteur financier, comme économiste à la Société Générale et à la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB), notamment.
Il est le co-auteur de trois ouvrages dont récemment (avec Nicolas Dorgeret) « Connaitre et comprendre l’Union européenne : 35 fiches sur les institutions européennes » (préfacé par Jean-Dominique Giuliani), Ellipses, 2018.
Nous remercions Les Echos et l’auteur de nous permettre de reproduire ce texte.
https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-leurope-face-a-la-crise-transformer-lessai-1218310

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