Paris-Vilnius Exposition de Yolita René sous le Haut-Patronage de son Excellence Nerijus Aleksiejūnas

Texte de son Excellence M. Nerijus Aleksiejūnas, Ambassadeur de Lituanie en France
L’idée du projet « Paris – Vilnius. Le silence spectaculaire » (pour en savoir plus : http://paris-vilnius.fr) est née au début de la crise du COVID-19, en observant tous les changements survenus depuis la mise en place de la quarantaine en France.

J’avais le sentiment que nous vivons des moments vraiment exceptionnels : soudainement, les villes se sont vidées, les gens se sont enfermés chez eux et le silence régnait en maître dans tous les espaces publics. Je voulais absolument capturer ce moment unique.

C’est ainsi qu’une idée m’est venue : demander aux photographes de Paris et Vilnius de capturer tous ces instants. Il s’est avéré que le silence qui régnait dans les deux capitales avait beaucoup de similitudes comme les rues désertées, les personnages isolés, les échanges des gens à travers les fenêtres de leur maison ou encore l’émergence de la mode des masques.

C’est ainsi qu’est nous avons compris que la crise pandémique a paradoxalement rapproché Vilnius et Paris, ce qui a nécessité une exposition photographique unique.

Je suis ravi que cette idée a convaincu la commissaire d’exposition lituanienne, installée en France depuis de nombreuses années Yolita René qui s’est engagée avec beaucoup de cœur et d’enthousiasme à la création de cette exposition et de ce film photographique.

Plus tard, l’idée de l’exposition a pris de l’ampleur : d’autres photographes, dont les photos correspondaient parfaitement au projet, ont rejoint celui-ci. Au total, neuf photographes français et lituaniens ont travaillé à Vilnius et à Paris. Le talentueux compositeur lituanien Dominykas Digimas et le célèbre artiste lituanien Stasys Eidrigevičius ont contribué également à ce projet unique.

En collaboration avec Jolita, nous avons assez rapidement réalisé que cette exposition nécessitait une création d’un site Internet afin qu’elle puisse exister dans un espace virtuel, accessible par tous. Nous avons aussi eu l’idée d’organiser le vernissage de l’exposition simultanément à Vilnius et à Paris, en reliant les capitales de nos deux pays par un pont virtuel culturel.

Nous nous sommes mis d’accord avec l’Ambassadrice de France en Lituanie sur un tel événement et il ne pouvait y avoir une meilleure opportunité de l’organiser que la Fête nationale française du 14 juillet. L’exposition a suscité beaucoup d’attention médiatique en Lituanie et des critiques positives en France et dans d’autres pays.

En général, la quarantaine a touché durement le monde artistique tant en Lituanie qu’en France. Il n’y avait plus de concerts, d’expositions, de rencontres et etc. Subitement, l’art a été contraint de déménager dans l’espace virtuel. L’Ambassade a d’ailleurs su utiliser ce nouveau moyen de communication à l’occasion de la Fête nationale lituanienne du 6 juillet, en organisant non plus une traditionnelle réception diplomatique, mais un concert virtuel de la chanteuse de jazz lituanienne installée à Paris Viktorija Gečytė et une exposition virtuelle de l’artiste et sculptrice lituanienne Rūta Jusionytė qui crée en France depuis plus de 20 ans (vous pouvez visualiser cet évènement sur la chaîne YouTube de l’Ambassade de Lituanie en France https://youtu.be/zWDagYqK7hg).

Je me réjouis que la Lituanie ait pu s’adapter très rapidement et efficacement aux nouvelles conditions de la pandémie. Nous avons su trouver avec succès de nouvelles formes pour promouvoir notre pays en France et bien au-delà. Cela ne fait que confirmer l’affirmation que la crise du COVID-19 n’est pas un obstacle à l’art, aux expositions et à la coopération culturelle.
Exc. M. Nerijus Aleksiejūnas, Ambassadeur de Lituanie en France

pour visionner le film il faut cliquer sur le lien ci-dessous

paris-vilnius.fr

Yolita René Commissaire de l’exposition

Introduction de Yolita René Commissaire de l’exposition Paris Vilnius à l’Ambassade de Lituanie sous le Haut-Patronage de son Excellence Nerijus Aleksiejunas 

Paris -Vilnius/ Le silence spectaculaire

En mettre plein les yeux : c’est le contraire exactement de donner à voir. Georges DidiHuberman

Le projet de l’exposition « Paris-Vilnius. Le silence spectaculaire » est né à la demande de son Excellence Monsieur l’Ambassadeur de Lituanie Nerijus Aleksiejunas, l’exposition est conçue et réalisée par Yolita René. La musique originale a été écrite par le compositeur lituanien Dominykas Digimas.

Certains photographes-reporteurs de la chaîne d’informations lituanienne (LRT) ont participé à ce projet : Justinas Stacevičius, Edvardas Blaževič, Domantas Umbrasas, Benas Gerdžiūnas, puis d’autres photographes indépendants de Vilnius et de Paris ont rejoint cette démarche : Ludo Segers, Michel Bourguet, Olivier Marchesi (Paris) puis Ramūnas Danisevičius et Algimantas Kunčius (Vilnius). L’exposition propose une sélection de photographies qui témoignent des différents moments vécus dans ces deux villes pendant toute la durée du confinement, très précisément entre le 16 mars et le 11 mai 2020.

 

Alors que la télévision et l’ensemble des médias montraient en continu l’actualité de la pandémie au jour le jour, heure par heure, reflétant l’état d’urgence de cette étrange période, cette exposition virtuelle se propose d’inscrire ses images dans un temps plus long que celui de l’actualité.

Chaque image apporte à l’ensemble son témoignage particulier selon le regard et la sensibilité du photographe. Certains ont été plus attentifs à la géométrie des rues et à l’acuité des lignes et des tracés architecturaux.  D’autres nous ont plongé dans l’atmosphère des lieux et des situations suscitant différentes interrogations et découvrant un réel inconnu. C’est comme si ce silence inhabituel avait stimulé une large gamme d’impressions en passant du vide au plein et d’un silence incolore, celui de la pierre, au  silence subtilement coloré de créations textiles.

Dans ce film photographique  le silence lié au confinement apparaît comme dans une partition musicale : une pause, un soupir, un demi-soupir… Une suspension sidérante en attente d’une reprise prochaine dont on ne sait pas quand elle va avoir lieu. Un soupir, une grâce dans le vacarme ambiant, libérant l’acuité du regard, fixant le rare, l’unique, le fragile. Les photographies d’une ruine contemporaine comme celle d’un château antique, nous invitent à poser un regard romantique sur l’éphémère de ce moment.

Un dialogue s’établit entre Paris et Vilnius, deux villes qui ne se ressemblent pas mais qui se sont rapprochées par leur destin face à la crise.

Cette exposition photographique virtuelle illustre une séquence exceptionnelle de notre histoire, elle permet aussi de découvrir les secrets et les beautés cachées des deux capitales.

Un événement unique et inédit a modifié notre approche et notre perception de l’espace urbain. La développement puis la régression du virus nous amenant vers le dé-confinement nous fait avancer vers une réappropriation collective de l’espace laissé vide depuis le début du confinement.

La sélection de photographies, en noir et blanc et en couleurs, de différents formats, est une tentative de réflexion sur l’importance du silence et sur la redécouverte de nos sens, mais aussi sur le rapport de chaque individu avec lui-même et avec le monde lorsque l’imprévisible se manifeste.

« L’oiseau rouge » de l’artiste lituanien Stasys Eidrigevicius est né pendant le confinement et surgit, le bec replié tel un masque, l’œil inquiet. Il est signé « Coronavirus 2020 ». Au début de chaque nouvelle séquence il fait une apparition rapide et dérangeante pour alerter notre attention et nous tenir en éveil face à ce virus qui nous inquiète. Il agit comme un leitmotiv qui nous rappelle le danger de cette présence invisible. Il intervient comme une alarme ou un rappel à l’ordre.

 

Juste avant la pandémie, nous étions pris par les contraintes de la vitesse et de l’accélération[1] dans toutes les activités de la société, avec la surconsommation comme échappatoire.

Dans la séquence introductive cette course effrénée contre le temps est rendue visible par des images qui défilent, évoquant la vitesse avec laquelle le monde avançait. Puis l’arrêt brutal se produit.  « Stop » . Le monde se fige dans le silence comme si on avait arrêté la bande son.

La traversée de ce « silence spectaculaire » se déroule en cinq mouvements :

             Absences évoque le visage silencieux des villes sans aucune figure humaine. Un silence soudainement devenu visible dans l’espace urbain : les monuments figés dans le silence et leurs statues esseulées veillent sur la ville… Tel un œil d’Horus, celui d’un médecin apparaissant sur une affiche publicitaire, appelle à la solidarité avec le corps médical pour combattre le fléau.

Dans Solitudes, les photographes s’intéressent aux arpenteurs solitaires dans chacune des deux villes. Chacun se retrouve face à son destin, face à lui même. L’arpenteur solitaire médite, semblable à la figure de « L’homme qui marche » de Giacometti, se balançant d’une jambe à l’autre, il parcourt les passerelles de la fatalité qui relient les deux capitales. Quel est le sens de ce rapport avec soi-même ? Est-ce la crainte de se trouver seul avec son ombre ou bien le plaisir de savourer le vide et le silence ?

En continuant vers Distances, les habitants commencent à se réapproprier l’espace urbain, en conservant une nécessaire distanciation physique. C’est un rapport entre l’être et le vide, un dialogue constant entre Éros et Thanatos. Cette alternance de vie et de mort est elle le véritable moteur de notre activité ?

Avec Résonances, enfin, ce sont les échanges muets de regards au dessus des masques, le dialogue des pantomimes sur les balcons. Se mettre à vibrer avec le rythme de la nature renaissante avec l’arrivée du printemps, la volonté de rompre le silence  s’affirme: jouer, chanter, danser, applaudir…

            Masques nous amène à la sortie de cette parenthèse silencieuse. Ici apparaît une mosaïque de visages aux masques colorés. La créativité surgit avec la vie recommence.

A la fin, le spectre, ou « masca » en latin tardif, quitte la ville…

 

 

Ce film photographique invite aussi à porter un regard poétique, en convoquant des auteurs connus, chers aux deux villes, Paris et Vilnius : Oscar.W.Milosz, Jonas Mekas,  Marcelijus Martinaitis, Rainer Maria Rilke.  Entre « Lire » et « relier »  à la manière d’Aby Warburg, entre lecture des citations et des images, chacun pourra y trouver son interprétation personnelle dans l’iconographie des territoires multiples et uniques.

[1]Hartmut Rosa, sociologue et philosophe. Accélération. Une critique sociale du temps, éd. La découverte, 2010

pour visionner le film il faut cliquer sur le lien ci-dessous

paris-vilnius.fr

biographie Yolita René

Historienne de l’art et commissaire d’expositions d’origine lituanienne, vit et travaille en France.

Commissariat et publications :

  • « Paris-Vilnius/Le silence spectaculaire », une exposition virtuelle et un film photographique sur le confinement dans les deux villes. Cette exposition est réalisée et inaugurée en juillet 2020, organisée par l’Ambassade de Lituanie à Paris et par l’Ambassade de France à Vilnius

–   50ème  édition du Festival des Rencontres photographiques d’Arles (Eté 2019) : conception et réalisation de l’exposition photographique virtuelle « Dimanches de liberté. 1965-1985 en Lituanie. Photographies d’Algimantas Kuncius ». Sélectionné parmi les 15 meilleurs montages du Festival.

  • « L’œuvre secrète de Gustav-Adolf Mossa » au musée Félicien Rops de Namur. Un dialogue posthume entre deux artistes symbolistes : Félicien Rops et Gustave-Adolf Mossa. Les textes pour le catalogue de l’exposition, éd.Musée Félicien Rops (Belgique)
  • « Éros et Thanatos », l’oeuvre symboliste de G,A,Mossa au Palais Lumière à Evian, commissariat et les textes pour le catalogue de l’exposition, éd. Acathos (Suisse)

–  « La poésie de l’eau dans l’art russe », l’exposition au Palais Lumière à Evian.

–  Participation à l’organisation de rencontres de collectionneurs d’art moderne et contemporain dans la Principauté de Monaco (Christie’s).

  • Publications des textes sur le le poète et le cinéaste Jonas Mekas dans « Santara » (en lituanien) et dans d’autres journaux.
  • Participation à de nombreuses éditions de la foire d’Art Basel (Galerie Roger Pailhas).

 

www.baltic-silence.photo

yolitarene@gmail.com

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