Le Printemps de Prague écrasé. Par Eugène Berg Ambassadeur

Le printemps de Prague écrasé
Par Eugène Berg ancien Ambassadeur
Un temps : « 1968 », un lieu : « Prague », un enjeu « le socialisme à visage humain

Le Printemps de Prague n’aura duré que ce que vivent les roses , l’espace d’un matin. Il faisait référence au Printemps des peuples de1848, selon l’expression de François Fejtoë.
Ce chiffre « 8 » est collé à l’histoire souvent tragique de ce pays : 1918 (indépendance), 1938 (Munich), 1948, (coup de Prague) 1968. Il fut une vaine tentative, menée par le parti communiste tchécoslovaque, d’introduire une relative libéralisation au sein d’un pays socialiste. S’il a échoué, il s’inscrit néanmoins dans une longue chaîne d’événements de Budapest (1956) à Gdansk (1970, 1980) qui a fini par ébranler l’édifice communiste et il a également eu un impact sur l’Ostpolitik de Willy Brandt, comme sur l’émergence de Solidarnosc en Pologne, de même que , selon le mot de Vaclav Havel, sur l’émergence d’une prise de conscience civique, d’une émancipation de la pensée sans lesquelles la « révolution de velours » de novembre 1989 aurait été tout simplement impossible.

Considérée comme le plus fidèle des satellites, la Tchécoslovaquie apparaissait pourtant comme la seule démocratie populaire à avoir connu une véritable démocratie parlementaire et des libertés publiques avant 1938.
Le « coup de Prague » de 1948 n’avait pas manqué de provoquer une frustration amère. Tournant important dans l’histoire du mouvement communiste international, le printemps de Prague fut plus qu’un simple « incident de parcours » de la détente, comme l’avait qualifié Michel Debré ; ministre des Affaires étrangères[1], qui renvoie au « bien entendu nous ne ferons rien », de Claude Cheysson, en décembre 1981, lors du coup d’Etat en Pologne.

Car il marqua la fin de l’espoir d’un communisme réformé et d’un « socialisme à visage humain » espérance qu’avait caressée toute une génération des deux côtés du rideau de fer . La recherche d’une troisième voie , à égale distance du capitalisme libéral et de la planification soviétique , s’avéra illusoire, comme allait le prouver vingt ans plus tard la perestroïka.

Cet événement ne se situa pas hors du temps, mais précisément en cette année 1968, qui, comme le rappelle un auteur britannique, fit chavirer le monde.[2] Une année au cours de laquelle se sont déroulées quatre révolutions à des stades différents et qui apparemment n’avaient aucun lien entre eux.
La révolution tiers mondiste contre l’impérialisme, le colonialisme à son apogée qui s’est orienté du fait de l’offensive du Têt au Vietnam, en janvier, contre les Etats-Unis ; une révolution mondiale contre le communisme dont les événements de Tchécoslovaquie ne seront que le prélude. ; une révolution théologique en plein essor dans la chrétienté et surtout l’ Eglise catholique, avec l’affirmation de la théologie de la libération ; une révolution, enfin des mœurs de la classe moyenne des pays occidentaux riches.

Alors que les étudiants en Europe s’en prenaient à la société de consommation et aux libertés         « bourgeoises » leurs homologues de Prague n’aspiraient qu’à les connaître, un chiasme qui expliquera sans doute l’apparition des « démocraties illibérales » dans les anciennes démocraties populaires quatre décennies plus tard…

Mais l’évolution intérieure tchèque remettait en cause trop de dogmes pour être acceptable par les maîtres du Kremlin, partisans d’une sorte de théorie des dominos, destinée à sauvegarder leur pouvoir et l’hégémonie incontestée de l’URSS sur son camp.
Au surplus, la Tchécoslovaquie, coin enfoncé entre Allemagne et Autriche occupait une position clef dans l’équilibre mondial. Leonid Brejnev le déclara tout net aux dirigeants tchécoslovaques, amenés à Moscou le lendemain de l’intervention  » Votre frontière occidentale n’est pas seulement la vôtre, elle est celle de tout le camp socialiste. C’est un résultat de la seconde guerre mondiale pour lequel l’Union Soviétique a dû payer un prix élevé. Le Politburo n’a pas le droit de mettre en danger les résultats de cette guerre ».

Faire accepter les choses existantes, entériner le statu quo territorial et politique établi à Yalta et à Potsdam, telle était le but suprême de la politique soviétique, et elle y parviendra lors du sommet de la CSCE d’Helsinki, du 1er août 1975, tout en ayant à payer un certain prix.

L’année 1968 avait commencé plutôt mal pour les Soviétiques En janvier, Cuba avait manifesté son déplaisir envers la politique soviétique en Amérique Latine, trop bienveillante pour les gouvernements en place, en condamnant à 15 ans de prison Anibal Escalante chef de la  » micro-faction « et 30 autres vétérans communistes limogés en 1962.
En février, la délégation roumaine avait quitté la Conférence de Budapest, destinée à préparer une nouvelle Conférence communiste mondiale. Au début de mars, des incidents révélèrent l’ampleur du mécontentement parmi les étudiants et les intellectuels polonais, ainsi que la persistance de la situation des sentiments anti russes de la population.
Des libéraux et des réformistes s’opposaient à la ligne tracée par Wladyslaw Gomulka et on vit apparaître des slogans du type « Toute la Pologne attend son Dubcek ». Et voilà que les événements de Prague s’accéléraient brutalement.

Le printemps de Prague : les promesses du  » socialisme à visage humain

Depuis le coup de Prague du 25 février 1948, la Tchécoslovaquie faisait figure de pays socialiste modèle. Ses dirigeants sont des staliniens fidèles Gottwald, Zapotocky, Novotny). Le recours aux procès et aux purges fut fréquent (exécution en décembre 1952 de 11 membres du  » complot «  Slansky)
Le mouvement de libéralisation des pays socialistes, né avec le XXè Congrès (février 1956) n’a que très partiellement atteint la Tchécoslovaquie. Le traité d’assistance mutuelle avec l’URSS signé en pleine guerre en mai 1942 ne sera renouvelé qu’en 1963 et aucun accord particulier ne prévoit le stationnement des troupes soviétiques.
Le pays fait figure, sur le plan politique, d’allié fidèle et docile. Sur le plan économique, le potentiel industriel le plus important par tête du camp socialiste , est soumis aux nécessités soviétiques. La centralisation excessive de la planification économique, en introduisant rigidités et atrophie, freine et bloque la croissance de la production.
La rupture avec la Chine a privé l’industrie d’une partie de ses débouchés. Les Slovaques, traités par le dédain par Novotny, s’agitent, or Dubcek en est un. La contestation s’empare de l’intelligentsia. La réforme économique, confiée dès 1963 à Ota Sik, économiste de talent, est lancée en 1967. Elle déçoit, limitée par les autorités , elle est incapable de contenir la hausse des prix.

L’agitation des intellectuels, latente depuis des années, culmine en juin 1967, avec le Congrès de l’Union des écrivains. En septembre Novotny fait exclure du parti les contestataires. C’est la session du Comité central, fin octobre, qui ouvre la crise. Alexandre Dubcek, premier secrétaire du parti slovaque depuis 1963, apparatchik modèle, effacé et timide, déplore les mesures prises contre les intellectuels et s’étonne que les investissements prévus pour la Slovaquie n’aient pas été réalisés.

Mais ,à la vérité ,c’est un changement fondamental des méthodes de direction du parti qu’il demande. Le danger du conservatisme et du sectarisme est non moins aigu pour le parti, en particulier pendant une période de changement, que celui des tendances libérales.  » Il est naturel que la défense de notre société contre les influences capitalistes… figure parmi nos devoirs fondamentaux. Cependant, nous ne pouvons-nous satisfaire d’une attitude défensive, car c’est là que peuvent se cacher les semences de la stagnation et du conservatisme « .
Ou encore :  » Ce serait une faute sérieuse de confondre les conséquences avec les causes. Ni les émigrés ni les agents impérialistes ne peuvent créer pour nous de problèmes majeurs ; c’est pourquoi nous ne devrions pas leur faire l’honneur d’une propagande si puissante, imméritée et pour nous néfaste « .

Des troubles étudiants interviennent en fin d’année. Novotny  » un cas clinique de médiocrité «  pour Fidel Castro, sur la défensive , appelle Brejnev à l’aide… Celui-ci arrive le 8décembre mais, se souvenant de la protestation qu’avait émise Novotny lors du limogeage de Khrouchtchev refuse de se mêler des affaires internes du parti. Ainsi encouragés, cinq membres du présidium se prononcent pour le départ du premier secrétaire.

N’ayant pas bénéficié du soutien de l’armée, Novotny se décide à renoncer à son poste, le 5 janvier 1968. Il est remplacé à l’étonnement général par Dubcek, qui se jugeait incapable d’occuper ce poste, mais a dû se rendre aux pressions de ses amis en succédant au vieux stalinien, Antonin Novotny, qui avait su longtemps cumuler les fonctions de premier secrétaire et de chef de l’Etat, alors que le règne de la direction collective s’était instauré en URSS.
Les changements dans la politique interne sont ,au début , lents. Alexandre Dubcek n’avait pas de plan préétabli, mais quelques idées précises. Il laissa faire les choses, en essayant même de les freiner ; se heurtant parfois aux partisans du changement intégral, mais la force de la sève, après ce long hiver, ne pouvait être aisément maîtrisée.

Au début, le 30 janvier , le nouveau premier secrétaire invoque  » le développement de la démocratie socialiste « .Que chercha donc à réaliser Alexander Dubcek, fils d’un communiste, parti bâtir le communisme en URSS, après la révolution bolchévique ? Ni plus ni moins que l’introduction de la liberté de la presse, la liberté d’expression ainsi qu’une décentralisation de l’ économie dont les grands traits avaient été précisés par une solide équipe d’économistes réformateurs réunis par Otto Sik .

Le programme d’action adopté par le KSC, (Komunistická strana Československa ),résume les idées du PC tchécoslovaque quant au « processus de renaissance ». Quelque trois cents personnes ont participé à la préparation de ce document de 30 pages. Le principal objectif était de réformer le système politique, le socialisme d’Etat devait se transformer en un socialisme démocratique et plus humain. Les propositions de réforme n’émanaient pas des seuls clercs, les travailleurs mirent en avant leurs revendications de création de conseils ouvriers, en particulier dans les usines CKD, le plus grand complexe industriel du pays de Prague, dans le district de Vysocany qui devait accueillir le congrès clandestin du PCT, et celle de Skoda à Plenz. Mais deux mois plus tard un événement imprévu accélére l’évolution. Le général Sejna, protégé de Novotny et qui avait des comptes à rendre à la justice, s’enfuit aux Etats-Unis emportant avec lui quelques-uns des secrets de la défense nationale.

Le scandale atteignit le président de la République, qui dut renoncer à ses rêves de revanche. En mars, à l’issue de débats très libres , l’Assemblée nationale élit un nouveau Chef de l’Etat, le général Svoboda  » dont le nom signifie liberté «  qui incarne une ligne nationale et libérale. Le nouveau cours commence. Les frontières sont ouvertes, la censure se relâche, les prisonniers politiques sont réhabilités, des clubs se forment. Le parti social-démocrate commence à se réorganiser discrètement. Le retour à la pluralité des partis, un des graves manquements aux dogmes, semble en marche.
« La situation est extrêmement grave, en vérité. Les méthodes et les formes selon lesquelles le travail est actuellement mené en Tchécoslovaquie rappellent très fortement ce qui s’est passé en Hongrie. Dans ce chaos apparent… un ordre existe. Cela a commencé de la même manière en Hongrie ; ensuite le premier échelon a été posé, puis le deuxième et enfin les sociaux-démocrates sont arrivés ».
L’homme qui prononce ces paroles, le 15 mars n’est autre que Iouri Andropov, l’initiateur de la répression de la révolte hongroise et président du KGB. Il ne pouvait guère se douter qu’il allait dix ans plus tard promouvoir la carrière d’un homme qui se transformera avec le temps en une sorte de social – démocrate, Mikhaïl Gorbatchev !
L’URSS s’inquiéta donc vite d’une libéralisation qui risquait de fragiliser le camp soviétique en faisant tâche d’huile. Assez vite la direction soviétique prit ombrage de ce train de réformes inédites .. Le 23 mars, déjà, lorsqu’il rencontre à Dresde les principaux dirigeants du Pacte de Varsovie Dubcek fait figure d’accusé.

Le communiqué reste anodin  » confiance dans la classe ouvrière et tous les travailleurs de Tchécoslovaquie pour assurer la continuité de la construction socialiste dans le pays ». Mais Moscou n’accorde pas les crédits nécessaires au relèvement de l’économie tchèque. On apprit, dès le lendemain de l’invasion, qu’en fait le Kremlin avait commencé à exercer des pressions sur la nouvelle direction tchèque dès le début : dès la visite que lui rend Dubcek, le 29 janvier à Moscou, Léonid Brejnev l’avait mis en garde contre l’activité des  » éléments révisionnistes de droite « .

L’option militaire, elle aussi , fut préparée très tôt. En février et en mars des officiers soviétiques déguisés en  » touristes «  reconnaissent les lieux : on les retrouvera, en août, à la tête de leurs troupes. En mars commencèrent également la série de manœuvres, en Hongrie puis dans d’autres pays, qui ne cesseront guère jusqu’à l’invasion. En avril, le général Epichev, chef de la direction politique de l’armée soviétique, déclare devant une réunion des communistes de Moscou :  » Il n’est pas exclu que les fidèles communistes de Tchécoslovaquie nous adressent un appel à l’aide. Dans ce cas, l’armée soviétique est prête à faire son devoir « .
Les événements vont s’accélérer.

Le 5 avril les organes dirigeants du parti et de l’Etat sont renouvelés : Novotny et ses amis perdent leurs dernières places. Le Comité Central adopte un important  » programme d’action «  véritable charte du  » socialisme à visage humain
Il s’agit d’instaurer des libertés nouvelles juridiquement garanties : liberté d’opinion, d’expression, atténuation de la censure. La liberté et l’autonomie de gestion visent à instaurer un véritable régime concurrentiel. L’ensemble des organismes du parti, des régions, de l’Etat doivent être démocratisés. Le comité central du PCT intégra la question des conseils ouvriers à son programme. Pour cela, une voie tchécoslovaque spécifique, relativement indépendante de l’Union soviétique, était envisagée, rappelle l’historien Jiri Hoppe, de l’Institut d’histoire contemporaine de l’Académie des Sciences.[3]

La manifestation du 1er mai est un triomphe pour Dubcek, mais le 4 mai il doit se rendre précipitamment à Moscou alors que quatre dirigeants orthodoxes de l’Est s’y réunissent : Gomulka, Jivkov, Kadar et Ulbricht. Il lui faut accepter comme preuve de ses bonnes dispositions que des manœuvres du Pacte se déroulent sur la frontière de la Tchécoslovaquie.
Des mouvements de troupes soviétiques sont signalés à proximité de la frontière tchécoslovaque. Une certaine détente intervient à la fin du mois après l’entrevue à Karlovy Vary entre. Dubcek et Cernik et Kossyguine. Andreï Gromyko, de tempérament pessimiste, parla dès le 6 mai de « contre – révolution ».

il s’agit à tout le moins d’une seconde Roumanie…Cela signifie une dissolution complète du Pacte de Varsovie et constata que le « temps travaille contre nous ». Il redouta l’apparition d’une seconde Roumanie et s’inquiéta sur l’avenir du Pacte de Varsovie. Mais il sait que si une invasion est décidée, la crise internationale sera de courte durée : Puis une nouvelle Constitution reconnût l’égalité des nations tchèque et slovaque au sein d’une république devenue fédérale. Le renouveau culturel était prôné par une pléiade d’écrivains, les écrivains Milan Kundera et Pavel Kohout et le jeune dramaturge Vaclav Havel.

A ces réformes déjà bien audacieuses, s’ajouta un volet extérieur prévoyant l’amélioration des relations du pays avec le monde occidental, mais en aucun cas une sortie du Pacte de Varsovie, véritable provocation pour Moscou.
La censure, relâchée en mars, est abolie le 26 juin. Le Parlement adopte une loi très complète sur la réhabilitation des victimes du stalinisme, mettant fin à la politique du cas par cas pratiquée par le pouvoir.
Si l’on compare la perestroïka de Gorbatchev au printemps de Prague, dont il n’a jamais caché qu’il s’en était inspiré, force est de constater que Dubcek a réalisé en six mois seulement ce qu’il a fallu au leader soviétique trois ans pour le faire. D’ailleurs quand on demanda à un conseiller de Gorbatchev ce qui distinguait la perestroïka du printemps de Prague – il répondit dix-neuf ans. Vu de loin, l’URSS est parvenue en 1988-1989 au point où la Tchécoslovaquie se trouvait en juillet 1968.

Au cours d’une réunion des pays communistes (URSS, Hongrie, Pologne, Bulgarie et République démocratique allemande), le 23 mai à Dresde, l’ancienne Florence de l’ Elbe des rois de Saxe, qui avait la particularité d’être la seule ville est allemande qui ne pouvait capter la télévision ouest -allemande, la délégation tchécoslovaque fut sommée de s’expliquer.
Le pouvoir soviétique tenta d’abord d’arrêter ou de limiter les changements en cours en ouvrant des négociations. On a ensuite déployé en Tchécoslovaquie des troupes chargées des transmissions. Le 30 mai 1968, la revue Literarni Listy annonça que la contre-révolution était sur le point de l’emporter en Tchécoslovaquie. Les choses en sont venues au point où cette situation a cessé d’être un problème intérieur à la Tchécoslovaquie.

Une intervention est possible et conforme aux intérêts des pays socialistes ; elle ne pourrait par suite être qualifiée d’immixtion ». Deux arguments se complétaient : « Le danger contre-révolutionnaire »et le droit d’intervention de la « communauté socialiste » et ils devaient trouver une consécration juridique dans le traité soviéto-tchécoslovaque du 6 mai 1970.
Le « danger contre-révolutionnaire » était une « agression indirecte », c’est-à-dire une agression dirigée non contre le territoire de l’Etat, mais contre son régime.

Fin juillet eurent lieu des manœuvres massives, appelées Niémen, alors que les troupes soviétiques étaient en état d’alerte quasi permanente depuis mai. A la fin juin le général Prchlik fut démis de ses fonctions, non pour avoir tenté de mettre sur pied des contremesures en cas d’agression, comme on l’avait supputé à l’époque, mais en fait pour proposer une réforme du Pacte de Varsovie. Au départ le pouvoir soviétique s’efforça de faire revenir la direction tchécoslovaque sur ses décisions.
C’est dans ce climat qu’est publié, le 27 juin, le manifeste des  » deux mille mots «  qui dénonce les lenteurs de la démocratisation et proclame son soutien au gouvernement, au besoin par les armes, s’il poursuit la voie des réformes. L’autorité reconnaissait en quelque sorte le droit d’initiative des citoyens.

Du côté soviétique les préparatifs de l’intervention s’intensifient tout le mois de juillet. Les frontières vers l’Ouest furent brièvement ouvertes à la fin de l’été 1968. Le programme d’action ne marquait nullement par ailleurs la volonté de s’écarter de la ligne de conduite socialiste et de réduire le rôle dirigeant du KSC, inscrit dans la Constitution.
Au contraire le processus démocratique envisagé confirme la capacité du parti à diriger et à « Servir le développement socialiste libre et progressiste de la société ». Les réformateurs souhaitent restaurer la liberté de rassemblement et le droit à la constitution d’associations indépendantes, façon d’empêcher le multipartisme, que Vaclav Havel était un des seuls à réclamer. Plus encore, l’importation de titres de la presse étrangère est envisagée.

Dès lors de conflit était ouvert entre les pays du pacte de Varsovie, qui voyaient dans ce texte la charte de la  » contre-révolution « , et les dirigeants de Prague. Le 5 juillet se réunissent à Varsovie les dirigeants de cinq pays orthodoxes (Brejnev, Gomulka, Ulbricht, Kadar, Jivkov).

Pour Brejnev la direction du PCT n’est plus maîtresse de la situation. Et d’exprimer déjà une première version de la «  doctrine Brejnev «  en indiquant que  » si l’unité, la force, voire la substance du camp socialiste se trouvaient menacées, il deviendrait alors du devoir des communistes et des hommes d’Etat d’apporter leur aide non seulement à la classe ouvrière mais aussi au peuple tchécoslovaque tout entier ».

La lettre adressée aux dirigeants de Prague est comminatoire :  » il s’est créé une situation absolument inacceptable pour un pays socialiste… L’opposition résolue aux forces anti-communistes ; n’est pas uniquement votre propre tâche, mais également la nôtre. « 

Dans sa réponse le présidium tchécoslovaque exprime sa fidélité aux idéaux socialistes et au Pacte de Varsovie. Tito et Ceausescu apportent leur soutien aux dirigeants de Prague. Les partis français britannique, espagnol et surtout italien tentent alors de s’interposer pour éviter une intervention armée. Dubcek refuse de se rendre en Union Soviétique et impose deux conditions à toute rencontre avec les dirigeants soviétiques : qu’elle ait lieu sur son sol et après le départ du dernier soldat soviétique. Gromyko se veut rassurant :« Il n’y aura pas de grande guerre », déclare-t-il au Politburo, le 19 juillet, ajoutant…Mais si nous perdons la Tchécoslovaquie, la tentation sera forte pour d’autres ».

Il est vrai que les dirigeants occidentaux ont tout fait pour en convaincre Moscou, en renforçant ainsi les partisans de la ligne dure. Le New York Times du 18 juillet crut pouvoir affirmer que selon Dean Rusk, le secrétaire d’Etat, une intervention soviétique en Tchécoslovaquie « nuirait aux relations entre les Etats-Unis et l’URSS ».
Mais cette affirmation bien anodine est démentie le jour même par le Département d’Etat et Dean Rusk déclare quatre jours plus tard à Gromyko, selon les archives du Politburo, que « Dès le début, les Etats-Unis n’ont nullement eu l’intention d’être impliqué dans les événements. Ils concernent les autres pays du pacte de Varsovie ».

Une des ultimes rencontres se tînt près de la frontière entre la Slovaquie et l’URSS du 29 au 31 juillet à Čierna nad Tisou dans une atmosphère tendue. Lors de la première série de rencontres, Dubcek y défendît son programme tout en renouvelant ses engagements vis-à-vis du Pacte de Varsovie et du Comecon. Brejnev proposa alors un compromis : les délégués du parti communiste tchèque réaffirment leur loyauté au Pacte de Varsovie, s’engagent à restreindre les tendances          « antisocialistes » et à renforcer leur contrôle sur la presse.

En échange, l’URSS consent à retirer du pays les troupes en manœuvre depuis le mois de juin et autorise le Congrès du Parti prévu depuis juin pour le 9 septembre. Le 3 août, les représentants de l’URSS, de la RDA, de la Pologne, de la Hongrie, de la Bulgarie et de la Tchécoslovaquie à Bratislava signent une déclaration rappelant leur fidélité au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien .
Celle-ci se termine par la publication d’un communiqué qui proclame : — la fidélité des partis communistes à la réalisation du socialisme et à la poursuite d’une politique étrangère traditionnelle et aux renforcement de la cohésion du mouvement communiste international; — la reconnaissance, en termes très généraux, de certaines expériences nationale qui peuvent conduire au socialisme; — la solidarité des partis communistes, facteur d’unité du camp socialiste; — les principes d’égalité du respect de la souveraineté et de l’indépendance nationale, de l’intégrité territoriale, de l’entraide fraternelle et de la solidarité.
Kadar qui s’entretient longuement avec Dubcek.  » Si vous n’intervenez pas vous même contre certaines tendances, vous courrez le risque que la violence vienne d’ailleurs. Celui-ci ne voit pourtant pas le danger. Il déclare à la télévision  » les débats de Cierna et de Brastislava ont ouvert à notre processus socialiste de renaissance le champ qui lui était si nécessaire. La menace de l’intervention diminue. Mais la méfiance est forte de chaque côté. Les dirigeants soviétiques reçoivent une lettre d’invitation signée par les fidèles, Kapek, Svestka, Indra, et Pavlovsky.

Brejnev se fait de plus en plus menaçant accusant Dubcek de renier ses engagements
Après Bratislava, les troupes soviétiques quittent le territoire tchécoslovaque mais restent stationnées près de ses frontières. De toute façon tous les documents accompagnant l’intervention sont prêts pour la session du Politburo des 26 et 27 juillet.

La libéralisation du régime pourtant se poursuit et Prague reçoit le soutien du maréchal Tito en visite le 9 août et de Ceaucescu le 15 août lesquels reçoivent des accueils triomphaux. Le 16 août est signé à Prague un nouveau traité d’amitié entre la Roumanie et la Tchécoslovaquie.
Entre temps, le 12 Walter Ulbricht, adversaire déclaré du Printemps de Prague s’était rendu à Karlovy Vary pour y rencontrer Dubcek. A-t-il emporté la décision finale du Kremlin ?

En fait la décision d’intervenir était déjà prise dès le début août, la conférence de Bratislava n’ayant été qu’un paravent Le 16 la Pravda invite Prague sans ménagement à se conformer à la déclaration de Bratislava. Le lendemain Kadar rencontre à nouveau Dubcek et lance une ultime tentative : il lui demande de se débarrasser de Kriegel et de Cisar, dont Moscou demande la chute, et de consentir au stationnement de troupes soviétiques.
 » Ignorez-vous donc vraiment, lui dit-il, en prenant congé de lui, à qui vous avez affaire «. Dubcek refuse , Le Rubicon est traversé peu après. Quand la décision finale d’intervenir par la force a-t-elle été autorisée ? Pour Michel Tatu dans  » Une action préparée de longue date « , Le Monde du 21 août 1969 estime que Brejnev l’a prise dès le 6 août, une réaction conservatrice des  » ultras  » de l’appareil l’obligea à renverser la vapeur et à décider, sans équivoque cette fois, l’invasion.

Plusieurs indices et les archives plaident en effet en faveur d’un retournement opéré dans les jours ou les heures qui suivent le retour de la délégation soviétique à Moscou, le 5 août. Ce jour-là, la Pravda publie sur les résultats de la rencontre un éditorial plutôt  » dur « , mais où l’on trouve tout de même un élément de détente : le journal voit dans  » l’examen calme et raisonné, réfléchi et patient «  des différends à la norme à suivre dans les relations entre partis.

Or ces propos , qui ne cadrent évidemment pas avec l’imminence d’une solution militaire, disparaissent dès le lendemain et pour toujours du vocabulaire. Le Bureau politique, réuni à nouveau le 6 août, publie un communiqué peu concluant, mais toutes les décisions qui suivent témoignent d’un durcissement : dès le 11 août, de nouvelles grandes manœuvres sont annoncées en Ukraine occidentale, dans les  » régions méridionales de Pologne et de RDA puis en Hongrie, soit tout autour de la Tchécoslovaquie.
Le 11 août encore, la polémique reprend contre Prague dans la presse soviétique. Le 14, les maréchaux Gretchko et Yakoubovski, respectivement Ministre soviétique de la défense et commandant en chef des forces du pacte de Varsovie, sont signalés en Allemagne de l’Est.
Jiri Valenta qui s’est livré à une analyse fouillée du processus décisionnel soviétique estime que la décision a dû être finalisée entre le 10 et le 17 août.

Il analyse toutes les forces, institutions qui ont pesé en ce sens : il s’agit bien d’un processus complexe qui révéle l’épaisseur de l’appareil politico-bureaucratique et militaire soviétique. Le 18 août, Moscou reçoit les dirigeants des pays du pacte de Varsovie, dont les troupes doivent envahir la Tchécoslovaquie. A cette occasion Gomulka juge la situation pire qu’en Hongrie en 1956, et constate que l’ » on devrait préparer un scénario instaurant une dictature militaire ».
Pensée audacieuse et même prophétique car elle sera mise en œuvre dans son pays, en décembre 1981, par le général Jaruzelski.

L’intervention des Cinq à Prague : les noces de sang du socialisme et de la liberté

Quelqu’ait été la date exacte à laquelle fut prise la décision d’intervenir, la réunion prévue, pour le 9 septembre, du Congrès extraordinaire du Parti devant entériner les nouveaux statuts et élire un nouveau Comité central servit du butoir ultime, qu’il fallait absolument prévenir de créer l’irréparable.
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Lorsque le 20 août, l’ambassadeur Dobrynine vient informer le président Jonhson de l’invasion qui vient de commencer, il a pour instruction d’être très amical, de soulever d’autres sujets plus anodins, et ça marche : la conversation est entrecoupée d’éclats de rire, rapporte le compte- rendu.

En effet dès le 20 août , à23 h 30 les forces armées de cinq pays du Pacte de Varsovie — URSS, Bulgarie, Pologne, Hongrie et RDA, avec 400 000 soldats, 6 300 chars appuyés par 800 avions, 2 000 canons envahissent la Tchécoslovaquie, et occupent en quelques heures l’ensemble du territoire.[4] Ni la Roumanie, ni l’Albanie ne participent à l’opération , cette dernière en profite pour se retirer du Pacte de Varsovie.
Précisément en ce moment le Présidium tient une longue et difficile séance en vue du 14e Congrès. Le débat s’est engagé sur le texte de deux dirigeants de la fraction conservatrice Indra et Kolder. A 23 h 40 Cernik obtient des informations sans équivoque sur l’invasion. C’est la consternation générale.
Dubcek fond en larmes ;  » Moi qui ai consacré toute ma vie à la collaboration avec l’Union Soviétique, ils m’ont fait cela. C’est pour moi la tragédie de ma vie « « . La direction se ressaisit et met au point un texte destiné à la population, qui est prêt à 1 h 45 : l’invasion a eu lieu sans consultation avec les organes légaux du pays, c’est une violation du droit qu’elle condamne ; mais elle appelle la population à ne pas opposer de résistance. Quatre membres de la direction ont voté contre.
Moscou n’a pas réuni la majorité qui eut constitué le gouvernement ouvrier paysan dont la tâche aurait été de justifier l’intervention par un appel à l’aide… Les dirigeants tchèques sont arrêtés (Dubcek, Cisar, Cernik, Sik) et certains maltraités et emmenés de force en URSS.[5].
Mais le 23 août le XIV Congrès du parti communiste peut se réunir secrètement dans une usine de Prague. Le 21 août un groupe des « humiliés et offensés, » comme les aurait définis Fiodor Dostoïevski eurent le courage de manifester sur la place rouge contre l’intervention en Tchécoslovaquie.[6]

Pourquoi Prague ?

S’interrogeaient avec ironie un collectif de journalistes. On serait tenté de dire parce que le monde n’était pas sorti du système de Yalta, si cette expression n’avait été déjà tant utilisée. Mais de fait comme Washington ne pouvait supporter un  » second Cuba «  en Amérique Latine, Moscou ne pouvait tolérer une seconde Yougoslavie ou une seconde Roumanie comme en ont fait état très ouvertement les dirigeants soviétiques.
Les Etats-Unis, tout occupés par les perspectives de l’ouverture des SALT et les perspectives d’un prochain voyage de Johnson à Moscou ont été passifs tout au long de la crise de l’été. Le conseiller de Johnson pour les affaires de sécurité nationale Walt Rostow n’avait-il pas déclaré que Washington n’avait aucune option.
Les justifications de l’intervention ont varié. Le 21 août, les autorités soviétiques, qui viennent de prévenir le gouvernement américain de leur intervention, font savoir que les militants et les hommes d’Etat ont demandé à leurs alliés une aide urgente : notamment une aide militaire.  » En fait, l’emploi de l’article indéfini dénature déjà la justification invoquée et lui enlève toute portée juridique «  (Moscou déclare que l’aide militaire fournie est un devoir internationaliste commun à tous les Etats socialistes commandé par les menaces pesant sur les  » intérêts vitaux de l’URSS et des autres pays socialistes, les intérêts de la sécurité des Etats de la communauté socialiste « .

La décision d’intervention est motivée par le  » droit des Etats à l’autodéfense individuelle et collective prévu par les accords alliés et la Charte de l’ONU (art. 51). La thèse soviétique est apparemment simple : la Tchécoslovaquie a été victime d’une agression susceptible de remettre en cause les intérêts de la Communauté socialiste qui se trouvait ainsi placée dans une position de légitime défense. Le 22 août, le gouvernement tchèque dénonce, au contraire,  » l’agression perpétrée «  par les armées alliées contraire à la Charte de l’ONU, au Pacte de Varsovie, et aux principes du droit international.

Le second communiqué de l’agence Tass est plus ambigu  » l’Union Soviétique et les pays alliés ont répondu à l’appel des dirigeants du parti et du gouvernement tchécoslovaque qui réclamaient une aide en faveur du peuple frère… « . Mais au fil des jours plus aucune allusion n’est faite au dit appel.
Mais la résistance de la population et des dirigeants tchèques diminue Le 19 août Moscou avait invité Johnson à venir en URSS au début d’octobre. Il s’apprêtait à rendre publique son accord lorsque l’ambassadeur soviétique vint lui annoncer  » qu’à la demande du gouvernement tchécoslovaque les troupes du Pacte de Varsovie lui avaient accordé leur aide militaire [7].

Progressivement à partir de la Conférence de Moscou (23-24 août 1968) la résistance de la population diminue. Celle-ci, tenue dans le plus grand secret et alors que les dirigeants tchèques subissent menaces et pressions physiques, s’achève sur une capitulation politique des dirigeants de Prague qui acceptent : — l’application sans réserve des accords antérieurs (Cierna – Bratislava); — le renforcement du rôle du parti communiste et une attitude plus orthodoxe; — le développement de la coopération avec l’URSS; — le renforcement du régime socialiste, c’est-à-dire la restriction des libertés accordées depuis janvier 1968; — le respect du statu quo territorial et du régime socialiste. [8]

Les troupes étrangères évacueront le territoire à mesure que la  » normalisation «  progressera, mais en attendant, l’occupation de la Tchécoslovaquie trouve un fondement légal avec la signature, le 16 octobre, du traité sur le stationnement temporaire des troupes étrangères.
Celui-ci prévoyait le stationnement permanent des troupes soviétiques (70 000 h). Les autres troupes doivent évacuer dans un délai de deux mois. Les troupes ne portent pas atteinte à la souveraineté du pays et elles ne doivent pas s’immiscer dans ses affaires intérieures.
Pour le camp orthodoxe la présence de ces troupes se justifie par la nécessité de garantir la sécurité des pays de la communauté socialiste face au danger  » impérialiste ouest allemand « .

L’intervention soviétique et de ses alliés entendait se fonder sur le respect des accords alliés. Elle fut en fait contraire aux termes du traité de Varsovie : — l’assistance ne joue qu’au cas d’agression armée. L’article 4 alinéa 1 du Pacte est formel sur ce point. Il prévoit qu’au cas d’agression armée entre les Etats signataires chaque Etat membre exercera son droit à l’autodéfense individuelle et collective ; — la non-ingérence dans les affaires d’un Etat membre.
Ce principe est rappelé explicitement par l’article 8 du Pacte qui est une alliance purement défensive. De plus l’article 1 stipule que les membres du Pacte renoncent dans leurs rapports mutuels à la violence et s’engagent à résoudre leurs litiges internationaux par des moyens pacifiques. Le 26 septembre, l’éditorial de la Pravda érigea, pour la première fois , le droit d’intervention de la communauté socialiste en justification unique de l’opération militaire des Cinq.

M. Gromyko, reprendra ce thème, le 4 octobre, devant l’Assemblée générale :  » les pays socialistes ont agi pour défendre leurs intérêts vitaux, alors qu’ils avaient plus d’une fois averti ceux qui sont exposés à la tentation de faire reculer la communauté socialiste ou d’en arracher ne fût-ce qu’un maillon, qu’ils ne le toléreraient pas , Paroles dont il faudra se souvenir onze années plus tard lors de l’affaire afghane.

Quelle fut l’action de l’ONU ?

Saisie dès le 21 août à la demande de six de ses membres (Canada, Danemark, France, Royaume-Uni, et Etats-Unis) Paraguay étant le seul Etat du Tiers monde à joindre sa voix à ce groupe le Conseil de Sécurité décide par 13 voix contre 2 (URSS, Hongrie) de l’inscrire à son ordre du jour, le veto ne jouant pas pour une question de procédure.
Un projet de résolution ,mis au point par les six auxquels se sont joints le Brésil et le Sénégal , condamne l’intervention et demande le retrait immédiat des troupes ; il ne recueille que 10 voix contre 2 (URSS, Hongrie) et 3 abstentions (Algérie, Inde, Pakistan). Après  » l’accord de Moscou «  le Conseil se dessaisit de l’affaire, le 24 ; alors que le représentant tchèque invite, le 27, le Conseil à retirer la question de son ordre du jour.

Les Occidentaux auraient pu, comme pour l’affaire hongroise en 1956, tourner le veto soviétique, et en utilisant la résolution Acheson réunir une Assemblée extraordinaire d’urgence. Mais pour ceci ils auraient dû bénéficier de l’appui des pays non alignés, et s’exposer de ce fait à des demandes reconventionnelles destinées à discuter des sujets intéressants (affaire rhodésienne, colonies portugaises, question palestinienne). De plus le problème tchèque ne les motivait pas, contrairement à l’Afghanistan onze années plus tard. Signe d’une division de monde qui reste réelle. Un débat à l’Assemblée Générale aurait conduit l’URSS à se justifier, n’était-ce pas là le principal mérite d’un débat public à l’ONU.

La doctrine Brejnev, la souveraineté limitée

Le Printemps de Prague, illustra le principe de la « souveraineté limitée » et préfigura ce qui va devenir peu après la doctrine Brejnev[9]». L’attachement soviétique à la « politique des blocs « se traduit surtout par l’appel à un principe supérieur d’application régionale : « l’internationalisme prolétarien ».

Léonid Brejnev a prévenu le 3 juillet 1968 « Nous ne pouvons être et nous ne resterons jamais indifférents envers le destin de l’édification socialiste dans les autres nations, envers la cause commune du socialisme et du communisme ». Le principe trouve sa source dans l’article 5 du Pacte : « Les parties contractantes prendront les autres mesures concertées nécessaires pour consolider leur capacité défensive, de façon à protéger le travail pacifique de leurs peuples, à garantir l’intégrité de leurs frontières et territoires et à assurer la défense contre toute agression éventuelle ».qui va beaucoup plus loin que l’article équivalent du Pacte atlantique qui s’en tient à la défense de la souveraineté et de l’indépendance de ses membres.
Il est formulé avec précision dans l’accord de Bratislava (3 août 1968) : « Le maintien, la consolidation et la défense des conquêtes remportées au prix des efforts héroïques et du travail plein d’abnégation de chaque peuple, est le devoir international commun de tous les pays socialistes. «

Cette théorie a été clairement exposée par M. Malik devant le Conseil de sécurité, le 22 août. C’est à cette occasion que fut dès le même jour proclamé dans la Pravda la « doctrine Brejnev », qui octroyait un droit d’intervention à la « communauté socialiste » quand le socialisme était menacé dans un pays en faisant partie. « Est conforme aux principes de l’internationalisme socialiste et constitue un acte de légitime défense toute mesure prise par des Etats socialistes – y compris l’intervention militaire – pour venir en aide à un pays socialiste, sans même son accord, lorsque cette dernière menace de s’écarter du socialisme et met ainsi en cause les intérêts et la sécurité des autres pays de la communauté socialiste ».[10]

Le 11 novembre 1968, Leonid Brejnev, déclara que la contre révolution tchécoslovaque représentait une menace contre les intérêts communs du camp socialiste, et que celui-ci était obligé de prendre des mesures de défense et de protection .Ce principe de « souveraineté limitée »  a été incorporé dans le droit conventionnel par le traité du 6 mai 1970, dont l’article 1er disposait que « les Etats s’engagent « dans tous les domaines à se fournir une aide et un soutien fraternels mutuels agissant sur la base du respect mutuel de la souveraineté et de l’indépendance, de l’égalité des droits et de la non -immixtion dans les affaires intérieures », ce qui apparaissait contradictoire.

Mais le préambule, al.3 était plus explicite : « Le soutien, le renforcement et la protection des acquisitions socialiser sont le devoir international de chaque pays socialiste ». Les parties contractantes conviennent qu’au cas de difficulté interne l’autre partie agira pour protéger le régime socialiste. »

En octobre 1969, une déclaration conjointe soviéto-tchécoslovaque considère l’intervention armée d’août 1968 comme un acte de solidarité internationaliste qui a permis de barrer la voie aux forces contre-révolutionnaires et antisocialistes. Cette doctrine de la « souveraineté limitée » fut entérinée par une conférence communiste en juin 1969, puis reprise dans le traité soviéto -tchèque de 1970 et le traité soviéto -est allemand de 1975.

Les réactions internationales : critiques limitées, et leçons tirées

Nicolae Ceausescu est le seul leader socialiste qui critiqua la politique soviétique en Tchécoslovaquie, lors d’un fameux discours prononcé d’un balcon de Bucarest, ce qui explique la large complaisance dont il fit preuve à l’Ouest, en dépit de sa politique dictatoriale et la destruction du patrimoine architectural du vieux Bucarest à laquelle il s’est livré sans restreinte. La République populaire de Chine condamna également l’invasion , preuve supplémentaire du « social- impérialisme »,de la direction soviétique qu’elle n’avait cessé de vilipender ; à l’opposé de Fidel Castro , dépendant largement de l’aide soviétique.

Les pays occidentaux, plus préoccupés par les manifestations de mai 68 ou la guerre du Viêt Nam , toujours attachés à la poursuite de la détente, n’ exprimèrent qu’une protestation modérée. Le démarrage des négociations portant sur le armements stratégiques (SALT), l’élément central de la politique du tandem Nixon- Kissinger, ne fut reporté que de quelques mois.

Le général de Gaulle fit publier un communiqué savamment dosé où il renvoie presque dos à dos les deux Grands :« « L’intervention armée de l’Union soviétique en Tchécoslovaquie montre que le gouvernement de Moscou ne s’est pas dégagé de la « politique des blocs ». Qui a été imposée à l’Europe par l’effet des accords de Yalta, qui est incompatible avec le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui outre qu’elle porte atteinte aux droits et au destin d’une nation amie n’a pu et ne peut conduire qu’à la tension internationale, de nature à contrer la détente européenne ».

Mais le lendemain au Conseil des Ministres il aurait affirmé après avoir qualifié la Tchécoslovaquie de pays artificiel et mal foutu : « L’incident actuel est déplorable. Gardons-nous cependant des excès de langage. Tôt ou tard la Russie reviendra, ce qui nous oblige à ne pas saboter la perspective de la détente sous prétexte de plaire à Guy Mollet ».[11]

Notons que le chef d’Etat français s’était rendu en Roumanie, en plein mouvement 68, mais non en Tchécoslovaquie et que Richard Nixon en fit de même en 1969. De Gaulle encourageait les Polonais à affirmer leur identité ; mais les intellectuels, utopistes et rêveurs du Printemps de Prague, qui n’avaient pas le sens des réalités et qui de toute façon se seraient adressés aux Allemands plutôt qu’à la France , n’attiraient pas sa sympathie.

Le SPD et Willy Brandt très sensibles aux critiques qui leur furent adressées, d’avoir apporté un soutien trop prononcé aux promoteurs du Printemps, en ont tiré la leçon selon laquelle il n’était pas possible de détacher un membre du camp socialiste de l’URSS et qu’il faut donc passer par elle. Il en fut de même en Pologne ; où les leaders du mouvement ouvrier, ont jugé plus efficient de ne pas demander le pouvoir de respecter le Pacte de Varsovie et de s’en tenir au monopole du PC, tout en créant une société parallèle, sinon souterraine, appelée un jour à prendre la relève … ce qui survint avec la Table ronde d’avril 1989 et peu après avec les élections libres du 4 juin

Le président Johnson, dit le 10 septembre « Nous espérons que ce fâcheux incident de parcours n’aura que des conséquences momentanées… ». Un des conseillers de Kissinger, Helmut Sonnenfeld qui sera à l’origine d’une doctrine éponyme, a même confié : « Cela aurait été très dur pour nous si Dubcek avait réussi, parce que cela aurait légitimé le communisme, l’eurocommunisme, le fait que le communisme pouvait évoluer ».[12]

Après août, il n’y aura aucune sanction économique et la mauvaise humeur occidentale vis-à-vis de Moscou ne durera que quatre mois. Il est vrai que Dubcek ayant capitulé, il était difficile d’être plus tchèque que les Tchèques.

La normalisation

Le siège du Comité central fut investi par les Russes qui arrêtèrent Dubcek et quelques autres leaders qui furent amenés à Moscou soit pour les liquider, soit pour les remplacer par un gouvernement conservateur. L’opération de police n’atteint pas tous les objectifs qu’elle s’était assignée. Moscou dut négocier la mise sous tutelle du gouvernement tchécoslovaque. Le 18 Octobre 1968 fut signé un « traité sur le stationnement temporaire des troupes soviétiques « que l’Assemblée nationale tchécoslovaque dut ratifier.

La reprise en main commença en janvier 1969, lorsque le praesidium du Parti dénonça les grèves étudiantes et ouvrières. L’étudiant Jan Palach s’immole par le feu, le 16 janvier. «. Dans la nuit du 28 au 29 mars, après la victoire de l’équipe nationale de hockey sur glace sur celle de l’Union soviétique aux Jeux olympiques, tout le pays s’est enflammé spontanément. A Prague, trois cent mille habitants sur un million ont envahi rues et places.

Partout un million de citoyens sur quatorze et demi ont clamé la colère du peuple. Scandant parfois un ironique  » Oussouri ha ! ha ! ha ! « , En référence au conflit armé sino-soviétique sur la rivière de ce nom, la foule a exercé sa fureur sur les symboles du pouvoir honni- les monuments de l’amitié tchécoslovaco-soviétique.

En cet après-midi du jeudi 17 avril 1969, le comité central du PC tchécoslovaque siège, comme à l’accoutumée, au château de Prague. Mais ce n’est pas une séance de routine, puisque le premier secrétaire, Alexandre Dubcek, s’y démet de ses fonctions. Le vaincu propose son successeur : Gustav Husak, Slovaque comme lui : 87,6 % des présents entérinent ce  » choix

Dès le lendemain de l’invasion, l’URSS n’a pas trouvé dans les  » hommes du printemps de Prague «  des représentants capables de conclure avec la force d’occupation un compromis alors possible et beaucoup plus acceptable.
Le succès militaire s’est doublé pour l’occupant d’un grave échec politique ; il n’a pas réussi à mettre en place le  » gouvernement ouvrier-paysan «  prévu. A la suite de l’intervention armée des forces du Pacte de Varsovie ; 120 000 Tchécoslovaques quittèrent le pays et 500 000 environ furent contraints d’abandonner leur emploi pour des ateliers perdus dans les fins fonds ou pour de lointaines fabriques, pour le volant des camions, c’est-à-dire pour des lieux d’où personne n’entendra plus leurs voix », écrit Milan Kundera, qui s’exilera en France.[13] Pour lequel pour la première fois depuis quatre siècles la Bohême se situait sur l’avant -scène mondiale, allusion à la défénestration de Prague à l’origine de la guerre de Trente Ans.

Il a fallu attendre le 4 décembre 1989, près d’un mois après la chute du mur de Berlin et l’émancipation des pays de l’Est , pour que les pays du Pacte de Varsovie, condamnent enfin l’intervention militaire d’août 1968, qu’ils déclarent avoir été « une ingérence dans les affaires intérieures de la Tchécoslovaquie souveraine et qui doit être condamnée. Le Parti communiste réhabilite ceux qu’il avait exclus .

Que pouvait -il faire d’autre : le train de l’histoire l’avait laissé sur le quai.

L’intervention soviétique en Tchécoslovaquie eut plusieurs effets. Tout d’abord elle mit un terme, au moins temporaire, non seulement au processus naissant de la détente, mais à toute une série d’espérances celles-ci reposant sur la conviction qu’avec le relâchement des tensions en Europe une coopération élargie pouvait être instituée en Europe menant à une sorte de sécurité collective.

Mais en définitive, en prenant de la hauteur, la crise tchécoslovaque ne fit que repousser de quelques mois le dialogue naissant entre les deux Grands démontrant ainsi leur préoccupation commune de ne pas être perturbés par les problèmes de leurs alliés. Certainement elle porta un coup fatal à l’Europe de l’Atlantique à l’Oural chère au général de Gaulle, qui ne devait rester que huit mois à l’Elysée.
Elle démontra aussi la grande asymétrie des forces régnant en Europe Centrale, phénomène qui , couplé avec la doctrine Brejnev, démontrait que les problèmes de la sécurité européenne devenaient préoccupants, une question qui devait occuper les devants de la scène diplomatique durent les vingt prochaines années. L’échec du Printemps de Prague représenta aussi, selon la formule de Leszek Kolakowski, la « mort clinique du marxisme « en Europe.

Ce qu’on a découvert à Prague en 1968 c’est qu’il n’y a pas de socialisme à visage humain et il s’écoulera encore une vingtaine d’années avant qu’on s’en rende compte à Moscou…C’est aussi en ce sens que le Printemps de 1968 fut un révélateur dans l’histoire intellectuelle et politique de l’après-guerre, une sorte de coup de gong avant les grands événements de 1989 en Europe de l’Est.

Un autre apport de ses apports fut , selon la lecture qu’en à faire Vaclav Havel, le réveil de la société civile, de la conscience civique qui a ses antécédents dans la culture d’une société centre -européenne. Si Havel a parlé à propos de la révolution de velours de « révolution des enfants » c’est précisément parce que de nombreux leaders du mouvement étaient des descendants de ceux qui, en 1968, avaient incarné les idées du Printemps de Prague.

C’est en ce sens que le sursaut démocratique de 1968 fait figure, à côté de celui de 1956 en Hongrie et avant celui du mouvement de Solidarité en Pologne, en 1980, une contribution au         « début de la fin du communisme et un pas vers la réunification européenne après 1989.[14]

Plus de 50 ans après, la mémoire du « Printemps de Prague » a été occultée, et passe bien après la « révolution de velours « de 1989. Car ces événements ont été l’œuvre des communistes, dont le souvenir s’est estompé. Déjà bien avant le divorce tchéco -slovaque de 1993, les Tchèques ne s’identifiaient plus au Slovaque Dubcek, qui n’est perçu positivement que par 60% des Slovaques et 47% des Tchèques.
Le « socialisme à visage humain » n’intéresse plus qu’une petite portion de la gauche non communiste et des Verts, ultra minoritaires. 1968 fut une agression, la fin d’une illusion, un drame immense, autant d’événements qui ne se prêtent pas à célébration
Faut- il voir dans le gouffre entre la jeunesse qui venaient de défiler sous les chants de l’Internationale, et celle des pays communistes où avaient été détruits l’économie et les libertés, l’une des raisons de l’actuelle scission au sein de l’UE, comme l’écrit Stéphane Courtois, spécialiste du communisme.[15]

Eugène Berg Ambassadeur

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________________________________________
[1] Il avait déclaré, le 29 août, devant la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale : « Ce n’est pas parce qu’il y a un accident de la route qu’il faut interdire la circulation, un « accident de parcours qui ne peut empêcher la France de poursuivre sa volonté de faire triompher sa conception de la détente ».
[2] Mark Kurlansky, 1968, The Year that rocked the world, Vintage, 2005.
[3] Et Prague a cru à un socialisme à visage humain, Courrier international n° 1438 du 24 au 30 mai 2018.
[4] L’opération fut menée avec maîtrise et efficacité. Dès le 20, à 16 heures, le colonel Salgovic, vice-ministre de l’intérieur, chef de la sécurité d’Etat, homme sûr du Kremlin a prévenu ses agents. Les effectifs de la douane sont doublés pour laisser passer les passagers de deux avions de l’Aeroflot, non prévus, qui se posent à 22 et 23 heures, qui civils prennent le chemin de Prague. Ce n’est qu’un peu avant 2 heures du matin que se pose, guidé par l’un des avions de l’Aeroflot, le premier avion de transport militaire, qui prend possession de l’aéroport. Pendant toute la nuit les avions se succéderont à la cadence d’un par minute
[5] Soviet intervention in Czechoslovakia 1978 Anatomy of a decision.
[6] Plus personne ne se souvient de leur nom : Pavel Litvinov, Konstantin Babitskij, Vadim Deloné, Natalja Gorbanevskaja , Larisa Bogoraz, Viktor Fajnberg. “ Bas les mains de la Tchécoslovaquie ! » « Pour votre et notre liberté ! »
[7] ) L’insécurité européenne Charles Zorgbibe QSJ n° 1572
[8] Frantisek Kriegel, d’origine juive, a été le seul à refuser de signer le protocole d’accord avec Moscou.[8]

[9] Cette doctrine de l »’aide fraternelle « signifie un retour au primat de l’internationalisme prolétarien, une résurgence des premiers concepts du droit international, ceux qu’exposait dès 1924 Korovin dans le « droit international de l’époque de transition ». L’Etat souverain n’est pas transcendant aux classes, il n’est pas au-delà de la classe prolétarienne universelle, le pouvoir soviétique devient le protagoniste des intérêts de la classe du prolétariat universel, devenu sujet du droit international à l’égal des Etats souverains. Dans cette optique seule l’intervention par la classe prolétarienne universelle est légitime, car elle a pour bit le développement progressif de la société, l’intervention devant alors chirurgicale et « adoucissant les douleurs de l’enfantement d’un monde nouveau » (Charles Zorgbibe, les politiques étrangères des grandes puissances Que Sais-je ? N°2160, p. 63.
[10] La souveraineté au XXe siècle, ouvrage collectif, Armand Colin, 1971, p.44.
[11] Raymond Tournoux, Le Feu et la Cendre, les années politiques du général de Gaulle, 1946 – 1970, Plon, 1979 p.356. Allusion au propos de Guy Mollet pour lequel la politique extérieure gaulliste s’effondrait.
[12] Pierre Hassner in Le printemps tchécoslovaque 1968, op.cit. p. 277.
[13] Prague, l’autre printemps 68 Olivier Guez, Le Point, 2 juillet 2018 ;
[14] Sous la direction de François Fejtö et Jacques Rupnik, Le printemps tchécoslovaque 1968, Préface de Vaclav Havel, Complexe, 2008 p .345.
[15] Le Figaro, 21 août 2018 où il oppose les élites issues de mai 1968 et donneuses de leçons et des peuples d’Europe centrale encore traumatisés par un demi- siècle de domination totalitaire, tant nazie que communiste.

 

Eugène Berg Ambassadeur

Biographie Eugène Berg

CARRIÈRE DIPLOMATIQUE
 - Ministère des Affaires Étrangères
Direction des affaires politiques, puis au Service des Nations unies et Organisations Internationales.
Adjoint au Président de la Commission Interministérielle pour la Coopération franco-allemande.
Consul général à Leipzig (Allemagne).
Ambassadeur de France en Namibie et au Botswana.

Ambassadeur de France aux îles Fidji, à Kiribati, aux Iles Marshall, aux Etats Fédérés de Micronésie, à Nauru, à Tonga et à Tuvalu.

DIPLÔMES
 Maîtrise d’économie 1965
 Proficiency Cambridge 1966
Ancien élève de l’E.N.A. l'Ecole Nationale d'Administration (1971– 1973)
ENSEIGNEMENT
Maître de conférences à IEP Paris (1973 – 1986),
Direction de Séminaire sur le Pacifique (2006 – 2008),
Conférences de méthode,
Interventions à l’ENA,
Interventions à l’École Polytechnique,
Préparation ENA de Grenoble (1973 – 1986, 1989 – 1993), Toulouse, Aix en Provence,
Enseignements de géopolitique au CEDS Paris et à Saint -Cyr
OUVRAGES– PUBLIÉS
Chronologie Internationale (1945-1980 éd. PUF Collection Que sais-je ? 1997 4 éditions. Non alignement et Nouvel Ordre Mondial éd. PUF – 1982
La politique internationale depuis 1955 éditions Economica – 1990 -1756 pages ouvrage couronné par l’Académie des Sciences morales et politiques
Un ambassadeur dans la Pacifique éd. Hermann 2009
La Russie pour les Nuls (éditions First, 2016).
A la recherche de l’Ordre mondial éd Apopsix, septembre 2018

 

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