Séparatisme ou politique de la terreur ? Par Luc Ferry

Séparatisme ou politique de la terreur ?
Luc Ferry

Une limite a été franchie dans l’abjection avec le meurtre ignoble de ce professeur d’histoire exemplaire qui, loin de vouloir provoquer ses élèves, ne faisait que son métier, à vrai dire son devoir, en les invitant avec tact et bienveillance à réfléchir, à partir d’un cas réel qu’il fallait bien montrer, aux limites ( ou non) de la liberté d’expression. C’est événement atroce, qui bouleverse le pays, mais qui, n’en doutons pas, réjouit aussi les fanatiques islamistes qui, hélas, y résident, appelle une série de remarques tant de forme que de fond.

D’abord sur le vocabulaire.
La notion de « séparatisme » qui avait peut-être une certaine pertinence dans le passé, est désormais tout à fait inadéquate pour qualifier ce que nous vivons et qui doit être désigné par des termes justes, car c’est bel et bien à une politique concertée de propagation de la terreur, et non à des actes de sécession, que nous avons affaire.

Disant les choses plus clairement : après ce qu’il s’est passé à Conflans, quel professeur, s’il n’est toujours pas soutenu par sa hiérarchie, osera encore, ne serait-ce qu’évoquer les caricatures de Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression ?
Qui prendra encore le risque d’être harcelé sur les réseaux sociaux, de mettre sa vie en danger, voire de se faire égorger dans la rue au sortir de sa classe ?

Le mot de « séparatisme », comme le montre Tahar Ben Jelloun dans un récent article du Point, est doublement fallacieux. Non seulement il ne désigne pas avec justesse cette politique de la terreur, mais il occulte le fait que, pour divorcer, il faut d’abord s’être marié. Or l’islamisme, qui confond laïcité et athéisme, n’a jamais adhéré si peu que ce soit aux valeurs de la République. Il ne cherche donc pas à s’en séparer, mais à les anéantir en terrorisant tous ceux qui les défendent activement Dans la presse ou dans l’école, ce qui n’est pas la même chose.

Comme l’écrit à juste titre Ben Jelloun, « le mot séparatisme employé par le chef de l’État ne convient pas. L’islamiste se moque pas mal du discours d’un Président de la République qui cherche à apaiser les tensions. Il a une mission : répandre l’islam dans un premier temps, ensuite passer à l’attaque pour punir les mécréants !

Les valeurs de la république, il s’en tape ! »

La prochaine Lois devra non seulement éviter ce mot, mais surtout renoncer à la calamiteuse obligation de scolariser les enfants dans des établissements dès l’âge de trois ans. C’est le meilleur moyen, pardon d’y insister, de booster la création d’écoles privées hors contrat, sur lesquelles l’État n’aura pratiquement aucun contrôle. Comme Malika Sorel le dit depuis des années (voir son livre Décomposition française chez Fayard), il est temps d’en finir avec l’irénisme et la naïveté.

Il est urgent, pour commencer, de donner à notre police les moyens de tracer et de traquer ceux qui profèrent des menaces de viol et de mort sur les réseaux sociaux afin qu’ils soient poursuivis et mis hors d’état de nuire.
C’est le problème numéro un et il est inconcevable que ceux  qui persécutent aujourd’hui la jeune Mila puissent le faire en toute impunité, cachés derrière leurs écrans. Il faut ensuite fermer d’urgence les lieux de haine, décréter sans hésiter, chaque fois que nécessaire, la déchéance de nationalité, renvoyer dans leurs pénates les fichiers S étrangers et ne pas laisser sortir de prison sans autre forme de procès les djihadistes condamnés pour des actes de terrorisme.

Certains proposent qu’on débatte dans tous les établissements scolaires des caricatures de Mahomet et de la liberté d’expression. C’est sans doute une bonne idée, à condition toutefois d’éviter une mise en œuvre trop mécanique qui tournerait à l’avantage des fondamentalistes qui en profiteront pour rallier les modérés.
Pour éviter ce piège, il serait par exemple utile de montrer aux élèves des caricatures touchant aussi les autres religions et de se demander pourquoi seuls les islamistes en viennent à tuer, alors même que certains imams, comme le courageux Hassen Chalghoumi, ou même le grand imam de Bordeaux, défendent explicitement la liberté d’expression, voire le droit à la caricature, et condamnent sans réserve ces assassinats. Si, sur un plan purement théologique, la frontière entre islam et islamisme n’est pas toujours très claire, elle existe malgré tout dans la réalité des personnes. Or, sans une large mobilisation des musulmans, rien ne se fera en profondeur dans le travail de longue haleine qui nous attend et auquel il est vital de les associer.

Luc Ferry
le Figaro

22 Octobre 2020

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