La nouvelle politique étrangère de Joe Biden par Leo Keller

“I like Joe Biden as a human being!” Henry Kissinger

Acta est fibula ! Il était temps.

La chute de la Maison Trump nous fait penser à la délicieuse formule de Clémenceau recevant un préfet qu’il limogeait. Ce dernier s’enquit de son licenciement et lui demanda :
– Que me reproche-t-on Monsieur le Ministre : d’être une fripouille ou un imbécile ?
– On vous reproche de cumuler, lui répondit Clémenceau.

Que le lecteur nous pardonne, mais nous ne pouvons résister au plaisir gourmet et délicat de citer Cicéron qui écrivit dans ses célèbres catilinaires :
« Tes projets sont percés un jour ; ne le sens-tu pas ? Ta conspiration connue de tous est déjà maîtrisée; ne le vois-tu pas ? Ce que tu as fait la nuit dernière, et aussi la nuit précédente, où tu as été, qui tu as convoqué, ce que tu as résolu, crois-tu qu’un seul d’entre nous l’ignore ? » 

Pour ceux qui maîtriseraient mieux le latin que le français voici le texte exact.
« Patere tua consilia non sentis ? Constrictam iam horum omnium scientia teneri conjurationem tuam non uides ? Quid proxima ; quid superiore nocte egeris, ubi fueris, quos conuocaueris, quid consili ceperis, quem nostrum ignorare arbitraris ?» 1

Nous allons donc tenter- l’art des prévisions étant toujours un exercice périlleux- de discerner les lignes directrices qui inspireront la politique étrangère américaine de l’administration Biden.
La politique étrangère gonfalon des attributs régaliens.

Chaque nouveau président passe la première partie de son mandat à se familiariser avec les dossiers, puis à trier le bon grain de l’ivraie (en l’occurrence ce sera relativement facile), puis à amender ce qui peut et doit l’être enfin à élaborer sa propre politique étrangère.

Dans le cas présent les réparations sont urgentes et tellement nombreuses. Le navire américain, sous le leadership de Trump, a pris l’eau de toutes parts !
L’exercice est difficile en temps normal, il est on ne peut plus complexe pour Joe Biden dans la conjoncture actuelle même si les relations internationales lui sont tout sauf étrangères. Son expérience est d’ailleurs ce qui décida Obama à le choisir comme faire son vice- président.

Henri Kissinger avait parfaitement défini le champ d’application de la politique étrangère.
« What are we trying to achieve, even if we must pursue it alone? »
« What are we trying to prevent, even if we must combat it alone »?
What do we seek to prevent, no matter how it happens, and if necessary alone?
What do we seek to achieve, even if not supported by any multilateral effort?
What do we seek to achieve, or prevent, only if supported by an alliance?
What should we not engage in, even if urged by a multilateral group or an alliance?
And what is the nature of the values we seek to advance? Which applications of them are absolute, and which depend in part on circumstance?” 2

Tels seront donc les critères à l’aune desquels nous serons amenés à juger et jauger la politique de Joe Biden.
Joe Biden et Kamala Harris sauront intégrer- n’en doutons pas dans leur calculus de politique étrangère le-toujours aussi vrai- triptyque de Thucydide : Phobos, Kerdos, Doxa.
Gageons sans aucune difficulté qu’ils disposent pour le comprendre des outils intellectuels qui faisaient si cruellement défaut à Donald Trump et dont leur absence avait entraîné l’affaiblissement du pouvoir américain et leur risée sur la scène mondiale.

Biden et les douze travaux d’Hercule
1 La méthode : Réparer puis construire

Le temps manquera cruellement à Joe Biden puisqu’il n’effectuera qu’un seul mandat.
Joe Biden arrive donc dans un monde où l’hégémonie chinoise est chaque jour plus agressive mais aussi et l’on en parle beaucoup moins dans un monde où les sphères d’influence régionales prolifèrent et de surcroît ne sont pas toutes américaines.

Quoiqu’il veuille faire ou quoiqu’il fasse, Biden ne pourra échapper au constat de Fareed Zakaria : « the rhetoric of transformation but the reality of accomodation. » 3
Joe Biden devra, en tout premier lieu, réparer l’appareil diplomatique américain, son élite, son budget, son administration. Aucune politique étrangère ne peut se concevoir sans une définition claire et précise et sans les moyens nécessaires intellectuels et financiers pour la mettre en musique.

Nettoyer les écuries d’Augias ne sera pas une mince affaire à en juger par la nomination du nouveau Secrétaire à la Défense, Anthony Tata, faisant suite au limogeage de Mark Esper dont le seul tort fut de respecter la Constitution américaine avant la loyauté personnelle à Donald Trump.

Rappelons que dans le passé, Anthony Tata dont l’incompétence notoire est le seul bagage aux dires de l’ancien Directeur de la CIA John Brennan, avait qualifié Obama de terroriste.

Joe Biden n’a pas la haine des élites Il saura s’appuyer sur elles, il ne passera pas son temps- ce seront ses deux premiers changements- à inonder son administration avec des tweets incendiaires tels que :
I told Rex Tillerson, our wonderful Secretary of State, that he is wasting his time trying to negotiate with Little Rocket Man,” “Save your energy Rex we’ll do what has to be done!” 4

“The Intelligence people seem to be extremely passive and naive when it comes to the dangers of Iran. They are wrong! “When I became President Iran was making trouble all over the Middle East, and beyond. ” Perhaps Intelligence should go back to school. » 5

Cumulés à sa rencontre en présence d’un seul interprète avec Poutine, ses tweets ont affaibli l’influence et la puissance américaine tant à l’étranger que dans le pays. Sans être un adepte forcené de la croyance de César qui avait pour credo : « Oderint dum metuant », force est de reconnaître que la confiance américaine à l’étranger s’est dévaluée au rang d’un « Junk Bond » sous la présidence Trump.

La troisième et principale tâche de Biden sera d’afficher qu’America Is Back. Tout dans son passé sénatorial le montre.

He or she will have to salvage our reputation, rebuild confidence in our leadership, and mobilize our country and our allies to rapidly meet new challenges. There will be no time to lose.”…” This is not a moment for fear. This is the time to tap the strength and audacity that took us to victory in two world wars and brought down the Iron Curtain.”
“As a nation, we have to prove to the world that the United States is prepared to lead again—not just with the example of our power but also with the power of our example.” 6

Cela sonne le glas de l’isolationnisme. Mais que les Européens ne sautent pas de joie, cela ne signifie pas forcément le retour du multilatéralisme tintinnabulant. En la matière, trop de signaux contradictoires sont présents.

Plus généralement ce qui changera, c’est la restauration des alliances américaines. Joe Biden devra colmater puis réparer les dommages causés. On ne traite pas impunément l’Europe d’ennemie, on ne se gausse pas impunément de l’OTAN et pour reprendre la judicieuse formule de Gérard Araud: « Je savais que la diplomatie, c’était parler au diable, mais rien ne m’obligerait jamais à dire que le diable était un ange. » 7

Biden traitera- bien évidemment et bien heureusement- avec Erdogan, Xi-Ji Ping, Poutine, Kim Jong Un ; il ne les encensera pas et ne fera pas concessions sur concessions pour prix d’une photo à la une de tous les médias mondiaux. Ayant dit cela, précisons que nous ne sommes pas un partisan acharné de la pactomanie des frères Dulles.
L’ordre mondial et la puissance américaine ont cependant toujours relevé des systèmes d’alliance.

Biden était le Vice- Président d’Obama qui déclara lors d’une interview à Jeffrey Goldberg :

“If China fails; if it is not able to maintain a trajectory that satisfies its population and has to resort to nationalism as an organizing principle; if it feels so overwhelmed that it never takes on the responsibilities of a country its size in maintaining the international order; if it views the world only in terms of regional spheres of influence—then not only do we see the potential for conflict with China, but we will find ourselves having more difficulty dealing with these other challenges that are going to come.”
Many people, I noted, want the president to be more forceful in confronting China, especially in the South China Sea. Hillary Clinton, for one, has been heard to say in private settings, “I don’t want my grandchildren to live in a world dominated by the Chinese.”
“But whether it’s our fight to degrade and destroy the terrorist network known as ISIL, or to contain and combat the Ebola epidemic in West Africa, the one constant –- the one global necessity –- is and has been American leadership.” Obama ‘s address APEC Summit 2015 .8

Pour employer une formule américaine, ce sont là de bons credentials.
Relisons les propos qu’il tenait en Avril 2020:
« As president, I will not enter into any new trade agreements until we have invested in Americans and equipped them to succeed in the global economy. And I will not negotiate new deals without having labor and environmental leaders at the table in a meaningful way and without including strong enforcement provisions to hold our partners to the deals they sign.”
“…China represents a special challenge…The most effective way to meet that challenge is to build a united front of U.S. allies and partners to confront China’s abusive behaviors and human rights violations, even as we seek to cooperate with Beijing on issues where our interests converge, such as climate change, nonproliferation, and global health security.”
“…The Biden foreign policy agenda will place the United States back at the head of the table, in a position to work with its allies and partners to mobilize collective action on global threats. The world does not organize itself. For 70 years, the United States, under Democratic and Republican presidents, played a leading role in writing the rules, forging the agreements, and animating the institutions that guide relations among nations and advance collective security and prosperity—until Trump. If we continue his abdication of that responsibility, then one of two things will happen: either someone else will take the United States’ place, but not in a way that advances our interests and values, or no one will, and chaos will ensue. Either way, that’s not good for America.”

“…I will never hesitate to protect the American people, including, when necessary, by using force. Of all the roles a president of the United States must fill, none is more consequential than that of commander in chief. The United States has the strongest military in the world, and as president, I will ensure it stays that way, making the investments necessary to equip our troops for the challenges of this century, not the last one. But the use of force should be the last resort, not the first. It should be used only to defend U.S. vital interests, when the objective is clear and achievable, and with the informed consent of the American people.” 9

Biden n’a par ailleurs jamais manifesté d’opposition à l’usage extensif des drones et des assassinats ciblés. Biden a toujours montré son intérêt pour les problèmes de sécurité en assistant, presque chaque année à la conférence de Munich sur la sécurité.
Voilà pour le rétablissement de la confiance externe.

Rétablir la confiance au niveau domestique sera à la fois plus complexe mais tout aussi crucial. Complexe vu l’état de délabrement de la société américaine et de sa fracture qui en a résulté après quatre ans où les flots de haine tels les
« les gouttes d’eau comme des oiseaux migrateurs qui prennent leur vol tous ensemble descendaient à rangs pressés du ciel. » 10
Or, on ne mène pas une politique étrangère qui par définition ne peut exclure l’usage de la force sauf à l’émasculer sans avoir un pays uni.
Arriver au compromis avec la partie adverse est une des qualités principales de Joe Biden. Ce sera là aussi la marque d’un vrai changement.
La politique étrangère d’un pays ne peut qu’être bi- partisane, comme aime à le souligner si justement Henry Kissinger. Il est d’ailleurs probable que dans son esprit cette forte pensée est d’autant plus juste qu’il était lui-même aux manettes.

1.2 Les réparations

Biden devra donc réparer les erreurs de Trump dans le domaine de la politique étrangère. C’est une opération, complexe, coûteuse et surtout de longue haleine. Mais surtout comment faire accroire à des alliés échaudés que les errements de Trump ne se reproduiront pas dans le futur.
Comment convaincre l’Iran – entre autres pays- de s’asseoir à la table des négociations si la parole américaine peut à nouveau être reniée, offensée, bafouée dans 4 ou 8 ans, advienne un avatar de Trump.
Car Trump au-delà de son côté vulgaire n’était pas qu’un accident.

Les Iraniens, et d’autres, auraient beau jeu de dire à l’Amérique qui chercherait à réparer à bon compte de tels reniements:
« Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre.
Quoi ! Tu veux qu’on t’épargne, et n’as rien épargné !
Songe aux fleuves de sang où ton bras s’est baigné,
De combien ont rougi les champs de Macédoine,” 11

Ô Tempora, Ô Mores, le Général de Gaulle qui n’était pas un Européen forcené ratifia cependant le Traité de Rome arguant que la parole de la France devait être honorée et respectée.
Honorée à l’intérieur pour être respectée à l’étranger.

Saluons ici la grande intelligence d’Obama d’avoir su conserver Robert Gates, Secrétaire à la Défense du Président Bush au même poste jusqu’en 2011. Trump eusse-t-il conservé James Matisse, nous eussions vivement encouragé Joe Biden à imiter son ex patron.
Malheureusement le mot qui nous vient à l’esprit est celui si savoureux de Churchill à propos de Foster Dulles :         « Foster Dulles is the only case i know of a bull who carries his china shop with him. »

Y aura-t-il donc une rupture totale dans la définition de la politique étrangère américaine. Précisons que nous laissons de côté la politique économique, monétaire et financière qui certes a des conséquences mondiales mais que nous n’abordons pas dans cet article. Quand bien même nous revient à l’esprit le fameux mot de John Connally Secrétaire au Trésor de Nixon : « The dollar is our currency, but it’s your problem. »
Nous laissons aussi de côté la politique intérieure même si pour reprendre le mot du spécialiste de la politique étrangère américaine Richard Haass président du CFR : « Foreign policy begins at home »

Mais gardons à l’esprit que la politique étrangère américaine, tel un mouvement de balancier a toujours évolué entre l’isolationnisme relatif de Monroe (il suffit de demander aux populations d’Amérique latine ce qu’ils en pensent) et l’idéalisme botté de Wilson en Europe. (Il suffit de constater les regrets des Européens assistant médusés et atterrés face à l’isolationnisme du Congrès).
Entre les deux, il y eut la « Dream epoch », la Dream Team Nixon- Kissinger dont le discours de Manille précéda et permit l’éployement en majesté de la république impériale, suivi par une remarquable politique étrangère de Bush Senior et au « leading from behind » d’Obama.
Les Américains ont emprunté–pas toujours- pour le meilleur une combinatoire entre un idéalisme irénique et une politique d’intérêts bien compris. Il est plus que probable que Biden empruntera une voie médiane où les éléments disruptifs rivaliseront avec les continuités.
Ne serait-ce que pour employer le mot de Kissinger : « Les chefs d’État ne peuvent pas créer le contexte dans lequel ils opèrent. Leur vrai talent consiste à opérer dans les limites de ce qu’autorise une situation donnée. S’ils dépassent ses limites, ils vont droit dans le mur ; s’ils restent en dessin de ce qui est nécessaire, leur politique stagne. » 12
En outre si les USA continuent de caracoler sur leur hégémon, il est moins triomphant et il doute désormais de lui-même. Trump ou pas ! La raison en est obvie: la Chine.


2 Tachons donc de passer en revue quelques régions du monde.

Joe Biden réintégrera très rapidement les accords de Paris Cop 21. Il le fera d’autant plus facilement que ces accords ne brillent pas par une coercition excessive au plan juridique. Il le fera d’autant plus facilement que de nombreux états de la fédération américaine continuent à s’y conformer. En réintégrant ce forum ce sera marquer, à peu de frais, la bonne volonté américaine. Rappelons qu’aucun Etat, même ceux qui étaient les plus flagorneurs vis-à-vis de Trump, n’avaient dénoncé ce retrait. 

Symbole contre symbole !

Rappelons aux lecteurs férus de grec classique que le mot symbole nous semble en cette conjoncture parfaitement justifié. Symbole vient du grec ancien : sumbolon qui signifie mettre en ensemble (koïnen).
Or pour résorber un conflit, on réunissait ensemble les deux morceaux d’une poterie cassée et elles devaient parfaitement s’emboiter pour signifier l’état de paix.
La question demeure : Biden arrivera –t-il à recoller les pièces ?
Joe Biden réintégrera aussi très facilement l’OMS, il y versera bien entendu son obole. Les USA avaient agi en leader lors des précédentes épidémies, – Ô tempora, Ô mores ! Le Président élu aura donc à cœur de combler le déficit de Soft Power de Trump dans ce domaine. Condition nécessaire pour retrouver leur rôle de leader en diplomatie sanitaire nouveau champ de bataille diplomatique.
Ce n’est qu’après que nous conseillons à Joe Biden de s’attaquer aux réformes nécessaires et inéluctables dont souffre l’OMS. Mais pour cela les Américains doivent rejoindre l’organisation.

Joe Biden aura vraisemblablement une attitude plus souple en ce qui concerne l’OMC et surtout ne devrait plus bloquer la nomination de nouveaux juges. Sans ceux-ci, l’OMC ne peut fonctionner.

Revenir à l’Unesco sera un peu plus difficile tant l’Unesco était devenu l’épouvantail de la droite unilatéraliste américaine et le cauchemar de la droite israélienne qui, Trump regnante, était devenue l’alliée principale et indispensable de Trump à l’étranger. Elle  était aussi devenue « l’assurance vie » de Trump à l’intérieur de la droite américaine et le paravent des évangélistes.
Électoralement ce n’est pas négligeable. Biden avancera aussi sur ce sujet mais avec précaution et sans hâte. Pour notre part nous ne pouvons qu’encourager Biden à garder son cap mais en s’entourant d’un maximum de précautions. Il n’aura pas la majorité au Sénat et l’on ne peut gouverner un pays sur le long terme en opposant constamment des vétos présidentiels.

Trump, brandissant fièrement son gros stylo avait dénoncé le TPP qui regroupait derrière les États-Unis 11 pays. Il n’y avait un seul absent mais il était de marque : la Chine. Ce TPP, même imparfait, avait pour but de contenir voir réduire l’acromégalie chinoise en matière commerciale.

Le « New Pivot » ne signifiait nullement licence de chasse accordée à la Chine. Bien au contraire ! Trump avait dénoncé le TPP au seul motif qu’il était l’œuvre d’Obama. Le lecteur conviendra volontiers avec nous que l’argument est faible. Idem pour le NAFTA remplacé par l’AEUMC dont un Sherlock Holmes moderne aurait le plus grand mal à discerner les différences. À part le nom !

Ce sera effectivement beaucoup plus complexe car tant de pays ont souffert des foucades tarifaires et douanières de Trump qu’ils ont eux aussi cherché des stratégies de remplacement ou de contournement.
Revenir à une nouvelle version du TPP sera très long et coûteux et très cher en concessions américaines. Joe Biden sur ce terrain n’aura pas l’appui  du Congrès.
Avec Joe Biden, nous retrouvons avec plaisir, la grâce des élites intellectuelles. Le temps des Ted Sorensen, Arthur Schlesinger, Adlaï Stevenson, Dean Acheson, Henri Cabot-Lodge est revenu. Welcome Home!

D’aucuns nous objecteront que cela n’a guère d’importance, que seuls les actes comptent. Voire ! Certes, mais c’est oublier que les rancœurs dues aux humiliations ont toujours laissé des traces dans la mémoire des peuples. L’on se rappellera la pensée si juste de Talleyrand : « La diplomatie est une salle d’armes où l’on se blesse en jouant. Tous les mots sont des épées. Il faut savoir toucher juste. Je savais bien mon métier, mais je n’ai pas toujours touché juste. »
Biden et ce sera un vrai changement adoptera un style plus policé, plus élégant et surtout moins méprisant vis-à-vis des autres.

 Cela s’applique tout particulièrement à la Chine. Dire qu’il y aura une rupture dépend de la chronologie où l’on place le curseur. L’on n’oubliera pas les flagorneries inimaginables de Trump qualifiant Xi-Ji Ping de plus grand président chinois etc. Il faudra attendre le 1er Mars 2020 pour que Trump consente à qualifier la Chine d’ennemie. Notons qu’il rejoignit en cela la position d’Ursula von der Leyen Présidente de notre Commission et de Charles Michel Président du Conseil Européen, qui avait eux-mêmes tenu des propos très sévères vis-à-vis de la Chine, bien avant lui.

Contrairement à ce que l’on a voulu faire croire, Joe Biden se montrera très ferme vis à vis de la Chine. Beijing ne s’y est d’ailleurs pas trompé ; Xi-Ji Ping aura attendu une dizaine de jours avant de féliciter avec reluctance Joe Biden. Chine avait auparavant allègrement pointé du doigt le chaos américain résultant des élections. Il est vrai que tant Xi-Ji Ping, Kim- Jung-On  et alii ont toujours dit que des élections à plus d’un candidat  sont toujours source de confusion.

Weng Wenbin, un porte-parole du ministère chinois des Affaires Etrangères a ainsi déclaré que son pays :
“noticed that Mr Biden declared he is the winner of the election.”
“Our understanding is that the outcome of the election will be determined in accordance with US laws and procedures,”

Il n’y aura pas de différences fondamentales quant aux négociations commerciales. Il n’est pas impossible que Biden se montre encore plus intransigeant que Trump.
Signer des deals n’a pas pour lui la même importance médiatique.
Ce qui est sûr c’est qu’il essayera de faire front commun avec l’Europe et que les Droits de l’Homme tiendront plus de place.

Le changement parmi les plus heureux et les plus urgents concernera les enfants séparés de leurs parents.
Qu’on en juge: “As a nation, we have to prove to the world that the United States is prepared to lead again—not just with the example of our power but also with the power of our example. To that end, as president, I will take decisive steps to renew our core values. I will immediately reverse the Trump administration’s cruel and senseless policies that separate parents from their children at our border; end Trump’s detrimental asylum policies; terminate the travel ban; order a review of Temporary Protected Status, for vulnerable populations;” 13
Biden changera bien sûr la politique nauséabonde et inintelligible d’empêcher des individus venant de pays à majorité musulmane d’entrer aux USA. Retrouver l’influence et la puissance du Soft Power américain passera par l’abandon de ce genre de coquecigrues.

Joe Biden gardera un langage dur mais non insultant face à la Chine, surtout il saura s’adjoindre l’Europe dans ce face-à-face. Dur mais pas inutilement insultant ! Le sort des Ouighours musulmans lui tiendra à cœur ainsi que les démocrates de Hong Kong qui ne seront pas pour lui qu’un simple instrument de rhétorique, un prétexte,

Quant à Taiwan, il sera vraisemblablement plus prudent et moins va-t-en-guerre que Trump. Il oscillera  entre un renouvellement des assurances américaines envers Taiwan en cas d’attaque chinoise et un refus de sortir du document ambigu des «  Six Assurances. »
Notons également que Tsai Ing Wen, Présidente de Taïwan avait aussi su se ménager le soutien de nombreux démocrates.

Cela étant Biden ne pourra pas ignorer que tant les industriels américains, que les syndicats ou les consommateurs ne supportent plus les concessions accordées à outrance aux Chinois.

Biden exigera vraisemblablement des contreparties chinoises, ce qui nous semble fort juste. Le dire est facile et évident, le pratiquer s’avèrera beaucoup plus compliqué. Biden se tiendra d’autant plus sur une ligne de crête que les Américains ont un goût amer en bouche qui a pour nom : Wuhan !

Mais Biden n’utilisera probablement pas l’expression « virus chinois. » Comme tous ses prédécesseurs Biden cherchera par tous les moyens à réduire le déficit commercial abyssal avec la Chine.L’on ne voit pas cependant de quelles armes supplémentaires–efficace–disposera-t-il ?

Nous pensons que Joe Biden prendra en compte: «“The issue for the future will be to what extent the ideological conflict will dominate the relationship.” “And certainly there is an evolution in the technology that means that military conflict will be extraordinarily difficult to contain » 14
Joe Biden aura une attitude beaucoup moins conciliante que celle de Trump avait avant le 1er mars 2020 qui marque, Covid aidant, la première trace de son revirement vis-à-vis de la Chine.

Biden sera sûrement moins admiratif devant la « grandeur » du leadership de Xi Ji-Ping.
Il y a fort à parier que Biden établira un lien entre la nature dictatoriale du régime chinois, de l’oppression des Tibétains et surtout des Ouighours musulmans.

Biden reviendra au moins partiellement à une politique multilatérale. Dans la formulation assurément. Ce qui ne signifie nullement qu’il sacrifiera les intérêts américains sur l’autel d’un multilatéralisme fleurant bon les années 80. Simplement, il ne brandira pas à tout bout de champ le slogan favori de Trump : America first, slogan on ne le répétera jamais assez, hérité des nazis américains.
L’Amérique a toujours été un pays prônant le multilatéralisme version moi d’abord. Il n’y a pas de raison pour que cela change fondamentalement au-delà des symboles.

Joe Biden n’abdiquera nullement les intérêts commerciaux américains; il essayera par contre de mieux considérer les intérêts de ses alliés, non par une quelconque bénévolence mais parce qu’il comprend qu’il est de l’intérêt bien compris des Américains d’avoir des alliés forts et loyaux et non pas de simples vassaux.
Biden ne jettera sûrement pas aux orties le « buy  american act ». Trump n’avait pas inventé le protectionnisme américain. Il l’a juste porté à incandescence surtout lorsqu’il concernait ses électeurs de la « Rust Belt ». Dans ce domaine au-delà de la rhétorique, les présidents passent, les protections restent.
Biden sera plus sévère en ce qui concerne la technologie chinoise et son symbole le plus en pointe la 5G et Huawei. Dans ce domaine il y aura une relative continuité.

Autant nous comprenons la position de Biden et Trump sur ce sujet, autant nous suggérons à Biden d’être plus conciliant envers l’Europe, le Japon ou la Corée. L’on peut également s’attendre à ce qu’il prenne davantage en compte les impératifs écologiques ou de biodiversité sur certains intérêts américains.

Avec la Russie l’on peut s’attendre à un durcissement. D’abord parce que les relations personnelles entre lui et poutine entreront moins en ligne de compte. Sur de nombreux dossiers, leurs intérêts s’y opposeront.
L’on se rappellera que la Russie a exercé une certaine influence sur les électeurs américains en 2016 ainsi que sur les élections françaises en 2017. Dire que Macron ne fût pas le choix de Poutine relève de l’understatement britannique. 15.

Biden prendra probablement des sanctions contre le dictateur biélorusse Lukashenko. Or s’il y a bien une chose que Poutine n’aime pas, c’est que l’on vienne marcher sur son pré carré.
D’autant plus qu’en Biélorussie, Lukashenko n’est que le moins mauvais choix de Poutine qui n’appréciera guère de devoir soutenir davantage son «protégé. »

Biden et c’est un des éléments de continuité positifs continuera la politique de Trump de livraisons d’armes létales à l’Ukraine. En cela, et nous le reconnaissons bien volontiers, Obama a manqué de vision stratégique.
Il en va de même au Haut-Karabakh où nous conseillons à Biden de comprendre qu’il n’a pas la main dans cette région et qu’il faut savoir prendre ses pertes, l’Azerbaïdjan ayant déjà tout raflé. Ce que Biden fera et ce n’est déjà pas si mal, ce sera d’empêcher que l’Azerbaïdjan commette de nouveaux massacres en Arménie. Nous lui conseillons donc d’attendre que la Turquie et la Russie divergent sur ce conflit.

S’il est cependant un dossier ou Biden cherchera un compromis, ce sera celui du renouvellement des traités nucléaires tout en sachant que la Chine bloquera sur ce dossier à la grande satisfaction russe.

En Corée, il n’y a rien à attendre. Au reste l’on se rappellera ce que disait Henry Kissinger il y a déjà quelque temps : « When it comes to North Korea there is rarely good news ».
Biden ne réussira pas plus que Trump.
En fait seul Clinton avait réussi une percée, qu’il n’avait pas pu ou pas voulue -par élégance–exploiter car Bush Junior était déjà le Président élu.

Ce dernier a par maladresse et par idéologie compromis les avancées en Corée. Obama et Trump eux n’ont rien réussi. La patience stratégique d’Obama s’est avérée être un échec complet.
Quant à Trump, il a ajouté à l’insuccès le ridicule ; ce qui n’est pas neutre en relations internationales.
Nous conseillons donc  à Biden de ne surtout pas se précipiter sur ce dossier. Il n’a pas les bonnes cartes en main. La raison en est très simple : l’on ne voit pas pour quelle raison le dictateur nord-coréen renoncerait à l’arme nucléaire.

Elle représente beaucoup trop pour lui, tant au plan domestique qu’au plan international. L’on ne voit pas également que Biden accepte de payer un prix exorbitant à la Chine et à la Corée pour prix d’hypothétiques concessions alors que d’une part la Chine tolère la Corée du Nord comme Trigger Wire mais ne laisserait sûrement pas la Corée prospérer trop loin dans son jeu nucléaire.

En outre, et nous concevons parfaitement que l’on puisse nous opposer le raisonnement exactement contraire, mais nous ne croyons absolument  pas à la réalité de la menace nucléaire grâce à la dissuasion et à la rétaliation. Ces deux notions complémentaires, qui sont le socle adamantin de toute doctrine nucléaire, ont d’ailleurs paradoxalement fini par émousser la compellence.
A ce sujet notons qu’il y a une parfaite continuité entre les différents présidents américains dans le développement de l’armement cyber et des armes dérivant de la technologie quantique. Biden accélèrera leur modernisation. Bien entendu nous ne pouvons que l’encourager dans cette voie.
Il ne s’agit pas de juger, juste de constater. Ceci est valable pour la Corée, pour le Pakistan, pour l’Inde et bien sûr pour l’Iran.

Citons à cet égard John Mueller: «Either we are the luckiest people in History or the risks have been overstated.”  16

Avant de quitter la région nous suggérons cependant à Joe Biden de créer une alliance trilatérale dans un premier temps, entre le Japon, la Corée du-Sud et les USA. Alliance qui comporterait des échanges de données sécuritaires entre ces trois pays à l’image des Five Eyes et une interopérabilité complète des armements.
Cette alliance pourrait par la suite accueillir en son sein l’Inde voire le Vietnam.

Restons donc dans le domaine nucléaire. L’Iran sera un des deux points les plus disruptifs de la politique étrangère de Biden.

Pour simplifier l’on pourrait dire à Biden de faire l’exact contraire du fiasco de Trump. Ce dernier a de façon totalement illégale dénoncé le JCPOA. Non seulement l’Iran n’a pas désarmé, mais l’Iran a officiellement prévenu qu’il se sentait libre de franchir un certain nombre de seuils qu’il avait auparavant accepté de respecter. Contrairement à ce que Trump claironne l’Iran est beaucoup plus proche du seuil atomique et Trump en est le seul et unique responsable.
Nos propos vont rencontrer sur ce point moult oppositions.
Nous en sommes parfaitement conscients. Nous tenons donc à rapporter expressis verbis un certain nombre de statements qui n’émanent pas des plus grands amis de l’Iran.

Le Chef d’Etat-Major de l’armée israélienne de l’époque, Gadi Eisenkot, abonde dans cette opinion. Le Général Eisenkot pensait en effet que l’élimination de la menace existentielle contre Israël tenait avant tout à l’accord nucléaire conclu avec l’Iran et à l’effondrement de l’armée syrienne. Dont acte !
C’était aussi l’avis d’Ehud Barak, ancien chef d’Etat-Major et soldat le plus décoré de Tsahal et ancien Premier Ministre. Mais d’aucuns pourraient supposer que son avis est politique et non strictement militaire à la différence de la quasi-totalité de l’appareil militaire et sécuritaire israélien.

Eisenkot qualifiait ainsi l’accord avec l’Iran même avec la levée des sanctions, comme une combinaison de «a strategic turning point » et de « many risks as well as opportunities »
La meilleure preuve en est la déclaration d ’Eisenkot: «The deal has actually removed the most serious danger to Israel’s existence for the foreseeable future… and greatly reduced the threat over the longer term.” 17

Lors d’ une interview, Eisenkot déclare après le rapport de l’IAEA confirmant que « inspectors on the ground verified that Iran has carried out all measures required under the (July deal)… to enable Implementation Day to occur. » 18 et surtout de poursuivre dans le forum sécuritaire: «The nuclear deal with Iran constitutes a strategic turning point, compared to what IDF faced over the past decade.” 19

Il y a donc fort à parier et à espérer que Joe Biden suivra davantage la position des militaires israéliens que l’opinion politique de Netanyahu. Cette position était aussi la position de la CIA.
Pour notre part nous ne pouvons qu’encourager Joe Biden à faire confiance à ses propres services de sécurité plus qu’à des officines. Ce sera là aussi un vrai changement.

Biden tentera peut-être d’être un peu plus ferme qu’Obama quant aux délais, il n’est pas sûr qu’il réussisse à obtenir l’appui des Russes et des Chinois. Or sans ces deux pays aucun accord ne peut voir le jour.
La politique de pressions maximales a entraîné la politique de résistance maximale de l’Iran.
Les sanctions ont eu beau mettre à plat l’économie iranienne, celle-ci a résisté grâce au maintien par la Chine et de la Russie (entre autres) des importations de pétrole iranien.

Nous conseillons donc à la nouvelle administration américaine – et il est vraisemblable que Biden suive notre conseil- de chercher dans un premier temps à rétablir un front commun avec la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.
Mais ces trois pays, Grande-Bretagne comprise, n’ont pas manifesté l’intention de suivre la position américaine en ce qui concerne les sanctions. Lors d’une conférence à Chatham House, Boris Johnson fidèle allié de Trump a été parfaitement clair à ce sujet. La politique de sanctions maximales ayant échoué, Biden reviendra à la table des négociations. Il n’y a pas d’autre voie possible.
Ce front commun sera nécessaire pour parvenir à une position commune avec la Chine et la Russie.

Que Biden ne soit pas surpris, le JCPOA bis sera beaucoup plus difficile à atteindre que le premier. Et ce essentiellement pour trois raisons :
– L’Iran est désormais beaucoup plus fort de ses avancées. Une chose est d’accepter des compromis lorsque l’on est loin de tout, une autre lorsqu’on est au seuil.
– Les USA sont encore plus demandeurs que lors du JCPOA mais ils sont davantage, tels des demandeurs ayant aboyé mais n’ayant rien obtenu, en position de faiblesse.
Quitter la table et y revenir est un exercice fort coûteux et complexe.
– Enfin l’on ne voit pas ce qui pousserait la Chine et la Russie à affaiblir l’asset irremplaçable pour eux de l’Iran.
Il ne s’agit là que d’une analyse froide du rapport de forces débarrassée de toute idéologie. Biden connaissant parfaitement ces derniers se rappellera utilement ce que Henry Kissinger écrivit :
 « Le problème est inédit. Jusqu’ici, en effet, Saint-Pétersbourg a fait si souvent la preuve de son inconstance que même les estimations les plus sobres permettaient de supposer qu’une entreprise aussi peu probable que la conquête de Moscou… conduirait Alexandre à négocier. Or cet espoir a été déçu ; si la Russie n’a guère eu de peine à sacrifier les intérêts de ses alliés, on n’a pu la décider à sacrifier les siens. »  20

Il faudra ensuite définir ce que l’on accepte d’accorder à l’Iran pour salaire de son amodiation. Biden, et nous pouvons lui faire confiance, n’accordera pas de chèque en blanc à l’Iran. Une chose est sûre, tout accord qui ne consacrerait pas le rôle hégémonique de l’Iran dans la région et donc les moyens d’éployer son hégémonie n’aurait aucune chance de voir le jour. Pas seulement parce que le souvenir de Mossadegh rode encore en Iran mais tout simplement parce que Poutine et Xi-Ji Ping s’y refuseraient.
Et également parce que vu de Téhéran et de Téhéran seulement, cela semble une revendication logique et légitime résultant de leur ADN et du rapport de forces.
Qu’advienne un changement de régime débarrassé de la dictature des mollahs, ne modifiera pas l’affaire. Ayant dit cela  ne signifie pas que le Président Biden et nous-mêmes faisons notre leur position. Cela veut simplement dire que nous la constatons.
Une des raisons de l’abandon des bombardements en Syrie par Obama, alors que la Syrie avait pourtant franchi les lignes rouges avec des bombardements chimiques, était d’aboutir à un accord nucléaire avec l’Iran.
Il n’y a pas de repas gratuit en ce monde.
Notons d’ailleurs que Trump avait- lui aussi- pris soin de prévenir les Russes lorsqu’il s’apprêtait à frapper la Syrie, lesquels russes s’étaient empressés de prévenir leurs alliés syriens.
Mais les moulinets donquichottesques de Trump ne se reproduiront plus. La négociation donnera probablement plus de résultats que la politique de la canonnière émasculée de Trump comme on l’a vu lors du drone américain abattu par l’Iran ou lors du bombardement iranien  du pipeline en Arabie Saoudite restés sans réponse.

Encore une fois rappelons que nous ne demandons pas au Président de dire ce qui est juste. Le Président des Usa doit s’appuyer sur le droit, et les rapports de force. Si ces derniers s’accordent avec ce qui est juste, alors l’alignement des planètes est parfait ; mais c’est rarement le cas.

La politique étrangère a ceci de commun avec la politique qu’elle est simplement la gestion de la moins mauvaise solution.
Les rapports de force sous-entendent qu’il faut trouver un terrain d’entente avec l’adversaire et déceler ce qui est possible.
Tant que la Russie et la Chine veilleront au grain, toute volonté de réduire l’Iran à quia ou de chercher un game changer relève du wishfull thinking.

Une politique plus réfléchie ne sera pourtant pas un gage absolu de résultats. Mais plus la position américaine montrera des dispositions de négociation, plus les Européens rejoindront le vaisseau américain. Ce n’est pas tout, ce n’est pas rien.
Au Moyen-Orient, ce qui ne changera pas c’est le transfert partiel de l’ambassade américaine à Jérusalem. Par contre Biden n’ira pas jusqu’à procéder au transfert complet, en tout cas pas sans concession israélienne ; ce serait une erreur monumentale de se priver d’un instrument de pression, condition nécessaire et indispensable à toute avancée vers un règlement.
Ce qui ne changera pas, et c’est vital, c’est l’engagement américain de garantir la supériorité militaire d’Israël, elle aussi condition indispensable mais pas suffisante à tout règlement.

Ce qui changera, c’est le remplacement de l’ambassadeur américain David Friedman en Israël. Ce dernier avait confondu les pays. Biden rappellera et fort utilement que l’Ambassadeur américain à Tel-Aviv est qu’il est l’ambassadeur américain et non israélien voire l’avocat des occupied territories.

Ce que Biden devra faire c’est redonner aux États-Unis le rôle d’Honest Broker dans la région qu’ils avaient obtenu de haute lutte grâce à la maestria de Kissinger. Condition impérative à tout règlement même partiel.

Il a fallu l’impéritie imbécile de Trump et l’inexpérience abyssale de son gendre Jared Kushner pour penser un seul instant que les Palestiniens négocieraient quoi que ce soit sans contrepartie autre qu’une aumône financière ou commerciale. Rebus sic stantibus, nous conseillons donc à la nouvelle administration américaine d’exercer concomitamment–et nous insistons fortement sur ce point–des pressions maximales et égales sur les deux parties.
Cela comprend un soutien militaire maximal quant à la sécurité stratégique d’Israël, en échange de la reconnaissance immédiate d’un État Palestinien viable sur un territoire qui ne ressemble pas à une peau de léopard ; laquelle reconnaissance sera la résultante d’un renoncement palestinien à toute forme de violence.
Mais cette politique d’Honest Broker devra donc aussi exercer des pressions maximales et de même intensité sur les Palestiniens pour les amener à négocier.
Il est probable que Biden laissera mourir de sa belle mort le plan concocté par Netanyahu et Kushner qu’ils avaient appelé Vision for Peace. Biden continuera la politique de rapprochement entre les Etats du Golfe et Israël dont chaque diplomate un tant soit peu averti sait combien il a mis fin aux combats les plus sanglants entre eux et Israël !

C’est pourquoi nous renouvelons notre conseil à Biden d’avancer au plus vite dans ses négociations avec l’Iran qui en fait s’avère être la clé de tout progrès.
Plus la nouvelle administration Biden sera compréhensive dans la levée des sanctions, plus elle pourra obtenir des clauses de dénucléarisation et plus elle pourra aussi obtenir un gel de l’aide iranienne au Hezbollah ou Hamas et moins elle sera menaçante pour les Etats du Golfe plus ceux- ci seront prêts à jouer un rôle – à leur dimension- d’Honest Broker et sur Israël et sur les Palestiniens.

Biden s’apercevra très vite que la formule la Paix en échange des territoires demeure la seule solution valable. Amener les Palestiniens à renoncer au terrorisme a un prix : c’est leur laisser- au moins symboliquement- établir leur capitale dans un quartier de Jérusalem-Est.

Ce faisant Biden devra affronter trois forces contraires
– les extrémistes palestiniens
– les évangélistes
– le lobby du Likoud.

Aucune de ces trois n’est négligeable. Bien entendu les menaces de ces trois forces ne sont pas du même ordre quand bien même le résultat sera identique sur l’administration américaine.  Les propos tenus par Kissinger à Gromyko en 73 restent toujours valables.

« Il ne peut y avoir de Paix  au Moyen-Orient car une des deux parties, Israël est cynique, et l’autre hystérique. » 21

Biden devra aussi impérativement diminuer la tension entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. C’est la clé qui permettra de neutraliser les avancées russo-chinoises. Que Biden vienne à diminuer la menace iranienne et c’est tout l’équilibre de la région qui s’éclaircit.

L’Iran est aussi l’épouvantail qui permet au Hezbollah de semer la terreur dans la région. Mais il est aussi le prétexte qui permet si commodément à Israël de repousser toute négociation.

Rappelons que même l’appareil sécuritaire Israéliens avait déclaré que l’Iran avait respecté à la lettre le JCPOA.
En Arabie Saoudite, la politique de Joe Biden continuera celle de Trump en ce qu’elle avait elle-même de permanence. Le pacte de Quincy fait de l’Arabie Saoudite le plus vieil allié des États-Unis. (La relation spéciale Grande-Bretagne- USA relevant d’un autre ordre juridique).
Biden bien entendu conservera cette alliance car elle est plus que stratégique vu les percées chinoises et russes dans ce pays. Biden aura à cœur de réassurer l’Arabie Saoudite face aux visées iraniennes. Redonner de l’espace à l’Arabie Saoudite est nécessaire afin qu’elle puisse, elle aussi, jouer un rôle d’Honest Broker conforme à sa tradition.

Il poussera donc un rapprochement entre l’Arabie Saoudite et Israël. Mais il cherchera mêmement à veiller à ce que l’Arabie Saoudite et  les Etats du golfe exercent parallèlement une action sur les Palestiniens pour les amener à renoncer à la violence et à la table des négociations en jouant de leur nouvelle influence pour amener aussi Israël à des concessions réciproques tout aussi douloureuses.

En somme Biden se rapprochera du plan de Paix du roi Abdallah de 2002. Il se servira tout comme Trump de l’Arabie Saoudite mais de façon beaucoup plus subtile. Il amènera l’Arabie Saoudite à être un Honest Broker fidèle second.
Le jeu est compliqué et profondément subtil. Il nous rappelle–mais en sens inverse– les délicieuses subtilités du Ruckversicherungsvertrag de Bismarck. Traité qui demeure pour nous le chef-d’œuvre de l’intelligence diplomatique.

Biden tentera aussi de mettre fin au conflit entre le Qatar et l’Arabie Saoudite qui relève davantage du parc d’attractions Walt Disney. Cela aurait accessoirement l’avantage de diminuer l’influence iranienne à la frontière saoudienne.
Joe Biden sera d’autant plus à l’aise  pour travailler sur tous ces fronts qu’il ne laissera sûrement pas un bombardement iranien sur un pipeline saoudien, impuni.

Nous pouvons nous attendre à deux changements. Le premier est symbolique : les saoudiens ont déjà compris que les danses du sabre pour flatter l’égo démesurés d’un Président américain ne seraient plus d’aucune utilité.
Le deuxième changement est tout sauf symbolique. Joe Biden ne laissera jamais passer un nouveau désossage d’un journaliste travaillant pour un journal américain ; quand bien-même Netanyahu lui demanderait comme il l’avait fait, d’ignorer ses propres services de renseignement dénonçant l’implication de l’assassinat barbare par le prince héritier mais meurtrier.

Reste l’Europe qui nous est si chère. Une chose est sure : ce n’est sûrement pas Joe Biden qui osera prononcer une phrase dont seule la bêtise le dispute au contenu méphitique : « l’Europe est notre ennemie. »
Joe Biden aura à cœur de réparer les liens transatlantiques qui au-delà des divergences commerciales et même dorénavant géopolitiques sont notre socle commun.

Nous conseillons humblement au Président élu de relire la remarquable allocution prononcée par la Secrétaire d’État Condoleezza Rice à Sciences-Po :

« That is why the United States, above all, welcomes the growing unity of Europe. America has everything to gain from having a stronger Europe as a partner in building a safer and better world. So let each of us bring to the table our ideas and our experience and our resources; and let us discuss and decide, together, how best to employ them for democratic change.” 22

L’on peut cependant discerner quelques principes qui guideront l’action diplomatique de Joe Biden et ses limites en ce qui concerne l’Europe.

Lisons à cet égard les propos toujours aussi impeccables de Kissinger à Die Welt.

Fidèle à ce qui fût son épine dorsale Dear Henry, dans un coup de griffe discret à l’encontre de Trump souhaite que   « One of the main tasks of the President will be to see whether the decision-making process can be carried out and the Cabinet assembled on a decently non-partisan basis. »” I‘ve known Biden for decades and while I have disagreed with him on some political issues, he is not somebody who will steamroller his decisions.” 23
Comme critique à la pusillanimité de Trump difficile d’être plus explicite.
Nous ne pouvons résister à citer ce qu’Elie Barnavi ancien Ambassadeur d’Israël en France et remarquable connaisseur de l’histoire Européenne dit lors des rencontres de géopolitique de Trouville organisées par Frédéric Encel :  » La seule chose dont on ne puisse accuser Trump c’est de cohérence intellectuelle. »

Sur l’Europe

Soyons clair et ne nous précipitons pas dans une éjouissance frénétique de la politique européenne de Biden. D’abord parce que les agendas européens et américains ont pris l’habitude de diverger au moins en matière commerciale. Boeing et Airbus sont tout sauf des acteurs picrocholinesques.
La guerre des barrières et tarifs douaniers ne recouvre pas que des conflits mercantiles. Les escarmouches contre les GAFAMI seront de moins en moins à fleurets mouchetés. Derrière se profile un vrai conflit de souveraineté et… d’orgueil.
Le big data sera à n’en pas douter une pierre d’achoppement particulièrement tranchante. Sur ce terrain l’administration Biden ne concédera rien à l’Europe.

Pour les Américains, Boeing, symbole éclatant de la suprématie américaine, il est psychologiquement difficilement supportable, de voir les succès incontestables et qui avaient été, il y a guère plus de 30 ans inconcevables, l’emporter sur Boeing voire en triompher. Rappelons-nous la guerre menée contre Concorde.
La réussite d’Airbus est d’autant plus difficilement acceptable que c’est une réussite européenne et non pas nationale.

Nous nous permettons de conseiller à Joe Biden d’effectuer son premier voyage à l’étranger en Allemagne et de recevoir comme premier dirigeant étranger le nouveau premier ministre japonais.
Nous conseillons donc à Joe Biden lors de ce voyage d’annoncer l’annulation du retrait des troupes américaines d’Allemagne. Biden aura à  cœur d’effacer l’action de Trump qui n’avait de cesse que d’agresser l’Allemagne et sa Chancelière.
Quant à Boris Johnson sa position est compliquée. En effet ses rêves de big deal avec Trump en cas de Brexit dur allaient bien entendu devenir un cauchemar tant les intérêts américains n’auraient rien cédé aux souhaits britanniques.
De ce point de vue la défaite de Trump est une aubaine pour Johnson.
Pour autant, il est probable que Biden – et ce sera un changement majeur par rapport à Trump- fera tout pour privilégier des relations fortes avec une Europe unie et forte. Il sera l’exact continuateur d’Obama et de … Richard Nixon qui avait signifié à Edward Heath qu’il attachait plus d’importance aux relations avec l’Europe qu’à la seule Grande-Bretagne.

Et puis osons le dire, il n’est pas forcément totalement malsain, pour nous Européens, que nos intérêts divergent quelque peu. C’est l’aiguillon dont nous avons cruellement besoin pour nous affirmer. Affirmer ne signifie pas nécessairement s’opposer systématiquement. Cela signifie être capable de reconnaitre et gérer nos intérêts parfois divergeant tout en coopérant sur d’autres domaines telles que la sécurité ou l’expansionnisme chinois et les appétits  russes.

L’Europe- puissance a vocation à être alliée, elle n’a pas pour mission d’être une vassale alignée sur les États-Unis. Ce n’est dans l’intérêt bien compris ni des Etats-Unis ni de nous Européens. Ainsi Obama, Président d’une Amérique réputée lassée de l’Europe, confia dans son voyage d’adieu, la mission à Angela Merkel de « veiller sur le monde ». Il n’effectua cette démarche ni au Japon, ni en Chine ni en Russie ! Dont acte !

Néanmoins l’on peut s’attendre à ce que Joe Biden suive les préceptes de l’illustre secrétaire d’État et Conseiller à la Sécurité Nationale de Richard Nixon : «It is essential that Europe and the United States treat Chinese-American relations in a parallel manner. It is not desirable for Europe to conduct a largely autonomous policy on the issue of world equilibrium with China. It is not in the interest of the future, for Europe to turn itself into an extension of Eurasia. It is in Europe’s interest and America’s interest that the values that have been shared over centuries continue to be applied.” 24

En cela Biden aura le soutien du couple stratégique Merkel Macron. Ce fut d’ailleurs l’essentiel du message délivré par Kissinger lors d’une conférence donnée en 2019 à l’IFRI, au cours de laquelle il affirmait ne pouvoir envisager une séparation des deux pôles. Il considérerait cela comme un cauchemar. Dans l’interview du 8 novembre, il lance un vibrant appel au respect de nos valeurs communes qui demeurent le cœur de nos relations et qui sont le ciment indispensable à un monde pacifié.

Au passage Kissinger adresse un nouveau coup de griffe à Donald Trump: «The United States should be focused on a spirit of common purposes and not on the triumph of one group over another.” 25
Par ailleurs nous partageons pleinement le jugement de Kissinger sur les erreurs que l’Europe ne doit pas commettre quant à un supposé tropisme européen de Biden.

Le ton changera loaf pour loaf, mais la politique européenne naviguera entre les deux rives escarpées dans les eaux tantôt calmes tantôt houleuses des intérêts américains bien compris et les nécessités d’une politique mondiale.
Le passage aux écluses sera compliqué. « Embrassons-nous Folleville » n’est pas ou plus de ce monde. « It would be a big mistake in Europe to now celebrate as if a possible change in presidency reverses everything that Europeans have been uneasy about. One has to separate the methods of the possibly outgoing administration from all the substantial questions it raised—including, especially, the European contribution to world order. »
“Harmony requires a serious effort at dialogue both in Europe and in the United States about our view of the future.”
26

Nato

Là aussi nous pensons nous pouvons nous attendre (en fait disons-le tout net nous souhaitons) que Biden considère que  l’OTAN reste l’épine dorsale de notre défense. Ce n’est sûrement pas le nouveau Président américain qui oserait questionner la pertinence de l’article cinq du traité Nato. Biden n’aura pas non plus la grossièreté et l’inculture géopolitique de se demander pourquoi le Monténégro devrait bénéficier de sa couverture au motif que Trump se demandait où le Monténégro était le 6 juin 1944.

Pour autant le Président Macron a en partie raison sur le devenir de l’OTAN même si pour notre part nous lui aurions déconseillé d’user d’un langage aussi abrupt et acide et dont les effets vont au-delà de ce qu’il souhaite. Biden comprendra parfaitement l’utilité de la construction d’un porte-avions franco-allemand. Il est vraisemblable que Biden s’inspirera sinon suivra les recommandations de Kissinger : «Nato has been and should remain the structure of the Atlantic relationship. But one should adapt Nato thinking from a purely military alliance to one that retains an important military component, but also takes into account the growing upheavals around the world that are not purely military—challenges that require a political understanding and adjustment. And I would say to my European friends that we need their intellectual and emotional commitment to a new vision of the world.”
“We have to avoid the temptation of playing off one side of the Atlantic against the other during the reconsideration of China policy. This re-evaluation should be based on the attitude for Europe to assume an increased role in the global relationship as one of the more novel features of our time.”
27

Rappelons que dès 1974 Kissinger lui -même avertissait les Européens de ce problème. Et Obama avait alerté David Cameron en lui disant « You have to pay your fair share »

Sur ce point nous pouvons raisonnablement espérer un alignement des planètes entre Joe Biden, Emmanuel Macron et Angela Merkel. Il n’est pas impossible que l’immense expérience incontestable et  incomparable d’Angela Merkel joue un rôle bénéfique sur Joe Biden.

Dans l’état des dissensus Europe-USA, Biden sera capable à la fois d’empathie envers l’Europe mais il l’exercera dans des limites bien définies. Limites que bien entendu nous approuvons car elles conditionnent à juste titre notre alliance.

« I would like to see a Europe capable of conducting a more historic role, which is to say with some affirmations of itself as a global policy maker. I would be uneasy, if this were defined by opposition to the United States. And I would hope that Europe would conduct its global role so that there would be a strong parallel between American and European thinking.” 28

Sur le style Biden.

Dans une dernière pique contre Donald Trump, dont il prend le plus grand soin de ne pas le nommer, il envoie un hommage appuyé à Joe Biden. « I have often disagreed with him on foreign policy, but I expect that if he becomes president, he would conduct a moderate and thoughtful foreign policy. During the campaign, his foreign policy advisers seemed capable. The post-election period is still unsettled, but I will use what limited influence I have to promote unity.”29   

Conclusion
Ce qui est sûr c’est que nous allons  retrouver avec Joe Biden, parce que cela correspond à son ADN, ce qui a pour le meilleur fait la grandeur et la noblesse de la politique étrangère américaine.
“And Europe will have an important role in the intellectual evolution of technology. But anybody who has lived in a dictatorship, as I have, and who has seen the inherent weakness of dictatorships, must support a democratic outcome as the ultimate goal. The second question here is: To what degree in the conduct of foreign policy, when dealing with major countries, should one attempt to impose that preference for democracy? The preference must be clear, but it should leave a scope by which adjustments can be made among the societies, even as one hopes that the outcome will be a democratic one.” 30
Notre panorama est incomplete bien entendu. Nous ne voulons pas celer notre satisfaction de voir arriver aux affaires Joe Biden.
Nous lui souhaitons bon vent et nous ne ménagerons pas nos conseils.
Que l’on nous permette de citer l’immense William Shakespeare en guise d’amorce d’une politique bipartisane.
« Pour vous ,le plus mauvais des hommes ,que je ne saurais appeler frère
Sans infecter ma bouche ,je te pardonne
Ta faute la plus fétide -toutes tes fautes -et requiers
De toi mon duché ,que tu es ,je le sais ,
Forcé de me restituer »

Shakespeare In la tempête

Que l’on permette à l’auteur de ces quelques lignes un mot d’explication.
Je suis sorti de ma réserve habituelle et me suis départi de ma neutralité habituelle. La raison en est simple: un Président qui n’hésite pas à dire qu’il y a pareillement des gens biens parmi les membres du Ku Klux Klan, un Président qui se moque publiquement d’un journaliste handicapé, un Président qui parle des femmes comme il l’a fait, ce triste sire ne mérite pas d’être Président des Etats-Unis d’Amérique dont nous savons tout ce que la liberté leur doit.

Leo Keller
Neuilly le 15/11/2020

Notes
1Discours de Cicéron contre Catilina au Sénat
2 Henry Kissinger Opening Statement before the United States Senate Committee on Armed Services at a hearing convened to discuss “Global Challenges and U.S. National Security Strategy. January 29, 2015
3 Graham Allison un Foreign Affairs  Avril 2020
4 tweet présidentiel septembre  2017
5 tweet présidentiel Janvier 2019
6 Joe Biden in Foreign Affairs Avril 2020
7 Gérard Araud in Passeport Diplomatique
8 Interview Jeffrey Goldberg in Atlantic avril 2016
9  Joe Biden in Foreign Affairs Avril 2020
10  In à la recherche du temps perdu . Proust
11 Corneille in Cinna
12 Henry Kissinger in le Chemin de la Paix
13 Joe Biden in Foreign Affairs Avril 2020
14 Joe Biden in Foreign Affairs Avril 2020
15 Voir à ce sujet les manipulations de l’information un défi pour nos démocraties . rapport du CAPS et de l’IRSEM
16 John Mueller in Foreign Affairs Décembre 2018
17 Interview Général Eisenkot au New York Times le 13/07/2016
18 Interview Général Eisenkot à la chaine de télévision israélienne I24 le 18/01/2016
19  9 th annual conference of the Institute for National Security Studies in Tel Aviv on January 18/2016
20 Henry Kissinger in le chemin de la paix p 43
21 Coppolani in Richard Nixon p 772
22 Allocution prononcée par Condoleezza Rice à Sciences-Po en Février 2005
23 Die Welt 8/11/2020
24 Die Welt 8/11/2020
25 Die Welt 8/11/2020
26 Die Welt 8/11/2020
27 Die Welt 8/11/2020
29 Die Welt 8/11/2020
30 Die Welt 8/11/2020

 

 

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