Les surprises de la Covid par Richard Prasquier

Les surprises de la Covid par Richard Prasquier

Il y a un an, alors qu’on regardait comme provenant d’une autre planète les images de la ville confinée de Wu Han, le premier cluster massif, une réunion de chrétiens évangéliques à Mulhouse, préparait l’essaimage diffus de la Covid en France.
La suite, chacun l’a vécue. Beaucoup de ceux qui n’avaient jamais entendu le mot de coronavirus se croient aujourd’hui devenus grâce à leurs loisirs forcés, des experts en génétique virale. Bien à tort, je le sais, j’en fais malheureusement partie.

Bien des prévisions ont été mises à mal par ce maudit virus. On prétendait il y a un an qu’il ne fallait pas avoir peur de cette « grippette », que les masques étaient une pratique inutile, qu’à l’arrivée du printemps 2020 l’endémie aurait disparu.
On a pensé que la Chine aurait du mal à s’en remettre, que les villes Africaines dont le confinement était impossible seraient dévastées, que les Bourses s’effondraient de façon durable, que tel médicament prévenait les complications, et que de toute façon, il ne fallait pas rêver à un vaccin avant plusieurs années…..
Les spécialistes expliquaient que ce coronavirus était doté d’un système de contrôle qui faisait que les mutations n’étaient pas un vrai problème, contrairement à son cousin, le virus grippal. Les optimistes soulignaient que l’endémie étant un symbole de la communauté de destin de l’espèce humaine, que des solidarités nouvelles allaient se créer à l’intérieur du pays, à l’intérieur de l’Europe, entre pays riches et pays pauvres, que la compétition mortifère allait cesser et que nous allions reprendre en mains le contrôle de notre destin et de nos capacités de production dont on découvrait soudainement l’effarante déliquescence. Au demeurant, « plus rien ne serait désormais comme avant ».

Pour cette dernière prévision, rien n’est sûr quant à nos capacités de changer de vie. Le médiéviste Patrick Boucheron rappelle que le cataclysme de la Peste Noire fut métabolisé sans modifier le monde mental ou les façons de vivre.

La Chine est la grande gagnante de la crise du Covid, et derrière elle semblent nous narguer les dictatures, ou états plus ou moins faillis, qu’elle tend à fédérer sous sa protection, le cas birman étant le récent exemple. La Russie, sans exciper de réussite économique ou d’un « soft power » idéologique comme l’était le marxisme, a utilisé la force brute et la sidération qu’elle entraine pour reprendre une place majeure dans l’échiquier géopolitique.
Or, les vaccins de ces deux nations, efficaces, bon marché et partiellement affranchis des précautions de pays riches avec leurs coûts, durées et pesanteurs administratives seront probablement (avec le vaccin indien?) les vainqueurs de la course à la vaccination des pays pauvres. Au-delà des déclarations, le vaccin n’est pas devenu un bien mondial: Israël le sait bien, qui a accepté de surpayer Pfizer pour assurer son extraordinaire campagne.

Les vaccins ont été créés avec une vitesse inespérée, immense victoire de la science, permise par l’aide financière publique. Toutes les études en confirment l’efficacité et l’innocuité. Un délai dans la vaccination signifie des morts en plus. Gravissime est la confusion mentale des anti-vax et leur responsabilité dans la frilosité avec laquelle la vaccination a commencé en France.
En Israël, le déni d’une portion du monde haredi explique en grande part la mortalité élevée, contre laquelle la vaccination ne peut encore rien: qu’on lise le texte terrible de Meshi Zahav, fondateur de Zaka, dont les parents sont morts d’avoir suivi les conseils de leur rabbin plutôt que les siens…..

Les espoirs médicamenteux ont été déçus; l’inefficacité de l’hydroxychloroquine vient d’être confirmée dans le NEJM, prestigieuse revue médicale. Il faudra attendre des études randomisées pour vérifier les annonces prometteuses de Ichilov et de Hadassah. Si elles se confirment, nous verrons si les adeptes du BDS continuent de refuser de se faire soigner par un produit sorti de «l’entité sioniste ».

Surtout, les mutations du virus sont aujourd’hui une inquiétude majeure. Phénomène banal de toute réplication virale, où une base (un barreau de la chaine génétique) est remplacée par une autre (mutation) ou supprimée (délétion), sous l’influence simultanée des processus mouvants innombrables constituant l’atmosphère cellulaire, tout se passe comme si ces mutations étaient dues au hasard.
Or, bien que le coronavirus mute peu, il y en a tellement en perpétuelle réplication dans cette grande endémie, certains restent parfois si longtemps présents, notamment chez des patients immuno-déprimés, que des dizaines de milliers de mutations sont aujourd’hui répertoriées grâce aux séquençages. La plupart des mutations sont neutres, celles qui sont nocives pour les virus disparaissent, celles qui apportent un avantage réplicatif voient leur descendance prendre le pas sur les autres: par exemple s’ils pénètrent plus facilement les cellules (comme le « variant anglais ») entrainant une augmentation de la charge virale, ou s’ils entravent la réaction immunitaire de l’hôte ( variant sud-africain et brésilien).
L’efficacité d’un vaccin peut être partiellement ou totalement remise en cause. La situation actuelle est incertaine et va évoluer, probablement pas dans le bon sens. Ce qui signifie des injections supplémentaires de vaccins. Les compagnies pharmaceutiques disent que cela serait techniquement simple. Mais le jeu du chat et de la souris peut continuer. Plus les vaccinations se font au ralenti, plus le risque de mutations résistantes est grand et le choix israélien de vaccination massive rapide est logique.

Incertitudes sur le Covid chronique, sur le portage et la protection des sujets vaccinés, sur l’analyse des défenses immunitaires individuelles, nos connaissances vont encore progresser; aussi chaotique et surprenante qu’elle puisse être, la voie du progrès médical est certaine. Quant aux suites psycho-socio-politico-économiques de la pandémie, c’est une autre affaire….

Richard Prasquier
Février 2021

Richard Prasquier est cardiologue et ancien (et brillant) Président du Crif
Président d’honneur du CRIF
Récipiendaire du prix de l’Amitié Judéo-Chrétienne en 2015
Il a écrit de nombreux articles tant médicaux que géopolitiques.

article paru dans Actualité Juive Février 2021

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