SAHEL : LE GRAND VERTIGE Par Vincent Hugeux

 SAHEL : LE GRAND VERTIGE
Par Vincent Hugeux

Sahel. Au simple énoncé de ce nom, les images affleurent, diffuses et chaotiques. Un âpre décor de dunes, de rocaille et d’arbustes chétifs, sillonné tantôt par de lentes méharées, tantôt par des colonnes de vrombissants pick-up, et peuplé, sous un écrasant cagnard, d’altières silhouettes, de trafiquants, de djihadistes conquérants, d’otages exténués, de soldats au teint pâle et de migrants aux abois, en route pour l’illusoire eldorado européen.

Une contrée fantasmatique donc, fertile en clichés mais aux contours incertains ; un territoire semi-aride qu’aucune frontière ne corsète. Tout sauf une entité homogène, comme l’atteste la coexistence, parfois orageuse, de multiples identités ethniques, peul, wolof, touareg, malinké, songhaï, dogon, haoussa, mossi ou kanuri. De quoi diable le Sahel est-il le nom ? Etymologiquement, il doit le sien au mot arabe sâhil -« rivage » ou « côte »- employé par divers chroniqueurs médiévaux pour désigner la lisière méridionale du Sahara. Au sens large, la bande sahélienne court entre désert et savane de l’Atlantique à la Mer Rouge, de Dakar à Djibouti. « Espace tampon entre le monde méditerranéen et l’Afrique sub-saharienne », résume l’universitaire Philippe Hugon, disparu en avril 2018.

Nous circonscrirons pourtant le survol qui suit aux pays du G5, alliance forgée en février 2014 par la Mauritanie, le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad, quitte à l’assortir d’une incursion au nord du Nigeria voisin. Par commodité certes, mais avant tout parce que c’est en partie là, dans cette immensité vaste comme l’Europe de l’Ouest, théâtre d’une intense offensive des adeptes du djihad global, que se joue le sort du continent noir. Et parce ce que s’y combinent, en un cocktail toxique, tous les fléaux qui entravent le décollage du « berceau de l’humanité » : aléas climatiques, pauvreté, démographie immaîtrisée, débâcle de l’Etat, mal gouvernance, indigence des services publics, corruption, persistance de fractures communautaires habilement manipulées.

                                                               Empires et royaumes

Commençons par tordre la cou à un triple stéréotype, aussi tenace que trompeur. Lequel voudrait que la bande saharo-sahélienne, ou BSS, s’apparente à un no man’s land stérile et sans passé. Rien de plus faux. Le quintet exploré ici compte plus de 80 millions d’âmes, effectif promis au doublement à l’horizon 2050. Sur le flanc sud de la bande, la pluviométrie, si erratique soit-elle, permet la culture du millet, du sorgho, du maïs, et du coton. Quant aux contentieux ancestraux et récurrents entre agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades, ils continuent d’enfiévrer les zones de transhumance. Riche, voire fastueuse, traversée de cavalcades, de razzias, de batailles épiques et de « guerres saintes » -l’une des acceptions du terme djihad-, l’histoire de l’aire sahélienne est façonnée, dès le 8e siècle de notre ère, par l’éclosion, l’apogée puis le déclin d’empires et de royaumes légendaires. Empires du Ghana et du Mali, royaumes bambara, peul, songhaï ou, plus à l’est, du Kanem-Bornou, à cheval sur le Tchad et le Nigeria actuels. L’âge d’or de ces puissance, irriguées par le commerce du métal jaune, du sel et des esclaves, perdure jusqu’au 15e.

Bien sûr, l’islamisation venue du nord, imposée au fil du cimeterre, a bouleversé entretemps les dynasties patriarcales. Souverains et notables embrassent, de gré ou de force, la « vraie foi », souvent teintée d’un reliquat d’animisme, comme en témoigne la perpétuation du culte des ancêtres et des saints vivants. L’irruption des colons européens, au 16e siècle, bouscule à son tour le paysage, ne serait-ce qu’en substituant aux usages agricoles traditionnels des cultures de rente -arachide, riz, coton, canne à sucre- exportée vers l’Europe via les ports de la côte atlantique.

Qu’on ne s’y trompe pas : loin de courber l’échine, les figures de proue de l’islam sahélien opposent aux envahisseurs une résistance farouche. Pour preuve, la cascade de révoltes qui, à l’aube du 19e, annonce l’émergence de nouvelles royautés théocratiques. Citons le djihad d’Ousmane Dan Fodio, lequel unit peuls et haoussas pour fonder, dans le nord du Nigeria d’aujourd’hui, l’émirat de Sokoto, imposant la charia -la loi coranique- du Cameroun au Bornou. Autres foyers fameux, l’empire peul du Macina, surgi au centre de l’actuel Mali sous l’impulsion de Cheikhou Amadou, disciple de Fodio, et celui taillé au mitan du siècle entre Sénégal et Mali par El Hadj Omar Tall. Au panthéon des rebelles repose enfin le Guinéen Samory Touré, fondateur d’un empire mandingue dont l’armée coloniale française ne vint à bout qu’en 1898.

Quand sonne l’heure des indépendances, à l’orée de la décennie 1960, deux phénomènes alimentent la chronique régionale. D’abord, l’échec des mariages contractés par des nations naissantes tout juste affranchies du joug colonial ; telle l’éphémère Fédération du Mali, fruit de la fusion du Sénégal et de ce que l’on désignait alors sous le nom de « Soudan français ». Ensuite, l’essor, dans l’espace nigéro-malien, de l’irrédentisme touareg, que reflète la rébellion déclenchée en 1963, épisode fondateur d’un feuilleton dont nul n’entrevoit l’épilogue. Aujourd’hui patron incontesté du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, ou JNIM en version arabe), alliance créée en mars 2017 et affiliée à Al-Qaïda, le Malien Iyad ag Ghali a forgé son savoir-faire au feu de l’insurrection de 1990. Ni le « pacte national » de 1992, ni le statut particulier octroyé au Grand Nord malien, ni même l’intégration d’ex-rebelles au sein d’ « unités spéciales » de l’armée n’ont pacifié une région de fait abandonnée à ses caïds.

                                                         Une fertile terre de mission

Dopée par la liquidation du Libyen Muammar Kadhafi, cette revendication séparatiste fournira d’ailleurs l’une des flammèches appelées à embraser le Mali et son voisinage, théâtre depuis 2011 d’une descente aux enfers humaine, sécuritaire et politique. Livrés à eux-mêmes au lendemain de la chute du Guide de la Jamahiriya, les volontaires sahéliens de sa Légion islamique rentrent alors au pays avec armes, bagage et expertise. Cette soldatesque amère et désoeuvrée tire profit de l’irénisme du président Amadou Toumani Touré -décédé le 10 novembre 2020 dans un hôpital d’Istanbul-, lequel mise alors à tort sur la retenue des revenants. Envers les insurgés nordistes de toutes obédiences, le pari d’ « ATT » repose sur un marché bancal : vous limitez vos activités à vos juteux trafics, et je ferme les yeux. Pacte d’autant plus illusoires que la piste des insoumis touareg croise la route des vétérans des maquis algériens.

On retrouve ainsi, aux commandes de la nébuleuse qui, après avoir évincé ses alliés touareg, s’empare du septentrion malien puis fonce vers le centre du pays, d’anciens cadors du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), fruit d’une scission du Groupe islamique armé, ou GIA, et dont une faction donnera naissance en 2007 à Aqmi -Al-Qaïda au Maghreb islamique-, chapitre régional de la matrice fondée par Oussama Ben Laden.

D’autres facteurs, bien antérieurs à cette séquence, ont préparé le terrain. A commencer par l’enracinement, dès les années 1970, du wahhabisme, doctrine propagée par l’Arabie saoudite et prônant un « islam des origines » littéraliste, rigoriste et rétrograde, radicalement hostile à la tradition africaine de rite malékite, empreinte de soufisme, et à ses usages, relégués au rang de « superstitions maraboutiques ». Dans le même esprit, des prédicateurs pakistanais diffuseront dans la région de Kidal (Mali) les préceptes du tabligh. Reflet de cet élan purificateur, la mouvance Izala, puissamment implantée au Niger, où elle instaure au fil des ans des normes sociales strictes, notamment vestimentaires, et noyaute les organes de décision religieux. A entendre ses imprécateurs, les calamités -sécheresses et famines- qui accablent la région ont valeur de châtiments divins infligés aux « mauvais musulmans », coupables de collusion avec les kouffar, entendez les infidèles, occidentaux ou pas. A l’approche du troisième millénaire, le salafisme djihadiste, dont l’entrisme doit beaucoup aux financements saoudiens et qataris, accroît son emprise, via un dense réseau d’écoles coraniques. Au Niger, on dénombre ainsi 50 000 madrasas sous influence wahhabite, perçues comme autant de remèdes aux carences de l’enseignement public. De même, l’activisme fondamentaliste gagne les campus, au point de dicter sa loi jusque dans les mosquées des universités de Dakar et de Saint-Louis (Sénégal).

Ainsi, les germes de la radicalisation peuvent venir de loin. Nul doute que l’invasion de l’Irak qu’orchestrent en 2003 les Etats-Unis, fatale au raïs Saddam Hussein, contribue à la radicalisation de jeunes Sahéliens. Témoin, le Mauritanien Fawaz Ould Ahmed, alias « Ibrahim 10 », acteur ou cerveau d’au moins trois attentats meurtriers, jugé à l’automne 2020 par la Cour spéciale antiterroriste de Bamako.

                                                                  Des Etats en piètre état

Dans cette équation complexe à X inconnues, il va de soi que les données endogènes pèsent lourd, en ce qu’elles facilitent l’intrusion de combattants étrangers et élargissent l’audience de la rhétorique djihadiste. Allusion à la pauvreté aiguë, qui affecte grosso modo 50% de la population, à la porosité de frontières souvent artificielles, mais aussi à l’extrême difficulté, pour des armées mal entraînées, piètrement équipées et guère motivées, de contrôler des étendues à demi désertiques. Tâche d’autant plus ingrate que les communautés locales voient d’ordinaire dans les militaires et gendarmes déployés chez elles les garde-chiourmes d’une armée d’occupation. Prévention confortée çà et là par les exactions criminelles ou le racket, d’ordinaire impunis, dont on accuse non sans raison les « corps habillés », tout comme par l’incurie, sinon le mépris, que les autorités centrales affichent envers des provinces lointaines et réputées indociles. Endémiques, la corruption, le clientélisme et les réflexes claniques n’arrangent rien à l’affaire.

Propice aux trafics en tout genre -cigarettes, drogues, armes, carburant, médicaments contrefaits, êtres humains-, l’insigne faiblesse de la charpente administrative, la défaillance des structures étatiques et des services publics attisent le sentiment d’abandon. Pain béni pour les stratèges djihadistes. S’ils recourent volontiers à la prédation et à la coercition, voire à une abjecte cruauté, ceux-ci s’incrustent aussi dans le tissu social par le jeu de mariages coutumiers, de pactes scellés avec des dignitaires villageois ou d’influents négociants, et en suppléant un « pouvoir » central honni ou défaillant. Un dispensaire ici, une école coranique là, une distribution de secours, de vivres ou de semences ailleurs… Mieux, il leur arrive d’arbitrer contentieux fonciers ou litiges commerciaux. Si paradoxal que cela puisse paraître, l’irruption des « fous d’Allah » peut avoir à l’échelon local et à l’instant T un effet régulateur, sinon pacificateur.

Certes, on peut imputer l’anémie des Etats sahéliens à l’impact ravageur des « politiques d’ajustement structurel » infligées durant les décennies 1980 et 1990 par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Et ce en vertu -si l’on ose écrire- d’une vision étriquée de l’orthodoxie budgétaire. Placés sous perfusion, les gouvernements n’eurent alors d’autre choix que de sabrer dans les dépenses au détriment de le voirie, des équipements sanitaires ou de l’enseignement. Mais aussi d’un appareil sécuritaire dont se méfiait au demeurant Son Excellence le président, rongé par la hantise du putsch. Argument recevable donc, quoiqu’un peu court. Au Mali comme au Niger, on a vu au fil des années écoulées des fortunes colossales englouties dans des achats fictifs de matériel militaire. En revanche, on ne vit hélas jamais vu décoller certains des hélicoptères de combat importés à prix d’or, mais hors d’usage.

Comment ne pas comprendre la rancœur de ces troufions envoyés au casse-pipe, armés de tromblons obsolètes et gratifiés d’une solde dérisoire, tandis que leurs chefs galonnés mènent grand train loin du front ? Risquer sa peau, soit, mais pour qui et au nom de quoi ? D’aucuns voient dans l’adoption d’un système politique fédéral, supposé respectueux des particularismes locaux, le remède à tous les maux. Moins de centralisme ? Soit. Davantage d’autonomie ? Fort bien. Reste qu’au-delà, la formule serait hasardeuse : sans un Etat fort et perçu comme légitime, le fédéralisme n’est que l’autre nom de la partition ou du démembrement.

                                                     Deux ennemis pour le prix d’un

En janvier 2013, soucieuse d’enrayer la progression djihadiste dans un Mali à la dérive, la France déclenche l’opération Serval. Le 1er août de l’année suivante, Paris élargit aux pays voisins son dispositif, rebaptisé Barkhane -en référence à ces dunes incurvées sculptées par les vents. Logique : tel un cancer dont le tumeurs et les métastases rongent un corps anémié, le fléau s’étend, défiant les frontières. Depuis, l’ex-puissance coloniale s’échine, avec le concours plus ou moins efficace des armées du G5, à adapter sa stratégie à une adversité inédite, version sahélienne du « conflit asymétrique », aux antipodes de la guerre conventionnelle. Il faut aux cerveaux de Barkhane perfectionner sans relâche la riposte qu’exige une menace mouvante, plurielle et protéiforme, sinon indécelable. D’autant que l’ennemi, mobile, audacieux, servi par sa parfaite connaissance de la topographie, ne manque ni de combattants aguerris, ni d’armements -de plus en plus sophistiqués-, ni de planques et caches, ni d’artificiers inventifs, ni enfin de propagandistes familiers des outils numériques.

Il peut aussi miser sur un dense réseau de guetteurs et d’informateurs et tend à privilégier les actions d’éclat menées par des commandos aux effectifs restreints. Bien sûr, la supériorité technologique et la maîtrise exclusive du ciel offrent de précieux avantages, qu’il s’agisse de surveiller mouvements et communications ou de lancer ici un raid aéroterrestre, là une attaque de drone. Reste que sur un champ de bataille aussi vaste et à ce point hostile, rien ne saurait remplacer le renseignement humain.    

Face au contingent français et ses alliés locaux, deux mouvances concurrentes, auxquelles il convient d’ajouter la secte djihadiste nigériane Boko Haram, active dans le sud du Niger et l’extrême-nord du Cameroun. Le GSIM, filiale d’Al-Qaïda déjà mentionnée, également connue sous l’acronyme RVIM (Rassemblement pour la victoire de l’islam et des musulmans) ; et l’EIGS, ou Etat islamique au Grand Sahara, inféodé à Daech. Entre ces nébuleuses, les divergences idéologiques sont aussi profondes que durables. Elles attisent une émulation mortifère -la férocité et la radicalité peuvent constituer des atouts aux yeux des recrues potentielles comme des bailleurs de fonds- et provoquent des accrochages meurtriers, notamment dans les « zones de prédation » disputées. Alarmé par la voracité de l’EIGS, qui aurait recruté plusieurs centaines de volontaires dans ses sanctuaires, Iyad ag Ghali a engagé à l’été 2020 des pourparlers, dépêchant des émissaires de haut rang à Kidal et en Algérie.  Lesquels se sont heurtés à une fin de non-recevoir de la part de ceux qui tiennent les émules d’Al-Qaïda pour des « tièdes », voire des « mécréants ».

Une certitude : ces derniers ne veulent ni céder un pouce de territoire, ni anéantir leurs rivaux, mais les contenir dans leurs bastions et réfréner leurs appétits. On l’aura compris : si, à l’échelon local, des pactes de non-agression peuvent être scellés, le modus vivendi global et le partage négocié des zones d’influence attendra. A l’évidence les frères ennemis du djihad ont conscience qu’une guerre totale entre eux ferait le jeu d’une France exécrée et de ses « supplétifs ». Au-delà de leurs désaccords doctrinaux, ils mettent en oeuvre sur le terrain des options tactiques antagonistes. Le GSIM, plus homogène et plus « africain », s’emploie à séduire, à convaincre, à rallier ; bref à réussir là où l’Etat, dont il travaille patiemment à saper l’assise, a failli. Tandis que les disciples de Daech, souvent étrangers au terroir, demeurent fidèles à une logique de conquête et de soumission, même s’ils s’efforcent de tisser çà et là des liens familiaux. Considéré comme le n°2 de l’EIGS, l’émir Abou Walid as-Sahraoui a ainsi épousé une Malienne, fille d’un notable peul.

                                                            La France face à l’hydre

La perspective -réprouvée à Paris- de l’ouverture d’un canal de tractations par l’exécutif militaro-civil au pouvoir de Bamako depuis le putsch du 18 août 2020, risque de creuser le fossé. Si ag Ghali peut, à ses conditions, se prêter au jeu, on voit mal les stratèges sahéliens de l’Etat islamique l’imiter. A sa manière, et peut-être à son insu, la France affecte le rapport de force entre les deux entités. Qu’on en juge. En janvier 2020, à la faveur d’un sommet du G5-Sahel réuni à Pau (Pyrénées-Orientales), Emmanuel Macron désigne l’Etat islamique comme la cible « prioritaire », en prélude à une inflexion opérationnelle. Dès lors, Barkhane focalise son action sur la zone dite des Trois-Frontières, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso, où l’EIGS et ses affidés taillent des croupières au rival, allégeant la pression exercée sur le GSIM. Dix mois plus tard, demi-tour droite : le général Marc Conruyt, commandant du dispositif, rend à ce dernier son titre d’ « ennemi le plus dangereux »…    

Les stratèges de Barkhane peuvent se prévaloir d’indéniables succès. Au fil de l’exercice 2020, le ministère des Armées n’aura pas manqué d’exalter, avec un mélange de soulagement et de triomphalisme, l’anéantissement de telle katiba (brigade) ou la « neutralisation » -en clair, la liquidation- de tel haut cadre du djihad. Citons l’Algérien Abdelmalek Droukdel, émir d’Aqmi tué en juin dans le nord du Mali, ou le Malien Bah ag Moussa, lieutenant d’Iyad ag Ghali, éliminé non loin de Menaka le 10 novembre suivant. Vaines prouesses, avancent les plus sceptiques, invoquant l’antique métaphore de l’hydre de Lerne : vous tranchez l’une des têtes du monstre, une autre jaillit aussitôt. Pas si simple. Certes, le GSIM et l’EIGS peuvent miser sur leurs « gisements » de volontaires et sur leur capacité de régénération. Il n’en demeure pas moins que, fût-ce temporairement, le trépas d’un chef aguerri et doté d’un réel sens politique désorganise ses réseaux et freine leur activisme ; d’autant que le successeur désigné, moins expérimenté, peine parfois à asseoir son leadership.

Nul doute par ailleurs que certaines initiatives, du raid ciblé à l’ample offensive étalée sur plusieurs semaines, ont ébranlé les « groupes armés terroristes », ou GAT, expression consacrée du jargon militaire. Tel fut le cas, en octobre de la même année, de l’opération Bourrasque, menée un mois durant par 1600 soldats français, épaulés par un bon millier de frères d’armes nigériens et 300 Maliens. Laquelle permit alors de réduire plusieurs poches de l’EIGS dans le Liptako et de mettre hors d’état de nuire une centaine de djihadistes. Avec le concours de l’allié américain. Un temps menacé par l’obsession isolationniste de Donald Trump –America First, voire America Alone-, ce soutien n’a jamais fait défaut, qu’il s’agisse de partage de renseignement, de l’engagement de drones de l’US Air Force ou du ravitaillement en vol des Rafale bleu-blanc-rouge. Et tout porte à croire que l’accession du démocrate Joe Biden à la Maison-Blanche confortera le statu quo.

Il est d’usage, au lendemain de tels coups d’éclat ou à la faveur des sommets du G5-Sahel, de valoriser la « montée en puissance » des contingents africains. De fait, des progrès ont été accomplis en matière de réactivité, d’efficience et de coordination ; progrès salués par le secrétaire général de l’Onu Antonio Gutteres au détour du rapport semestriel présenté au Conseil de sécurité à l’automne 2020.

De même, la rhétorique en vigueur, un rien incantatoire, vante l’investissement croissant, tant opérationnel que financier, des partenaires européens de la France. Fleuron de cette coopération accrue, la task force Takuba, coalition de détachements de forces spéciales fournis par divers pays du Vieux continent, qui a vocation à accompagner au combat l’armée malienne. Processus laborieux : neuf mois après son lancement officiel, seuls une centaine d’Estoniens et une soixantaine de Tchèques avaient rallié le noyau français de ce corps d’élite, que 150 Suédois devraient rejoindre courant 2021. Quant aux promesses initiales venues de Belgique, du Danemark, de Norvège, des Pays-Bas ou du Portugal, elles tardaient alors à se concrétiser. Pourquoi tant de tiédeur ? Deux facteurs l’expliquent, sans pour autant la justifier. D’abord, la volonté prêtée non sans raison à Paris de dicter le cap et de tenir la barre. Ensuite, la crainte de s’enliser dans bourbier miné par les arriérés de l’aventure coloniale française.

                                                             Une guerre ingagnable

Dans l’arène diplomatique comme sur le terrain militaire, l’impératif d’efficacité requiert un effort de simplification et d’harmonisation, histoire d’en finir avec la confusion qu’entretient l’empilement d’instances aux contours et aux missions aléatoires. Après l’Alliance pour le Sahel, lancée en juillet 2017 et appelée à financer et coordonner 800 projets de développement à l’horizon 2022, on a vu surgir en août 2019 un Partenariat pour la sécurité et la stabilité du Sahel, ou P3S, puis, en janvier 2020 une Coalition pour le Sahel, censée absorber l’Alliance précitée. « Un peu comme si chaque fois que ça coince, ironise un africaniste chevronné, on invente un nouveau mécanisme ».

Qu’il s’agisse de la performance des fantassins sahéliens ou des contributions européennes, les avancées enregistrées ne sauraient faire illusion. On part dans les deux cas de tellement loin qu’elles n’ont d’autre effet que d’alléger le fardeau. En vertu d’une lecture simpliste, et un peu datée, maints experts opèrent au sein du G5 un distinguo entre les trois « maillons faibles » du Sahel central -le Mali, le Burkina Faso et, dans une moindre mesure, le Niger-, et ses deux « maillons forts », la Mauritanie à l’ouest, le Tchad côté est. Or, Nouakchott, qui dispose certes d’une ossature militaire assez solide pour dissuader les GAT de lancer sur son sol des incursions d’envergure, tend à éviter l’affrontement direct en contrepartie d’une forme d’immunité territoriale. Quant au Tchad, dont on loue à juste titre la combativité des soldats, aussi vaillants qu’impulsifs, il pâtit d’un handicap sous-estimé : tout y repose sur son autocrate élu, Idriss Déby Itno, et tout dépend de lui. « Sa disparition, prédit un initié, ouvrira un gouffre, et sa succession une féroce bagarre. »

Soyons clairs : au Sahel, les fils de Barkhane s’acquittent avec bravoure d’une mission impossible. Ils remportent des batailles, mais ne peuvent gagner la guerre. Pour une raison simple : en l’état, elle est ingagnable. A quoi bon libérer un territoire du joug djihadiste si l’administration locale et son appareil sécuritaire rechignent à le réinvestir, que ce soit par manque de volonté ou du fait d’une pénurie de moyens ? Le général François Lecointre, chef d’état-major des armées, le répète à l’envi : pas d’issue militaire sans remèdes politiques. Le fusil d’assaut peut tenir l’ennemi en respect, mais ni restaurer, ni a fortiori instaurer une gouvernance transparente, efficace, intègre, équitable, réfractaire à la tentation clanique et attentive au sort des plus humbles. Plus qu’une impasse, le « tout-kaki » est une chimère. L’élite galonnée française le sait. Mais il lui reste à s’affranchir des vestiges d’une vision archaïque de la contre-insurrection. Donc à oublier l’héritage des maréchaux Lyautey et Gallieni pour affiner sa lecture des ressorts de l’Afrique réelle.

                                                                Un califat en pointillé  

« Toutes les options sont sur la table », avait averti Emmanuel Macron en amont du sommet de Pau. Toutes, sauf une : le retrait brutal de la force Barkhane. Un tel désengagement apparaîtrait comme un cuisant aveu d’échec, sinon comme une reddition à fleur de sable, ouvrant un boulevard aux boutefeux du djihad. Loin de sonner le repli, le locataire de l’Elysée avait dans la foulée annoncé le renfort du dispositif, porté à 5100 hommes. Bien sûr, les effectifs devaient revenir à leur étiage antérieur -soit 4500 environ- à la faveur de la relève de février 2021. Il n’empêche : nous voilà très loin du schéma initial, à savoir la réduction graduelle d’un contingent censé, au prix d’un « tuilage » méthodique, transmettre le témoin à une force panafricaine en ordre de marche.

A la clé, un dilemme de collection : le tuteur postcolonial ne peut ni décamper sans préavis, ni rester indéfiniment. D’autant que les frustrations nées de la persistance du chaos sécuritaire suscitent une francophobie attisée par des leaders d’opinion démagogues et volontiers complotistes. Si la 7e armée du monde, suspectée d’emblée de partialité pro-touareg, échoue à terrasser ces bandes de types à moto ou en 4X4, c’est qu’elle roule secrètement pour eux… Thèse relayée par le fameux chanteur malien Salif Keïta, auteur en novembre 2019 d’une vidéo délirante à l’écho fulgurant. Les sévices commis par des milices d’autodéfenses locales, engagées ponctuellement au côté de Barkhane et qui profitent de ce parrainage pour vider de vieilles querelles, contribuent eux aussi à brouiller l’image de l’opération. Instruit par une frange de l’intelligentsia sahélienne, un autre procès, dont les réseaux sociaux décuplent la portée, ternit cette image. Celui, hier fondé, désormais anachronique, intenté à une France soupçonnée de perpétuer de la sorte son emprise coloniale et accusée de piller, sous couvert d’antiterrorisme, les ressources naturelles -en partie fantasmées au demeurant- que recèleraient les entrailles du Mali, du Niger ou du Burkina (pétrole, gaz, uranium, or ou minerais rares).  

Vue des bords de Seine, la facture du déploiement fait aussi grincer quelques dents : 600 millions par an en moyenne, le double en 2020. Quant au coût humain -45 soldats tombés au combat depuis Serval-, il figure en bonne place dans l’argumentaire des avocats du repli, enclins à oublier que ce sont bien les Africains, civils et militaires, qui paient le tribut le plus écrasant : 4000 tués en 2019 pour le seul Sahel central.

Tant pis pour les adeptes de la pensée magique. Le devoir de lucidité commande d’envisager, à court et moyen terme, un avenir sombre, voire vertigineux. Non que la mouvances djihadiste, que l’on sait fragmentée, soit en mesure d’instaurer sur l’aire sahélienne, d’ici à 2030, un califat homogène, transfrontalier, assez robuste pour perpétuer une forme de continuité territoriale. Sur le temps long, ce dessein suprême demeure, comme l’attestent divers document estampillés Aqmi, dénichés par les services de renseignement occidentaux. Mais dans un futur proche, le scénario le plus probable reste celui, déjà esquissé, de l’éclosion et de la consolidation d’un émirat islamique en « peau de léopard », chapelet d’enclaves échappant au contrôle des autorités centrales. Dont l’une, d’obédience GSIM, enjamberait les frontières plus ou moins fictives censées séparer le Mali, le Niger et le Burkina.

Corollaire de cette mue, l’accélération, patente, du délitement des Etats. Le Nigérien Mahamadou Issoufou, qui aura eu la sagesse de ne pas briguer fin décembre 2020, au mépris de sa constitution, un troisième mandat, serine sans désemparer la même antienne : « Rien ne garantit que mon pays existera encore dans une décennie ». Exorcisme ? Pas seulement. « Toutes ces nations fragiles vivent une crise existentielle, avance en écho un fin connaisseur de la région. Que le volontarisme français ne suffira pas à enrayer. Trop gros pour nous. » Encore une fois, l’objectif d’un Iyad ag Ghali n’est pas de conquérir Bamako pour trôner au palais de Koulouba, siège de la présidence. Et moins encore d’hériter du portefeuille de la Décentralisation au sein d’un hypothétique gouvernement d’union. Loin de telles contingences, lui et ses pairs s’accommoderaient dans l’immédiat de l’émergence de régimes « djihado-compatibles », n’entravant en rien leur enracinement religieux, politique et social. Promu au rang d’acteur-clé du djihad planétaire, ag Ghali n’a pas vocation à renoncer au statut d’interlocuteur privilégié du haut-commandement d’Al-Qaïda.

                                                              L’appel du large

« Extension du domaine de la lutte ». Paradoxalement, le titre du roman qui propulsa dès 1994 sur l’avant-scène littéraire Michel Houellebecq, écrivain à l’islamophobie revendiquée, sied à merveille aux ambitions des cerveaux d’une guerre qui se prétend sainte : élargir leur sphère d’influence au-delà du Sahel, notamment vers l’ouest et le sud, en direction de pays pourvus d’une façade maritime, tels la Côte d’Ivoire, le Togo, le Bénin, le Ghana, la Guinée-Conakry ou le Sénégal. « Le phénomène le plus inquiétant, tranche un vieux routier des convulsions sahéliennes. Là sont les théâtres du djihad de demain. » Jusqu’alors, il s’agissait de semer le doute et la terreur chez les alliés de l’Occident impie. Qu’on se souvienne de l’assaut sur Grand-Bassam, station balnéaire prisée par les Ivoiriens et les expatriés, en mars 2016 (19 tués).

Dorénavant, place à un travail de pénétration « à bas bruit », moins fracassant et plus insidieux, via la création de cellules dormantes, y compris en milieu rural. Et ce d’autant que le renforcement des dispositifs de protection des cibles symboliques -hôtels de luxe, restaurants, cafés- complique le montage et la commission d’attentats à fort impact médiatique. Le point de non-retour aurait-il été atteint ? « Pas tout à fait, nuance un expert. Le processus est encore réversible, à condition de couper les canaux entre les maisons-mères du djihadisme mondial et leurs relais locaux. Mais la fenêtre de tir se fait de plus en plus étroite. Une course contre la montre. »

Pas gagné en effet. Les anathèmes du prédicateur malien Amadou Koufa, dont le Front de libération du Macina est affilié au GSIM, recueillent un indéniable écho bien au-delà de son fief, au sein d’une communauté peule dispersée dans toute la sous-région. Là réside l’un des atouts majeurs du vétéran touareg Iyad ag Ghali : lui qui a bataillé en Libye, au Liban et au Tchad parvient à rallier sous son étendard, au nom de la lutte sacrée contre l’ennemi commun -l’infidèle et ses supplétifs-, des cohortes de volontaires appartenant à des ethnies ou à des groupes tribaux différents, voire rivaux, peuls, arabes, songhaïs ou bambaras. Son aura, déjà considérable, s’est vue dopée à l’automne 2020 par la libération de plus 200 djihadistes réels ou supposés, obtenue en contrepartie de celle de quatre otages, dont la Franco-Suisse Sophie Pétronin et le chef de file de l’opposition malienne Soumaïla Cissé. Pour preuve, la viralité de la vidéo du banquet offert par ses soins aux ex-captifs, emmenés par une trentaine de « gros poissons » à l’expertise redoutable. Pour lui, un triomphe. Pour les officiers de Barkhane, un cuisant camouflet.

Une autre donnée, tant historique que géopolitique, contrarie la lutte contre le djihadisme : la posture, opaque et ambiguë, de l’Algérie. Si la complaisance manifestée envers ag Ghali et les siens, pourvus naguère de sanctuaires dans le sud du pays, n’a plus vraiment cours, la puissante armée du géant maghrébin ne les combat pas pour autant. « La solution au Mali sera à 90% algérienne », martèle le président Abdelmadjid Tebboune. C’est d’ailleurs à Alger que fut négocié, au printemps 2015, un accord de paix inter-malien resté pour l’essentiel lettre morte. Depuis, le mantra n’a guère varié : rien ne se fera sans nous. Reste à savoir ce qui se fera avec… Une évidence : les généraux algériens, attentifs au risque de contagion de l’irrédentisme touareg, récusent en outre toute « ingérence » dans ce qu’ils considèrent comme leur arrière-cour sahélienne, surtout si la France en est le chef d’orchestre.

                                                                Pessimisme de la lucidité…

D’autres données, structurelles celles-là, rendent illusoire l’hypothèse d’une stabilisation de l’aire sahélienne. A commencer par le défi démographique. Au rythme actuel, la population cumulée des pays du G5 et du Sénégal atteindra 240 millions d’âmes en 2050 et 540 au terme de ce siècle, dont 200 pour le seul Niger, détenteur du record mondial de la fécondité (7 à 8 enfants par femme). A la clé, le spectre de flux migratoires incontrôlables et celui de l’irruption de flots de jeunes en quête d’un toit et d’un emploi, tentés faute de mieux de chercher le salut dans l’exil ou de s’adonner à des activités illicites, de l’orpaillage clandestin aux trafics de toutes sortes. Mécanique d’autant plus funeste que l’effondrement des cours des ressources énergétiques -le pétrole au Tchad, l’uranium au Niger- anémie les économie rentières.

De même, la désertification, quoique contenue çà et là par de louables initiatives, raréfie l’espace dévolu aux cultures et aux pâturages, accroissant ainsi les risques de conflits locaux. Au fil du siècle écoulé, le sahara -désert- a grignoté 250 kilomètres vers le sud sur un front de 6000 kilomètres. Quant au dérèglement climatique, dont témoigne l’enchaînement de sécheresses implacables et d’inondations dévastatrices, il aggrave dans des proportions alarmantes l’insécurité alimentaire. A l’automne 2020, la survie de 13 millions de civils sahéliens, dont 7 millions d’enfants, ne tenait qu’à un fil : celui tissé par l’aide d’urgence.

Nul doute que certains jugeront le tableau brossé ici d’une noirceur excessive. A vrai dire, on aimerait que l’avenir leur donne raison. Après tout, aucune loi, hormis le principe de réalité, n’interdit de croire aux miracles.

Vincent Hugeux 

in »Géopolitique, Comprendre les fractures du monde contemporain », éditions Foucher/Hatier.                                                        —————————

L’auteur tient à remercier pour leurs précieux éclairages, Niagalé Bagayoko, politologue et présidente de l’African Security Sector Network ; Andrew Lebovich, analyste Afrique à l’ECFR (European Council on Foreign Relations) ; Seidik Abba, journaliste et co-auteur de Voyage au cœur de Boko Haram, Enquête sur le djihad en Afrique sub-saharienne (L’Harmattan, 2019) ; et André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS, où il anime un Laboratoire d’anthropologie sociale.

Bibliographie

Philippe Hugon, Géopolitique de l’Afrique (Armand Colin, 2016).

John Iliffe, Les Africains, Histoire d’un continent (Flammarion, 2009).

Philippe Leymarie et Thierry Perret, Les 100 clés de l’Afrique (Hachette Littératures/RFI, 2006).

Serge Michailof, Africanistan (Fayard, 2015).

Bernard Nantet, Dictionnaire de l’Afrique (Larousse, 2006).

Nicolas Normand, Le Grand Livre de l’Afrique (Eyroles, 2019).

Vincent Hugeux, Kadhafi (Perrin, 2017 & Tempus Perrin, 2021).

Jean-Marc Châtaignier, « Peut-on stabiliser le Sahel », in Politique Etrangère, revue trimestrielle de l’Institut français des relations internationales (Ifri), automne 2019.

Alain Antil, directeur du Centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales (Ifri), « Sahel, soubassements d’un désastre », ibid.  

« Sahel, terre de conflits », dossier spécial de la revue Recherches Internationales n°117 (janvier-mars 2020).

Biographie Vincent Hugeux
Diplômé de l’École supérieure de journalisme de Lille après être passé au lycée Sainte-Marie de Beaucamps-Ligny. Ancien élève de l’Institut d’études politiques de Paris.
Après des débuts au quotidien Le Monde et un passage à La Croix, il travaille désormais comme grand reporter au service international de l’hebdomadaire L’Express. Il est spécialiste de politique internationale, notamment de l’Afrique et du Proche-Orient.
Il a reçu le prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre 2005 pour son reportage sur l’Ouganda (Ouganda, l’enfance massacrée)1.
Vincent Hugeux enseigne à l’École supérieure de journalisme de Lille, à l’Institut d’études politiques de Lille, et à l’Institut d’études politiques de Paris2.

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