Le Moyen-Orient : nouveau village du Club Med !

Le Moyen-Orient : nouveau village du Club Med !

 

Au terme de son premier voyage et les derniers lampions de la fête éteints, il est temps de dégager le sens de la croisière qui s’amuse, pour reprendre le titre d’une série culte.

 Comme l’a si justement remarqué Frédéric Encel on a beau chercher, on ne trouve nulle trace de succès tangibles.

Qu’il nous soit donc permis, à notre humble façon, de déceler les lignes de fractures tectoniques de ce non-événement.

Certes le téléspectateur aura vu  de belles, de merveilleuses images.

Certes le Président Barack Obama a payé son tribut, même tardivement, à une figure imposée de la diplomatie américaine.

 Mais à n’en pas douter sa visite à grandes enjambées n’a que peu à voir avec la « diplomatie des petits pas. »

Alors –« petits pas » mais grands succès. Aujourd’hui -grandes enjambées mais petits succès.

N’est pas Kissinger qui veut ! Mais ne gâchons point  notre plaisir.

Ne nous laissons pas cependant voiler la face par les démonstrations et déclarations enthousiastes des Israéliens, et désabusées des Arabes.

 D’abord une remarque liminaire nous avons lu, à notre grand étonnement ici et là —, des critiques acerbes et indignées  parce qu’Obama a prononcé son beau discours intitulé « Atem lo levad » « vous n’êtes pas seuls », au centre de conventions à Jérusalem et non à la Knesset, méprisant ainsi la démocratie israélienne et son parlement.

Qu’il nous soit permis de rappeler à ces ignorants de l’histoire qu’il en a été de même lors de son discours du Caire ou lors d’autres discours prononcés à Moscou ou à Pékin. Dont acte !

 Alors au tableau de chasse on exhibe maintenant le rapprochement Israélo- Turc.

La belle affaire en vérité ! La fable est belle et digne de droit de cité à Épinal ! Cela rejoint les trophées de chasse de signatures de contrats mirifiques de livraison d’avions signées lors de visites protocolaires.

Les Romains, dans leur grande sagesse, avaient une très belle formule : « Panem et circenses »!

Examinons la chose sous une focale plus précise, et laissons ces billevesées  au chaland affriandé

Clausewitz, orfèvre en la matière, disait- certes quelques jours avant ce voyage- : « Die Sache muss entscheiden» « la chose doit décider !

Aucun conflit territorial n’existe entre Israël et la Turquie. Les menaces communes, les intérêts bien compris (Syrie, Iran) commandaient des l’arraisonnement justifié (oh combien justifié) du Marmara une réconciliation. La costille portait en elle les retrouvailles !

D’aucuns avaient voulu y voir à l’époque une poussée islamiste de la part de la Turquie. Balivernes !

Balivernes car la visée  stratégique de la Turquie n’était ni plus ni moins que de chausser les bottes ottomanes. Et pour ce faire une relation plus équilibrée avec tous les acteurs de la région s’imposait. Mettre en sourdine une alliance par trop voyante avec l’Etat  Hébreu relevait du simple bon sens ! Subtilité ottomane quand tu nous tiens !

 Erdogan ayant alors en partie achevé son dessein , le jeu pouvait désormais redémarrer sous la pression implacable de la réalité

Les commentateurs, pour avisés qu’ils soient, se seraient-ils donnés la peine de relire Clausewitz ils se seraient rappelés qu’il ne faut pas confondre le « Ziel et le Zweck » « les buts de guerre et les buts dans la guerre ». Tertius Gaudens !

 Pour autant ce voyage offre –secundo facies- des enseignements que toutes les parties au conflit devraient méditer à l’aune de la nouvelle politique étrangère US.

 En novembre 2011 la secrétaire d’État Hillary Rodham Clinton en a posé les fondements dans un article paru dans la prestigieuse revue Foreign Policy.

 Désormais Washington procède- certes avec des précautions stylistiques- à un véritable « pivotement » de ses intérêts, de ses alliances. La priorité devient l’Asie. Renforcer les alliances existantes dans cette région, enserrer la Chine à travers un « collier de perles » asymétrique. Voilà le but affiché ; et tous les moyens mis en œuvre.

L’Europe après un hommage symbolique :en filigrane ! Le Moyen-Orient : à la trappe de l’histoire ! L’Iran y  figure en un silence assourdissant !

Pour autant, et curieusement les printemps arabes y pointent leur nez ! Preuve s’il en était besoin que la diplomatie US est tout sauf naïve !

Le conflit du Moyen-Orient les USA ont fini par s’en lasser.

La doctrine Clinton est un vrai aggiornamento parfaitement pourpensé.

 Et il n’a pas échappé à la sagacité de Frederic Encel, l’un des meilleurs géo- politiciens, de noter qu’il eut été plus judicieux d’offrir à Israël des garanties solides, c’est-à-dire de nouvelles armes en échange de pressions sur les deux partenaires.

Il eut été également judicieux de soutenir Mahmoud Abbas et de rehausser son aura et son autorité afin d’en faire véritablement un interlocuteur incontournable pour Israël.

Visiblement M. Obama n’a pas jugé utile de s’adjoindre ses conseils.

 L’argument de l’Iran est neutralisé aussi bien pour Israël que les USA dans une partie de poker infernal.

Faute de quoi le boulevard offert au Hamas deviendrait une autoroute à très grande vitesse.

 Pour autant les contempteurs et détracteurs invétérés de M. Obama auraient grandement tort de se réjouir.

Que vienne le moment inévitable où les USA poursuivront la logique de leur nouvelle politique, que les ressources continuent de se raréfier, Israël connaîtrait alors les « délices » d’un soutien certes moins oppressant et plus émollient.

 Pour autant les Arabes auraient tort de crier victoire !

On imagine mal en effet un renversement d’alliance loaf pour loaf.

Même un esprit inventif et doué de fantaisie aurait du mal à voir – gaz de schiste régnante – l’arme du pétrole aussi puissante. 

Transformer un pouvoir purement destructeur en une force de propositions, de négociations et de compromis ne semble pas à la portée intellectuelle de nombreux acteurs Arabes à l’exception notoire, remarquable et surtout courageuse de Mahmoud  Abbas (n’en déplaise à ceux qui persistent à l’appeler Abou Mazen).

L’on pourrait ressortir-avec bonheur- la fameuse formule d’Abba Ebban toujours aussi vraie.

« Les arabes n’ont jamais raté une occasion de toujours rater les chances de paix ».

 Pour autant et l’on nous permettra de citer à nouveau  Frédéric Encel.

« … Ces dernières années l’absence de vision stratégique d’un leadership Israélien médiocre n’a pas permis d’aboutir à des avancées notoires. Or, sans l’obtention de fruits substantiels, palpables par les palestiniens de Jordanie, comment le chef de l’exécutif d’Israélien pourrait-il confondre le jusqu’au-boutisme inconséquent du Hamas ? Sans résultats  concrets en matière de souveraineté, comment convaincre les palestiniens qu’en préférant la négociation à la guerre on obtient plus et mieux… » Le Monde 22 janvier 2009.

 Est-ce à dire que la situation actuelle ressemble à un mouvement perpétuel ?

Saint Augustin aurait-il raison de dire « Seigneur accorde-moi la chasteté, mais pas tout de suite. »

Au Moyen-Orient comme ailleurs le pire n’est pas toujours sûr.

Il faudra sans doute plusieurs « Schlachte Material Krieg » et quelques revers savamment équilibrés des deux côtés (l’on se rappellera avec une certaine nostalgie le numéro d’équilibriste de Kissinger lors du déclenchement de la guerre de Kippour) pour que la raison s’impose aux extrémistes de tous bords. 

Et l’on rappellera les propos tenus-fort à propos – cette semaine par Ehud Olmert – premier ministre injustement décrié – qu’il lui a manqué trois mois pour conclure avec Mahmoud Abbas.

 Il y a environ 25 ans Patrick Wasjman écrivit dans le Figaro un article intitulé                « Au Proche-Orient Dieu a besoin des hommes. »

Osons renverser la formule pourtant si juste à l’époque. Au Proche-Orient les hommes ont surtout besoin de l’absence de Dieu.

Raymond Aron reprendrait avec toujours autant de justesse et de bonheur sa célèbre formule concernant la guerre froide:

«  On se demande avec angoisse si, en allant dès l’origine, jusqu’au bout des concessions inévitables, on n’aurait pas évité la tragédie » In carnets de la guerre froide

Et l’on conclura avec Machiavel -autre orfèvre en la matière- « quelle plus grande victoire attendez-vous que d’apprendre à votre ennemi qu’il ne peut vous vaincre. »

 Leo Keller

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