Le cliquetis des armes en Corée ou « Ein Musikalischer Spass » de Mozart 1

Le cliquetis des armes en Corée ou  « Ein  Musikalischer Spass » de Mozart   1

 

 

N’était le caractère odieux 2 et hideux  de  la Corée du Nord, qui est- rappelons le -probablement aujourd’hui le pire régime sur terre, il serait plaisant de comparer le cliquetis des armes qui résonnent actuellement à cet intermède musical  de Mozart. Tant la situation relève du comique !

  Hélas il n’en est rien. À côté de cette dictature, la mollahcratie iranienne fait figure d’une aimable comptine pour jardin d’enfants.

« La politique peut se comparer à une pièce aux actes multiples dont l’enchaînement ne peut être arrêté une fois le rideau levé. Déclarer alors que la représentation n’aura pas lieu est une absurdité. La pièce sera jouée, que ce soit par les acteurs… ou par les spectateurs qui monteront sur scène… Les gens intelligents, cependant, ne considèrent jamais cela comme l’essence du problème. À leurs yeux, celle-ci repose sur le fait de savoir si le rideau se lèvera ou non, si un public sera trouvé, et si la pièce possède un caractère intrinsèque. » Metternich 

Les commentateurs, heureusement peu nombreux, qui prédisent un conflit inévitable nous semblent cependant plongés  en pleine confusion mentale et se laissent trop facilement impressionner par l’évolution des événements.  D‘autres, plus avisés, tentent d’expliquer cette crise par le besoin de Kim Jong Un d’asseoir son jeune pouvoir.

 Aucune de ses explications n’emporte notre adhésion.

Dressons l’état des lieux.

La Corée du Nord a dénoncé l’accord d’armistice de 1953. À notre connaissance ce n’est pas la première fois. Elle a également dénoncé par sept  fois différents types d’accord. En Février elle a procédé   à son troisième tir nucléaire, on attend le quatrième pour bientôt.

Les cibles visées par la Corée du Nord sont clairement identifiées : ce sont les bases US Okinawa, Misawa et Yokosuka  situées au Japon.

Certes la région frontalière entre les deux Corées abrite  une des plus  fortes concentrations d’artillerie  au monde.

 Certes l’observateur attentif se souviendra de l’affaire du Pueblo.

Certes ce même observateur gardera en mémoire l’incident de l’avion espion US abattu en 1969.

Certes l’observateur se rappellera avec effarement la destruction de la vedette sud-coréenne Cheonan faisant 48 morts !

Sans oublier bien sûr le bombardement de l’ile Yeonpyeong. Dans la même eau  la Corée du Nord a réactivé le réacteur nucléaire de Yongbyon afin de produire du plutonium et de l’uranium enrichi.

Enfin l’armée nord-coréenne dispose, sur le papier du moins, d’un million cent mille hommes. Et bien entendu la célèbre pensée de Sénèque s’applique parfaitement à leur endroit. « Tout homme qui méprise sa vie est maitre de la tienne ».

  Si la comparaison avec l’armée nord- vietnamienne s’impose, la comparaison entre l’armee sud –coreenne et sud –vietnamienne ne  nous semble cependant pas totalement pertinente. Enfin last but not least la Corée a déclaré le 30 mars le retour à l’état  de guerre avec le sud. Et l’on pourrait citer ad  infinitum la liste des provocations.

 La nature et la géopolitique ayant horreur du vide, essayons de dégager les lignes de fractures qui sous-tendent la politique de la R.P.D.C.

Partons  d’un constat simple. La RPDC dépend à 80 % de la Chine pour l’ensemble de son activité et de son existence. La RPDC est un des deux  seuls états formellement alliés à la Chine.

Sans la Chine la RPDC s’effondrerait.

Un pays qui ressortit à ce point de l’orbite chinoise n’est pas seul maître de sa politique étrangère.

 Puisque l’armement nucléaire s’invite au débat il est utile d’en rappeler quelques notions.

La dissuasion nucléaire à une doxa. C’est la non- utilisation militaire qui ne peut être en fait séparée de leur omniprésente utilisation diplomatique. En parler toujours, la brandir souvent, s’en servir jamais !

A condition bien entendu que l’on soit  prêt à l’utiliser lorsque les intérêts stratégiques sont en jeu. D’où la célèbre formule de Raymond  Aron, orfèvre la matière, « la dissuasion ne jouerait que dans le cadre de la « rationalité de l’irrationalité ».

 En  une belle acrobatie intellectuelle la RPDC inverse la « dissuasion » par la persuasion ! Il ne s’agit plus de dissuader mais de persuader un défenseur ennemi.

 Faire croire à l’adversaire, que fort d’une irrationalité la menace est crédible. En brisant la logique classique et en inversant les termes de l’équation on arrive au but recherché.

Les nord-coréens et les Chinois -ce faisant – appliquent, en bons disciples, le concept Clausewitzien du « Ziel et du Zweck » les  buts dans la guerre et les buts de guerre.

 Éloge de l’asymétrie stratégique, rien que de très classique !

 Or tel  n’est pas le cas bien entendu car l’on ne voit pas les seuls  nord-coréens remplir les critères d’utilisation tels que définis par Albert Wohlstetter.

 

La dissuasion nucléaire a une grammaire. Le bouclier nucléaire ne peut jouer efficacement que si l’on  est prêt à sortir l’épée du fourreau. En d’autres termes la supériorité au niveau supérieur ne vaut que si l’égalité au moins -au niveau inférieur -est assurée.

Doxa, grammaire, puissance. Les arsenaux militaires tant  chinois que nord-coréens ne sauraient rivaliser avec la toujours seule puissance qui maîtrise totalement la sainte trinité nucléaire !

 Il n’aura pas échappé au lecteur avisé que les vecteurs nord coréens ont une portée encore infra intercontinentale, d’autant plus limitée que la charge d’emport est trop forte car leur maitrise de la miniaturisation est encore balbutiante.

Le lecteur inquiet sera –du moins l’espérons nous-rassuré par le fait que les missiles coréens utilisent un carburant liquide.

Ce qui ne signifie pas que la communauté des états civilisés saurait tolérer l’arsenal stratégique de la Corée ainsi que celui de l’Iran.

Carthago delenda est !

 Mais si les seuls  nord coréens ne peuvent sans soutien intervenir c’est qu’un autre acteur ‘autrement plus menaçant laisse planer son ombre portée sur le théâtre d’opérations.

 Alors que cherchent donc les Chinois ? Comme il semble peu plausible que les Nord Coréens aillent beaucoup plus loin dans les effets de manche il faut donc regarder du côté de l’ami protecteur  et maitre.

 Passons en revue les différents objectifs possibles qui s’offrent à la puissance chinoise.

Renforcement du pouvoir interne  du dictateur tout juste post pubère, ne nécessite pas une telle effervescence. Par contre renforcer le poids de la RPDC sans trop en payer le prix représente un avantage certain.

 S’agit-il de vouloir transformer le traité d’amitié de 1953 en  traité de paix mérite réflexion.

 Vouloir neutraliser l’ensemble de la péninsule coréenne- meme en prenant le risque d’une réunification- pourrait représenter d’énormes avantages pour la Chine. À cet égard la récente déclaration du porte-parole chinois des affaires étrangères appelant à un dialogue constructif et amical entre les deux Corées est tout, sauf lénifiante, pour les observateurs un tant soit peu attentifs à la sphère chinoise.

Une réunification coréenne est cependant un pari risqué pour la Chine. En outre la comparaison avec l’Allemagne souffre de trois différences.

Lors de la réunification allemande  la redoutable URSS n’était plus que l’ombre famélique  d’elle-même !

La Corée du sud n’a pas la puissance de frappe financière et économique de la RFA.

Enfin le delta démographique est nettement moins favorable que celui de la RFA avec la RDA.

 L’histoire ne ferait que reproduire la tentative avortée du criminel Beria  de renoncer (au moins en façade) à la RDA contre une Allemagne réunifiée mais neutre et que feu Beria aurait eu vite fait de mettre au pas. Les Américains dans leur  infinie sagesse s’y étaient alors opposés.

On ne voit pas pourquoi le Président Obama commettrait une telle faute stratégique.

En outre la Chine ne veut et ne peut se permettre de voir les G.I’s à leurs frontières. De plus les accords Pyong Yang – Washington ont capoté en 2012.

 Certes les Chinois ont voté quelques sanctions à l’ONU, mais l’on se rappellera utilement la délicieuse formule de Sir Winston Churchill « le communisme est une énigme doublée d’un mystère » !

Bien malins les « pékinologues » qui sauront démêler la réalité de l’apparence.

Tous ces éléments montrent que la Chine n’a pas de véritable politique sur ce point précis, fidele en cela à la politique de Staline. Leur  seule et véritable syntaxe demeure l’opportunisme !

Si la Chine diverge de son appendice coréen gageons qu’elle doit beaucoup l’aimer pour en tolérer les écarts !

Admettons toutefois que la Chine a une politique étrangère que nous caractériserions de polysémique !

 

 Il est une autre théorie d’explications. Dans la doxa nucléaire on ne peut certes exclure  l’hypothèse d’une frappe appelée  « preemptive blow » » frappe préemptive. Cette hypothèse ne semble cependant pas la plus plausible de la part des Chinois.

 Par contre l’observateur attentif retiendra avec intérêt que plus la défunte URSS était agressive, plus cette posture cachait un état d’infériorité.

Et il est utile de rappeler au lecteur que la supériorité même écrasante de l’arsenal US n’a jamais empêché les soviétiques d’avoir l’initiative plus souvent qu’à leur tour.

 La comparaison avec la guerre froide n’est pas totalement relevante. L’affrontement idéologique même s’il est patent, est nettement moins prégnant. Par contre la puissance économique chinoise est beaucoup plus forte que n’était celle de l’empire soviétique.

Un des principes de l’action diplomatique chinoise est le « heping jueqi » c’est-à-dire l’ascension pacifique. Et lorsque les dirigeants de la Cité Interdite l’associent à leurs traditions ancestrales du « wei qi » (jeu de go) les résultats sont pour le moins inquiétants.

 Même si l’arsenal nucléaire chinois commence à être menaçant, il est loin de faire jeu égal avec les USA, tant s’en faut.

Pour mémoire le budget militaire US est de l’ordre de 613 milliards de dollars, celui de la Chine 120 milliards de dollars.

Les USA disposent de 15 porte-avions dont neuf à propulsion nucléaire. La Chine : un seul. Les USA disposent de 60 SNA qui sont la clef de voûte de toute stratégie nucléaire et 15 SNLE. La Chine posséderait quant à elle trois SNLE et  14 SNLA.

La Chine développe certes son bombardier furtif à long rayon d’action J 22 mais  la comparaison avec le rival américain donne le vertige et montre s’il en était besoin que les dents du « tigre de papier » surclassent l’armée chinoise dans tous les domaines.

L’on pourrait multiplier à l’envi les chiffres .Contentons nous de ces derniers ils sont suffisamment éloquents  

Quelque soit l’angle de réflexion par lequel les chinois abordent le  problème toute attaque frontale ou latérale  contre les États-Unis relève de la galéjade.

A l’heure actuelle le seul  objectif qui resterait à portée de la Chine serait d’utiliser la Corée du Nord comme « trip wire » « mécanisme de déclenchement »ou ailleurs dans un conflit de très basse intensité.

  Pour autant l’on doit considérer la stratégie chinoise comme hautement dangereuse. Tout se passe comme si la Chine voulait rejouer la stratégie stalinienne de 1951.

Mao tomba alors dans le piège que lui tendit Staline qui l’avait poussé à intervenir massivement et militairement en Chine.

Staline, en se gardant d’intervenir, menaça alors les USA tout en créant des tensions entre la Chine et les USA. L’opération lui permit de gagner sur les deux tableaux.

Sauf qu’il ouvrit une boîte de Pandore.

Mais les hôtes de la Cité Interdite sont loin  de pouvoir rivaliser en intelligence et  cruel  cynisme avec le « petit père des peuples ». Chausser  les bottes de l’ancien séminariste n’est pas à la portée de tout le monde !

Les Chinois, même s’il manque un échelon intermédiaire, poussent donc la Corée en une spirale militaire. Reconnaissons d’ailleurs que  l’opération semble fort bien jouée.

Et elle l’est d’autant plus qu’officiellement du moins, ils se font chattemite !

Qu’il nous soit permis d’applaudir à leur numéro d’equilibriste.Bravo l’artiste !

 En effet tous les incidents déstabilisent d’une façon ou d’une autre la Corée du Sud. À cet égard on se rappellera avec angoisse l’absence de réactions réelles lors de la destruction de la frégate coréenne qui a tout de même entraîné la mort de 49 marins sud-coréens.

Le plus sidérant en cette affaire fut   la quasi non réaction de la communauté internationale mais aussi de la Corée du Sud.

Pour un peu c’est la Corée du Sud qui se serait excusée !

Les Chinois testent donc la résistance occidentale comme dans une partie de poker infernale pour voir jusqu’où ils peuvent aller sans que les occidentaux « Call the bluff » « mettre au défi »selon la terminologie militaire.

 En l’absence de toute réaction vigoureuse US c’est toute la région qui viendrait à s’interroger. Les pays affublés  du « collier de perles » chinois pourraient se féliciter d’une telle parure.

Si les Américains tenaient dès lors  la bride trop lâche à leurs allies coréens et japonais, ces derniers seraient –bien évidemment – tentés par les délices d’un armement nucléaire.

Et comment pourrait on les en blâmer ?

 Bien entendu ni les Chinois ni les USA ne sauraient le tolérer. Mais  dans tous les cas de figure le vainqueur serait la Chine.

 D’aucuns argumenteront ce scénario et évoqueront une éventuelle reculade chinoise in fine devant la résistance sud-coréenne. Ce scénario est effectivement plus que plausible  et mérite considération.

Le lecteur se souviendra bien entendu de la fameuse phrase du  Prince de Bénévent, l’illustrissime ministre des affaires étrangères  de Napoléon entre autres. « Il pourra être cédé ce qui est d’un intérêt moindre pour obtenir ce qui est d’un intérêt supérieur »!

 Pour autant cette hypothèse oublie que la dimension Chinoise du temps n’est pas celle du monde occidental. Une telle volte face nous fait au penser à l’attitude du fameux diplomate britannique Lord Castlereagh  durant le Congrès de Vienne en 1815.

 Les chinois sont tout sauf médiocres ! Henry Kissinger, peut être le plus fin connaisseur de leur politique étrangère, écrivit dans le chemin de la paix « Le propre de la médiocrité est de préférer un avantage tangible au bénéfice intangible que représente une meilleure posture ». 

 Osons  une hypothèse. La crise actuelle permet aux Chinois de risquer un conflit de très basse intensité sans que les États-Unis et les sud-coréens réagissent autrement qu’en simples démonstrations de force. Tout leur problème, et par symétrie celui des américains, consiste  à déterminer sous quels critères une des puissances nucléaires, sera tentée d’entreprendre des actions locales avec des armes de basse intensité et classiques sans entrainer l’ascension aux extrêmes.

 Un conflit de basse intensité par capillarité ou « tamponnage »en donnant une antériorité sur site à la Chine par l’intermédiaire de son vassal coréen semble être une hypothèse de travail au sein de l’Etat-major US.

Il nous semble que si les chinois et leurs séides ont peut être une volonté de nuire et une pulsion guerrière plus déterminée, les américains de par la panoplie complète de leur armée, de par la qualité de leurs communications ont un net avantage.

La nouvelle doctrine de defense, leur système A2AD (anti area access denial) 3, leur maitrise des « global commons «  « espaces communs », leur écrasante domination en matière de Air Sea Battle leur donnent un avantage stratégique dans la gestion de cette crise.

Ajoutons à cela, l’engin MOAB (Massive Ordnance Air Blast) dont la très faible puissance (0.009kt) permet une souplesse d’utilisation à nulle autre pareille et l’on comprend mieux la posture US

Cet avantage acquis serait alors le début d’un deuxième rang au collier de perles chinois. Les Américains réagissent avec « une sagesse ou patience stratégique ». Cela est vrai. Et il faut saluer l’attitude intelligente d’Obama.

Agir autrement nous semble à ce stade inapproprié. Se contenter de regarder CNN constituerait une prime à l’agresseur !

Ils envoient au dessus de la Corée du Sud  deux B2, les mythiques B 52 et des  F 22 Raptor.

A ce jour cela  semble la réponse la plus pertinente. En sera-t-il toujours ainsi ? Il est permis en tout cas de se poser la question!

 

Leo Keller

  

 Notes

1 une plaisanterie musicale

2 à cet egard le lecteur lira avec profit le livre «rescape du camp 14 » de Blaine Harden

3 nous conseillons au lecteur intéressé de retenir ce sigle .gageons qu’il est appelé à un grand avenir

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