Quand bleu marine et rouge foncé remplacent les pastels.La montée des poupulismes en Europe. Jan Koscinski

Nous avons le plaisir de vous présenter une contribution de  Jan Koscinski,brillant étudiant à Sciences Po en Master Affairespubliques,specialisé en études internationales et problèmes énergétiques.

Pour l’avoir  vu nous- même à l’oeuvre ,nous pouvons vous assurer qu’il sera promis à un bel avenir, . De culture franco-polonaise,il a- tout jeune -parcouru le monde et notamment l’Europe et il possède bien entendu une culture et une comprehension internationales.

il a également vécu- dans le cadre des échanges universitaires – un an à Berlin.Il a en outre effectué un stage de quelque mois en Israel au Jerusalem Post.Nous sommes donc heureux de vous faire bénéficier de son expérience.Néanmoins ,il s’agit pour lui -comme il le dit-, »au delà du parcours professionnel ,de s’épanouir pour donner à chaque journée une saveur et un attrait. »

Nous lui souhaitons bonne chance et une longue , fructueuse et amicale collaboration dans Blogazoi.

Quand bleu marine et rouge foncé remplacent les pastels.

Des néo-nazis au Parlement grec, un gouvernement italien qui accepte du bout des lèvres la lourde tâche de diriger ce pays en crise, et Marine Le Pen en troisième force politique française malgré ses lapsus… Face au radicalisme et au populisme, y-a-t-il une crise du libéralisme ?

Cela fait à peine un an que François Hollande a été élu président de la République française. A présent, ce président « normal » peine à remonter des abîmes de l’impopularité, tandis que son gouvernement affronte plusieurs scandales politiques.

A ce rythme-là, la confiance en nos institutions et notre démocratie s’effrite au sein de l’opinion publique. Or les Français n’en ont pas fini avec les rendez-vous électoraux. En ligne de mire : les municipales puis les européennes. Réapparaît alors un aspect préoccupant de la vie politique des dernières années : les extrêmes, à droite comme à gauche, aux idéologies et slogans inquiétants enregistrent des succès croissants.

Avec son score de 17,79 % obtenu au premier tour des présidentielles de 2002, Jean-Marie Le Pen avait fait rentrer le 21 avril de cette année dans l’histoire. En France, on s’était alors promis : plus jamais ça ! Promesse de Gascon visiblement.

Car après le bref affaiblissement des partis d’extrême droite et d’extrême gauche en 2007, ces derniers ont totalisé près d’un tiers des voix au premier tour des présidentielles de cette année, avec près de 18 % pour Marine Le Pen et 11 % pour Jean-Luc Mélenchon. Des scores bien élevés pour des partis qui se voulaient longtemps antisystèmes.

Désespoir des citoyens, déception envers les partis traditionnels ou dédiabolisation des extrêmes ? Comment expliquer ce phénomène de poussée vers les bords du spectre politique, en France mais plus largement aussi dans toute l’Europe ?

Car nous ne sommes pas les seuls, si cela peut nous rassurer. En dehors de l’hexagone, la situation n’est guère plus enviable. Les scores français du 21 avril 2002 ne sont que peu de chose lorsque l’on sait qu’aux dernières élections législatives italiennes, un quart des députés provient du mouvement hors-système des « 5 Stelle », auxquels s’ajoutent les 29% de la coalition de Silvio Berlusconi… D’autres exemples ? Prenons le score cumulé de 29 % des deux partis populistes autrichiens FPÖ et BZÖ aux législatives de 2008. Enfin, plus récemment : près d’un citoyen grec sur trois a voté pour un parti d’extrême droite ou d’extrême gauche aux législatives fin avril 2012, au point d’assister à l’entrée au sein du gouvernement d’un parti néonazi, l’“Aube dorée” ? Cessons ce catalogue qui pourrait bien s’appliquer aux 27 Etats de l’UE et ailleurs.

La crise : le terreau des extrêmes

Pour alimenter notre réflexion, écoutons l’avis de quelques politologues reconnus en la matière, au premier rang desquels Denis Charbit, professeur en sciences politiques à l’Université ouverte d’Israël, que j’ai eu le plaisir d’entendre il y a près d’un an lors d’un colloque sur la « Crise de la Démocratie ». L’occasion était belle pour donner quelques éléments de compréhension face à ce phénomène à double-tranchant : si on reconnaît « tout le danger qu’impliquent ces partis extrêmes, leur force électorale et leur discours restent intéressants du point de vue de la théorie politique ».

« On retrouve en France un schéma presque scolaire : un parti radical avec le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et un parti populiste, le Front National mené par Marine Le Pen », expliquait ainsi Charbit.

Après la Seconde Guerre mondiale, il apparaissait évident d’écarter les partis d’extrême droite et souvent aussi extrême gauche dans la plupart des États d’Europe occidentale.

Marquée par les tragédies des régimes totalitaires fascisants ou communisants, l’Europe de l’Ouest semblait immunisée et faisait progressivement le choix de la Démocratie libérale. Mais progressivement, les slogans de ces partis « antisystèmes » qui prennent souvent le libéralisme pour cible – qu’il soit d’ordre politique ou économique – ont réussi à remporter l’adhésion d’un nombre croissant de citoyens.

Et posent aujourd’hui un véritable défi, puisqu’ils dissocient le binôme “démocratie” et “libérale”.

Ces partis regroupaient jusqu’alors principalement les « exclus et les marginaux » : les « laissés pour compte de la société », généralement peu nombreux quand tout va bien.

Mais en temps de crise, leur nombre augmente, et les mécontents grondent. En Europe et particulièrement en France, on peut bel et bien parler d’un “vote de crise”. Alors qu’une part de plus en plus importante de la population semble touchée par des difficultés économiques, ces partis prônent l’antilibéralisme à tue-tête.

Même si leurs moyens d’action restent flous, leur message n’a apparemment pas laissé indifférents plusieurs millions de citoyens aux élections en France comme en Europe. Et ce, alors que les partis traditionnels à gauche comme à droite peinent à gérer les conséquences de la crise et enchaînent les plans de rigueur.

Les « partis du peuple » 

Rejetant le système républicain, les représentants de ces partis de l’extrême s’estiment pourtant de vrais démocrates, porteurs de véritables revendications et représentants du “peuple”.

Car rester “proches du peuple” est une idée bien intégrée dans les stratégies politiques aussi bien au Front de gauche qu’au Front national, où l’on veut afficher un style décomplexé, franc et antibureaucratique. Sans oublier une bonne maîtrise des médias.

Comme le souligne Dominique Reynié : “Les partis extrémistes surinvestissent le web”. Et tirent profit de ce qui se veut être l’espace démocratique par excellence pour amplifier leur présence. Multipliant les pseudos et les espaces d’expression, affichant des slogans chocs, les partis radicaux et populistes compensent leur difficulté à accéder aux médias classiques par une présence décuplée sur Internet.

Et affirment en outre que les médias classiques sont orientés, mentent et sont imprégnés de politiquement correct, tandis que la toile serait le lieu d’expression libre des vraies revendications par les citoyens. Mais après tout, « démocratie » ne voudrait-ce pas dire « pouvoir au peuple » ? Message bien reçu auprès des partis populistes, les premiers à revendiquer le plus de scrutins populaires possibles. Dans certains pays, le système de représentation proportionnelle impose un seuil de représentativité à franchir pour siéger au Parlement, ce qui réduit l’accès à l’hémicycle aux petites formations. Les partis populistes et radicaux préfèrent donc le vote au suffrage universel direct pour se garantir une place dans l’espace politique. Mieux encore que les élections présidentielles, les référendums sont les grands alliés des partis extrémistes, comme on a pu le voir en Suisse pour la loi sur « la déportation des criminels étrangers » en 2010.

À cela s’ajoute la confiance répandue chez les citoyens que le gouvernement est élu pour agir, et qu’il est capable de véritablement changer les choses. Si bien que, d’après M. Charbit : « voyant l’apparente impuissance des partis classiques au pouvoir, nombreux sont ceux qui se laissent tenter par l’un ou l’autre extrême, pensant ne plus risquer grand-chose ».

Et le politologue de faire remarquer que souvent, l’extrême gauche fait bien moins peur que l’extrême droite, notamment dans les médias. La raison ? Les différences programmes selon Charbit : « l’extrême gauche communisante porterait un idéal qui aurait été dénaturé, alors que l’extrême droite afficherait d’entrée de jeu des slogans plus agressifs et plus dangereux ».

Enfin, dernière remarque, réflexion de Jacques Tarnero : les temps de crises voient non seulement l’émergence de partis extrémistes, ils voient également une vague de xénophobie et surtout d’antisémitisme farouche. Selon le sociologue parisien, l’antisémitisme est en quelque sorte un indicateur des ressentiments de la société : « quand tout va bien, on n’embête pas trop les Juifs, mais en cas de crise, ils sont les premiers accusés, notamment par les partis extrémistes ».

Dans ce contexte ne parlons même pas d’Europe, dont l’image se ternit cheque jour un peu plus pour de nombreux citoyens des 27 : les récents sondages démontrent une nette tendance à l’euroscepticisme, largement entretenu par les partis populistes.  Je reprendrai donc, en l’européanisant, la boutade d’un militant français : « Mutualisons les efforts pour mutualiser les espoirs ».

Jan Koscinski

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