Un entretien Nixon- Dieu par Art Buchwald

Quand l’humour politique confine au génie. Toute ressemblance avec des événements existants est purement fortuite. Délicieux, fin et spirituel à souhait ! Buchwald a des années durant régalé les lecteurs américains du Washington Post et de plus de 500 journaux de ses chroniques humoristiques.Exceptionnel connaisseur de la vie politique américaine, bon vivant, il fut considéré tantôt comme l’écrivain humoriste le plus brillant et le plus caustique de la langue anglaise depuis John Swift tantôt comme la honte de l’Amérique.
N’ayant épargné de ses griffes aucun président des USA il ne fût que rarement l’hôte de la Maison-Blanche.

J’ai voulu, les vacances approchant, vous faire découvrir deux de ses chroniques. Ce sont de véritables bijoux étincelants de mille  feux et qui, telles des bulles de champagne pétillent d’intelligence et d’un humour qui pour en être ravageur n’en demeure pas moins marqué au sceau de la finesse.
J’ai choisi ces deux articles car ils auraient pu être écrits aujourd’hui. Le lecteur amusé pourra à sa guise changer les pays et les personnages.
Ami lecteur, je vous souhaite-très sincèrement- le même plaisir à leur découverte que j’ai éprouvée à les lire alors. 40 ans après ma joie ne s’est en rien émoussée !
Je dédie tout particulièrement ces articles aux lecteurs américains,anglais et canadiens qui me font l’amitié de lire ce blog.
Et pour maintenir le suspense Blogazoi postera dès cette semaine un troisième billet Art Buchwald consacré à la conclusion de l’affaire du Watergate.

Je tiens tout particulièrement à remercier Monsieur Richard Nixon, qui n’était cette malencontreuse affaire, resterait considéré aujourd’hui  comme un président des États-Unis les plus brillants et les  plus révolutionnaires.
Richard Nixon dont qui rien de tout cela n’aurait été possible. Ni son concours, ni son texte et surtout sa voix. Les fichiers audio sont bien entendus libres de tous droits d’auteur !

Leo Keller

 

 

Un entretien Nixon- Dieu ! Par Art Buchwald

Il y a peu le président Richard Nixon a effectué en solitaire le déplacement de Camp David. Aucun membre de sa famille, nul conseiller de l’accompagnait. Bien que Ronald Ziegler, porte-parole de la présidence, ait démenti l’information, l’on sait de source sûre que le Président s’est rendu au sommet de la montagne pour s’entretenir avec Dieu.

– Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avoir fait cela ?
– T’avoir fait quoi, Richard ?
– Le Watergate, les attaques des journaux, les auditions du Grand jury, la commission d’enquête du Sénat. Pourquoi moi, mon Dieu ?
– Il ne faut pas m’en vouloir, Richard. Je t’ai donné ma bénédiction pour remporter l’élection, mais je ne t’ai jamais dit de la remporter frauduleusement.
– Mais, mon Dieu, j’ai fait très exactement ce que vous m’avez dit de faire : j’ai vaincu la misère, j’ai mis un terme à la guerre, j’ai purifié l’air et l’eau. Je suis venu à bout du crime, dans les villes. Il me semble que j’ai gagné un répit bien mérité.
– J’ai essayé de te prévenir que de grands pêcheurs travaillaient pour toi, Richard.
– Quand cela, mon Dieu ?
– Juste après la création du comité pour la réélection du président. Quand j’ai appris le nom des gens que tu avais nommés à la tête de ce comité, je dois dire que j’ai eu un choc. Nous avons sur eux des dossiers longs  comme le bras, là-haut.
– Mais pourquoi ne m’en avoir rien dit, mon Dieu ?
– J’ai bien essayé, Richard, mais Ehrlichmann et  Haldeman ne m’ont jamais laissé m’entretenir avec toi par téléphone. Ils m’ont assuré qu’ils te feraient savoir que j’avais appelé.
– Ils ne l’ont pas fait, mon Dieu.
– C’est bien ce que je pensais. J’ai ensuite envoyé un télégramme te priant de me contacter de toute urgence.
– Les seuls télégrammes que j’ai eus sous les yeux durant toute cette période  m’exprimaient le soutien de leurs expéditeurs pour les bombardements du Nord- Vietnam.
– Enfin, Richard, j’ai fait une ultime tentative. Je me suis rendu à une assemblée de prière, un dimanche, à la Maison-Blanche ; après le sermon, je me suis approché de toi et t’ai dit que tu étais entouré d’hommes destinés à te trahir. Sais-tu ce que tu as fait, Richard ? Tu m’as présenté à Pat et tu m’as offert un stylo à bille.
– Mais je ne savais pas que c’était vous, mon Dieu ! Il y a toujours un monde fou à ces assemblées de prière. Si je comprends bien, c’est parce que je vous ai snobé que vous me punissez ?
– Je ne te punis pas, Richard, mais tu avoueras que je peux difficilement faire moins. S’il ne s’agissait que de quelques micros dissimulés dans l’immeuble du Watergate, je serais sans doute en mesure d’arranger les choses. Mais ton administration ne s’en est pas tenue là ; elle a entravé le libre exercice de la justice, suborné des témoins, falsifié des documents, installé des tables d’écoute. Elle s’est en outre parjurée et ses services de la poste à des fins illicites.
– Personne n’est parfait, bon Dieu !
– Apparemment c’est ce que pense le Grand jury.
– Écoutez, il me reste un peu moins de quatre ans pour passer à la postérité comme le plus grand Président de l’histoire des États-Unis. Donnez-moi ma chance, mon Dieu !
– Il faut que tu fasses le ménage, Richard. Débarrasses toi de tous ceux qui ont trempé peu ou prou dans le scandale. Tu dois expliquer sans détour que tous les membres de ton équipe t’ont abusé. Tu dois montrer au peuple américain que lorsqu’une affaire touche à la Présidence, aucun individu, n’est  important au point de ne pouvoir être sacrifié sur l’autel de l’honnêteté.
– Si je comprends bien, mon Dieu, vous me demandez de procéder à un sacrifice humain?
– Cela donnerait une preuve de ta bonne foi, Richard.
– Bon, et bien, puisqu’il le faut… Jeb Magruder, Richard Kleindienst et John Dean ; ça vous va ?
– J’ai bien dit « sacrifice », Richard.
– John Mitchell ?
– Continue.
– Haldeman et Ehrlichmann ?
– Voilà qui est mieux.
– Mais si je les sacrifie, mon Dieu, me laisserez-vous enfin en dehors de tout cela ?
– Je ne peux pas faire de miracle, Richard.

 

 

Le Nouveau Nouveau (sic) Nixon ! Par Art Buchwald

Nous avions déjà un « ancien » Nixon et un « nouveau » Nixon, et voilà qu’un lundi soir, nous avons eu l’occasion de voir apparaître sur nos écrans de télévision le visage d’un « nouveau » Nixon. L’histoire de l’accession de ce « nouveau » Nixon à la présidence est particulièrement passionnante.
En janvier 1972, le nouveau Nixon mettait la dernière main aux préparatifs du cessez-le-feu au Vietnam et s’efforçait de résoudre un certain nombre de problèmes délicats avec la Chine rouge et l’Union soviétique. Les charges écrasantes inhérentes à sa fonction absorbant l’essentiel de son temps, le président attribua la responsabilité de sa nouvelle campagne électorale à l’ « ancien » Nixon, qui se trouvait au chômage à l’époque et avait besoin de ce travail.
Le 17 juin, le nouveau Nixon se trouvait en Floride où il se reposait du voyage qu’il venait d’effectuer à Moscou, lorsqu’on le mit au courant du cambriolage du Watergate. Glacé d’effroi devant cet acte illégal et insensé et atterré d’apprendre que plusieurs employés du comité pour la réélection du président étaient impliqués dans l’affaire, le « nouveau » Nixon s’empressa d’ordonner par téléphone à l’ « ancien » Nixon de mener l’enquête afin d’en déterminer les responsabilités. L’ancien Nixon jura au président qu’il retrouverait les individus ayant trempé dans cette affaire sordide, dût –il  retourner pour cela toutes les pierres des États-Unis.
Les jours, les semaines passèrent, et le Washington Post, bientôt imité par d’autres journaux, commença à publier des articles affirmant que certaines personnalités de la Maison-Blanche étaient compromises dans le scandale du Watergate. Le président convoqua l’ancien Nixon, et lui demanda ce qu’il en était.

– Ces journaux à scandale se font l’écho des pires ragots pour couvrir de boue des innocents injustement accusés, répondit l’ancien Nixon. J’ai consulté John Dean, Charles Colson, John Mitchell, Jeb Magruder, Heinrich Haldeman et John Ehrlichmann : tous m’ont assuré qu’aucune personnalité haut placée n’avaient trempé dans l’affaire du Watergate. Pat Gray m’a par ailleurs laissé compulser les archives du FBI : tout le monde a les mains propres.

Le nouveau Nixon poussa un soupir de soulagement, mais donna l’impression mais donna d’autres instructions à l’ « ancien » Nixon :
– pas question de passer l’éponge. Les responsables, quels qu’ils soient, doivent subir les conséquences de leurs actes.

– Entendu, Monsieur.

Le 21 mars, le Président reçut de nouvelles informations donnant à penser que certains de ses proches collaborateurs avaient été mêlés à l’affaire. La nouvelle consterna et bouleversa le nouveau Nixon, car la Maison-Blanche était un domaine sacré.
Il convoqua de nouveau l’ancien Nixon à qui il demanda de démissionner.

– Si vous croyez que je vais accepter de jouer les boucs émissaires… s’écria l’ancien Nixon. Tout ce gâchis n’est pas de mon fait ; si l’on me chasse, je puis vous assurer que les révélations vont pleuvoir et que je n’hésiterai pas à citer des noms. Le nouveau Nixon apaisa alors l’ancien Nixon en lui affirmant qu’il lui conservait toute sa confiance. Peu de temps après, le nouveau Nixon se rendit à Camp David  pour réfléchir aux mesures à prendre. Il savait qu’il lui faudrait se débarrasser de l’ancien Nixon, mais il espérait encore sauver Ehrlichmann et Haldeman.

La pression de l’opinion publique était trop forte toutefois et un groupe de républicains influents se rendit secrètement en Floride pour s’entretenir avec le président ; non seulement ce dernier devait absolument chasser l’ « ancien » Nixon, Kleindienst, John Dean, Ehrlichmann et Haldeman, mais lui-même avait également l’obligation morale de quitter son poste, firent-ils valoir.

– Mais personne ne m’accuse de quoi que ce soit s’écria le nouveau Nixon, n’en croyant pas ses oreilles.

– Dans un domaine aussi sensible que celui de la sauvegarde de l’intégrité de notre processus démocratique, il est essentiel que l’opinion publique se fie totalement au président des États-Unis, lui expliqua la des responsables du parti républicain. Vous êtes sans doute innocent, certes, mais il n’en reste pas moins que tout cela s’est produit alors que vous étiez à la Maison-Blanche.

– Mais qui va me remplacer ?

La porte s’ouvrit et le « nouveau nouveau « Nixon pénétra dans la pièce :

– je suis navré, Dick, mais l’intérêt du pays passe avant tout, déclara le « nouveau » Nixon, avant de prendre place dans le fauteuil du Président et de commencer à dicter le texte de l’allocution qu’il allait prononcer le soir même.

Alors que le nouveau Nixon quittait la pièce, le nouveau Nixon confia la de ses amis :      « jamais je n’ai eu à prendre une décision aussi douloureuse. »

 

 

Glossaire des personnages cités à l’attention des lecteurs les plus jeunes. Ils ont tous effectué par la suite une visite derrière les barreaux, histoire de compléter leur formation théorique !

Richard Nixon : Président des USA, parfois connu injustement sous le sobriquet de tricky Dickie
John Ehrlichmann : Conseiller  pour les affaires intérieures
Bob Haldeman : Chef de Cabinet du Président des Etats-Unis d’Amérique mention spéciale pour ce dernier car il verrouillait tout accès à Nixon. La seule exception fût Henry Kissinger
Pat : Madame Nixon de son état civil
Jeb Magruder ministre  presbytérien ,accessoirement  directeur adjoint du comité de réélection de Nixon
Richard Kleindienst :Procureur Général des Etats-Unis .Il fût condamné pour parjure
John Dean :Conseiller juridique de la Maison-Blanche.
John Mitchell:Attorney Général ,Ministre de la Justice
Charles Colson: conseiller de la Maison-Blanche

Richard Milhous Nixon, 37th President of the U...

Richard Milhous Nixon, 37th President of the United States (Photo credit: Wikipedia)


Pat Gray : Directeur par intérim du FBI.il démissionna le 27Avril 73.de mauvaises langues rapportèrent qu’il aurait brûlé des documents compromettants pour le Président des Etats-Unis

 

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