La politique étrangère américaine au Moyen-Orient : Le tigre Iranien et Gulliver empêtré !


« Comment insensé Lucius, tu ne vois pas que Rome n’est qu’un repaire de brigands »   William Shakespeare in Titus

« Jusques  à  quand enfin, Catilina, abuseras tu de notre patience ? Combien de temps encore ta fureur esquivera-t-elle nos coups ? Jusqu’où s’emportera ton audace sans frein? Rien ni  les troupes, qui la nuit, occupent le Palatin ni les rondes à travers la ville, ni l’anxiété du peuple, ni ce rassemblement de tous les bons citoyens, ni le choix de ce lieu, le plus sûr de tous, pour la convocation du Sénat, ni l’air ni l’expression de tous ceux qui sont ici, non rien n’a pu te déconcerter ? Tes projets sont percés à jour ; ne le sens-tu pas ? Ta conspiration, connue de tous est déjà maîtrisée ; ne le vois-tu pas ? Ce que tu as fait la nuit dernière, et aussi la nuit précédente,où tu as été, qui tu as convoqué, ce que tu as résolu, crois-tu qu’un seul d’entre nous l’ignore ? » contre Catilina.
«Quo usque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? Quandium etiam furor iste tuus nos eludet ? Quem ad finem sese effrenata iactabit audacia ? »
Que le lecteur veuille bien nous pardonner de convoquer Cicéron dans l’affaire iranienne mais le Consul romain était doté non seulement d’un art oratoire à ce jour encore inégalé mais aussi d’une remarquable clairvoyance et d’un vrai sens de l’État.

«… Et Catilina, qui prétend désoler l’univers par le fer et le feu, nous consuls, nous devrons le supporter toujours ?… Tel était, oui tel était, jadis le patriotisme dans notre république, qu’il se trouvait des hommes de courage pour châtier plus implacablement le citoyen dangereux que le plus redoutable des ennemis. Nous sommes armés contre toi, Catilina, d’un Sénatus – Consulte impérieux et écrasant : ce n’est ni la clairvoyance, ni l’énergie de l’ordre que voici qui manquent à la république ; c’est nous, je le dis bien haut, c’est nous, consuls, qui lui manquons… » 2

Le lecteur, amusé et interpellé, verra que les termes de l’équation iranienne sont parfaitement analysés : danger et irrésolution des nations.
Nous avons, dans les articles précédents, décrit la politique étrangère US et commenté son application en Asie. Nous en avons représenté les deux rives du détroit ou la diplomatie US chaloupe entre le containment de la Chine, son insertion dans le jeu mondial ou bien une politique plus musclée.
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Nous avons essayé d’épouser toutes les nuances des différents scénarii.
Chaque option, même si nous avons montré nos préférences, correspond à une certaine logique et chacune comporte ses chances et ses handicaps.

A l’heure actuelle le « pivot » ou le «rebalance»4 est  à porter globalement au crédit du Président Obama. Il en va tout autrement concernant l’Iran. Et disons-le tout de suite le Président George Bush junior n’a pas fait montre d’une plus grande détermination ni d’une plus grande intelligence. N’est pas Cicéron qui veut !

À la menace iranienne la seule réponse nous semble : « Carthago delenda est ». La menace de Carthage /Iran doit être éliminée. Pour autant ainsi que nous l’avions avancé la menace iranienne ne représente pas – pour le temps présent en tout cas- une menace de haute intensité. Mais ce n’est pas parce qu’un conflit n’est que  de moyenne intensité, que les actions les plus énergiques ne doivent pas être entreprises.

Cette menace iranienne se décline sur quatre  niveaux :
-une utilisation préemptive de la bombe
-une dissuasion
-une dissémination
-une décrédibilisation de la puissance US en paralysant les autres pays de la région

Des sanctions émollientes mais une résilience guerrière

Nous avons écouté avec sidération les propos tenus – lors d’un colloque à Sciences-po Ceri – de Monsieur Hossein Moussavian. Il s’inscrit dans une ligne que l’on pourrait qualifier de « réaliste offensif ».

Pour lui si l’Iran s’est doté de l’arme nucléaire c’est pour répondre aux visées agressives des USA et d’Israël qui auraient menacé son pays. Sic ! A peu de choses près l’on croirait entendre Pascal Boniface tenant de tels propos provocateurs.

Le présenter comme un opposant au régime (lorsque l’on sait le sort que les dictatures réservent aux opposants) nous semble relever de la galéjade.

Si nous avons bien compris les propos de Monsieur Hossein Moussavian, l’armement atomique iranien serait l’enfant des pressions occidentales. Un enfant porté sur les fronts baptismaux par ses deux parrains  Israël et les USA. !

Si la rhétorique en est belle, la réalité est -bien entendu- tout autre. Pour lui et il était à l’époque le négociateur iranien, l’Iran s’est lancé dans la course nucléaire car il s’est senti menacé par Israël et les USA et qu’en outre lors de son conflit avec l’Irak, l’Iran n’aurait reçu aucun soutien.

Nous nous permettrons cependant de rappeler- en toute humilité -à Monsieur Hossein Moussavian, homme au demeurant charmant et intelligent, que tant Israël que les États-Unis n’étaient pas étrangers aux actions Sub – Rosa !
L’Irangate n’est pas un concept totalement inconnu dans la politique américaine ou Israélienne !
À force de répéter que les USA ne toléreront pas que l’Iran accède au seuil nucléaire les USA affectent gravement leur crédibilité. Plus les USA attendent, plus les risques et coûts augmenteront.
Certes les sanctions ont produit des effets qu’il serait vain de nier. L’économie iranienne à genoux est au bord de l’implosion. Le PNB iranien est en 2011de 1000 milliards de dollars. Une  extrapolation par rapport à 1980, et, compte tenu de l’envolée de l’or noir, permet de  discerner l’état réel du pays.
Essence  rationnée et importée pour un  pays disposant des ressources parmi les plus vastes du monde en hydrocarbures, pénurie alimentaire, médicaments dont le manque se fait cruellement sentir auprès d’une population qui n’hésite  plus à manifester contre le régime et qui exprime son mécontentement en votant pour un candidat non officiel ; tels sont les brillants succès d’Ahmanidejad ! A ce sujet nous conseillons au lecteur de se reporter à l’analyse pertinente d’Anne Clementine Larroque
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 Il n’en reste pas moins qu’à Forda l’on a dépassé, il y a déjà fort longtemps, le taux d’enrichissement d’uranium de 20 % et qu’il faudra à peine quelques mois pour atteindre 90 % de pureté nécessaire à la fabrication de l’arme atomique.
Le missile Shahaab III a une portée de 1200 km et a une capacité d’emport d’une tonne  d’explosifs.
Le missile Shahaab III  a un CEP (circular error capability) de 3/4 km -les USA sont à 3/8 m. La vitesse du Shahaab III  est de 1934 m/ seconde.

Il faudra à peine un an pour loger une tête suffisamment miniaturisée dans le missile.
Shahaab III  supporte des bombes chimiques à dispersion rayonnante et un système de sous munitions.
Ce missile  peut semer la mort dans un cercle qui s’étend  d’Istanbul, à l’Inde au Pakistan, à l’Arabie Saoudite, à une partie de l’Égypte et même
à une partie de la Russie et bien entendu à la totalité d’Israël.

On le voit les sanctions aussi efficaces soient-elles et ayant fortement contribué à ruiner l’économie iranienne n’ont pas réussi à stopper durablement et définitivement la course à l’armement nucléaire.
Certes la Chine et la Russie ont voté les sanctions à l’ONU et elles se montrent à tout le moins plus coopératives dans le dossier iranien que dans le dossier syrien.

Crédibilité du parapluie US certes, mais Monsieur Obama a tout intérêt à l’ouvrir prestement et largement. Qu’on en juge la Chine importe 50 % de ses hydrocarbures du Moyen-Orient. Elle est  depuis 2009 le premier importateur de brut saoudien. Le troisième sommet sino- arabe s’est tenu en 2012 en Chine.

Gulliver empêtré

Quels sont donc-en dehors d’une action militaire- les leviers à la disposition des USA ?
Ils peuvent tenter d’amener la Chine à exercer davantage de pression sur l’Iran. C’est un des effets secondaires recherchés de la politique du pivot. Il n’est pas sûr toutefois  que la Chine s’y prêtera. Ses besoins énergétiques croissent à raison exponentielle.
Les échanges économiques sino- iraniens- ont grimpé à 40 milliards de dollars remplaçant le vide progressif résultant des sanctions occidentales.
L’Iran accepte même des paiements en yuan. ! L’Iran est désormais observateur à l’Organisation de Shanghai.
Pour l’année 2013 la Chine a importé 370 000 barils de pétrole iranien par jour soit une hausse de 11 % par rapport à 2012.

Le problème US est donc quoi faire et comment amener la Chine à se conformer aux sanctions qu’elle a par ailleurs votées? Ajoutons à cela que l’Inde -nouvel allié stratégique de Washington- est également membre de l’OCS et ne semble pas vouloir se passer du pétrole iranien.
À supposer que les appétits pétroliers en provenance de l’Iran  soient moins voraces, que demandera la Chine pour prix de sa coopération ? La rationalité est faible.
En outre la Chine ne se voit pas menacée par l’Iran. Bien au contraire, s’il est une région où la Russie et la Chine peuvent à peu de frais damer le pion à « l’hyperpuissance US » c’est bien en Iran et en Syrie.
Occulter ce conflit d’intérêts est illusoire. Et certes la Chine a par quatre fois voté les sanctions onusiennes contre l’Iran ! Délicieuses ombres chinoises !
Visiblement la courroie de transmission a du- une fois n’est pas coutume- mal fonctionner au sein du gouvernement chinois.

Bien sûr le scénario d’une «  preemptive blow » US est loin d’être simple.Et accroître les sanctions est certes nécéssaire mais pas suffisant.

Nous avons parlé d’une menace de moyenne intensité et non d’une menace stratégique de haute intensité.
L’affaire  iranienne relève d’un conflit de moyenne intensité en ce sens que le rayon d’action des missiles est de 1300 km. Washington est donc certes hors du champ de portée de ses missiles.
En outre clamer urbi et orbi la vitrification d’Israël, menacer Washington des pires représailles reste peu crédible.

Clamer vouloir anéantir Israël est une chose ;le pouvoir voire le vouloir en est une autre !Pour malades qu’ils soient les mollahs ne sont pas totalement inconscients que bien avant la mise à feu du missile à carburant liquide ils seraient frappés de représailles mortelles qui leur feraient perdre leur pouvoir.
Or perdre le pouvoir est la seule chose qui préoccupe la mollahcratie !
Si la fraude fiscale est le sport national grec, la corruption  en Iran est à la base de la hiérarchie religieuse.

Menace de moyenne intensité car le carburant associé au comburant des missiles Shahaab III  est liquide et non solide. Pour mémoire Shahaab III  est directement dérivée du missile coréen No Dong.6 S’il peut cependant emporter jusqu’à 1100 kg d’armes conventionnelles ou chimiques, son  PSI(pound per square inch) et le CEP laissent à désirer. La miniaturisation est quant à elle encore loin d’être maitrisée.
Les experts estiment que l’Iran posséderait  à ce jour une centaine de missiles .

Menace de moyenne intensité car le système israélien Arrow est tout à fait capable de contrer la menace iranienne. Arrow  est en outre conçu pour déjouer efficacement  une attaque émanant non pas de missiles simples mais de salves de missiles. Il est capable de surcroît d’une interception exo- stratosphérique. Il est supposé – à juste titre être le plus performant au monde.
Pour autant il n’a jamais encore été testé dans une configuration maximale et à tirs réels.
Les USA, quant à eux, ont revu le système AEGIS, désormais   embarqué et positionné à bord de leurs croiseurs et destroyers dans la région.
Certes  ils entendent assurer une défense antimissile d’Israël ?
Les chinois ne seront pas les derniers à observer attentivement l’attitude US et l’efficacité d’AEGIS.
Les iraniens développent déjà Shahaab IV  qui aurait une portée de 2500 km avec 1000 kgs d’explosifs. Quant à Shahaab  V ce serait un missile balistique intercontinental.

Conflit de moyenne  intensité car l’Iran peut se contenter de bénéficier  du supra armement nucléaire (le bouclier) pour se servir de l’infra armement (le glaive). Quel serait alors  le niveau de riposte ? L’on imagine mal dans cette configuration tant Israël que les   USA utiliser leur panoplie nucléaire ! Mais qu’en serait-il en cas d’attaque chimique ?

La guerre que l’on prépare pour ne pas la livrer…

Le feu nucléaire se vêt d’un paradoxe qui lui est consubstantiel. Les armes y deviennent systématiquement obsolètes et détruites avant que d’être utilisées ! (laissons de côté l’exception d’Hiroshima et Nagasaki).Mais il n’existe pas de cas dans l’histoire où une nation –à fortiori belliqueuse- n’a pas dégainé le glaive du fourreau !

Pour autant le cas iranien relève à certains égards d’une menace stratégique de haute intensité. D’abord parce que le rayon d’action de 1200/1300 km menace les alliés traditionnels des USA. Ceux-ci ne peuvent se permettre un quelconque découplage de leurs alliés. L’onde de choc sismique serait telle que l’on se poserait des questions tant à Riyad qu’à Doha qu’à Tokyo.

Cela, Washington ne peut l’autoriser. Washington ne peut pas non plus tolérer le danger que constitue la prolifération nucléaire. Mais de cela Téhéran est loin d’avoir le monopole. Corée du Nord et Pakistan constituent un défi à tout le moins aussi important.

La bombe iranienne a pour but de permettre à l’Iran de damer le pion aux USA dans la région, tout comme la Chine le veut dans sa sphère d’influence. Où est la ligne rouge ? Où sont Taiwan et Senkaku au Moyen-Orient ?
Washington ne peut se permettre que ses alliés en viennent à douter de l’ouverture et de la sécurité du parapluie US. Certes Messieurs  Eisaiku  Sato et Kakuei Tanaka ont ri jaune lors de la visite de Kissinger à Pékin.
Mais désormais Acta  est fabula ! Pékin est à ce jour la deuxième puissance au monde. Si le rapprochement Chine-USA était alors jugé sinon plus important que la vieille alliance nippo-américaine, les USA étaient à tout le moins plus sûrs qu’ils ne le sont aujourd’hui de la passivité japonaise.
L’onde de choc sismique se propagerait plus vite qu’une pandémie.

La rivalité Téhéran-Riyad est fort ancienne. Elle est forgée de conflits religieux, elle se nourrit  d’antagonismes géopolitiques. Nous laissons au lecteur le soin de privilégier telle option plutôt qu’une autre.

Les iraniens  héritiers du Général Ailleret

Le vrai danger n’est donc pas tant dans l’utilisation de la bombe mais il réside bien en amont. La mollahcratie iranienne s’inspire de la doctrine du Général Ailleret en inventant une dissuasion du faible au fort non pas défensive mais offensive, à rebours de toute logique nucléaire !
À cet égard l’élection de Rohany représente – n’en déplaise aux bonnes âmes adeptes du politiquement correct – un danger bien plus conséquent pour Israël et les USA que le clown qui était aux manettes jusqu’à présent à Téhéran.

L’Occident devra apprendre à compter avec cette menace plus « civilisée ». Que l’on permette à l’auteur de ces lignes de rappeler au Président Obama et à Madame Susan Rice, qui après avoir temporisé et permis ainsi un accroissement quantitatif et qualitatif de l’armement iranien, quelques principes qui sous-tendent la théorie de la dissuasion nucléaire.

« La stratégie dite de dissuasion est, par essence, une forme de diplomatie puisqu’elle a pour but de prévenir certaines démarches d’un État tenu pour hostile en le menaçant de réplique militaire…… Tout se passe comme si la non utilisation militaire de ces armes n’était pas séparable de leur utilisation diplomatique permanente. Pour ne pas les utiliser  effectivement, il faut laisser croire qu’on les utiliserait en certaines circonstances… » Raymond Aron 7

Il est peu probable que ce texte soit lu dans les mosquées iraniennes lors de la prière du vendredi. Il est par contre sûr que les pasdarans et les négociateurs nucléaires iraniens, tout engoncés qu’ils soient, dans leur délire en aient compris la « substantifique moelle ».

Afin que nos propos ne soient pas déformés et au risque de nous répéter, la menace iranienne doit être éradiquée au plus tôt.
Il en va de la vie de ceux qui habitent Tel Aviv ou Riyad ou Istanbul. Mais si la dissuasion US fonctionne, les mollahs de Téhéran réfléchiront à deux fois avant de jouer un remake du docteur Folamour.
Pour autant le risque zéro n’existant pas en la matière, il n’est plus temps de tergiverser. Cela étant parce que le scénario meurtrier n’est pas certain ce conflit reste un conflit de moyenne intensité.
Mais il devient par contre un conflit de haute intensité d’une part – comme Raymond Aron le conceptualise – en permettant à l’Iran de dicter sa « pax irania » à l’ensemble de la région et d’autre part en portant atteint à la crédibilité US.

À force d’indécision les USA affaibliront la logique de la dissuasion. Ne pas obtenir l’élimination des armes nucléaires iraniennes c’est inéluctablement transformer la stratégie de la dissuasion en stratégie d’emploi. Les USA se retrouvent dans la configuration de l’immédiat après-guerre.

De la même façon que l’URSS a eu plus souvent qu’à son tour l’initiative face aux USA, l’observateur un tant soit peu attentif, ne peut que constater que l’Iran a elle aussi plus souvent qu’à son tour l’initiative vis-à-vis des USA.
« Comparaison n’est pas raison certes » ! Il n’empêche les iraniens calquent  leur attitude sur celle des bolcheviks. Ces derniers ont toujours assigné une place prépondérante aux forces morales dans leur vision stratégique.
Si Staline a toujours respecté la puissance américaine, il affichait -sincèrement ou pas – une piètre considération dans leur détermination à affecter leurs ressources au combat. Il semble que cette leçon ait  été retenue à Téhéran. Citons une fois de plus Raymond Aron
«… (Les bolcheviks) n’ont jamais été terrifiés par l’armement atomique des États-Unis parce qu’ils s’étaient à juste titre convaincus que cet armement ne serait jamais employé à moins d’agression ouverte ou de provocation extrême… »

Bien entendu, et là encore pour que les choses soient parfaitement claires, il n’est pas question à ce stade de déclencher une attaque nucléaire contre l’Iran. Mais les bombes BLU – 82, et surtout les MOAB (Massive Ordnance  Air Blast) peuvent se révéler redoutablement efficaces. Elles sont deux grandeurs en deçà des armes nucléaires les plus faibles.

 

Les  livraisons d’armes iraniennes  lorsqu’elles ne mettent pas en jeu leur propre sécurité s’effectuent à bon escient. Certes le paragraphe cinq de la résolution 1747 de l’ONU ? prohibe les ventes d’armes iraniennes.
En cette occurrence -comme en tant d’autres- l’Iran n’a pas fait montre d’un respect forçant l’admiration  des résolutions du Conseil de Sécurité ! Et certes comme le rappelle si justement le géopoliticien Frédéric Encel :
 «… Lorsque le Hezbollah  a attaqué Israël sur la base d’un agenda interne, il ne l’a point fait pour l’Iran. L’Iran quant à elle n’a rien fait pour protéger le Hezbollah. L’Iran n’a pas bougé d’un iota. Iran et Hezbollah n’ont jamais rien fait non plus pour protéger la Syrie. Voilà ce qu’est le la merveilleuse et redoutable alliance chiite contre Israël.
L’Iran a les capacités balistiques pour frapper Tel-Aviv. Mais il ne l’a jamais fait. Par contre il n’a pas hésité à le faire contre l’Irak… Quelle leçon de pragmatisme ! L’Iran parle certes, mais il n’a pas encore attaqué Israël. Ils le feront – peut-être un jour – mais pour le moment cela n’a pas encore eu lieu. »
Frédéric Encel.
L’homme parle d’or ; il avait prévu à l’avance le déclenchement des « printemps arabes » et les conditions de la chute de Morsi dès Novembre 2012 ! On le voit le soutien iranien à ses vassaux est à géométrie variable !
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Dans la même veine que Frédéric Encel, Richard Betts, directeur du Salzmann Institute of War and  Peace Studies à Columbia, écrit « but however aggressive its motives, the revolutionary  régime in  Téhran has never launched a regular war against its ennemies »9.
Il pense cependant que les USA et Israël se sont persuadés que l’Iran peut, sans raison et sans provocation aucune, utiliser la bombe. Certes mais en cette dispute ni les USA ni les Israéliens n’ont le droit à la moindre erreur de calcul.
Le constat de Betts  n’est pas forcément faux. Ce qui est plus discutable c’est de déformer à l’extrême les arrière-pensées israéliennes et américaines.

Mac Namara come back

C’est également à cette menace que les USA doivent trouver une parade. Ils possèdent encore vis-à-vis de l’Iran le double avantage de la « second Strike » et d’une vraie stratégie anti forces.
Obama a déclaré à propos de l’Iran « There is no policy of containment but a policy to prevent Iran from obtaining a nuclear weapon ». Il est hélas  de moins en moins crédible. Toujours selon Betts « an air attack could guarantee only a delay and would almost certainly drive the Iranians to commit more fervently to building a bomb.”10

Nous nous permettons de rappeler à Monsieur Obama que «… Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas mais parce que nous n’osons pas que les  choses sont difficiles. » Sénèque

Toute dissuasion nucléaire se doit d’être clairement énoncée. Reculer périodiquement les lignes rouges n’est sûrement pas la bonne voie. D’aucuns affirment que les sanctions ont déjà produit des effets. Certes et surtout au niveau économique.
Admettons que cela ait même ralenti l’Iran dans sa quête du Graal nucléaire, elle a  su en tout cas faire montre d’une résilience certaine. Il n’en demeure pas moins que les USA sont condamnés à agir vite s’ils ne veulent pas arriver à ce qu’ils appellent le « spasme nucléaire. »

Nous ne voudrions pas que le lecteur nous prenne pour un faucon néo-conservateur.

Le but n’est pas tant s’en faut la destruction de l’Iran. Le but est l’élimination dans un premier temps de la menace nucléaire iranienne.
Dans un deuxième temps il faudra trouver impérativement un statut nucléaire civil pour l’Iran et lui reconnaître – en dépit de toutes les difficultés dues  aux tensions, conflits et intérêts géopolitiques profondément divergents des autres pays de la région – un rôle que justifient tant  sa géographie que ses hydrocarbures.

L’objectif ultime des Américains devrait être après avoir éliminé la menace nucléaire d’enserrer à nouveau l’Iran dans un réseau d’alliances nonobstant les frictions inévitables avec l’Arabie Saoudite et la Turquie
Le penser est certes facile, en créer les conditions se révélera plus aléatoire et plus douloureux. L’on voit mal les USA et les autres pays de la région, acceptant l’Iran comme gardienne des détroits.
Plus douloureux car, même débarrassé d’Ahmanidejad, Khamenei ou même Rohani l’Iran sera un allié – à tout le moins bien plus tumultueux et indocile que du temps du Shah.

Nonobstant la dimension criminelle de l’armement iranien cela correspond au souhait de la majorité des iraniens de jouer dans la cour de récréation des grands. Débarrassés de leur gangue belliqueuse, Il n’est pas sûr, qu’ils remiseront au  placard leur rhétorique nationaliste.

A l’heure  actuelle  le plus petit commun dénominateur des relations Washington- Jérusalem repose sur la menace iranienne.
Pour autant, en dehors des symboles, Obama –comme le rappelle si justement le géopoliticien Frédéric Encel – aura été jusqu’à présent – n’en déplaise aux faucons israéliens et américains, un soutien indéfectible de la sécurité israélienne. Et ce tant à l’ONU – lors du vote sur l’admission de la Palestine – qu’en matière de sécurité. Israël aura été le seul État à bénéficier de vente des bombes GBU 62.
A cette aune il a imprimé ses pas dans la politique de George Bush junior.

Pour que la dissuasion soit crédible il faut – outre son affirmation ou réaffirmation – s’assurer qu’en cas d’échec de la dissuasion il y ait une autre issue que l’ascension aux extrêmes ou que la capitulation. Toute dissuasion doit s’accompagner d’une recherche de la stabilité.

Dans un paradoxe  saisissant, Moussavian, souligne que si le Shah  était encore au pouvoir l’Iran aurait aujourd’hui 400 têtes nucléaires et que la menace en serait d’autant plus redoutable. Qu’il nous soit  donc permis de saluer l’infinie sagesse et bonté d’âme de Khamenei et consorts.

Il n’en reste pas moins vrai que cet arsenal même s’il n’aurait pas été dirigé contre Israël, et porté par les délires de vitrification d’Israël et les ignobles élucubrations de négation de la Shoah, avait vocation à conforter le rôle de gardien des détroits. Dans cette hypothèse le lecteur nous pardonnera de faire appel à nouveau à la théorie du Security Dilemma.

Quelle(s) ligne(s) de conduite ?

Considérons le couple  (infernal ou magique au lecteur de juger) de cette théorie.

Quelle devrait donc être la règle de conduite des USA une fois la menace nucléaire éradiquée ?
À notre sens les USA devraient amener l’Iran à quitter la posture où l’offensive et la défensive ne sont pas distinguables ou même celle où l’offensive et la défensive sont différenciables mais où l’offensive présente un avantage indéniable.
Dans ces deux options le dilemne de la sécurité y est intense et les risques de conflagration assez forts.
Les USA devraient par leurs actions (et c’est ce que souhaitent implicitement Betts ou Richard Haas) amener l’Iran dans une situation où l’offensive et la défensive sont différenciables et où la défense présente un avantage. Le dilemne de la sécurité y est faible et l’environnement pour l’Iran serait sécurisé et stable de par sa prépondérance militaire

Il n’en reste pas moins si l’on se réfère à la théorie du Security Dilemma  que les USA et Israël doivent incorporer ces ressentis  dans leur politique.
De combien de temps les USA disposeront-ils encore d’une stratégie contre forces dans le dossier iranien. A l’heure actuelle tout laisse à penser que l’Iran n’a pas encore atteint le seuil nucléaire.
Et lorsqu’il l’atteindra il n’aura pas encore maîtrisé le problème de la charge autorisant un rayon d’action optimal. Et même si son CEP (de l’ordre de 3/4 km) est tout sauf précis cela ne fera guère de différence pour les habitants de Tel-Aviv.
Les Allemands de la RFA étaient tout -sauf enthousiastes -quant à une dissuasion projetée sur leur territoire qui faisait d’eux  les principaux bénéficiaires et les principales victimes.

Le président Obama ferait donc bien de relire Raymond Aron avant qu’il ne soit trop tard :
« la recherche de la dissuasion s’accompagne de la recherche de la stabilité il ne faut pas tendre à une dissuasion qui en créant pour l’ennemi une  situation intolérable, pourrait l’inciter à des initiatives agressives. Maximum de dissuasion, maximum de sécurité ne coïncident pas nécessairement. »
(Nous reviendrons d’ailleurs sur ce point lorsque nous examinerons la politique étrangère américaine dans ses rapports avec Israel.)
« …si A exerce le maximum de dissuasion sur B grâce à la capacité qu’il possède de détruire la plus grande partie des instruments de représailles de B, celui-ci sera tenté, en cas de crise, de prendre les devants, de frapper en anticipant la frappe de son ennemi qui le désarmerait. Il n’y aurait donc pas de stabilité, si celle-ci est définie comme la conjoncture dans laquelle aucun des duellistes n’est incité à frapper.… Partant de l’idée simple mais encore aujourd’hui tant de fois négligée : il y a une différence fondamentale entre posséder quelques bombes atomiques et thermonucléaires ainsi que quelques vecteurs et disposer d’une force de dissuasion. Celle-ci en effet n’existe qu’à partir du moment où elle est capable d’infliger des représailles donc de survivre à une attaque de l’ennemi que l’on veut dissuader …» Raymond Aron
11

Le lecteur, nous pardonnera – du moins l’espérons nous – d’avoir abusé de sa patience avec cette longue citation. Mais elle nous a semblé nécessaire à la compréhension d’une situation qui n’offre aucune sortie de crise sans d’incalculables conséquences pour les États-Unis et Israël.
Le prix à payer sera extrêmement lourd et perdura dans le temps. L’époque où Sir Winston Churchill pouvait dire « Give us the tools and we’ll finish the job » est hélas révolue.

Est-on sûr d’atteindre les cibles ? Il est relativement facile mais criminel reprendre d’envoyer ad patres quelques individus en quête de vierges, il est plus difficile d’y engloutir une nation.
Pour autant gardons à l’esprit que Mao et Staline dans leur folie meurtrière n’ont pas hésité à sacrifier une large part de leur population. Mao était quant à lui prêt à sacrifier les trois quarts de sa population dans un conflit avec les USA. Il y voyait d’ailleurs une   « renaissance chinoise ».

 

Invention d’une dissuasion offensive et non défensive du faible au fort, mais  fenêtre de tir ou les USA ont encore le choix d’une vraie dissuasion suivie d’effet ou attaque avec des armes infra atomiques mais bénéficiant du bouclier atomique.

En outre pour reprendre l’analyse d’Albert Wohlstetter les USA sont encore capables
– d’assurer la gestion de la crise à un coût tolérable
– de survivre à une attaque iranienne – les vecteurs américains et israéliens savent franchir les défenses iraniennes (les bombes  GBU 39 capables de pénétrer des sites lourdement enfouis. Les GBU 39 ont un CEP de 3 mètres et les GBU 62 dont Israel est la seule nation non américaine à disposer pèsent 2.4 tonnes.

-sauvegarder leurs moyens de communication.la boucle OODA et le TST Time Sensitive Target et Observation.Optimisation.Decision.Action.
-paralyser ceux de l’adversaire

En théorie pure, il est parfaitement exact que si  A ne dispose pas de la capacité d’absorber les représailles ou actions de B, A ne recourra point  en premier à l’emploi de ces armes sauf si sa survie est en danger.
La pratique – n’en déplaise à l’incommensurable partialité et mauvaise foi de Pascal Boniface – peut cependant diverger de la théorie. Il y a certes dans la théorie nucléaire une logique parfaitement pourpensée, une vraie volition de rationalité.
Il n’en reste pas moins qu’il y réside aussi une part variable de folie irrationnelle que les acteurs auraient tort de tenir pour quantité négligeable.
L’histoire n’est pas avare de leaders  prêts à sacrifier leur pays et accessoirement – en dernier recours –eux-mêmes !
«  La guerre que l’on prépare pour ne pas la livrer, bien qu’elle soit parfois baptisée impossible, est possible » Raymond Aron 12

 En définitive si la dissuasion ne fonctionne pas la question ultime est: sous quelles conditions une puissance thermonucléaire peut se servir du glaive (armements infra nucléaire) en s’appuyant du bouclier (armement nucléaire) pour engager le feu sans déclencher les représailles nucléaires de l’adversaire.

Négocier sans cesse ?

Le concept devient passionnant car poser le dilemme comporte en outre –instantanément- le risque de la décrédibilisation de la dissuasion et les USA retomberaient alors dans le cas d’une attaque préventive.
Cette question doit être couplée avec une situation nouvelle si l’on analyse l’option américaine comme une action de « police ».
Cette action de police introduit à son tour, une notion nouvelle de découplage.

Richard Haas flamboyant néoconservateur, reconverti en chantre d’un  nouveau réalisme explique dans un article intitulé « Irony of  Strategy »13 qu’une fois de plus les USA doivent  négocier encore et toujours et n’intervenir qu’une fois toutes les possibilités épuisées.
Nous avouons professer une grande admiration pour Mr Armand Duplessis, accessoirement  Cardinal Richelieu « Négocier sans cesse ouvertement en tout lieu, encore même qu’on n’en reçoive pas un fruit présent et que celui qu’on peut attendre à l’avenir ne soit pas apparent est chose tout à fait nécessaire pour le bien des Etats ».
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Il est cependant des moments où il faut savoir rompre en visière.

Mais si l’on pense avec Haas que « during the next several years , facing no rival  great power or  existential threat  , the United States is likely to enjoy something of a  strategic respite » 15 alors il devrait y trouver une raison supplémentaire d’agir. L’indécision US repose peut être  sur une erreur de raisonnement.

Un des motifs serait que la dissuasion serait trop faible et non opératoire sur les extrémistes à Téhéran. Mais précisément la « deterrence » n’a pas été conceptualisée contre le Luxembourg ou la Suisse ! Elle a  été conçue contre des régimes totalitaires.

Le mirage Rohani Prince de l’illusion !

Après avoir procédé à un bref (trop bref) tour d’horizon des options américaines examinons en quoi  l’élection de Rohani  peut modifier la donne.

L’idée centrale de Rohani qui a été -rappelons-lesans interruption – membre du Conseil Suprême de Sécurité, membre du Conseil de Défense de l’Iran est de sortir de la rhétorique  haineuse et inutile d’Ahmanidejad.
Il pense ainsi – tout en ne cédant rien sur le fond, – amener les USA à une attitude plus compréhensive et plus souple.
Pour dire les choses autrement « Allégez vos sanctions et nous verrons alors ce que nous pouvons faire. »  » »Seigneur accorde moi la chasteté mais pas tout de suite » Saint Augustin.
On le voit Hossein Moussavian  renvoie à un discours largement répandu en Iran.

À supposer que Monsieur Rohani veuille à tout le moins ralentir, sinon stopper la course infernale, il ne mentionne nulle part ni l’abandon ni la destruction du stock nucléaire qui est au-delà de 20 % d’uranium enrichi.
Il reste le prisonnier d’une double tutelle : celle de Khamenei  et  la sienne. Faire passer Monsieur Rohani pour un modéré est tout sauf une vue réaliste et modérée du paysage politique iranien.

Posons-nous donc la question de savoir comment et pourquoi Rohani a été élu, étant entendu que dans une optique géopolitique le comment revêt moins d’importance que le pourquoi.
La politique étrangère iranienne se caractérise par une schizophrénie bien connue des dictateurs. Elle oscille entre un  rejet du système international et une volonté farouche d’y améliorer sa place et sa puissance.
Perception de sa puissance, inquiétude face à son isolement. Voilà les soubassements de la politique étrangère iranienne.
Que le lecteur nous autorise une comparaison historique. Dans diplomacy, Henry Kissinger décrit l’attitude de Lord Castlereagh comme un grand amateur de musique qui est à l’église : « il voudrait applaudir mais il n’ose pas ».

En Iran les frontières entre islamistes, réalistes, conservateurs, progressistes (sans oublier toutes les sous combinaisons possibles) sont poreuses.
Mais il est – n’en déplaise aux indéfectibles optimistes – un point sur lequel aucun débat n’est possible : un nationalisme d’autant plus exacerbé qu’il répond aux yeux des iraniens à une suffisance occidentale.
Monsieur Obama aurait tort de se réjouir si tôt de l’élection de Monsieur Rohani. S’il y a un point, un seul qui cimente la nation iranienne c’est le sentiment nationaliste qui les pousse à renforcer le rôle régional et mondial de l’Iran.
Si débat il y a, il portera sur les moyens d’atteindre ce but et non sur le but. Les moyens peuvent à la fois diverger et ne pas suivre la pente idéologique des différents courants. Pour éclairer le champ des confrontations distinguons trois grandes tendances

-les islamistes idéalistes
-les partisans d’un pouvoir régional (avec de multiples sous-groupes)
– les partisans d’un pouvoir mondial (là aussi avec de multiples sous-groupes).
Dans cette configuration les passerelles idéologiques ou géopolitiques sont fréquentes et sujettes à des allers retours.
Khamenei,  tout en étant un islamiste pur et dur, aura su lorsque nécessaire ne pas franchir la ligne rouge et désavouer- lors du second mandat- son « président collaborateur » : Ahmanidejad
Khatami  a lui aussi navigué à vue. Ironiquement il en est un seul qui n’a jamais bougé ou modifié sa politique d’un iota : le « bienheureux » Ahmanidejad.
Les islamistes idéalistes veulent amener l’Iran sous l’unité islamiste- la leur cela va sans dire- jusque dans l’antagonisme sunnite/chiite mais sous leur férule. Au besoin pour eux l’Iran doit coordonner sa politique étrangère au sein de l’OIC (organisation de la coopération islamique.)

 

Les réalistes divisés entre offensifs et défensifs privilégieront l’expansion de la puissance iranienne, les défensifs pensent que l’intégrité territoriale passe par une politique moins voyante et un développement économique.
Pour autant  il en va de la téhéranologie  comme de la Kremlinologie, le taux de prévision était de 50 % !
Ainsi les critiques contre Jalili  ne portaient pas tant sur  son manque de souplesse mais sur le manque d’anticipation des réactions occidentales.

Washington doit donc prendre en considération ces divergences de vues car les nuances mêmes si elles ne remettent pas en question la problématique nucléaire ont des conséquences non négligeables.
« Les offensifs » reprochent à Washington d’intervenir abusivement au Moyen-Orient et de tout faire pour réduire leur rôle. À cela s’ajoute le fait qu’ils se représentent  les USA sur le déclin et qu’il est temps pour eux de les remplacer.
« Les défensifs » se veulent plus subtils et pensent  les USA certes comme une puissance allant diminuendo mais ayant encore de beaux jours devant eux.
Ils pensent  obtenir mieux que les offensifs ou idéalistes les mêmes résultats. Pour cela une attitude conciliante devant des USA encore redoutables sur le plan militaire permettra d’obtenir plus.
« Oncle Sam a encore 40 bombardiers » !
En outre ils privilégient  le développement économique de leur pays ce qui lui assurerait une plus grande influence dans la région.
Selon l’équipe au pouvoir, Washington devra agir et éventuellement orienter le cours des choses une fois la menace nucléaire écartée. Mais croire comme certains à un quelconque retour du Shah  ou d’un régime s’en réclamant relève à tout le moins d’un Wishfull Thinking.

Enfin les tenants du meilleur équilibre mondial se répartissent entre ceux qui recherchent une occasion de renouer des liens avec les USA afin de redonner à l’Iran le rôle qu’ils désirent et ceux qui pensent qu’en sanctionnant et en martyrisant l’Iran les USA lui confèrent -a contrario- un rôle de leader pour les pays de la région.
Mais tous les acteurs iraniens se retrouvent quant à la définition de l’essence de leur politique et surtout pensent  que lorsqu’ils ont fait montre d’une attitude- à leurs yeux- plus conciliante envers les occidentaux, le résultat obtenu a été l’augmentation de la pression occidentale.

Le nouveau chantage aux marginaux

Telle  fût la teneur du message délivré au colloque Ceri-Sciences-Po par Hossein Moussavian. En vérité si la rhétorique est plaisante elle reflète néanmoins leur point de vue.
On le voit le but de Rohani  va donc consister à endormir les occidentaux. Et Monsieur Obama aurait tort de se laisser bercer au son de cette mélodie.
En la matière le seul dirigeant occidental à avoir parfaitement cerné la menace de cette élection  est Netanyahu. Il est vrai qu’il est concerné au premier chef et que la diplomatie israélienne sait pertinemment qu’à l’heure actuelle l’affaire  iranienne est le lien le plus fort qui l’unit à Washington. Netanyahu aurait tort cependant d’en faire l’alpha et l’oméga de la politique israélienne.

De nombreux universitaires américains  affirment que les « pressions » ont marginalisé les « modérés » en Iran ainsi que nous l’avons analysé plus haut dans la description du spectre politique en Iran. Si le constat peut se révéler exact nous ne pouvons les suivre lorsqu’ils en déduisent la nécessité d’un allégement des pressions suite à l’élection de Rohani.
Ils ont bien entendu tort.

Toute la nouvelle stratégie de Rohani consistera donc à se servir de cette marginalisation pour diminuer les pressions et sanctions afin d’éviter un durcissement. Faire croire que ces dernières soient contre-productives, tel sera son motto.
Mais c’est oublier que dans l’histoire du monde rien n’a été obtenu sans pressions ou sanctions. Des pays aussi peu bellicistes que la Suisse ou le  Luxembourg n’ont pas renoncé à leur sacro-saint secret bancaire au nom d’un quelconque évangélisme mais bien parce que pressions et sanctions allaient crescendo.
Et si l’hyper puissante Chine a amorcé une prudente  et légère marche arrière dans l’affaire des cellules photovoltaïques, c’est uniquement après les fortes pressions de la communauté européenne.

Netanyahu est d’ailleurs l’un des très rares leaders  à avoir une vue juste de la situation. Il aurait tort cependant de croire qu’il pourra s’en exonérer le jour lointain où les USA décideront sérieusement de se pencher à nouveau dans le chaudron palestinien.

Croire que les sanctions et pressions seraient désormais contre-productives comme Rohani et  Moussavian  le prétendent constituerait un hapax dans l’histoire.
Rohani a donc gagné les élections.
Nous savons de lui que c’est un pragmatique qui connaît à la perfection les arcanes du pouvoir iranien. Il chevauche allègrement les différents courants du champ politique. Il en épouse simultanément ou successivement lorsque de besoin les méandres.
Rohani a siégé sans discontinuer au Conseil Supérieur de Défense, il a été durant la guerre Irak Iran le commandant des forces iraniennes et le négociateur nucléaire en chef de 2003 à 2005.

Parce qu’il est Hodjatoleslam, c’est-à-dire un clerc, d’un rang plus élevé que ne l’était Khamenei  il rassure le clergé. Il ne professe aucune indulgence pour Ahmanidejad, non pas quant au fond du problème mais parce qu’il pense que précisément ses rodomontades ont nui  à l’Iran.
Quant à ceux qui écrivent à longueur de colonnes qu’il aura à cœur de négocier avec l’Occident, cela reste à démontrer. À négocier le cœur de l’Occident, il excellera sans aucun doute, négocier le cœur de la menace iranienne il y excellera dans les manœuvres dilatoires.
C’est aussi oublier que le Guide Suprême Khamenei est lui toujours au sommet du pouvoir et qu’il ne laissera pas Rohani s’écarter d’un iota de sa ligne.
Lorsque les différents présidents iraniens ont eu un conflit avec le Guide Suprême ils ont toujours perdu. Ahmanidejad  en  a fait l’amère (pour lui) expérience lors de son deuxième mandat.
Ensuite  parce que fondamentalement Rohani reste sur une ligne à tout le moins voisine des « hardliners » nucléaires.

Saura-t-il, pourra-t-il et voudra-t-il procéder à un « Aufklärung  » (le mot ne manque pas de saveur s’agissant de la théocratie iranienne » cela semble peu probable.

N’est pas le Général De Gaulle ou Richard Nixon qui veut!

Pour autant Monsieur Rohani doté d’une plus large assise aura les coudées plus franches sur le plan économique .
Il a donc gagné d’abord parce qu’en ayant rallié les centristes et libéraux face à des conservateurs divisés il a su faire montre d’un redoutable sens tactique. Il a gagné parce qu’au  départ Khamenei ne  l’a pas vu venir Il a aussi gagné car le débat Velayati/Jalili a montré que la ligne dure amenait l’Iran au bord du précipice. Khamenei a donc tout de suite compris qu’un Rohani parfaitement cadenassé représentait  la meilleure carte pour reconstruire un pays dévasté et alléger les sanctions tout en gardant le programme nucléaire.
Mais par la suite le guide suprême a vu immédiatement le parti qu’il saurait tirer d’un Président plus présentable et moins provocateur à la face du monde.

D’aucuns argueront que Rohani fut  le seul à faire une concession aux occidentaux : l’offre d’une suspension de plusieurs années. L’affaire serait plaisante s’il ne s’agissait pas de nucléaire.

Que l’on nous permette de rapporter cette lettre de Winston Churchill à De Gaulle en 1944 « quand l’heure viendra de digérer, ce sera pour les Russes le moment des difficultés. Saint-Nicolas pourra peut-être alors, ressusciter les pauvres enfants que l’Ours  aura mis au saloir. »
Sa Doxa apporte une touche de rationalité, sa syntaxe réunir sous sa barrière conservateurs et réformateurs. Que l’on ne s’y méprenne pas Monsieur Rohani nous offrira pour nous amadouer la danse du ventre. En la matière nous en connaissons qui sont interprétées par des personnes à tout le moins plus graciles. Que Monsieur Obama n’oublie pas qu’Ali baba n’a jamais tenu la première des 40 promesses.

« Il faut se hâter d’exécuter cette tâche car les dragons de la nuit fendent à plein vol les nuages et les ombres » Shakespeare

« Tout homme qui méprise sa vie est maître de la tienne » Sénèque

 

Leo Keller

 

 

Notes

1 Ciceron in catilinaires

2 idem

3 voir notre article sur la politique étrangère US les ombres chinoises https://blogazoi.com/2013/06/14/la-politique-etrangere-americaine-ses-force-ses-faiblesses-ses-defis/

4 voir notre article sur la definition de la politique étrangère Us America’s Pacific century https://blogazoi.com/2013/05/12/americas-pacific-century-la-nouvelle-politique-etrangere-us-definie-par-la-secretaire-detat-hillary-rodham-clinton/

5 voir l’article d’Anne Clementine Larroque http://lenouveaucenacle.fr/hassan-rohani-la-caution-moderee-du-regime-iranien

6 voir notre article sur le cliquetis des armes en Corée du Nord https://blogazoi.com/2013/04/11/le-cliquetis-des-armes-en-coree-ou-ein-musikalischer-spass-de-mozart-1/

7 Raymond Aron in le Grand Débat

8 Voir le chapitre de Frederic Encel in les Conséquences Stratégiques de la crise ouvrage collectif chez Odile Jacob Pages 149 à 165

9 Richard Betts in Foreign Affairs juin 2013

10 idem

11 Raymond Aron  in le grand DébatLe président élu iranien Hassan Rohani a promis de coopérer étroitement avec le parlement pour limiter les luttes internes qui opposaient jusqu'ici le pouvoir législatif au pouvoir exécutif. /Photo prise le 17 juin 2013/REUTERS/Fars News/Majid Hagdost<br /><br /><br /><br /><br />
(c) Reuters

12 Raymond Aron in Paix et Guerre parmi les Nations

13 Richard Haas in Foreign Policy avril 2013

14 Cardinal Richelieu in testament politique

15 Richard Haas idem

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