La politique étrangère américaine :ses succès ,ses échecs et les interrogations

« Paix  impossible guerre improbable » !1

La fameuse formule de Raymond Aron reste comme à l’accoutumée toujours aussi pertinente. Écrite il y a 65 ans elle conserve toute sa force !
Au trébuchet de l’histoire le président Obama aura commencé son deuxième mandat en redécouvrant -à tout le moins- les plaisirs et les joies de quelques réussites. A rebours de ce que l’on entend ou lit bien souvent.
Pour autant des zones d’ombre obscurcissent son palmarès. Que le lecteur veuille bien nous pardonner, nous ne joindrons point notre voix au concert des critiques chrématistiques contre Obama !
Appréhender la politique étrangère du Président Obama dans un monde où les dyades sont légions nécessite de remiser aux oubliettes de l’histoire les présupposés qui tenaillent, enserrent et assaillent le citoyen encalminé dans une aporie du raisonnement.

À cette aune, le lecteur passionné d’opéra, établira inévitablement un parallèle entre la politique étrangère américaine et une analyse de l’opéra de Verdi « La force du destin ». Dans cet opéra, en dépit de séquences variées et contradictoires, ou- peut-être- grâce à elles, il y a une véritable unité. Que le spectateur l’attribue à la force du destin ou à une vraie volition du héros est finalement secondaire.
Laissons donc de côté avec Raymond Aron les esprits chagrins « en procureurs déchaînés contre ceux qui recevaient leur héritage ».2
Aux contempteurs de tous bords de la politique étrangère américaine rappelons donc quelques vérités d’évidence.
La géopolitique recouvre deux notions qui forment une parfaite anastomose. De son étymologie « géo» provient du grec « Gaïa »; c’est-à-dire la terre prise en son ensemble et non tel ou tel pays. Le mot « polis» recouvre quant à lui l’ensemble des actions mises en œuvre dans la conduite des affaires publiques. Il s’agit donc d’étudier la totalité des interactions qui nous gouvernent et nous affectent en ce monde.
Pour dire les choses autrement, une bonne géopolitique consiste à cibler, évaluer, analyser, puis contrer et déjouer les points de friction et les menaces qui secouent et agitent groupes ou États ou au contraire à les exacerber.
Or il nous semble que de tous côtés l’on assiste à une critique qui relève tantôt d’un présupposé idéologique tantôt du fait que les déçus de la politique d’Obama restent ethno-centrés ou enchâssés dans des schémas nostalgiques et élégiaques.
À ceux-là, dont les passions enténèbrent un sain jugement, nous nous permettons –très humblement-de rappeler que si l’hégémonie US n’est peut-être plus ce qu’elle fut, elle demeure cependant et pour de longues années encore la seule puissance au monde ayant des intérêts partout ! N’est pas scholiaste qui veut.
Elle est la seule à discipliner parfaitement la maîtrise des espaces communs, la « Killing box » et le « Peace making ».
3
Parce que les responsabilités américaines sont mondiales leur focale d’analyse diffère forcément de celle des acteurs locaux. Inévitablement, frustration, insatisfaction et irritation de ces derniers sont consubstantielles à la gestion des conflits.
La diversité des points de friction commande donc aux  USA de jauger, évaluer, et considérer chaque embardée, chaque éruption en étroite liaison avec l’ensemble des situations.
Toute erreur de calcul, toute interprétation incorrecte de cette partition, toute fausse note aurait des conséquences mondiales.
Le monde que cela plaise ou non suit une syntaxe .Une syntaxe que nous avons énarthrose appelée.

La politique étrangère américaine : De Victor Hugo à Kissinger !

Par définition l’acte régalien par excellence d’un Etat est la définition de sa politique étrangère. Au pendule de l’histoire la politique étrangère américaine est la seule à s’éployer dans l’empyrée. « C’est l’empyrée immense et profond qu’il me faut, la terre n’offrant rien de ce que je réclame ».4
A défaut de mythologie restons sur terre mais sur la totalité de la surface. Aux agnostiques de la force ou de la faiblesse US rappelons qu’on n’agite pas impunément le glockenspiel. Même le redoutable et cynique mais fin géopoliticien, qu’était Yossip Vissarionovitch Djougachvili et son séide  Mao, s’en sont repentis.

Que les  nostalgiques de l’hyper puissance US veuillent bien se souvenir que même si les USA disposent d’un réseau de 662 bases dans 38 pays, de 50 alliés formels et de 500 000 soldats répartis dans le monde, d’un budget militaire d’environ 613 milliards de dollars  ( alors que celui de la Chine n’est que de 120 milliards de dollars) l’époque où ils pouvaient tout faire – si tant est qu’elle ait jamais existé – est révolue.

Les menaces d’aujourd’hui pour différentes de ce qu’elles étaient lors du tandem Nixon /Kissinger où l’URSS était sens à son acmé ou lors de l’implosion de feu l’URSS    –Bush Senior regnante -avec son risque d’explosion nécessite doigté, force et retenue.

Ce n’est pas parce que les USA sont encore les seuls à revêtir  l’intégralité des attributs de la triade nucléaire : 15 porte-avions nucléaires, 15 SNLE, 60 SNA sans compter l’aviation et surtout les drones enfants chéris – ô combien – de celui qu’il est désormais convenu d’appeler le seigneur des drones qu’ils peuvent et veulent tout faire.

Pour autant Kronos n’est pas près d’abattre Zeus ! Tant qu’Obama n’a pas les moyens de « vorschreiben »5 ses conditions il naviguera-tel Racine-entre la liberté et la contrainte. Toute analyse de la politique étrangère US qui en viendrait à négliger cette dichotomie  serait erronée dès ses prémisses.
À cette aune que le lecteur veuille bien nous pardonner de faire appel à deux orfèvres des relations internationales, un conseiller et un prince : Raymond Aron et Henry Kissinger pour ne pas les nommer.
« Si l’histoire nous laisse encore, comme je le crois, le temps de penser et d’agir, la situation demeurera, pour l’essentiel, telle que je l’ai décrite. Chacun choisira librement. Nul destin ne contraint notre volonté. On a toujours le droit de dire non au monde et à ses servitudes. Mais il n’y a pas moins de dignité à reconnaître le monde qu’à le fuir »
6

« Mais l’ère  des superpuissances approche de son terme. La bipolarité militaire n’a pu prévenir l’apparition d’une multipolarité politique ; elle l’a en fait encouragée. Dans les systèmes d’alliance, les membres les plus faibles ont de bonnes raisons de croire que le plus puissant a un intérêt primordial à les défendre ; il s’ensuit qu’ils n’éprouvent pas le besoin de s’assurer son appui en souscrivant à sa politique. Les nations nouvelles se sentent protégées par la rivalité des superpuissances, et leur nationalisme les  pousse à affirmer de plus en plus hardiment leur propre volonté. Il est devenu difficile de recourir aux emplois traditionnels de la force et de nouvelles formes de pression sont nées, tant  du transfert des allégeances à un cadre supranational que de l’affaiblissement des gouvernements intérieurs… »7
« En d’autres mots, la puissance ce ne se transforme plus automatiquement en influence. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut être impuissant pour être influent, mais que puissance et influence ne sont plus automatiquement liées. »
8

En Syrie, le président Obama, a actualisé la célèbre formule de Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. »9
Pour Obama la politique est devenue la continuation de la guerre par d’autres moyens.
Ou plutôt lorsque le couple gains/risques et coûts est trop élevé alors Obama endosse la cuirasse d’une diplomatie musclée.
Cette figure de danse classique que nous avons le jeté appelé est désormais l’ADN d’Obama- à tout le moins- dans la région. Ayant fixé dans le marbre des souffrances du peuple syrien les USA ont tenu parole.
L’on pourra discuter ad infinitum sur la pertinence du délai et de l’intensité de cette ligne rouge, sic et non, mais elle a été respectée. Certes les malheureux syriens n’en peuvent mais !
Nous viennent à l’esprit ces si beaux vers  de Virgile « Rari nantes in gurgite vasto » « rares naufragés flottant sur le vaste abîme »
10
Que les thuriféraires de Bush junior en soient contristés, nous le comprenons fort aisément. Mais il y a et fort heureusement – du Bush senior chez Obama. En ayant agi de la sorte, Obama a d’abord atteint son but : faire respecter la parole américaine. Ce qui est déjà un succès en soi. En matière de géopolitique, volonté de puissance vaut puissance !

Succès car obtenu avec zéro mort !
Succès car les buts ont été remarquablement délimités et circonscrits. Décidément Obama a parfaitement intégré ce que Clausewitz  appelait « les buts de guerre et les buts dans la guerre » « le Ziel et le zweck»11
Succès car Obama, soutenu par la France, a su gérer le conflit syrien avec ses alliés. Que Monsieur Cameron, délicieusement entretoisé en ses innombrables circonvolutions se soit perdu en cours de route n’est finalement ni nouveau ni  dramatique !
Succès car la Syrie, autrefois qualifiée de Prusse de la région, ne semble plus en mesure – au moins provisoirement – d’inquiéter ses voisins y compris Israël.
Les quelques 60 Mig 29 et 20 Sukhoi 24 ne représentent pas une menace stratégique.
Quant à la livraison retardée(ou pas) des systèmes S 300 ils ne semblent pas –à tout le moins immédiatement- opérationnels.
Bénéfice collatéral pour Israël, le Golan semble cette fois-ci définitivement sorti des radars d’une quelconque négociation.
Succès indéniable car l’axe Téhéran- Damas- Hezbollah a perdu de sa superbe. L’avertissement tancé à Damas, les bruits de bottes lancées à Damas ont aussi averti Téhéran que leur scolasticat syrien pouvait devenir plus qu’une simple démangeaison.

Certes nous n’irons pas jusqu’à prétendre que les iraniens furent subitement touchés et éclairés par la grâce de la reculade syrienne, voire de Saint Paul  de Tarse.
Succès enfin car il a été désormais acté (s’il en était encore besoin) que l’Iran n’était peut-être pas l’allié le plus fiable, le suzerain le plus puissant dont peuvent rêver tous les vassaux.
En ce sens l’accord intervenu par la suite avec l’Iran sera un accord ampliatif. Il n’en reste pas moins que les USA ont su faire montre quoi qu’on en dise de fermeté et de volonté, que le message a été intelligemment délivré, correctement reçu et parfaitement intégré parmi les principaux protagonistes.

En cette affaire il reste à déterminer l’influence réelle de la France et de François Hollande. À tout le moins le pré-positionnement de l’aviation française a été sinon un tripwire à tout le moins un aiguillon.
Succès enfin car le bourbier iranien présente des modalités d’intervention parfaitement aléthiques.
En effet laisser les choses en l’état c’était délivrer licence de chasse et sonner l’hallali au massacre chimique ! Aider la résistance syrienne eût été armer le loup criminel Al Qaïda. Tertium non datur !
Que des civils innocents continuent d’être massacrés par le psychopathe de Damas demeure hélas  une réalité incontournable.

Reste en la matière la question russe. Au commencement était l’URSS.
« Au commencement D.ieu avait créé le ciel et la terre. Or la terre n’était que solitude et chaos ». « Des ténèbres couvraient la face de l’abîme… D.ieu dit que la lumière soit et la lumière fût. »12
Et le communisme implosa !
« Jésus leur répondit : l’heure est venue ou le fils de l’homme doit être glorifié . »
« En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits ».
13

« Il ne faut ni acculer les projetés d’une religion conquérante, maîtres d’un vaste empire, au désespoir, ni par la faiblesse, éveiller en la tentation »14

La Syrie nouveau pari de Pascal ?

Aurait-on pu et dû obtenir plus ? Peut-être !
Peut-être pour les adeptes nostalgiques du « carpet bombing » et soutiens inconditionnel de Bush junior ! Pour les tenants de l’école réaliste une intervention en Syrie au-delà de l’objectif primaire n’aurait pas été une guerre de choix car n’apportant rien aux intérêts nationaux US.
Une intervention dans le style de la deuxième guerre d’Irak n’était en aucun cas une « guerre de nécessité » mais c’était faire fi de la présence chinoise et surtout russe. « Carry a big stick and speak softly »15 s’est révélé cette fois ci payant.

De nombreux commentateurs pensent que les USA ont montré des signes de faiblesse dans le conflit syrien et qu’en réalité l’on a assisté au grand retour de la Russie sur la scène diplomatique. Ce n’est point notre avis.
Une bonne géopolitique se jauge et surtout se justifie à l’aune des résultats obtenus. Or le but du désarmement chimique a été obtenu. Que le lecteur veuille bien considérer que les Américains ne s’étaient jamais réellement érigés en avocat passionné du renversement du régime syrien.
Que la Russie soit revenue sur la scène diplomatique c’est évident. Pourquoi le nier et surtout pourquoi le déplorer.
Par contre il y a effectivement lieu de déplorer son retour sur la scène diplomatique ukrainienne.
Le lecteur, féru d’histoire, trouvera une comparaison intéressante avec le Chancelier Otto von  Bismarck. À l’exception près de l’humiliation de la galerie des glaces à Versailles, Bismarck a toujours su faire preuve de retenue, une fois ses objectifs limités qu’il s’était à lui-même imparti.
Au trébuchet de l’histoire Obama s’est révélé un élève digne de son illustrissime mentor.

Enfin succès avec l’avatar de l’Union soviétique. Le coup de théâtre médiatique russe intervint le 9 septembre après la pseudo gaffe de Kerry. Poutine a pu ainsi proposer à Assad, la veille du vote fatal au congrès US, de démanteler ses armes chimiques sous contrôle ONU.
Au-delà du brouhaha médiatique soigneusement entretenu par la Russie (on comprend aisément pourquoi) et fortement relayé par les sempiternels contempteurs de la politique US (là on comprend moins pourquoi) il nous semble intéressant de rappeler au lecteur que cette initiative avait déjà été abordée lors du G20 de saint Petersbourg. Quid novi ?

Parmi les lambeaux tombés en héritage -de feu l’Union Soviétique- dans l’escarcelle russe bien peu revêtent une vraie valeur stratégique. Il en est, cependant, un vital aux yeux de Poutine.

Nous viennent à l’esprit ces délicieux et charmants vers :

«Tous deux, par un cas surprenant
Se rencontrent en un tournant.
L’homme eut peur : mais comment esquiver ; et que faire ?
Se tirer en Gascon d’une semblable affaire
Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur.
L’Ours très mauvais complimenteur,
Lui dit : Viens-t ‘en me voir. L’autre reprit : Seigneur,
Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire
Tant d’honneur que d’y prendre un champêtre repas,
J’ai des fruits, j’ai du lait : Ce n’est peut-être pas
De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire ;
Mais j’offre ce que j’ai. L’Ours l’accepte ; et d’aller.
Les voilà bons amis avant que d’arriver. »
16

Moscou demeure Moscou !

Sur cette question Moscou habille les mêmes positions et réflexes que ceux des locataires   du Kremlin soviétique.
Formidable capacité de nuisance mais capacité d’intervention pâlissante et rapiécée. Or en ce domaine  la solution apportée conforte les USA et la France, désormais fidèle et redoutablement efficace émoucheur. La France fideli fidelis !
Les deux alliés ont marqué des points.
Contrairement à la rumeur, les accords Kerry- Lavrov ont été initiés par John Kerry. La Russie trop contente de se sortir d’une situation où les gesticulations intempestives de Vladimir Vladimorovitch Poutine- ancien colonel du KGB- l’avaient malencontreusement placée n’a fait que saisir la balle au bond allant jusqu’à présenter cette initiative comme russe.
Poutine aurait-il pu mettre à exécution sa menace de protéger la Syrie ? Probablement pas ! La réponse relève de l’uchronie. Mais ce qui est sûr c’est qu’aucune résolution relevant du chapitre VII ne pouvait passer.
1973 n’est pas 2013 ! Et l’Égypte n’est pas la Syrie !
Quant à faire voler des avions syriens avec des pilotes russes cela n’aurait pas servi à grand-chose, sinon à envoyer ad patres des pilotes russes.

Washington ayant clairement fait comprendre à Moscou que les intérêts de Lukoil et de Stroytransgaz n’étaient pas menacés ni surtout leurs facilités portuaires à Lattaquié et leurs  intérêts dans la seule base russe qui subsiste,  Tartous, depuis la disparition de l’URSS.
Moscou n’a été que trop heureux de faire passer comme russe une initiative, au départ, purement américaine.

Moscou a certes des intérêts stratégiques en Syrie. Mais il n’en reste pas moins que la préoccupation majeure de Moscou est d’éviter un arc islamiste allant du Caucase à l’Asie centrale et à la CEI.

En ayant correctement défini leurs buts de guerre ou d’intervention, les USA ont judicieusement permis à la Russie de ne pas transformer ses gesticulations. À cette aune l’envoi du porte-avions Admiral Kouznetsov aura, tout au plus, constitué un rappel nostalgique de l’évanescente  puissance soviétique.
En parler toujours s’en servir…

Pour Moscou la guerre froide ayant disparu du « Kampfplatz » la Syrie est moins vitale que par le passé. Bien mieux, Washington en permettant à Moscou de ne pas perdre la face a remporté une victoire en administrant la preuve du caractère, à tout le moins fragile, de l’appui russe.
Enfin en cette affaire, Washington a démontré que même s’il devait composer avec un orchestre, même s’il avait besoin de toutes les partitions, il n’en demeure pas moins l’incontournable chef d’orchestre.
Et surtout Washington a démontré, s’il en était besoin, que l’Iran savait ne pas être l’allié le plus fiable. Certes les réminiscences chimiques résonnent encore fortement en Iran. Il n’empêche !
Ajoutons à cela que la gestion de la crise syrienne s’est effectuée concomitamment  avec l’ombre portée du Cliffhanger aux USA.
Washington a- à moindres coûts- affaibli la Syrie, réinséré sous sa bannière la Russie et démontré sa capacité de faire respecter ses lignes rouges.
Plus particulièrement Al Qaïda et ses séides n’ont pas été remis en selle.
Il n’en reste pas moins que la guerre civile syrienne perdure et que des civils- innocents par définition- continuent de mourir chaque jour !

Que l’observateur se donne la peine d’analyser les rigidités de la position russe. Les quelques menues exportations de matériel militaire vers la Syrie (la Russie battra son record avec plus de 13 milliards de USD), une base navale certes, fenêtre, sur la Méditerranée et une facilité portuaire ne suffisent pas à comprendre pourquoi le maître du Kremlin accorde un tel soutien à Bachar El-Assad.
La vraie raison porte un nom : Tchétchénie. La Tchétchénie pour Poutine est le cadeau empoisonné de l’implosion de l’URSS !

Dans une interview déjà ancienne Poutine explique (mais cela n’engage que lui et non l’auteur de ces lignes) que ne rien faire en Tchétchénie, c’est ouvrir la boîte de Pandore à des dizaines de Yougoslavie à l’intérieur de la Fédération Russe.
Le tolérer serait précipiter un éclatement de cette dernière.
Or il semblerait –mais peut-être nous trompons nous- que cela soit la dernière chose souhaitée par le Kremlin !
Que le lecteur nous permette de lui rappeler ce que Vladimir Vladimorovitch dans un accès de lyrisme romantique teinté de naïveté ou de cynisme (c’est selon) disait : « The Soviet Union collapse is the greatest geopolitical catastrophe of the 20 th century » « La chute de l’Union soviétique est la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle » ! Rien de plus rien de moins !
Si les geôliers de la Lubianka  et Felix Dzerjinski étaient encore en vie (ce que nous ne souhaiterions à personne !) ils applaudiraient des deux mains. Gageons que les 20 à 30 millions de morts, victimes du communisme, ne partageront point cette réflexion. Tovaritch Yossip Djougachvili, tu peux dormir tranquille, la Rodina est entre de bonnes mains !

Pour autant l’ex colonel du KGB n’a pas complètement tort lorsqu’il compare la Syrie à la Tchétchénie. La Syrie offre à première vue d’intéressantes comparaisons avec la Tchétchénie. Un État face à des forces disparates et sans vrai leader qui appelle donc le vide et le chaos.
Mais surtout un état en butte à un islamisme sunnite extrémiste.
Or  la peur quasi ontologique de poutine est l’émergence d’un islam sunnite qui prendrait ses quartiers d’hiver dans le Caucase Nord, dans la Volga et jusque dans les grandes villes russes.
Afin de ne pas rallonger inutilement cet article, nous prions bien humblement le lecteur de nous pardonner, de mentionner aussi compendieusement le conflit Tchétchène au risque de le dénaturer. Les choses, bien entendu, ne se présentent pas tout à fait comme Poutine aime à le faire accroire.
Pour autant les attentats tchétchènes commis par des terroristes contre des civils russes dans les grandes villes constituent une des pierres angulaires de la doxa russe en politique étrangère.
De son encombrant allié, ce tranquille meurtrier qui  a pour nom Bachar el Assad, le camarade Poutine se devait de se concilier les bonnes grâces.
C’est aussi tout le mérite de l’administration Obama d’avoir intégré cela.
Plaise à certains d’avoir considéré le passage devant le Sénat américain de reculade ; libre à eux !
Au risque de nous répéter la petite musique de nuit interprétée par le duo Obama Hollande a rempli tous ses objectifs.
Pour avoir souvent décrié dans ce blog les erreurs ou impréparations de l’administration Obama nous n’en saluons que davantage cette réussite !

S’il était besoin d’une preuve supplémentaire de cette réussite, le lecteur attentionné la trouvera dans l’affadissement du soutien de Poutine auprès de Bachar El-Assad.
Car s’il est une chose que poutine ne peut tolérer, c’est- lorsqu’il n’a pas toutes les cartes en main- de soutenir un « lameduck » et de détériorer l’image russe.

Les yeux de Chimène !

N’ayant pu transformer Assad en Ramzan Kadyrov, sortir de cette impasse lui était une nécessité vitale. Mais si le jour d’après a si bien fonctionné dans ce scénario – à la différence de la deuxième guerre d’Irak – c’est que les intérêts russes et américains se trouvaient dans une certaine limite  conciliés.
À partir du moment où l’équipage Obama / Hollande ne remettait pas en question – au moins dans un premier temps- la survie de Assad et ne poussait pas de tous ses feux une non moins dangereuse résistance syrienne, Poutine  pouvait accepter un Assad délesté (de ses armes chimiques.
Mieux encore, il pouvait se donner le beau rôle en prenant une position de leader dans la mise en application du désarmement chimique syrien.
Il n’est pas d’usage à Moscou d’avoir- au-delà du raisonnable- les yeux de Chimène pour un allié à l’assise vacillante.
Assad demeure cependant un obstacle qui perturbe peut-être davantage poutine que les occidentaux. Poutine démocrate-ma non troppo-et mâtiné d’autocratie –allegro vivace – se pose les questions suivantes.
Qui va assumer la chute d’Assad ?
Qui va contenir les extrémistes sunnites une fois l’apprenti chimiste éliminé ?
Mais surtout qui va les contenir aux marches du Caucase ? Qui va les contenir dans les régions russes à forte minorité sunnite ?
La confiance- d’autant plus flageolante- de Poutine en Obama et dans les démocraties occidentales- et D.ieu sait combien Poutine admire les démocraties occidentales- que le retrait irakien et afghan ne laisse pas de tarauder son esprit géopolitique.

À cette aune l’on peut comprendre ses hésitations. Tant que Poutine n’aura pas de réponse ferme et précise à ses interrogations métaphysiques, il continuera de soutenir Assad.
Voilà pourquoi nous considérons que dans le contexte géopolitique actuel Obama a remarquablement bien navigué, évitant le naufrage de la diplomatie US et obtenu les buts de guerre par lui et à lui fixés .
Et pourtant malgré toutes ces anfractuosités Poutine a lâché du lest ! Il a lâché du lest car sa marge de manœuvre est plus faible en Syrie qu’en Tchétchénie. Il a lâché du lest car il n’a pas trouvé son Quisling comme en Tchétchénie.
L’anagogie  n’étant pas la caractéristique principale du président russe, il a lâché du lest afin d’éviter le scénario catastrophe à ses yeux d’une partition syrienne laissant la place à un État à l’islam extrémiste.

Lecteur que nous espérons toujours parmi nous après ce compendium, nous nous proposons d’analyser dans un prochain article l’affaire iranienne.
Nous survolerons la menace russe en Ukraine qui ne laisse pas de poser des problèmes tant à l’Europe qu’aux USA.
Puis nous analyserons les dangers qui rodent en Asie et la place de plus en plus préoccupante de la Chine à cet égard.
Les tensions survenues entre l’Inde et la Chine poseront un réel problème aux USA.
Il leur faudra arbitrer entre l’Inde leur  nouvel allié stratégique modèle et la Chine.
Enfin les nuages provoqués par la ZAI (Zone Aérienne d’Identification entre la Chine et le Japon annoncent une météo qui sera orageuse à n’en pas douter. La réponse US à la Chine ne nous semble pas en cette affaire de bonne augure.

 

Leo Keller

Notes
1  Raymond Aron in le Grand schisme
2  Raymond Aron in carnets de la guerre froide
3 boite à outils permettant de faire la guerre et capacité à faire la paix
4 Victor Hugo
5 Clausewitz  dicter et imposer ses conditions
6 Raymond Aron in le grand schisme
7 Henry Kissinger in Le chemin de la paix
8 Henry Kissinger Pour une nouvelle politique étrangère américaine page 68
9 Clausewitz  in de la Guerre
10 Énéide chapitre VI .118
11Clausewitz  in de la Guerre
12
Genèse chapitre I versets  1 à 4
13 Nouveau Testament Jean chapitre XII versets 23 à 24
14
Raymond Aron in carnets de la guerre froide
15 Theodore Roosevelt
16 La Fontaine in l’Ours et le vieil homme

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