Guillaume Apollinaire: flâneries littéraires

En ce début d’année, j’ai tenu à vous remercier de votre fidélité et de vos encouragements. J’ai voulu ce blog pour partager des analyses sur l’évolution du monde et le beau. Les grecs parlaient du « praor » de la douceur. Pour moi les deux vont de pair. J’aimerais que chacune et chacun d’entre vous y trouvent matière à réflexion et à émerveillement.
C’est mon souci constant. La diversité de ses articles, mais comme le disait Michel de Montaigne la nature de l’homme est « diverse et ondoyante », se veut un souci de vous tous.
Y suis-je parvenu ? Je n’oserais point cette prétention. Pour autant ce souci m’habille m’habite et m’anime.
Avant que de continuer à explorer les méandres de la diplomatie américaine- ses succès beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense et ses quelques échecs- j’ai voulu sur le papier coucher quelques pensées sur Ariel Sharon qui fut un grand homme d’État et un homme prodigieux car profondément humain dans sa complexité.
Obama et ses succès en Syrie et en Iran ; Nelson Mandela prototype du héros, j’ai voulu prendre du recul.
La langue française recèle de vrais trésors ;il serait dommage-ô combien -dommage de ne point les visiter.
J’ai voulu- au hasard de mes flâneries littéraires- vous faire partager ces si beaux vers de Guillaume Apollinaire.
A toutes et à tous, je vous en souhaite autant de plaisir qu’ »à sauts et à gambades »1 il m’en a été accordé.

Leo Keller

Guillaume Apollinaire

L’adieu

J’ai cueilli ce brin de bruyère
L’automne est morte souviens –t’en
Nous ne nous verrons plus sur terre
Odeur du temps brin de bruyère
Et souviens-toi que je t’attends.

Aubade chantée à Laetare, un an passé

C’est le printemps viens –t’ en Pâquette
Te promener au bois joli
Les poules dans la cour caquètent
L’aube au ciel fait de roses plis
L’amour chemine à ta conquête

Mars et Vénus sont revenus
Ils s’embrassent à bouches folles
Devant des sites ingénus
Où sous les roses qui feuillolent
De beaux dieux roses dansent nus

Viens ma tendresse est la régente
De la floraison qui paraît
La nature est belle et touchante
Pan sifflote dans la forêt
Les grenouilles humides chantent

Beaucoup de ces dieux ont péri
C’est sur eux  que pleurent les saules
Le grand Pan l’amour Jésus-Christ
Sont bien morts et les chats miaulent
Dans la cour je pleure à Paris

Moi qui sais  des lais pour les rênes
Les complaintes de mes années
Des hymnes  d’esclave aux murènes
La romance du mal-aimé
Et des chansons pour les sirènes

L’amour est mort j’en suis tremblant
J’adore de belles idoles
Les souvenirs lui ressemblant
Comme la femme de Mausole
je reste fidèle et dolent
Je suis fidèle comme un dogue
Au maître  le lierre au tronc
Et les Cosaques Zaporogues
Ivrognes pieux et larrons
Aux steppes et au décalogue

Portez comme un joug le Croissant
Qu’interrogent les astrologues
Je suis le sultan tout-puissant
Ô mes Cosaques Zaporogues
Votre Seigneur éblouissant

Devenez mes sujets fidèles
Leur avait écrit le Sultan
Ils rirent à cette nouvelle
Et répondirent à l’instant
A la lueur d’une chandelle

La chanson du Mal- Aimé
à Paul Léautaud
Et je chantais cette romance
En 1903 sans savoir que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s’il meurt un soir
Le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi- brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde  ouverte de la mer Rouge
Lui les hébreux moi Pharaon

Qui tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien-aimée
Je suis le souverain d’Égypte
Sa sœur -épouse son armée
Si tu n’es pas l’amour unique

Au tournant d’une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant

C’était son regard d’inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule  d’une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l’amour même

Lorsqu’il fut de retour enfin
Dans sa patrie le sage Ulysse
Son vieux chien de lui se souvint
Près d’un tapis de haute lisse
Sa femme attendait qu’il revint

L’époux royal de Sacontale
Las  de vaincre se réjouit
Quand il la retrouva plus pâle
D’attente et d’amour aux yeux  pâlis
Caressant sa gazelle mâle

J’ai pensé à ses rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux

Regrets sur quoi l’enfer se fonde
Qu’un ciel d’oubli s’ouvre à mes vœux
Pour son baiser les rois du monde
Seraient morts les pauvres fameux
Pour elle eussent vendu leur ombre

J’ai hiverné dans mon passé
Revienne le soleil de Pâques
Pour chauffer un cœur plus glacé
Que les quarante  de Sebaste
Moins que ma vie martyrisés

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir
Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s’éloigne
Avec celle que j’ai perdue
L’année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus

Voie lactée ô sœur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps  blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d’ahan
Ton cours vers d’autres nébuleuses

Je me souviens d’une autre année
C’était l’aube d’un jour d’avril
J’ai chanté ma joie bien-aimée
Chanté l’amour à voix virile
Au moment d’amour de l’année

Notes

1 Michel de Montaigne in les Essais

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