O mon jardin d’eau fraîche et d’ombre ! Louis Aragon

Au gré de nos capricieuses lectures nous sommes tombés en arrêt sur ces somptueux vers de Louis Aragon.
Leur grâce nous a bouleversé , interpellé et ébranlé! Telle la mitraille, elle  a emporté la confortable digue de nos souvenirs que nous avions forteresse appelée.

Pour dire les choses rapidement et superficiellement, Louis Aragon c’est  Janus bifrons !  Un immense poète dont la langue française peut à juste titre s’enorgueillir. Un poète qui a chanté l’amour peut-être comme nul autre.

Mais Aragon c’est aussi -avant tout ou hélas c’est selon-un intellectuel fourvoyé dans les wagons de l’idéologie bolchevique aux relents nauséabonds. Comment un tel génie a-t-il pu systématiquement s’égarer et nous tromper sciemment. Au mieux cela relève d’une incommensurable bêtise ; au pire d’une criminelle paresse intellectuelle. En outre n’est pas Raymond Aron qui veut!

D’aucuns diront qu’importe ! Ce sont ses poèmes que la postérité retiendra et chantera ! Acceptons-en l’augure et ne gâchons pas notre plaisir. Mais alors-en grâce- n’oublions pas Montaigne qui disait « la première noblesse de cœur d’un écrivain est de montrer le chemin »

Leo Keller

 


Louis Aragon


O mon jardin d’eau fraîche et d’ombre

Ma danse d’être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer

Heureux celui qui devient sourd
Au chant s’il n’est de son amour
Aveugle au jour d’après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés

Heureux celui qui meurt d’aimer
Heureux celui qui meurt d’aimer

 

D’aimer si fort ses lèvres closes
Qu’il n’ait besoin de nulle chose
Hormis le souvenir des roses
A jamais de toi parfumées

Celui qui meurt même à douleur
A qui sans toi le monde est leurre
Et n’en retient que tes couleurs
Il lui suffit qu’il t’ait nommée

 

Heureux celui qui meurt d’aimer
Heureux celui qui meurt d’aimer

 

Mon enfant dit-il ma chère âme
Le temps de te connaître ô femme
L’éternité n’est qu’une pâme
Au feu dont je suis consumé

Il a dit ô femme et qu’il taise
Le nom qui ressemble à la braise
A la bouche rouge à la fraise
A jamais dans ses dents formée

 

Heureux celui qui meurt d’aimer
Heureux celui qui meurt d’aimer

 

Il a dit ô femme et s’achève
Ainsi la vie, ainsi le rêve
Et soit sur la place de grève
Ou dans le lit accoutumé

Jeunes amants vous dont c’est l’âge
Entre la ronde et le voyage
Fou s’épargnant qui se croit sage
Criez à qui vous veut blâmer

 

Heureux celui qui meurt d’aimer
Heureux celui qui meurt d’aimer

Louis Aragon

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Comments

  1. Sublime ! Merci de l’avoir partagé !
    Beaucoup de Thanatos dans cet Eros toutefois ? C’était l’époque ?
    Bien cordialement.

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