Les Noces de l’Europe !D’Aristote à Jean-Claude Juncker en passant par Victor Hugo

Les noces de l’Europe !

« Adieu je rentre dans l’histoire où me tiennent enfermé ceux qui craignent de trop aimer ».1
Ainsi donc en l’an de grâce 2014, deux tristes et sombres personnages avaient scellé un pacte misérable.
La Présidente du Front National, Marine Le Pen et le Président néerlandais du parti de la Liberté Geert Wilders, avaient décidé de « détruire de l’intérieur » l’Union Européenne. Ils se rêvaient démiurges mais n’étaient cependant que de vulgaires imposteurs.
Devant un tel credo, la fureur et l’angoisse m’étouffent !

Passons sur l’idéologie nauséabonde qu’ils traînent derrière eux.
N’était leur abyssale ignorance de l’histoire cela serait risible.

Qu’un président de l’Assemblée Nationale – quatrième personnage de l’État- à l’esprit visiblement dérangé puisse tenir des propos anti-européens et anti-allemands dignes de l’entre-deux-guerres sans être amené à démissionner ne laisse pas de nous inquiéter.
Quant au clown Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas sûr qu’il amuse d’autres que lui-même.

Ce qui est plus tragique c’est que Geert Wilders – triste sire – citoyen d’un pays à qui l’Europe doit tant ait été ovationné- il y a quelques années- devant le Sénat américain sans que l’on sourcille cela laisse rêveur !

Jefferson, réveille-toi ils sont devenus fous !

Quant à marine Le Pen ses effets de menton n’impressionnent qu’elle-même.

Hélas la foule de ces ignorants grandit chaque jour.
Hélas la houle qu’ils soulèvent ne cesse chaque jour de charrier leurs menaces et imprécations.
Hélas, chaque jour leur lent poison ne cesse de nous contaminer.

Et chaque jour la béance de la défaite de la pensée humaine !
Me vient à l’esprit cette phrase prémonitoire de Victor Hugo :
« Souvent la foule trahit le peuple ».

La colère suscitée en moi mais pourtant l’espoir !
L’espoir, car ils ne constitueront point– dans l’immédiat en tout cas – un groupe au Parlement Européen.
L’espoir, car malgré tout Dame raison l’emportera.
L’espoir, car l’intelligence triomphe toujours. « La vérité ici encore est à la fin »2
L’espoir car l’espoir est toujours le plus fort !

« Sed nunc non erat his locus »3 disaient les Romains en leur infinie sagesse.

Je n’écrirai point cette fois-ci un article sur ce que l’Europe nous a apporté.
Je ne relèverai pas davantage l’idée- à moitié vraie- que l’Europe s’est faite par lassitude des combats fratricides.

L’Europe s’est construite, d’abord et avant tout, parce que le Secrétaire d’État américain George Marshall l’a voulue et permise. Qu’il en soit remercié !

L’espoir, parce qu’un européen écrivit il y a plus de 2350 ans l’éthique à Nicomaque qui demeure l’alpha et l’oméga de la pensée européenne.

L’alpha car il érige le consensus au stade suprême de la pensée de l’humanité. L’alpha car le consensus signifie le souci et le respect de l’autre.
L’alpha car le consensus nécessite et impose confiance en l’homme !

L’oméga car le consensus nécessite et impose la durée et le temps de la manducation de la pensée. Merci Monsieur Aristote !

En ce jour nous fêtons l’anniversaire de l’ouverture du rideau de fer à la frontière austro-hongroise le 27 juin 89.
Nous nous souvenons aussi que la guerre en Slovénie a débuté le 27 juin 91. L’on peut donc être député européen et avoir un cerveau récalcitrant !

Je me contenterai d’offrir à tous les Nigel Farage, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ou Geert Wilders de relire deux poèmes de Victor Hugo et son superbe plaidoyer prononcé lors du Congrès de la Paix le 21/08/1849.

Aux amoureux de l’idée européenne relisez en urgence « Le Monde d’Hier » de Stefan Zweig.
Merveilleuse Bible qui respire et déborde d’intelligence et de la douceur de vivre.

28 chefs d’Etats et de Gouvernements se réunissent ce jour en conclave à Bruxelles.
« Habemus praesidem » ! Bon courage Monsieur Juncker !

En guise de bienvenue je suis heureux de vous offrir ce viatique :
« L’endurcissement entraîne une mort funeste et les grâces du ciel que l’on renvoie ouvrent un chemin à la foudre »4

« Il faut se hâter d’exécuter cette tâche car les dragons de la nuit fendent à plein vol les nuages et les ombres ».5

les Romains clamaient avec fierté : « Civis Romanus sum » !
À mon tour je proclame- haut et fort- et avec la même fierté « Civis Europeanus sum » !

À toutes et à tous je vous souhaite autant de plaisir à la relecture de ces deux poèmes et du plaidoyer de Victor Hugo que j’en ai eu.

Leo Keller

Notes
1 Albert Camus in carnets
2 Hegel
3 Ce n’en est ni la place ni le temps
4 Molière
5 William Shakespeare

Victor HUGO (1802-1885)
Les châtiments

Au peuple
Il te ressemble ; il est terrible et pacifique.
Il est sous l’infini le niveau magnifique ;
Il a le mouvement, il a l’immensité.
Apaisé d’un rayon et d’un souffle agité,
Tantôt c’est l’harmonie et tantôt le cri rauque.
Les monstres sont à l’aise en sa profondeur glauque ;
La trombe y germe ; il a des gouffres inconnus
D’où ceux qui l’ont bravé ne sont pas revenus ;
Sur son énormité le colosse chavire ;
Comme toi le despote il brise le navire ;
Le fanal est sur lui comme l’esprit sur toi ;
Il foudroie, il caresse, et Dieu seul sait pourquoi ;
Sa vague, où l’on entend comme des chocs d’armures,
Emplit la sombre nuit de monstrueux murmures,
Et l’on sent que ce flot, comme toi, gouffre humain,
Ayant rugi ce soir, dévorera demain.
Son onde est une lame aussi bien que le glaive ;
Il chante un hymne immense à Vénus qui se lève ;
Sa rondeur formidable, azur universel,
Accepte en son miroir tous les astres du ciel ;
Il a la force rude et la grâce superbe ;
Il déracine un roc, il épargne un brin d’herbe ;
Il jette comme toi l’écume aux fiers sommets,
Ô peuple ; seulement, lui, ne trompe jamais
Quand, l’œil fixe, et debout sur sa grève sacrée,
Et pensif, on attend l’heure de sa marée.

Les châtiments (1853).
Carte d’Europe.
Des sabres sont partout posés sur les provinces.
L’autel ment. On entend ceux qu’on nomme les princes
Jurer, d’un front tranquille et sans baisser les yeux,
De faux serpents qui font, tant ils navrent les âmes,
Tant ils sont monstrueux, effroyables, infâmes,
Remuer le tonnerre endormi dans les cieux.

Les soldats ont fouetté des femmes dans les rues.
Où sont la liberté, la vertu ? Disparues !
Dans l’exil ! Dans l’horreur des pontons étouffants !
Ô nations ! Où sont vos âmes les plus belles ?
Le boulet, c’est trop peu contre de tels rebelles
Haynau dans les canons met des têtes d’enfants.

Peuple russe, tremblant et morne, tu chemines,
Serf à Saint-Pétersbourg, ou forçat dans les mines.
Le pôle est pour ton maître un cachot vaste et noir ;
Russie et Sibérie, ô czar ! Tyran ! Vampire !
Ce sont les deux moitiés de ton funèbre empire ;
L’une est l’oppression, l’autre est le Désespoir.

Les supplices d’Ancône emplissent les murailles.
Le pape Mastaï fusille ses ouailles ;
Il pose là l’hostie et commande le feu.
Simoncelli périt le premier ; tous les autres
Le suivent sans pâlir, tribuns, soldats, apôtres ;
Ils meurent, et s’en vont parler du prêtre à Dieu.

Saint-Père, sur tes mains laisse tomber tes manches !
Saint-Père, on voit du sang à tes sandales blanches !
Borgia te sourit, le pape empoisonneur.
Combien sont morts ? Combien mourront ? Qui sait le nombre ?
Ce qui mène aujourd’hui votre troupeau dans l’ombre,
Ce n’est pas le berger, c’est le boucher, Seigneur !

Italie ! Allemagne ! Ô Sicile ! Ô Hongrie !
Europe, aïeule en pleurs, de misère amaigrie,
Vos meilleurs fils sont morts ; l’honneur sombre est absent.
Au midi l’échafaud, au nord un ossuaire.
La lune chaque nuit se lève en un suaire,
Le soleil chaque soir se couche dans du sang.

Sur les français vaincus un Saint-Office pèse.
Un brigand les égorge, et dit : je les apaise.
Paris lave à genoux le sang qui l’inonda ;
La France garrottée assiste à l’hécatombe.
Par les pleurs, par les cris, réveillés dans la tombe,
— Bien ! dit Laubardemont ; — Va ! dit Torquemada.

Batthyani, Sandor, Poërio, victimes !
Pour le peuple et le droit en vain nous combattîmes.
Baudin tombe, agitant son écharpe en lambeau.
Pleurez dans les forêts, pleurez sur les montagnes !
Où Dieu mit des édens les rois mettent des bagnes
Venise est une chiourme et Naples est un tombeau.

Le gibet sur Arad ! Le gibet sur Palerme !
La corde à ces héros qui levaient d’un bras ferme
Leur drapeau libre et fier devant les rois tremblants !
Tandis qu’on va sacrer l’empereur Schinderhannes,
Martyrs, la pluie à flots ruisselle sur vos crânes,
Et le bec des corbeaux fouillé vos yeux sanglants.

Avenir ! Avenir ! Voici que tout s’écroule !
Les pâles rois ont fui, la mer vient, le flot roule,
Peuples ! Le clairon sonne aux quatre coins du ciel ;
Quelle fuite effrayante et sombre ! Les armées
S’en vont dans la tempête en cendres enflammées,
L’épouvante se lève. — Allons, dit l’Eternel !

L’idée de l’Europe
Textes de Victor Hugo
(1802-1885)

Congrès de la paix
21 août 1849

« Messieurs, si quelqu’un, il y quatre siècles, à l’époque où la guerre existait de commune à commune, de ville à ville, de province à province, si quelqu’un eût dit à la Lorraine, à la Picardie, à la Normandie, à la Bretagne, à l’Auvergne, à la Provence, au Dauphiné, à la Bourgogne: Un jour viendra où vous ne vous ferez plus la guerre, un jour viendra où vous ne lèverez plus d’hommes d’armes les uns contre les autres, un jour viendra où l’on ne dira plus : – Les normands ont attaqué les picards, les lorrains ont repoussé les bourguignons.

Vous aurez bien encore des différends à régler, des intérêts à débattre, des contestations à résoudre, mais savez-vous ce que vous mettrez à la place des hommes d’armes ?
Savez-vous ce que vous mettrez à la place des gens de pied et de cheval, des canons, des fauconneaux, des lances, des piques, des épées ? Vous mettrez une petite boîte de sapin que vous appellerez l’urne du scrutin, et de cette boîte il sortira, quoi ? Une assemblée ! Une assemblée en laquelle vous vous sentirez tous vivre, une assemblée qui sera comme votre âme à tous, un concile souverain et populaire qui décidera, qui jugera, qui résoudra tout en loi, qui fera tomber le glaive de toutes les mains et surgir la justice dans tous les cœurs, qui dira à chacun: Là finit ton droit, ici commence ton devoir. Bas les armes ! vivez en paix !
Ce jour-là, vous ne serez plus des peuplades enne¬mies, vous serez un peuple; vous ne serez plus la Bourgogne, la Normandie, la Bretagne, la Provence, vous serez la France.
Si quelqu’un eût dit cela à cette époque, messieurs, tous les hommes positifs, tous les gens sérieux, tous, les grands politiques d’alors se fussent écriés :
Que voilà une étrange folie et une absurde chimère ! – Messieurs, le temps a marché et cette chimère, c’est la réalité.
Eh bien ! vous dites aujourd’hui, et je suis de ceux qui disent avec vous, tous, nous qui sommes ici, nous disons à la France, à l’Angleterre, à la Prusse, à l’Autriche, à l’Espagne, à l’Italie, à la Russie, nous leur disons: Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, à vous aussi !
Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne, absolument comme la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne, la Lorraine, l’Alsace, toutes nos provinces, se sont fondues dans la France.

Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant au commerce et les esprits s’ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes, par le suffrage universel des peuples, par le vénérable arbitrage d’un grand Sénat souverain qui sera à l’Europe ce que le parlement est à l’Angleterre, ce que la diète est à l’Allemagne, ce que l’Assemblée législative est à la France !

Un jour viendra où l’on montrera un canon dans les musées comme on y montre aujourd’hui un instrument de torture, en s’étonnant que cela ait pu être ! Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les États-Unis d’Amérique, les États-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies.
Et ce jour-là, il ne faudra pas quatre cents ans pour l’amener, car nous vivons dans un temps rapide, nous vivons dans le, courant d’événements et d’idées le plus impétueux qui ait encore entraîné les peuples, et, à l’époque où nous sommes, une année fait parfois l’ouvrage d’un siècle.
Dans notre vieille Europe, l’Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire, elle a dit aux peuples : Vous êtes libre. La France a fait le second pas et elle a dit aux peuples: Vous êtes souverains. Maintenant faisons le troisième pas, et tous ensemble, France Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères ! »
Avant l’exil. Congrès de la paix,
21 août 1849.

_________________________________________________
Jersey

« Citoyens, du fond de cette adversité où nous sommes encore, envoyons une acclamation à l’avenir. Saluons, au-delà de toutes ces convulsions et de toutes ces guerres, saluons l’aube bénie des États-Unis d’Europe !

Oh ! Ce sera là une réalisation splendide ! Plus de frontières, plus de douanes, plus de guerres, plus d’armées, plus de prolétariat, plus d’ignorance, plus de misère; toutes les exploitations coupables supprimées, toutes les usurpations abolies ; la richesse décuplée, le problème du bien-être résolu par la science; le travail, droit et devoir; la concorde entre les peuples, l’amour entre les hommes ; la pénalité résorbée par l’éducation; le glaive brisé comme le sabre; tous les droits proclamés et mis hors d’atteinte, le droit de l’homme à la souveraineté, le droit de la femme à l’égalité, le droit de l’enfant à la lumière ; la pensée, moteur unique, la matière, esclave unique; le gouvernement résultant de la superposition des lois de la société aux lois de la nature, c’est-à-dire pas d’autre gouvernement que le droit de l’Homme ; – voilà ce que sera l’Europe demain peut-être, citoyens, et ce tableau qui vous fait tressaillir de joie n’est qu’une ébauche tronquée et rapide.

Proscrits, bénissons nos pères dans leurs tombes, bénissons ces dates glorieuses qui rayonnent sur ces murailles, bénissons la sainte marche des idées. Le passé appartient aux princes ; il s’appelle Barbarie ; l’avenir appartient aux peuples ; il s’appelle Humanité ! »
Pendant l’exil. Vingt-troisième anniversaire de la révolution polonaise,
29 novembre 1853

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