Pour une critique raisonnée du catalogue irraisonné du livre de Pascal Boniface

 

« Les animaux malades de la peste »

«Un mal qui répand la terreur
mais que le ciel en sa fureur
inventa pour punir les crimes de la terre
la peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom)
capable d’enrichir l’Achéron
faisait aux animaux la guerre
ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. »1

«L’écrivain français, qui il y a quelques semaines proclamait Tito « un monument de la conscience humaine » sortait peut-être de l’Eglise stalinienne mais non de la confusion mentale ! » 2

Ecrite par Raymond Aron, il y a bientôt 60 ans, cette phrase – reconnaissons-le volontiers- assassine, mais cependant non point injuste, pourrait s’appliquer en changeant quelques mots au livre – disons-le tout de suite- nauséabond de Pascal Boniface.

La thèse centrale qu’il distille tout au long de son livre est la suivante : les juifs de France et leurs instances communautaires privilégient et subsument tous les combats y compris celui de la lutte contre l’antisémitisme devant la défense de l’État d’Israël. Accessoirement surgissent au coin du bois, et en passant, quelques contre-vérités contre Israël et sa politique.

Ainsi, la défense de l’État d’Israël phagocyterait toutes les luttes y compris la défense des valeurs républicaines universelles ; l’antisémitisme en étant une composante.

Notre intention est de démontrer la fausseté de cette assertion qui gambade constamment à travers son livre. Nous tâcherons donc de débusquer le caractère fielleux, erroné, mensonger et le parti pris qui transpirent à chaque ligne.
Nous prions le lecteur de bien vouloir nous excuser du caractère fastidieux et répétitif de cet exercice.
Mais à la limite ce n’est pas seulement ou tellement cette fausseté per se qui pose problème.

Ce qui pose problème c’est : d’une part une méconnaissance du fonctionnement normal des communautés minoritaires dans toutes les démocraties, (ce qui est gênant pour un scientifique épris de géopolitique et de connaissances footballistiques) et d’autre part les clichés et les poncifs les plus éculés et les plus triviaux.
Poncifs qui renvoient à ceux employés par les régimes les plus barbares. À cette fin, Boniface n’hésite pas à charrier en grand arroi, sous-entendus, erreurs, omissions, exagérations et mensonges.
Pour corser et donner du goût à ce plat, si peu délicatement et subtilement épicé, quoi de plus naturel que de mêler de temps à autre quelques vérités approximatives.
Ô tempora Ô mores !
Cette technique prend sa source depuis l’Antiquité. Elle a atteint son paroxysme sous les sinistres férules de Vichinsky et Goebbels ! Loin de nous l’idée d’affilier Boniface à ce bas lignage !
Nous disons- simplement- que sa méthode d’analyse rappelle ces sombres parentèles.

A une collusion irréfragable de la communauté juive avec l’État d’Israël, il collige une unanimité sans faille de cette même communauté.
Il ne lui reste plus qu’à boucler la boucle : la communauté juive formerait un corps étranger au sein de la Nation Française.

Et pour être sûr que la boucle se referme sur son piège (grossier et petit), fleurissent, de-ci delà, les épines non des roses mais de cactus. La communauté juive française serait à tout le moins responsable du prurit antisémite.
Voire elle le rechercherait et l’enracinerait telle une digue insubmersible protégeant Israël. Dont acte !
Après tout, n’est-ce pas le Docteur Kissinger qui disait que même les paranos ont des ennemis !

Toute société repose sur le triptyque hérité des grecs : Mythos, Logos, Nomos. Des lors que le Mythos est sciemment tronqué, le Logos dévale le précipice de toutes les dérives.
Chez Boniface tout dérape ab urbe condita ! Son titre vaut à lui seul programme ! « La France malade du conflit israélo-palestinien ! »
Dans le Robert, le mot malade signifie : dont la santé est altérée. L’on eût pu croire que « malade » qualifie les mots et Israélien et Palestinien.
Il n’en est rien. Les flèches qu’il décoche à longueur de pages ne concernent que la communauté juive, les instances communautaires juives, Israël et les intellectuels juifs.

Cibles de choix, il se délecte de « l’inévitable » Finkielkraut et « du séide du Bétar » Frédéric Encel.
À tous seigneurs, tous honneurs !
À croire qu’il n’y a pas d’intellectuels musulmans dignes de son attention.

Dès lors les dés pipés sont lancés et ne s’arrêteront pas de rouler dans leur grotesque et sordide mascarade.
Le mot « malade » est en rouge, le reste du titre est en bleu. Accordons à Boniface le fait qu’il maîtrise à la perfection les codes des couleurs. Si le rouge signifie danger, le bleu signifie le caractère noble. Il ne manquait plus que le jaune dans le titre !

Il existe une théorie statistique ; lorsqu’un très grand nombre de points se trouve dans un intervalle donné, il y a de fortes chances pour qu’un point supplémentaire se retrouve dans cet intervalle. Notre propos sera de localiser cette théorie de points dans cet ostinato si peu subtil.

Il peut être parfaitement louable, voire honorable, de témoigner et manifester sa solidarité avec la cause palestinienne. Il peut également être parfaitement possible de ne pas être en empathie avec les instances communautaires juives sans être taxé pour autant – d’antisémitisme voire d’antisionisme.

Il peut être également parfaitement estimable d’afficher une solidarité plus forte avec la communauté musulmane qu’avec la communauté juive.


Il peut également être tout aussi légitime de choisir la cause palestinienne plutôt que la cause israélienne et nous nous garderons bien quant à nous de stigmatiser ces sentiments, à condition !

À condition toutefois de tenir que l’attitude inverse est tout aussi digne d’exister. Ajoutons enfin que l’on peut considérer et comprendre tout uniment chaque communauté et le respect des deux parties au conflit.

Visiblement ce n’est point le cas de Pascal Boniface, à rebours des mêmes intellectuels qu’il vitupère et qui eux savent faire montre, à longueur d’articles, de mesure et d’analyse raisonnée.

Toutefois lorsque l’on hypertrophie jusqu’à l’outrance tous les éléments d’une position, lorsque l’on nie le droit le plus élémentaire de l’autre, lorsque l’on cannibalise tous les aspects positifs de la position de celui que l’on dénigre, cela porte un nom.
Lors que l’on quitte le champ de l’analyse et que l’on sort de la dispute intellectuelle alors cela relève de la diatribe.
Lors que cette diatribe devient violente et fausse on tombe dans l’invective.
Afficher systématiquement une telle inclination, utiliser dogmatiquement des arguments tronqués porte un nom : la désinformation.

Historiquement la désinformation est le prélude à la vindicte populaire. La désinformation n’a point pour objectif la saine controverse intellectuelle. Tel un brise-glace elle a pour but la négation et la réduction de l’autre.

Phénomène vieux comme le monde avec l’Ostrakhon chez les grecs. Elle atteint son acmé dans ces modèles de démocratie que furent le communisme et le nazisme.
Pour que les choses soient parfaitement claires, nous nous garderons bien d’inscrire Boniface dans ces familles politiques.
Pour autant il est légitime de s’interroger sur les buts réels, sur les motivations profondes de Boniface dès lors qu’il utilise les mêmes procédés. Agiter de telles muletas n’est ni innocent, et surtout n’est ni empreint d’une démarche universitaire, comme cela transpire pratiquement à chaque ligne de ce livre.

Osons le dire, exsuder le poison de la haine est finalement le signe d’une indigence intellectuelle, d’un manque de confiance et de la trivialité la plus vulgaire.

Au bal des poncifs Boniface commence avec un en guise de remerciement :
« Pour que Adrien, Corentin et Maxime puissent continuer à avoir des amis juifs, arabes, et musulmans. »
Le groupe de mots importants, est « puissent continuer » ce qui sous-tend que cette possibilité est désormais menacée. » Et menacée par qui ?

Lecteur ne cherchez pas trop. !
La réponse est obvie. Au jeu du mot qui manque, juifs, musulmans, arabes, Boniface aurait-il omis de rajouter « israéliens ».
Gageons qu’il s’agit là d’un simple oubli.
Gageons qu’il aura à cœur d’y remédier lors d’une prochaine réédition. Lecteur, pardonnez à un indéracinable amoureux de la culture occidentale de rapporter ce délicieux mot de Churchill : George Bernard Shaw lui envoya un jour deux billets pour la première d’une pièce de théâtre. « Monsieur Churchill, je vous envoie deux billets : un pour vous et un pour un ami si toutefois vous avez un ami. Et Churchill de lui répondre « désolé de ne pouvoir assister à la première. Assisterai à la deuxième représentation si toutefois il y a une deuxième représentation » !

Page 10
Dans son réquisitoire sourd, lourd et gourd, l’auteur cherche à faire accroire qu’il y aurait une omerta sur ses livres auprès des éditeurs. Pour autant s’il a essuyé 7 refus avant de publier chez Robert Laffont (éditeur ésotérique s’il en est !) « Est-il permis de critiquer Israël », il l’a publié.

Il signale ensuite qu’il ne peut publier chez le même éditeur un de ses autres livres. Outre le fait que c’est le cas de nombreux auteurs, est-ce à dire que Boniface dispose d’un droit régalien et comminatoire de publication ?

Ce refus de publication interviendrait au motif que son livre ne serait pas assez grand public. S’il ne l’est pas, c’est donc que la question israélienne n’est pas si grand public que cela ; ce que laisse d’ailleurs supposer le dernier sondage IFOP indiquant que plus de 60 % des Français n’ont pas de préférence et sont indifférents à ce conflit.

Donc si ce conflit n’empêche pas les Français (et c’est fort heureux ainsi) de dormir, c’est donc que la France n’est pas si malade que cela du conflit israélo-palestinien.
Quant à son titre « Est-il permis de critiquer Israël » cela prouve simplement que Pascal Boniface à une constance certaine dans ses idées, et dans son imaginaire.
Boniface va donc essayer d’emmener doucement et subrepticement le lecteur dans sa pseudo démonstration.

Cela commence sotto voce pour terminer en allegro vivace. Nous nous proposons donc de démonter chaque gond, chaque huis de chaque porte à chaque page.
De l’exagération la plus anodine au procédé le plus éhonté pour enraciner ce qui relève non d’une théorie mais d’un fantasme.
Le fantasme d’un corps étranger qui n’hésite pas à utiliser jusqu’au souvenir de la Shoah dans la lutte non pas contre l’antisémitisme mais dans le soutien inconditionnel des positions mêmes les plus extrêmes de l’État d’Israël.

Page 27
« On peut comprendre que les jeunes juifs n’ont pas envie d’avoir des amis antisémites. Mais doivent-ils exiger de leurs camarades une absence de toute critique des politiques israéliennes pour entretenir une relation ? »

Battons notre coulpe. Oui nous pouvons comprendre et avouer que de jeunes juifs ne débordent pas d’envie d’avoir des amis antisémites. Quoi de plus normal !
Et il n’est pas non plus nécessaire d’être un marxiste invétéré- adepte de la lutte des classes- pour l’accepter.
En principe, si l’amitié scelle des relations non pas gémellaires, elle n’a pas pour but de les entretenir entre des individus dont l’un vous l’autre aux gémonies.
Cette phrase est tellement idiote qu’elle ne peut avoir d’autre but que de faire passer toute personne qui n’a pas vocation naturelle au syndrome de Stockholm pour un affreux béotien rétrograde.
Aucun intellectuel ou responsable communautaire juif n’a exigé l’absence de toute critique de la politique israélienne. Ne serait-ce que parce que les liens entre les communautés musulmanes et juives sont beaucoup plus forts que semble l’ignorer Pascal Boniface.

Il est désormais fréquent que lors d’un attentat ou incident raciste visant l’une des communautés, les dirigeants de l’autre communauté n’en viennent à manifester leur soutien, et ce, nonobstant les dissensus d’opinions bien normaux.

Ensuite parce que les juifs et leurs instances communautaires sont représentés tout à la fois dans l’ensemble des paysages politiques français et israélien. Certes en période paroxystique des sympathies peuvent se montrer plus démonstratives.
Quoi de plus normal ! Et en quoi cela diffère-t-il fondamentalement de tout groupe de pression, parlementaire ou non ?
En somme pour Boniface il n’y aurait- ab absurdo- de bonne communauté juive que de communauté critique.

Je critique donc je suis ! On rappellera à cet égard que Giscard que l’on a pourtant connu plus avisé, fut le seul dirigeant occidental à critiquer les accords Begin-Sadate.

« L’antisémitisme n’a jamais été aussi faible ».
Coulons-nous (avec moult difficultés) dans son raisonnement. Si l’antisémitisme n’a jamais été aussi faible, il n’y a plus guère de raison, pour la communauté juive de crier au loup.
Et dès lors que cette communauté crierait au loup c’est donc que les motivations principales résident ailleurs. Et cet ailleurs on l’aura compris, c’est Israël qui impose son diktat idéologique à la diaspora française.

Il n’aura pas échappé à Pascal Boniface- le célèbre spécialiste de géopolitique- qu’il existe quelques menues différences entre un Netanyahou et un Ehud Barak. Pour avoir suivi les lignes de fracture des gouvernements israéliens, cette communauté était fortement divisée. Et si elle ne l’était pas pourquoi n’avoir point salué son soutien à Barak puisque Boniface réclame à cors et à cris que cette communauté le fasse.

De façon parfaitement asymétrique, Alexandre Dugin, conseiller de Vladimir Poutine, a pu ainsi déclarer : « Il y a deux catégories de juifs. Les bons sont en Israël, les mauvais en Russie. »
« L’antisémitisme n’a jamais été aussi faible. »
Oui et non.

Oui Boniface a raison au niveau des pouvoirs publics.
Et oui et non au niveau de la population.
Oui dans l’immense majorité de la population française. Et non dans une infime minorité de la population.

Pour autant Boniface ne s’arrête pas en aussi bon chemin. L’antisémitisme n’ayant jamais été aussi faible, les juifs engoncés dans leur attitude, risqueraient de déclencher l’ire populaire contre eux. En somme ce sont les juifs eux-mêmes, qui créeraient l’antisémitisme.

Ce qui toutefois semble curieux, c’est que s’il s’agit d’une infime minorité Boniface ne daigne point exercer son regard critique à son égard. Preuve de sa soi-disant bonne foi, il va même comme des personnes qui témoignent de leur « non- antisémitisme » dire qu’il a des amis juifs ! Statistiquement son raisonnement est impeccable !

Page 28

« Ce lien est différent de celui que peuvent avoir les Français d’origine étrangère avec leur pays de racine. »
Exact il ne semble pas que des juifs aient brandi un drapeau israélien voire algérien dans un stade où est sifflée la Marseillaise.
Oui le lien est différent. Est-il nécessaire d’apprendre ou de rappeler à notre distingué auteur que dans toutes les synagogues de France et de Navarre, l’on récite le samedi une prière pour la République Française et la protection divine pour les soldats français engagés sur tous les théâtres d’opérations.
Bizarre pour une communauté dont Boniface stigmatise et pourfend le lien privilégié à Israël ayant préséance sur la France.
Mais peut-être s’agit-il d’un simple oubli !

Page 29
« Le premier, ne pas tomber dans l’enchaînement de la haine, ne pas donner raison aux plus acharnés de mes adversaires, bref ne pas verser dans l’antisémitisme, quelque soit l’ampleur des attaques. »
Toujours dans cette même veine, l’auteur drapé dans son irénisme a des adversaires acharnés et il déplore l’antisémitisme de certains qui ne serait que la résultante de l’attitude extrémiste de la paranoïa des instances communautaires.
La démonstration se veut irréprochable !
Ne pas donner raison à l’antisémitisme, mais pour autant lorsque celui-ci se découvre il n’est pas responsable ; il a été simplement provoqué ! Le postulat de Boniface est fort simple voire simplissime. L’on se demande pourquoi l’on n’y avait pas pensé auparavant !
Nous vient à l’esprit un discours célèbre, dans lequel Goebbels demandait aux juifs de prendre garde le jour où le peuple allemand se réveillerait.

Si juif égale Israël ou vice et versa, l’on ne peut s’attaquer à l’un sans attaquer l’autre. Tenir un propos anti israélien, licence de chasse accordée à l’antisémitisme ! Boniface veut oublier que la menace vaut agression. Et que ne pas l’oublier relève de la paranoïa.
Sauf que nous savons depuis Pasteur que la génération spontanée n’existe pas. Et que malheureusement pour le débat les lignes fractales sont fluctuantes et poreuses.

Même si pensons comme l’a souvent affirmé Jean-Yves Camus que l’on peut être antisioniste, voire a-sioniste ou anti-israélien sans être pour autant antisémite.
C’est également l’opinion d’une partie de la communauté juive sauf quelques cas isolés qui relèvent de la paranoïa.
Pour autant poussée à l’extrême cette position n’est ni évidente ni anodine. Mais là n’est point le propos de notre article.


Notre propos est de s’interroger quant aux intentions– innocentes ou malignes – ne change guère la dialectique de Boniface de vouloir enraciner son fantasme dans le débat.

Car si les Français venaient à être pénétrés de cette idée- fausse- cela reviendrait à lâcher la meute de la vindicte populaire contre un corps soi-disant étranger.
D’où vient ce propos surgi ex nihilo -sinon depuis la nuit des temps- à tout le moins depuis 1948.
Nous sommes fiers et heureux d’annoncer que grâce à Pascal Boniface la génération spontanée existe !

Pages 40 et 41

Arguant d’un sondage réalisé en 2003 par l’Union Européenne qui établit qu’Israël est l’état du monde qui menace le plus la paix dans le monde, devançant les USA l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et l’Arabie Saoudite. ( sic)

Boniface s’étonne que le centre Wiesenthal s’en étonne. Rappelons à Boniface que les questions de ce sondage n’étaient pas forcément bien posées et affirmer que les USA et Israël sont les deux états les plus bellicistes relève d’Ubu roi. Les bacchantes de Saddam Hussein et Assad père et fils en rient encore !
Quant à l’Arabie Saoudite on ne l’a pas beaucoup vu à part la guerre du Golfe dans les théâtres d’opérations.
Ainsi donc, s’indigner de ce qui relève du n’importe quoi fait que l’on crie au loup antisémite. Dans un numéro de grand équilibriste, Boniface signale que paradoxalement l’antisémitisme est plus fort dans les pays de l’Est qu’en Europe de l’Ouest.
Qu’il nous soit permis de rappeler à Boniface que les pays de l’Est n’ont point été touchés ni par Voltaire ni par Condorcet.

Je désinforme donc je suis semble être la marque de fabrique de Boniface. Dès lors que la préparation d’artillerie lourde a été lancée, il suffit alors de simples rafales de Kalachnikov.
On balaye large et sans objectifs précis mais l’on touche à tous les coups.

Après avoir relevé que les instances communautaires exerceraient une dictature sur les médias et les hommes politiques, Boniface informe le lecteur que le chef de la diplomatie italienne a édulcoré les résultats de ce sondage car ne reflétant point la position de l’Union Européenne.
Mais, sauf à vivre en démoscopie, cela tombe sous le sens.

Pour autant, lecteur ne cherchez point trop longtemps qui avait intérêt à faire pression.
Et comme en matière de désinformation le plus invraisemblable- parce que précisément invraisemblable- est l’ami du bien, Boniface pousse la comparaison avec un spécialiste reconnu de la désinformation d’un des pays les plus dictatoriaux : Bertolt Brecht.
(Saluons au passage le fait que Mitterrand a éprouvé le besoin d’une virée touristique dans ce pays alors que les Allemands de l’Est scandaient déjà « wir sind ein Volk » et non plus « wir sind das Volk ». « Nous sommes un peuple et non plus nous sommes le peuple ») Souris bon Dieu, Walter ! Les vopos ont disparu, tu ne crains plus rien !

Quoi de plus efficace que d’assimiler un État démocratique et une population pacifique à un des états les plus totalitaires. Rappelons au sieur Boniface que l’Union Européenne, digne et fière héritière de l’Ethique à Nicomaque, a peu à voir avec l’idéologie bolchevique.

Rappelons également à Boniface que la phrase exacte de Bertolt Brecht – grand démocrate devant l’Eternel – est « puisque le peuple vote contre le gouvernement il faut dissoudre le peuple. »

Ce qui n’est pas tout à fait la même chose que la citation rapportée par Boniface.

Page 42

Boniface cite Enzo Traverso « En ce début de XXI siècle, c’est la mémoire de l’Holocauste qui remplit d’une religion civile globale. « Selon lui l’antisémitisme est aujourd’hui « la survivance d’un phénomène dont le déclin est évident… Ses manifestations sont limitées, épisodiques et suscitent le scandale précisément car elles heurtent une sensibilité diffuse qui n’accepte plus ce préjugé. Enraciné, virulent et néanmoins tenu pour respectable jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le langage antisémite a perdu toute légitimité. Cette mutation est intervenue suite à l’Holocauste, un tournant qui a brisé la continuité de l’histoire européenne mais aussi de l’antisémitisme. L’intégration de la Shoah dans la conscience historique de l’Europe a rendu ce discours intolérable. »

En somme l’antisémitisme aurait disparu par manque de légitimité. Que Monsieur Boniface nous autorise l’impertinence de lui rappeler que si le caractère illégitime empêche et la chose et son côté pernicieux c’est tout récent !
Que le géopoliticien nous permette de lui citer Bossuet « Ils ont peur du mot mais pas de la chose » « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »

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Avançons dans la lecture. Boniface emprunte au bolchevisme ce qu’il avait de plus raffiné ou de plus mortifère ; c’est selon.
En droit français un juge d’instruction (sauf peut-être les apprentis calligraphes du mur des cons) instruit à charge et à décharge.
Il ne semble pas que cela soit le cas chez Boniface. Chez lui la charge est vulgaire !
Quoi de plus ingénu en effet que de prendre un israélien – on ne peut plus généreux de ses critiques et sous-entendus – contre Israël. Peu importe que Shlomo Sands et ses amis tiendraient tous ensemble dans une cabine téléphonique. C’est dire l’importance numérique qu’il représente.
Peu importe car il suffit de distiller un climat.
Dans son réquisitoire, Boniface mentionne Dieudonné comme une simple affaire. Pas un mot de critique à son encontre. Pourtant Boniface ne nous avait point habitué à un tel irénisme.
Ou alors Monsieur Boniface serait-il de parti pris ? Lecteur ne croyez pas un mot de notre persiflage !
Nous vient à l’esprit cette citation dont nous avons oublié l’auteur. « Il faut beaucoup l’aimer pour en supporter les écarts. »

Pour autant nous rejoignons bien volontiers Pascal Boniface lorsqu’il dit que la société française est de moins en moins antisémite. Cela n’est ni faux ni contradictoire avec son propos.
Et cela n’exclut ni les marges ni à la marge la diabolisation d’Israël pouvant aller jusqu’à un substitut d’antisémitisme.
En somme Boniface reproche à la communauté juive de pousser des cris d’orfraie lorsqu’elle est agressée.
En somme c’est la personne violée qui est responsable de son viol.
En somme c’est la personne volée, car possédant une belle maison qui est responsable de son vol.
Les agresseurs sont innocents car les victimes sont par définition des victimes expiatoires !

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Outre que la théorie centrale de Boniface est sociologiquement et idéologiquement erronée elle est fausse quant au niveau géopolitique, ce qui est plus grave dans son cas.
D’abord parce que nous savons en tout cas depuis le télégramme d’ Eyre Crowe expliquant le déclenchement des hostilités de la première guerre mondiale que la perception du danger vaut danger.

L’on conseillera donc utilement à Pascal Boniface de relire attentivement la théorie du dilemme de la sécurité de Robert Jervis. La perception de l’antisémitisme est en effet sinon aussi importante à tout le moins presque aussi importante que l’antisémitisme.
Surtout lorsque l’histoire est si prégnante dans la mémoire d’un peuple comme le rappelle si justement et si bellement Bruno Le Maire dans son superbe livre « Sans mémoire, le présent se vide »

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« Ces trois éléments apparemment contradictoires (diminution de l’antisémitisme, perception inversée de cette réalité, dégradation de l’image d’Israël…) En créant une confusion entre antisémitisme, antisionisme et critique du gouvernement israélien pour créer un effet dissuasif afin de limiter la dénonciation des actions du gouvernement israélien. Paradoxalement, plus faible est l’antisémitisme, plus forte est la portée de sa dénonciation. »

Pour Boniface les juifs sont davantage ou tellement concernés voire obnubilés par Israël que pour compenser la dégradation de la représentation d’Israël dans l’opinion publique on n’hésite pas à sortir des limbes l’hydre antisémite.

Pour autant Pascal Boniface ne s’émeut guère du lien unissant les chassepots au Vatican sous Napoléon III. Au risque de nous répéter – mais visiblement la répétition itérative et roborative participe de sa démonstration – Boniface se faisant prend le risque de stigmatiser une communauté et de la décrire telle une cinquième colonne.

La communauté juive française, comme d’ailleurs très probablement toutes les communautés juives – a toujours été partagée et en son vote et dans l’échiquier politique national. On ne tordra jamais assez le cou à l’idée stupide d’un vote juif à l’échelon national.

Tout au plus existe-t-il dans le XVIe arrondissement et à Sarcelles. Mais l’on comprend dans ces deux cas l’importance d’intérêts sectoriels. Toutes les études montrent que l’antisémitisme est certes aujourd’hui son souci principal mais immédiatement après elle vote- comme tout un chacun- selon des centres d’intérêts catégoriels, culturels ou professionnels.

Le phénomène n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel. Il en va de même aux USA. Reagan qui demeure le président le plus pro-israélien, n’a pas fait le plein des voix juives. Quant à Obama, lequel n’a en rien édulcoré ou émoussé le soutien américain à Israël dans les faits, et qui ne passe pas pour un soutien inconditionnel du gouvernement israélien – a vu les voix de la communauté juive se porter à 78 % sur lui lors de sa réélection.

Page 76

« L’inévitable Hassan Chalghoumi » Jean-Yves Camus, Frédéric Encel, Marek Halter, Dominique Reynié et Antoine Sfeir.
Que l’on nous permette de citer La Fontaine.

« Le lion tient conseil et dit : Mes chers amis,
je crois que le ciel a permis
pour nos péchés cette infortune.
Que le plus coupable d’entre nous
se sacrifie aux traits du céleste courroux
peut-être obtiendra-t-il la guérison commune. »3

Le talent de La Fontaine ayant déserté la plume de Boniface, ce dernier atteint les sommets de la désinformation et de la goujaterie. Qualifier l’imam Hassan Chalghoumi « d’inévitable », en l’associant à ses cibles de choix
Frédéric Encel, Jean-Yves Camus, l’inévitable Finkielkraut, Marek Halter Dominique Reynié est tout sauf neutre.
Ce parrainage à son ramage, dénote le mépris que porte Boniface à un Imam qui parce qu’il a eu le courage de parler vrai, bénéficie d’une protection policière afin de le protéger des menaces de mort.
En somme pour Boniface, cet homme courageux et lucide, est qualifié d’inévitable et à la solde des instances communautaires juives.
Quand bien même– et pour l’avoir entendu – il n’épouse pas forcément la totalité du point de vue israélien.
En somme ce n’est pas un groupuscule extrémiste qui est responsable, et qui partant, mérite la plume pourtant si facilement acerbe de Boniface, mais l’Imam qui a osé rompre le politiquement correct.
Et donc les instances communautaires juives réduites à utiliser les services d’un nouveau Quisling !

Page 80

« Nous vivons dans une société où des violences regrettables se déroulent, mais elles sont multiformes. La loi prévoit d’ailleurs des peines aggravées, si la violence commise a un caractère raciste ou antisémite. »

Il a raison. Il a raison !
Sauf que le taux des agressions antisémites et anti musulmanes augmente plus vite que le reste des violences dans la société française .Et pour autant nous considérons bien entendu, qu’un acte anti musulman est aussi grave qu’un acte antisémite.
Être choqué par les propos de Boniface n’entraîne pas nécessairement que tous les propos tenus par les responsables communautaires juifs soient tous frappés au coin du bon sens.

Page 110

Autre technique utilisée par Boniface, c’est la dévaluation compétitive.
Si il y a un racisme anti arabe ou anti musulman c’est donc que l’antisémitisme ne serait point aussi unique. Dès lors qu’il n’est pas unique, c’est donc que c’est un phénomène marginal. Et s’il est marginal cela signifie soit que les instances communautaires juives sont atteintes de schizophrénie paranoïaque soit qu’elles visent un autre but.

Lecteur ne cherchez pas trop loin : l’explication saute aux yeux. La dénonciation d’un antisémitisme fantasmagorique serait le dernier moyen de protéger Israël de toute critique.

Cerise (avariée) sur le gâteau (déjà abîmé) la communauté musulmane ne se plaint pas, elle, d’un esprit anti arabe ou anti musulman.
Elle n’est donc pas parano et n’a donc rien à cacher en Palestine.
Ni les tortures de civils, d’enfants, ni son manque de démocratie ni son génie architectural à construire des bases de roquettes au sein d’écoles ou hôpitaux.

Entendons-nous, il ne s’agit pas ici, d’exonérer Israël de toute responsabilité ou comportement hélas obligatoire et malheureux dans tout conflit. Là n’est pas le propos de cet article.
Il ne s’agit pas non plus d’occulter les propos de quelques plumitifs excités tels que Goldnadel ou Gurfinkiel – bizarrement peu accrochés par Boniface. (Il est d’ailleurs extrêmement surprenant que ce dernier réserve ses flèches à des universitaires parfaitement honnêtes tels que Dominique Moïsi ou Frédéric Encel.)

Mais de deux choses l’une : ou l’analyse scientifique de Boniface pèche par manque de rigueur – nul ne lui demande d’ailleurs d’être objectif ; qu’il soit simplement honnête – ou bien son analyse biaisée vise autre chose. Tertium non datur !

Pour autant il est, comme le dit Boniface et surtout Dominique Reynié dans son superbe livre parfaitement structuré, parfaitement documenté et parfaitement cortiqué qu’il est évidemment moins facile d’être arabe ou musulman en France qu’originaire de toutes les autres communautés. Néanmoins les types d’agressions dont ils sont victimes sont certes abjects mais différents des autres actes racistes.

Page 123

« Je lui ai indiqué (à Valls) ce que je pensais de Chalghoumi, et il n’a pas, mais pas du tout apprécié. Je n’oublie cependant pas qu’il a fait preuve de solidarité à mon égard lorsque le CRIF voulait m’isoler et me présenter comme infréquentable. »

Monsieur Le premier Ministre, nous partageons votre indignation ! On peut effectivement comprendre que vous n’ayez pas du tout apprécié les propos insidieux et fielleux de Boniface à l’encontre de Chalghoumi qu’il traite en bélître.

Ce que l’on ne comprend pas c’est que Boniface ne comprenne pas l’incompréhension de Valls.
Voilà un imam qui au péril de sa vie et de celle de ses enfants recherche le dialogue avec les autres communautés nationales.
Mais le directeur de l’IRIS, tel un Torquemada des temps modernes, nous replonge dans la bulle pontificale Vergentes in Senium. Ô tempora Ô mores !

Il y aurait donc de bons musulmans et de mauvais musulmans. Le mauvais musulman serait celui qui sans renier pour autant ni sa foi ni ses positions érige le dialogue en vertu cardinale.

Page 147

« On pourrait d’ailleurs rappeler avec ironie que Théodore Herzl, le promoteur du sionisme avait déclaré : « les antisémites seront nos amis les plus dévoués et les pays antisémites nos alliés. » « En effet, pour lui(Herzl) l’antisémitisme était un moteur puissant pour la création d’un État juif.Ces temps ne sont plus les mêmes.Oui indéniablement le rapport s’est inversé. »

On atteint ici le summum de l’analyse digne de la buvette d’un stade de foot de seconde division. Décontextualiser une citation, qui est peut-être exacte (accordons lui le bénéfice du doute – encore que nous avons relevé dans son livre des passages véritablement erronés) ; n’est sûrement pas la marque d’un scientifique.
Ainsi par exemple ses liens qu’il qualifie d’amicaux avec Richard Prasquier relèvent de son imagination. Pour Prasquier, dialoguer ne signifie pas forcément avoir des liens amicaux. Ceci nous a d’ailleurs été personnellement confirmé par ce dernier.

À cette aune idiote les juifs devraient remercier les nazis et les proclamer fondateurs honoris causa de l’État d’Israël.
À cette aune, Corvisart devrait être reconnaissant d’avoir eu à soigner tant de mutilations sur tant de champs de batailles.
À cette aune (toujours aussi idiote) la Croix-Rouge a une dette imprescriptible auprès des artilleurs du monde entier.
L’on pourrait continuer ce florilège stupide ad nauseam.
Nous espérons que le lecteur nous saura gré de ne point exagérer en ce sens.

Nous vient à l’esprit cette délicieuse phrase d’Abraham Lincoln : « Dieu devait aimer les hommes ordinaires puisqu’il en a tellement créé» !

« Nul doute, comme l’écrit Esther Benbassa que cette montée d’antisémitisme aussi blâmable soit-elle est directement liée à la politique israélienne. Ironie de l’histoire, ceux qui avaient fondé le mouvement sioniste l’avaient fait pour mettre les juifs d’Europe à l’abri de l’antisémitisme en créant pour eux un foyer national. »

Deux désinformations sinon rien ! Quoi de plus intéressant voire efficace, que de citer une femme qu’il assimile à une chercheuse de la communauté juive et qui comme par hasard la stigmatise. En outre elle a l’avantage de ne représenter qu’elle-même. Et encore !
Bornons-nous à constater à nouveau l’usage intensif, tronqué et donc malveillant du «deux poids deux mesures ».
Chalghoumi discrédité ; Benbassa encensée !

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« Confondre volontairement, antisémitisme, antisionisme, critique de l’action du gouvernement israélien est malhonnête intellectuellement et dangereux politiquement. »
Certes mais il est tout aussi malhonnête de faire accroire que les instances communautaires donnent dans ce piège.
Le faire accroire n’a qu’un seul but.
Pour autant et nous ne tombons pas nous-mêmes dans ce piège. Ces trois positions ont des parois à tout le moins poreuses ; les passerelles aisément franchissables dans les deux sens.

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Il est parfois difficile – si l’on ne connaît point le but sous-jacent qui sous-tend la démarche de Boniface – de suivre les méandres de sa pensée. Tantôt il stigmatise les intellectuels juifs d’épouser systématiquement la cause et toutes les positions d’Israël, tantôt il mentionne JCall (« appel des intellectuels juifs à la raison ») pour en minimiser l’importance.

Or il se trouve qu’un nombre conséquent de ces mêmes intellectuels, tant décriés par Boniface ont précisément signé cet appel. L’honnêteté intellectuelle- au moins- suggérait que Boniface le reconnaisse ; lui qui ne cesse de réclamer une telle attitude.
Boniface se sert au contraire du fait que Richard Pasquier, ancien Président du CRIF avait critiqué JCall. Mais là encore, si Boniface avait été intellectuellement honnête, il eût relevé le mot important de ce dernier lors du discours annuel du CRIF.

« Président d’un CRIF où les sensibilités sont diverses, je serais présomptueux de considérer que mes engagements personnels doivent prévaloir sur les choix de tel ou tel gouvernement israélien librement élu, soumis à la critique interne, respectant les règles démocratiques et jouissant d’un enviable soutien populaire. Israël est une démocratie… »
Tiens donc la communauté ne serait donc point monochrome !
Une fois de plus et puisque Boniface ne cesse de se répéter, nous nous répétons aussi, force est de constater l’axe principal de son développement : le dénigrement d’une communauté et d’une démocratie. Dénigrez, dénigrez il en restera toujours quelque chose !

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A propos de Stéphane Hessel : Il cite un journaliste israélien, Avi Retschild qui publie sur le site JssNews : « Hessel, il puait des bras, il pue le mort ! » « L’auteur(Retschild) nous explique » : « Je n’ai pas pour habitude de me réjouir de la mort de quelqu’un surtout quand il s’agit d’un vieillard malade tant au niveau physique que psychologique mais là franchement… C’est Stéphane Hessel ! Le mec qui puait le plus. Non pas des aisselles mais de ses doigts inquisiteurs à l’égard des juifs d’Israël. »

Disons-le tout de suite : les propos tenus par Avi Retschild sur JssNews sont non seulement scandaleux et immondes mais ils témoignent de la plus grande vulgarité. Ce qui est plus grave !
Ils émanent cependant d’un individu voire d’un groupuscule isolé et extrémiste.
Les propos du CRIF lors du décès de Hessel furent beaucoup plus pondérés.
Ajoutons également que le rapport à la réalité des faits entretenus par Hessel était du même ordre que ceux entretenus par Malraux dans sa guerre d’Espagne !

Mais si un journaliste juif publie de tels propos cela signifie pour Boniface que la haine est équitablement propagée et donc que la lutte contre l’antisémitisme n’a pas lieu d’être. Que si elle persiste, c’est tout simplement comme couverture visant à empêcher toute critique contre Israël.

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« Mais voilà Warschawski citoyen israélien, il est aussi un défenseur des droits des Palestiniens. Il critique le gouvernement israélien. Il préconise la paix entre les deux peuples. Il contribue donc à lutter contre l’antisémitisme. Mais comme il peut se montrer sévère avec le gouvernement israélien, il est diabolisé aux yeux du CRIF. La même chose pourrait être dite à propos de Rony Brauman, Edgar Morin, ou Esther Benbassa, ou autres figures intellectuelles juives populaires et respectées, pour les mêmes raisons. »

En somme les seuls « bons juifs » ou « bons Israéliens » sont ceux qui n’hésitent pas à lancer anathèmes ou attaques haineuses si possible. Pourquoi Boniface les porte-t-il à longueur de pages au pinacle et projette-t-il tant de haine rentrée envers Chalghoumi ?
Admiration là ; détestation ici ! Au nom de quoi ?

L’on eût pu s’attendre lorsque des hommes politiques israéliens tels que Sharon, Barak, Olmert, rejoints par des intellectuels ou universitaires tels que BHL, Finkielkraut, Dominique Moïsi, ou Frédéric Encel entreprennent qui des décisions allant dans le sens de la paix, qui des analyses, précises, mesurées étrangères, à l’invective ou à l’encensement, à ce que Boniface les salue.
Que nenni !
Il continue de déverser son fiel. À ce niveau de détestation cela relève de la psychanalyse.

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« Que deux ou trois excités aient pu crier « mort aux juifs » est possible, mais de même qu’on ne peut pas tenir le CRIF responsable des débordements lors des manifestations qu’ils organisent, ni le Parti communiste, ni les Verts ne sont responsables de la présence d’éléments par définition incontrôlés dans leur manifestation. »
Le lecteur appréciera, nous en sommes persuadés que la phrase « mort aux juifs » est un simple débordement !
L’on reconnaîtra l’utilité de la formule « est possible. » en fin de proposition. Péché véniel !
Décidément Boniface aime le style de La Fontaine !

L’on se permettra de conseiller au distingué géopoliticien de lire ou relire les enquêtes d’Hérodote. Il en fera son miel et comprendra ce que signifie une enquête sur le terrain. La mission d’un enseignant étant de transmettre à ses étudiants qu’il inscrive d’urgence Hérodote au programme de l’IRIS.

« Le reproche adressé par Richard Prasquier, c’est bien d’avoir participé à des manifestations protestant contre la politique israélienne et la guerre de Gaza. Dans cette affaire il a sacrifié la lutte contre l’antisémitisme à la protection de la politique du gouvernement israélien. Les Verts et le Parti communiste ont toujours combattu l’antisémitisme. Ils sont également régulièrement critiques de la politique des récents gouvernements israéliens (ils les soutenaient lorsque d’autres gouvernements mettaient en œuvre les accords d’Oslo). Si la lutte contre l’antisémitisme était la priorité, le CRIF ne se priverait pas d’alliés, il ne ferait pas le tri de cette façon. »

Soyons clairs. En démocratie, il est parfaitement louable d’exprimer jusque dans des manifestations toutes sortes d’opinions. Il y a des règles pour cela et cela est sain. Le problème n’est pas de clamer haut et fort le rejet de la politique israélienne.
Et quand bien même cela ne plaît pas à Richard Prasquier, il ne lui viendrait pas à l’idée d’empêcher ces manifestations.

Le problème c’est que s’agrègent, jusqu’à phagocyter les slogans anti- israéliens par des vociférations antisémites et haineuses. Or en droit français, antisémitisme et racisme ne sont pas des opinions mais bel et bien des délits.
Il est-pour le moins curieux- qu’un distingué universitaire et enseignant de la République Française ne s’en émeuve pas.
Sauf à considérer que les cris de « mort aux juifs » soient une variante moderne du motto hérité des guerres de religion « cujus regio ejus religio» nous nous permettons de lui rappeler que nous ne sommes plus en 1642, que la bataille de Rocroi a eu lieu le 19 mai 1643 et que les traités de Westphalie furent signés le 24 octobre 1648 !

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« Imam Chalghoumi » Nous aurions aimé savoir ce qui justifie les guillemets à ce mot ?
Est-ce le fait qu’il bénéficie d’une protection policière à cause des menaces dont lui et sa famille font l’objet ?
Curieux également que Boniface, pourtant si prompt à critiquer les instances communautaires juives n’ait pas un mot de félicitations pour le Rabbin Michel Serfaty qui œuvre avec le Père Mathieu dans un dialogue bienvenu entre les trois religions monothéistes.

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« Si Chalghoumi est rejeté, ce n’est pas parce qu’il est modéré, comme certains veulent le faire croire, mais parce qu’il est illégitime. Il est désigné représentant d’une communauté par ceux qui n’y appartiennent pas. Chalghoumi est ce que la sociologie américaine appelle un « native informant » », ces figures qui occupent la parole d’une communauté dont ils n’ont pas le soutien mais qui tirent leur légitimité des médias et des milieux politiques dominants. Il dit ce que la majorité a envie d’entendre de la part d’une minorité mais pas ce qu’elle pense réellement. Les « informateurs indigènes » valident les stéréotypes que la majorité véhicule sur leur communauté. »

En 1940, il y eut à Londres un homme illégal qu’illégitime Vichy avait qualifié. Pour autant, légitime il était parce que précisément illégal il était !

Chalghoumi représente d’ailleurs- contrairement à ce qu’affirme Boniface- un nombre croissant d’imams. Mais cela n’empêche pas, ou plutôt cela conforte l’auteur, de le dévaloriser en le qualifiant de « native informant ».
À cette aune devons-nous aussi considérer que le Recteur de la Grande Mosquée de Paris serait lui aussi un « native informant » isolé ?

Ostraciser une communauté faisait florès chez Goebbels !
Pour autant nous nous garderons bien d’assimiler l’un à l’autre, ni de près ni de loin.
Nous disons juste que ce type de propagande était la pierre angulaire de la dictature nazie ; laquelle n’a fait d’ailleurs que reprendre les exercices à la mode de la dictature bolchevique.

Les « idiots utiles » étaient tout sauf des individus méprisables. Ils étaient juste idiots. Et les « vipères lubriques » n’étaient ni lubriques ni des vipères.
Pour éviter tout procès d’intention, Montand et Gide ont aussi été des « idiots utiles » avant d’être heureusement des figures légendaires.

Page 168

« Il (Chalghoumi) est au dialogue Judéo-Musulman, ce que les bourgeois de Calais sont au dialogue franco-britannique. Encore ces derniers n’avaient-ils guère le choix. »
Nous ne nous prononcerons point en la matière dans cet article. Par contre l’analyse du conflit par Boniface est à l’analyse scientifique ce que la musique militaire est à la musique classique.

Page 169

« Les dirigeants du CRIF ne sont pas racistes (contrairement à certains intellectuels encensés par eux-mêmes), et n’ont aucun préjugés contre les musulmans ou arabes, c’est certain mais leur jugement sur eux dépend de l’attitude qu’ils peuvent avoir vis-à-vis d’Israël, pas vis-à-vis de la lutte contre l’antisémitisme. »
Les dirigeants du CRIF. Quoi de plus habile que de dédouaner – et donc d’endormir le lecteur –pour ensuite mieux faire passer sa thèse sur la nécessité de la lutte contre l’antisémitisme pour faire accroire qu’il s’agit ni plus ni moins insérer Israël dans une bulle.

Boniface c’est comme l’Art moderne !
Une fois que la supercherie intellectuelle est mise à nu, il se trouve toujours un quidam pour s’extasier plus avant et tomber en pâmoison !
Après avoir relevé ses impostures quant à l’utilisation d’un éventuel antisémitisme afin d’empêcher toute critique envers Israël, observons que l’auteur va s’attacher à démontrer – tout aussi fallacieusement – en quoi les instances communautaires juives en sont précisément les responsables.

Ô tempora Ô mores ! En d’autres temps, mais en plus drôle (beaucoup plus drôle) et plus spirituel (beaucoup plus spirituel) on appelait cela du temps de la Bohême : les fumistes !

Pages 14 et 15

« Les instances communautaires avec leurs multiples mises en garde, les confortent dans ce sentiment avec le renfort des grandes figures intellectuelles communautaires. Ils entendent un discours anxiogène.… » « Alors que de nombreux juifs français ont peur, pensant que le fait d’être juif leur fait courir en France un risque particulier, de nombreux Français non- juifs pensent qu’ils sont privilégiés et mieux pris en considération par les responsables politiques et les médias. »
Ainsi les instances communautaires relayent-elles un discours anxiogène qui n’aurait pas lieu d’être, de nombreux Français pensent que les juifs français sont privilégiés.

Il fut une époque où se tint l’exposition : le juif Süss, je suis partout.
Quant à nous, et sans crier au loup et ajouter notre voix au concert de ceux qui pensent que la presse n’est pas honnête – ce qui ne nous semble pas le cas – nous ne nous étions point aperçu que la presse se privât de critiquer Israël.

Quant à la presse, bornons-nous de rappeler à l’intention de ceux qui se plaignent de sa partialité la phrase de Péguy : « Le journal du matin est déjà si vieux et Homère est toujours aussi jeune. »
En outre opposer aussi systématiquement les Français non- juifs et les Français juifs est lourd de sous-entendus pour un géopoliticien qui refuse le communautarisme.

Page 18

« (Les juifs refusent le contact avec les autres au nom du principe qu’on ne parle pas avec des antisémites …mais en omettant de voir que le lien est fait entre critique de la politique du gouvernement israélien et antisémitisme. La même chose peut être dite des intellectuels communautaires qui trahissent ainsi leur mission première d’universalisme et de décryptage des situations. »

Loin de trahir leur mission et d’être les porte-voix de la communauté juive, les intellectuels savent rester lucides dans leurs plaidoyers. Qui en signant des appels JCall, qui dans des interventions, qui dans des cours.
Ainsi de Frédéric Encel qui- contrairement à ce que pense l’auteur- est tout sauf un séide du Bétar.
Et pour avoir personnellement assisté à ses cours à Sciences-Po (au demeurant brillantissimes), et nous nous faisons fort d’obtenir l’autorisation de Frédéric Encel pour Boniface d’y assister, nous tenons à porter témoignage que le seul cours donné sous le format ex cathedra qu’il donne concerne son bouleversant témoignage sur le génocide Tutsi. Quant à ses enseignements sur Israël, ils sont tout sauf thuriféraires.

Page 51

après une très longue citation, il appert que le processus de paix n’est « qu’un écran de fumée » qui entraîne la réprobation d’Israël qui permet donc de souder la population.
Après l’enterrement des accords d’Oslo, auquel Boniface croyait – et s’ils sont devenus caducs, malgré l’opinion sagace de Boniface, c’est donc la seule faute, cher lecteur, des israéliens.
Et pour mieux établir les conséquences de la chose, l’occupation de l’armée israélienne va se poursuivre « dans une situation déplorable dans les territoires palestiniens » « dont les conditions de vie sont indignes ».

Or toujours selon Boniface les médias, à rebours de la jeunesse mondiale (le mot jeunesse est évidemment utilisé sciemment et il claque mieux que population) sont trop peureux (devinez de qui) de traiter le sujet. À ce stade que l’on permette à l’auteur de ces lignes de rappeler à Boniface, Malraux qui disait : « la jeunesse attire les démagogues comme le miel attire les mouches. »

Après tout l’on se remémorera utilement les propos de Le Pen sur l’armée d’occupation allemande en France. Le cocktail en est détonnant !
Pour autant loin de nous l’idée que l’armée israélienne se comporte toujours de façon exemplaire. Un conflit, une occupation n’ont que peu à voir avec un goûter de charité de dames patronnesses.
Mais il eut été plus loyal et plus académique- à tout le moins- de noter au passage les comportements délicats et subtils du Hamas dans sa gestion militaire et jusque et y compris dans les hôpitaux où écoles.
Boniface devrait inscrire dans ses programmes à l’IRIS un séminaire où il expliquerait que le fait que Tsahal prévenait les civils d’évacuer les lieux est quasiment unique au monde.
Somme toute les agissements du Hamas relèveraient de la Comtesse de Ségur ! L’on peut oublier de mentionner ce genre de faits une fois voire deux. Mais la répétition de l’oubli ne saurait elle être neutre.

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Lecteur il vous faut maintenant vous armer de patience et de courage pour découvrir le raisonnement de Boniface !
Dans la rubrique des arguments et rappels nauséabonds, Pascal Boniface n’hésite pas à convoquer la Shoah.
« Pour se défendre du procès d’islamophobie qui leur est fait, les responsables de Charlie Hebdo disent qu’ils s’attaquent à toutes les religions. Mais dessiner un rabbin avec un imam et un prêtre en couverture ne les exonère pas. Ils s’attaquent au prophète Mohammed, sacré pour les musulmans. Ce qui est sacré pour les juifs c’est la Shoah ou Israël, sujets sur lesquels Charlie Hebdo ne plaisante pas. »

Le procédé est scandaleux et scandaleux à plus d’un titre.

Scandaleux car tout en mettant trois dignitaires religieux face-à-face, il n’hésite pas à établir des hiérarchies dans le sacré.
Scandaleux car il introduit la Shoah dans un débat qui n’a pas lieu d’être.

Alors donnons une petite leçon d’histoire au Professeur de relations internationales qui commence – et nous prions le lecteur de bien vouloir excuser la trivialité de notre langage – à nous chauffer sérieusement les oreilles.
Scandaleux, son propos l’est assurément car le géopoliticien averti n’est pas sans ignorer que Théodore Herzl est décédé bien avant la création de l’État d’Israël. Idem pour la grande figure du sionisme qu’était Ahad Haham (lequel souhaitait la coexistence des deux peuples.)

Scandaleux car c’est essentiellement dans la mythologie grecque que Kronos dévore les siens.
Scandaleux car dans le canon liturgique juif l’on ne connaît pas la Shoah. Et si sacré il y a, alors on est dans le domaine du religieux.
Scandaleux car aucun décompte- aussi macabre soit- il n’a pu établir le pourcentage de juifs religieux exterminés dans les camps.
Scandaleux, car Boniface semble oublier qu’un individu ayant eu un parent ou arrière-grand-parent juif avait son passeport pour les camps.
Scandaleux car si l’État d’Israël est, comme ne cesse de le répéter Boniface, responsable de tous les péchés d’Israël, alors c’est la porte ouverte à tous les antisémites d’instrumentaliser voire nier la Shoah.

Scandaleux car cela mène – non pas Boniface lui-même – mais de tristes individus parfaitement décérébrés à penser que les juifs ont exploité la Shoah à seule fin de légitimer Israël.

Enfin scandaleux car c’est oublier le rôle du temps long en histoire.
Scandaleux aussi, parce qu’il donne au sacré, au religieux et à Dieu une place surdimensionnée et surtout injustifiée dans ce conflit. Il faudra bien un jour, si les hommes veulent gouter la paix ne pas inviter Dieu à la noce !

Scandaleux, car il eût suffit à l’auteur de relire les quelques lignes du maître livre de Robert Kaplan : la revanche de la géographie .Il nous eût, alors, épargné ses sornettes malséantes.

« La géographie n’explique pas tout, et elle n’apporte pas non plus de réponses universellement valables. Elle n’est que le théâtre immuable où se joue le combat des idées. Même quand elle est unifiée, les idéaux tels que la démocratie, la liberté ou le sionisme dans sa dimension spirituelle – ont un rôle essentiel dans la formation de l’identité nationale. Lorsqu’un peuple n’a d’autre facteur d’union que la géographie, comme ce fut le cas pour l’Égypte de Hosni Moubarak ou pour le Japon du parti libéral-démocrate, l’État est en proie à un malaise insoutenable ; il peut bien être stable, mais il ne sera jamais dynamique » 4

Scandaleux, et peut-être surtout scandaleux, car c’est faire de la Shoah un événement purement juif alors qu’il concerne- tout comme le massacre de la Saint Barthélémy, le génocide arménien, cambodgien ou Tutsi, l’ensemble de l’humanité.

À cette aune, il n’est pas inutile de rappeler, que s’est tenue récemment au Mémorial de la Shoah à Paris l’exposition relatant le génocide des Tutsis. Sans doute Monsieur Boniface n’a-t-il rien écrit là-dessus de peur que les instances communautaires ne s’en servent pour éviter toute critique à l’encontre de l’État d’Israël.
Scandaleux car aux assises du négationnisme organisées par Frédéric Encel, l’on ne sache pas que Boniface ait éclairé le débat.
Il est vrai qu’aux yeux de Boniface rappeler le génocide rwandais eût pu être marqué au sceau d’une infamante collusion.

Scandaleux parce que Pascal Boniface ignore que jusqu’à présent, seule une infime minorité de la population juive française a fait son alya. Et elle ne l’a point fait tout simplement parce qu’elle se sent bien en France. Dont acte !
Enfin jusqu’à ce que les écrits de Boniface et alii ne la transforment en agent anxiogène et provocateur de la cause sioniste.

Scandaleux enfin parce que l’on eût été en droit d’apprendre qu’un chercheur en science footballistique sache cerner, discerner, analyser, soupeser, jauger les lignes fractales d’une communauté tout sauf homogène.
Et en cela la communauté juive ne diffère pas d’un iota de la communauté française vivant, qui en Angleterre, qui aux USA, qui en Chine, qui en Allemagne etc.

Scandaleux car aucune enquête d’opinion sérieuse n’a réussi à démontrer que la majorité des juifs mette Israël en tête de leurs préoccupations.
Bien au contraire c’est un sujet parmi d’autres. Tantôt il est en haut de l’agenda en période paroxystique ; tantôt, et le plus souvent, il y figure simplement parmi d’autres.
Certes il y a des juifs pour qui c’est la priorité. C’est leur droit le plus légitime !
Comme il y a des Français qui mettent les intérêts de leurs frères arméniens, kurdes, soviétiques ou algériens dans leurs agendas respectifs.
Il est également des Français qui privilégieront l’agenda européen loin devant les autres problèmes. Nul ne saurait les en blâmer.

Et quand bien même, cela signifierait-il qu’un lointain intérêt géographique est moins digne du vote populaire que la défense de l’ours pyrénéen.
Antoine Coppolani relate dans son livre magistral que pour Richard Nixon, la seule politique qui vaille était la politique étrangère.

À ce stade nous prions l’ensemble des lecteurs qui nous suivent en nombre croissant depuis la création de notre blog, d’excuser notre ton polémique. Nous l’avons évité dans chaque article. Nous avons essayé de garder dans chaque article un ton mesuré laissant- et souhaitant- la place à l’analyse et accordant le droit à tout autre d’éployer une pensée contraire à nos vues et d’exister aussi.

A l’idéologie et à la polémique, nous avons toujours privilégié l’Académie. A ce stade de la lecture du livre de Boniface, la nausée nous gagne et maintes et maintes fois, l’envie nous a pris de déserter ce livre.
Cependant formé au biberon de la culture occidentale, Thucydide, Montaigne, Racine, Stefan Zweig à Jacqueline de Romilly, Camus et Jean d’Ormesson nous rappellent à rebours qu’il ne faut ni désespérer de Billancourt ni désespérer Billancourt.

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« Nombre d’entre eux sont à la fois furieusement jaloux à leur égard et admiratif de leur réussite. Cela crée un sentiment de rejet et une volonté d’imitation. »
Au cas où le lecteur aurait malencontreusement sauté quelques pages, (ce que l’on peut comprendre) Boniface n’a pas peur de sortir de son escarcelle les clichés les plus éculés de la « Propagandastaffel. »

Page 149

« Mais où sont les déclarations antisémites ou antisionistes ? Dire que Gaza est un camp de concentration à ciel ouvert ne signifie pas dire qu’un génocide s’y déroule. »

Que Boniface daigne se rappeler, ou bien est-il nécessaire de lui apprendre, que dans le monde entier, les initiales KL signifient Konzentration Lage, c’est-à-dire camp de concentration.
Que sauf à considérer qu’il s’agit là d’un point de détail, cela revient à dire – puisque les israéliens bombardent Gaza que les israéliens sont les nouveaux bourreaux nazis. Nous nous garderons de relever l’obscénité d’une telle assertion.

Page 53

« …Ceux qui n’appliquent pas ces critères universels, sont ceux qui dénoncent partout la répression des civils sauf dans les Territoires palestiniens. »

D’abord c’est faux, et nous l’avons déjà signalé. Ensuite parce que toute démocratie engagée, volens nolens, dans un conflit a forcément des zones grises dans sa démocratie à proportion de l’intensité du conflit. Ainsi des USA avec les camps de Japonais durant la deuxième guerre mondiale, de la Grande-Bretagne avec l’Irlande etc.

Israël est de surcroît la seule démocratie rejetée et ce dans une géographie trop exiguë. Cette situation n’a donc rien de véritablement anormale per se.

Page 125

Boniface prétend, et – reconnaissons-le – il a raison, qu’il n’y a pas de « chasse aux sorcières visant les supporters d’Israël dans les médias. »
Soit ! Et en tout cas, pas telles que celles que l’on a connues lors des différentes élections présidentielles. À cette aune Mitterrand aura battu tous les records et Dieu sait combien ils étaient difficiles à battre !
Nous n’irons pas jusqu’à dire non plus que la totalité des médias a une tonalité ouvertement anti israélienne.
Les différentes parties au conflit seraient bien aises de s’apercevoir que toutes les catégories socio-professionnelles, politiques, socioculturelles, etc. sont toujours mécontentes de la façon dont elles sont traitées par la presse.
Dans son ensemble elle reflète avec plus ou moins de bonheur et d’honnêteté la diversité d’opinions.
Et elle ne diffère pas fondamentalement de la presse anglo-saxonne.
Pour autant et sans être un inconditionnel de l’understatement britannique n’irions pas jusqu’à prétendre qu’elle est outrageusement sioniste.

Qu’on le déplore ou non le choc des photos imprime irrémédiablement sa dictature.

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« Adler, Finkielkraut, BHL, Glucksmann, Encel seraient-t-ils privés de tribune ou de micro ? Non, en dépit des nombreux dérapages, approximations voire mensonges dont ils sont habituels. »
Effectivement ils ne sont point privés de micro. Mais ainsi en va-t-il aussi de Pascal Boniface, Dominique Chagnollaud et alii. Et c’est parfait ainsi !
L’auteur semble confondre propagande et libre exercice du débat !

Page 138

L’auteur relate une agression -condamnée par le CRIF – des membres de LDJ contre un israélien Offer Bronchtein. Nous ne connaissons pas ce fait et donc nous nous abstiendrons de le nier. Accordons-lui le bénéfice du doute. (Encore que nous avons surpris Boniface en délicatesse avec la vérité au sujet de ses relations avec Prasquier)
Et si c’est le cas, cela est tout aussi intolérable et condamnable.
Deux remarques s’imposent.
La LDJ n’est en rien représentative des instances communautaires. Elle ne représente effectivement que quelques voyous désavoués par ces mêmes instances.
Personne n’a jamais prétendu que les instances communautaires étaient exemptes de toutes les erreurs.

Page 142
A tout seigneur, tout honneur !
Visiblement Pascal Boniface confond le dialogue nécessaire avec l’oubli.
Il relate ainsi l’épisode où Richard Pasquier ancien président du CRIF est pris en photo en train de serrer la main à Paris à Mahmoud Abbas.
Photo publiée par la LDJ avec le commentaire suivant : « Richard Pasquier, l’homme qui pardonne aux tueurs de Maalot Mahmoud Abbas vingt et un enfants et trois adultes tués. »

L’espace d’une interligne, nous avons cru que Boniface saluerait cet acte de courage qui a valu à Prasquier moult critiques. Nous avons cependant été très vite rassurés !
Monsieur Boniface n’a pas cru utile de saluer un acte qu’il réclamait pourtant à corps et à cris. De cet épisode l’on retiendra trois choses.
1 Richard Prasquier est un homme intelligent et ouvert au dialogue.
2 Richard Prasquier jouit d’une fort belle plume.
3 Richard Prasquier ne craint ni de dialoguer avec la partie adverse ni ne craint de se mettre à dos les éléments les plus obtus des instances communautaires.

Ce qui invalide – s’il en était besoin – la thèse de Boniface sur le monolithisme de la communauté juive.

Pour mémoire citons, expressis verbis, Richard Prasquier. Le lecteur verra ainsi que lucidité n’est pas incompatible avec honnêteté et courage. Il verra par la même occasion le caractère fielleux des observations de Boniface.

« J’ai rendu hommage à son courage alors qu’il est tellement plus confortable de camper sur des positions extrémistes que sur des positions modérées… » « Je voudrais conclure sur la tonalité de cette rencontre, en la résumant par un terme qui s’impose à moi et qui représente une des clés essentielles des relations entre Israéliens et Palestiniens, et de façon plus large entre juifs et musulmans : c’est le mot respect. » « Respect et lucidité… Je salue ici le nouveau responsable en France de la délégation palestinienne, Monsieur l’Ambassadeur Hael Al Fahoum ou pour lequel, j’ai pu l’apprécier, ces mots sont un programme d’action… »

Ite missa est ! Pas plus et pas moins. Il faut avoir l’esprit torturé et encombré pour y voir autre chose que de l’intelligence.
Il faut avoir l’esprit bien fermé, voire mal chantourné, pour ne pas distinguer une communauté tout sauf monochrome et tout sauf calquée en permanence sur les positions d’Israël.
En d’autres temps, Theo Klein ancien Président du CRIF avait su lui aussi prendre ses distances lorsqu’il l’estimait nécessaire.

Page 173

Suite à une protestation de l’Ambassade d’Israël, Boniface se fend de sa ritournelle habituelle.
« On imagine qu’elles auraient été les réactions de la plupart des élus et des médias si une autre ambassade avait protesté en des termes si agressifs contre la diffusion d’un documentaire même critique à l’encontre de son pays. Et, cela doit-il chagriner certains, on se dit une qu’aucune autre ambassade d’un pays démocratique n’aurait fait ce type de démarche. »

La vie internationale est ainsi faite que ce genre de remontrances et d’interventions est aujourd’hui pratique courante. Cela témoigne partout de la méconnaissance qu’une ambassade peut avoir de la vie du pays tiers. De la Chine aux USA personne n’y échappe. Et le président de la république française s’est lui aussi cru bon de commenter la décision de justice d’une cour américaine dans l’affaire BNP Paribas.
Et cela témoigne partout de la méconnaissance partant de la méconnaissance qu’une ambassade peut avoir de la vie d’un pays tiers.
De la Chine aux USA personne n’y échappe. Et le Président de la République Française- lui-même- s’est lui aussi cru avisé de commenter la décision de justice d’une Cour américaine dans l’affaire BNP Paribas.

Visiblement Pascal Boniface connait bien l’influence que peuvent avoir les ambassades.
Certaines de ses connaissances avec lesquelles il a par ailleurs travaillé nous ont affirmé que l’IRIS a entretenu des relations étroites et amicales avec les ambassades de Turquie et des Emirats Arabes Unis.
Ce qui est d’ailleurs son droit le plus strict.

Page 191

De l’art de trancher de façon péremptoire un débat.
« La guerre d’Irak n’est pas venue combattre le terrorisme mais au contraire, l’aggraver. Elle n’a pas répandu la démocratie dans le monde arabe. On n’exporte pas la démocratie avec des bombardiers elle a profondément élargi le fossé entre le monde occidental et le monde musulman. »

Bravo pour le spécialiste d’uchronie géopolitique ! Et bravo au moralisateur d’approuver un régime sanguinolent !
A sa décharge, notons que Boniface avait des liens d’amitié personnelle avec Saddam Hussein. Ce qui est son droit le plus absolu ; mais peut-être ceci explique-t-il cela !

Pour autant nous n’irions pas jusqu’à affirmer que la seconde guerre du Golfe restera dans l’histoire digne de Bismarck. Bush Junior n’était visiblement pas son héritier, ni celui de son père d’ailleurs ! Mais un peu de décence ne messied point.

Page 203

« Lorsque le parti de Jörg Haider, l’extrémiste de droite, est entré au gouvernement autrichien, les pays de l’Union Européenne ont mis l’Autriche, pays membre, en quasi quarantaine. » « Le gouvernement actuel israélien est une coalition de droite et d’extrême droite, avec des ministres ouvertement racistes, mais les gouvernements européens traitent avec lui comme si de rien n’était… ».

Nous nous permettons de rappeler que jusqu’à plus ample informé – en tout cas jusqu’à l’heure où nous écrivons ces lignes – qu’Israël n’est point un État membre de l’Union Européenne.
Nier qu’Israël est dirigé par une coalition de droite et d’extrême droite serait stupide. Nier que ce gouvernement n’est peut-être pas le gouvernement idéal pour conduire des négociations de paix serait ridicule et d’ailleurs citons Frédéric Encel:
« … Ces dernières années l’absence de vision stratégique d’un leadership Israélien médiocre n’a pas permis d’aboutir à des avancées notoires. Or, sans l’obtention de fruits substantiels, palpables par les palestiniens de Jordanie, comment le chef de l’exécutif d’Israélien pourrait-il confondre le jusqu’au-boutisme inconséquent du Hamas ? Sans résultats concrets en matière de souveraineté, comment convaincre les palestiniens qu’en préférant la négociation à la guerre on obtient plus et mieux… ».

Notons au passage qu’il s’agit bien du même Frédéric Encel qu’il qualifie de « séide du Bétar » !
Est-ce là le propre d’un engagement militant ou d’un honorable correspondant du Mossad ?
Quant à prendre des sanctions contre les israéliens serait ridicule.
À cette aune si la diplomatie française devait couper les relations avec les régimes dictatoriaux l’on pourrait mettre en congé plus de 50 % des ambassadeurs !
En outre, nous nous permettons de rappeler à Pascal Boniface que lors de la récente manifestation pro israélienne organisée par ces mêmes instances communautaires, la Marseillaise a été entonnée.

Page 24

Et puis l’on a droit aussi dans ce livre à un florilège d’assertions abracadabrantesques. Ou tout simplement comiques qui participent elles aussi de son entreprise de désinformation.

« Ai-je fait une seule fois une déclaration qui puisse passer pour antisémite ? Non. On peut penser que si cela avait été le cas depuis le début du siècle ou même avant – il est facile de remonter dans le temps pour trouver ce genre d’écrits ou de propos – cela ne serait pas passé inaperçu. »
Dans la même foulée rendons en grâce à Jean-Marie Le Pen qui a déjà répondu mêmement à ce genre de questions.
Boniface a toujours combattu l’antisémitisme. Rendons-lui en grâce. Formellement très certainement !
Mais Monsieur Boniface est un homme intelligent. Il eut son bac et ses diplômes (option foot en tout cas très certainement).
Il n’a point besoin de propos véhéments.
Ses allusions répétées, ouvertes ou pas, entonnent mezzo voce l’air de la calomnie. Point n’est besoin de calomnier ; il suffit de siffler !

Page 35

Au jeu des citations décontextualisées, Boniface excelle:
« (Aron) Il écrivait après la guerre des six jours : « Je n’ai jamais été sioniste, d’abord et avant tout parce que je ne m’éprouve pas juif… Mais je sens plus clairement qu’hier que l’éventualité même de la destruction d’Israël me blesse aujourd’hui jusqu’au fond de l’âme. En ce sens, j’ai confessé qu’un juif n’atteindrait jamais la parfaite objectivité quand il s’agit d’Israël. »

Il se trouve que l’auteur de ces lignes se nourrit encore à ce jour- et avec passion- des écrits de Raymond Aron.
Quoi de plus intéressant pour sa démarche que de mettre sous la plume de Raymond Aron l’absence soi-disant ontologique d’objectivité pour un juif dès lors qu’il s’agit d’Israël.
Faire parler les morts n’est jamais sans risque. Il se trouve toujours quelqu’un pour rappeler et préciser la pensée du défunt.

On l’aura compris, c’est que si la communauté juive est forcément a – objective, c’est donc que les cris d’orfraie par elle poussés n’ont pas lieu d’être et que Boniface a raison.

Élémentaire, Cher Watson, que ni avons-nous point pensé plus tôt. Seulement voilà, Boniface oublie par ailleurs d’écrire ce que pensait Aron de l’objectivité historique. Il oublie aussi que, Professeur à Heidelberg en 1936, Aron a refusé -parce que précisément juif- de dénoncer le péril nazi.
Et surtout parce que Raymond Aron a écrit sur le tard : « Je pouvais être à ma façon juif agnostique car à Jérusalem des juifs en caftans, redingotes et papillotes porter haut et fort le gonfalon du judaïsme pour moi… »

Enfin Boniface me permettra de le lui remémorer ce passage de Raymond Aron dans « Un Professeur dans la tourmente » :
« Je souffre comme eux, avec eux, quoiqu’ils aient dit ou fait, non parce que nous sommes devenus sioniste ou israéliens, mais parce que monte en nous un mouvement irrésistible de solidarité. Peu importe d’où il vient. Si les grandes puissances, selon le calcul froid de leurs intérêts laissent détruire le petit État qui n’est pas le mien, ce crime modeste à l’échelle du nombre, m’enlèverait la force de vivre, et je crois, que des millions et des millions d’hommes auraient honte de l’humanité. »

Venant d’un analyste (un vrai, pas un directeur de l’IRIS) dont l’ADN est l’analyse pure et froide, quel désaveu pour Boniface.

Page 80

De l’art d’évacuer les faits les plus graves. Un peu de gouaille ne messied visiblement point.   « Bref, quand ça va mal ça va mal, et quand ça va mieux, ça va quand même mal. »

Au détour d’une parenthèse (quoi de plus efficace) l’on apprend que des agressions physiques allant jusqu’au meurtre peuvent advenir mais que cela ne va pas si mal. (Madame la marquise sans doute !)
Mais à part ça à part cela les instances communautaires inventent l’antisémitisme pour mieux protéger Israël.

Page 98

« Il (Richard Prasquier a raison sur un point. Des juifs se sont fait agresser parce qu’ils avaient des signes religieux identifiables. Mais il avait tort sur un autre point : Quiconque se promènerait dans certains quartiers juifs avec un keffieh (qui certes, n’est pas un signe religieux) serait immédiatement menacé, voire molesté. C’est d’ailleurs déjà arrivé. Quiconque oserait se promener rue des Rosiers avec un t-shirt évoquant la cause palestinienne ne pourrait terminer tranquillement son parcours, et de nombreuses jeunes femmes ont été agressées uniquement parce qu’elles portaient un voile. Doit-on rappeler que les jeunes arabes et musulmans risquent beaucoup plus de subir des contrôles au faciès ? La police évitera d’importuner sans motif indéniable un jeune porteur de kippa. »

D’où soit-il cette affirmation extravagante qu’un arabe en keffieh serait agressé rue des rosiers. Pour penser cela, il faut être doté d’une imagination et d’une pensée bien fantaisistes.

Allons plus loin. Cela a pu arriver, ou pourra arriver ponctuellement. Mais en sciences sociales, on raisonne sur de grandes séries statistiques. Nier qu’il y a de dangereux excités dans la communauté juive comme dans toutes les communautés serait ridicule.

Baruch Goldstein ou Igal Amir restent des exceptions.

Le fait que Jean-Claude Juncker, Président de la Commission Européenne soit porté -plus que de raison sur la dive bouteille- n’entraîne pas ipso facto que l’ensemble des Commissaires Européens soient frappés de la même addiction !

Page 129
l’auteur après avoir déversé son fiel plus que de raison envers Richard Prasquier chasse et pourchasse un autre gibier.
Visiblement après l’inévitable Finkielkraut, le lecteur a droit à « l’intellectuel organique du CRIF. »

Qu’on en juge : « Frédéric Encel, intellectuel organique du CRIF, qui a longtemps eu, sur radio J, une émission sponsorisée par le KKL (Keren Kayemeth Le Israël, Le Fonds National Juif) veut désormais ne plus évoquer publiquement ses engagements communautaires, lui qui a été présenté par Édouard Amiach, candidat très droitier dans la circonscription des Français de l’étranger aux élections législatives de 2012, qui comprend Israël, comme « un battant de la communauté » dans les médias. Il a longtemps évoqué le leader juif d’extrême droite Jabotinsky comme son maître à penser, dénonçait les journalistes juifs qui ne soutenaient pas Israël, avant d’effectuer un virage tactique pour se présenter comme un modéré partisan d’une paix, hélas introuvable du fait des palestiniens, conformément à une stratégie de communication d’Israël (Israël Project), qui suggère à ses soutiens de se déclarer en faveur de la paix afin de mieux passer auprès des opinions publiques. »

L’on pourrait presque croire que Boniface a écrit ce passage par pure jalousie intellectuelle. Que de mensonges et d’approximations ! Si Frédéric Encel ne range, certes pas, son drapeau dans sa poche, il reste un Professeur animé au seul parti pris de la passion de la recherche- non pas d’une introuvable objectivité ou vérité évangélique- mais de l’analyse implacable et exigeante des faits. Quels qu’ils soient !

Lecteur, nous venons de pécher par omission, il est vrai que Frédéric Encel a un parti pris : c’est celui d’un profond humanisme qui sous-tend tous ses cours.
Lors de son séminaire à Sciences-Po, Encel ne s’est jamais privé d’exprimer et ses critiques et ses approbations quant à la politique israélienne !

Il est pourtant un cas- et un seul- où la conférence de Frédéric Encel, où liberté de ton et de parole sont totales, c’est lorsqu’il évoque dans un cours au format magistral le génocide Tutsi.
L’on y sent pointer deux heures durant l’émotion d’un écorché vif.

Dans l’ensemble de son séminaire, il n’est pas sûr qu’il consacre plus de cinq minutes à l’évocation de la Shoah.
Bizarre pour un agent du Mossad qui comme le pense Boniface se servirait de la Shoah pour esquiver toute critique à l’encontre d’Israël. Ajoutons pour faire bonne mesure que la plupart des positions publiques ou universitaires de Frédéric Encel feraient hurler deux militants médiatisés que nous nous garderons bien de qualifier d’intellectuels : William Goldnadel ou Michel Gurfinkiel.
Suit ensuite un inventaire à la Prévert des interventions de Frédéric Encel. Ajoutons que, peut-être, si Frédéric Encel est invité plus souvent que ne le souhaiterait Boniface dans différents forums, c’est qu’il a peut-être tout simplement du talent !

Page 167

« Développer le dialogue judéo-musulman est une bonne chose. Le faire comme Chalghoumi ne crée pas un pont mais creuse le fossé. Cela accrédite l’idée que le conflit du Proche-Orient est d’essence religieuse. Le problème de ce conflit n’est pas l’islam. C’est l’occupation israélienne des Territoires palestiniens. »

Les conditions du dialogue judéo-musulman étant d’une simplicité biblique, comme tout quidam le sait pourquoi ne pas le compliquer !
Au tableau de chasse des critiques vipérines de Boniface, l’Imam Hassan Chalghoumi est la prise royale.
Pour notre part nous avouons ne pas comprendre la raison d’un « tel honneur ».
Certes le conflit n’est pas d’essence religieuse au Moyen-Orient (et non au Proche-Orient.)

Il est évident que lorsque les deux parties réussiront à évacuer Dieu de leur champ idéologique, l’on apercevra l’esquisse d’une ébauche de tentative de solution.
Signalons à ce propos la judicieuse remarque de Dominique Moïsi qui pense que les données du problème changeront peut-être lorsque plus de la moitié de l’humanité ne sera plus monothéiste.

Pour autant, mais là n’est pas notre propos, ce conflit, en ses multiples facettes, ressemble aux poupées russes que l’on empile à volonté. Si l’on suit la remarque de Boniface, l’on est en droit de se poser légitimement la question : où étaient les territoires occupés avant 1967 ?

«Il(Chalghoumi) ne s’est jamais élevé contre l’occupation israélienne. »
C’est au moins le deuxième mensonge après celui sur Richard Prasquier proféré par Boniface.
Nous pouvons affirmer, pour l’avoir nous-mêmes entendu lors d’une conférence dans une instance communautaire juive, dire publiquement qu’il critiquait l’occupation de ces territoires. Et d’ajouter qu’il est tout à fait normal de critiquer qui Israël qui la Palestine mais dans un cadre civilisé. Mais que critique n’empêche ni le dialogue ni le respect ni l’entente des communautés.
N’en déplaise à Boniface, nouvel « native informant » Richard Prasquier se rendait régulièrement au diner de la fête de l’Aïd –el Fitr, convié par Chalghoumi ou Boubakeur.
Si ces compères étaient luthériens nous dirions que cela ressemble à l’impanation.

Page 24

Parmi les critiques que Boniface adresse aux instances communautaires, certaines relèvent du mode de fonctionnement classique d’un lobby. Que cela plaise ou non il n’est pas aujourd’hui, en France et à Bruxelles, de catégories socio-professionnelles, culturelles, ou politiques qui ne s’appuient sur leur lobby.
Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, les lobbys participent aujourd’hui de la vie politique. Et la communauté juive n’y déroge pas.

Pour autant comme tout lobby, les instances communautaires juives peuvent aussi déraper. Le nier serait bien entendu stupide.
Néanmoins Boniface devrait suivre des cours à Sciences-Po. Un lobby n’est pas un think tank et comme tout parti politique qui s’appuie au premier tour d’une élection présidentielle sur sa fraction la plus extrême, un lobby avant de ratisser plus large doit rameuter ses troupes à ses marches. Il n’y a donc là rien que de très normal.

Et à cette aune Richard Prasquier a su faire montre d’œcuménisme. Si l’on avait voulu remonter dans le temps on aurait pu mentionner, Théo Klein ancien Président du CRIF qui lui non plus n’était pas avare de ses critiques.

Visiblement Boniface n’a pas jugé bon de le mentionner. À force d’écarter tous les arguments qui invalident sa démonstration et la vident de toute portée réelle, Boniface se retrouve isolé, tels les châteaux forts du Moyen-Âge coupés des routes et des voies de communication, ou, tels les partis communistes sur le déclin. Ce qui somme toute n’est pas forcément une mauvaise chose !

Signalons à l’auteur que Richard Prasquier a été attaqué par la fraction la plus droitière de ces instances.
Pour autant cela n’empêche pas Boniface de parler d’une communauté monochrome et monolithique. Sauf à de rares exceptions près, les minorités, et sauf lorsque cela touche un point existentiel, reflètent les divisions d’un pays.

Page 52

« Toute personne qui émet une critique à l’égard du gouvernement Israélien est accusée d’en faire une « obsession ». L’argument serait presque intéressant d’un point de vue psychologique. Parce que ceux qui l’utilisent font d’Israël l’alpha et l’oméga de leur raisonnement. Tout passe à travers une grille de lecture liée à la solidarité avec Israël. Par une sorte d’effet de projection on accuse les autres de ce que l’on fait soi-même. »

Ainsi Boniface stigmatise une communauté bien précise avec des critiques qui ressortissent du mode de fonctionnement de tout groupe minoritaire. Le procédé est- à tout le moins spécieux- et il révèle, une fois de plus ou de trop, les intentions réelles de Boniface.

À cet égard citons Gérard Chaliand, spécialiste reconnu des mouvements terroristes, qui fleurissent sur l’ensemble de la planète.

« Laissez-moi vous assurer qu’il n’y a rien de plus tournée vers soi-même qu’une démocratie en guerre. Très vite elle devient victime de sa propre propagande. Elle tend à attribuer à sa cause une valeur morale qui défende sa vision des choses. Son ennemi devient l’incarnation du mal tandis que son propre camp est le modèle de toutes les vertus. »6 « Nous ne vivions pas les mêmes rêves dans la cage de nos espérances. »

Il est certes probable que si la majorité des patrons du CAC 40 vote plus à droite que l’ensemble des électeurs, leur bloc n’est cependant point monolithique.

Page 82

Par définition un lobby a pour fonction première d’éployer sa focale sur ses problèmes spécifiques. Boniface relève très justement que l’aspect le plus tragique de la maltraitance ce sont les infanticides. Personne ne le conteste. Personne ne le conteste sauf que-n’en déplaise à Pascal Boniface- le dîner annuel du CRIF n’a pas forcément vocation à en parler. Et il ne peut être tenu pour responsable de la pseudo faible couverture médiatique de ce douloureux problème.
Ainsi pour Boniface, sous prétexte qu’une femme a tué et congelé ses propres enfants, l’on ne peut dénoncer des parents qui frapperaient leurs enfants.
Même les sophistes grecs n’avaient point pensé à cette figure de style!!

Car c’est bien de cela qu’il s’agit in fine. Il y a tellement de choses plus importantes dont les instances communautaires devraient parler plutôt que de s’ethno-centrer. Ainsi donc seule la communauté juive se doit d’être silencieuse. Tous les moyens y compris les plus vils ou les plus dérisoires sont bons à Boniface.
Boniface s’étonne des protestations du CRIF pour suggérer qu’il n’y a pas de dîner annuel des enfants maltraités.
À cette aune à quand le grand dîner annuel des recalés du mercato au football !

Il est également curieux que Boniface ne dénonce cette carence lors du dîner annuel du CFCM musulman ?puisqu’il semble y associer le CRIF.

Pour autant nous nous permettons de rappeler à Pascal Boniface que les instances communautaires juives tant décriées par lui, ont toujours été à la pointe de tous les grands combats humanitaires.
C’est BHL que l’on a vu en Libye manifester en tant que juif son soutien aux Libyens. C’est encore BHL que l’on a vu haranguer les foules dans les manifestations de protestation contre le massacre de 180 000 syriens.
Nous n’y avons point rencontré Pascal Boniface.

À ce sujet nous serions reconnaissants à Pascal Boniface de nous faire parvenir son livre sur « La France malade du Rwanda », nous ne l’avons point trouvé en librairie. Il doit sans doute être épuisé. Il doit en aller de même avec celui intitulé « la France malade de la Syrie.»
Décidément notre auteur, par ailleurs si prolixe, a beaucoup de succès !

Boniface reproche donc aux instances communautaires juives de ne pas se mobiliser lors d’agressions antimusulmanes. Nous ne pouvons que lui conseiller de s’abonner à la Newsletter du CRIF, il verra que celles-là ne sont ni les dernières ni les moins véhémentes à stigmatiser de tels actes.

Page 112

« Ce qui dresse les uns contre les autres, c’est de ne pas s’indigner de la même façon en présence de faits répréhensibles comparables, mais de graduer son indignation en fonction de l’identité de la victime. »

Mais c’est précisément ce que fait Boniface. Et on ne l’a point vu manifester sa véhémente solidarité à propos de l’affaire Halimi ou lors de du massacre de Toulouse.
Tout au plus, égrène-t-il quelques regrets peinés.
Boniface s’étonne de la différence d’indignation entre deux types d’agressions racistes, l’antisémite et l’antimusulmane.
Bien entendu les deux types d’agression sont également condamnables. Et bien entendu les instances communautaires juives les condamnent pareillement.
Elles ont d’ailleurs condamné de la même façon l’assassinat immonde commis par des israéliens contre un jeune palestinien.

Et s’il a fallu moins de trois semaines à Israël pour arrêter les coupables, l’on attend toujours la même célérité des autorités de Gaza pour châtier ceux qui ont tout aussi sauvagement assassiné trois jeunes juifs. Mais visiblement la célérité a cédé le pas à la cécité.

Plus troublant ; l’on eût aimé que Boniface signalât cette différence de résultat.
Boniface visiblement n’est pas un inconditionnel de Richard Prasquier ! Qu’on en juge !
Ce qu’il retient de son discours lors du diner du CRIF, c’est son refus de critiquer le gouvernement israélien.

Page 185

Après avoir fustigé avec constance et sthénie les instances communautaires, Boniface va arguer des positions de deux intellectuels : l’inévitable Finkielkraut et l’essayiste Alain Minc.

Pour autant l’on eut pu croire que c’était là l’occasion de reconnaître des lignes de fracture qui démontrent à l’envi la palette des couleurs qui dessinent cette même communauté.

Rassurez-vous lecteur, si vous aviez une quelconque inquiétude, il n’en est rien. Il va au contraire dénoncer le discours de Cukierman nouveau président du CRIF comme voulant imposer ses vues. Pile je gagne face tu perds !

Et une fois de plus Boniface va oublier que de la même façon que des militaires se plaignent de n’avoir jamais suffisamment d’hommes au combat, un lobby a pour rôle de toujours réclamer plus.

Page 32

«Les agressions racistes ne suscitent pas les mêmes réactions. Un acte antisémite provoquera un buzz médiatique énorme, et des condamnations vibrantes et unanimes des responsables politiques voir le déplacement de ministres. »

Quelques remarques finales. Bien entendu cela est absolument scandaleux et il ne saurait y avoir de différence dans la réprobation. Mais vouloir inclure cette lacune parmi les reproches adressés aux instances communautaires juives, relève de la plus grande malhonnêteté intellectuelle.
D’abord, parce que jusqu’à plus ample informé et contrairement aux dires de Boniface, les instances communautaires juives ne disposent pas d’un droit de regard dans les salles de rédaction.
Dominique Reynié relevait déjà cette tendance à se décharger de ses responsabilités. Certains se plaignent de voir les mosquées davantage fréquentées que les églises de France. Et Reynié de signaler avec son humour caustique que ce n’est tout de même pas la faute des musulmans si les catholiques fréquentent moins les églises.

Ensuite parce que la taxinomie des agressions antisémites ou antimusulmanes, établie par le Ministère de l’Intérieur signale en 2012 437 menaces antisémites contre 148 antimusulmanes et 173 actes antisémites pour 53 actes anti musulmans.

Par contre les actes d’un niveau inférieur style du délit de faciès sont effectivement plus fréquentes contre les musulmans que contre le reste des autres communautés comme le souligne Dominique Reynié dans son livre « La montée des populismes. »

Enfin et parce qu’à Toulouse ce n’est point juif qui a assassiné un enfant musulman.

page 49

Puisque les dirigeants de la communauté juive font de l’approbation de la politique israélienne l’alpha et l’oméga de leur conduite, une désinformation de cette politique s’imposait selon Boniface.

Le propos de cet article n’est pas d’écrire une énième analyse de cette politique. Nous voulons juste montrer en quoi -là aussi Boniface- aime sélectionner les faits, les tordre et les insérer dans une nouvelle perspective.

Et pour autant nous ne pensons pas que les Arabes ont toutes les responsabilités ni qu’Israël n’est indemne de toute faute.
« Les hésitations de Pérès ont conduit à l’arrivée de Netanyahou au pouvoir qui a tout fait pour retarder leur application ».

Il s’agit là d’une technique bolchevique bien rôdée. On exhume un fait en partie exact, on le décontextualise à souhait, on l’assène comme vérité d’Evangile avec des demi-mensonges ou mensonges, ce qui permet d’oublier allègrement ce que les Grecs appelaient l’alétheia c’est-à-dire la cause réelle.
L’alétheia contre la Doxa !

Une anecdote savoureuse circulait en Union Soviétique : dans les Izvestia, il n’y avait pas de nouvelles et il n’y avait pas de vérité dans la Pravda !

La version des faits relatés par Boniface entre Barak et Arafat sonne faux. Il suffit de la comparer à celle du brillantissime ministre des Affaires Etrangères Shlomo ben Ami. Lequel était – nul ne l’ignore – « un dangereux faucon d’extrême droite. »
Shlomo ben Ami témoigne qu’Arafat venait à Paris et qu’il a suffi d’un entretien avec Chirac, au sortir de l’ambassade US, pour qu’il ne signe plus.

Cela tenait à des raisons tout à la fois stratégiques, internes et psychologiques.
« Son incapacité à prendre des décisions les plus fortes que sa peur.… » « Il craint bien plutôt prenant une décision, de perdre son statut d’expression mythologique de la volonté générale du peuple palestinien. Et il préfère jouer le rôle du héros mythique de la Palestine plutôt que d’assumer celui d’un leader prêt à accepter de renoncer consensus général autour de sa personne. » 7

Page 109

Il y a bien sur d’autres raisons mais non erat is est locus.
Quant à son allusion à Sharon qui désirait « mettre le processus de paix dans le « formol » lors du retrait de Gaza, elle serait risible si elle n’était nauséabonde. Contentons-nous simplement de noter que Boniface n’a point cru important de relever que l’intensité des refus du Hamas de négocier était à proportions asymétriques des offres de paix israéliennes les plus généreuses.

Page 71

Afin de justifier ses propos, quoi de plus efficace que de présenter la communauté juive et ses instances comme paranoïaques.
Car si les réactions de défense relèvent de ce comportement c’est qu’il n’y a pas de menace et que cela sert simplement -encore et toujours-à empêcher la critique de l’État d’Israël.
Une des perles dans sa démonstration est de citer Cukierman.
« Aujourd’hui beaucoup de juifs en France ont peur… » (Après avoir évoqué l’affaire Halimi)…
Tout l’art de Boniface consiste à associer une simple parenthèse à cette affaire, la banalisant ainsi comme un simple fait divers.
Visiblement l’auteur maîtrise la ponctuation à souhait. Pour Boniface les juifs seraient de bons français lorsqu’il lors qu’ils condamnent Israël.

Retenons dans son florilège de citations cette dernière :
«II y a une augmentation statistique réelle mais on voit qu’au-delà de la variation des chiffres, la dénonciation de la montée de l’antisémitisme est devenue une habitude dans le discours du président du CRIF. »

Il somme donc les juifs de France de rester muets. Cela relève d’une grande malhonnêteté intellectuelle. En effet l’on ne peut pas, d’une part ne pas contester la montée de l’antisémitisme et contester simultanément le droit des instances dirigeantes de le signaler même avec la plus grande véhémence.

Page 87

Boniface reconnaissons-le est un homme animé d’une «vertu » et d’un «courage » exceptionnels. Il ne recule devant rien. Ni la réalité des faits ni devant le manque de décence le plus élémentaire.
Et peu importe s’il s’agit de son propre texte ou d’une citation.
Mais après tout nous savons depuis Montaigne que « les choses ne sont pas plus à qui les a dites en premier qu’à qui les a dites en second. L’essentiel est d’en avoir compris la substantifique moelle.»8

« Pourtant, nous dit-on, sa mort serait « plus grave » encore du fait qu’il était juif (Halimi…Pourquoi? Parce que les juifs sont différents? L’on retombe dans le poison de l’antisémitisme, au nom même de la vigilance à le dénoncer.»

Bien sûr que non le droit à la vie de tout individu quel que soit sa race ou sa religion est pareillement sacré.
Et bien sûr que oui, la mort de tout individu est pareillement douloureuse pour les siens quelles que soient les circonstances.
Les conséquences et le buzz sont cependant différents. Ingrid Betancourt a forcément pris le pas sur tous les autres otages du monde.
Suit une litanie de tous les faits divers les uns plus horribles que les autres. Un détournement aérien, quelle qu’en soit l’issue fera plus de bruit qu’un crash avec 300 victimes.

En guise de conclusion nous dédions quelques pensées à Pascal Boniface .En lui souhaitant d’en faire son miel.

« Il n’y a que la haine pour rendre les gens intelligents »9

« Je puis nier une chose sans me croire obliger de la salir ou de retirer aux autres le droit d’y croire. »10

Avec Boniface il n’est pas nécessaire de relire Lénine : « Réfléchis chaque fois que ton adversaire fait ton éloge. »

« Pour discerner en connaissance de cause le faux du vrai, il faut quitter la pensée que l’on détient la vérité. » Saint-Augustin

« Il en est des haines en politique comme des amours romantiques, elles durent toute la vie, rien ne les lasse, elles repoussent comme de mauvaises herbes au fond du crâne et agissent comme une douleur persistante : une parole amère suffit pour les réveiller. Comme en amour on ne guérit jamais de sa douleur, mais on en change ; en politique on ne soigne pas sa rancune, on vit avec. »11

Leo Keller

Notes
1 Jean de la Fontaine .Fables
2 Raymond Aron in Carnets de la Guerre Froide
3 Jean de la Fontaine .Fables
4 Robert Kaplan in La revanche de la géographie P 272
5 Frédéric Encel in le Monde 22 janvier 2009
6 Gérard Chaliand in Russia and the West under Lenin and Stalin
7 Schlomo ben Ami in Quel avenir pour Israël
8 Montaigne in les Essais
9 Albert Camus in Caligula
10 Albert Camus
11 Bruno Le Maire in Jours de pouvoir

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