Poutine : Junior Partner de la Chine !

 

 

 

 

 

Poutine : Junior Partner de la Chine
Première partie : La Corée ou le temps des illusions chagrines

Le 8 septembre 1995, la revue américaine Jamestown Foundation citait Boris Eltsine qui était tout sauf un va-t-en-guerre invétéré et dressait un état des relations avec la Russie :
« …linked NATO ’s retaliatory strikes against the Bosnian Serbs to the alliance’s enlargement predicting »
Réponse de Eltsine : « This bombing is the first sign of what could happen when NATO comes right up to the Russian federation borders…The flame of war could burst out across the whole of Europe.»

« Si vous ne vous intéressez pas à la guerre, la guerre s’intéressera à vous. » Trotski

Dans une interview brillantissime accordée au Spiegel Henry Kissinger abonde dans ce sens.
Der Spiegel: « …But we cannot tell the Ukrainians that they are not free to decide their own future…
Henry Kissinger : Why not… » 1

Au trébuchet de l’analyse des conflits, le lecteur nous permettra de convoquer deux grands spécialistes : Thucydide et Henry Kissinger.
Pour compliquée qu’elle soit, la tragédie ukrainienne était tout sauf imprévisible. Nous reviendrons dans un autre article sur les raisons autres qu’idéologiques qui prévalent dans cette affaire.
Nous employons ici le mot tragédie au sens communément admis dans le théâtre grec.

À savoir, le choc de deux destinées également légitimes : une Russie dont il faut se souvenir que l’Empire oppresseur, et dont le bras autrefois tant redouté frappa avec un gant de fer, a implosé sans projeter ses explosions dans ses anciens dominions désormais perdus. Une Russie réduite aujourd’hui à une peau de chagrin et dont les crispations reflètent une anxiété agressive.
A l’opposé du spectre une Ukraine indépendante à peine sortie de son histoire, ne sachant ni comment s’exonérer de sa douloureuse absence historique et ni comment s’affranchir des anfractuosités de sa géographie de ses liaisons dangereuses et des proximités risquées de cette dernière.

Crispations si subtilement décrites par Schlomo Ben Ami : » But Putin’s recent adress to Russia Federal assembly was more a reflection of his resentment of Russia’s geopolitical marginalization than a battle cry from a rising empire » 2

Une Russie se sentant – peut-être pas complètement à tort- menacée par des mouvements à tout le moins intempestifs et dont les anciens ressortissants livrés à la tempête de l’histoire ont vu un accès de folie, un prurit nationaliste vouloir leur dénier l’usage de leur langue en Ukraine.

Tragédie de l’histoire parce que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, si souvent brandi dans toute la planète, est ici considéré -par les belles âmes- comme incongru.
Face à ce droit sacré et intangible le principe tout aussi sacré et tout aussi intangible de l’inviolabilité des frontières et du bannissement de la force pour conquérir, occuper et annexer des territoires.

Enfin tragédie de l’histoire parce qu’un État autocrate, englouti dans les convulsions criminelles du bolchevisme, lui-même rattrapé par l’histoire n’aura jamais réellement bénéficié des charmes, délices et poisons de l’Ethique à Nicomaque et donc ne connaît que fort peu le compromis.

Le Général De Gaulle écrivit d’ailleurs fort justement : « La Russie boira le communisme comme le buvard boit l’encre. »
Et Poutine est tout sauf un Niekulturny !
L’Ukraine quant à elle, parce qu’ayant une revanche à prendre avec l’Histoire et des comptes à régler avec sa douloureuse géographie s’est arc-boutée, contrariée, chagrinée, et éclatée en un État kleptocrate au nationalisme revanchard et dont certains relents exhalent un parfum for peu délicat. A cet égard les tendances populistes fleurissent pareillement en Ukraine et en Russie.
Derrière l’ébullition des nationalismes, la craquelure de la démocratie !

Il eut fallu à Poutine l’ardeur modérée ou la retenue triomphante d’un Bismarck pour ne pas en arriver là, même si le colonel de feu le KGB a objectivement des raisons de se croire et de se voir encerclé ,cerné et assiégé à l’aune de la double patine des valeurs occidentales à lui et par lui inconnues, voire méprisées, et des gesticulations relevant davantage des cris d’orfraie que d’une « Foreign Policy » correctement pourpensée.

Il eût fallu la sagesse d’un Thomas Masaryk, premier Président de la République Tchéco-Slovaque pour que les différentes minorités cohabitassent harmonieusement en Ukraine.
À défaut il eût fallu à l’Ukraine l’âme finlandaise.
Et surtout, il eût fallu aux deux protagonistes, tels deux coqs désormais dressés sur leurs ergots, un peu (même beaucoup) de la sagesse et de l’anima de Jürgen Habermas qui sût transformer le caractère romantique mais souvent-trop souvent- meurtrier de l’Allemagne en une démocratie exemplaire qualifiée aujourd’hui de démocratie habermassienne.

Sans doute eût-il fallu à Monsieur Porochenko, au demeurant bon chocolatier mais piètre stratège, la sagesse de Churchill ainsi décrite par De Gaulle : « Nous parlâmes de Roosevelt et de son attitude à mon égard. « Ne brusquez rien ! dit Monsieur Churchill. Voyez comment, tour à tour, je plie et me relève. » 3

Les dirigeants ukrainiens, en tout cas ceux qui n’étaient pas de simples marionnettes kleptomanes à la solde de Moscou, eussent-ils lu la célèbre pensée de Jan Masaryk revenant de Londres en avril 1947 eussent évité la catastrophe actuelle.
Nous employons ce mot au sens étymologique qui ne comporte donc aucune connotation de valeur.

« Comment voulez-vous éduquer une nation qui n’a pas de tradition de liberté. Nous Tchèques, nous sommes un peuple malheureux. Notre ancêtre Czech, Dieu lui accorde une gloire éternelle, était un imbécile ! Il existe tant de jolis endroits au monde et voilà qu’il s’est arrêté précisément là où il s’est arrêté pour nous mettre entre les Allemands et les Russes. »4

« On se demande avec angoisse si, en allant dès l’origine, jusqu’au bout des concessions inévitables, on n’aurait pas évité la tragédie. »5

Le lecteur avisé remplacera fort utilement les allemands par diverses nationalités. Encore que la Wehrmacht a laissé de cuisants souvenirs en Ukraine à la fois en son territoire mais aussi auprès de certains esprits embrumés par une hideuse idéologie.

Notons aussi pour que la tragédie soit parfaite que la Russie poutinienne a cru bon d’user d’un droit de faîtage en Ukraine.

N’ayant point- hélas- la plume majestueuse et aristocratique du Général De Gaulle, nous nous contenterons de lui emprunter sa célèbre phrase : « …Les choses étant ce qu’elles sont… ».

«Nul homme n’est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix. »

Comment sortir de ce bourbier ? Comment Poutine, ayant atteint ses objectifs va-t-il s’esquiver la tête haute sans perdre la face ? Comment l’Ouest va-t-il l’aider –ou pas –à se départir de ce guêpier ? Comment l’Ukraine sauvera-t-elle un embryon d’Etat ?

Pour le dire autrement quels sont les « ways and means » qui charpentent sa politique étrangère ? Poutine saura-t-il imiter Staline qui sut sagement se retirer de l’Iran ou sera-t-il l’héritier du Khroutchev aventurier et de l’inamovible Brejnev dans leurs aventures fraternelles?

Accordons avec Hérodote aux deux principaux belligérants la volonté d’en sortir.
«Nul homme n’est assez dénué de raison pour préférer la guerre à la paix. »
Raymond Aron fit d’ailleurs graver cette pensée sur son épée d’académicien. 6

« Sans doute, ces gouvernements, déployant toujours l’appareil de pouvoir, s’efforçaient-ils à la sérénité. Mais, au fond des soucis, des chagrins, où ils étaient tous plongés, chacun vivait dans l’ombre de sa propre et déchirante tragédie… » 7

Tragédie enfin car la souffrance du peuple ukrainien- même si la réalité de son Etat est toute récente- et donc qu’elle s’impose aussi à nous et que nous ne saurions ni ne devrions occulter, s’échoue sur les rivages escarpés mais incontournables de la « Realpolitik » si chère au Docteur Kissinger.

Rappelons-nous tout de même que la reconfiguration des états est tout sauf un hapax dans l’histoire des nations.

« Athéniens, quand on ne peut se réclamer d’aucun grand service rendu ni invoquer un traité d’alliance existant et que, comme nous le faisons aujourd’hui, on vient demander du secours à autrui, il convient tout d’abord d’expliquer à ceux qu’on sollicite ainsi qu’ils ont, au mieux, intérêt à accéder à une telle requête, ou tout au moins qu’ils n’y perdront rien. Il faut ensuite donner l’assurance d’une ferme reconnaissance. Ne parviendrait-on pas entraîner la conviction sur ces deux points, on ne saurait, si la requête est rejetée, en éprouver de rancœur… »8

Poutine a-t-il préparé son coup ou la mainmise sur la Crimée était-elle le fruit de circonstances malheureuses pour les uns, heureuses pour les autres.
La Géorgie et l’Ossétie, simples préludes à une fugue menée tambour battant par l’ours russe !

Et si l’on pense que Vladimir Vladimorovitch privilégie la nécessité plutôt que le hasard de quelles cartes dispose-t-il ? Quels sont les atouts dont il jouit ?
Est-il le deus ex machina de la région ou bien un dieu de rang inférieur ayant désormais des comptes à rendre à son saint patron : Pékin en la personne du tsar mandarin Xi Ji Ping ?
Le tsar rouge Poutine est-il plus que le Junior Partner de Xi Ji Ping ? Est-il condamné à jouer une pâle copie d’un Mao encore et toujours bluffé et manipulé par Staline à son tour en Corée ?
Est-il, oui ou non rationnel comme nous l’avons écrit précédemment ?
De la réponse à ce conundrum dépendra la sortie de crise. Il joue en tout cas « espressivo ».

Les « Policy makers » doivent face à un conflit –et si possible avant – se poser une batterie de questions.
Quelles sont les raisons qui amènent la guerre ?
Thucydide en avait défini trois :
-le Phobos c’est-à-dire la peur
-le Kerdos c’est-à-dire l’intérêt
– la Doxa c’est-à-dire l’opinion publique, la représentation ou la fierté.

Ces raisons principielles sont en outre à la base de la théorie du dilemme de la sécurité de Robert Jervis.
Les autres questions nous ramènent, tel le fil d’Ariane, aux options laissées ouvertes à Poutine.

Acta fabula est ! On juge et on jauge le succès d’une bonne politique à la façon dont elle se termine ; non à la façon dont elle commence !

Tragédie enfin car tout comme dans la Grèce antique l’on distingue les trois temps.
Le Parodos, les stasimons, et l’exodos.
Le Parodos : l’implosion muette de l’URSS et l’effervescence des nationalités.
Les Stasimons : les révolutions de couleur et leurs succès ou échecs ainsi que l’annexion de la Crimée représentent.
L’exodos n’est pas encore connu ; il sera tout sauf heureux.

Quant à nous, il nous semble plus que déraisonnable de penser que le scénario si puissamment décrit par Shakespeare vienne à se réaliser.

« Pour vous, le plus mauvais des hommes, que je ne saurais appeler frère
sans affecter ma bouche, je te pardonne
la faute la plus fétide – toutes tes fautes – et requiers
de toi mon duché, que tu es, je le sais
forcé de me restituer » 9

Analyser l’emprise russe sur la Crimée et accessoirement l’Ukraine nécessite d’évaluer ce conflit à l’aune des deux principales menaces qui pèsent sur le monde.

En d’autres termes si l’on estime que le danger principal qui nous guette est la prolifération nucléaire alors force est de soutenir l’Ukraine et de contenir Poutine.
Dans ce cas de figure, Pacta sunt servanda ! Le pacte de stabilité de Budapest de 1994 s’impose erga et omnes.
Les promesses n’engagent pas les seuls récipiendaires !

Comment, par exemple convaincre l’Iran de renoncer à l’armement nucléaire si ce dernier constate ce que valent les garanties données à l’Ukraine en échange du renoncement à son armement nucléaire qu’il avait hérité de l’implosion soviétique.

Le Burgrave du Kremlin

Par contre que l’on en vienne à considérer, et c’est notre cas, la problématique chinoise comme ennuyeuse voire préoccupante alors il était inutile d’asseoir si confortablement et au son du glockenspiel le Maître du Kremlin dans son rôle de Junior Partner de la Chine. On aura connu des burgraves plus puissants !

Endiguer un condominium, alliant une puissance disputant la première place économique aux États-Unis et une puissance dont les attributs militaires, certes étiqués, mais conservant encore la mémoire flamboyante d’un déploiement quasi planétaire ne laisse pas d’inquiéter.

En outre Moscou s’est révélé être un acteur incontournable en Iran et en Syrie. Renoncer à s’en concilier les bonnes grâces dénote étroitesse d’esprit et grande absence de vision stratégique.

Posons le cadre où évoluent les acteurs et d’abord le premier d’entre eux : Poutine.

« Foreign Policy is the art of establishing priorities. »10

Il n’en reste pas moins, toujours selon l’orfèvre en la matière que :
« For the West, the demonization of Vladimir Putin is not a policy ; it is an alibi for the absence of one. » 11

L’affaire ukrainienne était censée lui apporter des gains et donc de nouveaux moyens d’action sur la scène internationale. Or l’acquisition de la Crimée et la mise en coupe réglée d’une partie de l’Ukraine découvrent un paradoxe déjà décrit par Gortchakov, ministre des Affaires Etrangères du Tsar Alexandre II.
Des frontières élargies, loin d’apporter une sécurité supplémentaire fragilisent ses relations dans le monde. Loin d’agrandir le choix de ses alliances elle les étrécit.
Il est vrai que Sergueï Lavrov, parfaitement cuirassé n’a pas la finesse de son prédécesseur !

Comment et pourquoi Poutine en étendant ou se réappropriant son Empire est-il devenu le Junior Partner de son si puissant voisin chinois ?
Ce faisant élargit-il la palette de ses options, condition et témoignage d’une politique étrangère réussie ou au contraire la ferme-t-il ? Est-il enlisé, et, si oui a-t-il les moyens de tenir et de rebondir ? Résistera-t-il aux sanctions ?
La Chine est-elle son Traité de Réassurance chef d’œuvre bismarckien ou le piège méphistophélien tendu à Faust ?

L’a-t-il voulu ou y a-t-il été contraint par une vision occidentale stratégique parfaitement amétrope ? À cet égard la cécité intellectuelle, dont font preuve certains néoconservateurs américains relève de l’apeiron.
Être diplômé des universités les plus prestigieuses, n’empêche pas leurs cerveaux embrumés de va-t-en-guerre de rester dans la confusion mentale !

« Almost every achievement contains within its success the seeds of a future problem » 12

Kissinger pense que l’Occident porte une part de responsabilité dans cette escalade. Des lors que l’on traite, traitera ou aurait dû traiter avec Poutine il ne faut pas perdre de vue:
« We have to remember that Russia is an important part of the international system, and therefore useful in solving all sorts of other crisis, for example in the agreement on nuclear proliferation with Iran or over Syria .This has to have the preference over a tactical escalation in a specific case… » 13

Avis à tous les nostalgiques de la guerre froide ou des routines organisationnelles:
« But i dont think it’s a law of nature that every state must have the right to be an ally in the framework of NATO. » 14

Quelle est désormais sa marge de manœuvre dans cette relation à tout le moins asymétrique avec le « zongguo » qui mérite plus que jamais son nom d’empire du milieu ?

Poutine restera-t-il désormais le chef d’orchestre de la partita jouée en Ukraine ou ne sera-t-il que le second violon d’une chaconne dont le rythme lent mais assuré convient parfaitement à la Chine ?
Qui sera l’émerillon d’affourche dans cette relation qui promet d’être passionnante ?

Accessoirement la crise ukrainienne nous ramène non pas à la guerre froide mais aux solutions si intelligentes dégagées dans le Traité de Westphalie de 1648.

En l’occurrence savourons l’ éblouissante interview accordée au Spiegel par Henry Kissinger le 13 novembre 2014.
Quoique certaines de ses positions soient ambigües voire contradictoires, l’on ressort toujours plus savant après en avoir fréquenté ses écrits.

«The treaty (Westphalia) was based on the necessity to come to an arrangement with each other, not on some sort of superior morality. Independent nations decided not to interfere in the affairs of other states. They created a balance of power which we are missing today. » 15

Ainsi pour Kissinger, la Crimée et l’Ukraine sont les symptômes d’un monde désorganisé et non les causes.
Continuons plus loin: «But if the West is honest with itself, it has to admit that there were mistakes on its side. The annexation of Crimea was not a move toward global conquest. It was not Hitler moving into Czechoslovakia. » 16

Pour Kissinger, Poutine après avoir englouti 60 milliards de dollars à Sotchi ne pouvait avoir programmé l’invasion de la Crimée. Cela n’aurait eu, toujours selon lui, aucun sens. Sur ce point nous pensons- en toute humilité- que Kissinger se trompe.
Nous estimons bien au contraire que Sotchi n’empêche pas Sébastopol. Voire, il le prépare !
Une telle invasion, menée de main de maître -de surcroît sans bavure- nécessitait une préparation intense mobilisant les meilleurs éléments de l’armée russe.
Nous en avions d’ailleurs évoqué la possibilité lors de notre précédent article sur Poutine ou le sabre et le goupillon.

Kissinger nous pardonnera bien volontiers notre divergence avec lui ; nous partageons par ailleurs avec lui tant d’analyses communes !

Une politique étrangère s’éploie sur trois axes :
-unilatérale
-duopole
-multilatérale.

« Qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle le cœur de l’Eurasie »

Les temps glorieux d’ « Uncle Joe » qui gratifiait les « pays frères » de missionnaires de l’assistance du KGB, GRU, NKVD etc. sont hélas, ou fort heureusement pour nous, révolus.

L’époque où le Maréchal Rokossovki de nationalité russe, à la poitrine chamarrée et constellée de décorations (les bolcheviques raffolaient de ce genre de bimbeloterie) mais pourtant douloureusement torturée par les mêmes bolcheviques (autre spécialité locale) dans les geôles de la Lubianka a pu être Ministre de la Défense et Vice-Président du Conseil des ministres en Pologne, est désormais oubliée.
Il est vrai que les nazis avaient montré le chemin en nommant eux aussi des Gauleiters natifs du cru.
Pour autant le vaillant soldat – peu rancunier envers ses tortionnaires – ne vit aucun conflit d’intérêt à requérir l’intervention militaire du Grand Frère moscovite contre son propre pays.
N’ayant pas, tant s’en faut, retrouvé sa splendeur d’antan, Poutine ne peut agir que s’il a peu ou prou un allié à l’attitude à tout le moins quiescente.

Nous nous proposons donc d’examiner dans un premier temps les alternatives de son offertoire.
Le point essentiel de la politique de Poutine est fort ancien et revient de façon rémanente. Rappelons-nous les propos du grand géographe Harold John Makinder :
« Qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle le cœur de l’Eurasie ; qui contrôle le cœur de l’Eurasie contrôle l’île monde ; qui contrôle l’île monde contrôle le monde. »17

«Ne peut-on affirmer que la vaste région eurasiatique, qui était dans l’Antiquité inaccessible par bateau mais favorable aux nomades à cheval, et qui aujourd’hui se dote d’un réseau ferroviaire, reste, envers et contre tout, la zone pivot de la politique mondiale ? » 18

Pour protéger son Heartland, il reculera sans cesse les frontières de son Rimland. C’est l’éternel combat d’Athènes contre Rome ou la puissance navale- en principe plus ouverte- contre la puissance terrestre plus fermée.

Ni puissance européenne quoique sa démographie penche vers l’ouest, ni puissance asiatique vers où l’entraîne sa géographie.
Le lecteur qui désirera une vue plus complète sur l’eurasianisme pourra se reporter utilement à nos deux premiers articles.

L’eurasianisme permet tout à la fois à Poutine d’affirmer les valeurs morales russes comme supérieures à celles de l’Occident et de se poser en superpuissance.
Nous nous proposons dans un article ultérieur d’en traduire les soubassements militaires et géopolitiques qui le portent et qui l’accompagnent.

David Teurtrie dresse un tableau des frontières russes, avatars entre les effets d’héritage et les nouvelles polarités. Il définit les frontières avec l’étranger proche comme un enjeu idéologique.
Dès lors qu’on dénombre à l’heure actuelle 22 millions de Russes vivant à l’étranger le débat revêt une importance cruciale.
Soljenitsyne pensait déjà que là où les russes sont majoritaires on doit rattacher le pays à la mère patrie.

À cette aune le Kazakhstan, même courtisé par la Chine peut légitimement nourrir quelques soucis.
Soljenitsyne revendiquait et proclamait le Donbass, la nouvelle Russie et la Crimée territoires russes. Dans son livre « Comment réaménager notre Russie » il ne se résout pas à voir l’ancienne Russie, la « Rus » coupée en trois affirmant que Petits- Russiens (ukrainiens) Blancs- Russiens (Biélorusses) et Grands Russiens appartiennent à un même peuple.

Pour sortir de cette contradiction les néo-impérialistes rejoignent peu ou prou Alexandre Dugin et considèrent la civilisation russe comme tout à fait particulière et inclassable tant à l’Ouest qu’à l’Est.

D’autres, tel le libéral Anatoli Tchoubaïs, envisagent la formation d’un grand empire libéral.
Au sein de cette dernière galaxie la domination économique cèle l’emprise militaire. La politique étrangère russe oscille donc entre les partisans d’une accession à marche forcée vers l’Empire ou une tutelle économique rampante.
– les impérialistes partisans d’une annexion pure et dure
– Les néo- impérialistes qui sont des annexionnistes déguisés en plus réalistes
– les libéraux et les pragmatiques.

Les derniers privilégient l’arme économique pour donner une bouffée d’oxygène à la Russie alors que les premiers ne demandent qu’à fourbir leurs armes auprès de populations, tout sauf ravies, de bénéficier de l’ombrelle russe.

Poutine dans la ligne de certains idéologues voulait une Eurasie allant de Dublin à Vladivostok. Il encourt désormais le risque d’un axe Shanghai St Petersbourg.
L’ombre portée de la Chine !

Avec ce qui aurait dû n’être qu’une promenade militaire en Géorgie et qui a démontré au grand jour les dysfonctionnements de l’armée russe on assiste à la victoire des impérialistes.
En matière de politique étrangère son siège est désormais fait. Et pour que ses collègues, vassaux et protégés soient rassurés ou conscients, il emploie l’expression « multi-ethnique. » Or cette formulation vise comme nous l’avons vu non pas l’État-Nation mais l’Empire. La prégnance des sentiments nationalistes est trop forte pour s’accommoder d’un Etat ouvert.

L’on peut attribuer à Vladimir Vladimorovitch de nombreux défauts, mais il a au moins le mérite d’avoir défini une politique cohérente – même matinée d’une bonne dose d’opportunisme – et de s’y tenir.
L’Ukraine et les alliés auraient peut-être dû lui prêter plus d’attention en 1991.

Examinons les acteurs avec lesquels il peut conduire sa politique étrangère après s’être fermé l’option européenne que son eurasianisme lui condamne.

Une première constatation s’impose : la destruction de l’avion de la Malaysian Airlines a dégradé la position déjà fragile de la Russie. Même les Etats qui ne l’avaient pas condamné ou qui l’avaient- à tout le moins- condamné du bout des lèvres ont endurci leurs positions.
Le Japon, pour ne citer que lui, était plus modéré.
L’eurasianisme est donc l’alternative à la domination des États-Unis dans cette sphère d’influence.
USA certes mais, peut-être aussi et surtout, l’Allemagne. En effet, de tout temps l’Allemagne a occupé dans le substrat russe une place prépondérante. Une pathologie anxiogène le dispute à une admiration prédatrice.
Cette ambivalence, thème majeur des films d’Eisenstein, se reflète dans le plan de Beria sur Berlin pour neutraliser l’Allemagne d’après-guerre.
Donc Poutine, malgré quelques velléités, ne peut jouer la carte européenne dans ce cas de figure pour redevenir une grande puissance. Cette porte lui ayant-en outre été malencontreusement verrouillée par la myopie occidentale – l’aventure ukrainienne pouvait suivre son cours.

La Corée ou l’hôtel du libre-échange !

Quatre acteurs principaux évoluent en Asie : Chine, Corée du Nord, Inde et Russie. Nous avons choisi de ne pas inclure la Corée du Sud et surtout le Japon, car ces deux pays bien que disposant d’une formidable puissance économique, ne sont pas réellement des acteurs autonomes.
Ces deux pays que par ailleurs quelques divergences (des iles et de malencontreux souvenirs féminins) opposent dépendent pour leur sécurité du parapluie nucléaire américain et de ses bases sur leur sol.

Tant que leur souveraineté militaire est étroitement encadrée, corsetée limitée, leur politique étrangère a beau brandiller en tous sens, elle reste parfaitement émasculée.

C’est pourquoi, la Corée du Nord est peut-être le terrain de jeu qui semble- à tout le moins- le plus facile d’accès pour la Russie.
Une frontière commune même si elle est exiguë, porte d’entrée d’un corridor qui irait de Vladivostok à Pusan.

Poutine a comme nous l’avons vu a investi 20 milliards de dollars pour moderniser son infrastructure portuaire dans cette seule région.
Alors qu’il y a quelques années le Kremlin, l’Europe et les USA adoptaient peu ou prou la même ligne de conduite sur la Corée du Nord, il n’en va plus de même aujourd’hui.

Bien que membre du groupe des pourparlers à six (Chine, Corée du Sud, Corée du Nord, USA, Russie, Japon) la Russie y joue une partition légèrement dissonante. De façon imperceptible mais réelle la Russie s’éloigne des autres membres.

Ainsi le Kremlin n’a pas voté en faveur de la résolution condamnant la violation des droits de l’homme par la Corée du Nord, laquelle-juste retour des choses- n’a pas non plus stigmatisé l’agression russe en Crimée.
Ce glissement stratégique russe répond parfaitement à la volonté et à la nécessité coréenne de rééquilibrer ses relations avec la Chine dont elle dépend à 80 %.

La Russie a signé en 2011 un accord avec la Corée du Nord sur un gazoduc qui ne s’est pas concrétisé et pour la construction d’une voie ferrée vers la zone économique spéciale de Rason afin de raccorder le transsibérien.
La Corée du Nord est son Far-East !
En avril 2014 Poutine a annulé jusqu’à 90 % de la dette nord-coréenne envers la Russie, soit 11 milliards de dollars. Une goutte d’eau dans ce qui était alors l’immensité des réserves russes. Pour mémoire, il n’est pas inutile de rappeler que la Corée du Nord est soumise aux sanctions onusiennes.
Cette annulation contrebalance la chute de l’aide humanitaire qui était de 301 millions de dollars en 2000 à 28,3 pour les 11 premiers mois de 2014.
En 2013 les exportations de pétrole russe ont augmenté de 58,5 % pour atteindre le montant de 36 millions de dollars.
Même si le commerce entre les deux pays est encore relativement faible, il s’élève désormais à 100 millions de dollars.

Pour autant cela n’empêche pas la Corée de demeurer dans sa posture nucléaire agressive.

Que cherche la Russie en Corée ?

Elle cherche un rapprochement entre les deux Corées.
La Corée du Nord dispose dans sa dot d’un armement nucléaire et de ses vecteurs. Le missile Nodong 4 a un étage à carburant liquide mais l’autre est désormais à carburant solide et sa portée –différente selon les types de charges –est de 4300 km et sa capacité d’emport –pour toutes munitions confondues –est de 1000 kgs.
Même si leur dernier essai s’est abimé en mer du Japon le message adressé à ce dernier était on ne peut plus clair.
Certes la Corée aligne sous les drapeaux 1.106.000 hommes et environ 8 millions de réservistes.
Signe tangible du réchauffement russo- coréen et du refroidissement sino- coréen, Xi Ji Ping a préféré se rendre à Séoul alors qu’il a ignoré Pyongyang.
En fait Poutine duplique – ce qui est fort intelligent de sa part – la politique de Staline des deux fers au feu.
Certes cela nécessite une bonne dose de cynisme, mais le cynisme est une des rares (très rares) denrées à n’avoir jamais manqué dans la Sainte Russie et son épigone bolchevique.

Poutine pense en effet que si le groupe des six ne veut pas répéter les erreurs de l’accord-cadre avec Pyongyang, les européens et américains auront besoin de lui pour recevoir et stocker l’uranium enrichi et le retraiter en barres pour l’industrie civile.

Ceci est valable tant pour la Corée que pour l’Iran. N’en déplaise au Sénateur Marc Rubio et autres apprentis stratèges. Pour être le point nodal de l’objectif de Poutine, le rapprochement avec la Corée est donc essentiel.

Lorsque Poutine invite Kim Jong-Un à assister aux cérémonies de la victoire sur les allemands en mai 1945, il envoie deux signaux.
C’est certes une provocation mais pas uniquement !
La recherche d’un appui, d’un allié nord-coréen lui permet de se recentrer vers l’est et de montrer les dents tant à l’ouest qu’à Pékin lequel veut être le seul à contrôler Pyongyang.

On le voit l’Ukraine n’est pas un but en soi. L’Ukraine lui permet la reconquête de son empire et surtout d’être l’épicentre des relations Est-Ouest.
En se rapprochant de la Corée du Nord, il pense peser sur la Corée du Sud et le Japon. La Corée du Nord seule n’est pas une prise de guerre suffisante.
C’est de plus un allié encombrant que la Chine ne laissera pas se ranger aussi facilement sous l’étendard russe.
Pour pérenniser son eurasianisme et la puissance économique qui lui permet de le porter, il a-entre autre- besoin d’un accord dans les hydrocarbures. À cet égard la Corée du Nord, même si elle lui donne une profondeur stratégique sera tout sauf pourvoyeuse de capitaux.
Certes la Corée du Nord dispose de matières premières conséquentes.
Certes il y a eu quelques ventes d’armes à la Corée. Héritage du passé les systèmes d’armement sont largement compatibles.

En considérant la Corée du Nord, Poutine l’agite vis-à-vis des autres pays ! Poutine rêve donc d’une alliance avec une Corée réunifiée. Pour cela il a besoin de la Corée du Sud et de ses capitaux.
Cette option peut se concevoir sur le papier, et effectivement elle fait sens. La réalité est bien entendu toute autre. Car c’est oublier que les USA auraient aussi leur mot à dire. Rien ne laisse supposer qu’ils approuveraient.

Séoul ressortit de plus en plus à Pékin sur le plan économique mais précisément pour éviter d’aggraver sa dépendance économique par une sujétion militaire il ne peut se passer de l’assistance militaire américaine.
Il est hautement improbable – à moins d’un bouleversement spectaculaire dans la région – que Séoul sacrifiera son traité d’assistance mutuelle avec Washington du 28 janvier 1954. L’on ne voit pas d’ailleurs, quelle serait l’alternative à un tel abandon.
D’autant plus que selon le paradoxe de la logique stratégique du qui peut le moins peut le plus, la suasion américaine maintient encore la Chine à l’orée du bois.

Pékin et Séoul renforceront certes leurs liens. Le 24 août 1992 Pékin a troqué l’idée d’une seule Corée de jure mais deux Corées de facto pour deux Corées de jure deux Corées de facto.
Dire que Pyongyang en est ravi relève de l’euphémisme.
Mais a-t-il le choix? Surtout que cette nouvelle donne s’est accompagnée de garanties chinoises additionnelles.
En Asie, peut-être plus qu’ailleurs, les relations internationales sont tout à la fois ampliatives et amphigouriques. Feu Otto von Bismarck, eût seul peut-être, été à même d’en démêler l’écheveau.
Dorénavant Séoul pratique la politique du rapprochement avec la Chine qu’elle appelle du doux nom de « rayon de soleil » ou « Sunshine Policy ». Gageons que les habitants du pays du Soleil Levant auront compris le subtil message adressé par le pays du « Matin calme ».

La Chine partenaire principale, s’opposera donc de toutes ses forces à cette réunification. L’on se demande d’ailleurs pourquoi elle tolérerait la présence de troupes américaines à sa frontière ?
En outre ni Moscou ni Séoul n’ont les moyens financiers d’initier, de porter et d’accompagner cette réunification sur les fronts baptismaux. Comme nous l’avions écrit dans un précédent article Pyongyang n’est pas à Pankow et Séoul n’est pas à Bonn.

Si Poutine espère donc une transition douce qui lui permettrait d’être un partenaire accompli, idéalement situé au centre du triangle Pékin Moscou Pyongyang, il s’illusionne grandement.
Par ailleurs le deal gazier avec la Corée se révèle difficile.
L’option coréenne lui est donc définitivement cadenassée.

La politique coréenne de Poutine est également contrecarrée par la volonté chinoise de maintenir de bonnes relations et relativement égales si possible avec les deux Corées ; quand bien même des tiraillements apparaissent.

C’est là la marque et d’un héritage ancestral et d’une politique étrangère fort avisée. Aujourd’hui Pékin a les moyens de cette politique. Suffisamment fort pour intimider, voire rappeler à l’ordre, mais désormais assez puissant économiquement pour séduire et attirer. A cet égard la banque « chinoise » AIIB de développement en est l’éclatant gonfalon.

Pour autant, ne nous leurrons pas, Pékin ne laissera jamais tomber son seul allié militaire. Ce serait aller à l’encontre de ses intérêts fondamentaux stratégiques et se priver d’un pion dans le jeu.

Qu’est-ce qui pousse donc Poutine à croire qu’il a une chance de voir aboutir son « pivot coréen » ?
Poutine s’est-il cru encouragé dans sa politique coréenne où la Chine n’a pas arrêté d’émettre des signaux contradictoires ?
En 2001 l’on assiste à un retour des conservateurs à Séoul qui va de pair avec un rapprochement avec Washington.
Lors du torpillage de la vedette sud-coréenne Pékin soutient Pyongyang alors qu’un accord le lie aussi à Séoul.
La Chine a cependant voté les résolutions 2087 et 2094 à l’ONU. Elle a aussi coupé certaines aides financières lorsque la Corée dépassait les limites du visible dans ses activités nucléaires.
Certes Xi Ji Ping a affirmé : « Aucun pays n’a le droit de précipiter la Chine dans le chaos. »
En avril 2013 Pékin et Séoul établissent une ligne directe pour discuter de la Corée du Nord.
La politique de Pékin consiste donc à souffler la braise puis à la diaprer telle la rosée sans toutefois l’éteindre. Son but reste le même : comme dans toute la région, être l’incontournable Monsieur Bons Offices. En attendant d’être le « deus ex machina »
elle ne se laissera pas déposséder de son rôle par Poutine !
Certes la Chine modifie subrepticement sa politique coréenne.
Certes Xi Ji Ping est depuis Mao Ze Dong à la fois le leader le plus nationaliste et qui concentre entre ses mains le plus de pouvoirs. (Sauf la présidence de la fédération de bridge)
Il ne se laissera donc pas entraîner dans une aventure coréenne quand bien même un traité d’amitié l’oblige avec la Corée du Nord depuis 1961.
Certes la direction chinoise procède actuellement à ce que les Anglo-Saxons appellent un nouveau « calculus » de leurs relations avec les deux Corées.

Les risques, les coûts et les avantages sont fortement réactualisés.
Certes l’affirmation rituelle : « peaceful indépendant unification of the Korean peninsula » est toujours clamée urbi et orbi.
Certes la Corée, en dépit de tout et de tous, poursuit imperturbablement son chemin nucléaire. Sa Via Dolorosa est cependant encore loin !

Certes les tests nucléaires de 2006 et depuis ont montré des divergences parfois profondes au sein du PC chinois.
Certes la Chine ne tolérera pas de G.I. s au bord du Yalou.
Certes les incidents frontaliers ont tendance à se multiplier. En janvier 2015 un soldat nord-coréen fait passer de vie à trépas quatre soldats chinois en Chine.
Curieusement la Chine pourtant si prompte en d’autres occasions à se dresser sur ses ergots reste coite.
Certes la Chine a relevé son niveau de sécurité à sa frontière.
Pour autant elle ne semble pas vraiment prête à augmenter la pression. On assiste actuellement à un foisonnement de débats contradictoires concernant la Corée du Nord en Chine.
Ainsi le Général Wang Hanggwuang, ancien commandant en chef adjoint de la région militaire de Nanjing a critiqué violemment le troisième test nucléaire coréen qui s’est produit près de la frontière chinoise. Il l’a qualifié de « missile recklessness » en mars 2014.
Brookings Institute a ainsi rapporté les propos du Général Wang .Ils sont éloquents mais ne reflètent pas la ligne officielle. Et Wang a été désavoué.

Wang’s lengthy and searing critique of North Korea warrants extensive quotation. As he wrote: “On major issues of principle [nuclear weapons were cited as the relevant example], there is no need for China to harm its own interests for the sake of North Korean interests…North Korea has long since abandoned Marxism-Leninism… it is neither a proletarian political party nor a socialist country…China and North Korea only have a relationship of national interests…North Korea [has pursued] a policy of national seclusion. China cannot be blamed, and China bears no responsibility for it….The collapse of a country is not mainly dependent on external forces. If a regime cannot get the support of the people, then ‘collapse’ will happen sooner or later…China is not a savior. If North Korea were to truly collapse, China would not be able to save it. All China can do is make preparation accordingly…China does not need to invite trouble. Whoever starts the war should be responsible…China’s sons need not fight a war for another country.” Wang’s views attest to a strikingly different tone about North Korea increasingly evident within China, though it remains to be seen how far and how fully such views might affect future Chinese policy.” 19

Un officiel chinois de haut rang a par contre fustigé des stratèges chinois de se faire les avocats d’un lâchage coréen. La sanction ne s’est pas fait attendre.
De son côté Xi Ji Ping a mis à l’écart Zhong Dejiang qui était le dignitaire chinois le plus proche de Kim. Le mépris chinois pour la Corée du Nord est toujours aussi fort.
Le grand écart semble une figure de gymnastique fort prisée en Chine ! En Corée, elle reste son paradigme !

La Corée : To be or not to be

Une Corée unifiée reste-t-elle pour autant son cauchemar stratégique ?

Kim Jong Un est- plus que ses prédécesseurs- un leader imprévisible et instable. C’est là une tare impardonnable aux yeux des communistes qui ont toujours eu peur de la nouveauté.
Aujourd’hui la Corée du Nord fait peser un risque plus grand que par le passé sur les relations sino- coréennes. Pékin ne tolérera en aucune façon les mouvements intrépides, voire insolents de la Corée du Nord.
Et Pyongyang n’a pas fini de payer la liquidation physique de de l’oncle de Kim Jung-Un, Jang Song –Thaek, réputé proche de Pékin.
Insolent et téméraire car liquider Young est un avertissement à Pékin !

Pékin cherche une approche graduée avec son tumultueux voisin. Pékin évitera autant que possible les vagues.
Poutine peut ou veut croire qu’il y a là un interstice où il peut se glisser. Voire !
Si le commerce Pékin -Séoul représente 45 fois le montant du commerce Pékin- Pyongyang, et même si Xi Ji Ping a déjà vu 7 fois la Présidente Coréenne Park Geun-Hye et n’a pas encore vu une seule fois Kim Jung Un, Pékin-grand dévoreur de matières premières- n’est pas prêt à renoncer aux richesses minières de la Corée du Nord.
C’est pourquoi les pressions chinoises sur la Corée n’iront pas à la dernière extrémité.

Pour autant il est une réalité qui chantourne les relations actuelles entre Pékin et Pyongyang.
L’un demeure fondamentalement un régime autarcique, l’autre est devenu une économie ouverte dont les échanges avec la planète entière conditionnent sa survie.
Cette schizophrénie peut effectivement poser des problèmes qui peuvent conduire Poutine à vouloir pousser de tous ses feux vers une réunification dont il serait le parrain indispensable.
Xi Ji Ping est certes plus fortement conscient que ses prédécesseurs du risque coréen. Historiquement les relations sino-coréennes n’ont jamais été aussi mauvaises. Cela est aussi vrai si on les compare aux autres relations entretenues entre Pékin et d’autres pays.

Dans le China Dream Pyongyang a de moins en moins de place, ce qui ne laisse pas d’inquiéter les dirigeants coréens.
Pour desserrer l’étau chinois que la Chine régule à souhait, la Corée est aussi désireuse de se rapprocher de Moscou.

De son côté Pékin regarde de façon relativement sereine les tentatives désespérées de la Corée de secouer le joug chinois. Un officiel du Ministère des Affaires Etrangères Chinoises a pu dire en septembre 2014 : « one chinese observer to describe North Korea’s present policy » « as going in all directions while only lacking China. » 20

La Corée du Nord seule représente trop peu pour Poutine. Lestée de sa voisine du Sud, l’offre paraît beaucoup plus alléchante procurant à Moscou une profondeur stratégique allant de Vladivostok à Pusan.

Mais même si Pékin a aujourd’hui les yeux de Chimène pour Séoul la Chine semble privilégier le statu quo actuel. La volonté de la Chine est de garder, seule et elle seule, la main sur Pyongyang en dépit des pressions internationales sur la Corée du Nord.
Pour Pékin la réunification demeure une affaire purement coréenne qui cependant reste et doit rester : « a distant dream. »

Quoi qu’en dise ou fasse Poutine, la Chine est le seul acteur qui a des relations puissantes avec les deux Corées. Poutine à cet égard ne joue pas dans la même cour. Il n’est qu’un Junior Partner.
L’on pourrait conclure l’impasse poutinienne par la caractéristique des relations sino-coréennes. Entre Pékin et Pyongyang, malgré une coopération toujours d’actualité la défiance reste mutuelle ; ou en dépit d’une défiance mutuelle rémanente la coopération reste la pierre angulaire.

Nous nous proposons dans un autre article de passer en revue les autres options offertes à Poutine. Mais il semblerait que plus Poutine se montrera agressif en Ukraine, plus il y sera encalminé, plus notre Junior Partner verra ses options se fermer et plus la jugulaire chinoise sera forte.
Le margrave de Moscou est encore loin d’être un nouveau Zeus tout puissant dans son Olympe prêt à terrasser les Titans.
L’examen exhaustif de ses options permet de déterminer dans quelle mesure la sortie de crise –rappelons le inévitable – imposera ses lois et sa grammaire.

Leo Keller
30 mars 2015

Notes
1 Henry Kissinger interview Der Spiegel 13 novembre 2014
2 Schlomo ben Ami Project syndicate 27/12/2013
3 Charles de Gaulle in Mémoires de Guerre. L’appel La Pléiade P 210
4 Antoine Mares in Histoire des Tchèques et des Slovaques
5 Raymond Aron in Carnets de la guerre froide
6 Hérodote
7 Charles de Gaulle In Mémoires de Guerre
8 Thucydide in la guerre du Péloponnèse tome 1 la Pléiade page 713
9 William Shakespeare in Tempête
10 Henry Kissinger in Pour une nouvelle politique étrangère américaine
11 Henry Kissinger interview Washington Post 5 Mars 2014
12 James Baker in Memory
13 Henry Kissinger interview Der Spiegel 13 novembre 2014
14 Henry Kissinger interview Der Spiegel 13 novembre 2014
15 Henry Kissinger interview Der Spiegel 13 novembre 2014
16 Henry Kissinger interview Der Spiegel 13 novembre 2014
17 Robert Kaplan in la Revanche de la Géographie page 134
18 Robert Kaplan idem Page 125
16 interview donnée à Pierre Hassner en 2005
17 Vladimir Poutine interview donnée au Moscow Times le 26/04/2013
19 Brookings Institute 20/01/2015
20 Brookings Institute

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