Réflexions sur le génocide arménien par Richard Prasquier

Réflexions sur le génocide arménien Yom ha Shoah, révolte du ghetto de Varsovie, génocide  rwandais, la période de  Pessah(Pâques) est  un concentré de rappels mémoriels. Plus encore cette année 2015, où le 5 Iyar, jour de l’Indépendance de l’Etat d’Israël correspondait au 24 avril, centième anniversaire du génocide arménien. Cette coïncidence calendaire extraordinaire survient en un mois où les persécutions contre les chrétiens d’Orient commencent (peut-être?) à percoler une indifférence médiatique troublante et où  la menace existentielle que la nucléarisation de l’Iran fait peser sur Israël génère surtout le scepticisme stoïque qui convient quand on espère que le désastre ne touchera que le voisin : Munich est  la capitale morale de notre planète et le Prix Nobel Barak Obama en est  citoyen d’honneur. Des livres remarquables sur le génocide arménien permettent  de mieux connaitre cet événement majeur d’un XXe siècle qui a vu ce que Churchill appellera, d’après les informations qu’il recevait sur les massacres de Juifs, un « crime qui n’a pas de nom ». Un juriste juif polonais échappé aux nazis, Raphael Lemkin, lui a donné en 1944 un nom: le « génocide ». En 1921, Talaat Pacha, responsable majeur de l’extermination, avait été tué à Berlin par un jeune arménien. Celui-ci fut jugé (et acquitté) alors que la loi allemande (ni aucune autre à l’époque) ne permettait d’incriminer Talaat pacha pour ses crimes immenses, qui avaient eu lieu dans un autre pays. Le jeune Lemkin n’avait pas compris cette distorsion… D’autres Juifs ont réfléchi sur le génocide arménien, tels l’Ambassadeur des Etats Unis, Henry Morgenthau. En 1933, Franz Werfel publia les « Quarante Jours du Musa Dagh » (le mont de Moïse); cette histoire d’un réduit  arménien dans la montagne,  fut lue avec passion dans les ghettos de Varsovie et de Bialystok et par ceux qui envisagèrent le Carmel comme un refuge si Rommel arrivait en Palestine. Enfin le « Conte de la Pensée dernière » écrit par un  survivant de la Shoah, Edgar Hilsenrath, est un  livre emblématique.  La figure  admirable de Armin Wegner, photographe indigné du martyre des Arméniens, opposant frontal à l’antisémitisme nazi, Juste des Nations à Yad Vashem et honoré au Mausolée de Erevan, marque le lien  entre les deux génocides. Les témoignages, rapports de presse, réactions  politiques ont été plus nombreux à l’occasion des  massacres en Anatolie que lors des  massacres de Juifs en Europe centrale vingt-cinq ans après. En 1894 déjà  les massacres d’Arméniens (environ 200 000 victimes!) organisés par Abdul Hamid  avaient soulevé l’indignation (Jaurès, Péguy..) mais un jeu complexe d’alliances  (France, Russie, Allemagne) protégeait la Turquie.   Les troupes allemandes  massivement présentes en Turquie en 1915, n’ont rien empêché. D’où la mise en cause  récente de  l’Allemagne, refuge des responsables après la guerre.  Y a-t-il eu plus? On connait la phrase de hitler en 1939, « Qui se souvient encore du massacre des Arméniens? ».  De fait,  le souvenir était vivace, pas pour les bonnes raisons. L’un des très proches de Hitler, Max Erwin von Schreubnner-Richter, tué lors du putsch de la brasserie, vice-consul à Erzeroum, à l’épicentre du génocide, savait qu’on peut exterminer un peuple entier sans trop de difficultés: leçon à méditer.    Les motifs du génocide  furent divers. Chez les dirigeants Jeunes Turcs ce fut le fantasme d’homogénéité dans un pays multi-ethnique: sous couvert d’une cinquième colonne imaginaire, le bourreau devenait défenseur et  la victime  comploteur: les nazis aussi prétendirent que les Juifs étaient responsables de la guerre….. La défense de l’Islam a aussi  beaucoup  servi, notamment pour mobiliser les kurdes, musulmans  non-turcs. Il y eut aussi chez les intellectuels occidentalisés, un darwinisme social  assaisonné à la sauce «touranienne ».  Seule la dimension biologique de pureté raciale resta une folie spécifique au nazisme. On pouvait adjoindre des femmes au harem, faire grâce aux orphelins, voire parfois aux adultes qui acceptaient la conversion. Rien à voir avec l’implacable « science » nazie.  Enfin, il y a ici le négationnisme d’Etat, consensus entre deux mondes antagonistes, le nationalisme kémaliste et l’islamisme de l’AKP. Quelques intellectuels courageux, une partie de la jeunesse, rechignent devant la perpétuation d’un mensonge. Certes, il reste à Erdogan le soutien des Frères Musulmans, dont le Hamas. Il lui reste les ambiguïtés d’Obama, mais depuis les déclarations du Président Rivlin, il n’a  plus celles d’Israël, qu’il ne cesse de vilipender. Soixante-dix ans après la fin de la Shoah, l’Etat d’Israël malgré ses extraordinaires succès reste menacé de destruction. Cent ans après 1915, les chrétiens d’Orient, où il n’y a presque plus d’Arméniens,  sont en danger de disparition.  Le génocide n’est pas qu’une relique du passé……. Richard Prasquier Président d’Honneur du CRIF

richard prasquier

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Comments

  1. Remarquable texte (j’ai failli dire comme d’habitude) !
    A rapprocher du travail sur les génocides et leurs mémoires qui se fait dans le cadre de l’ONU et/ou de l’UE (notamment les accords polono-ukrainiens malheureusement interrompus par le changement de régime en Ukraine).

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