L’Iran ou les pistaches salées

L’Iran ou les pistaches salées

Henry Kissinger comparait de savoureuse façon les concessions accordées à une partie adverse aux cacahuètes salées. Plus on en donne, plus l’autre partie en redemande et en avale !

« Chacun des trois fait un peuple fort grand ;
Le créateur en a béni l’engeance.
En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d’exercer leur langue.
Hé, mon ami, tire-moi de danger :
Tu feras après ta harangue. » 1

« Encore n’usa-t-il pas de toute sa puissance.
Plus fait douceur que violence. » 2

Ami lecteur, ne soyez point trop interpellé ! La Fontaine eût pu être sagement convoqué en Iran !

Pour comprendre si l’affaire iranienne a atteint son dénouement ou -à tout le moins- le début de celui-ci selon le Président Obama ou au contraire, si nous allons vers l’explosion de tous les dangers selon le Premier Ministre de l’État d’Israël Benjamin Netanyahu, il nous semble nécessaire de nous immerger dans l’analepse et de nous projeter- ce qui est par définition plus risqué- en sa sœur jumelle la prolepse .
Apothéose ou Apocalypse. Seule l’anamnèse permet une bonne maïeutique.
Barak Obama versus Nétanyahu !
Si tant est que l’on puisse qualifier le Président Rohani de Chimène, vers qui ses yeux pencheront-ils ?

Pour simplifier les choses, distinguons trois acteurs principaux dans la menace iranienne : Rohani, Nétanyahu, Obama. Sous leurs bannières se rangent des alliés de rencontre, d’intérêts ou de valeurs.
Les deux premiers personnages de ce drame relèvent de la psychologie ; le premier d’une fierté agressive voire criminelle, le deuxième du drame de l’histoire ; le troisième des charges de l’hégémon. Les deux premiers ressortent de l’émotion ; seul le troisième se revendique de la froide analyse.

Dans un superbe livre Dominique Moïsi colore les relations internationales sous l’angle de la géopolitique de l’émotion.

D’abord et avant tout l’on ne peut rien comprendre à l’attitude exacerbée de Nétanyahu si l’on ne prend en compte l’histoire du peuple juif. Posture– à juste titre – exacerbée par la double patine de la Shoah et des appels répétés et incantatoires à la destruction de l’État d’Israël par Ahmanidejad, prédécesseur d’Hassan Rohani. Si celui-ci a remisé l’antiphonaire de celui-là, les souvenirs résonnent encore.

Et il est tout aussi vrai avec Raymond Aron que malgré toutes les grammaires qui structurent la doxa nucléaire : « La guerre que l’on prépare pour ne pas la livrer, bien qu’elle soit parfois baptisée impossible, est possible. » 3

Il est mêmement difficile de ne pas concevoir – même s’il s’agit d’un autre registre – que « l’outil » nucléaire permet à un État d’éployer sa politique étrangère (agressive ou pas); et que précisément l’absence de cet outil avait condamné et relégué aux oubliettes de l’histoire l’Iran dans le conflit qui l’opposa alors à l’Irak.

Ironie de l’histoire, les assertions idéologiques nauséabondes n’ont pas empêché l’Ayatollah Khomeiny d’accueillir à bras ouverts les armes israéliennes richement dotées des dollars du Grand Satan.
Et que l’on sache l’ « Irangate » n’avait point soulevé la colère de Nétanyahu ! Dans ce cas de figure la pose du dangereux malade mental mais cependant scélérat Ahmanidejad n’était qu’un épiphénomène et il est alors tout à fait opportun de négocier avec un Iran, certes dangereux, mais néanmoins désireux de s’asseoir à la table des négociations.

Incidemment que l’on permette à l’auteur de ces lignes de faire sienne la pensée du Général De Gaulle, livrée dans son style étincelant et frappée au coin du bon sens.
« Dans les entreprises où l’on risque-tout, un moment arrive d’ordinaire, où celui qui mène la partie sent que le destin se fixe. Par un étrange concours, les mille épreuves où il se débat semblent s’épanouir soudain en un épisode décisif. Que celui-ci soit heureux et la fortune va se livrer. Mais, qu’il tourne à la confusion du chef, voilà toute l’affaire perdue. » 4

Ab urbe condita, l’analyse des traités nécessite l’examen des forces antagonistes, des intérêts en jeu, des solutions alternatives et des moyens mis en place pour que ses dispositions soient respectées.

Mais en dernier ressort la question ontologique : cet accord diminue-t-il la menace qui pèse sur le monde ou au contraire précipite-t-il le monde vers l’abîme?
Il peut également être intéressant de sonder les intentions non exprimées mais réelles qui charpentent les politiques étrangères des parties en présence.
Pour autant, prétendre détacher cet accord de l’histoire des traités nous semble source d’erreurs.
Vouloir exciper des imperfections de ce qui n’est encore qu’un accord-cadre pour le condamner alors que ces mêmes imperfections sont consubstantielles à tout traité relève au mieux de la naïveté, au pire de la mauvaise foi.
Déterminer les clauses qui en font un isolat permettra de mieux situer les résultats ou l’absence de résultats obtenus et leurs chances de succès ou d’échec.
L’on s’interrogera ensuite pourquoi les faucons républicains d’aujourd’hui se réfugiaient alors, sous la présidence Bush, en un silence assourdissant.
L’on pourra « se demander avec angoisse, si en allant dès l’origine jusqu’au bout des concessions inévitables on n’aurait pas évité la tragédie. » 5

Dès lors que le concept si cher à Clausewitz du « vorschreiben » (dicter ses conditions de paix ou de reddition) ne peut s’appliquer – et il ne peut visiblement pas s’appliquer hic et nunc et probablement nunquam – n’en déplaise à Messieurs Nétanyahu et Boehner ou autres néo-conservateurs, alors il faut considérer ces deux loi d’airain.

« L’histoire nous montre que la paix est une trêve pour la guerre, la guerre un moyen d’obtenir une paix un peu meilleure. » 6
« Comme ils ne faisaient jamais la paix de bonne foi, et que dans le dessein d’envahir, tous leurs traités n’étaient proprement que des suspensions de guerre, ils y mettaient des conditions qui commençaient toujours la ruine de l’État qui les acceptait. » 7

Au début des années 2000 l’Iran ne disposait que de 160 centrifugeuses. Lors de la conférence d’Almaty tenue en 2006 et qui a été suivie de plusieurs résolutions (1737, 1747, 1803, 1929), l’Iran en possédait déjà plus de 1000.
Il en compte désormais plus de 19000 ; c’est dire la progression fulgurante de l’arsenal nucléaire iranien dès l’administration Bush; ce qu’Obama a laissé sous-entendre dans son intervention.
Progression d’autant plus fulgurante qu’elle eût lieu malgré des sanctions de plus en plus lourdes. À cet égard l’on notera avec intérêt que Zarif – l’actuel Ministre iranien des Affaires Etrangères – représentait déjà son pays à la conférence de Bonn sur l’Afghanistan en 2011.

Si la participation iranienne a été jugée alors suffisamment nécessaire pour occulter son mépris du TNP, elle n’a pas non plus réussi à modérer un tant soit peu son ardeur nucléaire. Ceci permet de relativiser quelque peu l’enthousiasme de ceux qui pensent que l’accord émasculera les visées agressives de l’Iran.

Bruno Tertrais explique que selon les technologies utilisées par l’Iran et qui privilégient la filière nationale, une production d’UHE à partir d’uranium naturel indigène à Natanz et de plutonium produit à Arak, l’Iran pourrait produire une quinzaine de bombes nucléaires.

Mais qu’est-ce qu’une bombe si elle ne peut être projetée ?
Selon les estimations, les missiles iraniens Shahab III ont une portée de 1300 à 2000 km et Shahab IV en construction 2500 km.
Il n’est pas sûr cependant qu’ils puissent emporter l’engin nucléaire. En effet la bombe iranienne pèserait environ 500 kg pour un diamètre approximatif de 90 cm. Or Shahab ne peut emporter que 60 cm. À 60 cm la bombe, parce que moins lourde, est beaucoup moins puissante.

L’Iran posséderait entre 25 à 100 missiles Shahab III dérivés du missile coréen Nodong. Sa vitesse est de Mach 4,6. Outre la capacité d’emport de nombreux problèmes persistent ; le CEP (circular error probability) n’étant pas le moindre.
Enfin le bouclier antimissile israélien Arrow II -anti-missile à longue portée, troisième étage du dôme de fer et couplé au Patriot US bénéficie des installations radar US.
Ce système radar couplé au Arrow (dôme de fer) accroît ses capacités de détection. Il a fait ses preuves éclatantes lors de la dernière confrontation à Gaza. Son taux de réussite était de 90 %.

Les Iraniens resteront en outre avec une vieille technologie de centrifugeuse IR 1S datant déjà des années 1970 car elle-même dérivée de la centrifugeuse pakistanaise P 1.

Renaud Girard, professeur de stratégie à Sciences-Po commente ainsi le JCPOA (Joint comprehensive plan of actions) ébauché à Lausanne: « L’accord du 2 avril 2015 a toutes les chances d’être encore enseigné dans 30 ans au sein des universités de science politique du monde entier comme un modèle de succès de la diplomatie multilatérale… » 8

Essayons de démêler ce qui constitue dans cet accord provisoire les avancées, les points négatifs et ceux qui restent en suspens. Nous examinerons ensuite les raisons qui ont permis sa signature et donc ses chances de réussite. Puis nous tracerons les nouvelles frontières stratégiques qui structureront la région.

De prime abord les concessions iraniennes sont importantes.

Concernant l’enrichissement.
L’Iran diminue ses centrifugeuses des deux tiers. Le nombre de celles installées passera d’environ 19 000 à 6104. Elles seront toutes du type IR. 1S de première génération.
La durée de l’application de cette clause est de 10 ans.
En outre l’Iran s’engage à ne pas enrichir d’uranium au-delà de 3,67 % pendant 15 ans.
L’Iran a accepté de réduire son stock de 10 000 kgs d’UFE (uranium faiblement enrichi) à 3,67 % à 300 kgs et ce durant 15 ans.
Le seuil de 3,67 % ne permet même pas de franchir le cap technologique de 20 % à partir duquel il est relativement facile d’atteindre le niveau de 90 % de qualité militaire. Même 5 % a été jugé trop risqué par le groupe P5 +1.
Toutes les centrifugeuses en excès des 6104 ainsi que les infrastructures liées à l’enrichissement seront placées sous le contrôle de l’IAEA. Une dérogation sera cependant accordée pour leur remplacement.
L’Iran s’engage en outre à ne construire aucune nouvelle usine d’enrichissement d’uranium. La durée de cette clause est de 15 ans.

La conséquence de ces diverses clauses est de rallonger la latence nucléaire. Le break-out (temps nécessaire pour fabriquer une bombe) estimé actuellement à trois mois passera au minimum à un an.
Le délai de cette incapacité sera de 10 ans minimum.
L’Iran devra en outre convertir l’usine de Fordow afin qu’il ne puisse y produire d’uranium enrichi. La durée de cette interdiction est de 15 ans.
L’Iran a accepté de transformer le site de Fordow en un centre de recherche afin qu’il soit utilisé aux seules fins pacifiques.
L’Iran a accepté de ne pas effectuer de travaux de recherche ou de développement lié à l’enrichissement de l’uranium à Fordow durant 15 ans.
L’Iran s’engage en outre à ne pas détenir de combustible fissile à Fordow et ce pour une période de 15 ans.
Près des deux tiers des centrifugeuses et des infrastructures de Fordow seront enlevées. Celles qui resteront ne pourront pas produire d’uranium enrichi. Elles seront en outre placées sous le contrôle de l’IAEA.

Les restrictions concernant Natanz

Natanz demeure le seul endroit où l’Iran peut enrichir de l’uranium mais à due concurrence du quota fixé. Toutefois il ne pourra le faire qu’avec les 5060 centrifugeuses IR de première génération.
Cette restriction sera valable pendant 10 ans.
En outre à Natanz seules les 5060 centrifugeuses seront autorisées durant 10 ans. L’Iran devra se débarrasser des centrifugeuses plus modernes. À cet égard 1000 centrifugeuses IR 2 M seront placées pour 10 ans sous le contrôle de l’IAEA. Il en ira de même pour les centrifugeuses IR2, IR4, IR 5, IR6 ou 8. Et ce durant 10 ans.

L’Iran est autorisé à conduire à Natanz un programme limité de recherche et de développement avec les centrifugeuses de technologie plus récente en respectant les protocoles et calendriers de vérification tels qu’ils ont été élaborés par les 5+1.

Durant 10 ans l’enrichissement et la recherche-développement seront limités afin de respecter le break-out de un an.
Au-delà de 10 ans l’Iran devra respecter les instructions de l’IAEA et du JCPOA avec le protocole additionnel qui est plus strict que celui de l’IAEA.

Les inspections et la transparence.

L’IAEA aura un accès régulier à tous les sites nucléaires dont Natanz et Fordow en utilisant les moyens de vérification les plus modernes.
Ceci est valable pour tout ce qui pourrait concourir au programme nucléaire iranien, des mines aux usines ou le yellowcake est produit.
Cette surveillance s’exercera durant 25 ans.
Durant 20 ans les inspecteurs contrôleront les rotors et soufflets des centrifugeuses. Toutes les centrifugeuses ainsi que les infrastructures liées à l’enrichissement enlevées de Fordow et de Natanz seront sous le contrôle permanent de l’IAEA.
Les inspecteurs contrôleront les flux de transfert de technologie ou d’échange. L’Iran devra accepter des contrôles de l’IAEA partout où cette dernière l’estimera nécessaire.

Les réacteurs et le retraitement à Arak.

L’Iran accepte de redessiner et reconstruire son réacteur de recherche à eau lourde d’Arak selon les instructions du groupe P5+1.L’Iran ne pourra y produire du plutonium de qualité militaire. Le réacteur qui aurait pu en produire de façon significative sera ou détruit ou envoyé à l’étranger.

L’Iran devra se débarrasser de ce carburant. L’Iran s’engage également à ne pas conduire de recherche sur ce carburant. Interdiction lui est faite d’accumuler durant 15 ans de l’eau lourde non nécessaire au nouveau réacteur modifié. Interdiction lui est également adressée de ne pas construire de nouveaux réacteurs à eau lourde durant 15 ans.

Les sanctions

Il y aura un relâchement puis une levée des sanctions, uniquement et si après vérification, l’Iran respecte ses engagements. Ceci concerne exclusivement les sanctions Europe – USA liées à l’activité nucléaire.
En cas de fraude, un mécanisme appelé snap-back interviendra automatiquement. On le voit, il n’y a pas de chèque en blanc.
Le mécanisme du snap- back qui devrait permettre de rétablir les sanctions sans avoir à obtenir un nouvel accord au sein du groupe des 5+1 est original et singulièrement efficace.

Cependant n’oublions pas que la Russie et la Chine en font partie. Le snap-back présente le redoutable avantage de continuer à être un moyen de pression. C’est son point fort ! Il s’appliquera selon les durées et chapitres visés.
Les sanctions onusiennes seront également levées concomitamment au respect des clauses par l’Iran.
En outre il y aura de nouvelles résolutions au Conseil de Sécurité, qui viseront les missiles balistiques et le régime des inspections.

Un point important du dispositif est que les sanctions américaines frappant l’Iran quant au terrorisme, les droits de l’homme ou les missiles balistiques resteront en place.
Enfin après les différentes périodes de contrôle et de limitation, l’Iran devra se conformer aux obligations générales du Traité de non-prolifération nucléaire.
On le voit les concessions iraniennes sont très importantes. Elles couvrent toute la chaîne nucléaire. Mais surtout elles sont assorties de mécanismes de contrôle extrêmement contraignants.
La recherche nucléaire iranienne est également émasculée.

Tricher reste toujours possible ; et le risque zéro n’existe pas. Pour autant les sanctions qui frappent notamment le site d’Arak sont sévères car elles visent l’arme utilisant la technique de l’implosion et donc nécessitant trois fois moins de matières premières.

C’est la miniaturisation qui est visée. Miniaturisation que les Iraniens sont loin de maîtriser.

Quant au nombre des centrifugeuses, il est certes plus élevé que d’aucuns le voudraient mais la levée des sanctions moins rapide qu’on pouvait le craindre mais elles ne pourraient produire en un an qu’une seule arme nucléaire.

De plus l’observateur attentif se rappellera l’occasion manquée lors de la conférence d’Almaty où le nombre de centrifugeuses était ridiculement faible. Le groupe des trois qui est devenu P5+1 n’a pas fait mieux.
Ceux qui préfèrent une absence d’accord au résultat actuel craignent que l’Iran ne se voit enhardi voire encouragé. Mais le statu quo aggrave chaque jour le danger. Sans accord l’escalade est assurée.
À cette aune Obama aura déjà surclassé Bush Junior.

Sous quelque angle que ce soit les résultats obtenus représentent une amélioration par rapport à la situation existante. Mais surtout ils laissent aux pays du P5 +1 le contrôle de l’évolution.
Peut-être encore plus important le délai de break-out passera à un an. Le groupe 5+1 garde donc toutes les options ouvertes. L’on peut toujours arguer que ce nouveau délai n’est pas suffisant. Certes !
Mais en tout cas il représente un progrès par rapport à la situation actuelle qui est de trois mois.

« Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus! » 9

Alors aurait-on pu espérer mieux et davantage ? C’est possible et incertain !
Laudator temporis acti !
C’est cependant oublier le paradoxe de la stratégie du « qui peut le moins peut le plus. »
La suasion américaine semble capable de maintenir l’Iran à la lisière nucléaire. John Kerry a parfaitement résumé des le 5 mars la situation lorsqu’il affirme: «we know that no one has presented a more viable, lasting alternative for how you actually prevent Iran from getting a nuclear weapon. So folks, simply demanding that Iran capitulate is not a plan, »et plus important « and nor would any of our P5+1 partners support us in that position.”10

L’accord provisoire est donc la voie médiane entre la conférence ratée d’Almaty et ceux qui réclament à cors et à cris l’option zéro.
Certes l’Iran a obtenu la levée des sanctions – sous conditions est-il nécessaire de le rappeler – et un afflux financier impressionnant.
Cet accord a en outre le mérite d’instaurer un précédent qui pourra faire jurisprudence avec d’autres pays qui seraient tentés par une aventure nucléaire.

Pour Henry Kissinger un bon accord est celui où les deux parties sont équitablement insatisfaites. A en juger par les cris d’orfraie des néo-conservateurs, de Benjamin Netanyahu, de généraux ou officiels iraniens, l’on ne pouvait rêver d’un meilleur concert.

Ehud Barak, l’ancien brillantissime Premier Ministre d’Israël et ancien Chef d’Etat-Major, prône cependant une plus grande fermeté à l’égard de l’Iran. Barak a cependant estimé, dans un éditorial publié dans Time Magazine, que l’accord conclu à Lausanne n’était pas aussi désastreux, que ce que beaucoup en Israël pensent.
« It’s bad, just not as bad as we were expecting” 11

Quant à Richard Haass qui ne passe pas pour une colombe invétérée ou un soutien indéfectible d’Obama, il juge favorablement cet accord. « Obama is right. A nuclear agreement of the sort outlined is preferable to Iran possessing nuclear weapons or going to war to prevent that outcome. » 12
Hossein Moussavian, ancien négociateur iranien et désormais exilé aux États-Unis, rappelait fort opportunément lors d’un colloque au Ceri- Sciences-Po que si le Shah était encore au pouvoir ce n’est pas une ou 20 bombes que l’Iran posséderait mais 400. Car le développement nucléaire et l’ambition nucléaire ne sont pas l’apanage exclusif de la mollahcratie. Ils correspondent à la volonté d’hégémonie à tout le moins régionale de l’Iran.
À Téhéran le souvenir de Mossadegh est toujours vivace !

Il est cependant une raison qui laisse augurer du succès des avancées obtenues à Lausanne. C’est qu’elles ne visaient pas d’objectifs illimités et trop ambitieux. Il s’agissait juste de désamorcer la bombe iranienne.
À Lausanne on ne s’est attaqué à rien d’autre ! Dès l’élection de Rohani, Olivier Meier, chercheur à l’institut allemand des affaires internationales et de sécurité à Berlin (Stiftung Wissenchaft und Politik SNP) avait prédit que seule une approche limitée, circonscrite et réaliste avait des chances de réussite car cela correspondait à la logique.

Est-ce pour autant un bon accord ?
D’aucuns infèrent – avec raison – que l’histoire récente iranienne a prouvé qu’il était pour le moins hasardeux de les croire sur parole. La réalité des faits ne peut que donner raison sur ce point aux détracteurs de cet accord provisoire.
D’aucuns – toujours les mêmes – argueront que Obama aura été naïf en cette affaire et qu’il n’était pas de taille à négocier avec les Iraniens (passons sur les références peu élégantes que l’on a pu entendre de ci de là quant au bazar persan).
Voire !
À tous ceux-là, que l’on nous permette de rapporter ce jugement : « Plus l’Occident est décidé à faire front et accepter les périls et le prix de la résistance, plus il importe de ne pas perdre le sens du possible, de mesurer la valeur des diverses positions, de ne pas mettre au premier rang le prestige et l’idéologie.»13

Dans une interview accordée le 5 Avril à Thomas Friedman du New York Times, Obama précise sa position. Il affirme qu’il ne se contentera pas d’inspecter quelques sites.
“What that means is that we’re not just going to have a bunch of folks posted at two or three or five sites. We are going to be able to see what they’re doing across the board, and in fact, if they now wanted to initiate a covert program that was designed to produce a nuclear weapon, they’d have to create a whole different supply chain”14

Obama est tout sauf candide. Il compte installer, et c’est peut-être là la pièce essentielle du dispositif, un mécanisme de contrôle et de surveillance qui ira bien au-delà du protocole IAEA afin de passer outre – le cas échéant –à un veto iranien.
Que l’on en juge : « So over all, what we’re seeing is not just the additional protocols that I.A.E.A. has imposed on countries that are suspected of in the past having had problematic nuclear programs, we’re going even beyond that, and Iran will be subject to the kinds of inspections and verification mechanisms that have never been put in place before.” 15

D’aucuns argueront qu’il a bradé les intérêts des USA, d’Israël, et du monde occidental, et qu’il était prêt à tout pour rentrer dans l’histoire. Voire !
Voire car visiblement un temps fort long s’est écoulé depuis ses prises de position alors qu’il n’était encore que candidat à la Présidence des USA.
Témoin de son réalisme :« And nothing is agreed to until everything is agreed.»

Ehud Barak demeure critique vis-à-vis de cet accord. Pour autant il n’hésite pas à dire:
« The support of the administration to Israel in security, the cooperation and intelligence is unprecedented. I don’t question for a moment the commitment of President Obama and everyone in that administration for the security of Israel. » 16

Aux contempteurs qui campent aujourd’hui la statue du Commandeur que le lecteur nous pardonne de leur rappeler alors qu’ils étaient à l’époque aux affaires : « En procureurs déchaînés contre ceux qui recevaient leur héritage »17

Les sanctions ont fait beaucoup, mais seules elles ne pouvaient empêcher le programme nucléaire de se développer. Les Iraniens en ont d’ailleurs administré la preuve. Elles ont cependant parfaitement rempli leur mission : amener les iraniens à la table des négociations.

En outre les obligations contenues dans l’accord de novembre 2013 ont été, à quelques accrocs près- largement respectées. Si cela n’engage certes pas de la conduite à venir nul ne saurait en revanche en exciper pour obérer l’avenir.
Corruptio optimi pessima !
Et Obama de continuer dans cette interview qui définit sa doctrine : « So this deal is not based on trust, it’s based on unprecedented verification. » 18

Reprenant la célèbre formule de l’ancien cow-boy qui l’avait précédé à la Maison-Blanche : « So make no mistake: We will remain vigilant in countering those actions and standing with our allies. » 19

Pour bien montrer que ces avancées n’ont été faites ni contre ni même au détriment d’Israël, Obama résume sa position quand bien même de sérieuses divergences d’appréciation le séparent de Nétanyahu : «That’s why I’ve directed my national security team to consult closely with the new Israeli government in the coming weeks and months about how we can further strengthen our long-term security cooperation with Israel, and make clear our unshakeable commitment to Israel’s defense. » 20

Et d’ailleurs à cet égard les propos du discours brillantissime de Nétanyahu au Congrès le confirment. Qu’on en juge: «We appreciate all that President Obama has done for Israel. Now, some of that is widely known.
Some of that is widely known, like strengthening security cooperation and intelligence sharing, opposing anti-Israel resolutions at the U.N.
Some of what the president has done for Israel is less well- known… Or his support for more missile interceptors during our operation last summer when we took on Hamas terrorists.
In each of those moments, I called the president, and he was there. And some of what the president has done for Israel might never be known, because it touches on some of the most sensitive and strategic issues that arise between an American president and an Israeli prime minister.
But I know it, and I will always be grateful to President Obama for that support.”21

Les avancées se jugent et se jaugent eu égard aux tensions passées et aux conditions possibles d’aujourd’hui. Obama rappelle fort intelligemment: « They understand instinctively the words of President Kennedy, who faced down the far greater threat of communism, and said: “Let us never negotiate out of fear, but let us never fear to negotiate.” The American people remember that at the height of the Cold War, Presidents like Nixon and Reagan struck historic arms control agreements with the Soviet Union, a far more dangerous adversary — despite the fact that that adversary not only threatened to destroy our country and our way of life, but had the means to do so. Those agreements were not perfect. They did not end all threats. But they made our world safer. A good deal with Iran will do the same”. 22

Tout est dit; la menace iranienne n’a ni la même ampleur ni le même risque que la menace communiste. De Kennedy à Nixon et Reagan les grands présidents ont su prendre des risques et accepter les zones d’ombre.

Répondre par l’affirmative que cet accord est parfait est bien entendu impossible. Il ne l’est pas et ne peut pas l’être. Par contre son architectonie, à la fois de par ses clauses, de par les objectifs visés que de par leur contrôle nous éloigne du précipice nucléaire.

Et puis faut-il rappeler aux opposants à cet accord que s’il eût été aussi facile d’éradiquer cette menace pourquoi Bush et Israël ne l’eussent-ils point réalisé auparavant ? L’observateur avisé est en droit de se poser la question.
Que les républicains, Benjamins Nétanyahu et d’autres analystes en conçoivent un vif ressentiment et un tourment réel et justifié cela peut se comprendre.
L’exprimer appassionato allegro risque de se révéler contre-productif.

Que l’on permette à l’auteur de ces lignes de rapporter les propos délectables du Général de Gaulle : « Il est tout à fait naturel que l’on ressente de la nostalgie de ce qui était l’empire, comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme du temps des équipages. Mais quoi ? Il n’y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. » 23

La lamentable missive de sénateurs américains adressée à l’Iran ne peut qu’affaiblir les négociateurs américains lors des accords de mise en place. Le discours- certes coruscant- de Nétanyahu au Congrès ne peut que desservir Israël.
Nous nous permettons de rappeler à Nétanyahu au cas où il ne la connaîtrait pas la formule du Général de Gaulle : « Alors il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur les réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe, mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. » ! 24

Obama visiblement connait ses classiques. «Iran is not going to simply dismantle its program because we demand it to do so. That’s not how the world works, and that’s not what history shows us.”25

Cet accord est tout sauf un condé mais laissons le mot provisoire de la fin à Kissinger et George Schultz : « Progress has been made on shrinking the size of Iran’s enriched stockpile, confining the enrichment of uranium to one facility, and limiting aspects of the enrichment process. Still, the ultimate significance of the framework will depend on its verifiability and enforceability. » 26

Nous examinerons ultérieurement les raisons relevant de la géopolitique qui laissent augurer du succès de cet accord. Pour autant il semble juste d’aborder les points négatifs qui l’enténèbrent.
La question ontologique demeure. Le risque zéro n’existe pas !
Par contre les pertes humaines peuvent être colossales. Même à considérer qu’il y a une rationalité de l’irrationalité l’on ne peut se fier au seul postulat historique : jusqu’à présent aucun acteur même parmi les plus fous n’est allé jusqu’à commettre l’irréparable.
Carthago delenda est reste donc valable pour un Téhéran nucléarisé !

Et Tel-Aviv est si proche de Téhéran !
À cet égard l’angoisse de Nétanyahu est parfaitement justifiée et s’exerce à bon droit. Il peut tout aussi légitimement s’interroger sur la portée réelle des assurances américaines quant à sa défense. Les Sud-Vietnamiens, quant à eux, ont fini de s’interroger !
Si le diable se niche dans les détails, il aura fort à faire dans l’interprétation des manquements iraniens qui ne peuvent que se produire.

Pour autant se complaire en une posture inutilement agressive, dans une manifestation de défiance du Président américain, et ce à domicile, relève plus de l’infantilisme que d’une sage politique. Il eut été plus intelligent de se couler dans les pas de l’allié américain – dont le support n’a jamais été aussi fort que du temps d’Obama – quitte à l’influencer et obtenir de nouveaux armements qui restent un des fondements majeurs de la sécurité d’Israël.
Si les alliances demeurent nécessaires, un pays ne saurait leur confier totalement sa sécurité. Thucydide l’avait déjà relevé dans la guerre du Péloponnèse.

L’économie générale du texte repose d’une part sur le démantèlement de la capacité nucléaire de l’Iran et d’autre part sur la résolution, la capacité et la force dont sauront faire montre le groupe des 5+1 de le vérifier. Ce binôme se heurte cependant à trois obstacles majeurs.

– La complexité des armements et la multiplicité des sites à visiter dans un pays aux vastes dimensions et les différentes durées imposées aux iraniens.
– Le temps long n’est pas le fort de la diplomatie US. Les iraniens ont quant à eux prouvé qu’ils savaient s’en faire un allié.
– Pour le moment, le groupe des 5+1, malgré quelques dissensus, a su rester uni. Il est évident que cette unité sera tout sauf pérenne.
Elle porte d’ailleurs déjà en elle les germes de la discorde. Les ayatollahs comprendront très vite que la dialectique hégélienne est de leur côté et désertera les alliés du P5+1.

L’on ne voit pas les dirigeants iraniens devoir composer avec d’autres pays. À cet égard le lecteur intéressé se rappellera avec délice et angoisse le délicieuse et charmante pensée du Maréchal Foch au lendemain de l’armistice de 1918 : « J’ai beaucoup moins d’admiration pour Napoléon depuis que j’ai commandé une coalition. »
Ou pour dire les choses autrement : « Que les vainqueurs ne renouvellent pas leur alliance : l’alliance des vaincus et de tel vainqueur suivra. Cette histoire n’aurait rien d’inédit. » 27

A ce sujet la seule question qui mérite d’être posée est: qui de Poutine ou de Xi Ji Ping sera le chat Rodilardus de La Fontaine. Mais surtout cette problématique sera d’autant plus exacerbée que la mollahcratie, même si, elle n’est pas la dictature la plus barbare de la planète – à cet égard un étrange jeu de contre-pouvoirs en fait un régime plus complexe que l’on ne le pense – saura toujours présenter pour l’extérieur un front uni.

Henry Kissinger et George Schultz ont parfaitement résumé la situation.
Pour eux même s’ils soutiennent par ailleurs les efforts d’Obama le point faible du dispositif demeure la vérification.
«In a large country with multiple facilities and ample experience in nuclear concealment, violations will be inherently difficult to detect. Devising theoretical models of inspection is one thing. Enforcing compliance, week after week, despite competing international crises and domestic distractions, is another.” 28

D’aucuns avancent que la volonté hégémonique de l’Iran couplée à sa maturité nucléaire plongera la région dans une course effrénée aux armements.
Chaque État, à commencer par l’Arabie Saoudite, voudra se doter lui aussi des attributs nucléaires de la puissance. C’est certes un risque. Mais ces mêmes états, s’ils le voulaient vraiment n’ont pas besoin de ce prétexte pour acquérir la bombe et s’affranchir des engagements du TNP. Cet argument ne nous semble donc pas totalement pertinent.

Lorsque le sénateur McCain – ex candidat à la Présidence des États-Unis- clame que Kerry est : « somehow less trustworthy » que le leader iranien, l’on atteint des sommets dans l’incantatoire. Avoir été un vrai héros de la guerre du Vietnam ne protège pas de la bêtise tardive ! Lorsque les détracteurs de cet accord évoquent la Corée du Nord comme preuve de l’inéluctable duplicité iranienne, ils mettent en garde contre le fait que l’Iran ira à la bombe nonobstant l’accord de Lausanne.

Certes la Corée du Nord a menti et fortement menti. Ont-ils pour autant raison ?
Rien n’est moins sûr. D’abord parce que l’avancement nucléaire coréen était et demeure de loin plus important et plus menaçant que l’Iranien. Ensuite parce que les mesures incitatives étaient moins conséquentes. En Corée l’administration Bush n’a pas su réagir correctement.
Tant Clinton que Bush Junior cherchaient à punir.
La conséquence est que l’on n’a pas su, pu, ou voulu créer un climat de confiance nécessaire au dialogue.
Croire que l’on pouvait effacer 40 ans de franche hostilité en une seule nuit relevait de l’aimable plaisanterie.
La société coréenne est également une société beaucoup plus fermée et opaque que l’iranienne. La semi-dictature qui sévit en Iran est une aimable galéjade comparée à celle implacable qui opprime encore les Nord-Coréens.
Les Nord-Coréens ont démontré qu’ils savaient – même au prix de la famine – résister aux sanctions. Même si les Iraniens ont une forte capacité de résistance, il n’est pas sûr qu’ils suivraient cet exemple.
À Téhéran le bazar a magistralement administré la preuve que le régime pouvait vaciller !

Mais surtout, c’était oublier que l’on n’avait pas la même liberté de manœuvre en Corée du Nord qui demeure – ne l’oublions pas- le seul allié stratégique d’une Chine chatouilleuse et susceptible. Dans le pré carré chinois, les tensions collatérales y sont infiniment plus fortes.
Enfin mais est-il nécessaire de le rappeler le mécanisme de contrôle avec le « Procurement Channel » est beaucoup plus contraignant en Iran.

Le break-out actuel qui est de trois mois sera de un an. Il n’en reste pas moins qu’après une période de 10 ans la notion de break-out s’affaiblira. Cela reste un point d’interrogation sérieux.
Les seules obligations qu’auront alors l’Iran seront les contraintes du TNP. L’on a vu la haute estime dans laquelle l’Iran le tient.
Il semblerait également que le groupe P5+1 ait cédé quant à l’enrichissement de l’uranium et la production de plutonium à des fins civiles. Certes l’argument semble juste.
L’accord l’autorise sous certaines conditions alors que ce n’était pas dans le point de départ.
Le propre d’une négociation est de s’éloigner de son point de départ. Si l’on ne veut pas bouger de ce dernier, faut-il encore avoir les moyens de « vorschreiben » (dicter) ses conditions.
Celles-ci parfaitement énoncées par Clausewitz sont loin d’être réunies dans la région.

À cet égard citons les propos d’un haut-fonctionnaire US qui a déclaré au Wall Street Journal le 2 Avril 2015: “As soon as we got into the real negotiations with them, we understood that any final deal was going to involve some domestic enrichment capability… But I can honestly tell you, we always anticipated that.”

C’est aussi à ce critère qu’il faut juger le nombre trop élevé de centrifugeuses qui restent autorisées. Fordow, Natanz et Arak restent ouverts. Les questions qui méritent d’être posées sont : eût-on pu faire mieux ? Cela constitue-t-il un danger ? Et ce danger est-il plus impérieux qu’une situation où rien n’eût été entrepris ?

Sauf à déclencher une guerre l’on ne voit pas comment aurait-on pu obtenir davantage. L’abandon des sanctions rendrait nous dit-on l’Iran plus agressif. C’est là une constante qui revient après chaque accord dans quelque partie du globe !
Cette idée faisait d’ailleurs florès au temps de l’ex URSS. Que n’a-t-on entendu cette antienne lors des accords SALT ou START.
L’on ne sache pas en outre que l’Iran se soit manifesté par une extrême retenue dans la conduite de ses relations internationales.

Grâce à l’accord, l’Iran recevra un afflux de dollars qui serviront à nourrir ses ambitions militaires. Seuls des thuriféraires acharnés et zélés de l’Iran pourraient prétendre le contraire.
Oui, une partie conséquente de cette manne financière alimentera à profusion les budgets militaires iraniens.
Oui, il est vraisemblable que cela renforcera la posture belliqueuse de l’Iran dans la région.
Oui, cela ne financera pas que les hôpitaux de campagne de Bachar el Assad, du Hezbollah ou du Hamas.
Oui, cela posera un vrai défi pour Israël et oui l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie devront prendre des mesures pour pallier à cette menace.
Oui, cette consécration auréolera l’Iran d’un prestige certain !
Oui, cet adoubement risque d’engoncer l’Iran en un pôle hostile ayant vocation à rallier vers lui tous les apprentis belligérants de la région (laquelle en manque cruellement).
Et oui, il n’est absolument pas sûr que cela modérera les ardeurs iraniennes .
Et oui, ceux qui pensent que cela rapprochera l’Iran des Usa risquent d’en être pour leurs frais !
Mais il est tout aussi vrai que le contraire peut tout aussi bien se produire !
La Turquie, immédiate voisine de l’Iran, devra tôt ou tard amender sa politique étrangère de zéro problème avec ses voisins.
Elle devra à tout le moins cesser de s’interroger si elle est in ou out dans l’OTAN.

Mais sauf à faire de l’Iran un protectorat, rien ne pouvait s’y opposer. En outre Messieurs Wolfowitz et Rumsfeld ne sont pas forcément les exemples que suivrait n’importe quelle administration américaine.

Oui, Nétanyahu a probablement raison lorsqu’il déclare lors d’une interview à la chaîne de télévision américaine ABC : « It lifts the sanctions on them fairly quickly and enables them to get billions of dollars into their coffers. They’re not going to use it for schools or hospitals or roads, Martha, they’re going to use it to pump up their terror machine worldwide and their military machine that is busy conquering the Middle East now.” 29

Le Premier Ministre israélien a raison. Mais il oublie que précisément l’objet de cet accord n’a pas pour but de démilitariser l’Iran. Et encore moins de le punir. Il a pour seul but de lui enlever sa faculté de nuisance nucléaire. Ce qui est déjà beaucoup !

L’eusse-t-il voulu qu’Obama n’eût pu entraîner avec lui ni les Russes ni les Chinois.
Quant à se lancer dans une aventure militaire l’on sait toujours comment cela commence mais l’on ignore comment éteindre la déflagration d’un tel maelstrom.
Ceux des Américains qui avaient aimé Bagdad adoreraient, à coup et à coûts surs, Téhéran !
En outre l’on ne sait pas comment les arabes suivraient les occidentaux dans cette affaire hautement risquée.

Pour autant s’il est évident que Netanyahu n’écarte pas l’option militaire profondément et heureusement ancrée dans l’ADN israélien (à cet égard il est juste de rappeler que la supériorité stratégique est le garant ultime –mais non exclusif –de sa survie) il est cette fois ci conscient des risques d’une escalade militaire. « But I will say this, I prefer a diplomatic solution. You know why? Because for any military option, the country that will pay the biggest price is always Israel.” 30

À ceux qui se cabrent devant cette ébauche d’accord, nous aimerions leur rapporter ce que disait Kissinger : « Les tenants de la sécurité absolue bénéficient de l’enthousiasme populaire car celui-ci se préoccupe de l’immédiat ; l’homme d’État lui doit prendre ses décisions en fonction de l’avenir. »
Il ne s’agit pas de punir l’Iran, mais bien de l’insérer ou de le réinsérer dans un système de relations voire dans un « concert des puissances » au niveau régional.

Parmi les critiques, l’on entend aussi des voix rapportant le fait que les iraniens ont d’ores et déjà déclaré qu’ils ne respecteraient pas les clauses de cet accord.
Certes ! Encore faut-il distinguer ce qui relève des effets de menton des vraies divergences et surtout d’où proviennent ces mêmes dénégations.

Zarif a regretté la publication de cet accord. Pour autant cela concerne davantage les fuites que la réalité des clauses.
Il n’en demeure pas moins que l’on peut relever à bon droit un certain nombre de clignotants qui sont autant d’alertes.

D’abord il n’y a pas encore de texte véritablement officiel ; juste un document américain. Les iraniens, sans véritablement le contester, laissent entendre des divergences d’appréciation quant aux sanctions et aux recherches autorisées. Selon certaines de leurs déclarations, ils se refuseraient également à abandonner définitivement certaines installations. Ils se montreraient en outre chatouilleux quant au régime des contrôles sur site.

L’on saura très vite cependant s’il s’agit de simples postures ou de réels désaccords. Il n’aura pas échappé à l’observateur avisé que la classe politique iranienne se divise entre « hardliners » et « softliners ».
À tout seigneur tout honneur. Il ne serait pas honnête d’occulter les propos tenus par le Guide Suprême le 9 avril.
Propos qui rappellent ceux de ayatollah Ruhollah Khomeini : «We will put America beneath our feet. »
«Instant annulment of all sanction is one of the demands of our officials… This issue is very important, and the sanctions must all be completely removed on the day of the agreement… Should the removal of the sanctions be related to a process, the foundation of the negotiations would be senseless, since the goal of the negotiations was to remove the sanctions.”
“One must absolutely not allow infiltration of the security and defense realm of the state on the pretext of inspection[s], and the military authorities of the state are not – under any circumstance – allowed to let in foreigners to this realm under the pretext of inspection, or stop the country’s defense development… Any unconventional inspection or monitoring which would make Iran into a special case, would not be acceptable, and the monitoring must only be as monitoring regimes taking place all over the world and nothing more.” 31

Il est vrai que ces propos sont aussi destinés à la consommation locale. Ce à quoi Ray Takey, senior analyst au CFR de ponctuer ironiquement: « … so much for the White House’s pledge of the most intrusive inspection ever created… »
Simple posture à usage intérieur ou contraire avertissement cinglant aux négociateurs des deux parties désireuses, empressées et affriandées de conclure?

Ultime combat d’arrière-garde ou première manifestation d’une victoire iranienne face à des négociateurs trop heureux d’avoir pu trompeter, claironner, fouailler, et criailler un accord leur permettant de sauver la face et de remiser le problème à d’autres ?
Foucade ou tonnerre annonciateur ? L’avenir le dira. Il est toujours facile, mais hasardeux, d’émettre des conjectures surtout lorsqu’elles engagent l’avenir.

Est-ce tout simplement une intrigue de la part de dirigeants dont le pays aurait inventé les échecs ? Le but de la manœuvre alternant le « Brinkmanship » et le gambit serait simplement et très classiquement d’obtenir plus d’ici la conclusion définitive.

A l’appui de cette thèse les premiers dissensus au sein du groupe des 5+1, un Congrès américain qui mènera une guerre de tranchée contre Obama. Le bill S 400-25 voté par 98 sénateurs –s’il n’a pas réussi à forcer la reconnaissance d’Israël par l’Iran ou la renonciation au terrorisme -impose en effet un droit de regard du Congres lors de la signature définitive de l’accord.
Pour autant même avec ce bill Obama gardera, outre son droit de véto, la possibilité de suspendre un certain nombre de sanctions. Un négociateur iranien – fin connaisseur du système politique américain – a reconnu que le président US s’il a le pouvoir de suspendre les sanctions n’a pas celui d’y renoncer.

Pour autant il existe une autre lecture. Dans cette même déclaration du 9 Avril Khamenei insiste : « Some say the details of the negotiations are supervised by the leader, but this is not accurate.” “Should anyone say that the leader is against reaching an agreement it would be contrary to the truth…” 32

Toute sa déclaration oscille entre les deux attitudes: « But of course, I also said ‘no agreement is better than a bad agreement,’ since not accepting an agreement which is contrary to the interests of the Iranian nation and does away with the dignity of the nation, is better than an agreement which humiliates the Iranian nation… Sometimes it is said that the details of the negotiations are supervised by the Leader, but this is not an accurate statement…” “I support an agreement which guarantees the dignity of the Iranian nation 100%.”33

Il affirme également que la conclusion de cet accord ainsi que la fixation des lignes rouges sont du ressort de Rohani et Zarif.
Est-ce le pendant asymétrique de l’initiative malheureuse et improbable des sénateurs américains prévenant l’Iran que si les républicains arrivaient au pouvoir ils dénonceraient l’accord. La réalité de la situation nous semble plus nuancée.
La bombe pour l’Iran n’est pas seulement une affaire militaire. C’est peut-être d’abord et avant tout une défense idéologique.
Il est probable que Khamenei n’a pas encore établi sa religion en la matière et qu’il ne peut ou ne veut trancher entre les différentes factions iraniennes.
Il veut certes un relâchement des sanctions, mais pas à n’importe quel prix. Il n’est pas encore mur pour une intégration de son pays parmi les nations. Il y va de son maintien au pouvoir. Il y a quelques lois que l’on ne saurait trop négliger et qui façonnent les pays non démocratiques.
Rien n’est moins urgent pour un dictateur que de céder sa place et laisser la grâce démocratique toucher son pays !
Il nous semble que les deux options sont encore ouvertes.

Les Américains seraient bien avisés de ne pas demeurer aveugles à ces lignes de dissensions qui fracturent les sphères du pouvoir iranien.

Malgré tous les kremlinologues et autres sinologues distingués, il aura fallu attendre la dream-team Kissinger-Nixon pour s’apercevoir du schisme Moscou-Pékin et de l’exploiter par la suite magistralement.

Le deal n’empêche ni le développement de missiles balistiques ni l’appui de l’Iran à divers mouvements terroristes tels que le Hamas ou le Hezbollah. Mais l’objet de ces discussions n’a jamais eu pour but de les éradiquer.

Si les sanctions n’ont pas empêché l’Iran de progresser dans la quête de son Graal nucléaire, on peut se demander par quel miracle elles pourraient empêcher un objectif plus vaste.

Mais c’est surtout dénaturer la nature des sanctions et du protocole d’accord. En somme si l’on suivait la logique de Netanyahu et des républicains américains, demander le démantèlement de la politique étrangère de l’Iran eût équivalu à imposer à Moscou de mettre fin au communisme et à la Guerre Froide lors de la signature du traité liant Washington à Moscou.
L’ancien anticommuniste-tout sauf primaire- qu’était Richard Nixon n’aurait jamais osé rêver un tel scénario !

De violentes critiques stigmatisent l’accord au motif qu’il ne concerne pas le problème des missiles balistiques, du terrorisme et des droits de l’homme. Cette critique est rigoureusement exacte.

Mais à tout le moins elle ne nous paraît pas totalement pertinente. D’abord parce que ce problème n’a jamais été vraiment soulevé à ce stade. Ensuite parce que vouloir traiter tous les problèmes constitue le meilleur moyen de n’en solutionner aucun. Mais surtout parce que la taxinomie de ces menaces réelles ne revêt pas, et de loin, la même dangerosité. Enfin ces mesures sont couvertes par d’autres sanctions toujours actives.

Faut-il rappeler aux tenants de l’option zéro et d’un désarmement de l’Iran que les seuls Etats qui avaient accepté d’être mutilés de la sorte – Japon et Allemagne en 1945 –l’avaient été car écrasés militairement par les alliés. Encore ceux-ci prirent très vite la décision d’autoriser plus tard leur réarmement.
Il n’aura pas – mêmement – échappé à l’observateur avisé que tel n’est pas le cas en Iran. Ni Nixon, ni Kissinger n’eurent l’idée saugrenue de réserver ce traitement à l’URSS. L’eussent-ils fait qu’aucun accord n’eut pu être signé. La détente – tant décriée à l’époque mais pourtant victorieuse – serait restée au musée des chimères.

Les sanctions ne peuvent remplir leur mission que si les objectifs sont clairement et raisonnablement délimités. Différents trains de sanctions, les unes plus astringentes que les autres n’ont pas empêché l’Iran d’accroître son parc de centrifugeuses.
57 ans de sanctions n’ont rien changé à Cuba. !

Clamer et réclamer urbi et orbi, comme l’a fait Nétanyahu que l’Iran devait revenir à l’âge des cavernes dans le domaine nucléaire au motif qu’il n’a pas besoin de l’énergie nucléaire, le sous-sol iranien regorgeant d’hydrocarbures, n’a pu qu’irriter les USA.
Toutes ces difficultés ressortent de la nature fondamentalement antagoniste qui oppose les protagonistes. Le nier relèverait de la plus grande confusion mentale des lors qu’il n’était ni possible ni même souhaitable de réduire l’Iran à quia.

Le problème fondamental auquel sera confronté le groupe des 5+1 ressort de la confiance.
In fine l’Iran sera-t-il capable d’accepter un minimum de règles ? Tout le reste découle de cette seule condition.
Si la confiance s’installe alors l’appétence des gains suivra. Il serait illusoire de croire que leur simple appât sera suffisant pour entraîner l’affadissement des antagonismes.

Or tout règlement de paix ou de toute autre sorte suppose une certaine « légitimité ».
En l’occurrence qui mieux que Kissinger a défini la notion de légitimité .Mais par légitimité nous entendons «… Une stabilité fondée sur l’équilibre des forces a du moins pu être concevable… Cette stabilité, par conséquent, a en général résulté non pas d’une recherche de la paix, mais d’une légitimité reconnue comme telle par tous… »
«Dans le sens que nous lui donnons ici, «légitimité» n’est pas synonyme de justice. Il s’agit uniquement d’un consensus international portant sur la définition d’accords fonctionnels, et aussi sur les règles du jeu diplomatique, qu’il s’agisse des moyens ou des fins. Ceci implique que l’ensemble des puissances acceptent les structures internationales existantes.
Aucune, du moins, ne doit arriver à un point de mécontentement pareil à celui de l’Allemagne d’après le traité de Versailles, et traduire sa rancune par une politique étrangère révolutionnaire. S’il n’exclut pas l’éventualité d’un conflit, un ordre reconnu légitime en limite l’ampleur ». 34

Obama saura-t-il être à la hauteur de son rôle ? Saura-t-il naviguer au plus serré et ne pas s’échouer sur la rive d’un irénisme béat qui se révélerait suicidaire ou s’engoncera-t-il dans une posture belliqueuse qui ne pourrait qu’attiser les braises iraniennes ?

Tout prouve qu’il en a les capacités intellectuelles. Tout prouve également que le Prix Nobel de la Paix habite comme nul autre auparavant le titre de « Seigneur des drones ».

Témoin, sa déclaration présidentielle qui a suivi l’accord provisoire : « a historic understanding with Iran » « If Iran cheats the world will know it… »35

D’aucuns reprochent aussi à cet accord qu’il fait table rase d’un Iran menaçant ses voisins, qu’il ne dit rien en ce qui concerne le soutien iranien au terrorisme et qu’il fait fi des appels constants de l’Iran à vouloir éradiquer Israël de la planète. Nous avons répondu plus haut sur les deux premières critiques.
La troisième est de taille et répétons-le à nouveau il n’est pas tolérable qu’un État membre de l’ONU puisque clamer urbi et orbi qu’il cherche la destruction d’un autre État.
Que l’on nous permette cependant deux remarques. Il semble que Rohani ait rejeté voire condamné ce genre d’exhortations. Il a même adressé l’année dernière des vœux pour le Nouvel An Juif.
Allons plus loin et considérons qu’il s’agissait d’une simple mise en scène. Il n’en reste pas moins que comme le rapporte si justement Frédéric Encel : « Ce n’est ni le degré ni la nature du fanatisme d’un gouvernement qui implique nécessairement sa propension à faire la guerre… Mais sa capacité objective à la déclencher avec des perspectives raisonnables de succès. »

Pour autant il existe de vraies difficultés consubstantielles à la nature de cet accord.

L’agence IAEA sera-t-elle capable de le gérer et surtout de le gérer sur 10, 15, 20 et 25 ans ? Aura-t-elle le personnel qualifié et les moyens requis ?
Aura-t-elle la volonté politique de dénoncer les infractions ? Quid de leur interprétation?
Prendra-t-on en compte la première infraction, même mineure, au risque d’aller immédiatement au clash, ou bien suivra-t-on la pente naturelle de la conciliation pour préserver l’essentiel et rectifier le tir ?
Comment seront prises les décisions au sein du groupe des 5+1 ? Qui en sera le camerlingue ?

Là aussi adoptera-t-on une posture souple pour préserver l’unité ou au contraire prendra-t-on le risque de faire voler en éclats cette unité avec la conséquence de voir alors les sanctions inefficaces ?

En cas de violation considérera-t-on qu’il faut sévir avec la plus extrême rigueur au risque d’affaiblir le camp dit modéré ou fermera-t-on les yeux afin de préserver la ligne Rohani Zarif ?
Se contentera-t-on d’un simple avertissement ou de sanctions aggravées ?
Que se passera-t-il en cas de renversement d’alliance ? À cet égard la livraison future des missiles russes S 300 V est symptomatique.

Le mécanisme du snap- back aussi intéressant, original et contraignant soit-il laisse beaucoup de zones d’ombre.
Le groupe des 5+1 ayant montré son attachement à conclure, même si la France par la voix de Laurent Fabius s’est montrée parfois plus résolue que les Américains, aura-t-il la volonté de renoncer à un accord si ardemment désiré ?

« J’aimais, Seigneur, j’aimais : je voulais être aimée. » 36

S’il est un angle ou l’Iran saura mieux manœuvrer voire duper les alliés c’est bien en comptant sur le fait que ceux-ci trop contents d’avoir empoché quelques résultats ne voudront pas les gâcher.
Ainsi il semblerait qu’il y aurait déjà eu quelques accrocs depuis l’accord du 24 novembre 2013.
Nous nous permettons de conseiller à Obama de faire sienne la pensée de Machiavel :
« le Prince qui veut faire entièrement profession d’homme de bien ne peut éviter sa perte parmi tant d’autres qui ne sont pas bons. » 37

Quelle sera l’étendue de la garantie américaine ? Ira-t-elle jusqu’à brandir le parapluie nucléaire ?
Que se passera-t-il si d’aventure un des pays de la région voire de la péninsule arabique voulait se doter lui aussi d’armements nucléaires ? Cette hypothèse est loin de pouvoir être totalement exclue.
Notons que dans cette configuration la question ne se pose pas avec Israël lequel détient déjà –selon les estimations-entre 80 à 300 engins nucléaires.

Enfin cet accord manque également de précision si l’Iran décidait d’associer des éléments du Hamas ou du Hezbollah dans son programme de recherche.
Reconnaissons toutefois que cette hypothèse n’est pas la plus plausible car tout le jeu de l’Iran consiste à savoir jusqu’où ne pas aller trop loin dans son soutien au Hamas ou au Hezbollah.
C’est pourquoi ce dernier s’est bien gardé d’ouvrir un second front avec Israël lors des événements de Gaza.

On l’a vu la liste des points négatifs est impressionnante. Les modalités d’application restant à définir peuvent à tout moment faire échouer l’accord. Chaque camp compte ses extrémistes qui préfèrent une absence d’accord à ce qu’ils qualifient de mauvais accord.
Frank Walter Steinmeier le Ministre allemand des Affaires Etrangères a fort bien qualifié cette situation où rien n’est encore définitivement écrit:« C’est bien mais en même temps il est trop tôt pour fêter cela. Ce que nous avons posé ce sont des pierres angulaires. Chaque négociateur sait qu’il n’y a aucune garantie du succès des négociations. » 38

Dans cette course parsemée d’obstacles la première difficulté sera l’opposition du Congrès. Même si la guérilla parlementaire que les congressistes mènent a peu de chances d’aboutir – veto présidentiel oblige – elle ne pourra que compliquer la tâche d’Obama. Il semble que ce dernier en ne se dérobant pas à un droit de regard élargi, voire de blocage partiel-ait désamorcé cette difficulté. Il n’empêche le précédent de Woodrow Wilson demeure présent à l’esprit.

L’opposition du Congrès à Obama est cependant plus fine à décrypter qu’une première lecture ne le laisse penser.
D’abord parce que des sondages confirment que déjà 30 % de l’électorat républicain est en faveur de cet accord. Il est également vrai que nombre de démocrates pensent que c’est un mauvais accord. Et les sénateurs démocrates ont voté à l’unanimité le bill Kirk-Menendez.
L’analyse de votes lors d’événements paroxystiques concernant Israël enseigne que le soutien à Israël est moins automatique qu’il n’y paraît lorsque les USA considèrent leurs intérêts vitaux. Les démocrates peuvent soutenir Israël alors que les républicains s’en démarquent.
Ainsi en 1981 lors de la vente des AWACS à l’Arabie Saoudite 36 sénateurs démocrates sur 46 se sont opposés à la vente de ce bijou technologique destiné à sanctuariser l’Arabie Saoudite.
Israël s’y était alors violemment opposé. 42 sénateurs républicains sur 54 avaient soutenu la vente à l’Arabie Saoudite. Reagan a donc pu livrer les AWACS malgré l’opposition extrêmement virulente d’Israël et le lobbying intensif de l’AIPAC.

En 2013 le bill S 2265 qui voulait appuyer Israël de façon inconditionnelle et que l’AIPAC a voulu faire passer au Sénat a suscité l’avertissement d’Obama qui y mettrait son veto. Tant le démocrate Robert Menendez que le leader de la majorité républicaine au Sénat ont retiré leur appui à ce bill qui finalement n’est pas passé.

Paradoxalement moins les congressistes seront monolithiques plus un marchandage s’instaurera avec la Maison-Blanche et plus Obama pourrait être amené à durcir sa position vis-à-vis de l’Iran pour obtenir l’accord du Congrès.

Le problème fondamental qui conditionne le succès ou l’échec des négociations demeure la confiance. Comment concilier les tricheries inévitables et les sanctions forcément perçues ici comme vexatoires et attentatoires à la souveraineté nationale, là comme de simples mesures prudentielles.

De la résolution de cette équation sortira la confiance et donc l’amorce de la désescalade. Il est loin d’être assuré que ce cercle vertueux qui seul permettra de surmonter les difficultés techniques sera trouvé.
Tout se passe comme si les protagonistes se pensaient déjà arrivés à maturité. Habituellement un accord aboutit lorsque les sherpas après avoir déblayé ou non le terrain ont solutionné les problèmes techniques permettant ainsi une heureuse conclusion ou conduisant à un échec.
Nous sommes ici dans un cas de figure rare. L’on a fixé la conclusion sans avoir énoué toutes les épines. Et précisément toutes les incertitudes voire les divergences enténèbrent encore cet accord.
Ici il semble que l’on ait trouvé un accord sur le fond mais l’on peut chuter sur chaque point de détail.

Pour autant les chances de réussite nous semblent plus fortes que les risques d’échec. Il y va bien sûr de l’intérêt de tous ; ce qui constitue déjà per se une condition nécessaire mais non suffisante.

Les protagonistes s’étant mutuellement testés, chacun mesure les périls et les chances. Au risque de nous répéter, le Président Obama est tout sauf naïf. L’interview qu’il a donnée le 6 avril 2015 à Tom Friedman du New York Times est intéressante à maints égards.
Il sait pertinemment que l’Iran demeure fondamentalement un régime hostile. Et ce n’est pas la déclaration iranienne rapportée – avec sa modestie coutumière – par Henry Kissinger dans son dernier livre magistral qui le contredira.
« …How can you change such an ugly and criminal face in front of the Iranian people with makeup ?…. Iran will not violate what it agreed to . » « …Or as Khamenei put it somewhat more delicately in a speech to Iran’s guardian Council in september 2013 « When a wrestler is wrestling with an opponent and in places shows flexibility for technical reasons let him not forget who his opponent is. » 39

Pour autant Obama pense qu’il peut insensiblement, par petites touches successives, amener l’Iran à changer. Qu’on en juge : « Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. »40
Obama réussira t-il son pari? L’histoire nous enseigne que bien souvent sur le long terme les démocraties –à condition d’être résolues –finissent souvent par l’emporter.

Les spécialistes de la chose militaire rétorqueront à juste titre que les armes défensives lorsqu’elle sanctuarisent un pays sont aussi des armes défensives. «…and we are still going to be aggressively working with our allies and friends to reduce — and hopefully at some point stop — the destabilizing activities that Iran has engaged in, the sponsorship of terrorist organizations. And that may take some time. But it’s our belief, it’s my belief, that we will be in a stronger position to do so if the nuclear issue has been put in a box.”41

Son analyse de la situation est juste. Il a compris que la question nucléaire au-delà de son aspect défensif et aussi agressif relève certes de la stratégie mais surtout de l’honneur iranien.

C’est pourquoi même les modérés iraniens ne se départiront pas de l’ambition nucléaire. Il essaye donc de distinguer en cette affaire ce qui resulte de la défense de l’Iran et ce qui relève de la pulsion agressive. Ce faisant il préserve la fierté nationale iranienne. Oublier cela c’est fermer la porte à un accord.

Michael Levy senior analyst décrit ainsi l’accord: « …The nuclear limits –particularly those on the iranian supply chain are surprisingly strong and significant.” 42
Tout semble pris en considération pour un contrôle fort. Point essentiel de ce dispositif : le « dédicated procurement channel. »

Quant au fait que l’Iran sera noyé sous un flot de dollars cela mérite d’être quelque peu nuancé. D’abord parce que les sanctions ne seront levées que progressivement. Ensuite parce que le marché du pétrole est tout sauf reluisant actuellement et que l’on ne voit pas l’Arabie Saoudite laisser grimper les cours pour la seule satisfaction de l’Iran.

Mais surtout parce que les compagnies étrangères regarderont à deux fois, dans un contexte incertain, avant que de se risquer dans des investissements lourds.

Même si nous pensons que cet accord représente – si les clauses sont respectées – une avancée remarquable il nous semble juste de rapporter les voix discordantes, les enjeux étant colossaux.
Aurait-on ton pu obtenir mieux ? C’est l’opinion de Nétanyahu, de nombreux sénateurs républicains et d’un certain nombre d’analystes.
Quant à Kissinger et Schultz, s’ils saluent les efforts d’Obama, ils estiment que tout dépendra de l’efficacité des contrôles. Ils restent dubitatifs quant à leur efficacité.

« Cet accord constitue une menace pour la survie même d’Israël. Cet accord ne va pas bloquer le programme nucléaire de l’Iran, mais au contraire lui ouvrir le chemin. » 43
Le discours de Nétanyahu résonne ; pour autant il ne raisonne pas.
D’abord parce que les Américains demeurent encore à ce jour la seule puissance à maitriser la totalité des attributs de l’hégémon. Ils sont aussi les seuls à discipliner ce que l’on appelle les «Global Commons.»
Leurs responsabilités sont mondiales, celles d’Israël par définition régionales. Ce qui ne veut pas dire que vu d’Israël, la position israélienne est moins juste que celle des Américains.

En témoigne l’affirmation d’Obama on ne peut plus claire et forte. « And further, I completely understand Israel’s belief that given the tragic history of the Jewish people, they can’t be dependent solely on us for their own security. » 44

Ensuite parce qu’à force d’avoir répété plus que de raison dans tous les forums depuis 2009 que l’Iran était à trois mois de la bombe l’on peut se poser la question de savoir pourquoi il ne l’a pas encore obtenue.
Sanctions inefficaces, incapacité à finaliser et bien entendu et peut être surtout cyber- attaques israéliennes ont considérablement ralenti l’effort nucléaire iranien.

Stuxnext a été un succès israélien indéniable mais il n’a pu que ralentir et non pas éliminer la menace nucléaire iranienne.
Il en est allé de même avec l’élimination ciblée de certains scientifiques iraniens !

Et si l’Iran possède déjà la bombe, sa non-utilisation tendrait à prouver qu’il s’est coulé dans la doctrine nucléaire telle que définie par Henry Kissinger dès 1957 dans son étude magistrale et révolutionnaire: Des armes que l’on développe pour ne pas les employer. 45. En parler toujours s’en servir jamais.

Entendons-nous et pour qu’il n’y ait aucun quiproquo, l’Iran ne peut en aucun cas être autorisé à détenir l’arme nucléaire. Pour autant l’on voit mal comment l’on pourra l’empêcher d’atteindre le seuil pré-nucléaire.
En somme une puissance nucléaire dénucléarisée !

Maximum de sécurité pour l’État A constitue le maximum d’insécurité pour l’Etat B. Sécurité maximale ne signifie pas automatiquement la paix! Bien au contraire !
En acceptant que les soviétiques arrivent à parité avec les USA, McNamara avec sa doctrine de la riposte graduée a encadré la course aux armements dans un pomœrium sanctuarisé et aseptisé.
En outre la force nucléaire d’Israël est suffisamment forte et dissuasive pour empêcher toute velléité iranienne.
À cet égard l’on ne peut qualifier que de doux rêve pour ne pas employer un autre mot la position de Joseph Ury Bar, Professeur à l’Institut de Relations Internationales de Haïfa qui recommandait dans la revue Foreign Affairs d’abandonner le dispositif nucléaire israélien déjà existant contre l’abandon du développement iranien.

C’est précisément parce qu’Israël dispose de sa propre garantie nucléaire qu’une « preemptive blow » est hautement possible.
C’est en définitive l’assurance ultime d’un Moyen-Orient à l’abri de la foudre nucléaire !

La puissance nucléaire israélienne a aujourd’hui une vraie « pesanteur stratégique ». Alors pourquoi une telle insistance de Netanyahu ?

Sa doctrine nucléaire ressemble à celle en vigueur sous Khrouchtchev.
Les soviétiques pensant avoir le sens de l’histoire avec eux, ce qui était une véritable manie chez eux, avaient outre la dissuasion à l’américaine, deux mots pour paramétrer et affirmer leur propre doctrine. « Oustrachenie » qui est la dissuasion par la peur et « sdierjivanie » qui consistait à retenir un adversaire. Même si le distinguo est subtil, « sdierjivanie » a pour but la possession des moyens et des armes qui ont pour dessein principal de dissuader de dissuader.

Dans cette optique il sera d’autant plus loisible à Israël de suader les différents acteurs de la région que l’Iran aura été dissuadé d’intervenir dans le jeu.
D’où l’insistance israélienne pour une option zéro iranienne ! C’est précisément en poussant ab absurdum ce raisonnement que Nétanyahu peut déclarer : «Now, if Iran threatens to walk away from the table — and this often happens in a Persian bazaar — call their bluff. They’ll be back, because they need the deal a lot more than you do.” 46

Bien évidemment vu de Jérusalem, l’on peut comprendre cette position. Il est de même tout à fait aussi compréhensible qu’elle ne reflète pas les intérêts stratégiques de Washington. Pour autant des voix discordantes s’élèvent aussi en Israël et battent en brèche l’unanimisme revendiqué par Nétanyahu.

Si Ehud Barak critique aujourd’hui l’accord il ne s’est pas toujours montré aussi critique-tant s’en faut- lorsqu’il était au pouvoir.
Nahum Barnea spécialiste israélien des questions militaires, a pu ainsi écrire : « Cet accord constitue un moindre mal… Israël ne peut pas détruire par des moyens militaires le programme nucléaire iranien que les Américains ne veulent pas attaquer. Dans ces conditions l’accord de Lausanne est meilleur que ce à quoi on pouvait s’attendre…

Lisa Goldman rapporte ainsi les propos de l’ancien chef du Mossad de 2002 à 2010 : «Meir Dagan, the former Mossad director, accused the prime minister of pursuing “destructive” policies that undermine Israel’s security. Jewish-American journalists who usually express pro-Israel opinions are appalled that the prime minister has put them in the position of having to choose between loyalty to the Democratic Party (the majority of American Jews are Democrats) and Israel.” 47

Nous vient à l’esprit cette pensée: « Laissez-moi vous assurer qu’il n’y a rien de plus tournée vers soi-même qu’une démocratie en guerre. Très vite elle devient victime de sa propre propagande elle tend à attribuer à sa cause une valeur morale qui déforme sa vision des choses. Son ennemi devient l’incarnation du mal tandis que son propre camp est le modèle de toutes les vertus. » 48

Nétanyahu semble oublier que l’Iran a une capacité de résistance assez impressionnante. L’Iran est sous le coup de sanctions depuis 36 ans. Cela ne les a ni vraiment fait plier ni surtout empêcher leur progression nucléaire.
L’on estime à environ 1 million le nombre de morts iraniens durant le conflit Iran-Irak qui s’est terminé le 18 juillet 1988 après huit années de guerre.

Le credo de Nétanyahu repose sur le fait que l’Iran serait trop affaibli pour refuser d’aller à Canossa. C’est éclipser qu’une semi dictature qui s’est doublée d’une relative autarcie a des capacités de résistance insoupçonnées ne serait-ce que parce qu’à la différence d’une démocratie elle ne rend de comptes à personne et qu’au contraire la guerre soude sa population autour de son leader.
Les bombardements de Dresde par les alliés n’ont pas provoqué le soulèvement escompté du peuple allemand contre le régime nazi.
Enfin, et nous espérons que Nétanyahu nous pardonnera notre impertinence , si l’existence d’Israël est menacée comme il le clame l’on ne voit pas en quoi l’Iran aurait davantage besoin qu’Israël et que les USA d’un accord et ce d’autant plus qu’Israël n’a jamais voulu anéantir l’Iran ni aucun autre État.

Même si de nombreuses autres interrogations subsistent, il est pertinent d’analyser les raisons qui ont permis d’en arriver à ce stade. Car ces mêmes raisons fondent par elles-mêmes les espoirs d’un accord durable.
« L’incompréhension du présent naît fatalement de l’ignorance du passé. Mais il n’est peut-être pas moins vain de s’épuiser à comprendre le passé si l’on ne sait rien du présent » 49

« C’est un songe creux des belles âmes utopiques que d’attendre beaucoup de l’humanité dès lors qu’elle aura encore désappris à faire la guerre voire même de mettre tout son espoir en ce moment-là. » 50

Distinguer les raisons incidentes de ce que Thucydide nomme la cause « la plus vraie » « l’alesthate » voilà ce qu’aura été la difficile réussite de John Kerry.

Le fait séminal c’est bien sur l’élection de Rohani à la Présidence de la République. Nous avions d’ailleurs écrit dès le 18/10/2013 que son élection changerait la donne .51
Bien sûr le qualifier de grand démocrate et de nouveau grand ami d’Israël nous semble à tout le moins un tantinet exagéré et prématuré.

Il n’empêche ! Il a fait montre de signes intéressants et positifs démontrant sa volonté sinon de phagocyter les antagonismes à tout le moins d’en diminuer leur intensité. Rohani n’a certes pas été touché par une quelconque grâce mais juste convaincu par un calcul de coûts et risques totalement froid.

S’il a pu jusqu’à présent mener à bien les négociations– et gageons que sa ligne directrice continuera à engager l’Ayatollah Khamenei– c’est parce que Rohani n’est ni un marginal – comme a pu l’être à certains égards Ahmanidejad – ni un opposant du système. Il fait partie du système. Il en a même été une des figures éminentes comme membre du Conseil de Sécurité Nationale.
C’est de plus, ainsi que l’a démontré son élection un remarquable tacticien.

La deuxième raison qui a amené les iraniens à résipiscence c’est l’évolution géopolitique dans la région et bien entendu la progression de Daesh et le délitement syrien.

Résipiscence mais non Canossa c’est toute l’habileté d’Obama !

A Téhéran la violence anti occidentale ne messied point. Sauf lorsqu’elle devient incontrôlable et menace ses alliés et séides tels que Damas, Hezbollah, Hamas, Houthis etc.
À Damas, Téhéran agit ainsi en quelque sorte par délégation de Pékin et surtout de Moscou.
En outre Téhéran n’est pas désireux d’aller –en tout cas pour le moment -à un conflit ouvert avec Ryad.

D’aucuns appointent et pointent d’estoc Daesh. À tort ou à raison !
Les Israéliens ont quant à eux compris que Daesh n’avait pas l’envergure d’une menace stratégique de haute intensité. Il nous semble qu’ils ont parfaitement raison.
Pour eux, le danger ontologique demeure l’Iran !

Peut-être autant que les sanctions la baisse continue du prix du pétrole a également conduit Téhéran à se montrer plus souple. Si ces dernières n’ont pas stoppé l’enrichissement nucléaire iranien elles ont -à tout le moins- pavé le chemin vers la table de négociation et abecqué son appétit.
L’ombre portée d’une possible victoire républicaine aux USA a probablement aussi diminué l’influence des durs à Téhéran.
Enfin il n’est que trop juste de saluer l’obstination, la fermeté diaprée de souplesse et l’intelligence d’Obama dans cette négociation.

Obama s’est inspiré de Cuba. Obama n’a cherché ni à humilier ni à punir Téhéran.
Il a compris la nécessité impérieuse de respecter l’orgueil iranien.
Il a constamment dissocié ce qui relève dans les intérêts iraniens d’une posture défensive et donc légitime de ce qui habille une panoplie agressive que l’on ne saurait tolérer.
Lorsqu’il n’hésite pas à utiliser le mot « failure » à propos de l’embargo cubain le message est on ne peut plus clair pour Téhéran.

Obama a aussi considéré la mentalité d’assiégé qui habite l’Iran depuis son conflit avec l’Irak.

En abandonnant la position maximaliste du zéro nucléaire, il accorde à l’Iran le rôle de puissance régionale que son statut pré-nucléaire lui confère et que sa géographie et sa démographie lui autorisent.
L’histoire de son Empire lui rappelle qu’il a été le point de départ et d’arrivée de toutes les grandes conquêtes !

Dans la lettre secrète qu’il avait envoyée à Khamenei où il évoquait les conditions d’une riposte non pas coordonnée mais concertée avec l’Iran dans la lutte contre Daesh, il favorise et accélère les négociations.
Téhéran se voit désormais reconnu comme un État respectable avec la quasi quiescence du Grand Satan. Son rôle nucléaire concédé, c’est en soi une victoire capitale.
Mossadegh n’aurait pu rêver davantage.
L’Iran ayant gagné ou recouvré ses attributs, il peut à loisir – avec ou sans la bénédiction US- il est trop tôt pour se prononcer, agir et peser davantage sur la région, et ce d’autant plus qu’un afflux de dollars lui redonnera les moyens de ses ambitions.

Si l’on veut mettre dans cet accord autre chose que ce qu’il contient c’est un jeu de dupes. Le seul et unique objet de cet accord est de désamorcer le problème nucléaire. À ce stade toute autre tentative de vouloir y inclure autre chose était inexorablement vouée à l’échec.
Paradoxalement et ironiquement la conjonction des « hardliners » à Téhéran et au Congrès a aussi mis face à leurs responsabilités les négociateurs. Ce qui avait toutes les chances de briser les négociations a peut-être facilité leur aboutissement.

C’est précisément parce que l’on a laissé de côté le soutien à divers mouvements terroristes tels que Hamas ou Hezbollah, le développement de missiles balistiques ou encore les droits de l’homme allègrement bafoués en Iran que l’on a pu réussir.

Le Ministre Iranien des Affaires Etrangères Zarif a dit fort opportunément : «Iran-U.S. relations have nothing to do with this,” “This was an attempt to resolve the nuclear issue.” “We have serious differences with the United States.” 52
La psychologie du rapprochement revêt la même problématique dans les deux pays qui d’ailleurs n’y sont pas prêts pour le moment.

Lorsque Nétanyahu declare, «Israel demands that any final agreement with Iran will include a clear and unambiguous Iranian recognition of Israel’s right to exist, » « Israel will not accept an agreement which allows a country that vows to annihilate us to develop nuclear weapons, period. » 53 il dévoie l’objet de cet accord.

Bien évidemment et bien naturellement, autant l’on peut comprendre sa démarche lorsqu’il dénonce avec les autres grandes puissances le danger mondial que représente un Iran nucléarisé, autant il commet une erreur lorsqu’il confie également à d’autres le soin de négocier la sécurité d’Israël. Cela relève exclusivement de sa souveraineté. Les alliances ne peuvent venir qu’en appui.
Et lorsqu’il rappelle les violations des droits de l’homme en Iran, qu’Israël est une démocratie exemplaire, la seule dans la région d’ailleurs, l’on ne voit pas quel est l’objectif visé sauf à souder davantage les sénateurs républicains à cette thèse.

Pour autant si ce critère était déterminant dans la conduite des relations internationales cela constituerait une nouveauté !
Ni les USA, ni même Israël ne l’ont d’ailleurs érigé en dogme et en précepte de conduite. À cette aune Nétanyahu nous fait immanquablement penser à Lord Castlereagh lors du Congrès de Vienne.
Le Ministre anglais des Affaires Etrangères, avait contrairement à la diplomatie traditionnelle de son pays la fâcheuse tendance de confondre la stabilité du continent – ce qui était le but recherché – avec une réconciliation complète des pays européens. Metternich, plus fin, se contenta d’un équilibre et d’une stabilité appelés à durer quitte à tolérer des conflits de moindre importance mais qui ne pouvaient remettre en cause le statu quo.
Nétanyahu gagnerait pour la sécurité stratégie d’Israël à imprégner sa pensée de celle de Metternich plutôt que de Lord Castlereagh.
En cette affaire parce qu’Obama a assimilé ce subtil distinguo, il est l’héritier direct de Kissinger et Metternich.

Il faut se rappeler la célèbre théorie du « Brinkmanship » élaborée par Foster Dulles et reprise par Nixon lors des négociations avec les Nord-Vietnamiens.
Persuadés que les Américains tenaient plus qu’eux à un accord qu’ils pensaient avoir de toute façon les moyens de contourner, les Iraniens ont envoyé à Lausanne des négociateurs sans grand pouvoir de s’écarter des lignes fixées.
Il n’était bien sûr pas question d’aborder autre chose que les sanctions contre le nucléaire.
Le mid-point des positions iraniennes aurait ainsi été artificiellement fixé par Téhéran. Technique de négociation redoutable car elle contraignait les Américains à conclure.
De façon asymétrique en compliquant la tâche de Kerry les « hardliners » américains ont mêmement obligé les Iraniens à signer.

La dernière raison qui a véritablement imposé cet accord tient, comme nous l’avons écrit plus haut, à la nature même de l’hégémon américain qui demeure encore à ce jour la seule puissance de la planète à pouvoir déployer l’ensemble des attributs de la puissance, la seule à maîtriser les « Global Commons » : les USA ont des responsabilités mondiales !

Leur vision amétrope les entraine vers le grand large chinois. Leur priorité est juste mais à se retirer trop vite et trop massivement de la région ils compromettraient leur «Pivot asiatique ».

Stratfor le think-tank américain de tendance néo-conservatrice a ainsi résumé l’enjeu: «The United States, regardless of which party is controlling the White House, will rank the threat of a growing Eurasian conflict well ahead of de-escalating the conflict with Iran.”54
L’Eurasie est devenue le véritable enjeu. Cela implique toute une théorie de nouveaux défis bien plus importants que l’Iran. Lors de la chute du communisme, Frederik de Klerk eût l’intelligence de comprendre instantanément ce que cela signifiait pour l’Afrique du Sud.
Nétanyahu aura-t-il la même vision stratégique que le Président Sud-Africain ? Saura-t-il, pourra-t-il, voudra-t-il procéder un « Aufklärung » de sa politique de sécurité et de sa politique étrangère ?

Y avait-il d’autres politiques possibles ? Celles-ci étaient-elles meilleures ?

Trois configurations principales s’offrent aux diplomates.
– la négociation
– le statu quo
– la guerre.

Il semble que le Président Obama ait gardé à l’esprit le principe d’action de Kissinger :
« Quand on considère le processus par lequel on parvient à maturité ,on comprend que ce processus consiste à connaitre ses limites, à apprendre qu’on n’est pas immortel, qu’on ne peut pas tout réaliser et ainsi à tirer de ce constat la force de se fixer tout de même des buts élevés. » «En tant que nation, nous sommes parvenus à accepter nos limites. Nous manquions de maturité, nous imaginions que le fait de définir des buts équivalait à les réaliser… » 55

Une bonne politique étrangère consiste à garder ouvertes le maximum d’options et si possible davantage que la partie adverse. Le statu quo ayant montré ses limites et abouti après de longues années à un échec (puisque le critère déterminant est l’accroissement du potentiel nucléaire) il ne reste que deux possibilités.
La négociation actuelle ou l’option militaire. Tertium non datur !

Ehud Barak reproche surtout à Obama d’avoir écarté l’option d’une « frappe chirurgicale » contre les sites nucléaires iraniens.
« Une frappe chirurgicale contre les installations nucléaires clés en Iran pourrait les faire revenir cinq ans en arrière », a-t-il écrit.
Il pense que si les USA le souhaitent, ils peuvent anéantir les installations iraniennes en une fraction de la nuit.

La position d’Ehud Barak est cependant plus nuancée que celle de Nétanyahu car il a toujours pensé qu’un Iran amputé de son bras nucléaire ne constituait pas une menace stratégique pour Israël. C’est pourquoi il ne se focalise pas sur les autres aspects du dossier. En outre lorsqu’il était Premier Ministre, il a préféré accompagner les velléités américaines de négociations avec l’Iran afin d’obtenir des compensations américaines.

Alors pourquoi la position rigide de Netanyahu ?

Celle-ci relève essentiellement de deux facteurs. Les premiers ressortissent de la nature même du système international, les deuxièmes reflètent son primat de l’idéologie.
Considérons l’évolution du monde depuis 1945 et plus particulièrement depuis l’implosion soviétique. Tel que nous l’avons connu, le temps des superpuissances qui s’équilibraient est désormais révolu. L’hégémon américain existe toujours bien évidemment. Mais tout comme le condominium sovieto-américain qui façonnait la guerre froide, il n’est pas suffisant pour que la bipolarité, et aujourd’hui l’unipolarité militaires n’empêchent les multipolarités politiques.
Elles les ont même favorisés !
Profondément imprégné de cette idée, à cet égard, les nombreuses références à la barbarie des terroristes ont aussi leur utilité, Nétanyahu reprend allègrement à son compte le constat de Kissinger : « dans les systèmes d’alliance, les membres les plus faibles ont de bonnes raisons de croire que le plus puissant un intérêt primordial à les défendre ; il s’ensuit qu’il n’éprouve plus le besoin de s’assurer son appui en souscrivant à sa politique… » 56
Si ce paradigme demeure toujours valable, il ne peut cependant s’appliquer lorsque les intérêts stratégiques de la superpuissance sont en jeu.

C’est donc en vertu de ces deux principes : asymétrie des alliances et substrat idéologique et fort de sa surpuissance, voire de sa quasi invincibilité, que Nétanyahu s’arc-boute sur cette ligne de crête.
En effet Israël maîtrise aujourd’hui la triade nucléaire. Très peu de pays font partie du club des happy few, même si les sous-marins nucléaires d’Israël sont des SNA et non des SNLE, Israël vient d’ailleurs de recevoir de l’Allemagne son quatrième sous-marin nucléaire de la classe Dolphin.
Pour autant Israël possède une authentique puissance de dissuasion car elle repose à la fois sur une vraie puissance défensive et à la fois sur une redoutable puissance offensive. Israël peut tout aussi bien déclencher une « preemptive blow » et garder cependant une capacité de seconde frappe.
Jérusalem dispose en outre d’une stratégie contre-forces que Téhéran ne domine pas.
L’attitude iranienne ressemble étrangement à la posture soviétique des années 50. Celle-ci pour compenser son infériorité stratégique eût durant toute la période de son infériorité une attitude d’autant plus agressive.
C’est ce que Raymond Aron a défini comme le « paradoxe de l’agressivité du plus faible. » 57

Ce que Téhéran cherche c’est pouvoir grâce à son bouclier atomique se servir de ses forces classiques comme d’une épée, la menace de ses forces contre-villes dissuadant Israël. Pour autant la capacité israélienne d’action contre-forces neutraliserait le bouclier iranien.

En bonne orthodoxie, celui qui n’a pas les moyens d’amortir les frappes de l’adversaire devrait s’abstenir. Israël est donc à l’abri, en théorie du moins, de toute frappe iranienne sauf si l’enjeu était vital pour l’Iran ou s’il l’Iran craignait une première frappe israélienne.
La situation relève donc du paradoxe. Une capacité israélienne de first strike assortie d’une second strike non émasculée est la garantie ultime de la sécurité d’Israël.
Mais à mesure que l’Iran développe son potentiel nucléaire, Nétanyahu agite le spectre d’une first strike.
Or plus cette menace est brandie, plus l’Iran sera tenté par sa propre preemptive blow. C’est ce paradoxe qui rend le raisonnement si passionnant intellectuellement !
Si Israël avait des visées hégémoniques, ce qu’il n’a pas – et sa gestion de la question Palestinienne et des territoires occupés ne relève pas de cette catégorie- alors l’on pourrait en bonne orthodoxie nucléaire rechercher l’équilibre de la symétrie telle que définie par Raymond Aron et recherchée par McNamara.
« Entre le suicide commun et l’impunité du crime se situent évidemment de multiples intermédiaires, dès lors que l’on tient compte des asymétries possibles, c’est-à-dire de l’inégalité entre les duellistes, en fait des deux stratégies contre-force et contre-villes. L’inégalité relative aux capacités d’action contre-force suscite un double risque d’instabilité. Si l’un des deux duellistes, et l’un seulement est capable non de détruire entièrement mais d’affaiblir sensiblement les instruments de représailles de son adversaire, il sera tenté de prendre les devants dès lors qu’il a le sentiment que l’autre va frapper (il peut utiliser sa capacité d’action contre-force pour amortir le coup que l’autre va lui porter), mais l’autre, même s’il n’a pas ou s’il a peu de capacités de stratégie contre-force, sera encore plus tenté de prendre les devants s’il craint la frappe de son adversaire puisque sa propre force de dissuasion est vulnérable et qu’il risque d’être à moitié désarmé s’il laisse à l’autre l’initiative.
En d’autres termes, la considération exclusive des duellistes et de leurs moyens de représailles incitent l’observateur, et même, d’une certaine manière, les duellistes, à souhaiter la symétrie plutôt que l’asymétrie en fait de stratégie contre-force, au moins dans les circonstances où celui qui est, à cet égard, en état d’infériorité possède, en première frappe, une très grande capacité et même, en deuxième frappe une capacité substantielle de stratégie contre-villes. Au niveau supérieur des appareils thermonucléaires, une supériorité relative n’est pas toujours préférable à une véritable égalité, si cette supériorité n’est pas suffisante pour décourager toute velléité d’initiative de la part du plus faible. » 58
Toujours cette idée rémanente du « qui peut le moins peut le plus » !
Ces hypothèses sont basées sur la rationalité des dirigeants iraniens. D’aucuns en doutent. Mais être un régime néo-dictatorial ne signifie pas nécessairement que ses dirigeants soient frappés d’aporie.

Allons loin et plongeons-nous l’espace d’un instant dans les délices du corpus intellectuel qui a construit la théorie de la dissuasion nucléaire. Snyder, dans son livre passionnant « dissuasion et défense » prend le cas de deux duellistes dont l’un des deux désire modifier le statu quo ou s’emparer d’un objectif.
Il doit alors impérativement considérer quatre questions
– la valeur de l’objectif
– le coût de son agression (l’Etat B ne resterait probablement pas passif face à l’État A)
– la probabilité de chaque réplique
– sa propre probabilité ou capacité d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixés.

À ce stade il se posera les questions soulevées par le Wohlstetter et que l’Iran devra inévitablement se poser sans être sûr de les remplir parfaitement.
L’Etat B (en l’occurrence Israël) devra répondre lui aussi à quatre questions
– définition et valorisation de ce que l’État A (l’Iran) va atteindre
– quel prix va-t-il payer ?
– Surtout à l’issue finale aura-t-il sauvegardé ses intérêts.
– Les risques quant à l’évolution voire une nouvelle guerre.

Ces deux jeux de questions inter-réagissent bien entendu. Les acteurs de ce jeu peuvent évidemment inverser les rôles si l’un des deux pense qu’une « preemptive blow » dans le cas d’Israël préserve davantage sa sécurité.
Cela suppose bien entendu que le jeu soit quasi parfait et que les acteurs soient rationnels. La stabilité quasi chimique de cette équation ou sa pureté dépend de deux variables
– la force des revendications et leurs possibilités ou leur taux de réalisation.
– La relation entre états insatisfaits( conservateurs au sens de l’ordre international) et les états insatisfaits de l’ordre établi au sens Westphalien et du Congrès de Vienne.
Plus ces deux éléments sont prégnants plus la probabilité d’un conflit sera élevée.
Pour dire les choses autrement qui aura la suprême intelligence de Bismarck avec son ardeur retenue.
En matière nucléaire il est donc essentiel d’être capable de se glisser dans les réflexions de l’adversaire.

Ce raisonnement aussi brillant soit-il constitue-t-il l’assurance que l’Iran ne sera pas saisi d’un coup de folie ? Nullement !
A bien y réfléchir pour qu’Israël soit réellement menacé, il devrait se trouver dans ces deux cas de figures:
-Soit une supériorité iranienne indiscutable agrémentée d’une capacité anti-force afin de dissuader Israël et d’anéantir sa stratégie anti-force. Nous ne sommes pas, tant s’en faut, dans ce cas de figure.
-Soit si chacun des deux Etats est pareillement capable d’anéantir la force de représailles de l’adversaire. Cette situation est la plus dangereuse qui puisse se présenter car chacun des joueurs peut penser être victorieux s’il frappe le premier.
C’est cette situation particulièrement instable que Raymond Aron qualifie « de guerre des deux gangsters » ou de « l’impunité du crime. » 59
Mais là aussi nous ne sommes pas en présence d’un tel scénario. Tant que la force de seconde frappe d’Israël demeure la plus puissante, il y a peu à parier que l’Iran commette une telle folie qui lui serait suicidaire.

Si d’aucuns peuvent concevoir un scénario Docteur Folamour et envisager que les dirigeants iraniens sacrifient une partie importante de leur population (la vie humaine n’étant pas la valeur suprême chez les dirigeants iraniens) on ne les imagine pas sacrifier leurs classes dirigeantes. L’exemple de Mao Zedong prêt à sacrifier 3 à 400 millions de Chinois n’emporte pas la conviction.

D’abord parce que sa population était infiniment plus nombreuse et son territoire infiniment plus vaste que l’Iran. Les Ayatollahs iraniens ont encore beaucoup de chemin à parcourir avant que d’atteindre la folie meurtrière du dirigeant chinois.
Enfin parce que la détermination israélienne relèverait de la survie et non d’une raison géopolitique et serait donc supérieure à ce qu’était la résolution américaine en Corée.

Par contre grâce à leur puissance nucléaire les iraniens cherchent tout simplement à rendre la vie de l’autre infiniment plus compliqué.
Ceci nous ramène à la question ontologique qui s’applique tant à l’Iran qu’à Israël. Dans quel cas de figure les deux joueurs pourraient-il se lancer dans un conflit avec des armes classiques voire de théâtre en considérant que l’autre joueur ne sera pas tenté par une ascension aux extrêmes. En d’autres termes le « tombé » Clausewitzien introduira-t-il les armes nucléaires, effaçant ainsi le subtil distinguo entre le bouclier et l’épée ? L’Iran irait-il pour compenser une colossale infériorité classique au feu nucléaire ?
En renversant toute logique et à rebours de la doxa officielle, le méta-armement classique deviendrait sa dissuasion car trop faible alors que tout enseigne que l’armement nucléaire ne peut être utilisé que s’il est appuyé par une supériorité classique sous peine d’ascension aux extrêmes et de suicide collectif.
Il n’empêche, en dépit de toutes ces spéculations intellectuelles, la menace iranienne doit être éradiquée et pour les raisons évoquées cet accord demeure un bon accord tant par les mesures imposées que par l’état des forces dans la région.

Ehud Barak, tout en reconnaissant d’immenses qualités à Netanyahu qui était auparavant sous ses ordres à l’armée, porte sur lui un jugement sévère: « But over time, while thoughtful and an avid reader of history, he developed a mind-set at once pessimistic, passive and anxious. Benjamin Netanyahu seems to avoid any initiative. Some say it’s all about surviving in power. I think he is more complex and nuanced… Netanyahu is basically right about Iran and our risky neighborhood. But he can fail to seize opportunities, and on the Palestinian question he grossly ignores the slippery slope awaiting Israel in the form of a one-state solution…”60

« Lorsque Nétanyahu dit: «A deal based on this framework would threaten the survival of Israel.” 61 l’on ne sait pas par quoi il entend exactement le remplacer. Des propos qu’il a récemment tenus lors d’une conférence de presse, l’option militaire demeure pour lui la seule alternative crédible afin d’empêcher un Iran nucléaire.

Il a certes pris la précaution d’affirmer lors de son discours au Congrès : «My friends, for over a year, we’ve been told that no deal is better than a bad deal. Well, this is a bad deal. It’s a very bad deal. We’re better off without it.
Now we’re being told that the only alternative to this bad deal is war. That’s just not true.
The alternative to this bad deal is a much better deal.” 62
Ses paramètres sont connus. L’on ne voit pas comment il réussirait à les imposer.

Volonté de puissance vaut puissance. Encore faut-il savoir l’administrer à bon escient. A force de clamer depuis de nombreuses années que l’Iran est à trois mois de l’armement atomique et qu’Israël ne laissera pas les choses en l’état Nétanyahu a doublement perdu sa crédibilité.
D’abord parce que trois mois se sont plusieurs fois écoulés sans que le scénario catastrophe n’advienne et sans que Nétanyahu ne mette sa menace à exécution. Israël a fort heureusement lancé des cybers attaques avec le Stuxnext contre les systèmes iraniens.

Il ne les a pas détruits ; il les a tout au plus ajournés et la valeur d’exemplarité n’était pas aussi forte. Néanmoins ces cybers attaques ont heureusement permis de retarder l’avènement nucléaire de l’Iran.

Cassandre n’est Cassandre que parce que ses prédictions se réalisent et les Grecs sont partis en guerre contre les Troyens pour un prétexte plus futile.
Brandiller une menace et ne point l’exécuter si la situation ne change pas est une faute stratégique impardonnable !
Nétanyahu a perdu de sa crédibilité car si la cyber attaque Stuxnext était aussi efficace alors il n’est pas besoin de continuer à mobiliser le ban et l’arrière ban de la communauté des nations pour « finish the job » ou continuer le travail.

Que le Premier Ministre israélien veuille bien nous pardonner d’avoir l’impertinence de lui rappeler que c’est précisément le minage du port de Haiphong et le bombardement – et non le simple survol des B 52 – sur Hanoi qui a incité les Nord-Vietnamiens à entamer des pourparlers sérieux.
Et c’est précisément la résolution américaine non feinte qui a permis à Kissinger de faire passer le message que Nixon était « fou » et capable de tout et qu’une négociation constituait la dernière chance pour Hanoi.
En d’autres temps, Begin n’a pas hésité à détruire le réacteur nucléaire Osirak en Irak en 1981 et Ehud Olmert a su faire preuve de la même résolution en Syrie en 2007.

Les Israéliens n’avaient pas jugé bon alors d’envoyer de carton d’invitation ni de gesticuler au Congrès des Etats-Unis! Il est vrai que le carnet de bal ne comportait que des frappes chirurgicales.
Pour autant frapper l’Iran par une « preemptive blow » eut été une option qui eût fait sens il y a quelques années du temps de Bush.

Sharon qui demeure un des très grands Premiers Ministres d’Israël et un homme d’État à l’envergure mondiale a aussi été un très grand visionnaire.
D’autant plus visionnaire qu’il a su se débarrasser des oripeaux de l’idéologie parfois dévoyée au profit de la seule idée qui vaille : la sécurité ultime ou the litmus test.

La vision stratégique de Sharon était d’autant plus juste qu’elle accompagnait le vieux rêve sioniste original.
Lorsque le Général Benny Gantz, ancien Chef d’Etat-Major d’Israël déclarait le 8 février : « Israël est le garant central de sa propre sécurité. C’est notre rôle en tant qu’armée. L’État d’Israël doit se défendre lui-même. » Il était dans une parfaite orthodoxie nucléaire telle que définie par les Généraux français Pierre Gallois et Charles Ailleret.
Ce fût la réalisation du Général de Gaulle que de la porter. Ce fût la suprême intelligence de celui qui n’était encore qu’un brillant universitaire à Harvard que de le comprendre malgré la doxa dominante sous Kennedy avec la MLF.
L’universitaire en question n’était autre que Kissinger !

Pour autant les options militaires de Jérusalem étaient déjà étroites et compliquées. Elles supposaient sinon un appui tactique aérien américain à tout le moins une quiescence amicale.
Aujourd’hui qu’un accord est à portée de vue et que la géopolitique de la région dessine un tout autre visage cela devient beaucoup plus complexe voire risqué. Israël avait-il ou a-t-il les moyens de cette gigantesque opération ? Il s’agit cette fois-ci de frapper les installations enfouies dans quatre sites : Arak, Fordow, Natanz et Ispahan.

Certes les israéliens sont les seuls à avoir reçu certaines bombes GBL américaines (notamment les GBU 39) hautement perforantes. Israël va recevoir très prochainement ses premiers F 35 ce qui en fait-avec la Turquie – le seul pays de la région à en posséder actuellement. Son rayon d’action selon les versions va jusqu’à 1100 km et peut emporter jusqu’à 8 tonnes de bombes.

La distance qui sépare l’Iran d’Israël est d’environ 1500 km d’où l’obligation d’un ravitaillement en vol.
Dans un espace aérien tout sauf amical, il est vrai qu’Israël a obtenu officieusement des droits de survol de l’Arabie Saoudite, Israël devra déjouer la défense aérienne de l’Iran. L’on comprend aisément l’ire israélienne après que Moscou a décidé de livrer à l’Iran des missiles antiaériens S 300.
Israël devra mobiliser plus de 100 avions ce qui est certes dans ses moyens. Trois routes demeurent possibles : Turquie, Jordanie – Irak et Arabie Saoudite.

En l’état actuel des relations tumultueuses avec la Turquie, l’on voit mal le pays qui a encouragé voire préparé l’expédition du Marmara, autoriser les avions israéliens à survoler son territoire.
Rappelons que la Turquie, pays pourtant membre de l’OTAN, a refusé ce même survol aux avions américains lors de la seconde guerre d’Irak.
La route Irak- Jordanie est certes la plus courte. L’Irak, assurément, n’est plus aujourd’hui un État en mesure d’interdire son survol aérien d’autant plus que les USA ne sont plus liés à sa défense. Il n’en reste pas moins qu’avec Daesh c’est devenu un peu plus compliqué. Quant à la Jordanie, ses relations avec Israël se sont fortement détériorées et distendues depuis l’intervention israélienne à Gaza.

Reste l’Arabie Saoudite « nouvelle alliée stratégique » d’Israël ! L’axe Riyad -Tel-Aviv fait sens.
Une commune détestation du schisme iranien, des intérêts convergents, un support commun envers l’Égypte. C’est cependant la route la plus compliquée et la plus longue. Elle nécessitera une véritable flotte d’avions ravitailleurs.
Israël dispose d’au moins 8 KC 707 d’après la revue spécialisée Jane ‘s. Il n’est pas sûr qu’ils soient tous en état de marche.
Par contre il est tout à fait possible qu’ils aient transformé eux-mêmes des avions pour remplir cette mission.
Israël dispose entre autres d’environ 3 à 400 F 15 I et F 16 I de nouvelle génération. Selon les bombes emportées, leur vitesse etc. leur rayon d’action est plus ou moins limité. Un KC 707 peut avitailler selon les versions 4 à 8 avions.
Israël sera donc obligé d’attaquer par vagues successives ce qui compliquera encore davantage la mission.
Mais en même temps Israël devra mobiliser ces mêmes avions pour protéger ses avions ravitailleurs.
Israël aligne plus de 400 avions de combat de ce type mais tous ne sont pas adaptés au bombardement stratégique sur une telle distance. Frapper et détruire des installations enfouies à 10 m sous terre et protégées par 10 m de béton armé nécessite ou une frappe nucléaire ou les bombes US GBU 39 ou B 61 dont Israël dispose.

Toute l’armée de l’air israélienne sera mobilisée. Israël est un des très rares pays à posséder tant les armements nécessaires que le savoir indispensable et ultra sophistiqué pour assurer le succès d’une telle opération. Mais cela l’obligera à dégarnir fortement son front intérieur.
Pour autant c’est une opération qu’Israël sait mener.
Selon des sources israéliennes officieuses haut placées de l’armée de l’air: « We will have to go back to Iran a second time, we have no illusion that we can delay their plans by more than two or three years.” 63

Le Président des Chefs d’Etat-Major américain Martin Dempsey a déclaré en Février 2012, qu’Israël recherche un objectif limité car une destruction totale ne semble pas à sa portée.
L’opération est donc certes risquée et sérieuse mais elle n’est pas une opération improbable. Elle exigera probablement comme le rapportent des généraux israéliens une seconde vague de bombardements.

Cela étant il n’est pas sûr que de telles frappes anéantissent totalement le programme nucléaire iranien. Les israéliens peuvent tout au plus obtenir quatre à cinq ans de répit. À peine plus que le sabotage obtenu par une cyber attaque israélienne sur ces mêmes cibles.
Israël devra se contenter de retarder et d’émasculer la capacité nucléaire de l’Iran.
Mais que se passera-t-il lorsque l’Iran répliquera avec ses missiles ou en lâchant la bride au Hezbollah. Enfin dans un pays où la vie de chaque soldat est précieuse, les pertes humaines et en matériel seront colossales, même si les Israéliens s’entraînent sur ce scénario.

Si Nétanyahu compte sur les USA pour achever le travail, il risque d’avoir des surprises. Une telle attaque déchainerait la violence au Moyen-Orient. C’est également escompter une abstinence russe et surtout chinoise si gourmande en hydrocarbures. Si Israël le pense ce serait une grave erreur de jugement.

Il n’en demeure pas moins que la seule puissance capable de mener à bien complètement le travail reste les États-Unis. On ne voit pas un Obama, dont l’objectif prioritaire est le pivot asiatique, se lancer en une improbable aventure. En outre une telle frappe ne ferait que radicaliser encore davantage la mollahcratie et souder son peuple autour d’elle.

Il est toutefois juste de rappeler que l’on a entendu ce type d’argument avant le bombardement d’Osirak. Or rien de tel n’a eu lieu après. Ni en Irak ni en Syrie.

Enfin last but not least quelle sera l’attitude américaine ? De quelles natures seront les levées de boucliers de la Russie et de la Chine ?

Israël vise deux objectifs : la destruction de l’arsenal nucléaire iranien ce qui nous semble parfaitement raisonnable et légitime ; c’est du reste le but de la très grande majorité de la communauté mondiale.

Mais Israël vise aussi plus subtilement l’affadissement sinon l’élimination du rôle de l’Iran dans la région. L’atome a un pouvoir égalisateur. Il permet à l’Iran de se poser en champion de la cause palestinienne.
Son appui inconditionnel réel mais mesuré, ne mettant jamais en danger sa propre sécurité lui permet de peser sur la région et d’être une menace constante pour Israël.

C’est précisément cette menace tactique et non stratégique qu’Israël veut éliminer. Un axe qui recouperait Téhéran, la Syrie et d’autres états serait un cauchemar pour Israël. Si l’on voit se dessiner un axe Téhéran –Damas, il n’a pas pu encore arrimer Ankara. Ne serait-ce que parce qu’en Syrie des intérêts divergents et sérieux les y opposent.

Pour autant ironie suprême à Damas, Téhéran et Jérusalem ne sont pas aussi éloignés qu’on pourrait l’imaginer. Fort logiquement Téhéran se contentera d’un Daesh anémié et épuisé mais toujours présent. L’Iran ne serait pas le seul à partager cette logique !

Il n’empêche ce qui aurait dû rapprocher Israël de la communauté internationale l’en a éloigné. Il eût suffi à Israël de calquer sa position sur celle de l’Arabie Saoudite et des autres états du golfe et de ne pas monter outre mesure au créneau, il eut été davantage pris en considération.
C’est exactement ce qu’a su faire son mentor et lointain prédécesseur Itzhak Shamir lors de la première guerre du Golfe à la demande expresse de Bush senior.

Citons Dominique Moïsi : « Sur le nucléaire iranien comme sur la question palestinienne, l’isolement diplomatique et émotionnel d’Israël ne cesse de s’approfondir. Au risque de perdre de vue que sa sécurité passe avant tout par sa légitimité.… » 64

Si l’on peut concevoir qu’être en première ligne explique le « splendide isolement » d’Israël, une angoisse réelle et non feinte, cela ne devrait pas entraîner automatiquement nécessairement de : «… S’aliéner délibérément ou par un mélange d’indifférence ou d’arrogance, la sympathie ou même simplement le soutien tacite de ses alliés n’est pas responsable… » 65

Contrairement à l’opinion répandue aussi complaisamment dans certains milieux, ce n’est pas Israël qui menace la paix dans la région ni a fortiori dans le monde. Le problème iranien ne peut être également et directement ni la cause ni l’effet. Pour autant il est indubitablement lié.

Charger Israël, et Israël seul, du blocage au Moyen-Orient relève de la malhonnêteté intellectuelle. Pour autant l’exonérer totalement n’est pas non plus exact. Chacun a son fardeau et son héritage de responsabilités.
Un écheveau inextricable de psychologie chargée d’histoire dans une géographie que tout pousse au conflit tourmente qui, les pays Arabes, qui les Palestiniens, qui Israël.

L’Iran héritier de l’empire perse a cru bon de vouloir gouter les délices et les poisons de ce conflit. Mais alors qu’il est aujourd’hui un acteur que rien ne prédestinait au conflit, il en détient certainement les clés. Il en est même d’une certaine façon l’avatar central.
En effet tant que l’hydre iranienne est tapie au coin du bois et profite de chaque occasion pour déployer ses séides, Nétanyahu a beau jeu de ne vouloir négocier avec les palestiniens. On ne saurait rêver d’un meilleur ennemi !

Réclamer à cors et à cris l’impuissance iranienne est bien entendu hors de saison. Nétanyahu le sait fort bien. Vienne à disparaître le paravent iranien et il faudra bien aborder d’autres problèmes que Nétanyahu veut à tout prix éviter.

Dans ce « splendide isolement » même l’Allemagne- pourtant alliée inconditionnelle de l’État d’Israël- a pu dire par la voix de son Ministre des Affaires Etrangères: «We ask the Israeli government to look more closely at the agreement,” “Its main points are intended to guarantee that security in the Middle East…will improve, and not get worse” 66

Pouvait on obtenir plus de l’Iran et moins céder aussi vite. Possible mais loin d’être sûr et surtout très risqué. Même à Cuba, Kennedy a dû en échange du démantèlement des fusées russes démonter ses propres fusées Jupiter en Turquie et que l’URSS considérait comme une menace.
Les sanctions ont eu du mal à être votées; l’on ne voit pas le Conseil de Sécurité actuel voter un embargo et un blocus vers Téhéran. La superficie terrestre -est-il nécessaire de le rappeler – nous semble légèrement plus grande que celle de Cuba.

Même à Hanoi, Messieurs Nixon et Kissinger ont aussi accordé un certain nombre de concessions. Ce qui est certain c’est que les négociations auraient été plus évidentes à Almaty avec un Iran beaucoup plus loin du seuil nucléaire qu’il ne l’est aujourd’hui.

Gardons cependant en mémoire le jugement de Dominique Moïsi : « Les concessions faites par l’Iran sont beaucoup plus importantes qu’on ne pouvait l’espérer et la levée des sanctions occidentales plus progressives qu’on pouvait le craindre… » 67

Il est deux acteurs majeurs dans le dossier iranien dont le comportement influencera le cours des choses. L’impact de l’accord sur la Chine et la Russie influera à coup sûr leurs politiques étrangères.
Moscou est officiellement satisfait de l’accord. Même si Sergueï Lavrov a été moins en pointe que dans l’affaire syrienne, il ne pouvait que suivre avec une inquiétude schizophrénique son évolution.
L’Iran est tout à la fois son client pour des matières hautement stratégiques et un fournisseur important, l’allié de la Syrie qui n’en collectionne pas tellement et surtout un des rares endroits où l’influence russe refait surface.
Pour Moscou, l’axe Pékin-Moscou-Téhéran fait sens et contrebalance l’influence américaine. En outre des relations privilégiées avec Téhéran desserrent ce qui risquera d’être de plus en plus perçu comme l’étau chinois.

Pour autant, Moscou escompte aussi quelques bénéfices d’un accord avec Téhéran; ne serait-ce que parce que Moscou ne tient pas trop à s’éloigner de Berlin. Berlin, malgré le ressentiment d’Angela Merkel envers Poutine, ne peut trop s’éloigner lui aussi de Moscou.
Moscou reste cependant désireux de ne pas trop exacerber Washington lequel désire également impérativement un deal avec Téhéran pour recalibrer son pivot asiatique.

À cette aune l’on ne voit pas qui habitera le génie bismarckien incarné dans le Traité de Réassurance.
Moscou doit donc naviguer au plus près. La manœuvre est délicate. Appuyer l’accord tout en évitant une trop grande respectabilisation de l’Iran.

Un Iran trop faible réinséré dans le concert international ne leur serait d’aucune utilité. Un Iran trop faible ne pourra être l’amorce d’une triplice.
Un Iran trop puissant ayant retrouvé sa virginité et donc caracolant, fort de sa liberté de manœuvre retrouvée, sera incontrôlable et risquerait de trop se rapprocher des américains.
Un Iran ayant retrouvé son indépendance et pouvant à nouveau écouler ses hydrocarbures à flux continus ne pourra que faire chuter le prix du baril et donc menacer gravement l’économie russe déjà chancelante.

C’est en vertu de ce dilemme qu’il faut analyser la vélocité avec laquelle Moscou avance ses pions avec l’accord de livraison de missiles Antey 2500 à Téhéran. Plus connus sous le nom de S 300 ou sous la domination otanienne Gladiator S 23, ils peuvent intercepter missiles balistiques, missiles de croisière et avions de combat.

Le Antey 2500 est la dernière génération des S300 VA. C’est un missile anti balistique Sol-Air, extrêmement mobile tracté par un camion tout-terrain et à carburant solide, capable de voler à Mach 5,5 à 27 km d’altitude. Sa portée est de 40 km contre des missiles balistiques et 120 pour d’autres cibles. Sa précision annoncée, car il n’a à ce jour pas encore été testé dans la version livrée aux iraniens, est de 70 % contre un missile balistique et de plus de 80 % contre des avions.

Le système comprend en outre des radars et il peut être équipé de plusieurs types d’intercepteurs. Il est donc redoutablement efficace contre des armes tactiques, de théâtre ou des missiles balistiques à moyenne voire longue portée.
Même si l’accord n’a pas encore été formellement conclu, Poutine a d’ores et déjà signé en avril 2015 un décret levant l’interdiction de livraison et laissant carte blanche à Sergueï Chemezov directeur de Rostec l’agence d’armement russe.
La menace est suffisante !

L’Iran ayant acquis un tel système de défense, une éventuelle frappe sera d’autant plus difficile dorénavant. La fenêtre de tir des Israéliens voire des Américains est donc singulièrement rétrécie.
Il est difficile de frapper tant que les détails ne sont pas finalisés et les relations avec l’allié US passablement détériorées.
Il vaudrait mieux à tout prendre laisser ce cadeau empoisonné à un Président sortant plutôt qu’à un Président fraîchement élu.
Cette livraison d’armes à l’Iran permet également à Moscou de faire pression sur Téhéran pour aller plus avant dans une coopération énergétique et concernant le nucléaire civil.

En cette affaire Moscou peut même se draper dans le costume de la légalité. Lavrov, peut ainsi déclarer que cette livraison ne serait point contraire à la résolution 2010 qui n’interdit pas la livraison de systèmes antiaériens.
Voire ! Voire, car la résolution 1929 du 9 Juin 2010 interdit, quant à elle, formellement la livraison d’armes conventionnelles à l’Iran.
L’argument russe est possible mais spécieux ! Car le distinguo entre armes défensives et offensives s’estompe toujours davantage.
Sanctuariser les sites nucléaires est un acte offensif comme l’a amplement démontré Robert Jervis dans la théorie du dilemme de la sécurité.

À cet égard l’éloquent discours d’Adlai Stevenson dans son adresse à l’ONU à Zorine le démontrait amplement : «And, finally, the other day, Mr. Zorin, I remind you that you didn’t deny the existence of these weapons. Instead, we heard that they had suddenly become defensive weapons. But today — again, if I heard you correctly — you now say they don’t exist, or that we haven’t proved they exist, with another fine flood of rhetorical scorn.” 68
En outre les accords ABM signés à Moscou le 26 mai 1972 les avaient parfaitement encadrés. Lavrov a beau proclamer qu’il s’agit d’armements purement défensifs et que cette livraison ne compromettrait en rien la sécurité d’Israël cela ne trompe que lui-même. Et encore rien n’est moins sûr !

Même pour Moscou la situation est complexe et s’apparente à un exercice de haute voltige.
Armer l’Iran c’est aussi envoyer un message que la Turquie fortement courtisée par Poutine lors de sa visite le 1er décembre 2014 à Ankara risque de ne pas apprécier. Et Poutine a besoin de la Turquie ne serait-ce que dans l’affaire de Crimée où la Turquie a une fenêtre maritime commune avec la Russie.
Enfin le réchauffement des relations Égypte-Russie sera d’autant plus compliqué. Certes les règles de la politesse incitent aux voyages diplomatiques; pourtant il ne sera pas aisé de s’affranchir de ces livraisons.
Combien de temps Poutine pourra-t-il surmonter ces contradictions, nul ne le sait précisément.
Il est cependant intéressant de noter que les critiques israéliennes envers Moscou ont été nettement moins acerbes qu’envers Washington qui n’a pas fourni, quant à lui et jusqu’à plus ample informé, de tels systèmes d’armement à Téhéran.

En cette affaire il faut également saluer la position française qui aura été tant sous la Présidence de Sarkozy que de Hollande un parfait aiguillon souvent beaucoup plus ferme qu’Obama. Paradoxalement les positions françaises étaient souvent moins éloignées de la ligne israélienne que ne l’était Obama.
Il faut aussi savoir saluer les ironies de l’histoire !

Obama en accédant à la Présidence des USA avait déjà un certain nombre de principes en tête.
L’homme, indéniablement, a du courage et l’intelligence qui lui permet de l’ériger en vertu comme l’entendaient les Romains.
Il a en outre de la constance. Le lecteur intéressé pourra relire son superbe discours prononcé à Prague le 5 avril 2009 au château Hradcany, là même où hitler voulait détruire l’humanité.
Dans un discours à l’éloquence somptueuse et à la rhétorique impeccable, il pointe déjà – à peine arrivé au pouvoir – le danger que représente l’Iran. Les grandes lignes de son action à la Maison-Blanche sont déjà annoncées:
« But we go forward with no illusions. Some countries will break the rules. That’s why we need a structure in place that ensures when any nation does, they will face consequences.”
«We are here today because enough people ignored the voices who told them that the world could not change… » « And it proved that moral leadership is more powerful than any weapon. »
“To strengthen the treaty, we should embrace several principles. We need more resources and authority to strengthen international inspections. We need real and immediate consequences for countries caught breaking the rules or trying to leave the treaty without cause.”
“And we should build a new framework for civil nuclear cooperation, including an international fuel bank, so that countries can access peaceful power without increasing the risks of proliferation. That must be the right of every nation that renounces nuclear weapons, especially developing countries embarking on peaceful programs. And no approach will succeed if it’s based on the denial of rights to nations that play by the rules.”
Désarmement, contrôle, représailles mais accès libre au nucléaire civil et pacifique.

Chez Obama la volonté d’imprimer sa marque par de profonds changements est omniprésente. Le possible n’est pas souhaitable ; il en est une ardente obligation. «…We are here today because Americans and Czechs believed against all odds that today could be possible.” 69

Pour autant Obama est tout sauf un idéaliste ou un doux et dangereux rêveur. Mais le possible chez Obama passe d’abord et avant tout par le dialogue. Ainsi son discours à l’occasion du nouvel an persan en 2009.

Que l’on ne s’y méprenne point!
Chez Obama, derrière l’homme de dialogue se profile le « Seigneur des Drones ». Peu de présidents américains auront utilisé autant qu’Obama les « executives killing orders ».
En faire un président « pacifiste » sacrifiant les intérêts de son pays relève d’une méconnaissance totale du personnage. «…None of these challenges can be solved quickly or easily. But all of them demand that we listen to one another and work together…” “NATO’s Article V states it clearly: An attack on one is an attack on all. That is a promise for our time, and for all time … » 69

Dire qu’Obama n’aura pas fait du danger nucléaire iranien une obsession constante nous semble hors de propos. La prévalence qui émaille ses discours dont celui de Prague prouve le contraire. «So let me be clear: Iran’s nuclear and ballistic missile activity poses a real threat, not just to the United States, but to Iran’s neighbors and our allies.” “Today, the Cold War has disappeared but thousands of those weapons have not. In a strange turn of history, the threat of global nuclear war has gone down, but the risk of a nuclear attack has gone up. More nations have acquired these weapons »
« Our efforts to contain these dangers are centered on a global non-proliferation regime, but as more people and nations break the rules, we could reach the point where the center cannot hold.”
“Make no mistake: As long as these weapons exist, the United States will maintain a safe, secure and effective arsenal to deter any adversary, and guarantee that defense to our allies –- including the Czech Republic.” 69

Et lorsqu’il prononce ce discours, le Président Obama garde en tête les intérêts de Tel-Aviv. «One nuclear weapon exploded in one city -– be it New York or Moscow, Islamabad or Mumbai, Tokyo or Tel Aviv, Paris or Prague.” 70

J’ai maints chapîtres vus » écrivait La Fontaine ; nous avons quant à nous maints chapîtres entendus de la part de certains sénateurs américains.
Au chapître des diatribes aussi ridicules qu’ignorantes, rapportons les propos stupides de Mark Kirk Sénateur républicain de l’Illinois : « Neville Chamberlain a signé un meilleur accord avec adolf hitler… »
Flaubert avait raison : « (ils) calomnient leur temps par ignorance de l’histoire ».

Le Think Tank « Crisis Group » qui regroupe tant d’experts et leaders politiques de tous bords dont George Robertson ancien Secrétaire General de l’OTAN, Stanley Fischer Gouverneur de la Banque d’Israël, Shimon Peres – père de la bombe atomique israélienne, ex-Premier Ministre et ancien Président d’Israël (on aura connu carrières moins brillantes) a pu ainsi qualifier l’accord en laissant entendre une autre voix –plus avertie et moins électoralement démagogique que Mark Kirk. Qu’on en juge. «…This agreement could turn out to be the most important diplomatic accomplishment in a generation. To secure and sustain it, the parties will have to display the same dedication and discipline that brought them this far.” 71

Même un néo-conservateur tel que Richard Haas pourtant peu suspect d’ Obamania -et directeur du prestigieux Council on Foreign Relations – pense que si le traité est respecté il comporte des avancées.

Cet accord est tout sauf un blanc-seing. Afin que les enjeux soient parfaitement clairs et qu’aucune ambiguïté ne subsiste Obama prend bien soin de prévenir l’Iran : « A historic understanding with Iran” « If Iran cheats, the world will know it. If we see something suspicious, we will inspect it. Iran’s past efforts to weaponize its program will be addressed. With this deal, Iran will face more inspections than any other country in the world.” 72
Toujours dans la droite ligne de son discours de Prague, Obama a ouvert sa palette d’options. Celles-ci vont du simple gel nucléaire jusqu’à un hypothétique renversement d’alliances, de la simple coopération technique à une très hypothétique réinsertion d’un Iran démocratique dans le concert des nations.

Il a su prendre en compte les intérêts de l’Iran et ménager la fierté iranienne. Lors d’un colloque à Sciences-Po/Ceri Hossein Moussavian expliquait benoîtement- et pas toujours honnêtement- qu’il ne comprenait pas pourquoi l’on traitait mieux la Corée du Nord pourtant déjà détentrice de la bombe. Il s’étonnait que ni l’Inde ni le Pakistan ni surtout Israël ne fussent frappés par des sanctions comme l’Iran.

La longue, trop longue, théorie de mensonges iraniens oblige le P5 +1 à n’accorder qu’une confiance limitée à leurs vertueuses protestations.
Pour autant Moussavian relève que l’Iran, a lui aussi des griefs contre l’Occident qui l’aurait abandonné lors de l’agression irakienne.
En outre il remarque que ces mêmes pays ont reconnu à l’Iran le droit de se doter de l’énergie nucléaire civile dès lors que son pays avait maîtrisé l’énergie nucléaire militaire.
Ses propos quelque peu spécieux n’engagent bien entendu que lui. Pour autant Obama a su les intégrer dans sa démarche sans en être dupe. Ainsi: « Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. … 73

C’est peut-être le point nodal d’un commencement de doctrine Obama qu’il développe dans l’interview accordée à Thomas Friedman: «…but the truth of the matter is: Iran’s defense budget is $30 billion. Our defense budget is closer to $600 billion. Iran understands that they cannot fight us. … You asked about an Obama doctrine. The doctrine is: We will engage, but we preserve all our capabilities.” 74
Parfois la consultation des chiffres a du bon !

La puissance US doit être suffisamment confiante et sure d’elle-même pour prendre des risques calculés. « We are powerful enough to be able to test these propositions without putting ourselves at risk. And that’s the thing … people don’t seem to understand…” 75

La doctrine Obama est bien loin d’une quelconque doctrine idéaliste voire pacifiste. Obama est tout sauf Carter ! C’est un curieux mélange de Nixon ou Bush Senior et de Clinton !
C’est un engagement, une rencontre avec les intérêts vitaux des États-Unis d’Amérique. Il y a un continuum entre Myanmar, Cuba et l’Iran. Et pour atteindre ses objectifs en l’occurrence dénucléariser l’Iran, il pense que les chances sont plus fortes avec un dialogue même musclé que des sanctions sans fin ou un quelconque isolationnisme.

Si l’Iran ne change pas, la supériorité militaire américaine, elle, reste en place. «We’re not relinquishing our capacity to defend ourselves or our allies. In that situation, why wouldn’t we test it? ” 76
Visiblement il s’inspire de la célèbre formule Kissinger qui disait à propos du Vietnam : « C’est nous qui avons écrit cette foutue politique étrangère nous pouvons bien la changer. » 77
Il se garde bien de tomber dans un quelconque irénisme béat. Il veut garder, et le fait savoir, toutes les options ouvertes.

D’aucuns – et souvent de bonne foi – reprochent au Président des USA de sacrifier les intérêts d’Israël et de pays arabes afin d’obtenir un accord à tout prix voire préparer un renversement d’alliance lof pour lof.
C’est oublier que la priorité américaine est désormais et fort heureusement l’Asie. Mais cela ne signifie aucunement un renversement d’alliance.
C’est aussi occulter le fait que Barak Obama n’a pas été sacré roi à Riyad et qu’il ne préside pas non plus aux destinées de l’État d’Israël.
Les USA demeurent encore pour longtemps le seul pays à avoir responsabilités et intérêts mondiaux. Pour autant Obama a clairement montré que les intérêts israéliens avaient aussi été pris en compte.
Il s ‘engage à maintenir la supériorité d’Israël.
“But what I would say to them is that not only am I absolutely committed to making sure that they maintain their qualitative military edge, and that they can deter any potential future attacks, but what I’m willing to do is to make the kinds of commitments that would give everybody in the neighborhood, including Iran, a clarity that if Israel were to be attacked by any state, that we would stand by them.” 78

Il s’est constamment concerté avec Israël durant ces longues années. Au travers de ses différentes interventions le nom de l’État d’Israël, allié des USA, est mentionné bien plus souvent que les autres pays. Il affirme également que les pays arabes doivent davantage participer à leur défense.

Il a cependant une vision plus large et c’est le deuxième volet de sa doctrine. Renversement d’alliances lof pour lof non ! Pour autant il est conscient que la poudrière moyen-orientale peut s’embraser à n’importe quel moment. Iran ou pas !
Il est donc urgent pour lui d’instaurer un dialogue entre l’Iran et les pays arabes. Il veut donc engager « a more fruitful conversation with the Iranians. »
“the U.S.’s commitments to work with them and ensure that they are not invaded from the outside…” 79

“Even as a nuclear agreement establishes the foundation for a U.S.-Iranian understanding, Washington will rely on regional powers like Turkey and Saudi Arabia to eat away at the edges of Iran’s sphere of influence, encouraging the natural rivalries in the region to mold a relative balance of power over time.” 49 mettre avec politique us. » 80

Désamorcer la menace nucléaire, amener si possible l’Iran à changer son régime, le réinsérer par des mesures incitatives dans la communauté internationale, éliminer son soutien au terrorisme, éviter une course aux armements dans la région, voilà sa doctrine.

Après avoir réclamé que les pays arabes partagent le fardeau de leur défense, chez Obama le réaliste, les droits de l’homme ne sont jamais totalement absents.
«What I can’t do, though, is commit to dealing with some of these internal issues that they have without them making some changes that are more responsive to their people.”
“The biggest threats that they face may not be coming from Iran invading. It’s going to be from dissatisfaction inside their own countries. Now disentangling that from real terrorist activity inside their country…” 81
Le géopoliticien Frédéric Encel n’affirme pas autre chose qu’Obama: « Car il existe une constante dans la vie des nations: lorsqu’un pouvoir central, étatique ou pas encore, renonce ou échoue à assumer sa vocation fondamentale incarnée par le social, des groupes extrémistes prennent la relève. Le phénomène est universel… » 82

« Certains états se sentent même moins menacés par la politique étrangère des autres pays que par leurs transformations intestines… » 83

“And that’s going to be a big project, given what’s taken place, but I think this [Iran framework deal] is at least one place to start.” 84

Il nous semble peu probable qu’Obama veuille procéder à un réalignement des planètes au Moyen-Orient. Son intérêt bien compris est d’être au centre du triangle Riyad- Washington-Téhéran. Et ce tout en maintenant son alliance stratégique avec Israel.
Rappelons, et contrairement à l’opinion répandue, qu’Obama regnante jamais le soutien militaire à Israël n’aura été aussi fort et conséquent !
C’est pourquoi il ne lâchera pas Riyad de sitôt. D’abord parce qu’il ne sait pas qui prendrait la place de la dynastie wahhabite. À tout prendre et quand bien même après avoir subventionné plus que de raison tous les mouvements terroristes de la planète, elle semble préférable à l’inconnu.
Ensuite ce serait abandonner un soutien de l’Égypte. Enfin même si le gaz de schiste a quelque peu desserré l’étau énergétique, l’on ne sait combien de temps cela durera. Ce serait également négliger son impact beaucoup plus faible pour les européens.

Mais surtout Washington commettrait une erreur – la politique ayant horreur du vide – ce serait précipiter les fiançailles entre Pékin et Riyad.
Tout le dilemme d’Obama est le suivant pourra-t-il changer l’attitude de l’Iran sans changer de régime ?

Quant à l’Iran, même assagi, l’on ne voit pas de sitôt un axe Téhéran-Tel-Aviv.
L’on assistera peut-être à un rapprochement officieux Ryad-Tel-Aviv. Il ne saurait aller au-delà de questions économiques et stratégiques lorsque cela arrangera ces deux pays !Ce sera une coopération au coup le coup. Ce qui n’est déjà pas si mal !

Il est plus que vraisemblable que l’on n’arrivera pas au 30 juin en ayant gravé tous les détails de cette nouvelle table de la loi.
Cela ne revêt pas une si grande importance .Nous ne sommes plus à quelques mois près.
« Seigneur, accorde moi la chasteté mais pas tout de suite. » Saint-Augustin

La vraie difficulté reside ailleurs.Sans une implication élargie et constant des USA dans la region rien ne se fera. Or les USA ont désormais les yeux rivés vers l’Asie et plus particulièrement vers Beijing. Il n’est pas sur qu’ils puissent mobiliser toutes les ressources nécéssaires à l’accomplissement de cette tâche.
Si cet accord qui est porté par une coalition d’intérêts hétéroclites voire divergents est respecté alors il sera enseigné et cité , ainsi que le rapportait Renaud Girard, comme un modèle dans toutes les universités de Sciences Politiques du monde encore dans trente ans.
Le 26 Juillet 1994, un des plus grands Premiers Ministres d’Israel , Itzhak Rabin peut-etre le plus grand termina son discours devant le Congrès des Etats-Unis d’Amérique avec ces mots plein de courage.
Son discours n’avait rien à envier à l’éloquence de Netanyahu. Rabin, Prix Nobel de la Paix, avait une tout autre élévation morale.
Puissent tous les acteurs de ce qui se noue dans la région reprendre les propos de Rabin qui fut lâchement et sauvagement assassiné !

“Today we are embarking on a battle which has no dead and no wounded, no blood and no anguish. This is the only battle which is a pleasure to wage: the battle of peace…
Tomorrow, on the way up to Jerusalem, thousands of flowers will cover the remains of those rusting armored vehicles, the ones that never made it to the city. Tomorrow, from those silent metal heaps, thousands of flowers will smile to us with the word of peace – « Shalom. »
In the Bible, our Book of Books, peace is mentioned in its various idioms, two hundred and thirty-seven times. In the Bible, from which we draw our values and our strength, in the Book of Jeremiah, we find a lamentation for Rachel the Matriarch. It reads:
« Refrain your voice from weeping, and your eyes from tears:
for their work shall be rewarded, says the Lord. »
I will not refrain from weeping for those who are gone. But on this summer day in Washington, far from home, we sense that our work will be rewarded, as the Prophet foretold…” 85

Que les Iraniens dupent les Alliés l’on pourra dire que Netanyahu aura été le plus grand Premier Ministre d’Israël et digne héritier de Winston Churchill qui a porté seul et avec succès le combat contre les nazis aux pires moments de la deuxième guerre mondiale.
Que cet accord tienne ses promesses alors Netanyahu restera comme le pire Premier Ministre de l’Etat d’Israël !
Que cet accord vienne à être trahi, Obama sera le pire Président des USA partageant ce triste record avec Carter, Coolidge ou Hoover !
S’il est respecté par les Iraniens, alors le Président Obama méritera un nouveau Prix Nobel de la Paix et il restera dans l’histoire des présidents américains à l’égal d’un Richard Nixon ou Bush père.

Ad augusta per angusta !

Leo Keller

05 Juin  2015

Notes
1 La Fontaine in Le Maitre d’école
2 La Fontaine in Phébus et Borée
3 Raymond Aron In le Grand Débat
4 Charles de Gaulle in Mémoires de guerre. L’appel la France combattante la Pléiade page 255
5 Raymond Aron In carnets de la guerre froide
6 Lénine in discours au VII congrès extraordinaire du parti bolchévique 7/03/1918
7 Montesquieu in Grandeur et Décadence des Romains
8 in Figaro 2 avril 2015
9 Racine in Bérénice
10 http://translations.state.gov/st/english/texttrans/2015/03/20150304313894.htmlcYGoXV
11 Ehud Barak interview Time magazine 02/04/2015
12 Richard Haass in Project syndicate 3 avril 2015.
13 Raymond Aron in carnets de la guerre froide 13 décembre 1950
14 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
15 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
16 Ehud Barak interview in Jerusalem Post 08/04/2015
17 Raymond Aron In carnets de la guerre froide
18 Remarks of President Barack Obama Weekly Address The White House April 4,
19 Statement by the President on the Framework to Prevent Iran from Obtaining a Nuclear Weapon 2/04/2015
20 Statement by the President on the Framework to Prevent Iran from Obtaining a Nuclear Weapon 2/04/2015
21 Netanyahu’s speech to Congress on Iran 3 Mars 2015
22 Statement by the President on the Framework to Prevent Iran from Obtaining a Nuclear Weapon 2/04/2015
23 Charles de Gaulle discours du 24 juin 1960
24 Charles de Gaulle entretien du 14 Décembre 1965
25 Statement by the President on the Framework to Prevent Iran from Obtaining a Nuclear Weapon 2/04/2015
26 Henry Kissinger et George Schultz in Wall street Journal du 07/04/2015
27 Walter Lippmann in New York Times 1945
28 Henry Kissinger et George Schultz in Wall street Journal du 07/04/2015
29 Benjamin Netanyahu interview ABC le 06/04/2015
30 Benjamin Netanyahu interview ABC le 06/04/2015
31 Khamenei discours du 09/04/2015 à l’occasion du Islamic Republic’s ‘National Day of Nuclear Technology
32 Khamenei discours du 09/04/2015 à l’occasion du Islamic Republic’s ‘National Day of Nuclear Technology
33 Khamenei discours du 09/04/2015 à l’occasion du Islamic Republic’s ‘National Day of Nuclear Technology http://www.defenddemocracy.org/iran-press-review-9-april#sthash.BZQMDdtj.dpuf
34 Henry Kissinger in le Chemin de la Paix page 12
35 Statement by the President on the Framework to Prevent Iran from Obtaining a Nuclear Weapon 2/04/2015. https://www.whitehouse.gov/the-press-office/2015/04/02/statement-president-framework-prevent-iran-obtaining-nuclear-weapon
36 Racine Bérénice, acte V, scène 7
37 Machiavel in Le Prince
38 rencontre à Wroclaw dans le cadre du triangle de Weimar
39 Henry Kissinger in World Order Page 158
40 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
41 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
42 Débat au Council on Foreign Relations http://foreignpolicy.com/2015/04/02/a-dummys-guide-to-the-interim-nuclear-deal-with-iran/
43 discours de Nétanyahu au congrès US 04/03/2015
44 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
45 Henry Kissinger Nuclear Weapons and Foreign Policy
46 discours de Nétanyahu au congrès US 04/03/2015
47 Lisa Goldman in Foreign Affairs 01/03 2015
48 Gérard Chaliand in Russia east and west under Lénin and Stalin
49 Marc Bloch in Apologie pour l’Histoire
50 Nietzsche in Humain trop humain
51 L’Iran nucléaire de Mossadegh à Lafcadio https://blogazoi.com/?s=lafcadio
52 Déclaration Zarif à l’Université de Lausanne après la signature de l’accord New York Times 2 Avril 2015
53 Netanyahu déclaration du 03/04/2015 Washington Post
54 Reva Ballah in Stratfor 24/02/2015 https://www.stratfor.com/weekly/intersection-three-crises
55 Interview New York Times 13 octobre 1974 à James Reston
56 Henry Kissinger in pour une nouvelle politique étrangère américaine
57 Raymond Aron in Le Grand Débat
58 Raymond Aron in Le Grand Débat
59 Raymond Aron in Le Grand Débat
60 Ehud Barak interview Time magazine 16/04/2015
61 Netanyahu déclaration du 02/04/2015 New York Times
62 discours de Nétanyahu au congrès US 04/03/2015
63 Anshel Pfeffer in Haaretz 21/02/2012
64 Dominique Moïsi in les Echos 24/10/14
65 Dominique Moïsi In les Échos 27/10/2014
66 Frank Walter Steinmeyer in Jérusalem Post 3 avril 2015
67 Dominique Moïsi in Ouest France 08/04/2015
68 Adlai Stevenson UN Security Council Address on Soviet Missiles in Cuba 25 October 1962
69 Obama discours prononcé à Prague le 5 avril 2009
69 Obama discours prononcé à Prague le 5 avril 2009
70 Obama discours prononcé à Prague le 5 avril 2009
71 Crisis Group Iran Nuclear Talks: A Landmark Achievement, Yet a Long Road Ahead 2 Avril 2015
72 Statement by the President on the Framework to Prevent Iran from Obtaining a Nuclear Weapon 2/04/2015
73 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
74 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
75 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
76 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
77 Antoine Coppolani in Richard Nixon Antoine Coppolani
78 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
79 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
80 Reva Ballah in Stratfor 24/02/2015 https://www.stratfor.com/weekly/intersection-three-crises
81 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
82 Frédéric Encel in Les Conséquences stratégiques de la crise
83 Henry Kissinger in Pour une nouvelle politique étrangère américaine
84 Obama interview à Thomas Friedman New York Times du 5 avril 2015
85 Itzhak Discours du 26 Juillet 1994 au Congrès des USA

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Comments

  1. Pas le temps de tout lire juste avant la fête
    Barak brillantissime ? Surtout quand on évacue le Liban du jour en lendemain et assurant qu’on aura la paix à cette frontière. !
    Ici en Israël on a analysé sa sortie de l’autre jour juste comme un moyen « d »exister » et de vendre son bouquin.
    Et il y a beaucoup d,autres choses ejusdem farinae dans les déclarations des .experts », surtout quand ils sont professeurs et à Sciences po de surcroît. et c,est un ancien qui parle !

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