Victor Hugo et la tragédie grecque. Le souffle du génie!

Qui pouvait mieux que Victor Hugo évoquer Archiloque le poète ruiné dans l’affaire grecque ! Et qui pouvait mieux qu’Hugo comprendre et s’éprendre de cette tragédie !
Toute ressemblance avec les évènements actuels est bien entendu fortuite !
Je vous souhaite à toutes et à tous la même émotion et le même bonheur que j’ai éprouvé devant la puissance de ces vers prophétiques. La beauté sidérale se passe de tout commentaire superflu.
Leo Keller
21/07/2015

Victor Hugo
La légende des siècles

« Archiloque l’atteste, Athènes l’entendit »

Archiloque l’atteste, Athènes l’entendit,
Un jour un magistrat devint terrible et dit :
— Je m’en vais, je cherche un refuge,
L’Aréopage pèse à faux poids. Temps d’effroi !
Voilez-vous, cieux ! On voit le droit hors de la loi
Et la justice hors du juge !

Cicéron était là quand un centurion
Brisa son glaive et dit à César : — Histrion,
Je connais ta pensée intime ;
L’armée après toi marche avec ses généraux ;
Pas moi. Je ne suis pas l’espèce de héros
Qu’il te faut pour commettre un crime.

Ô noir Machiavel, génie et paria,
Tu t’en souviens, un jour un apôtre cria :
— C’est trop ! Le pape trompe l’homme.
Horreur ! Satan et lui mettent le même anneau.
Jérusalem, ils font dévorer ton agneau
Par la vieille louve de Rome ! —

La conscience humaine est engloutie au fond
D’un océan de honte où tout rampe et se fond,
Mer sombre et sans route frayée ;
Ce gouffre écume et roule, et l’on voit par moment
Reparaître au milieu des flots confusément
Le cadavre de la noyée.

« Après la bataille »
Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait:  » A boire! À boire par pitié ! « 
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. « 
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba! « 
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
 » Donne-lui tout de même à boire « , dit mon père.

Victor Hugo
La légende des siècles

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