L’Europe ou la pulsion de vie ! Appels aux Européens

L’Europe ou la pulsion de vie !

«L’histoire des guerres entraîne la jeunesse à admirer la violence, l’histoire de la culture lui enseigne le respect de l’esprit ; l’une lui fait ressentir la guerre, l’autre, la paix, comme la plus haute réalisation humaine… » 1

Après 2400 ans, s’il fallait chercher un digne et fidèle héritier à Isocrate, ce serait à coup sûr, Stefan Zweig. Qu’on en juge : « Notre cité a tant distancé les autres hommes pour la pensée et la parole que ses élèves sont devenus les maîtres des autres, qu’elle a fait employer le nom de Grec non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et qu’on appelle Grecs plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous. » 2

Nous avions publié, en Septembre 2014 son superbe texte « la Tour de Babel. » Voici son « Appels aux Européens » publié en français pour la première fois en 2014. Ce texte se compose de deux conférences : la Désintoxication morale de l’Europe donnée en 1932 à Rome et l’Unification de l’Europe en 1934 et jamais prononcée.
Leur intertextualité est remarquablement prophétique. Pour autant et peut-être parce que Zweig ne se contente pas de généralités ces deux documents n’ont pas la force poétique ni la bouleversante magie évocatrice de la Tour de Babel qui lui date de 1916.

Ce qui éclate avant tout chez Zweig c’est bien sur son humanisme qui nourrit sa pensée et irrigue sa foi européenne. Si l’idée européenne est aujourd’hui presque banale – encore que – c’est grâce à des intellectuels tels que Stefan Zweig.
« La Tour de Babel » annonce et promet les fleurs de ce qui sera la seule véritable – avec peut-être l’écologie –idée nouvelle du XXe siècle.

Dans sa première conférence Désintoxication morale de l’Europe, il reprend l’idée de Nietzsche qui voulait en finir avec les « patriotarderies. »
« La folie des nationalités explique pourquoi les peuples européens sont devenus de plus en plus étrangers les uns aux autres, et cette pathologique ignorance réciproque dure encore aujourd’hui ; elle a porté au pinacle des politiciens à la vue courte et à la main leste, qui ne se doutent même pas que leur politique de désunion ne peut être nécessairement qu’un intermède… On feint de ne pas voir… Les signes qui annoncent avec le plus d’évidence que l’Europe peut s’unifier. » 3

Portant un regard distancié, tantôt sévère, tantôt généreux sur la société, l’auteur considère que les nationalismes et les divisions non seulement freinent le progrès mais qu’ils sont la cause première de la décadence de la société.
Les hommes sont animés par une pulsion de destruction. Cette obsession constante dans son œuvre, puise chez lui, sa source dans le comportement de Dieu lors de l’érection de la tour de Babel.
Cette pulsion de destruction découle de la peur de Dieu de voir son unité menacée. « Et pour la première fois, Dieu eut peur que les hommes soient comme lui-même, une unité. Il commença à réfléchir à la manière dont il pourrait ralentir leur travail. Il comprit qu’il ne serait plus fort qu’eux que s’ils n’étaient plus unis et il sema la discorde entre eux. Il se dit à lui-même : «Troublons les en faisant en sorte que personne ne comprenne la langue de l’autre. » « Pour la première fois, Dieu se montra alors cruel avec l’humanité. » 4

La désunion voilà la faiblesse ontologique de l’humanité ! Pour sortir de ces miasmes et marasmes, Stefan Zweig a compris très tôt qu’une humanité sans but élevé était condamnée à demeurer petite et pétrifiée. L’Europe lui permet de stigmatiser son manque d’ambition. L’Europe est le supplément d’âme de l’humanité.
Si des accents pacifistes affleurent de-ci delà, il est encore trop tôt pour en rire. Il sera trop tard pour en pleurer.

Néanmoins ce qui jaillit de sa pensée c’est un vrai cosmopolitisme. Même s’il l’augure, ce n’est pas le cosmopolitisme ou mondialisme échevelé mais le cosmopolitisme enchanté et enchanteur de la culture et des idées. Son européanisme ne doit rien aux ravages de la guerre mondiale. Il arrive bien avant la seconde guerre mondiale et ses conséquences.
L’Europe d’aujourd’hui, humaniste et profondément optimiste, doit tant à Zweig !

Zweig a pensé l’Europe non seulement comme facteur de progrès mais comme un havre de paix. Qu’on en juge : «Puis la paix rétablie, ce devoir de haine d’un seul coup aboli et déclaré superflu. Mais un organisme, une fois qu’il a pris l’habitude d’une drogue, ne peut pas être sevré d’un seul coup. Qui n’a cessé de consommer des narcotiques ou des stimulants pendant des années ne peut en l’espace d’une heure rendre son corps complètement sobre et de même – inutile de le nier – le besoin de tension politique et de haine collective a persisté à l’état latent au sein de notre génération. Il n’a fait que se déplacer de l’ennemi étranger vers d’autres cibles devenant haine entre systèmes, entre partis, entre classes, entre races, tout en conservant pour l’essentiel les mêmes formes. Le besoin d’afficher en groupe une agressivité visant d’autres groupes domine l’Europe aujourd’hui encore. »
Ite missa est ! Tout est dit !

La lenteur de la construction européenne, ses résistances, la montée des populismes. Pour lui l’Histoire ne saurait se résumer à la seule histoire des faits militaires. Son texte sur la tour de Babel, vibrante allégorie, nous rappelle le Micromégas de Voltaire.
Les mots employés résonnent et raisonnent. Dès lors que l’effort se relâche, dès lors que le but grandiose s’efface et se détruit alors tout s’affaisse et s’abaisse.
C’est l’effort surhumain pour sortir l’humanité de sa condition qui élève l’homme dans son artificialité et dans sa grandeur.
« Bientôt elle ne fut plus qu’une légende qui n’apparaissait que dans les cantiques et l’humanité oublia la plus grande œuvre de sa jeunesse… »
Les mots « légende » et « cantiques » évoquent le beau et le sublime ! Renaissance ; magnifiée par les « matériaux les plus fins » et les « plus indestructibles.» Le parfum de cette dernière respire et embaume la « spiritualité » et l’expérience avec « les substances les plus sublimes de l’âme »

Pour autant et Zweig le reconnaît aussi, la désunion – tant décriée – devient le ciment régénérateur de l’âme humaine tant « l’ardeur infatigable qui ne s’arrête pas avant d’avoir accompli son œuvre. »

C’est l’éthique cosmopolite qui porte en elle la solution de cette Europe.
Rares auront été les intellectuels ou hommes d’État à porter aussi haut l’Europe. Il est un véritable amoureux de l’Europe. Son livre le « Monde d’hier » sa véritable ode ! « Jamais l’Europe n’avait été plus puissante, plus riche, plus belle, jamais elle n’avait cru plus intimement un avenir encore meilleur. »
Zweig rêve d’une Europe supranationale.
Est-ce la nostalgie du « mythe habsbourgeois » ? Toujours est-il que l’Empire de François-Joseph restera la première démocratie confédérale et multiculturelle en Europe.

La vision de Zweig n’est pas qu’idéaliste. Il propose un certain nombre de pistes de réflexions et d’actions pour rendre possible son projet. Ainsi l’histoire devrait enseigner ce que l’on doit à l’autre.
Garder, chérir et préserver son identité mais se nourrir à la sève intellectuelle de l’autre.

Mais surtout si l’Europe n’est pas pour sa génération, il sait qu’elle se réalisera grâce à la jeunesse. Même les bourses d’études sont évoquées. Il faudra attendre les offices transnationaux de la jeunesse et surtout 1987 pour qu’Erasmus voie le jour.
Il faudra éduquer la jeunesse européenne dès l’école: « Toutes les histoires nationales, dans tous les pays, doivent nécessairement mettre la faute sur le compte de la nation voisine afin de susciter l’enthousiasme sincère de la jeunesse. »
En écho à Zweig citons Gérard Chaliand: « Laissez-moi vous assurer qu’il n’y a rien de plus tournée vers soi-même qu’une démocratie en guerre. Très vite elle devient victime de sa propre propagande. Elle tend à attribuer à sa cause une valeur morale qui déforme sa vision des choses. Son ennemi devient l’incarnation du mal tandis que son propre camp est le modèle de toutes les vertus. » 5
C’est aussi comme cela que l’on désarmera la désintoxication morale.

Utopie sûrement pas alors que nous assistons aux balbutiements des premiers manuels scolaires franco-allemands. Zweig ne rejette pas bien entendu l’amour de la patrie. Il veut tout simplement que l’on enseigne aux enfants l’amour d’une patrie commune. Une patrie qui ne serait plus empreinte des relations d’hostilité avec les autres patries. Mais des patries qui se nourriraient les unes des autres.

Conscient de la hardiesse révolutionnaire de son projet, il prêche pour la création de capitales européennes tournantes. Les querelles de clochers sont déjà prises en compte ! Bien mieux il souhaite ces capitales, différentes selon les sujets abordés et surtout établies dans des petites villes afin de mieux frapper l’imaginaire de l’opinion. C’est ainsi que se transmettra l’idée européenne
Quelle finesse d’analyse lorsque l’on connaît le rôle pris par les grandes conurbations dans le développement européen.

Prélude aux suppléments européens des journaux actuels, il envisage la création de journaux véritablement européens.
C’est l’ébauche d’une sociabilité européenne. Sauf à ériger l’anglais comme la langue commune, l’on ne voit pas très bien comment mener une telle entreprise au succès. Il ne saurait y avoir une seule voix européenne. Ce serait faire fi de sa richesse.

Pour autant il soulève une idée passionnante avec la création d’une instance internationale chargée de traquer et punir les fausses informations. Sauf à considérer que Zweig devienne un zélote de la presse officielle, l’on reconnaîtra avec amusement la haute estime dans laquelle il tient cette dernière.

Il veut dépasser la vision purement politique et nationale de l’histoire.
D’aucuns lui gourmanderont– peut-être à juste titre – le côté élitiste de son projet européen. C’est en effet la fine fleur de la jeunesse qui abattra les cloisons, les frontières et les préjugés.
Élitiste il l’est bien entendu mais c’est un élitisme républicain. Zweig aristocrate de l’humanisme !
Le lui reprocher est un tantinet facile. L’aristocratie a plus souvent qu’à son tour accouché les révolutions et leurs cortèges idéologiques !
«… Cette idée, car celle-ci n’appartient pour l’instant, comme à l’époque de l’humanisme, qu’à une mince couche supérieure, elle n’a pas pris racine dans le humus des peuples et nous nous rendrions coupables d’un mensonge si nous cherchions à nous persuader que nous nous sommes déjà rapprochés de notre but ».

Élitisme sans doute mais alors un élitisme sans cesse rajeuni et revigoré par le sang neuf de nouvelles générations impatientes de s’ouvrir au monde et que seule l’ardeur juvénile peut triompher des sourds engoncements politiques et sociétaux lesquels sont aux yeux de Stefan Zweig pires que les débordements belliqueux. C’est d’ailleurs selon lui, ce qui a condamné la SDN à l’échec.
L’Europe de Zweig se veut apolitique voire supra-politique. La culture en est son prédicat. Zweig, en parfait esthète, se méfie au plus haut point de la politique.

C’est peut-être le point faible de son argumentation. D’abord parce que sans volonté politique rien ne se fait. Clausewitz disait fort justement que « la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens. » Churchill, quant à lui, affirmait avec son humour délicieux et son génie habituels : « Ceux qui prétendent que rien n’a jamais été réglé par la guerre disent des âneries. En fait rien dans l’histoire n’a jamais été règle autrement que par la guerre. » 6

Ensuite Zweig pêche par excès d’intellectualisme. Le distinguo entre culture et politique dans ce domaine est tenu. N’est-ce pas Aristote qui écrivit voilà quelque temps : « L’objet principal de la politique est de créer l’amitié parmi les membres de la cité. »
Ainsi lorsque Zweig affirme dans sa deuxième conférence que l’Europe se construira par la société civile cela peut sembler juste mais à tout le moins incomplet. Ou plutôt il prend le problème à l’envers.

Néanmoins, il se trompe. Simple erreur de perspective. L’histoire européenne prouve au contraire que toutes les avancées européennes émanent des gouvernements et institutions. Les cruels échecs aux derniers référendums et la montée des populismes et autres euroscepticismes sont là, hélas, pour nous le rappeler. Pour autant le greffon politique n’a pu germer et planter ses fruits que parce l’ADN de notre culture est identique. C’est notre identité profonde !

Il est tout sauf sur, que notre modèle européen soit transposable ailleurs. Si nous ne partagions ni la même culture, ni les mêmes mythologies, ni les mêmes ancêtres et ni les mêmes guerres, les États-Unis d’Amérique n’auraient pu accompagner au sortir de la guerre, l’Europe sur les fronts baptismaux.
C’est peut-être précisément ces conflits accumulés de génération en génération qui ont au-delà de nos petitesses, de nos haines ciselé notre désormais « vouloir vivre ensemble ».

En cela, et en cela seulement, Zweig parce qu’il néglige ce point de passage obligé se trompe. N’étaient advenus tous ces antagonismes l’Europe serait encore probablement dans les limbes et la société civile encalminée dans ses « patriotarderies ».

Le plaidoyer européen de Zweig convainc davantage que son idéalisme.

Afin de se ménager tout le monde, son européanisme le conduit à un pacifisme qui préfigure celui plus tardif d’Alain. Funeste erreur ! Il pense l’Europe non comme une puissance mais comme une culture et apolitique.

Dans sa conférence de 1934 intitulée « l’Unification de l’Europe » Zweig ébauche et mûrit une réflexion sur les bienfaits économiques de l’Europe. On est certes encore loin de l’emprise de la Commission de Bruxelles.

Il laisse alors de côté son lyrisme européen et considère tous les avantages qu’une union apportera ainsi que les freins immenses parsemés sur sa route. Il ne se contente plus du simple besoin d’enthousiasme pour mener à bien cette tâche. Bien au contraire il admet, voire il revendique le besoin de pédagogie et la patine du temps.
Il reconnaît- même s’il le déplore- la suprématie du nationalisme d’alors. À cette aune, il serait aujourd’hui tout sauf dépaysé.
Volonté d’union certes. Mais cela reste un aspect dans les mentalités. Pour lui le problème n’est pas tant de savoir si l’Europe sera supranationale ou pas. Elle l’est bien entendu ; mais elle doit avant tout être culturelle.

Sa pensée semble s’être désormais acclimatée aux réalités politiques. Ainsi : «Reconnaissons donc en premier lieu la suprématie, inscrite dans les faits du temps présent, de l’idée opposée, le nationalisme. L’idée européenne n’est pas un sentiment premier, comme le sentiment patriotique, comme celui de l’appartenance à un peuple, elle n’est pas originelle et instinctive mais elle naît de la réflexion, elle n’est pas le produit d’une création spontanée, mais le fruit lentement mûri d’une pensée élevée.
Il lui manque d’abord entièrement l’instinct enthousiaste qui anime le sentiment patriotique. L’égoïsme sacré du nationalisme restera toujours plus accessible à la moyenne des individus que l’altruisme sacré du sentiment européen, parce qu’il est toujours plus aisé de reconnaître ce qui vous appartient que de comprendre votre voisin avec respect et désintéressement… »

Au trébuchet des commissaires européens Stepan Zweig aurait excellé !
Sa pensée s’est affinée et affirmée. La grâce du pragmatisme l’a touché. Alors qu’il avait loué le rôle primordial de la société civile en Europe, il évolue désormais vers la nécessité de la construction européenne. Les désirs qui celaient toutes autres prérogatives cèdent désormais la préséance aux réalités.
En témoigne sa nouvelle vision : « Car jamais dans l’histoire le changement n’est venu de la seule sphère intellectuelle et de la simple réflexion… »

Il faut inventer une politique européenne. Tant que l’idée européenne ne passionne pas les foules, il ne saurait y avoir d’Europe. La feuille de route qui désormais sépare Jean-Claude Juncker de Stefan Zweig s’amenuise.
Dans cette entreprise hautement complexe mais tout sauf improbable, Zweig subodore l’importance de la dramatisation de la mise en scène. Les aficionados des marathons européens s’y reconnaîtront avec un bonheur que nul ne saurait leur envier.

Zweig simple utopiste sûrement pas ! Prophète averti très certainement !
A l’heure ou Monsieur Tsipras se permet de faire chanter l’Europe sous sa malicieuse baguette et sans aucune vergogne et de lui administrer des leçons, relisons avec intérêt et bonheur ce que Zweig avait osé envisager : « L’avantage serait de surcroît de montrer publiquement en toute clarté quels pays d’Europe sont aujourd’hui déjà mûrs pour l’idée européenne et quels autres l’envisagent avec méfiance ou même la récusent.
« Mais je nourris l’espoir que tout serait volontiers disposé à accueillir sans réticence un tel congrès universel et même qu’une certaine rivalité, au contraire, entraînerait les différentes nations et les villes à vouloir chaque année devenir la ville des congrès et la capitale de l’Europe. »

Prémonition d’une Europe à deux vitesses. Grexit ! Brexit ! Querelles de clocher pour être capitale de l’Europe, ou siège de telles institutions ou juste saine émulation ? S’il érige l’esprit de culture au-dessus de tout, il ne néglige pas pour autant les aspects militaires, économiques, institutionnels ou techniques.
La fécondation européenne provient selon lui uniquement de la culture. C’est cependant oublier un peu vite que cette culture commune, cet héritage commun n’ont pu s’implanter que parce que l’Histoire s’y est jouée sur ce que Nietzsche appelait si joliment « notre petite péninsule de l’Asie. » et que l’Europe est aussi le fruit des victoires militaires indiscutables de la Grèce puis de Rome

Son irénisme est toute intelligence et touchant certes. Ce n’est qu’un aspect. Car il néglige la propension si bien décrite par Hegel et que Platon avait appelé le Thymos du besoin de l’homme d’être reconnu dans sa dignité. Ce besoin primal conduit l’homme depuis la nuit des temps à se surpasser et à lutter jusqu’à la mort pour le prestige.

La société s’est toujours divisée en deux classes : les maîtres qui ont risqué et jeté leur vie dans cette lutte à mort au nom de la vie et les esclaves qui y ont renoncé au nom précisément de cette même vie. Si l’Europe peut aujourd’hui s’abriter derrière la loi composée de ses parties désirante et raisonnante c’est parce qu’elle a usé et abusé de la force auparavant. C’est la force qui a constitué son humus et ses réflexes.

Zweig en omettant cette composante qui est l’ADN de l’Europe pense une Europe émasculée. Il est vrai qu’il a tant prophétisé par ailleurs !
La violence est consubstantielle à l’humanité. Le nier entraînerait de dangereuses désillusions. L’intelligence suprême de l’Europe : la canaliser.

Zweig a vu juste, et bellement juste, avant bien d’hommes politiques quant aux raisons et à l’urgence de l’Europe. Avoir méconnu le rôle de la force n’enlève rien à sa vision. Zweig a cependant vu vrai sur un point crucial. Par-delà la fraternité, par-delà la solidarité, grâce à elles, ou peut-être tout simplement pour elles la justification ultime de l’Europe, peut-être parce qu’elle est la régénération du genre humain, c’est de permettre comme jamais auparavant et peut-être jamais ailleurs l’accroissement des connaissances humaines: « Ainsi grandit la Tour, la nouvelle Tour de Babel et jamais son sommet ne s’éleva aussi haut qu’à notre époque. Jamais les nations n’ont eu aussi facilement accès à l’esprit des autres nations, jamais les connaissances n’ont été aussi proches de constituer un formidable réseau et jamais les Européens n’ont autant aimé leur patrie et le reste du monde… »

La destruction de la Tour de Babel, en ayant voulu désunir les hommes, a donc au contraire permis la régénération du genre humain.
L’Europe en porte témoignage ! Laissons le mot de la fin à l’auteur qui victime de son humanisme et de son irénisme, découragé de lutter pour rien dans ce vide abyssal et meurtrier décida de céder à la loi du sort et connut la fin que l’on sait un triste jour de Février 1942 au Brésil, incapable de comprendre la barbarie nazie et l’(a)culture humaine: « Les hommes aimaient davantage la vie depuis qu’ils savaient que, malgré l’obstacle de la langue, l’unité était possible. Ils remerciaient même Dieu de la punition qu’il leur avait envoyée, ils le remerciaient de les avoir séparés de manière aussi radicale, parce qu’il leur avait ainsi donné la possibilité de jouir de multiples façons du monde et d’aimer plus consciemment leur propre unité avec ses différences… »

Leo Keller
25 Juin 2015
Notes

1 Stefan Zweig in la Désintoxication morale de l’Europe Conférence donnée en 1932
2 Isocrate
3 Nietzsche in Par-delà le bien et le mal
4 Stefan Zweig in La Tour de Babel    https://blogazoi.com/2014/09/11/stefan-zweig-la-tour-de-babel-un-pur-eblouisssement/
5 Gérard Chaliand in Russia and the West Lenin and Stalin
6 Churchill Octobre 40 conversation avec Lord Ismay et Brooke

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